LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

17 septembre 2018

Carnet n°162 Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Vêtu du plus simple que le monde nous ait offert…

Nous dirons encore – nous dirons toujours – entre silence et nécessité – ce qu’est l’homme – ce qu’est le monde – et ce pour quoi nous sommes nés…

Du côté du simple, du discret et du silence – définitivement…

Ni bruit, ni arrogance – quelque chose comme une fragilité – un équilibre – entre l’innocence et la certitude de l’infini…

 

 

Un jour, peut-être, au fond de la voix – cette blancheur de l’âme – et ce cri comme un murmure pour dire (enfin) la venue du silence. Avec, dans le regard, cette bonté et cette malice des yeux qui savent

 

 

Ni bruit, ni arrogance – quelque chose comme une fragilité – un équilibre – entre l’innocence et la certitude de l’infini…

 

 

Nous dirons encore – nous dirons toujours – entre silence et nécessité – ce qu’est l’homme – ce qu’est le monde – et ce pour quoi nous sommes nés…

 

 

Se souvenir ? Pourquoi faudrait-il serpenter entre les failles de la mémoire pour retrouver une chose – un visage – un monde – qui n’existe plus que dans notre tête ? Pourquoi refuser de vivre virginalement le présent – sur ce fil à la stabilité impossible – sans le fardeau du passé qui toujours encombre l’innocence du regard ?

 

 

Un peu d’épaisseur dans la transparence – comme les reliquats des bruits du monde et de l’âme qui, en nous, refusent l’abdication. Aussi solides qu’un restant d’orage dans le ciel – aussi persistants que le gris dans nos vies si peu joyeuses…

 

 

Des excès encore, parfois, dans l’absence – et des partages insuffisants. Des pauses et des postures dans la vie présente. Quelque chose au goût d’avant avec ses doutes, ses peines et ses élans. Le même cirque, en somme, à quelques nuances près, que le cœur des hommes – que la vie des Autres – inexorablement plongés dans le désir et la mémoire – posés en équilibre sur le fil de toutes les précarités

 

 

La nuit – un peu partout – sur les murs – au fond des yeux – au milieu des rêves – derrière l’infortune. Au cœur de toutes les tentatives pour échapper au monde et rejoindre le meilleur – l’après – le plus enviable. Tout ce qui traîne dans la boîte humaine – ces peines et ces exigences que les sages ont abandonnées au gré des vents sans se soucier ni des lieux, ni des visages qui pourraient être contaminés

 

 

Vêtu du plus simple que le monde nous ait offert…

 

 

L’esprit de l’homme se tient quelque part – entre l’aube et le sommeil premier (le sommeil originel). Dressé jusqu’aux vitraux des plus hautes cathédrales – jusqu’aux étoiles – il célèbre la nuit et l’abîme – si étranger(s) au jour – que nos yeux et notre âme, pourtant, appellent désespérément (depuis la naissance du monde) du fond de leur fossé…

 

 

Ce que nous érigeons, bien sûr, prête à sourire. Mais comment rester silencieux – et les bras ballants – lorsque le monde et ses danses promettent un peu de joie à ceux qui emboîtent le pas des foules – à tous ceux qui rejoignent la cadence de cette marche forcenée… Sans doute, faudrait-il être sage – mille fois plus sage que ce que les hommes attribuent communément à l’homme sage – pour laisser le monde et nos foulées nous immobiliser dans le plus fertile silence…

 

 

Celui que nul ne remarque – et qui tient dans une main quelques restes de l’ancien temps – quelques reliquats humains – et dans l’autre la corbeille du silence où viennent mourir tous les bruits – et toutes les tentatives – du monde…

 

*

 

Nous croyons que ce que nous possédons* (et ce qui nous accompagne) est précieux. Comme si nos bagages pouvaient nous sauver la vie – ou nous sauver la mise… Au mieux, bien sûr, ils nous aident à vivre plus confortablement…

Nous ne sommes ce que nous portons. Nous sommes bien davantage ; selon les postures et les circonstances – quelque chose entre presque rien et l’infini…

* Ce que nous croyons posséder…

 

 

Nous allons vers les hommes avec les mains sombres et l’âme lumineuse. Comme une terre timide – un amas de sable, peut-être, qui porterait en lui un soleil secret…

 

 

Tout s’inscrit à l’envers du silence – sur ce versant du monde que nous imaginons plus réel que les autres – là où la raison et le langage aident à la fouille et aux danses qui creusent leurs sillons à même l’expérience en célébrant la multitude et l’opportunité. Mais s’y engager corps et âme revient à oublier une dimension essentielle – une dimension fondamentale – de l’existence où le cœur est libre des rêves et des désirs – et où l’œil est seul – joyeusement solitaire – pour contempler ce qui passe – et qui croit, si souvent, briller sous la lumière (si factice) des étoiles…

 

 

Tout (nous) arrive – éminemment simple – et se complexifie en traversant notre chair et notre tête. Devient – presque toujours – grilles, souvenirs, maux et malheurs – survenance du pire, parfois – sacrifice et perte de toute forme de beauté…

Et dans cet entassement, l’âme est comme une fenêtre qui redonne – qui peut redonner – au visage et aux circonstances la simplicité du jour et la splendeur des origines autant que la possibilité d’un regard non corrompu sur ce qui passe – sous nos yeux et dans notre existence…

 

 

Tout s’inscrit – toujours – quelque part – sur le sable de quelques âmes – ou sur les pages de quelques livres. Mais le dedans – toujours – reste pauvre – noir – immense – insensible, au fond, à tout artifice. Et, pourtant, tout y sombre – jusqu’au moindre bagage – jusqu’à la folie du monde – jusqu’au sommeil le plus profond…

 

 

A travers tout – le rien indéchiffrable – et la main du monde si laborieuse – si appliquée – pour amasser et entasser les choses – pour décerner des titres et des médailles – et édifier mille pyramides à la base, presque toujours, méprisée. Et qui feint d’ignorer tous les crimes et tous les drames commis au nom de l’homme – au nom de la prospérité et du progrès…

 

 

Du côté du simple, du discret et du silence – définitivement

 

 

On ne peut échapper à l’individualité et aux expressions singulières – ni s’en affranchir – excepté dans le silence et l’effacement qui laissent s’exprimer toutes les manifestations – tous les besoins, toutes les exigences et tous les commentaires du monde…

 

 

Entrer en soi consiste à s’abandonner à ce qui surgit naturellement – spontanément – circonstanciellement – et à s’élever (dans le même temps) en surplomb du monde, des êtres et des choses – bref à être, à vivre et à agir en maintenant son attention et sa présence au cœur du regard silencieux – profondément acquiesçant – et en laissant libres les gestes, les pas et les paroles quels que soient les situations, les événements et les circonstances…

 

 

Fermer la fenêtre du monde comme l’on clôturerait un champ immense de regards, de gestes et de paroles inutiles pour plonger dans le vide qui nous appelle (et nous attend) – au cœur de l’inconnu que nous sommes – comme le monde – tous autant que nous sommes

 

 

Et si la vie – les gestes et les pas – l’histoire, les événements et les commentaires – de chacun ne révélaient, en réalité, que l’indigence de tous face au même mystère – et la tentative imparfaite – si souvent maladroite et infructueuse – de percer le secret commun

 

 

Nous n’écrivons plus (comme autrefois) pour nous faire connaître – mais pour disparaître de façon toujours plus subtile et radicale…

 

 

Vivre avec évidence le moins vivable de l’Absolu – et avec le plus tangible – et le plus essentiel – de notre vie

 

 

Les poètes – comme tous les hommes raisonnables – se moquent des foules, des clans, des familles, des couples – de tous les groupes constitués. Pour faire entendre (et faire résonner) leur parole, ils savent qu’ils doivent s’adresser à chacun – et faire vibrer ce qu’il y a à la fois de plus intime et de plus universel dans le cœur – et au fond de l’âme – de chaque homme…

Et les plus obstinés – ou les plus fervents – invitent, dans leurs livres comme dans leur vie, leur entourage et leurs lecteurs à appréhender l’existence et le monde comme le premier homme

 

 

Une fenêtre existe quelque part – où tout est donné – offert puis repris dans sa chute – où ce qui nous accompagne – et ce qui nous blesse – viennent faire ce pour quoi ils sont entrés dans notre vie – et enflammer l’âme, bien sûr, dans son besoin de franchissement

 

 

Ciel, âme et destin – à mesure que nous passons – eux aussi s’effacent pour laisser place au grand vide – à l’impérieux silence – dans lequel tout naît et prend fin…

 

 

Des existences et des signes – infimes – dans cette misère et cette bonté. Quelque chose comme une porte dans la lumière et les remous. Un infini, peut-être, au milieu de l’âme – au cœur de toutes les vies – au fond de toutes les tombes. Et ce vent qui persiste au-delà des visages et de la mort…

 

 

Ni emprise, ni conquête, ni dégât. Un peu de rien – simplement – sur le sable. Quelques lambeaux de chair, un peu de sang et un souffle provisoire – un peu de poussière, en somme. Et la même réponse – ce qui demeure – toujours – à travers les âges – à travers les siècles. Un parfum – un goût, peut-être – d’indicible au cœur de ce qui (nous) semble si insupportable

 

 

Rien – de la matière et du bruit. La construction de quelques tours et l’invention du langage. Mille projets, mille édifices et mille aventures pour tenter de surmonter notre incapacité naturelle à vivre et l’impossibilité de se faire entendre. Et ce que l’on espère encore atteindre du bout des doigts…

 

 

Brisés – comme l’apparence – cette faim et ce besoin, si ancien, de fortune. Vaincus ni par la force, ni par la foi – mais par la nécessité de devenir réellement un homme

 

 

L’œil et le bois – la chair et la matière – comme l’or et le sable – habitent le fond des rivières et ces grands espaces surpeuplés où l’on pense, trop pesamment, à demain…

 

 

A s’égarer dans cette nuit née du jour le plus ancien où exister consistait ni à survivre, ni à chercher une issue (comme aujourd’hui) mais à tenir le plus vrai au milieu du sang – au cœur même des yeux grands ouverts sur la tristesse et l’inconnu…

 

 

Quelle option s’offre aux hommes sinon celle de l’écartèlement entre les remous, les élans, les mugissements et le sortilège…

 

 

Mille visages – mille rivages – mille rencontres nouvelles – jamais ne changeront la donne. Tout est né des désirs et du besoin de recommencement. Aucune arche ne sera jamais assez grande – ni assez belle – pour combler le manque de l’homme. Mais l’arrière des yeux – ce lieu où se loge le regard – peut transformer la faim et la nécessité en silence – et l’homme et le monde en espace d’acquiescement – en aire d’accueil et de liberté – pour que la joie, partout, remplace le malheur et la tristesse – pour que l’innocence, partout, remplace la ruse et le commerce – pour que la justesse, partout, remplace l’hésitation et la maladresse…

 

 

Nous sommes – bien sûr – ce que nous ne pourrons jamais ni trouver, ni inventer…

 

 

Entre voix, chaos et silence – ces pas feutrés et ces gestes discrets – et ce sourire que nul ne peut offenser…

 

 

Il n’y a nul endroit où vivre autrement. Nulle paix – et nul visage à rencontrer. Il y a le ciel, la lune et le lieu où nous vivons – il y a la fenêtre, quelques feuilles blanches et mille poèmes. Et le secret que distillent nos lèvres – et nos livres – à la moindre occasion. Et ce silence qui vaut tout l’or – et toutes les exaltations – du monde…

 

 

A découvrir ; ce qui chante au-dedans du sang – au cœur de la glaise – au-delà du monde. Et dans ce grand silence posé au fond de l’âme…

 

 

Tout arrive à celui qui sait vivre dans la boue – le sourire aux lèvres. Tout même pourrait lui arriver sans qu’il ne bouge un cil. Comme un grand soleil au milieu des vents – au milieu de la pluie – amoureux toujours de ce qui s’avance vers lui…

 

 

Ce qui respire en nous est bien davantage que le souffle – le silence de l’âme, peut-être, parmi les blés – parmi les visages – qui a su acquiescer aux exigences du ciel et à toutes les nécessités de la terre…

 

 

Pourquoi essayer encore de dire alors que les hommes ont dévoyé – et perdu peut-être – l’usage le plus noble du langage et l’écoute nécessaire ? Parce que le silence règne – et régnera – toujours parmi les lignes – dans les voix – et au fond des âmes courbées – penchées sur leur labeur et leurs mensonges…

 

 

Quelque chose d’incompréhensible – comme une voix dans la nuit – la persistance du silence dans les plaintes et les prières. La vie et l’espoir au cœur de la mort et de la misère. Cette faiblesse humaine – si belle et périlleuse – à vivre dans la proximité du monde et la compagnie des hommes…

 

 

Tout s’agenouille, à présent, devant nos blessures qui nous donnaient, autrefois, des airs de blessé – de mendiant – de naufragé existentiel. Aujourd’hui devenues source de toutes les promesses – comme de l’or – un peu d’or – découvert au cœur des veines – au milieu du sang…

 

 

A plat ventre dans ce bain de chair – entre l’attente et le silence – à offrir mille gestes – et mille paroles – similaires au fil des saisons. Avec l’âme – à genoux – à nos côtés – pour défaire notre chevelure et nos rêves encore trop serrés parfois – et portés comme un casque – et tombé (presque entièrement) aujourd’hui à nos pieds. Comme un pas – une danse – sur ces chemins où le souffle et les élans, autrefois, s’emmêlaient à la mélancolie et à la crainte de voir l’horizon se métamorphoser en sable – en trou – en puits – qui aurait immobiliser notre marche. Et vaincu, à présent, dans cette extase qui ressemble tant à la mort…

 

 

Ne plus chercher. Découvrir la profusion des demandes et des réponses. La vie au goût de récompense. Les délices de la marche. Et l’attention du silence…

Et fouler encore ces terres parmi ces visages si mortels. Sentir l’orgueil et tous les délires disparaître. Et humer dans l’air nouveau ce souffle puissant – cette impérieuse nécessité de l’effacement…

 

 

La solitude – comme l’exaltation d’un chant intérieur. Et le recours nécessaire au silence pour échapper à la folie ordinaire des hommes. La faim pour initier le voyage. Et l’Amour pour clore le chemin…

 

 

Moins qu’un visage – moins même qu’un nom – cette tendresse du regard qui décrypte la sagesse des mouvements et décèle partout la même nécessité : le pardon, l’Amour et le silence. Et la beauté du vivant qui s’acharne dans son exploration…

 

 

Un pays d’arbres et d’oiseaux – un pays de bêtes et de poèmes – un pays de livres et de silence. Et ce petit roi discret assis sur son trône de terre – si humble – sur cette pierre où il fait bon vivre loin du monde et des hommes – à chanter tout le jour – et à répandre le plus vrai (peut-être) – en veillant, sans rien exiger, au plus près du mystère – les gestes justes et la tête hors du mensonge…

 

 

Tout s’apparente à l’Amour. Mais la lumière nous semble si lointaine – si retranchée derrière les illusions – que nous avons posé quelques rêves au milieu des étoiles pour oublier notre parenté – et l’ascendance du monde…

 

*

 

Tout, sans cesse, s’efface ; histoires, titres, réalisations, succès, mérites, postures – balayés au profit de l’être – et de ce qui est (dans l’instant) – qui, eux aussi, bien sûr, disparaissent pour renaître l’instant suivant – chargés ou non de tout (ou d’une partie) de ce qui a composé le (ou les) instant(s) précédent(s). Comme si le seul règne – et les seules lois – étaient ceux du passage et de ce qui demeure infixable dans le déroulement apparent du temps…

 

 

On aimerait être – et vivre sans blesser quiconque – ni rien endommager. Mais voilà chose impossible, bien sûr, puisque le corps – et le psychisme associé – appartiennent à ce grand tout dont tous les éléments (sans exception) échangent, s’alimentent, se détruisent et se recombinent de façon permanente.

La seule option consiste, évidemment, à habiter le regard en surplombla présence silencieuse – qui ne s’identifie ni aux êtres, ni aux choses, ni au monde – à aucune des formes de l’univers objectal amenées inexorablement à disparaître…

 

*

 

A deux doigts du miracle – ce visage et cet espace (enfin) prêts à se rencontrer…

 

 

Ce qui sied à notre âme ; ce silence et cet Amour qui apaisent – et recouvrent – nos plaies pour rendre notre visage aussi lisse qu’au commencement du monde – lorsque les hommes n’avaient encore inventé ni les rêves, ni les étoiles…

 

 

Du vide – du vent – des cris ; toute la genèse – et toute l’histoire – du monde…

 

 

Il n’y a de plus beaux rivages que ceux où l’on vit – et célèbre – en silence. L’Amour vissé au cœur – plongé dans l’âme – agenouillé, partout, devant ses infimes cathédrales…

 

 

Seul – encore – parmi toutes ces mains du monde un peu folles – occupées à jouir – et à se satisfaire – de quelques restes d’étoiles…

 

 

A demi-mot toujours – comme une parole timide qui n’ose encore s’estomper…

 

 

Tout devient givre – douleur – à distance de soi. Tout s’éparpille et se désosse – excepté l’illusion, le manque et la faim qui se renforcent et s’intensifient…

 

 

Tout s’écarte, à présent – jusqu’à la première ombre qui voila le mystère. En équilibre entre l’Amour et l’incertitude – sur ce fil qui traversa (non sans peine) le doute et le chagrin – et l’espoir de trouver une autre issue à l’inquiétude…

 

 

Nous tissons entre la page et le silence – quelques mots – quelques lignes – quelques copeaux de vérité pour tenter de dire l’indicible…

 

 

Tout passe dans nos vies mouvementées (et si immobiles pourtant) – accrochées à mille habitudes – à mille certitudes – épines recouvertes de velours pour atténuer les piqûres et les déchirures – et tenter d’offrir au voyage – aux passages – à l’éphémère – une douceur lénifiante et une forme illusoire d’éternité…

 

 

Comme des taches de doigts – une explosion – sur l’invisible. Mille mots – un cri solitaire – lancés contre la pluie – contre le temps et la mort – pour apaiser cette ivresse de vivre (presque) inconsolable. Comme un écart dans les tourbillons désespérés de l’âme. Un peu de poussière, en somme – comme tout le reste – dans le silence…

 

 

Tout nous trompe – mais les ténèbres – comme le ciel – sont là – intensément présentes. Et la vérité – toute nue – si fragile – si innocente – se tient partout derrière le rêve et le mensonge…

 

 

L’illusion – comme l’apparence – ne sera jamais qu’un décor – un couloir à traverser – une porte à pousser – un seuil à franchir – pour découvrir l’autre face du monde – notre vrai visage derrière celui – plus familier – que nous arborons, de façon si machinale, au quotidien…

 

 

Des rêves et des rivages par milliers – et autant de pas et de regards sur l’écume – l’apparence du monde. Et cet Amour et ce silence – invisibles – partout – dans tous ces lieux où nous nous échinons à marcher – à bâtir – à jouir et à exister un peu – pour tenter d’échapper au néant…

 

 

Nous ne sommes ni la pierre, ni le monde – mais la distance qui nous sépare de tous les visages – cet espace où tout se retrouve et se rassemble. Un regard – comme un abri non contre la douleur mais contre l’illusion et le mensonge de la séparation. Un ciel – un océan – où vivre peut (enfin) perdre ce goût de larme – et engendrer le sourire et le pardon – l’esquisse d’une sagesse, en quelque sorte, au milieu de tous les passages – au milieu de tous les naufrages…

 

 

Tout se crie ou se murmure. Mais rien – jamais – n’est entendu. Chacun n’écoute (bien sûr) que ses propres mouvements – que ses propres rengaines. Et nous passons ainsi notre vie à répéter – inlassablement – les mêmes gestes et les mêmes paroles…

Et l’on voudrait nous faire croire qu’il est essentiel de participer au monde (humain) – et de contribuer au vivre ensemble…

Ah ! Dieu ! Que non ! Qu’il est bon et sage – et même vertueux – de demeurer seul(s)…

 

 

Tout est endormi à présent. Ce que l’homme portait comme une ardeur est aujourd’hui (presque) entièrement dévolu au progrès et au confort – au grand sommeil du monde et des âmes

 

 

Rien que des luttes et des postures – pour ou contre – et mille commentaires inutiles – mille avis – mille jugements – mille « j’aime » et autant de « je déteste ». Mille gestes et mille paroles qui jamais ne sauveront le monde – ni n’effleureront la moindre vérité

 

 

Tout – presque tout – semble absurde ici-bas. Et, pourtant, derrière l’arrogance et la misère – derrière l’ignorance et l’adversité – derrière l’indifférence et la passivité – derrière la résignation, l’incompréhension et l’effroi – quelque chose – un peu de silence – un peu d’innocence et de beauté peut-être – tente de percer la bêtise et la maladresse pour naître au monde…

 

 

Nous ne serons – à jamais – que nos propres bourreaux

 

 

Terre et cœurs aussi froids que la neige – et aussi tristes que la nuit. Et cette merveille au-dedans de la chambre – au-dedans du regard – qui cherche entre les plaies et la douleur un peu de lumière…

 

 

Là-bas – au loin – au-delà des vieilles pierres – derrière le ciel noir et ces rives fiévreuses – nous avons découvert le silence, le chant et la prière – et le monde aussi beau et prometteur que cet espace aperçu, un jour, à travers la fenêtre de l’âme…

Et nous attendons aujourd’hui, sans trop d’impatience – mais le cœur (un peu) désespéré – leur point – leur champ – de convergence – le jour de leur possible coïncidence

 

 

Tout – au fil du temps – au fil des jours et des siècles – finit par devenir sinistre et douloureux. Et, pourtant, tout au long de notre vie, nous essayons de lutter contre cet écroulement progressif et cet effondrement final – inexorables, bien sûr – comme si nous ignorions que leur acceptation initierait notre marche vers l’innocence – nos premiers pas, en quelque sorte, vers le silence…

 

 

Absent(s) – d’un jour à l’autre – au cœur d’une nuit faite, sans doute, pour durer encore des milliers de siècles…

Et nous autres qui marchons sans vraiment savoir où poser le pas – ni quel chemin emprunter… Perdu(s), en somme, au milieu du noir – encerclé(s) par l’atroce indifférence des visages…

 

 

Tout ce qui vit – se perche – se penche – se glisse – et se débat – tente d’exister un peu – et de gagner sa place – son infime place au petit paradis de l’ignorance

 

 

Nous n’aurons vécu, à vrai dire, qu’au milieu du silence sans jamais savoir comment le rejoindre et l’habiter…

 

 

Il faudra, sans doute, attendre la tombe pour nous voir ressusciter – et devenir enfin vivants – plus présents – plus silencieux et solitaires – qu’au cours de cette existence où nous nous serons tenus l’âme et la main mendiantes – entre fierté et ignorance – au milieu de la peur et des visages – à fouiller partout – à vivre n’importe comment – à quémander n’importe quoi – et à fréquenter n’importe qui – pour tenter d’échapper (un peu) à la misère…

 

 

D’épreuve en épreuve – à tenter notre chance

 

 

Tout passe – s’agite – s’enfonce et reflue sans cesse. Comme un souffle – mille souffles. Toutes les respirations du monde – et la suffocation de chacun…

 

 

Demeurer nu(s) et silencieux parmi les bruits – tous ces bruits d’effondrement, de prestige et de volte-face. Juste(s) et sage(s) parmi toutes ces postures et ces tentatives…

A se consacrer au silence et à la vérité – nés de la chute et des éboulis – autant qu’à la nécessité de dire*. Vivre, en quelque sorte, dans le vide autant que le visage tourné vers le monde. Au centre de soi où tout est révélé et proposé – affranchi(s) de toute forme d’attente et d’exigence – pour demeurer attentif(s) à toutes les voix – et à toutes les possibilités – de l’innocence autour de soi…

* et de témoigner de la métamorphose des yeux en regard…

 

 

Tout se devine parfois – la substance, l’obstination et le silence en jachère. Ce qui s’enfouit comme ce qui s’évapore ou s’envole. Le joyau et cette nuit – immense – qui a tout recouvert…

 

 

C’est avec la même main – et la même âme – que nous guidons et flagellons le monde – que nous laissons le ciel se dessiner sur nos pages – et que nous implorons les hommes de mettre fin à leurs dérives et à leurs excès. Mais notre voix – comme celle du silence – n’est pas (encore) entendue…

 

 

Nos étreintes ressemblent à des mains fébriles – soumises au désir et au besoin frénétique de l’assouvissement – qui agrippent un peu d’eau et de sable. Et à l’heure de la séparation, il n’en reste pas la moindre trace. Quelques larmes – à peine – sur nos joues – où se mêlent la tristesse et la frustration. Et cette solitude – si nécessaire aux véritables rencontres

 

 

Tout se fend – et s’effrite – jusqu’au rêve – jusqu’à la chair – jusqu’aux frontières qui nous séparent

 

 

Tout s’emballe – se déballe – se remballe – le temps d’un soupir – le temps d’une vie – le temps d’une larme…

 

 

Plaines et collines désertes – dépeuplées – ces lieux d’autrefois où les pierres et les visages s’abreuvaient à la même source. Où l’origine était claire – posée à même le silence. Tout alors demeurait et surgissait. Tout alors avait cette couleur indéfinissable de l’enfance…

A présent, tout s’abîme – et s’essouffle – au milieu de nulle part…

 

 

Tout vient – tournoie – et se dérobe. Donne le sentiment de nous appartenir l’espace d’un instant – célèbre sa gloire (éphémère) puis repart – happé par la nuit et le néant – par le désir de toutes les foules…

 

 

Rien ne se laisse entendre. Tout a déjà été dit – épelé – défini – quantifié – définitivement. Comme si ce mot – tous ces mots – avaient quelque valeur. Comme si le vivant, depuis sa naissance, était privé de la possibilité d’ascension. Comme si nous refusions encore d’être le fruit des mille baisers – et des mille étreintes – de l’énergie et de la vacuité. Comme si nous étions seul(s), en fin de compte, à vouloir découvrir la vérité – ce qui compte peut-être – derrière la vitesse et le mouvement apparent…

 

 

L’être et la main – le monde et le regard – tournoient de fable en fable – d’histoire en histoire. Âme dans le jour – âme dans la nuit – précipitée tantôt sur la terre, tantôt dans le ciel – sans rien voir – ni rien comprendre aux peuples et aux étoiles. Au bord de toutes les haleines – et au cœur de ce souffle qui nous rend – si provisoirement – et si passionnément – vivants

 

 

Nous avons soif – nous avons faim – et à peine quelques décades à vivre pour comprendre – et retrouver la source de tous les désirs et de toutes les nécessités…

 

 

Se faire l’instrument honnête – fidèle – impersonnel – du mariage entre l’ardeur et l’invisible…

 

 

Une nuit – à peine – quelques heures peut-être – à récolter ce que les hommes délaissent – à rehausser ce qu’ils abaissent – à faire revivre ce qu’ils ont anéanti pour le plus grand malheur du monde…

 

 

Nous entendons les peuples – les rumeurs de la terre – la poussière et quelques étoiles rouler dans l’air – et la folie, comme l’eau des rivières, inonder tous les rivages dans sa course fébrile vers l’infini…

 

 

Tout se fissure – et nous n’avons qu’un seul point de passage à découvrir pour traverser tout ce néant…

 

 

Nous croyons vivre mais nous survivons en paradant les joues en larmes – et l’âme en feu – au milieu des désastres. Nous invoquons le ciel et remettons nos vies entre les mains des Dieux. Nous préférons nous plier au destin et au jeu des châtiments et des récompenses plutôt qu’aux nécessités de la source. Vivant encore comme des bêtes douées seulement d’un peu d’espoir, d’un peu de rire, d’un peu de raison…

Le monde, le jour et le visage – pendant bien longtemps – resteront introuvables. Comme une manière d’aiguiser sa faim et de faire naître le souffle – et la foi – nécessaires pour entreprendre l’ascension du mythe et procéder à sa destruction

 


06 septembre 2018

Carnet n°161 Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Là où l’on s’incline renaît le jour – et survivent toutes les possibilités du monde…

A présent – tout s’avance – lentement – vers son geste. La roche, le chemin et l’ascension. Le pari des anges sur notre vie – et ce grand soleil timide qui n’ose encore éclater – de tout son or – sur le petit carré blanc de la page – noirci par tant de signes…

Tout s’éveille – tout s’en va. Demain ne sera le jour suivant. Comme pour la fleur – et comme pour l’étreinte – seul compte ce qui s’exerce aujourd’hui – à l’instant même où se rompt le temps…

 

 

Orgies de terre sous le ciel goguenard. Tours et totems aussi vains que le langage. Un festin d’étoiles offert aux hommes – ces idolâtres des miroirs – fronts pauvres – éclaboussés d’écume – coupés des grands espaces océaniques – voués aux automatismes et aux surenchères. Voyageurs ivres et affamés – à l’âme en dérive – au cœur chaviré – presque morts déjà – sans avoir accompli le moindre pas vers l’essentiel

 

 

Ici, sous ces restes de chair, s’est réfugiée la lumière que n’ont su découvrir les hommes – ces marcheurs fatigués – piétinant depuis des siècles dans la (même) poussière – allant de dérive en dérive – vers le (même) lieu de l’immobilité et du sommeil

 

 

Nous n’avons qu’une seule patrie ; la conscience – à travers la vie – ce grand voyage parmi les ruines – parmi les cris – parmi ces grains de poussière soulevés par les vents – dans ce beau regard en surplomb des mille chantiers qu’ont inventés les hommes pour tromper la mort et l’ennui…

 

 

Le ciel ne s’est courbé à notre naissance. Et il restera stoïque – comme un phare – à notre départ. Laissant les mains ensevelir les corps sous la terre noire et froide – parmi ces âmes – toutes ces âmes – de passage…

 

 

Tout s’enfile – et se défile – dans la même main du partage

 

 

Tout – dans le même mouvement – célèbre et offense – offre la vie autant que la mort. Nourrit et saccage ce que nous avons de plus précieux. Et le temps – à jamais – donne tort à notre obstination…

 

 

Le jour viendra où la main et le geste ne pourront plus trahir la terre – où l’homme quittera sa vieille peau – cet étrange mélange de souffle et de chair – pour devenir un serviteur du silence – soulevé par le désir – et la lumière – des Dieux – en surplomb du temps, du monde et des âmes – pour réinventer une réalité au-delà des larmes ; un paradis, peut-être, où il fera bon vivre (tous) ensemble…

 

 

L’Amour encore – au milieu des chants – au milieu des larmes – au milieu des peines – dans tout ce fatras qu’on appelle le monde…

 

 

Terre gorgée d’hommes, de plaintes et de supplices. Hommes gorgés d’instincts, d’ardeur et de semences. Le passé et tout le mal à venir. Comment vivre sans crier… Et comment espérer un viatique – une issue…

Il faudrait, peut-être, que le poète chante plus fort – et que le poème franchisse tous les murs érigés pour préserver le sommeil. Et pour l’heure, cette possibilité – ce dévouement – sont impossibles ; le monde a trop dérivé vers l’absence et la laideur…

 

 

Du fond du jour – du fond de la nuit – nous serons toujours homme et poète – petits pas de l’Amour – et note infime dans le chant que l’on entonne aux instants du recommencement…

 

 

Nous vivons à moitié sous l’eau et sur la roche – à moitié dans la nuit et le grand ciel rêveur – rêvés, peut-être, par des créatures antérieures au monde – goûtant l’espace d’un instant la misère et la joie – et ce qu’avaient deviné tous les poètes – et tous les prophètes – dans leurs murmures abandonnés aux hommes à travers les siècles…

 

 

Nous cheminons longtemps au bord de nous-mêmes – sur cette ligne étrange – cette jointure entre le souvenir et l’absence – les gestes et le visage automates – à participer, malgré nous, au monde et à mille activités étrangères – inutiles. Somnolents – presque morts, en somme – depuis le premier jour du voyage…

 

 

Tout est le visage de l’Autre – fermé – impossible à découvrir et à reconnaître tant qu’il n’est composé de notre propre peau – de nos propres entrailles. Et l’existence est ainsi faite ; elle se prête indéfiniment aux rencontres jusqu’à vivre la plus haute solitude – avec pour unique figure toutes les faces du monde

 

 

Un signe – une souffrance – mille chemins parallèles. Et une seule fenêtre – et un seul visage à reconnaître partout – pour vivre – et voyager – le cœur plus serein…

 

 

Toute une vie à faire n’importe quoi – à ressembler à n’importe qui – à vivre n’importe comment – et à mourir, un jour, (comme tout le monde) n’importe quand…

 

 

Aucune trace du labyrinthe, une fois le ciel découvert – qu’un long regard ému sur cet incroyable voyage

 

 

Pareilles au désert – nos latitudes où vivre ressemble à une escroquerie – et à un défi parmi ses congénères – au milieu de toutes ces figures étranges aux coordonnées inconnues. Décor au milieu duquel on avance – au milieu duquel on tourne en rond – sans pouvoir nous souvenir du début de la marche – et du temps des origines où rien n’était corrompu

 

 

Croyances et langage en ce lieu où la vérité est proscrite – en cette zone où le réel a la même figure que le rêve – et où la seule perspective est l’enfer – ce grand sommeil des âmes

 

 

Un peu de tumulte dans l’espace – ce que les hommes appellent vivre – quelques idées, quelques rêves, quelques initiatives pour – croit-on – éviter le pire – en attendant la mort…

 

 

La nuit finale où l’âme entrevoit sa fin – entre la nostalgie et le désir d’un autre lieu – une vie où la mort ne serait que le prolongement du voyage…

 

 

Nous remuons ciel et terre en répétant – à l’infini – les mêmes gestes – dans cette obsession de la liberté qui ne se conquiert ni par la force, ni par les équations – mais par l’abandon aux circonstances – lorsque les mains et les têtes capitulent et se plient aux exigences du monde…

 

 

On nous offre un mystère – une vie – et mille obstacles à franchir (ou à contourner) pour résoudre l’énigme ; et nous avons la candeur de penser que quelques décades suffisent pour percer le secret…

 

 

Tout passe sur le sable des années. Mille siècles ainsi se poursuivent. Et tout s’enlise dans les marécages de l’esprit. Ainsi perdurent les malheurs et la souffrance – de vie en vie…

 

 

Tout concourt à la joie. Et, pourtant, nous demeurons dans la tristesse. Désarroi où s’impriment toute l’impuissance – et toute l’espérance – de l’homme…

 

 

Homme – exclu du monde, des livres et de la poésie – que les grands arbres, les herbes et les bêtes des forêts, chaque jour, consolent…

 

 

Une vie de luttes, de parades et de faux-semblants à dénier la question et l’évidence – vécue, malgré nous, comme une expérience trompeuse – apparente – étrangère. Et si nécessaire, pourtant, au dévoilement du mystère…

 

 

J’écris à cet enfant – et à cet homme seul – en nous – en chacun – qui attendent une lumière incertaine – et qui ne peuvent se satisfaire du monde et des mensonges – trop dociles pour s’affranchir de tout ce qu’ils portent comme un mythe ou un fardeau – et trop crédules, sans doute, pour découvrir leur ampleur – l’envergure de notre visage commun…

 

 

Des barreaux à cisailler pour poser la tête là où elle n’est plus nécessaire – sur cette dune où tout se rapproche – s’éloigne – essaye encore et recommence – sur ce sable où la seule liberté est l’Amour – le centre du labyrinthe à découvrir – comme un faîte qui acquiesce à la multitude et aux illusions – aux désirs et aux séparations – à tout ce qui entrave nos retrouvailles

 

 

Là où l’on s’incline renaît le jour – et survivent toutes les possibilités du monde

 

 

A présent – tout s’avance – lentement – vers son geste. La roche, le chemin et l’ascension. Le pari des anges sur notre vie – et ce grand soleil timide qui n’ose encore éclater – de tout son or – sur le petit carré blanc de la page – noirci par tant de signes…

 

 

Tout s’éveille – tout s’en va. Demain ne sera le jour suivant. Comme pour la fleur – et comme pour l’étreinte – seul compte ce qui s’exerce aujourd’hui – à l’instant même où se rompt le temps…

 

 

Ce que nous habitons n’est, sans doute, ce que nous imaginons. Ni demeure, ni patrie, ni fratrie. Pas même la terre – ni même une ressemblance. Un reste d’ardeur et d’innocence. Et plus que tout, sans doute, cet espace que l’on ne peut nommer – ce que certains décrivent comme l’arrière-pays du silence

 

 

Nous vivons sous un manteau de peurs et de crasse – avec, pendu au cou, un chapelet d’obscurité. Et nous nous déplaçons d’un camp à l’autre – d’une pierre à l’autre – incertains des labours et des récoltes – morts déjà avant d’avoir tendu la main – et fait le moindre pas – vers notre visage en surplomb

 

 

L’aurore n’est ni un ailleurs, ni un après ; l’heure la plus légère depuis des siècles – le lieu inévitable de notre rencontre

 

 

Que l’âme nous accompagne, il n’y a plus à en douter. Qu’elle nous fourvoie, parfois, jusqu’au cœur des flammes, nous l’avons tous expérimenté. Mais il nous faut, à présent, aller au-delà – plus loin que le mythe – plus loin que l’idée d’un Dieu ou d’un ciel – revenir, en quelque sorte, au début du périple – à l’origine même du voyage – dans ce silence qui a précédé le feu et les pas – toutes les tentatives et tous les drames du monde…

Et y demeurer – sereins – inaccomplis – immobiles – malgré l’ardeur qui nous poussera encore à aller ici et là – à découvrir et à traverser mille contrées nouvelles…

 

 

Portés encore par ce foudroiement et cette eau naissante qui coule le long de ces berges fébriles. Le visage penché sur cette ombre – mouvante à mesure de nos pas. Quelque chose comme un aveu – un secret révélé – qui aurait le goût d’un Amour immense à partager…

 

 

Tout est sévère – incroyablement sauvage – et encombré de rêves et de jachères. Aussi noir que la suie – aussi gris que l’orage – aussi blanc que la neige…

Tout se poursuit – s’échappe – vient à notre rencontre sous un air de hasard qui cache sa nécessité. Tout s’engrange – se méprend – réclame son eau – sa source – sa part. Renaît sur le fil des idées en imaginaire compromis – et compromettant. Enchaîne les diableries et les corruptions. S’extasie de sa chance – et de sa valeur – et se maudit d’être né entre deux points – sur ce trajet – sur ce parcours – qui, à bien des égards, ressemble à une longue meurtrissure – à une chute permanente vers l’effacement et le silence – ce que l’on pourrait appeler la nécessité des Dieux en ce monde de vitrines et de visages – si grossièrement avides d’horizons et de chances nouvelles…

 

 

Tout s’inscrit sur la terre – s’enfonce jusqu’au cœur. Et tout passe dans le ciel – comme la trace impossible des hommes – comme la trace impossible du temps. Et dans cet entre-deux, l’âme – prisonnière tantôt du haut, tantôt du bas – parfois s’embellit, parfois s’enlaidit sans rien savoir de son partage…

 

 

Toute une enfance à garder en secret pour vivre dans la compagnie des hommes – au milieu de leurs postures et de leurs histoires – bien trop sérieuses pour avoir le moindre goût de vérité…

 

 

C’est un ciel – c’est une terre – plus proches des premières heures que de la tombe. Quelque chose comme un regard éloigné de l’hiver – un socle, peut-être, au parfum oublié – capable d’élargir les sous-sols et les feuillages – le rêve, le réel et l’impossible – et jusqu’à la grande arche sous laquelle luisent toutes les étoiles…

 

 

Tout est traversé de profondeur et de présence – de ce silence qui fit naître le monde et les choses au bord de tous les abîmes – entourés de ciel et de présages…

 

 

Tout s’affaisse – et se recueille – lorsque sonne la fin du voyage. Après mille routes parcourues – mille livres achevés – et mille visages aimés peut-être – tout pointe vers le silence – ce qui demeure au-delà du temps et de la traversée…

 

 

Une misère – mille misères – portées à bout de bras – le long de ces berges où tout passe avec sérieux – fébrilité – indifférence. Et cet Amour qui n’aura reçu que haine et mépris. Comme tous ces frères sur les chemins – au bord des routes – fleurs, herbes, pierres et poussière – arbres, bêtes et vagabonds – malmenés par tant de gestes saisissants – par tant de pieds piétinants – par tant de regards indolents – et jetés, un jour, comme le reste, dans tous les trous creusés pour assouvir la faim des hommes…

 

 

Tout reste au-delà de nous – malgré ce ciel que nous portons – comme tous les autres – à l’envers de notre vie – quelque part dans cette âme encore si vivante…

 

 

Quelque chose en nous, bien sûr, souffre des trafics et des marchands – qui s’échangent le monde – qui s’échangent les êtres et les choses – sans jamais voir les atrocités et les meurtres accomplis pour le commerce et la prospérité…

 

 

Une vie d’attente à s’absenter de tout – et plus encore de ce grand Amour – de ces reliquats d’Amour qui subsistent malgré les malheurs et l’ignorance – malgré la lourdeur des pas et des gestes qui n’ont su dénicher sur les chemins du monde les promesses du jour…

 

 

Tout se cache – et se trame – dans les bruits du vent et l’indifférence des foules. Visages et jours de neige. Nuit et saisons qui tournent au cœur des sortilèges…

Et comment pourraient se redresser les âmes qui ont refusé la défaite et exalté les excès de sang… Sans doute seront-elles condamnées, un jour, à voir le désastre – et le soleil dans le désastre…

Ainsi seulement le monde pourra être sauvé…

 

 

Tout s’enfuit si vite – et nous laisse (presque toujours) un goût de regret et d’inachevé – et, en particulier, la disparition de ceux que nous avons privés d’amour et de tendresse – la disparition de ceux que nous avons maltraités, exploités ou opprimés – la disparition de ceux auxquels nous avons dénié le droit de vivre et d’exister…

Malheur à nous qui n’avons rien dit – qui n’avons rien montré – qui n’avons pas réellement vécu en homme

 

 

D’une rive à l’autre – de malheur en douleur – comme vit, vole et picore l’oiseau – entre chant et rêve – neige, ciel et simagrées – avec encore dans l’âme quelque chose d’impétueux

 

 

Il s’agit toujours de demeurer immobile – et d’aller au-delà du monde – au-delà des choses – au-delà des mythes – pour dénicher, derrière la mémoire et la pensée, ce qui court et résiste au changement – ce qui s’étonne et s’interroge autant que ce qui contemple les rondes et les marches de ce qui ne peut rester tranquille…

 

 

Chacun est un monde – une lumière – un écho – que la nuit avale sans retenue. Chacun est une âme – un langage – brisés par le silence et la mort. Chacun est une terre – une espérance – un élan vers une autre façon d’être en vieune autre façon d’être au monde – et la faille où tout se fractionne avant de renaître plus assemblé au reste

 

 

Tout, bien sûr, est dans tout. Comme la clarté et l’incertitude mêlées – à jamais – à nos tentatives et à nos tourbillons. Comme la présence au cœur de l’absence – et l’absence au cœur du monde – au cœur des choses – au cœur de chacun…

La vraie vie, en somme, aperçue depuis l’autre côté de l’âme – du point de vue de Dieu ou du silence. La vérité – toutes les vérités – au milieu du mensonge – au milieu de tous les mensonges. Et l’évidence de la lumière au cœur de tous les sommeils…

 

 

Et cette enfance qui n’en finit pas – mille jours – mille siècles – supplémentaires. Et tous ces petits caprices des hommes qui dureront toujours…

 

 

Pas une âme qui vive dans cette gaieté de l’hiver. Le chant d’un oiseau, un arbre, une herbe, un fossé suffisent à notre enchantement…

 

 

A tâtons – au milieu du sommeil – cette âme qui cherche une issue parmi les rêves. Mille fleurs – mille parfums – mille couleurs – pour déjouer les épines du destin. Un Amour – un jardin pour vivre à l’abri des visages – et exposer au monde les mille petits secrets découverts au fil du voyage…

 

 

Mille soleils en un seul visage – le temps de passer de la moue à la colère – et de la colère à l’acquiescement. Le temps de passer de l’hébétude au vertige. Le temps de sortir d’un sommeil millénaire…

 

 

Tout glisse – et se transforme en beauté charnelle – en pétales délicats – dans cet Amour que nous prenons pour un abîme. Gravité, frivolités, baisers et sursauts – fin du monde – entraînés vers le même refuge…

Et ce crépuscule qui traverse les yeux comme si la lumière relevait de la magie…

Et ces tristes figures du monde sous quelques lampes que les hommes (bien des hommes) prennent pour le soleil en attendant la mort – avant de pouvoir, un jour peut-être, éclater de rire devant tant d’illusion…

 

 

Mille bornes – et autant de passagers – sur ces petits chemins de hasard aux ornières sournoises – et à la poussière tenace. Quelque chose comme le prolongement des murs. L’extension du labyrinthe avec quelques aménagements pour contempler, au loin, le monde – la vie – les Autres…

La nuit sera toujours féroce – autant que les mains – autant que les vents. Tout viendra se frotter à notre passage – et rire à notre mort. Et l’illusion – comme demain – reviendra encore…

 

 

Rien ne s’apaise au-dedans du corps. Tout est déréglé. La terre se penche à l’intérieur – et le ciel s’est assombri. La vigueur se fane – la lumière décline. Tout se vide comme si la mort était tapie au fond de l’âme. Et à vivre ainsi, il ne restera bientôt plus rien – à peine un peu d’ombre

 

 

Déjà ailleurs – et la porte franchie. Déjà demain – et ce goût pour les choses nouvelles. Renaître encore au destin – au refus – aux rencontres. Vivre encore dans le feu, la lâcheté et les tempêtes. Craindre mille brisures supplémentaires. Devenir l’homme et la chair – et l’âme survivante à tous les oublis. Ce presque rien déjà brûlé par l’absence et la volonté des Dieux. Encore un peu de rêve avant le silence…

 

 

Si nous pouvions voir ce grand ciel au-dedans de la tristesse, nous célébrerions nos larmes comme de l’or…

 

 

Mille rêves entre les tempes – au milieu du front. Et nous voilà ensorcelés – enclins à mille sacrifices – et condamnés à vivre l’illusion d’une quête – d’un voyage – au milieu du réel et de l’immobilité – dans ce silence que nous sommes déjà – à notre insu…

 

 

Nous avons mille fois parcouru les mêmes terres – avec les mêmes craintes et la même ardeur – aussi pauvres aujourd’hui qu’aux origines du monde. Et qu’avons-nous donc appris ? La ritournelle des gestes – la ritournelle des pas – dans cette grande nuit familière avec ses milliards d’étoiles. La beauté des rêves – et leur nécessité pour combler l’absence de lumière – l’absence de soleil. De tristes millénaires, en somme, à chercher partout le jour – en vain…

 

 

Des pierres, des grilles, des couleurs. Mille mondes – et autant de rêves et de regards pour donner à cette terre l’apparence d’un lieu vivable. Préférer la folie à l’enfance – et le goût du mensonge et du voyage à celui de la vérité – si redoutable – si effrayante – pour nos esprits si frileux – si butés…

 

 

Au bord du jour – au bord de la joie – toujours – malgré la présence (déplaisante) du monde – et l’acharnement des hommes à façonner – au fil des siècles – un paradis aux allures, de plus en plus évidentes, d’enfer…

 

 

Tout ose – et tout s’abstient – pour venir à notre rencontre. Nous-mêmes pris en étau – entre la peur et l’élan. Et la certitude du vide et du silence quel que soit le lieu…

 

 

Tout s’invite en rayons clairs – entre lumière et hypnose – entre clé et singeries – sur ce que nous prenons – à tort – pour un horizon. Tout veille à même la patience. Et le monde, bientôt, deviendra aussi beau que le silence des immortels

 

 

Là où se partagent résolument l’intrigue, le nécessaire et l’improbable. Là où nous habitons – dans cet exercice, si énigmatique, du vivre. A la manière des Autres qui ne nous ressemblent pas – plongés dans cette folie du sommeil qui écarte les ressemblances. A être – simplement humain

 

 

En toute absence, où trouver refuge sinon en ce lieu où les voix se mêlent au silence – en ce lieu où l’on sent battre, avec les bruits du monde, le fond de l’âme – en ce lieu où être quelqu’un se résume à devenir personne – moins que rien – la joie et l’accueil au cœur des crimes et des ratures – au cœur de la fatigue et des échos. Là où la nuit ressemble au jour et où le jour émerge du temps pour s’affranchir du rêve…

 

 

Nous évoquons le silence pour faire tomber les masques – et raviver la blessure à l’arrière des yeux – cette entaille porteuse d’Amour – et de mille soleils – reclus derrière notre sourire – cette apparence de visage corseté par le monde, les interdits et les conventions – et (toujours) dévoré par la faim…

 

 

Entre servitude, vacarme et crachats – quelque part – sur cette terre – sur ces routes – sur ce sable – en ces lieux où l’on danse jusqu’à l’épuisement pour célébrer tous les mythes de l’homme – tous les mythes du monde – mille étoiles lointaines – mensongères – inexistantes sans doute…

 

 

Au lendemain du plus lointain Amour, nous avons perdu l’équilibre – la force de vivre le jour entier. Autrefois, nous étions offrandes – cœur et lisières – ouvriers – petites mains du partage (joyeuses sans doute malgré la nudité). Nous regardions le sol et la chute des astres – la persistance du vertige dans l’absence et le miroitement des visages. Puis, nous sommes devenus quelque chose comme un amas de bruits et d’habitudes – une forme d’infini incomplet – inachevé – le lieu où se mêlent le rêve, le désir et la mort – penchés sur le mystère – sa découverte et sa résolution – dans cette malédiction des siècles – dans cet étrange sortilège du temps. Un seuil, en somme, au-delà duquel tout finit par se désagréger pour constituer la pièce centrale qui manquait à l’ensemble – la possibilité de devenir le tout – c’est à dire presque rien – ce qui compose le noyau de chaque destin – l’absence venue offrir (à tous) son envergure et sa présence – pour transformer les nécessités du monde et des hommes…

 

 

Meurtres et prières – souffle et fumée – versants différents du même mystère où vivre tient déjà du miracle…

 

 

Nous avons emprunté le même chemin – aux lisières de toutes les folies – pour nous rejoindre – tantôt à travers les pas – tantôt à travers les livres et les mots. Tremblant(s) à chaque étape du parcours – confiant(s) malgré les dérives et les errances. Marchant d’une foulée vacillante – incomplète. Traversant – au fil du voyage – mille territoires sans autre raison que celle d’acquiescer au silence et à l’Amour. Allant de pertes en sommets – et de sommets en retrouvailles – acceptant, avec toujours moins de volonté, cette longue et souveraine défaite ; ce que fut notre vie – des premiers pas jusqu’à l’infini où nous avons fini par glisser – de façon presque hasardeuse – entre magie, désir et nécessité…

 

 

Rien ne s’inscrit nulle part – du vent et du vide derrière les grilles de toutes les cages…

Le seul héritage sera – toujours – le silence…

 

 

Rien ne s’insère – et tout nous révèle – ravive ses pans de nous-mêmes oubliés…

 

 

Sur rien – et la table rase du passé – ainsi naît le recommencement perpétuel – la récurrence du renouveau. Le reste – tout le reste – n’est que la poursuite de schémas anciens – édifiés et façonnés depuis des milliers d’années – des millions de siècles peut-être – pour assurer la pérennité du monde – et rassurer l’esprit quant à l’invariabilité des cycles et des habitudes…

 

 

Tout – emporté vers nous comme l’eau des rivières s’écoule – inexorablement – vers l’océan – pour s’emplir du monde (de ses joies et de ses souffrances) jusqu’à devenir l’univers entier – et ce reste au-dedans – et au-delà – ce regard capable de tout accueillir…

 

 

Des bruits, des pas. Mille rires – mille pleurs – et autant de commentaires inutiles sur ce que nous expérimentons et les sentiments que font naître, en nous, le monde – l’existence – tous les passages. Mieux vaudrait se tenir en retrait – en exil – habiter le silence plutôt que les danses du monde. Ce regard au-dessus des heurts et des cris – au-dessus de toutes les simagrées. Et se faire tendre (et patient) à l’égard des tentatives et des défaillances…

 

 

Rien qu’un sourire pour attraper le dernier soleil du monde. Rien qu’un sourire et l’ultime baiser de l’humilité. Puis l’abandon prendra le pas sur le vent. Tout alors pourra nous arriver…

 

 

A s’émerveiller de presque rien alors qu’autrefois nous demandions l’impossible – l’intensité, la joie et la splendeur (presque) permanentes – vécues à partir de nos propres yeux et à travers notre propre histoire – corrompus jusqu’au sang par la folie ordinaire des hommes et l’absurdité de nos exigences personnelles…

 

 

Un dernier soupir abandonné à l’ignorance pour se satisfaire, à présent, de l’essentiel qui, autrefois, avait des airs de lacune – d’échec – de défaillance…

 

 

Tout est parure, mensonge et propagande – et commentaire inutile sur le pire, le meilleur et le plus commun. Fardeau habituel aux allures si humaines…

A genoux, à présent, non devant la dictature du monde et les diverses tyrannies des hommes mais face à la beauté et à l’innocence de nos tentatives – face aux danses, si souvent frénétiques et désespérées, des vivants sur cette terre…

 

 

Tant d’absence au milieu des vagues – au milieu des déserts – au milieu du monde et des visages. Presque rien, en somme. Un peu de vent – porté parfois très haut, parfois très bas – au-delà même de l’imaginable. Passant partout – et traversant toutes les têtes et toutes les fenêtres – soulevant le sable jusqu’au cœur des vies – jusqu’au cœur des rêves – devenant presque le symbole des vivants occupés à ramper dans la proximité de l’invisible…

 

 

Tout prend place, à présent, dans l’écoute ; l’envol, la gravité de l’air et l’absurdité des masques, le désir, la pâleur et la fièvre des visages, l’or, la froideur des âmes et la lune – tous les simulacres – toutes les simagrées…

A genoux, à présent, au cœur du silence – avec le visage (serein) de l’homme simple – réconcilié avec le monde et lui-même – curieux encore – mais affranchi des leçons et de la faim. Habitant la solitude comme l’aire des plus belles rencontres. Doux et reconnaissant à l’égard de ce qui nous porte – de ce qui nous distingue et nous rassemble. Sage peut-être, en somme – qui peut (réellement) savoir…

 

*

 

Se dessine – très largement – au fil des lignes – au fil du temps et des ouvrages – la nécessité (toujours plus criante) du silence et de l’effacement. Cette humble clarté de l’âme de plus en plus dépouillée du monde, des désirs et des mots malgré le foisonnement – et la truculence – toujours aussi vive (presque intacte) – du langage…

 

 

Vivre au cœur de l’être – dans la discrétion du nom – et la délicatesse du geste – sensible et attentif au moindre bruissement du monde – au moindre frémissement de l’âme – prêt à tout accueillir sans exigence – et à rester stoïque – aimablement ouvert – face à l’étroitesse des idées, des gestes et des visages – face à ce que l’on a coutume d’appeler l’ignorance du monde

 

*

 

La possibilité du monde, du souffle et du langage – comme un élan – un étai peut-être – entre le vide et la permission d’exister – et de bâtir – au milieu de mille raisons de désespérer – au fond de ce qui ressemble tant à un néant…

 

 

A ce sourire perdu – entamé par les chemins – et retrouvé avec l’aurore et la découverte de l’impensable…

 

 

Seul(s) encore – au milieu de tous les passages – de toutes les traversées – de tous les combats – sous le regard de ceux qui ont déserté la solitude pour conquérir le monde. A écrire quelques lignes – quelques poèmes parfois – pour ne pas (trop) désespérer de la compagnie des hommes…

 

 

En lambeaux entre le silence et la parole – sous toutes les latitudes – à inventer des totems pour donner au monde un air plus vivable – et une allure plus sacrée. Vaincre par le geste et l’amassement le vide et le néant. Réunir – assembler peut-être – tous les fragments d’une terre et d’un ciel – toujours déchirés – toujours séparés…

Réinventer sans cesse la magie de la danse – les arabesques – et faire entendre ces rires à la ronde pour donner raison à l’espérance…

 

 

Tout se regarde – jusqu’à la mort – jusqu’aux dépouilles pendues aux cordes et aux crochets des bourreaux…

Tout se méprend – et s’éparpille – dans cette trame aux nœuds si serrés – et aux carrefours trop passagers…

 

 

Qui se trompe – celui qui tend la main à l’inconnu ou celui qui plonge, corps et âme, dans l’infortune du monde ? Et qui se relève malgré le vent des abîmes ?

Ce voyage aux allures tantôt de course, tantôt d’errance aura-t-il une fin ? Qui peut deviner les issues qui s’offriront à nos foulées…

 

 

Berges, traces, caresses – et ces minuscules sillages qui se dessinent sur le sable. Le monde est-il autre chose que ces mille tentatives ?

 

 

Tout s’écoulera à jamais sur la terre – sous nos yeux – dans nos têtes. Rêves, désirs, choses et visages – et cette ardeur – et cette tristesse – au fond de l’âme…

 

 

Tout est si humain dans les têtes et dans les gestes. Comment pourrions-nous deviner notre réelle appartenance – et y souscrire avec la même certitude que celle avec laquelle nous acceptons notre apparente ascendance…

 

 

Pagaille et passages – les maîtres-mots de notre vie. Du mélange et des tentatives – des essais pour mieux vivre et apprivoiser la mort…

 

 

Tout revient – avec un goût moins âpre – au fond de notre solitude – au fond de notre cage – ouverte par mille poèmes sur un ciel jusqu’alors jamais entrevu…

 

 

Tout existe – peut-être – et tend – sans doute – vers le silence – cette aurore incomprise. De douleur en tristesse – de tristesse en douleur – nous sommes progressivement amenés à comprendre la nécessité des défaites – le voyage et la chute permanente – les travers du monde – ses exigences – et l’impérieux besoin de l’effacement…

 

 

Nous sommes seuls – comme ces pierres – posées là dans l’herbe – sous l’orage – à exister presque par hasard – dans l’apparente indifférence de l’invisible. Comme un jeu – une nécessité – pour le silence occupé à se distraire – à échapper au plus simple – et au plus élémentaire de son existence – à travers la multitude du monde et l’infinité de ses visages…

 

 

Être l’espace – le silence – l’accueil – sans attente – sans besoin – sans exigence – où tout prend place…

 

 

Mille lieux en un seul visage – et mille visages en un seul lieu. Dans l’alternance du passage et de l’éternité. Tantôt figure, tantôt espace. Mille fois altérés – mille fois étrécis – mille fois corrompus – mille fois renaissants. Identiques – toujours – à nous-mêmes – à cette trame changeante – infinie et singulière – que nous sommes…

 

 

Ca naît – et ça meurt. Et entre ces deux cris, beaucoup de bruits (inutiles) et d’attente – et mille enseignements – mille apprentissages (possibles) pour être, un jour, capable de sourire en silence…

 

30 août 2018

Carnet n°160 Au milieu du monde - au-delà des frontières

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Nous avançons – silencieux – la nuit attachée à nos paupières – à nos semelles – à notre sommeil – comme si exister consistait à marcher aveuglément – et à se répandre en rêves…

De l’ombre à la mort – semeurs et fossoyeurs. Quelques graines jetées sur la terre où l’espoir – comme l’infini – compte les jours qu’il nous reste…

Des doigts tristes – recroquevillés sur le néant – et ce reste d’espérance qui confine au désamour…

Passagers – autant que reviennent les saisons – autant que dure le mystère – cet éternel – cet infini – à peine découverts – à peine apprivoisés…

A peine susurré, ce vide où tout est semé – où tout danse – entre fièvre et fatigue – et où la neige, un jour, finit par tout recouvrir ; la poussière, la cendre et l’obsession…

 

 

Tout est prétexte à l’absence ; celle qui éloigne – et pousse l’indifférence au cœur du monde – au centre du règne. Et, ainsi, nulle rencontre n’est possible. Tout erre – et s’égare – avant l’abandon qui est – et demeurera à jamais – le seuil de la véritable absence – celle qui relie l’infime à l’infini – celle qui ouvre l’homme et l’horizon à l’ensemble des possibles…

 

 

Dans l’attente d’une déchirure – la bave aux lèvres – et la rage au fond des yeux – quelque part au milieu de cette nuit où l’on torture – et où l’on assassine pour quelques pièces supplémentaires. Entouré(s) par les hommes et l’odeur de la mort…

 

 

Nous remuons les choses – quelques idées peut-être – un mince filet de lumière – semblables à un bruit de clés jetées au loin – dans l’automne et la poussière. Une vie de chaînes et d’attente – confinés au fond d’un cachot entouré de grilles et d’espérance. Une vie de tentatives, en somme. L’existence de l’homme de A à Z…

 

 

Tout naît au jour – au milieu du sable et de l’attente. Quelqu’un – quelque part – avec tous ses pourquoi. Bien peu de chose(s), en vérité – et, peut-être, personne. L’ombre d’un regard – avec mille rêves – et mille désirs encore inassouvis…

 

 

Rien qu’une bouche, parfois, prise en flagrant délit de vérité – jetant ses mots à la foule qui n’admet que quelques usages du langage ; l’illusion, le mensonge et la propagande. Pauvre, en somme, dans son dédain d’un autre possible – presque toujours relégué au poème…

 

 

Le vent – l’aurore – et ce sable – tout ce sable – sur lequel on bâtit – et qu’il faut décharger à la pelle – et, parfois, à la plume trempée dans un peu d’encre – pour découvrir la vie – à peine survivante – sous l’herbe noire – derrière l’aveuglement…

 

 

Nous avançons – silencieux – la nuit attachée à nos paupières – à nos semelles – à notre sommeil – comme si exister consistait à marcher aveuglément – et à se répandre en rêves…

 

 

A jamais parti – à jamais revenu – à jamais pris – à jamais donné – ce chant isolé dans la misère. Comme l’eau d’une rivière transformée – tantôt par ses excès – tantôt par ses manques et ses lacunes – en mare – puis, en flaque. Comme le terreau, en quelque sorte, d’une boue future – convertie bientôt en terrain sec et infertile…

 

 

De l’ombre à la mort – semeurs et fossoyeurs. Quelques graines jetées sur la terre où l’espoir – comme l’infini – compte les jours qu’il nous reste…

 

 

Des doigts tristes – recroquevillés sur le néant – et ce reste d’espérance qui confine au désamour…

 

 

Nous pourrions nous taire, à présent – et regarder, avec indifférence, les mains et les âmes édifier leurs tours – leurs routes – et mille ouvrages supplémentaires – en se perdant encore (et comme toujours) – en restant assis derrière cette fenêtre posée au-dessus des songes et des chimères – à la frontière de ce ciel où rien n’arrive – où tout est silence – sagesse peut-être – et regard souriant…

 

 

Passagers – autant que reviennent les saisons – autant que dure le mystère – cet éternel – cet infini – à peine découverts – à peine apprivoisés…

 

 

A peine susurré, ce vide où tout est semé – où tout danse – entre fièvre et fatigue – et où la neige, un jour, finit par tout recouvrir ; la poussière, la cendre et l’obsession…

 

 

Nous sommes la lumière – autrement nous ne pourrions voir les fantômes – ni cette nuit qui a tout recouvert…

 

 

Tout est près de soi – autant que les ruines que nous avons tapissées de lumière – de soleil – de cette couleur capable de nous faire oublier la vie – les désastres – la faim – le sommeil et la mort…

 

 

Tout est silence – quiétude sans repère – grâce, en somme, au-dessus des tours et de la magie édifiées pour prolonger le rêve et le sommeil…

 

 

Tout se creuse – la peau – le monde – les siècles – pour dénicher la vérité cachée derrière l’apparence – les différences – comme le signe de notre commune appartenance…

 

 

Des murs, des pas. Quelques pierres où poser notre soif et notre difficulté à vivre. L’échelle des êtres où le pire est, si souvent, célébré…

Ni choix – ni maître – pour le poète – indigne – presque toujours – de son œuvre…

 

 

L’œil, parfois, s’exalte à la façon d’un enfant qui, partout, cherche des friandises et des consolations…

 

 

Nous nous déplaçons en pensée vers des lieux impossibles à rejoindre à pied – par des chemins naturels. Et nous réalisons que ces lieux sont des mondes – non pas seulement imaginaires – mais parallèles, en quelque sorte, à celui-ci (plus réel et plus terrestre) – et que tous sont porteurs d’une envergure (quasi) infinie où l’âme peut vagabonder et se réjouir – et même se perdre – mourir mille fois – et revenir encore – avec plus d’aisance et moins de peines – que dans cet endroit où nous avons eu le malheur de naître

 

 

Un jour, tout devient cri, chaîne, poussière. Tout se soulève comme si l’air se dispersait et les pieds nus se transformaient en bottes de sept lieues. Tout s’avance – et le vent dirige les foulées qui s’exercent à la marche sans appui. Le corps demeure terrestre mais l’âme se fait légère – apte à voler au-dessus du monde qui, à bien des égards, continue à ressembler aux ténèbres. Comme si nous restions parmi les hommes – mais que quelque chose en nous s’envolait et prenait des allures d’ange – ou de bête ailée – pour retrouver l’innocence et la gaieté des Dieux…

 

 

Nous sommes aussi farouches et sauvages que toute révélation. Nous ne nous livrons qu’aux défaites et aux visages mutilés – effacés à mesure que se dévoilent les secrets…

 

 

Tout n’est que singerie en ce monde – propagande et commerce – reflet noir, sans doute, d’un ailleurs où le pire a été évité…

 

 

En exil – à mille lieues des frivolités – quelque part entre la tête et le règne du mensonge…

 

 

Ni jeune – ni vieux – affranchi du temps. Ni pour – ni contre – au fond de l’acquiescement. A veiller comme d’autres dorment au milieu de cette effroyable pagaille où les âmes et les mots se mélangent aux plaisirs et aux désirs des Dieux – où les caprices repeignent le ciel à coup de trahison – et où l’Amour n’est plus qu’une croix – et sur cette croix – un corps crucifié…

 

 

Au-delà des querelles – au-delà des batailles – au-delà des clochers – libre des rêves, des temples et des chapelles – parmi les fleurs, les pierres et les poèmes – à côtoyer l’Amour autant que le pathétique…

 

 

Jour de liesse lorsque la tristesse sera tombée – à son comble – au-delà des idées – au-delà des images – lorsque les pleurs auront percé – et traversé – les mille frontières des hommes pour rejoindre la joie d’être – et de vivre – au milieu du bleu – au milieu de l’immensité – voilés par tant de pertes et de larmes…

 

 

Parfois, tout devient hermétique – obscur – comme si sur nos yeux – comme si sur notre âme – s’était collé un froid hivernal – terrible – qui assène un coup – presque fatal – au courage – à la marche – et à la poursuite des jours dans ce monde sans soleil…

 

 

Au-delà du sang – au-delà de l’âge – ce désir infini – mystérieux – d’échapper à la mort – comme si nous avions le pressentiment de notre envergure…

 

 

Tout s’échappe – et tout se chante – parmi les départs et ces foulées fuyantes – comme si la voix était notre seul atout face à la mort et à l’absence…

 

 

On se croit tout – et l’on s’imagine (plus ou moins) pareil aux autres – sans jamais se demander ce que sont (réellement) Dieu et l’âme…

 

 

Tout s’empourpre – et tout tressaille. Tout se désire – et tout se consomme. Tout se rejette – et tout s’indiffère. Puis, on pleure à toutes les funérailles en regrettant de ne pas avoir suffisamment aimé ceux qui s’en vont…

 

 

Un cœur bat entre nos rêves et demain – et qui ferme derrière lui toutes les portes pour s’enfuir n’importe où – n’importe comment – avec n’importe qui – sur tous les chemins imaginables…

 

 

Découverts par ce que nous recouvrons – mais si illisibles encore…

 

 

Avec le secret caché au fond de l’âme – comme l’unique parole d’un livre d’images dissimulée au milieu de quelques pages collées par le temps…

 

 

Comment pourrait s’évaporer le sommeil sous tant de masques et de mensonges… Couches de nuit entrelacées avec l’attente imparfaite – malheureuse – derrière lesquelles les hommes veillent d’un œil trop vague – trop hagard – pour vaincre la mort – percer son secret – échapper à l’exil – et découvrir la lueur du jour – cette vie dévouée au service, au silence et à l’éternité…

 

 

Et cette fumée qui monte comme un âge impossible – comme un âge indécent – à travers les siècles. Comme une dépouille – une odeur de charnier – sur l’herbe trop rouge du monde. Comme une nuit dans l’insolente beauté du jour. Comme un vertige – un mensonge – dans le rêve trop ambitieux des hommes. La persévérance de l’ombre et du noir, en quelque sorte, dans nos errances coutumières…

 

 

En vérité, nous ne connaissons que le pire et la mort – toutes les déclinaisons de l’ignorance – cette absence qui donne à nos vies cette allure de vertige – ce goût de trop peu. Comme des reflets, des blessures et cette (effroyable) offense à ce que nous portons d’infini…

 

 

Mille voies – mille chairs – pour une joie qui s’obstine malgré nos tentatives et nos défaillances…

 

 

Peut-être n’offrirons-nous plus, à présent, qu’un regard – un acquiescement à tout ce qui sort des têtes et des poitrines – à tout ce qui s’insère dans l’âme et la chair. Et notre dévouement à l’attente. Comme la preuve que la joie est possible – même dans ce qui semble si séparé – et si futile…

 

 

Nous aurons tout vécu – au bord de nous-mêmes – dans l’illusion – au seuil de cet Amour, pourtant, grandissant…

 

 

Tout brûle – et se meurt – jusqu’à l’ardeur – jusqu’à ces rêves – jusqu’à ces âmes si pleines de désirs – sur ces rives où l’ombre plonge l’esprit dans le sommeil – et efface le seul élan nécessaire au jaillissement de l’Amour…

 

 

La faim – notre faim – demeure plus vivante que la mort. La seule nécessité, peut-être, pour aller au-delà du nom et du destin – vers des rivages moins insensés – où l’Amour deviendrait (enfin) le seul désir – la seule réponse – la seule loi – le seul visage…

 

 

Tout s’acharne – s’écorche et se vénère – au milieu du rêve. Et tout arrive après l’Amour – et devance son retour (si lent et laborieux) après mille siècles d’exil et d’absence…

 

 

Nous aurons fauché – durant mille jours – durant mille siècles – ce qui n’aura jamais eu guère d’importance comme si l’essentiel – notre figure – l’éternité – pouvaient encore attendre un peu…

 

 

L’homme est comme le reste – en survivance dans les replis du vivre – dans les replis du monde. Un mythe – une épreuve – un rêve – un récit dans ce que nous croyons savoir – en deçà toujours du réel et de la vérité…

 

 

Tant de peines à vivre – et tant de peine à comprendre – pour si peu de chose(s) en somme…

 

 

Pourquoi accomplir quelques pas – achever la suite de l’itinéraire – plutôt que se laisser surprendre par l’étreinte et le baiser… Pourquoi cette ardeur plutôt qu’une attente sage et sereine… Pourquoi le glas et les clochers plutôt qu’une sagesse à vivre – plutôt que l’éternité…

 

 

Et si nous n’avions d’autre issue que l’impuissance – et l’innocence – de la fleur pour accéder à la joie, à la sagesse et à la beauté…

 

 

Par devers nous, mille rages – mille désirs – mille tempêtes. Et autant de larmes et d’insuccès. Et pas même le mystère de l’être hissé jusqu’à hauteur de tête. Prisonniers toujours de cette idée de la vie et de la mort. Un peu de sueur – seulement – ajouté au sang et à la tristesse…

 

 

Nous attendons sans entendre le moindre appel. Nous vivons en deçà de la mort – quelque part où le rêve et la tombe sont les seules libertés…

 

 

Tout est songe – jusqu’à nos mains pleines – jusqu’à nos mains vides. Peut-être ne sommes-nous que des fantômes… Peut-être n’existons-nous pas… Peut-être n’avons-nous que le poème pour nous mener jusqu’aux portes du silence – jusqu’aux portes de l’éternité…

 

 

La vérité – un mensonge comme tous les autres peut-être…

 

 

Tout s’emmêle – tout s’échange et se remplace. Et nous n’avons que nos yeux et notre âme pour habiter le monde et le poème – cesinfimes exercices de vérité – si pauvres à vrai dire – pour côtoyer le silence et le pays des Dieux…

 

 

La vie est une terre où fleurissent l’abondance et le crime – le doute et la vengeance – le malheur et la faim d’un ailleurs où la vie serait un ciel – une autre terre peut-être…

 

 

On épouse ce qui vient – ce qui s’avance vers nous – le temps d’une larme ou d’un baiser – comme les seules fiançailles possibles…

 

 

Le vide – le désert – existe – au-dedans et au-dehors – au milieu duquel on place mille choses ; des fleurs, des arbres, des visages – un peu de bruit, quelques désirs et un peu d’espoir – pour nous sentir moins seul(s). Mais, en vérité, le vide – le désert – avance – et se répand partout où on le rejette – partout où on le remplace par quelques illusions…

 

 

Un repos comme un répit dans la fouille et l’attente – au fond duquel se cache ce que nous sommes – un regard sans âge – serein – au milieu du feu et des cris – au milieu de l’espoir et de la mort. Ce qui demeure vivant au milieu de ce qui tremble – au milieu de ce qui chute – au milieu de ce qui surgit et s’efface…

 

 

Nous avons appris à nous taire – à fermer les yeux – à avancer aveuglément le long des murs de notre cachot. A tourner en rond – à nous fuir et à nous leurrer – quoi qu’il arrive – quoi que nous fassions – malgré notre arrogance et nos certitudes. Si pauvres et si démunis – si impuissants – en vérité – devant le grand défi de vivre…

 

 

Nous vivons des jours étranges – et des vies étranges – courbés sur notre labeur – notre tâche à accomplir – notre œuvre à réaliser – sans comprendre ni la réalité du monde, ni l’enjeu de l’existence. Obsédés seulement par l’image d’un bonheur inventée pour les foules – et les rendre plus dociles – et moins révoltées – devant l’infamie des hommes – et la folie (et l’impunité) de ceux qui les gouvernent

 

 

Nous vivons tout près d’ici – à peine en nous-mêmes – quelque part entre le rêve et la nuit – à peine étonnés par notre vie – par toutes ces vies – si étranges. Comme étrangers au destin des âmes – trop bêtes – et trop timides, sans doute – pour nous interroger – et tendre la main à l’inconnu et au silence…

 

 

Quelque chose s’épuise. Et ce qui demeure a – presque toujours – le goût de l’effroi…

 

 

Tout glisse sur les pierres. Les abîmes se creusent et les vents malmènent nos certitudes et notre arrogance. Tout est juste, en somme, pour nous mener au fond de nous-mêmes – jusqu’à la vérité…

 

 

Tout s’effondre – et ce qui subsiste n’est qu’un obstacle à la découverte de notre identité

 

 

L’effritement des forces – la loi de tous les passages – pour que le jour se préserve de la mémoire – de toute mémoire – et exalte les vents et la nudité du vide moins terrifiant – et moins dévastateur – que nous ne l’imaginons…

 

 

Ni espace – ni chemin – ni voyage. Pas même un séjour – pas même un raccourci. Rien qu’un regard – rien qu’un silence sur ce qui s’avance et que nous ne connaissons pas…

Pas même un corps – ni même une voix. La présence d’un poème sans langage. Dieu, peut-être – et toutes les couleurs de la joie…

 

 

Ce qui s’abrite – ce qui s’achève et se dilapide sans exigence. Ce qui suffit à notre silence – et à maintenir le monde dans cette posture – et ces désirs – sans nuance…

 

 

La quête et le passage. A l’envers des mirages – à l’envers du temps – aussi précieux que l’âme, la vie et l’extase. Entre l’urgence, le combat et la chute. Et qui s’aiguisent à la manière d’une lame sur ce qui s’impose à notre volonté. Comme la faim et le désir des Dieux. Et la coupelle des hommes tendue vers la main du monde pour recevoir toutes les offrandes – et la moindre obole des circonstances…

 

 

Tout devient plus clair au milieu de l’errance – au cœur de cette chute – au cœur de cette défaite – permanentes. La vie, le ciel et le sourire qui perce l’âme malgré les périls et le désastre…

 

 

Tout prend place dans l’oubli – et l’équilibre du monde se transforme. Le silence devient poème – et le poème devient silence. L’histoire se rompt – le récit s’assèche – l’Amour révoque les noms – et tient lieu d’évidence ; il devient les choses – le seul désir – et la force du regard pour contempler ce qui se retire – et s’efface…

 

 

La corruption se cache au fond de ce qui désire comme au fond de ce qui s’accumule. Et les privilèges émergent lorsque l’effort conduit à la soustraction, puis au retrait – avant que ne s’impose la nécessité de l’effacement…

 

 

Rien est notre plus sûr sillon – et personne, la vérité à naître au cœur de notre âme. Le reste – tout le reste – n’est que commerce, attente, propagande et illusion…

 

 

Nous contemplons les incendies – tous les incendies – du monde comme d’autres vivent, s’enlacent ou se suicident avec cet air d’éternels insatisfaits – sûrs de notre effort et de notre droit à nous aventurer sur ces chemins trop fréquentés – et que nous avions imaginés plus libres – et plus solitaires…

 

 

Orphelins de toute appartenance – parmi ces visages étrangers qui jamais ne comprendront notre débâcle – cette longue chute dans ce monde impossible – dans ce monde inconnu

 

 

Trop de routes – trop de visages – trop de gestes – trop de langage – trop de danses et de parures – trop de propagande et de commerce. Mille et une choses, en somme, auxquelles offrir un espace. Comme une vitrine – un exutoire peut-être – accordé(e) aux nécessités du sang et du rêve pour oublier ce rien – ce presque rien – aussi précieux et essentiel que l’éternité – ce lieu où tout prend place – et que l’on méprise comme le dernier endroit à connaître

 

 

L’ignorance vissée aux tempes – autant qu’à la jeunesse des siècles – mille fois plus immatures qu’innocentes. Aux prémices d’un voyage qui durera jusqu’à la pleine liberté – jusqu’au silence – jusqu’au signe de la véritable maturité – ce que les hommes appellent sagesse…

 

 

Encore un pas – encore un geste – encore un poème – aussi vains que les précédents. Inutiles, à vrai dire, pour arrêter – ou même interrompre – la folie, les saccages et les foulées de ce monde – incoercibles – inaltérables – impérissables sans doute…

 

 

Tout devient gris – terne – noir – lumineux – impossible – invivable. Une main – un poing – lancés contre la tristesse et l’inflexibilité du monde. Et les fleurs et la rosée comme les seuls signes de la beauté dans l’impuissance du jour…

 

 

Rien – aussi orgueilleux qu’accablés – l’homme – et ce qui résiste en lui – toutes ces colonnes dressées contre l’innocence et la virginité du regard. La nécessité des destins pour rompre les noms et l’identité. Dieu et le silence – pris en étau entre les prières et les clochers – entre les dogmes et tous les temples qui célèbrent la paresse et les (fausses) certitudes…

 

 

L’exercice vain des vies à côtoyer ce qui fait l’homme. Ronces, roses, sentes et voix. Un peu d’or. Quelques caresses. Et mille compensations pour oublier l’absence, la tristesse et la mort…

Un peu de sable sur le sable – au fond de l’océan. Rien qui ne vaille ni la peine ni l’effort…

Il serait, sans doute, plus sage de s’exiler du monde – pour vivre et attendre l’impossible…

 

 

La nuit est – et sera toujours – une chair à délivrer – une âme à découvrir – et un monde à réenchanter – avec le même silence

 

 

Le poète écrit. Mais c’est l’Amour qui s’offre. La page n’est qu’une larme qui coule – intrépide et impuissante – face au mystère et à l’atrocité du monde. Et la parole, ainsi, se dresse – modeste et innocente – comme une caresse sur l’attente – sur ces rives blessées – écorchées vives par la bêtise et l’ignorance…

 

 

Tout jaillit – tout s’affronte – et toutes les défaites sont décisives – essentielles, en quelque sorte, à l’avènement de la paix…

 

 

Rien n’existe – rien ne meurt – rien ne s’accomplit. C’est le même rêve qui avance – et se tient immobile – dans les mains du silence…

 

 

Nous ne nous livrons pas. Nous avançons les mains liées – et nous nous agenouillons – exténués – devant l’irréparable et l’impossible. Le reste – tout le reste – n’est que postures, ruses et malices pour donner le change – et prouver au monde que notre cœur est encore capable de battre un peu malgré les malheurs et la tristesse…

 

 

Mains laborieuses – mains studieuses – mains complices – mais l’âme pure et innocente – jamais leurrée par les farces et le spectacle – par ce grand cirque – ce grand théâtre – qu’est le monde…

 

 

Rien – il faut se taire – tout a déjà été dit. N’écrire que des poèmes qui sauront prolonger le silence, le regard et l’âme commune. Ni cri – ni parole – quelque chose de précieux et d’inaudible. Comme la main de la joie sur la tristesse et le manque…

 

 

Rien n’aura été plus maltraité, condamné et exterminé que les arbres, les bêtes, la métaphysique et le silence. Battus et abattus – toujours – depuis dix mille siècles peut-être. Et c’est à eux, pourtant, que je confie mes poèmes et ma confiance…

 

 

Torpeur, instincts, malheurs, détresse, (menus) plaisirs et impuissance. Guère enviable, à vrai dire, la vie terrestre…

 

 

A tâtons entre la terre et le poème – debout – le regard appuyé contre cette fenêtre à travers laquelle tout s’en va – à travers laquelle tout s’efface – le souffle enlacé aux choses. Légèreté – et masse ancienne – retranchées au fond de la solitude…

Qui peut savoir, en vérité, le rôle de l’Amour et du silence… Peut-être faudrait-il fermer les yeux – et se laisser découvrir par ce qui arrive… Se laisser étrangler par les images, les idées et les promesses – pour apprendre (enfin) à vivre libre au cœur des jeux – présent comme une main – comme une caresse – au milieu de l’hiver. Intensément vivant au milieu des visages et de l’absence…

 

*

 

Affrontements et refus ajournent continuellement le face-à-face pacifique – nécessaire à l’extinction des luttes…

 

*

 

Tout est trop sombre. Nous sommes comme les vents de l’hiver qui arrachent à la terre ses rangées d’espoir. Comme la furie des vagues qui fait chavirer les embarcations – et recouvre l’éphémère – toutes les traversées – tous les passages dessinés sur le sable. Comme la nuit qui enserre les rêves et exalte l’ivresse. Comme une poigne ferme qui se resserre sur l’offrande – l’étreinte des Dieux, peut-être, sur l’âme – si hagarde – si perdue – emportée par tous les courants du monde…

 

 

Nous ne combattons jamais que contre nous-mêmes – contre la beauté possible – envisageable – au fond de l’universel. La tragédie du monde – et la tragédie de tous les hommes peut-être – que nous auront épargné les bêtes avec leurs luttes si animales…

 

 

La voix est frêle peut-être – mais le souffle et la stature puisent leurs forces dans la certitude et le silence – dans le défi du vivant à se tenir moins paresseux – et moins malhabile – devant la question (l’unique question) posée par tous les Dieux du monde…

 

 

Inépuisables – éternels – nous sommes – comme cet espace fraternel que rejettent – et étouffent – tous ces visages – si humains – et toutes ces âmes – si bestiales. Comme le plus grand drame du monde peut-être…

 

 

Tout arrive – s’exalte et s’égare – comme la voix truculente du poète dont l’insuffisance – l’incapacité peut-être – à dire le silence est si flagrante. Poème-voix comme un cri – une incantation – dans les bruits des hommes et les vaines rumeurs du monde…

 

 

Le voyageur – aussi immobile que la pierre – mais moins rassuré quant à son destin – quant à la suite du chemin – quant à la fin du voyage…

 

 

Inlassablement – les lignes – le recommencement de la parole – et le renouveau du langage. Comme les vagues de l’océan – comme les vents – sur cette terre de sommeil et d’habitudes…

 

 

Tout se mêle – et s’enchaîne. Et la liberté – ce grand mythe – n’est le fruit ni de nos conquêtes – ni de l’imaginaire. Elle émerge du plus simple qu’habitent la fleur – chaque fleur – chaque parcelle de la terre – au cœur de son destin le plus élémentaire – et toutes les âmes affranchies des luttes et du sommeil – qui ont su plonger, à parts égales, dans le monde – si bruyant et si infirme – et dans le silence sans reliquat de désir et de langage…

 

 

Ni jour – ni nuit. Ni équilibre – ni chaos. Ce qui s’avance et le mystère. La grâce – le silence – et cet horizon sans hasard dessiné par le rêve et la misère. Cet espace sans certitude où nous nous tenons – sur ce fil inventé par l’esprit soumis aux croyances et à la nécessité d’avancer – de faire de notre vie, un voyage…

 

 

On ne célèbre rien – on s’avance. On imite – on croit imiter – les nuages au lieu de s’inspirer de l’herbe qui se tient – fragile – au cœur de l’orage – au cœur du temps et des saisons qui la malmènent…

 

 

Tout s’achève entre deux néants – mais le voyage se poursuit – nous fait traverser mille rives supplémentaires – mille rives nouvelles – jusqu’au silence de l’âme où tout est scellé – où tout se conclut et recommence – où tout devient poésie

 

 

Tout change – revient – et se découvre. Tout s’encycle à la rengaine – à la lumière et à l’obscurité – les passages de l’éphémère comme ce qui demeure au-delà de l’éternité…

 

21 août 2018

Carnet n°159 Tout - de l’autre côté

Regard* / 2018 / L'intégration à la présence

* Ni journal, ni recueil, ni poésie. Un curieux mélange. Comme une vision – une perception – impersonnelle, posée en amont de l’individualité subjective, qui relate quelques bribes de cette vie – de ce monde – de ces idées – de ce continuum qui nous traverse avant de s’effacer dans le silence…

Tout s’élargit de l’autre côté de la nuit. Le grain, le vent, la pensée, le rêve d’un autre jour. Tout prend place sur la neige accueillante – si blanche – si belle – dans la clarté du centre…

Veilleuse à peine au milieu de ce que l’on déporte – au milieu de ce qui s’estompe. Ce qui demeure – et le visage de l’attente…

Tout arrive sur le sable – jusqu’au trou dans lequel tout tombe – et disparaît…

 

 

Tout s’affaisse sous le jour. Vivre devient le seul vertige – et le visage, le seul miroir nécessaire au monde…

 

 

Tout s’interpénètre avec douceur – avec brutalité – qu’importe ! Les yeux sont éblouis par le merveilleux, la passion et l’ardeur de l’attention à tout restituer avec fidélité…

 

 

Tout prend place – se remplace – adopte la juste position dans la vision – l’enchantement comme l’angoisse – le malaise comme le pressentiment du pire. Quelque chose d’étrange ; le plus simple, sans doute – et le rôle primordial de l’homme au sein du monde…

 

 

Nous ne voyons pas. Nous ouvrons des portes – et dressons des portraits chargés de matière, de teintes et de fioritures. Nous accomplissons l’essentiel en restant fidèles au regard – et à la nécessité du trait qui élabore mille questions – et suggère le silence comme unique réponse – comme unique possibilité à l’énigme de vivre…

 

 

De l’autre côté du monde – l’aurore – la même lumière malgré les paupières closes…

 

 

Tout respire – jusqu’à l’œil fermé de ce côté du miroir – à l’envers de cet espace fait de bleu sans nuance…

 

 

La vie – la mort – si proches l’une de l’autre. Comme les deux faces d’un même visage à l’allure lointaine – légère – indevinable. Comme les profils incomplets de notre représentation du ciel – que nous avons imaginé si terrestre…

 

 

D’un livre à l’autre – dans le secret des yeux clos – cet espace où tout s’illumine…

 

 

Plus grand que le monde – plus grand que la peur – ce besoin infini d’aimer…

 

 

Tout s’écoute – et s’accueille – sans rien défigurer ; la parole – le désir – le sang qui circule – la peur des visages – la mort qui s’avance – la vie qui se retire – le besoin de temple et d’espérance. Et jusqu’au silence d’un Dieu – toujours introuvable…

 

 

Nous sommes ces inextricables tentatives composées de silence et de désirs. Une sorte d’entité (indéfinissable) où se mêlent l’innocence, les eaux sales du monde, les pages tournées et la faim des affamés…

 

 

Vie confuse entre le jour et les reliquats de notre histoire. Une sorte de fief criblé de douleurs et de mort qui, en rêve, contemple sa chute – et le silence à venir…

 

 

Quelle vie donner aux mots pour qu’ils échappent au monde et à l’oubli…

 

 

Rien ne s’écrit. En vérité, tout s’efface. Voilà le rôle – et le sens – du poème. Nous faire revenir à l’état primordial – à l’état originel. Nous faire plonger dans l’oubli et l’effacement – le silence d’avant le monde…

 

 

Tout vient se rompre sur le même mystère – irrésolu – et, sans doute même, insoluble…

 

 

De l’autre côté, le même chemin – avec le rire en plus – et la mort à soustraire. Quelque chose de terriblement vivant. Comme un sourire infatigable sur ce qui part – sur ce qui semble partir – mais qui, en vérité, jamais ne se perd – et qui est là – toujours – dans l’ardeur de toutes les tentatives…

 

 

Presque rien – une infime trace vivante sur tant de mort et de sommeil…

 

 

Que tout soit banni au-dehors pour faire naître les privilèges intérieurs – et l’accueil de ce qui subsistera…

 

 

Voyage sans élan où le lointain s’approche – sans poids – insensible à l’horizon mille fois réinventé pour donner l’illusion d’un chemin – où l’ancre est ici – dans cette façon, si fragile, de se tenir debout au milieu de tout ce qui s’en va…

 

 

De chair et d’infortune – ici – transformées en malheur – presque en malédiction. Et de l’autre côté – un peu plus loin – transmutées en éclats – en pointes affûtées pour éperonner ce qui mérite d’être pénétré – et parcourir le nécessaire pour vivre joyeux – et sans emprise – au cœur de la misère…

Terres absolument identiques – avec la différence qui se tient dans le pas – et dans le regard qui l’a initié…

 

 

Nous pourrions dire – partir – revenir sur nos pas – nous taire – rester en deçà du soupçon – élaborer encore – maltraiter les visages – le langage – crier – s’immoler – divaguer – et errer toujours. Mais que pourrions-nous faire pour vivre en homme – et devenir (un peu) plus sage…

 

 

Tout homme – toute place – est consensuel(le) – autant que rebelle. Exact(e) et hors de propos. En relation toujours avec le plus intime qui dicte la voix et les pas…

Et pour se conformer au plus juste, il convient (toujours) d’oublier sa fonction et ses attributs – de s’effacer, en quelque sorte, derrière ce qui nous porte…

 

 

Chapelet de choses et de visages – comme les grains minuscules d’un collier (infini) que Dieu enfile (presque) sans raison. Comme une façon, peut-être, de se souvenir du temps des origines – de ce silence sans chose ni visage – et d’offrir à ses gestes une occupation moins divine – plus triviale. Une sorte d’intervalle – une forme de parenthèse – comme un exercice – ou un jeu, peut-être – dans sa trop permanente présence…

 

 

Tout s’élargit de l’autre côté de la nuit. Le grain, le vent, la pensée, le rêve d’un autre jour. Tout prend place sur la neige accueillante – si blanche – si belle – dans la clarté du centre…

 

 

Veilleuse à peine au milieu de ce que l’on déporte – au milieu de ce qui s’estompe. Ce qui demeure – et le visage de l’attente…

 

 

Tout arrive sur le sable – jusqu’au trou dans lequel tout tombe – et disparaît…

 

 

Tout n’est pas aussi serré au-dedans. Quelque chose isole – offre la distance nécessaire à ces mille entassements (inutiles). La terre est éloignée des visages – éloignée des étoiles – et de ce qui monte du fond de l’âme. Et le ciel est plus lointain encore – au-delà des danses – au-delà des prières – sur ce seuil où tout devient possible – où tout est autorisé – jusqu’au recommencement du voyage qui vient rompre toutes les distances…

 

 

Tout se fige – et se raidit – à la mort. Jusqu’à la tristesse de ceux qui restent…

 

 

Tout arrive – tout s’avance. Et sur le seuil, les mots s’éloignent des étoiles – et de ces chemins où les âmes creusent ou vagabondent dans l’espoir d’une danse – d’un éclat – d’une rencontre – pour oublier la mort…

 

 

Tant de tombes dans les yeux – creusées par inadvertance – et dans lesquelles finissent par sombrer tous les rêves – tous les désirs – l’essentiel du monde fantasmagorique de l’homme, en somme – y compris les édifices et les chemins façonnés par ceux qui se livrent à quelques aventures – ou à quelques jeux – avant de mourir – pour de vrai – pour de bon…

 

 

Nous chantons si fort sur ce chemin sans âme que quelques yeux, parfois, de l’autre côté du monde, nous surprennent en flagrant délit de gaieté…

 

 

Ivre d’une autre terre – d’un autre ciel – quelque chose à l’envergure démesurée – aux allures d’illimité – entre la soif et le silence – comme une danse accomplie sans notre consentement – une sorte de vertige au goût de vérité – au-delà de toute raison…

 

 

Tout dérape – et se dégrade – dans notre (vaine) attente…

L’autre côté, jamais, ne se rejoint comme nous l’imaginons. Mille virages, mille pertes et mille aires de passage – avant de pouvoir réaliser la soustraction nécessaire au franchissement du seuil. Des dérives, des déroutes et des errances ; voilà le seul chemin vers la capitulation – avec l’âme de moins en moins fière – et de plus en plus tendre – et qui, un jour, finit par s’agenouiller…

 

 

Tout s’agite – tout s’encaisse – dans cette ivresse au goût de cendre et de ciel frelaté. Et ce bleu – si intense – qui manque à l’œil de passage. Une vie comme un tourbillon – un amas de rêves et de peines entre la pierre et la mort…

 

 

Rien n’émerge – rien ne filtre – des visages passés sur le versant opposé. Ni émeute – ni émule. Le reflet encore brûlant de la transformation, comme une vague fumée blanche, qui monte au-delà du faîte – à peine visible depuis ces rives plongées dans le crime et l’abomination…

 

 

Ni douleur – ni fardeau – un court poème pour souligner le vertige. Ce qui hante la joie davantage que l’ennui, le langage ou la terreur. Un fil, peut-être, lancé comme une bouée – comme un pont – comme un escalier fragile – entre deux rives incertaines…

 

 

Ce qui monte comme un trait de lumière entre la boue et l’espoir – dans cet étroit surplomb au-dessus des jetées souillées par la peur, la bave et le sang…

 

 

Taillé(s) davantage pour ces rives où les pierres sont noires que pour l’aurore fantasmée par ceux qui la réclament…

Comme un poids – comme un destin – voué au gris, à la tristesse et à l’impossible plutôt qu’à la métaphore de la lumière qui subjugue tous ces affamés d’Absolu (si immatures encore)…

 

 

Tout s’écoule de ce côté du songe. Et, ici, l’infini n’a davantage de valeur que la fouille et l’attente…

 

 

Sur le sable, tant d’impressions sont décrites. Et, ici, la pierre et l’âme ne forment qu’une seule langue – qu’un seul idiome – rare – précieux – qui s’offre à tous (avec parcimonie) pour dire le tout, l’apparence et la diversité avec un seul terme ; le silence – si riche – si secret – si fécond…

 

 

A travers nous, tout se tresse – l’eau – la terre – l’âme – le ciel – les quelques lignes d’un poème. Le désir d’un ailleurs – d’un franchissement – le passage d’un côté à l’autre – et leur (lent) resserrement en un seul rivage…

 

 

Ce vide accueillant – simplement – qui acquiesce à ce qui passe…

 

*

 

« Vivre est difficile – et mourir l’apogée de la tragédie » entend-on dire ici et là – un peu partout. Et, ainsi, voit-on les hommes s’accrocher à tout ce qui (leur) semble plaisant – à tout ce qui est porteur de la moindre souffrance – dans cet amas de peines et de douleurs que chacun a, plus ou moins, le sentiment de porter – et de devoir traverser – au cours de sa brève existence terrestre…

 

*

 

Que de semence, d’ardeur, de salive et d’encre pour faire, décrire et commenter le monde – presque rien, à vrai dire, sur si peu de choses – en somme

 

 

Tout est étranger à l’œil sans larme – jusqu’au sourire – jusqu’à l’enfance. Tourné seulement vers les spectres (illusoires) qui le hantent…

 

 

D’un rêve – d’un exil – d’un même espace posé au milieu de l’Amour et du temps – entre les pendules et cette grande main blanche qui s’abreuve au moins décourageant du ciel…

Ni loisir, ni performance. Un appui naturel sur ce bleu – si intense – si lointain…

 

 

Tout viendra effleurer ce qui respire – ce qui se flétrit – ce qui se soulève et s’enfonce. Ce qui s’échange contre un autre temps. Comme un jeu – un défi, peut-être, à l’aveuglement – à cette façon d’être si égal à soi-même à travers toutes les existences (parallèles et successives)…

 

 

Insuffisamment aveugles pour détourner les yeux de la misère – créée par le refus de notre destin…

Et cette issue qui se façonne à grand coup de souffle. Comme un réel immense posé devant chacun – au milieu du sommeil – au cœur de nos pas somnambuliques tirés vers l’après – vers le lointain – comme le prolongement du rêve…

 

 

Noire comme la perte – comme les paupières. Défaite – recluse – et hagarde au milieu du chemin – cette folle espérance d’une fratrie. Solitaire – autant que le regard sans doute – avec le silence à réinventer peut-être…

 

 

Debout dans un ciel à perte de vue – à écouter les larmes tomber sur ces pierres trop noires et le crissement du gravier entre le chemin et les semelles. Quelque chose comme un élan – un effort – une marche vers ce qui ne pourra jaillir qu’au milieu de l’œil sans espoir – revenu des soirs – de tous les soirs – et des lueurs nées de ces lectures crépusculaires où nous imaginions le soleil accessible d’un claquement de doigts…

 

 

Des yeux pour se rejoindre à la pointe de l’âme – là où l’obscur semblait si vivace et la peur, l’hôte principal. Crocs, à présent, refermés sur la chair. Au bord du précipice – devant l’inconnu des hauteurs et l’incertitude des rivages…

 

 

Les âmes – comme des créneaux étrangers – et d’étranges coffres-forts où s’entassent mille débris volés aux aboiements des Autres. Des anneaux, des bras et quelques victuailles pour les temps difficiles. Et cette nage burlesque sur ces pierres sans eau – évaporée, peut-être, depuis des siècles. L’homme, en somme, dans ses gestes mimétiques – et sa confusion imbécile. Avec ses rêves d’or si anciens. Comme un silence posé au milieu de l’absurdité – entre mille grilles – mille rangées de grilles – et toutes les infinités possibles…

 

 

Regard en surplomb – libre – vierge – acquiesçant – pleinement présent à ce qui passe. Et l’âme – le cœur – au-dedans – totalement engagés dans le pas, le geste et la parole. Ainsi est-on à la fois monde – et hors du monde

 

*

 

Où chercher – où fouiller – où s’enfuir – et comment vivre – lorsque la mort encercle tout – relègue la vie à une parenthèse absurde coincée entre deux néants – et confine l’horizon à une frontière (presque) infranchissable… Et comment trouver une forme de sagesse pour guider les pas et nous dire (simplement) où commencer judicieusement la marche…

 

*

 

Tout se détourne – tout se rejoint – malgré le sable et la décadence du monde. Mû par cette flamme qui demeure à travers tous les passages

 

 

L’obscurité n’est pas le sommeil ; le signe seulement que le noir nous a devancés – et qu’il faut à l’homme plus d’une foulée pour laisser son pas au centre du cercle – et un peu d’âme pour laisser son œil se transformer, peu à peu, en regard capable de surplomber toutes les marches du monde…

 

 

Nous différons sur mille points sans comprendre le cadre naissant – le cadre premier – unique – ni la similitude des visages derrière les apparences – ni la convergence des foulées aux rythmes et aux allures si dissemblables…

 

 

Nous écoutons comme d’autres éventrent, torturent ou massacrent sans sourciller. Animés étrangement par les élans d’un abîme, en eux, trop souverain pour se rappeler avec exactitude – et nostalgie – des prérogatives premières de toute naissance – de toute histoire – de toute existence ; l’attention, l’approbation et le silence…

 

 

Le plus connu n’est pas celui que l’on croit – mais le plus oublié, sans doute ; l’hôte premier – celui auquel nous n’avons plus le temps de penser – avides que nous sommes de toute nouveauté…

 

 

A côté du cercle s’éreintent quelques âmes – se lancent quelques pierres – et s’entendent quelques aboiements. Rien de nécessaire au jaillissement du centre au cœur du cercle. Des initiatives et des passe-temps, peut-être, qui se cantonnent aux périphéries…

 

 

Tout s’abandonne – végète – et tourne en rond – au milieu de la poussière et des crachats avant de rejoindre le seuil – l’espace de l’âme-lumière. Rame, en quelque sorte, de rive en rive – s’égare – s’éloigne et se rapproche, peu à peu, de cette morosité sans rêve nécessaire à l’ascension du gris – et à son franchissement…

 

 

Tout se découvre – et se devine – comme si nous étions nous-mêmes – comme si une part de nous était – caché(e)(s) de l’autre côté…

Entre terre et silence – si haut déjà – et si loin de ce ciel inventé – au plus près de ces têtes – et de ces bouches – qui s’agenouillent et embrassent le sol…

 

 

Ici – là-bas – rien que des édifices et des idéologies. Et de ce côté, rien – le plus vierge sans doute sur lequel aucun phénomène ne peut prendre appui – où aucune vie – ni aucun monde – ne peut se construire – et où tout vit, pourtant, pleinement sans l’ombre d’un souci – sans l’ombre d’une inquiétude – sans l’ombre d’une attente ou d’une saisie. A pleine existence, en somme – au cœur d’une présence naturelle faite de silence et d’acquiescement – sans mémoire ni oubli. Unique et durable dans cette étrange fragilité de l’éphémère…

 

 

La sensibilité et l’intelligence – les seules graines indispensables – et les seules conditions nécessaires – pour qu’éclose, fleurisse et se répande l’Amour dont le monde, la terre et la vie ont tant besoin…

L’unique issue, à vrai dire, à toutes les histoires – individuelles, communes et collectives…

 

 

Tout pousse autour de nous comme si nous avions les bras portés par le ciel. Mais nous ne sommes, pourtant, que des sangsues dévoreuses de chair – et ingrates, qui plus est, devant l’abondance et les privilèges de notre naissance…

 

 

Tout vient – s’échafaude – le temps d’un répit – comme un vide relégué aux bruits qui courent…

 

 

De l’autre côté du jour, il y a un repos qui ressemble à la nuit où tout s’immerge le temps d’un rêve…

 

 

Aux côtés de la mort, quelques âmes prudentes – oubliées des lendemains – qui jettent leurs bras aux survivants – aux passagers – à tous les passants de la nasse – emmaillotés sur les pierres – et ligotés déjà à ce bleu immense – à ce bleu intense – qui s’immisce à travers les grilles – à travers les mailles – pour répandre la liberté…

 

 

Nous sommes le dedans – et le dehors – tout proches. Le cœur du vivant – et cette lumière au fond de l’âme. L’apparence et l’essentiel (prisonniers – toujours – de notre émoi et de nos découragements). La neige et le silence. La crainte et la désespérance des foules perdues au milieu du désert. Le jour et la nuit – et tout ce qui s’agite à leurs frontières. Ce monde à l’allure de feu – et le front des bêtes livrées à la mort. Cet étrange mélange d’errance et d’incompréhension qui attend le pire et la fin des siècles en versant quelques larmes…

 

 

A l’ombre de tout – peut-être ailleurs (qui sait ?) – sous les éboulements – au fond des idées – quelque part où la nuit n’est que l’illusion d’une solitude. Parmi les herbes où les rencontres – toutes les rencontres – sont factices. Les reflets de notre seul visage…

 

 

Nous vivons – et périrons – avec les tentatives de la voix et du souffle à façonner – et à repousser – l’argile – celle des corps et des visages – celle des dunes qui nous entourent – et celle du trou où nous serons enterrés…

 

 

Poussière qui dure sous les pas du monde – jetée à la figure de ceux dont les vents ont défiguré le nom. Avec la couronne – survivante des ravages – au-delà de laquelle le ciel ne se tient ni au-dessus – ni en dessous – mais partout où l’épine tient lieu de guide sur le chemin…

 

 

Nous continuons d’être – là où le néant s’efface – là où la terre, trop longtemps endormie, s’éveille. Nous sommes ainsi – quoi que nous fassions – et définitivement passagers quelles que soient les aventures…

 

 

A l’autre bout du monde – le même désastre et la même espérance. Quelques signes – et quelques traits – dans ce gris interminable – sur cette étroite bande de terre où les hommes – et leurs usages – nous confinent…

 

 

De l’autre côté de la mort, le même voyage – pieds devant et tête à l’envers – avant que l’esprit ne nous retourne encore – et ne nous prépare au point d’entrée suivant…

Ainsi, de séjour en séjour, nous visitons nos propres différences – notre hauteur commune – et tous les recoins du monde – avant (peut-être) la délivrance…

 

 

Nous marchons – les pieds et la tête en feu – poussés par cette furie sur le gravier noir des chemins et du langage – en quête de cette folle ivresse au goût de rêve dénaturé – couchés, en vérité, au fond du même effroi depuis le premier pas – depuis le début du voyage…

 

 

A demi morts sans doute – autant que l’ardeur du sang est noire. A mi-chemin entre le ciel et les pierres – là où la nuit a traversé le regard. Aux premiers instants de l’âge – aux premiers instants de notre figure – là où le temps et les os ne formaient, dans notre rêve, qu’un seul visage…

 

 

Il y aura toujours moins à dire que le silence – et moins à haïr qu’à aimer. Et autant de joies que de peines à se résoudre à vivre…

 

 

Tout s’avance vers nous comme un monde sans main – et qu’il faut aider et satisfaire – au lieu de jouir de toutes choses – au lieu de savourer chaque instant de présence – au lieu de contempler toutes ces marches sans apaiser les peurs ni assouvir les désirs et la faim…

Tout est complice, en somme, de nos jeux et de notre ignorance. Et tout s’affronte pour nous rendre plus impuissant(s) – et plus coupable(s) encore…

 

*

 

Tout se conquiert – et, parfois, se partage – excepté ce qui compte (et qui est plus qu’essentiel). Cela seul s’offre – et qu’importe les noms pour le nommer ; être, Soi, Dieu, Amour. Lui seul se donne tout entier – et plus encore à ceux qui, en son absence, ont réussi à s’effacer…

 

*

 

Nous allons – comme les fleuves – comme les ombres – là où les pentes sont aisées à découvrir et les frontières aisées à franchir. Nous sommes pareils à cette nuit qui s’éternise au-dessus des astres et des visages. Nous cheminons en pure perte – sans rien comprendre aux enjeux de l’être et aux enjeux du vivre

 

 

Tout devient sans nom – et inaudible – au fond du silence. Tout devient rythme et joie – et comme l’Amour – prêt, enfin, à tout recevoir…

 

 

Tant de détours et de manœuvres pour les eaux du monde – pour les eaux du jour – avec mille galets, mille rives et cette nuit qui s’écoule à franchir. Avec quelques grimaces et le poids de l’âme. Avec mille rencontres fortuites et vagabondes. Et cette soif ardente qui – implacablement – remonte vers sa source…

 

 

Tout passe – repart – revient et recommence. Creuse sa blessure dans les mêmes gestes – les mêmes postures – les mêmes refrains. Seul dans son sillon – guidé, parfois, par le mouvement des astres et la main des étoiles – le rire ou la joie d’un enfant – la beauté ou la justesse d’un poème…

 

 

Tout se donne au détriment de l’effort qui use au lieu de découvrir. Ici – ailleurs – partout – le même rêve et les mêmes chemins. Ce qui frappe discrètement à notre porte. Le monde et la fausse réalité du langage qui crée mille chimères – et voile le réel qui, dès lors, s’imagine exclu – à l’écart – abandonné peut-être. Tout se limite – et s’emprisonne – derrière ces grilles qu’édifient les livres et la parole. Mais nous sommes encore là – patients et, sans doute, suffisamment téméraires pour attendre le choc et l’effondrement qui signeront l’arrivée du silence – l’entrée en présence

 

 

Nous sommes la moitié du monde. L’âme affranchie du langage – et le peu qu’il reste après notre passage. A la verticale du nom que nous avons placé sur toutes les choses. Fidèles, en somme, au quotidien et aux adieux impossibles offerts à ce qui s’enfuit – et nous échappe…

 

 

Tout est là – toujours – caché au-dedans de l’inimaginable – à l’ombre de cette lumière que nous avons cru arracher à un Dieu-mystère – puis, à un Dieu-machine – inventés pour rendre l’homme plus docile encore…

 

 

Nous avons créé mille frontières pour nous sentir vivants – et du bon côté de la barrière. Le rêve, l’effort et l’apprentissage pour découvrir – avoir l’illusion de découvrir – la loi et le mystère. Mille choses inutiles, en somme, pour être à la fois au-dedans et au-dehors – à l’intérieur et à l’extérieur du monde – au cœur et hors des êtres et des choses. Ce que nous sommes tous au fond malgré nos déconvenues et le manque de lumière…

 

 

Ni tien – ni mien – ce qui remplace le rêve et la parole – les postures et la vision restreinte. L’espace où tout défile et se remplace – la racine et la source du monde, des hommes et des bêtes. L’origine des arbres, des fleurs et des rivières. Tout ce qui s’épuise à défendre son territoire et ses maigres trésors

 

 

L’autre côté est une illusion. Il n’existe que ce tout – ce presque rien – que les hommes ont divisé mille fois – dix mille fois – des milliards de fois – pour asseoir leur territoire, leur pouvoir et leur envergure. Un seul espace où tout est accolé au même centre…

 

 

Tout s’enracine – au-delà du monde et de l’homme – au même vide – songe ou néant pour les uns – dogme ou vérité pour les autres. Indissociable(s) sur la même ligne où les notes, les mots et les visages semblent si dissemblables – mais qui portent en eux la même grâce et le même destin – entre fleurs et lumière – rêve et abîme – temps et souvenir – au milieu de ce que nous devons transmuter en présence…

 

*

 

Comment faire face à la douleur, au vide, à la souffrance, à la perte et à l’absence – et vivre (et se résoudre à) cette dimension mortifère et limitée de l’existence ? Voilà, sans doute, l’une des questions fondamentales – et l’une des thématiques centrales – auxquelles sont – et seront toujours – confrontés l’homme et le vivant au cours de leur (bref) passage terrestre

 

*

 

Ce qui remplace l’apprentissage – de l’extérieur vers l’intérieur. Et ce qui s’absente vers un Autre en soi – encore étranger…

 

 

Tout est simple – le silence – le monde – le vent – et les âmes à éduquer. L’immensité de la parole repliée au fond de la solitude – et le poème qui se prête davantage au jeu de la vérité qu’à celui de la rime. Le désir et tous les Dieux réunis. Toute la vie de l’homme, en somme…

 

 

Rien ne dure – pas même la lumière. Et ce qui demeure n’est, peut-être, que le doigt de la mort pointé sur ce qui bouge – le temps en suspens – entre la nuit et le souvenir…

Et ces fleurs – toutes ces fleurs – qu’il nous faudra, un jour, semer dans tous les interstices laissés par l’absence…

 

 

A distance toujours de ce qui étreint – au lieu de s’abandonner au vide…

 

 

Nous nous rétractons au lieu de nous enlacer. Nous pérorons au lieu de garder le silence. Nous haïssons au lieu de comprendre. Nous quémandons au lieu d’offrir et d’aimer. Nous saisissons au lieu de rester la main ouverte. En vérité, nous ne savons ni vivre – ni être des hommes…

 

 

C’est dans le vertige du vivre – puis de l’être – que l’homme se réalise. Et l’accomplissement toujours s’opère dans la perte, la chute et l’effacement…

 

 

Tout se rejoint – toujours – au-delà des refus, des singularités et des destinataires. Le seul besoin est celui du rapprochement, de l’étreinte et de la lumière…

 

 

L’aveu d’une vie – d’un combat – perdus d’avance. Le retrait – le recul – et l’avancée timide – presque à reculons – vers la seule source en mesure de nous retrouver

 

 

Tout est prétexte à soi – jusqu’à sa propre perte. Et tout s’avance ainsi à sa rencontre. Puis, tout s’absente à travers nous-mêmes – jusqu’au défilé du pire – et jusqu’à son franchissement. Alors tout devient – tout redevient – silence et poésie…

 

 

En matière de vivre – à propos de la vie – seul l’infini peut nous soumettre – nous accomplir – et nous délivrer. Le reste n’est que jeux, fièvre et purges nécessaires à sa propre découverte…

 

 

Et cette main tendue que nous négligeons pour la beauté d’un visage – la promesse d’un amour – l’espoir d’une gloire ou d’une richesse – tant de chimères et de choses corrompues déjà…

 

 

Tout accourt – et se jette de l’autre côté du monde…

 

 

Tout est feu – tout est sang – même au cœur du silence. Sur terre – dans l’air – dans l’eau – entre les lignes du poème. Fleurs et fils toujours plus distendus à mesure que l’on avance…

 

 

Invariables – la défaillance autant que l’Amour. Et ce doute creusé à même le pas au centre duquel tout, un jour, viendra s’effondrer…

 

 

Cercles et noms écrits avec le sang de chaque destin. Comme les misérables frontières du vivant. L’hérésie des hommes – et leur folie à tout nommer et à tout circonscrire – pour lutter vainement contre le chaos apparent du monde – et la douleur de vivre (et d’exister) si pauvres – et si seuls – au milieu des autres – face à la multitude et à l’immensité…

 

 

Tout s’inverse à l’envers de la mort. Le souffle et le temps s’infiltrent au lieu de passer – et s’amplifient jusqu’à l’engorgement. Et l’âme même n’est plus ce point – cet infime reflet du miroir ; elle rayonne d’une autre lumière qui lui donne la même couleur que le jour…

 

 

Tout s’agenouille devant cette faim qui préside à la course – et à l’attente d’un autre monde…

 

 

Un léger fléchissement dans l’âme pour dire notre (im)maturité – et offrir ce qui nous a été offert ; la douleur, le pire et le passage. Cette foi affranchie de toute espérance. Et cette joie qui dans les veines (et dans l’âme) remplace le sang…

 

 

Tout – de l’autre côté – aussi bien qu’ici où la vie et le monde ont la couleur du froid et de nos yeux fébriles – en attente d’une issue – en attente de l’impossible – pour échapper à l’enfer de notre détention…

 

 

A peine le jour – à peine la nuit – quelque chose comme un ailleurs au goût de soi enfoui quelque part entre le noir et la lumière que nous avons inventés…

 

11 août 2018

Carnet n°158 Et, aujourd'hui, tout revient encore…

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Tout se tient, malgré soi, devant nous – au détriment de la lumière…

Tout s’agrippe – et s’amourache – le temps d’un désir – le temps d’une pluie – le temps d’une danse entre l’escalier et la chambre. Puis, tout se repose dans l’indifférence et le sommeil – l’Amour encore intact au pied du lit – et sous les frusques revêtues à la hâte…

Tout nous arrive – par petits bouts – en morceaux d’étoffe minuscules. La parole, le sens et l’explication comme des fragments de vérité à recoller ensemble sur le puzzle de la page…

Tout s’abrite sous cette chair – et dans ce crâne – jusqu’à la douleur de ceux que l’on assassine – jusqu’aux souvenirs – jusqu’aux jeux – jusqu’à l’enfance – jusqu’au désir – jusqu’à l’Amour – jusqu’à l’innocence…

Tout, en somme…

 

 

Tout ce qui monte – immobile – nous le sommes encore. Et le temps aussi. Et ce qui guette dans l’attente – sous la cendre des alliances…

 

 

Espace – entailles – et ce feu au fond du sang. L’eau, la vie et le langage. Et cette montée du regard au-dessus de la rosée et des feuillages…

 

 

Le monde – vieux comme les siècles – à s’interroger encore sur le proche et le lointain – sur le haut et le bas – sur le vrai et le faux – au lieu de plonger dans sa réclusion…

 

 

Prières des hommes aux paumes d’enfant – si légers sous le fardeau du vivre. Lueurs à peine au fond de la nuit…

 

 

Ici – où s’attardent les peines – où veille l’Amour. Une grenade d’encre dans la main – et mille autres en bandoulière – pour faire exploser les noms et les destins – et aider à la naissance du jour…

 

 

Tout est chair – soleil – invisible – le nom donné à l’Amour. Le sable, la main, l’écume – et les gestes et les bouches si voraces encore…

 

*

 

« Que sommes-nous ? » sera toujours la question essentielle…

 

 

De chair en déchirure – de certitude en écartèlement – la douloureuse révélation de notre identité…

 

*

 

A ce qui s’éveille comme à ce qui périt – attentif toujours – quels que soient le destin et la durée…

 

 

En chacun de nos pas – dans l’entêtement et l’érosion du monde et des idées – ce souffle au-delà du sens et du mystère – au-delà du poème et de la mort. Comme un chant éternel à travers le temps – et la possibilité du passage offerte à l’éphémère…

 

 

Et sur la feuille abandonnée, les traces de l’invisible et l’apaisement du cœur malgré l’attente, si anxieuse encore, du silence et de la disparition…

 

 

Griffes et angoisse au cours de la traversée – inoffensive, pourtant, de bout en bout. Comme une marche, en somme, au milieu des démons inventés par l’esprit…

 

 

Déchiré et grave au centre du cercle – au milieu des éclats et des enfantements – nés du désir. Rien pourtant – qu’une ligne supplémentaire dans la trame du monde – dans la trame des vies…

 

 

Tête hors du monde – parmi les délices des sages illettrés – si loin, à présent, de ces alphabets que l’on malaxe pour créer des signes – et du sens – et remplir la page. Empreintes et ciel d’un autre monde. Enfance et Amour d’un seul tenant – occupant le centre de la parole jetée sans parti pris par-dessus les visages et les étoiles…

 

 

Dans leur cachot – l’écuelle débordante mais l’âme en ruine…

 

 

Derrière l’évidence de la souffrance – dans son alcôve secrète – la bienveillance veille pour réunir le poignard et la flamme – et les convertir au silence…

 

 

Miraculeux cette vie et ces visages passionnés – livrés à l’intensité de la fouille parmi tant d’étoiles et de figures endormies – et voués, tôt ou tard, à la conversion de la boue en or…

 

 

Entre soi et le mur, cet espace qui conduit tantôt à la fable, tantôt à la vérité. Les deux faces d’un même monde, en réalité, où l’exil et la solitude sont la somme des trouvailles pour maintenir l’Amour vivant…

 

 

L’échancrure du possible derrière laquelle nous nous cachons…

 

 

Le labyrinthe intime où tout devient chaos. Murs, vent et visages. Et à l’envers du visible – la soif intarissable du jour jusqu’au cœur de cette nuit inscrite dans la pierre…

 

 

Ce qui nous hante – et nous hantera jusqu’à la dernière parole…

 

 

Nous déchiffrons le désir au lieu de suivre ce qui s’impose. Episodes d’une vie mâchée sur les pages – exilée, en quelque sorte, du plus réel…

 

 

Le combat n’est qu’un leurre – une forme de marche aveugle – une épreuve inutile dans la nuit du monde et des visages. Le réceptacle tragique d’une rage jetée contre n’importe qui – jetée contre n’importe quoi – plutôt que l’écoute de cette voix au fond qui invite au désert et à l’entente…

 

 

Tout – au-delà – nous dépossède comme tout – en deçà – nous retient. Le versant du regard et des pas s’inverse. A l’image du miroir tenu à l’envers…

 

 

Rassemblés autour de ce qui veille avec les Dieux et la mort – au cœur de cette espérance si frémissante…

 

 

Au plus nu du mirage – tout vacille et se tait. La terre s’ouvre – et le monde apparaît comme l’autre versant du mensonge – l’autre face de la nuit. Et nous autres, encore si craintifs (et si émerveillés déjà), nous nous mettons à pleurer sur la crête – au milieu des cimes lumineuses qui émergent des abîmes où nous étions plongés – retenus prisonniers (depuis la naissance du monde) par l’illusion et la pensée…

 

 

Nous croyons traverser je ne sais quoi – mais, en vérité, nous nous traînons au milieu de ce que nous ignorons…

Entre le mythe, la violence et le mystère – présents déjà (d’une certaine façon) à cette absence que nous sommes

 

 

Tantôt arides, tantôt populeux – cette terre et ce temps maladifs où nous nous tenons. Loin de la veille nécessaire à la fin du sommeil – et à l’émergence du réel plongé encore au milieu des rêves…

 

 

Des marches, des mains, des asiles. Et le peu qu’il reste sous nos pas après tant de siècles de combats et de conquêtes. Un peu d’huile, peut-être, et quelques usages plaisants. Si ignorants – et si insensibles encore à cette folle étreinte qui nous attend…

 

 

Livre du premier jour à l’usage des hommes, des Dieux et des rêveurs pour que l’oubli ensoleille la honte et l’infortune – et nous plonge au cœur de ce qui meurt.

Le désir d’une étoffe qui se porterait nu parmi ceux que l’on aimerait voir vibrer au poème – et à ce grand silence posé entre les lignes…

 

 

Trop captifs des usages et des étreintes communes. Vivants au milieu des ombres – sur cette langue de terre érigée par les Dieux – à la frontière du jour et du rêve d’une autre nuit…

 

 

En soi, quelque chose comme une humanité réconciliée avec l’infime et l’infini – et avec les masques nécessaires pour affronter le monde et les circonstances – les mensonges et le refus des autres

 

 

Tout tient – la vie entière avec ses rêves, ses histoires et ses mondes – en quelques mots ; au cœur de la fosse – à l’écart – sur cette frontière, si vague, entre le silence et le plus intime…

 

 

Au cœur de ce lieu inattendu où la chambre et la réponse – le feu et la question – l’horizon et le poème – se conjuguent au même temps que les saisons – et où tout rime avec l’Amour – jusqu’à la mort – jusqu’à la peur – jusqu’au supplice des bêtes – jusqu’au buste trop fier et aux mains si sournoises des hommes…

 

 

Sur ces sentiers, tout n’est que rêve et solitude. Avec l’identité voilée par l’imaginaire quotidien. Et la réponse à tous les mystères couchée au milieu du silence…

 

 

La pluie et l’aube réenchantée se mêlent à tout ; aux routes, aux poèmes, aux mensonges, aux destins, à la grâce. Tout naît et s’enveloppe de leur désir et de leur chant – jusqu’au dernier jour de soleil sur cette terre à l’ombre démesurée…

 

 

Aux yeux des hommes, rien n’existe sans l’assise – le soutien et la circulation – du langage. Sans la propagation du mensonge – ni l’usage de tous ces substantifs censés qualifier l’infinité des fragments de ce que nous appelons le monde – le réel – la réalité.

Mais l’humanité se méprend sur la nécessité, la souveraineté et la puissance du savoir et de la parole. Simples instruments pour les esprits analphabètes – utiles seulement aux infirmes de l’être et aux invalides du silence – incapables encore de perception et de sensibilité…

 

 

Aux sources du renouveau qui se jette sur les visages – cette neige et ce silence tombés presque par hasard sur les hommes et les âmes qui, sans cesse, remettent en question l’urgence et la nécessité de l’Amour…

 

 

D’un bord à l’autre – indéfiniment – avec cette charge trop lourde sur l’âme et les épaules – à aller et venir comme si notre vie en dépendait…

Moins nécessaires, sans doute, que le pollen des fleurs – nos existences si minuscules…

 

 

Nos âmes dispersées dans l’espace – sans même quelqu’un pour s’en apercevoir…

Il n’y a plus d’yeux. Il n’y a que des larmes et des cœurs étouffés…

 

 

Tout ce qu’imagine le monde n’a davantage de réalité que les rêves – que nos vies et la mort. Une ombre – un peu de noir – qui tourne inlassablement en rond – comme un mirage – comme un vertige – dépourvu de centre, de matière et de destination…

Rien que des yeux qui bougent sur le presque rien créé par l’esprit et le désir…

 

*

 

Entre l’âme, le monde et celui qui fait (qui est condamné à faire), nous vivons. A l’égal de n’importe qui. A l’intersection des 3 sphères du vivant métaphysique : celle de l’être (l’impersonnel qui voit), celle du masque (imposé, malgré soi, par la présence de l’Autre) et celle de la nécessité (presque toujours contingente)…

 

 

La sagesse ne s’apprend. Pas davantage que la fleur ne peut faire l’apprentissage du parfum qu’elle exhale. Mais il est possible de se familiariser avec le regard – posé presque toujours sur nos âneries – ces actes au goût de peur et d’inconscience impulsés par les mécanismes du monde et l’automatisme des gestes et de la pensée…

 

 

Le plus vrai naît (presque) toujours de la douleur…

L’inconfort et l’asphyxie obligent à transcender l’obscur et les limites – à s’extirper du sommeil – à franchir les contours de son propre mirage

 

 

L’ombre ne sera jamais qu’en nous-mêmes. Et le monde, qu’une forme de miroir et de réceptacle à nos élans. Et l’invitation, bien sûr, à retourner le cri dans la gorge pour voir l’envergure de l’âme – et l’espace du dedans – et à retourner les yeux – puis à les renverser – pour découvrir en soi la possibilité de l’accueil et la vie affranchie de l’image et de la prépondérance de l’Autre*…

* Important mais pas comme nous l’imaginons…

 

 

L’âme se tait. Elle voit. Se fait le témoin impartial des élans, des agissements, des peurs et des menaces impulsés ou recensés par l’esprit. Elle ne juge pas – ne condamne rien ni personne. Elle accueille – et consent – en veillant à ce que ni la vie ni le monde n’empiètent (de façon trop envahissante) sur le silence et l’espace intérieur…

 

 

Tout vient nous dire l’impuissance du monde et du soleil – et l’inaptitude des visages – à offrir la moindre lumière – le moindre éclairage – que tout se réchauffe dans l’idée et le souvenir – mais que sur la pierre nous sommes seuls à vivre – avec nos cris, nos doutes et nos peurs – avec nos blessures et nos poignards…

 

*

 

Seul(s) au milieu de l’esprit, de l’âme et du monde. Quelque part sur la terre – entre l’ombre et la lumière…

 

 

Et qu’aurons-nous dit à ceux qui nous entourent – et à ceux qui ont tremblé avec nous au cœur de l’hiver ? Presque rien – n’importe quoi pour apaiser les peurs…

 

 

Où sommes-nous ? Introuvables en deçà de l’écartèlement. A peine existants dans ce qui tremble. Et tout entiers dans la beauté d’un geste – d’une parole – d’un poème – et dans l’humilité d’une main – ou l’abnégation d’une tête – qui offre sa présence (ou sa joie) malgré son hébétude et son incompréhension…

 

 

Immobiles – au milieu d’un reflet. Et le désir comme la mousse sur ces vieilles planches restées au dehors – sous la pluie. Perdus dans notre ignorance et notre fierté – dans ce que nous refusons de voir – et de renverser. A frissonner comme une main fébrile qui chercherait l’Amour là où nul ne peut le trouver – dans la grossièreté d’un geste – le mensonge d’une promesse. Seuls, en somme, dans cette chambre minuscule posée au cœur de l’immensité…

 

 

Si nous avions su, peut-être n’aurions-nous rien écrit. Vécu seulement à quelques encablures de la page. Avec un silence épais sur les lèvres – et l’humilité dans le moindre geste… Comme une manière de dire la possibilité du soleil parmi tant d’horreurs et d’absurdités…

 

 

Tout chante, à présent, là où nous n’avons fait que fuir. Là où la parole se donnait comme un cantique. Le silence, en quelque sorte, après le balbutiement des mots…

 

 

Pierres, pas et sang. Et ce qui, en nous, espère encore pouvoir échapper au malheur…

 

 

Peut-être aurait-il fallu épouser parfaitement le corps et tracer son histoire hors de la langue. Être présent – simplement – comme la pierre, le pollen et la rosée pour se défaire des tourbillons – exister à peine – et soutenir le ciel, le soleil et le silence dans leurs élans…

Peut-être aurait-il fallu inverser les priorités ; être avant de devenir – aimer au lieu de savoir – se poser, puis s’effacer en soi – et hors de soi – avec la même ferveur – et se faire infime pour vivre intensément – à folle envergure…

 

 

Tout blesse – et, pourtant, l’âme reste indemne. Tout s’enfuit – s’efface – et, pourtant, le plus précieux toujours demeure. Comme si nous n’avions encore compris l’essentiel – la joie possible au cœur de tous ces drames…

 

 

Mille combats, chaque jour : contre le monde, contre soi et les tentations d’être soi-même.

Ruines et clôtures. Et mille passages fermés. Et l’exigence de l’honnêteté remise à plus tard…

 

 

Un peu de profondeur au souffle – et de densité à la voix – pour accueillir la vérité dans le poème. Et se faire – essayer de se faire – le reflet de son intensité – et de sa présence légère – au cœur de notre vie…

 

 

Tout se tient, malgré soi, devant nous – au détriment de la lumière…

 

 

Tout s’agrippe – et s’amourache – le temps d’un désir – le temps d’une pluie – le temps d’une danse entre l’escalier et la chambre. Puis, tout se repose dans l’indifférence et le sommeil – l’Amour encore intact au pied du lit – et sous les frusques revêtues à la hâte…

 

 

Tout nous arrive – par petits bouts – en morceaux d’étoffe minuscules. La parole, le sens et l’explication comme des fragments de vérité à recoller ensemble sur le puzzle de la page…

 

 

Tout s’abrite sous cette chair – et dans ce crâne – jusqu’à la douleur de ceux que l’on assassine – jusqu’aux souvenirs – jusqu’aux jeux – jusqu’à l’enfance – jusqu’au désir – jusqu’à l’Amour – jusqu’à l’innocence…

Tout, en somme…

 

 

Ah ! Comme nous serions heureux si les mots pouvaient aider à vivre…

 

 

En pensée – en pagaille – tout ce qui nous sépare malgré l’espace – ou le pire parfois – qui nous unit. Cette douleur commune – et cette impossibilité à vivre en deçà – ni au-delà – du langage – dans cette infâme prison qui nous éloigne de nous-mêmes – et qui nous soustrait à toute forme de présence…

 

 

Etranger(s) aux confins, aux barbares et à la violence – et, pourtant, si embarrassé(s) face aux visages et aux mains qui ne sont les nôtres…

 

 

Il n’y a de plus belle perspective que celle qui a transcendé le combat, le refus et les exigences de l’individualité. Le défi de tout homme, peut-être, en attendant la victoire (définitive) du silence…

 

 

Entre la fleur et la tombe – ce qui survit mal à tous les départs et à toutes les naissances. Et qui pleure comme d’autres vivent sans désarroi au milieu de l’attente et de la mort…

 

 

Viendra le temps où il nous faudra ouvrir la main – sans se souvenir, sans vivre ni mourir – entre deux souffles – et demeurer immobile – impassible – au milieu des rires, du sommeil et de l’indifférence posthume…

 

 

Suivre les courants – le fil de l’eau entre la goutte et la mer. Et se laisser franchir par les vents comme le seuil de toute embellie – le seuil de toute vérité. La possibilité enfin vivante des Dieux parmi nous…

 

 

Ce qui passe sans même un regard – sans même un adieu. Ce qui gît ici au milieu des larmes et de l’ennui. Ce qui se perd à trop vouloir aimer. Et ce qui se dit dans la confidence. Comme le rythme – et la mesure – de l’éternité – malgré la vie – malgré la mort…

 

 

Derrière tout ce qui s’arrache, restent toujours la finitude – l’angoisse et la tristesse – et plus loin encore – plus enfouis peut-être – les reliquats de notre vieille éternité. Ce qui demeure au-delà de la mort – au-delà de notre légitime – et si provisoire – humanité…

 

 

Ce n’est pas nous qui respirons – mais le rêve d’une attente – le souvenir – les circonstances peut-être – et le mal que l’on se donne pour dénicher la beauté sur cette terre où tout s’enfuit – où tout périt au milieu d’une foule d’explications absurdes et inutiles…

 

 

Ramené au plus réel du vivant : le corps – et cette émotion brute – magistrale – souveraine – et sans raison. A la pointe du sommeil – et déjà ailleurs – en des circonstances (presque toujours) brutales – au milieu d’une langue muette – essayant de crier l’impossible devant un parterre de visages absents. Seul, en somme, au milieu de ce que les hommes appellent la vie…

 

 

Rien à conserver – sinon, peut-être, un peu de terre – deux ou trois sourires anciens – et cet exil sans prière d’avant le monde – d’avant les Dieux – où tout était réuni autour du feu – dans le ciel – sous la cendre – où les âmes étaient des astres – et où les hommes savaient assouvir leur faim sans mutiler les visages…

 

 

Nous avons cru vivre au fond de l’abîme. Et ce n’était, pourtant, qu’une rive sans soleil – qu’un tertre infime encerclé de noir où sur les pierres et les visages coulaient les mêmes larmes…

 

 

Quelle est cette voix qui dompte la soif – et qui se pavane – libre et belle – au milieu de la mort… Et qu’avons-nous donc abandonné pour qu’elle se refuse ainsi à notre bras…

 

 

Nous étions là où les yeux étaient plongés – quelque part – entre le ciel et le sable – parmi les vents, les visages et la mort. Cloués à cette terre autant que notre âme était loin déjà – sur ce chemin aux allures d’exil…

 

 

Ici rien ne change – entre le blanc, le souffle et le noir. Toujours la même soif – le mystère et cette candeur pour affronter les tempêtes et les incendies. Et l’herbe et les visages pris dans les mêmes tourments…

 

 

Que signifient ces signes et cet allant sur la page ? Que désirent-ils dans leur insistance ? Pourraient-ils seulement donner à voir l’inutilité du murmure – et la joie – et la lumière – qui s’offrent sans raison…

 

 

Tout a été dit déjà. Tout pourrait, néanmoins, être complété – commenté – ou achevé peut-être. Mais il se fait tard. Et le silence est déjà là – prêt à pardonner nos excès de parole – ce que nous n’avons, sans doute, qu’à peine effleuré – et évoqué sur nos pages. Notre incapacité à vivre et notre exil du monde. Nos élans absurdes. Et tous ces chants qui jamais ne connaîtront la gloire…

 

 

Ce que nous aimons n’a, peut-être, aucun nom. Une manière d’être plutôt qu’un style de vie. Une simplicité entre l’herbe, le ciel et la poésie. Quelque chose qui ne peut s’inventer…

 

 

Ce que nous n’oublierons jamais – et qui s’invitait autrefois entre les lignes du poème – entre le silence et la pauvre haie d’honneur érigée par nos mains solitaires…

Ce qui nous fuyait au-delà de l’ombre. Comme une rive – une étoile – devant des mains trop tremblantes – trop pressantes. Comme une gorge poursuivie par des bêtes immenses et des monstres hideux…

Un peu de sel, en vérité, sur le chemin enneigé. Et le rire contagieux devant les hyènes de l’infortune repoussées au-delà des murs…

Ce qui avait un visage – et que nous n’avons guère pris la peine de regarder…

 

 

Un soleil au centre duquel nous avons cru voir un miroir – une caresse – un appel. Une manière de vivre et de regarder ce qui, en ce monde, s’amoncelle. Un peu de répit au milieu des attachements, des brasiers et de la mort. Une façon de rejoindre, peut-être, ceux qui ont réussi à apprivoiser l’âme et le silence – cette dimension, si peu apparente, du ciel…

 

 

L’infructueux dialogue entre le poète et les hommes comme pour couronner l’impossibilité de dire et la folie de vouloir témoigner de l’indicible…

Il serait, sans doute, plus sage de se taire – de faire vœu de silence – pour amorcer les premiers balbutiements d’une vérité – d’une délivrance…

 

 

A la source de tout – et jusqu’à la multitude des passages où le gué restera – à jamais – infranchissable…

 

 

Tout s’endeuille de cette absence – et l’enjambement du sommeil vient, comme une sonnerie, nous rappeler la possibilité de l’homme – et raviver ces tentatives laborieuses pour y voir plus clair dans ces fossés trop sombres…

 

 

Tout a lieu d’être – jusqu’à ce qui ne peut se dire – ni même se révéler. Ce qui blesse comme ce qui s’écrit. Le savoir, les rassemblements et l’Absolu. Ce qu’il faut aller chercher derrière l’absence et les retrouvailles. Le plus simple du monde, en somme, qu’a toujours décrit le poème. La vie en sursis dans l’incertitude des heures prochaines…

 

 

Nous avons vécu – épuisé les réserves, les victuailles, la patience et l’horizon. Mains et fantômes d’un plus grand que nous à peine surpris par cet enfer – et tous ces crimes – dans lesquels nous avons plongé le monde…

 

 

Nous sommes devenus l’ignorance – et l’hébétude de ces enfants qui découvrent leurs mains, encore dégoulinantes de sang, plongées au cœur d’un amas de cadavres. Une douleur désarmée, en quelque sorte, face à tant de faiblesse et d’instincts…

 

 

Un jour, le rêve – la nuit et la mort. Ce qui se dilapide dans l’ennui et les excès. Des fresques, des lignes et des gestes. Et cette terre – tous ces continents – que s’approprient les hommes comme si seul comptait, avec la gloire, le regard de l’Autre…

 

 

Ce que nous ne sommes plus depuis trop longtemps. Et ce que nous n’avons, peut-être, jamais été. Dieu – personne – cette réalité décrite comme un mythe par tous les hommes…

 

 

Rien n’est autorisé sinon ce qui se renoue et pardonne. Le reste n’est que l’inutile qui recommence – attaché à l’espoir malgré mille déceptions et l’insuccès de toutes les sagesses…

 

 

Mortel comme l’homme, la matière, l’inconnu. L’incertain. Et l’éphémère qui gesticule dans la croyance d’une éternité…

 

 

Monde sans bord – sans repère – sans personne – sinon le séjour, la barque et la métaphore du voyage où tout devient tragédie – possibilité sans autre issue que l’expérience et le langage (progressivement) convertis en accueil et en silence – en perception sensible et acquiesçante…

 

 

Ce qui différencie l’oubli et l’infidélité ; les rites des existences livrés à l’indécision. Le doute comme seul étai – comme seul appui – à une forme d’Amour amoindri – frelaté en quelque sorte…

 

 

Tout se détache jusqu’à la peur de la mort – après tant de visages et de choses aimés – aujourd’hui disparus…

 

 

Nous n’irons plus sur la pierre où le chant n’était qu’un rêve à l’intention des fous et des âmes trop timides et hésitantes – qui n’oseront jamais s’aventurer au-delà des images et des histoires inventées par les prophètes pour effrayer les hommes…

 

 

Comment être, vivre, agir, penser et dire sans se sentir aussitôt écartelé par mille courants contraires – contradictoires – ambigus – entremêlés – sinon en se laissant aller à être ce que l’on est, à vivre ce que l’on vit et à faire ce que l’on fait – et à penser et à dire ce que l’on pense et ce que l’on dit – sans jugement ni attente – sans plier sous le poids d’un besoin de cohérence et d’unité (si souvent inepte et artificiel). Se conformer, en somme, à tout ce qui jaillit naturellement – à tout ce qui nous éparpille et nous désarçonne – et qui fonde, peut-être, notre si complexe (et si déroutante) humanité – cette forme de regard où s’emmêlent toutes les choses du monde

 

 

Tout cherche à se découvrir – et à se résoudre. Toute forme d’individualité. Et tant de réponses – et l’issue même sans doute – semblent toujours émaner de l’impersonnel – de la perspective impersonnelle que peuvent (pleinement) emboîter le regard (la perception), la présence (notre être au monde), le geste et la parole (tous nos agissements)…

 

 

Ne plus rien attendre au cœur de cette solitude et de cet effroi sinon le silence et la mort. Et la joie, peut-être, qui s’invitera après l’effacement…

 

 

Ni chair, ni sang, ni peur. Ni Dieu, ni destin. Le réel – cette puissance aux airs si graves et aux allures de blague (atroce et gigantesque)…

 

 

Rien. Un individu – mille individus – en attente de n’être personne. Un instant – un seul instant. Et le long – et incroyable – labeur qu’il (nous) faut, en général, accomplir pour le ressentir (véritablement)…

 

 

Nous aurons surgi des profondeurs avec la surface blanche – si lisse – du monde. Bêtes, hommes et choses à travers un destin trop singulier pour comprendre nos ressemblances et notre commune intimité – la source unique des différences…

 

 

Tout naît – et devient vent avant de mourir. Puis, après la cendre, le silence prend la relève – prend le pas, en quelque sorte, sur le souffle pour que se poursuive la danse – sans fin – face aux ombres – face à la lumière…

La grotte, le visage, l’eau et le soleil – ensemble – glissants – inadéquats – mais portés à durer et à coexister toujours. Pour l’éternité peut-être…

Tant pis – tant mieux. Nous ne serons, sans doute, jamais en mesure de percer ce mystère

 

 

Tout vient – très chaud – très froid. Comme un souffle – un murmure – chargé de rêves et d’élans. Les yeux prêts au combat – et les mains qui s’arment avec n’importe quoi. Des flots, des rochers, des préludes. Mille petits gestes sans importance. Quelques étincelles sur la pierre – dans l’esprit. Du courage – un peu de science pour rendre plus durable (et plus plaisant) l’exercice. Et la mort toujours pour couronner la fin des épreuves…

 

 

Tout s’avance – entre vie et mort – joie et silence – larmes et espoir – hébétude et incompréhension. Tout jaillit – mû par le besoin d’éclore et de grandir. Tout sert – et se voue à son usage – à son destin d’utilité – sans comprendre le sens du courage – ni découvrir la source des naissances et du réenchantement. Mort – et effacé bientôt – par la clameur et l’envergure d’un chant nouveau où tout s’avance encore – entre vie et mort – joie et silence – larmes et espoir – hébétude et incompréhension…

 

 

Un miroir – et des yeux pénétrants – voilà ce que nous sommes. A refléter l’horreur et la solitude – et la possibilité d’une issue hors des apparences – dans la profondeur insoupçonnée du regard et de l’esprit…

 

 

Nous sommes très souvent (trop souvent sans doute) comparables à ces crapauds près d’une mare – éblouis par le chant de quelques sirènes – de quelques chimères (des histoires de princesse et de prince charmant peut-être) inventées pour survivre à la solitude et au désespoir – et se donner l’illusion d’échapper à un destin à l’envergure de flaque – et qui poussent, leur vie durant, des coassements incompréhensibles (et inutiles) parmi les herbes – et sous un ciel – atrocement indifférents…

 

 

Nous regardons – toujours – trop haut ou trop bas – trop près ou trop loin. Jamais au bon endroit ni à la bonne distance. Les yeux trop étroits – trop fermés – trop affamés, sans doute, pour voir la justesse du monde et des destins…

 

 

Un visage pour un autre. Et mille figures encore de la même solitude. Et tant de choses à découvrir en soi pour ne plus se fourvoyer dans les apparences – et vivre l’Amour dans l’exil du monde – et parmi toutes ces têtes – toutes ces faces – ni bonnes ni mauvaises – absentes seulement – et, de toute évidence, insecourables

 


01 août 2018

Carnet n°157 La beauté, le silence, le plus simple et le lieu de la rencontre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Ce qui descend – de la gloire au sacrifice – de la rumeur au silence – de l’étoile au monde – pour confier ses rêves – et sa traque – à la route qui mène au centre de tous les lieux…

Des lignes. Un poème. Comme un cri. Comme un chant offert au silence et à la beauté. Comme le prolongement du borborygme des illettrés…

 

 

Ce qui vient – ce qui va – le mirage de toute vie – de toute parole…

 

 

Tout en rafale – tout en chagrin – ce qui passe en éclair dans cette folie et ce sommeil…

 

 

Paroles encore – si dérisoires – dans les têtes – sur le monde et l’anathème…

 

 

La détresse à son comble. Et cette joie au milieu des éboulis…

 

 

Enracinés, malgré nous, à la même histoire – aussi vieille que les tribulations du monde…

Et l’aube, toujours balbutiante, sur ces pierres qui ont vu naître (et mourir) tant d’élans…

Et ce silence au milieu de notre boiterie, entre deux pas immuables – entre deux incendies…

 

 

Nous voyageons au cœur d’une démarche – inespérée à bien des égards. Foulées tendues vers le seul lieu vivant – perdu au milieu de l’absurde et du plus machinal…

 

 

Des sillons et un peu d’écume. Le poids du voyage et la trame du monde à traverser. Et l’âme escortant tous les convois qui s’égarent sur les routes…

 

 

Tout veille – et s’éveille au moindre désir. Les pas sont lancés vers l’horizon. Et les élans ravivent les prières et le feu. La marche devient fournaise. Et la fouille, le lieu de l’enivrement de ses propres conquêtes…

 

 

Des cérémonies et des accouplements pour que le monde poursuive sa danse…

Et nul endroit où poser l’interrogation et le mystère qui nous délivreraient (pourtant) de ces pas esquissés dans la nuit…

 

 

Des assauts – et des versants à gravir – sans connaître l’étendue sur laquelle tout s’écarte de son centre pour allumer aux frontières de petits feux sans envergure…

 

 

L’étouffement est le premier pas pour échapper à la certitude. Puis au doute se mêle le rêve de l’accomplissement. La disgrâce alors devient sensée – presque acceptable. La fouille et le voyage peuvent alors commencer…

 

 

L’émoi des premières fois – ressuscité par le rire et l’innocence – ces vertus si familières des sages…

 

 

Nous célébrons l’interrogation comme la seule promesse de délivrance – la seule nécessité pour s’affranchir du hasard et de cette brume où sont enfermés les yeux…

 

 

Un regard – un mystère à percer – pour découvrir le sens – et l’origine – du monde et du silence. Et l’Amour comme seule ligne de fuite à l’indifférence…

 

 

Longtemps l’imaginaire demeure – enserré par ses murailles. Comme un rempart à l’histoire qui se joue dans le monde et à l’intérieur. Une manière de vivre hors du plus simple – au milieu de cette jetée encerclée par la perte et la mort…

 

 

Un souffle – un éclat – un corps peut-être – à jeter dans la bataille pour remonter le fil de l’histoire – et apaiser l’ardeur du langage dans sa folie à tout nommer – à tout décrire…

 

 

Quelque chose – une entaille peut-être – comme l’inventaire des absences pour défaire le monde devenu spectacle – et étourdir ce déficit de lumière…

 

 

Eléments d’une description – de la mutation du temps. Le sable – le même soutien – dans la fausse résolution de l’illusoire. Et le théâtre de l’abandon où tout s’échine à revenir…

 

 

Le monde avec ses tours et ses crépuscules. Avec ses ombres et ses rochers. La terre des remparts et des soldats – avec leurs devoirs et leurs sacrifices. Et la mort en vagues successives qui frappe les jeux et les joueurs. La folie répugnante des préférences. Quelque chose au goût de suicide. Et le cœur si mal armé encore pour faire face aux assaillants intérieurs…

 

 

Solitaires les larmes – autant que le silence…

 

 

Présence éparse dans les rythmes du monde – et ce regard sur fond d’innocence qui, lentement, s’adapte à la folie – à l’enfer des cadences…

 

 

Dispersé autant que les danses – et ces âmes à la bouche sombre – le ciel qui nous fait croire à la multitude…

 

 

Un gouffre – une gloire – en alternance sous un ciel encore trop étoilé…

 

 

Et ces heures si noires qui abreuvent tant de soifs. Comment dire aux hommes à quel astre confier leur colère et leur effroi…

 

 

L’ombre – hospice d’une douleur aux yeux bandés où le crime et l’horreur deviennent le pouls et le pas nécessaires à la conquête…

Pauvres hommes, en vérité, qui prêtent le flanc à tous les contraires…

 

 

Emportée ici et là – soulevée quelques fois – cette tendresse écorchée par les mains des monstres retranchés derrière leur fausse identité…

 

 

Ni grève, ni sommeil. Les ténèbres de la terre. Et la pesanteur des cœurs trop révoltés. Le désir et la lassitude. Et ce qui se dérobe jusque dans la tombe…

 

 

A genoux – l’âme trop fidèle pour se rompre. Entre saut et douleur. Au côté de l’Amour…

 

 

Sang presque résigné à se répandre. Le visage penché – à flanc de colline – sur ces coteaux où vient se refléter la lune – avec le miroir des gémissements en guise de prière…

 

 

Tout est rouge dans les sanglots, les fuites et les pugilats. Et tout tient lieu de merveille tant que la misère nous est étrangère…

 

 

Sur un fil que le vent tend et balance. Et cet entrain à bâtir sur le sable et les cendres prochaines. Et ces pas qui se hâtent pour défier – et désavouer – le temps.

Bientôt l’hiver, bientôt l’été. Et les mêmes habitudes – et le même accablement à la fin des saisons. Dieu et la mort pesant de tout leur poids dans la balance…

 

 

Eraflés – à l’envers – cette racine – ce sourire – que nous n’attendons plus – devenus miettes de ciel au milieu des ombres et du sommeil…

 

 

La paix – l’invisible – la prière et le monde. Et ce jour brûlant, tel un feu – une sentinelle postée sur ces chemins que nul n’emprunte plus depuis bien longtemps – excepté quelques visages lassés par le règne de l’absence et la folie…

 

 

Portés comme la mort – comme l’enfance – ce besoin d’aveu et de confidences – et cette ardeur à résoudre le mystère. Ce que chacun respire au milieu des vivants – cette part d’éternité confiée au plus secret comme au plus infantile…

 

 

Pionniers de l’inexistence – d’un souffle que nul ne peut nommer. Un vent – une folie – sur l’herbe rouge où survivent les voyageurs – toutes ces folles équipées angoissées à l’idée de la tombe qui viendra clore toutes leurs tentatives…

 

 

Le cœur, la mort, l’Amour – et ces notes qui jubilent au moindre signe de reconnaissance. Comme le jour qui monte à la verticale du monde…

 

 

La vie – la mort – tournant à contre-sens des idées dans ces trous trop étroits pour les accueillir. Mains, têtes et ventres agrippés à la moindre aspérité – à la moindre explication. Tenus en laisse, en vérité, par le rêve et l’espoir – et le parfum si grisant de la nécessité…

 

 

Nous travaillons, comme la nuit, assis sur le plus éphémère – et la gorge criante au-dessus des ravins. Dans le désir d’une rencontre qui nous sauverait de l’obscurité…

 

 

Déchiré par tout ce qui aspire et délivre. Un pas ici depuis toujours et l’autre, quelque part – mal assuré – qui exalte la fièvre de l’ailleurs…

 

 

Nous attendons – sans écho – sans lumière – un passage vers l’autre rive. Pieds et traits dans la nuit – et l’aube déjà en bandoulière…

 

 

Ce qui respire – ce qui monte – un souvenir – une enfance – l’hiver peut-être – la ferveur d’un autre horizon – le souffle tendu vers le poème. Vivant, en somme, à l’égal de tous nos frères…

 

 

Ici, la rencontre avec l’assise incertaine. De déambulation en dérive – entre le rêve et l’épaisseur du temps – entre l’être et l’enfer. Dans le théâtre des illusions. Blessé – de flagellation en attente. Une fuite – une dérive peut-être – vers cet Amour recouvert de sommeil…

 

 

Des fleurs, un livre. Un ciel plus attendri. Un destin affranchi de la fouille. Quelque chose de plus ouvert – comme une permanence – une présence – qui demeure malgré le passage des jours et des saisons…

 

 

Devant nous, rien – peut-être les signes d’un monde ancien – l’hiver à notre porte. Le noir et l’enfer. Et le retour des vents légendaires. Mille petites choses, en somme, aux allures de fantôme…

 

 

Tout devient juste (si juste) derrière les images. La voix, comme la mémoire, est intacte – mais le temps a subi une légère inflexion – et révèle ce qui s’habite loin des mirages et du hasard. Comme une profondeur, peut-être, pour accentuer la solitude et l’innocence…

 

 

La sagesse – et le plus vaste du monde – cachés sous la rouille et le mensonge – au creux des gestes qui se livrent, d’une égale façon, à l’habitude et aux forces nouvelles – au cœur de cette perspective première dissimulée depuis toujours sous l’automatisme et la prière…

 

 

Nous aimons le bleu, les cendres et l’âme. Les pierres tachées de semence et de désir. La ronde des saisons et le centre du temps enfoui dans les profondeurs.

Nous aimons le silence, les visages, la pluie et les forêts – et ces chants, au loin, qui montent de la première aube. La langue poétique des livres posés à nos côtés. La vie simple, en somme – et la solitude nécessaire aux rencontres…

 

 

Nous comptons sur l’or autant que sur la chance offerte par les étoiles au détriment de l’étreinte qui nécessite un regard – une attention. Nous privilégions le murmure et la compagnie au détriment de l’espace et de l’accueil. Nous préférons l’écho et la musique au fond des poitrines qui, presque toujours, avilissent le silence et la beauté.

Nous sommes nés pour le feu plutôt que pour l’accord et l’entente…

 

 

Des passions – mille passions – et la répétition des gestes pour retenir ce léger bruissement des rêves à l’horizon…

 

 

Les fleurs encore invisibles de l’ Amour enraciné(es) au plus profond de cette terre – dont nous sommes à la fois composés et (presque entièrement) séparés

 

 

Donner sens – puis grâce – à ce profil couché sur le néant – au plus près de cet Absolu qui se courbe pour se laisser toucher…

 

 

Le centre unique du jour et du plus sombre. L’essentiel au-delà des murs qui empêchent le regard et la rencontre…

 

 

Nous franchissons avec trop d’allégresse – et de ferveur – ce qui nous maintient séparés – ce désir de lenteur entre les tempes. Quelque chose aux allures d’immensité…

 

 

Ballottés au cœur du monde – au cœur du poème – là où les vents dessinent une direction, mille chemins et mille précipices. Une forme de vide, en somme, que nous prenons pour un voyage…

 

 

L’écho – la lumière – quelque chose de plus tendre que ces abris de pierre. Un battement de paupières – l’envol de l’âme peut-être – qui sait ? – au milieu de la nuit et de cette écume trop blanche et trop amère…

 

 

Le regard, par degrés, dans l’épaisseur de l’esprit. Et le silence dans l’opacité du langage. Ce qui se dévoile à l’envers du temps – à rebours des siècles. Le mouvement du monde – le lieu de toute rencontre…

 

 

Nous célébrons la feuille autant que le chant, un peu fou, qui émerge de la nuit. La vie et notre manière – si inassouvie et si bancale – de nous y tenir. Le monde et la voie qui se révèle entre les lignes du poème…

 

 

La beauté de l’hiver – presque monstrueuse – au côté du silence – qui détonne si radicalement avec tous ces restes d’exubérance…

 

 

Les mots ne changent rien ; ils donnent à voir – et creusent dans les yeux le regard nécessaire au silence et à la beauté…

 

 

La joie n’est rien sans l’accueil et le partage de la douleur – sans l’étreinte des visages encore assoiffés…

 

 

Une esquisse abandonnée à la mémoire – au regard. Et quelques règles désapprouvées par le chaos. Un carnet où seul se perpétue ce qui jamais ne pourra se dire…

 

 

Douleur et silence – éternels. Et cette nuit qui gangrène autant qu’elle porte de fruits. Le sang, le bruit et la blessure sous l’immobilité et la cendre. Puis, vient l’embrasement de l’esprit – avec quelques fleurs survivantes – et un peu de charbon – dans nos mains incorrigibles – et notre ardeur inépuisable…

 

 

Sève, saison, semence. Puis, très vite, le sang, la buée et le songe. Et l’Amour – à jamais innocent – assassiné…

Comme un interminable prélude entre les larmes et le miroir…

 

 

Ce qui descend – de la gloire au sacrifice – de la rumeur au silence – de l’étoile au monde – pour confier ses rêves – et sa traque – à la route qui mène au centre de tous les lieux…

 

 

Tout jouit de notre éclat. Le feu, l’herbe, le verbe et la lumière. Ce qui se résout à vivre entre la présence et la pierre…

 

 

Des lignes. Un poème. Comme un cri. Comme un chant offert au silence et à la beauté. Comme le prolongement du borborygme des illettrés…

 

 

Partout – l’indéchiffrable et la faux – et mille signes – et autant de routes – à connaître et à apprivoiser. Et un écart à remplir entre le silence et la blessure…

 

 

Homme-oiseau – homme-Dieu – à l’âme sentinelle. Hors du creuset des habitudes et des épreuves coutumières qui obstruent le passage du possible…

 

 

Nous vivons entourés de mille frontières – repliés sur nous-mêmes. Allant d’alliance en rupture vers la source du feu – vers la source du temps – vers l’origine qui enfanta le sang, les moissons et le langage – et la nécessité du rassemblement…

 

 

Un jour, poussière – et un autre, destin. Et cette fatigue qui se prolonge sous les masques, le sommeil et la plainte. Et cette lune sur le seuil qui emplit l’espace de trop de rêves et d’espoir…

 

 

Quelque chose, parfois, se resserre. Tantôt l’appel des gouffres, tantôt la main géante d’une étoile. Prisonniers, en quelque sorte, de l’ombre – entre le noir et l’invisible…

 

 

Des rêves et des visages indifférents. Et tous ces livres – tous ces poèmes – qui tiennent lieu de promesse. Comme la main lointaine d’une aurore inabordable…

 

 

Une enfance – comme le reflet d’un ailleurs posé entre la nuit et le sommeil – au milieu des miroirs et du sang – et au cœur de cette semence qui jaillit comme un miracle…

 

 

Nous démêlons l’étreinte dans ce qui dort – le parfum du jour dans l’odeur, si âcre, de la mort – et l’innocence dans ce monde taché de trop de sang…

 

 

Une lampe – une lueur – une immobilité – une candeur – fragiles dans l’époque si sombre – si tourmentée – si féroce – où tout apparaît et se retire d’un claquement de doigts – et où les visages n’aiment que le jour artificiel et les faux soleils – toutes les splendeurs du néant…

 

 

Des saisons entre le jour et la nuit – dans ce gris qui ressemble tant à l’hiver et à la mort…

 

 

Ce qui donne naissance au sang et au soleil – cette ferveur triomphale – dont nous ne faisons usage qu’à des fins de domination sans compter ni les blessures, ni les souffrances…

 

 

Aire et chemin d’une seule joie – d’une seule lumière – où vient s’abreuver tout ce qui meurt – et tout ce qui respire encore…

 

 

Un peu de néant – porté aux nues – comme une torche grise sur les cendres – qui éclaire à peine les pas – et qui ne laisse que quelques empreintes sales sur cette terre noire – penchée – meurtrie – au bord de l’asphyxie…

 

 

Tout s’arrache comme les aveux de la dernière heure. Supplicié sur sa potence – nuque brisée et front en sueur. Et ces taches de sang dans la poussière. Et la promesse, autrefois, d’un accord – rompu par ceux qui livrent le monde au hasard – et les destins à l’impuissance et à la colère.

Tout s’irrite, pourtant, sous les blessures et l’air devenu irrespirable…

 

 

Nous offrons notre ivresse au monde qui récuse la liberté. Nous fécondons le désir de l’éphémère pour célébrer ce qui ne peut durer. Nous moissonnons l’impensable pour le livrer à ceux qui espèrent et se tordent sous leurs prières. Nous ouvrons les cages – et lançons mille paroles pour célébrer le possible et tous les recommencements…

Et les hommes, en guise de remerciement, nous jettent quelques pierres…

 

 

Exilés partout de leur propre chemin. Des pas et des dérives pour exhorter les Dieux à dessiner une issue – à combler le manque – et à relancer la question, mille fois posée, dans l’espoir de façonner un monde et une vie moins âpres…

 

 

Tristesse encore au-dessus des cortèges – comme un ange brunâtre qui survole les malheurs et le hasard – et tous ces fils de la douleur qui survivent à peine à toutes les pertes que leur infligent le monde et ses légendes…

 

 

Une poignée de jours encore pour reprendre le vieux refrain du monde – la folle litanie des hommes – avant de mourir avec, sur les lèvres, cette atroce grimace de l’incompréhension…

 

 

Nous ici – décrétant la fin des lois – le règne du vent et des chevelures entremêlées soucieuses d’ivresse et de fortune. Le monde aux morceaux recollés – réunis – et l’Amour retrouvé en nos mains agiles – en nos gestes justes – qui rehaussent ce qui a été mille fois brisé et éparpillé…

 

 

Le plus beau silence – et la plus haute joie – une fois tous les chemins parcourus et toutes les faims assouvies…

 

 

Toute la douleur des hommes dans ces pages. Et tout ce qui est permis – au-delà du tolérable. Et ce qui contemple le possible – l’absurdité, les délires et la joie. Toutes les extravagances – jusqu’aux moins autorisées. Et l’impensable aussi. Comme les marques de notre misère, de notre chance – et de notre rêve commun…

 

 

Assis – seul – dans le merveilleux des jours et l’enseignement du plus infime. A notre place – dans le monde et ce vide si méconnu…

 

 

Et ces armées de lettres – et ces assemblées de mots – muettes devant la profondeur et l’intrépidité du silence…

 

 

Nous abordons la vie avec ce chant qui côtoie la mort. Les pieds nus – la main ouverte – et l’innocence dans l’âme toujours en pagaille…

 

 

Lèvres muettes autant qu’est truculent le langage sur la page. Le sourire des affinités réservé à l’Absolu et à quelques visages. Et la dent toujours aussi dure avec l’infamie et la barbarie des usages…

 

 

Nous devinons ce qui se passe à l’envers des choses – à l’envers du monde. Tout – la trame entière – nous apparaît comme dans un livre ouvert.

Et l’on y apprend que rien ne peut combler le manque sinon le versant opposé du visible – toujours aussi imperceptible par les vivants ; l’Amour qui se donne comme l’air que nous respirons…

 

 

Ne jamais confondre l’issue et l’ivresse. Le lieu du voyage et l’exacte place du langage. L’œuvre et la vie fantasmée. Et se garder (toujours) de livrer des images pour dire ce que nous ignorons…

 

 

Une note – deux lignes – un poème – pour dire ce qui nous ampute et nous abrège – et ce que la mort ne peut emporter…

 

 

Echoué encore ce bel Amour au milieu de la nuit. Imité – vilipendé – mais toujours indemne de nos rumeurs et de nos actes…

Et si impatient dans la rondeur perfectible de l’œil aux aguets…

 

 

Un désert, un soupçon, une étreinte. Et la joie qui demeure malgré la solitude, le déni et le manque…

 

 

La persistance de la langue – l’obsession du pas et du poème – à jamais la marque de la misère sur l’irréversible – et quelques empreintes inutiles laissées en héritage…

La métamorphose du pire, en quelques sorte, dans l’antichambre de l’attente…

 

 

Rien jamais ne s’achèvera sinon l’écart entre le réel et l’imaginaire – entre le monde et le regard – entre le silence et le langage. Quant aux gestes, ils continueront – quoi qu’il arrive (quelles que soient les découvertes et les épreuves) – à faire ce qu’ils ont à faire

Le quotidien sera toujours ordinaire – mais, une fois l’écart comblé, il sera vécu dans la joie et le merveilleux des retrouvailles…

 

 

Tout est souillé déjà avant de naître. Et vivre ne consiste qu’à retrouver la grâce d’avant le monde – et à l’éprouver jusque dans la fange et l’abomination…

 

 

Entre ciel et gouffre, le tournis – le vertige – et l’habileté des pas sur leur fil…

Et au fond des fossés, la mort comme seule espérance…

 

 

En ce monde, tout s’apparente au sommeil et à la nuit. Et toutes ces âmes si proches, pourtant, du jour qui se lève…

Instruments équivoques de la torpeur et des incendies…

 

 

L’issue se trouve toujours au lieu exact de la rencontre – au cœur même de l’étreinte…

 

 

De la sueur, des petits riens. Son lot de peines et de débâcles. Et si vaillant, pourtant, à pousser sa charrette sur les chemins…

 

 

Nous sommes l’ivresse et la glaise. Le vent et le nom que l’on donne à l’Amour. Nés dans cette pauvreté du vivre – à l’égal des Dieux, du matin et de la poésie. Damnés, en apparence – mais voués, en réalité, au sortilège comme à la possibilité de la grâce…

 

 

L’évidence d’une vie pour un seul instant d’émotion – dense à tout renverser

 

 

Il faut céder ; sa place, sa tête, sa fortune – et baisser les yeux pour goûter à la nudité de la lumière – aux joies de la solitude – et au feu du dedans qui vagabonde, partout, dans le monde et le poème. Se faire vent – et devenir le geste – par lesquels tout arrive et s’enchaîne…

Le lieu, en somme, où tout s’éprend et se donne…

 

 

Le silence en lettres d’or sur l’invisible. Comme l’espace (enfin) rendu au monde…

 

 

Un désert, de l’écume et cette soif qu’aucune étreinte ne peut apaiser…

 

 

Il y a des rêves et du vent – et des siècles sans importance – de ce côté du mur. Et de l’autre, rien ; le silence et le vide – et l’incertitude du monde. La vie offerte et la lumière qu’aucune ombre ne peut ternir…

 

 

Il y a des vies (la plupart) qui ressemblent à des images. Et quelques-unes dont on devine la profondeur et la densité ; la marque du silence sur l’âme et les traits – si tranquilles – si apaisés – du visage…

 

 

Nous écoutons – impuissants – la vie plaintive sur tous les champs de bataille créés par le monde – et amplifiés par la sauvagerie des hommes qu’aucune main – qu’aucune larme – ne pourrait réconforter…

 

 

Tout frémit – jusqu’aux os – jusqu’au sang – jusqu’aux visages – jusque dans l’âme des plus absents

 

 

Un poème sans mémoire pour dire ce que ni le langage, ni l’imaginaire ne peuvent inventer – une innocence plus haute que les étoiles et la douleur. La seule consolation, peut-être, pour les hommes plongés dans l’immensité de leur nuit…

 

 

Tout est regard, en vérité. Le lieu de la rencontre où se sabordent le rêve et l’illusion pour une plus grande fraternité…

 

 

Et cette voix au-dedans du sang qui n’aspire qu’à l’Amour – et à le répandre sur les blessures et les blessés – sur toutes ces âmes arrachées à la lumière…

 

 

L’enfance nue se tient aux côtés de l’aurore. Dans cette joie timide du regard qui atteint l’Autre dans sa chair…

Comme le rêve d’un jour – et d’une réconciliation avec ce qui nous a enfoncés dans le sommeil…

 

 

Tout flotte comme par magie dans la buée – jusqu’à ces vies si soucieuses d’un autre monde – d’une autre terre…

 

 

Ce qui se dénude – et s’arrache – comme une ombre dans l’âme – inutile et porteuse de tant de misère…

 

 

Nous sommes. Ainsi passe la vie – à travers ses danses et le moins intense des continents. Ciel et poussière. Herbes et vent. Et la respiration compromise dans ces excès de temps…

 

 

Les rêves portent les fruits du malheur que sucent toutes les lèvres endormies. Et les dérives portent l’écume et le mirage si haut que nos mains cherchent dans les vents l’assise nécessaire à leur poursuite. Ainsi s’étoffent – et se précisent – la fin des siècles et toutes les peines de l’inassouvissement…

Homme et âme dissociés dans leurs tourmentes…

 

 

La lutte et l’enfermement pour que se dresse le plus inutile des passions. Le destin abandonné à la torpeur et au sommeil. Et le visage de l’Autre posé toujours comme un obstacle…

 

 

A vivre de rien – et à travailler à la fortune des fleurs. Larmes sur le long ruban rouge né de tous les crimes. Le poète – en son exil – sème le sel et le chant pour que vivre émerge de la boue et du sang – et sauver ceux qui s’abandonnent (encore) aux lames et aux faux soleils…

 

 

Au centre de tout ce que cache la poussière. Le meilleur du monde – et l’inespéré que voilent nos chimères. De victoire en défaite – et que ressusciteront tous nos défrichements. Comme une vie consacrée au labeur inégalable de l’effacement…

Ainsi l’enfance deviendra éternelle…

 

26 juillet 2018

Carnet n°156 L’autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Nuit, sang, étoiles. A jamais le décor – et le destin – de l’homme. Une existence entière vouée à l’espoir et aux tremblements…

Nous autres, en haillons, à regarder la mort tout saisir – et tout emporter – jusqu’à nos dernières guenilles – jusqu’à nos masques inaptes à nous protéger…

Mirage et miracle – ce jardin avec ses fleurs, ses privilèges et ses abris. Avec l’alliance – toujours aussi vivace – entre les ombres et l’absence. Et ce besoin d’Amour et de liberté si vif – si criant – au fond de la gorge…

 

 

Obstiné – silencieux – devant la fenêtre – plongé dans cette attente incrédule de tout ; de la fin du monde, de la fin du temps et du sang versé – et de l’innocence peut-être – à savourer (naïvement) ce mirage comme s’il était plus rassurant que le réel…

 

 

Assis en tailleur – avec, sur les lèvres, cette brûlure à la saveur indéfinissable – faite de manque et de sel. Comme un versant du monde entièrement occulté. Et de l’autre côté du mur, les effluves de la plus haute sensibilité. Et, ici, l’absence (presque impardonnable) – et ce besoin viscéral d’un Amour plus grand que la bassesse et le merveilleux qui nous entourent…

 

 

Absence encore – exil et recul parfois – devant tout ce qui ruisselle. Et la honte d’être un homme parmi les vivants qui submerge les veines – derrière la vitre qui nous sépare du monde – de sa fange et de ses malheurs…

 

 

Percé de part en part par la peur d’aller – et de vivre – dans cette nuit insensée – et, pourtant, célébrée par (presque) tous les hommes. Réduit à la posture de l’oiseau perché sur un fil – sur la branche la plus haute d’un arbre – dont le regard survole tous les jeux (si sordides) du monde…

 

 

Nuit, sang, étoiles. A jamais le décor – et le destin – de l’homme. Une existence entière vouée à l’espoir et aux tremblements…

 

 

Nous autres, en haillons, à regarder la mort tout saisir – et tout emporter – jusqu’à nos dernières guenilles – jusqu’à nos masques inaptes à nous protéger…

 

 

Mirage et miracle – ce jardin avec ses fleurs, ses privilèges et ses abris. Avec l’alliance – toujours aussi vivace – entre les ombres et l’absence. Et ce besoin d’Amour et de liberté si vif – si criant – au fond de la gorge…

 

 

Et cette clarté un peu folle que l’on voit rayonner derrière le gris du monde et des visages. Et ces arrière-cours en deuil – en larmes – devant la mort qui arrache, un à un, ceux que nous aimons.

Le destin des pas. La survivance malgré l’usure et la fatigue. Les défaites qui s’entassent dans les poches et les besaces vidées, peu à peu, de leur or. Le sommeil et l’obstination des voyageurs. Et la voix de cet enfant, en nous, qui appelle – qui crie peut-être – au milieu de l’hiver.

L’innocence bafouée. Et l’infortune des bêtes et des têtes que l’on sacrifie pour faire tourner le monde.

Ah ! Que notre peine est grande à vivre au milieu des vivants…

 

 

Le froid et le silence au terme de tous les voyages. Et ces existences – toutes ces existences – aux allures d’impasse. Comment ne pas être bouleversé par cette dimension si illusoire de la vie et de la mort…

 

 

Quelque part – en des lieux incertains (et, sans doute, moins cruels) – une chose nous attend – mille choses peut-être – l’Amour, l’enfance, un poème. Des siècles – un instant – de joie et des retrouvailles. L’innocence d’après la perte. Le jour qui se lève. La vie enfin libre – démaillotée – affranchie des tremblements et de la barbarie. Et une traversée sûrement plus sage (et plus sereine) des circonstances…

 

 

Quelque chose – à peine un murmure. Une ombre – un souvenir. L’attente d’un jour nouveau. Le reflet de la lune – d’une enfance lointaine. Un mot – un poème. Presque rien qui s’attarde au fond de nos têtes…

 

 

Sauvage encore au milieu des visages. Plus près du gris et du silence que du soleil et des rires qui naissent de la fréquentation des foules. Farouche – craintif – et moins seul parmi les arbres, les pierres et les bêtes. Amoureux de ces rencontres glanées au hasard des chemins buissonniers…

 

 

Petits pas légers – presque des sautillements – dans cette foulée lourde et grave. Poèmes et visage austères. Lignes et corps denses – telluriques – rocailleux. Et cette joie qui ne sait pas toujours où se poser…

 

 

L’invention d’un langage qui ne doit ses trouvailles qu’au silence…

 

 

Personne ne nous attend. La parole livrée au monde n’est offerte, en réalité, qu’à ce qui demeure muet et sans exigence au fond de l’âme…

La main court – les mots s’impriment – et se déversent parfois – sans l’appui d’un effort – sans l’ambition d’un regard.

Tout s’exacerbe hors du sommeil. Le temps se rétracte – se dilate et disparaît. L’autre versant du monde se découvre – et se rencontre. La solitude est habitée – autant que la joie. Les pages se tournent. Le poème s’écrit – le poète célèbre et destitue.

L’âme s’exerce à l’immobilité dans la course.

Tout s’exalte – puis retombe en jachère…

 

 

Vivants aux pieds de plomb et d’argile.

Fuites et voyages. Délices grossiers du corps et du langage. Et lèvres frémissantes – complices des épreuves.

Un peu de noir – un peu de nuit – dans l’exercice acrobate – sur ce fil suspendu entre l’herbe et le rire – entre la vie et ce que les hommes appellent l’infini.

Un peu d’ombre – un peu de sang – dans la lumière de la chambre – sur la page qui s’écrit à l’abri des hommes – à l’abri des jeux – à l’abri des Dieux.

Impersonnel(s), en somme, malgré toutes les dérives. Et si seul(s) au cœur de l’hiver – au plus près de cette source que fréquentait notre enfance…

 

 

Le temps et les couleurs donnent au monde, aux pierres et aux visages la souplesse d’un décor – et ce poids dans les têtes qui s’imaginent plus éclairées. Des mots, des lampes, des pas. Quelques sauts minuscules, en somme, pour tenter de vivre sur ce géant à l’envergure silencieuse

 

 

Un passage, un écran – mille écrans – et autant d’obstacles. Et quelques peines ajoutées à la débâcle. Et cette chair sans cesse violentée pour (nous) prouver que nos paumes – et que nos âmes – sont vivantes. Comme une marche – pieds nus – sur les braises d’un feu très ancien. L’illusion d’un spectacle et d’une traversée pour tenter d’offrir un peu d’épaisseur à notre vie – et la faire peser (de tout son poids) sur l’histoire en cours et le destin du monde…

 

 

Rien n’arrive, en vérité, sinon la déchéance et l’effacement. Le regain du recommencement et de la fin. La petite ritournelle des pas, des chants et des idées dans un monde sans surprise. Un peu de vie – et quelques riens – qui ne laisseront aucune trace sur ce qui ne peut être ni construit, ni démontré…

Et comme tous les hommes, nous aurons essayé. Et ce qu’il restera de nos œuvres – de nos tentatives – ne résistera pas à la première pluie…

Longue est la liste des morts qui ont voulu, agi et vécu comme veulent, agissent et vivent les vivants d’aujourd’hui. Et que reste-t-il de leur labeur – de leurs efforts – de leur furtive traversée ? Quelques briques provisoires et mal empilées (forcément provisoires et mal empilées), une ou deux lignes dans les manuels et les anthologies, quelques dates parfois mémorables (il est vrai) – quelques inventions primordiales pour les hommes – mais si anodines à travers les siècles et au regard de la grande histoire du monde – un simple décor, en somme, éminemment passager – comme le contexte toujours changeant, et sans cesse remplacé, des existences – que viendront parfaire, puis détruire toutes les générations suivantes…

Et, pourtant, une autre vie est possible – hors des arènes du monde – hors des arènes du temps – en ce lieu où les idées n’ont plus cours et où la magie s’est invitée – dans cette rencontre (encore improbable) entre la part la plus grossière et la part la plus invisible du réel…

 

 

Un pardon – et tout est envisageable. La vie, l’effacement et le songe. Le poème, la marche et l’enfance. La neige et le silence sous les paupières dessillées. La parole d’un autre temps. Le lieu de l’impossible qui rend si probable la réalisation de tous les possibles. Une lampe – une simple lampe – sur le sable noir où nous croupissons…

 

 

Nous avons soif d’un autre chant – et d’un peu de lumière – dans notre si vieux gémissement…

 

 

Tant de néant, de paresse et de désinvolture – et dans cet enchevêtrement, une promesse – une lumière qui nécessite un retrait – un exil – un écart où glisser le regard et le langage – le monde et le poème…

 

 

Un fragment de chemin – et un peu de lumière – offerts à la poussière – et à ce qui veille discrètement – presque secrètement – en son cœur…

 

 

Tant de traces aujourd’hui disparues. Comme des pas sur le sable. Comme tous ces jours vécus sous la tutelle du temps et le joug de l’horizon…

 

 

Humble – et l’âme portée à tous les voyages et à toutes les faims (et les plus nobles en particulier). Assis sous le regard des puissants et de ceux qui savent – qui prétendent savoir – avec la mine boudeuse – recluse dans sa honte et son ignorance – mais le cœur si vaillant encore face au défi de connaître…

 

 

Quelque chose encore – toujours – se révèle à travers nos dérives, nos voyages, notre faim. Comme un espace sous la peur. Une envergure dans le sang. Une folie à contre-jour du temps. Un peu de joie – une caresse – une attention – oubliées au milieu de nos aventures…

 

 

Nous avons l’âge du temps, du feu et des rencontres. Nous avons l’âge du ciel, des jeux et des rêves. Nous avons l’âge des Dieux, de l’oubli et de la première étreinte qui dure encore…

 

 

Aujourd’hui tout s’enfuit – jusqu’au rire – jusqu’à la mort qui patiente sous la chair – et jusqu’au présent, depuis trop longtemps, tombé dans l’oubli. Ne restent plus que quelques lignes – un poème – pour pardonner le monde – et apprendre à aimer…

 

 

Nous n’aurons emprunté, en fin de compte, qu’un modeste chemin – et prêté l’oreille qu’à une écoute déjà existante avant la naissance du monde. Nous n’aurons réalisé que quelques tours dans notre cage ouverte – dans la poussière de notre cachot – les yeux collés au monde comme à la solitude. De dérisoires foulées, en somme – presque endormies – au milieu du silence…

 

 

Nous sommes morts déjà mille fois – sautant de l’aube à la tombe – de la tombe au silence – puis du silence au renouveau – la tristesse serrée contre le corps – les rêves et la faim cousus au revers de l’âme. Comme des ombres au cœur du vide – allant d’étoile en étoile – poussées tantôt par les vents, tantôt par la beauté des visages. Yeux fermés et mains tendues vers le premier sourire rencontré…

 

 

Nous n’avons choisi ni la blessure, ni la tristesse, ni le silence. Et notre vie n’aura servi qu’à de vaines cérémonies – sous la contrainte de l’homme – sous la contrainte du monde. Berceau d’un chant qui n’aura su se défaire des yeux, des masques et des désobligeances. Des années – tant d’années – consacrées à l’entretien des jours – jamais à la découverte, ni à la réparation de l’essentiel. Comme un modeste passage – un immense gâchis. Une effroyable perte de temps, en somme…

 

 

Nous naissons au monde les yeux grands ouverts – parsemés d’étoiles étranges et de cette lumière ancienne qui n’aura su nous affranchir de ce retour…

Orphelins depuis toujours, nous cherchons à travers mille itinéraires, le regard du père et la tendresse de la mère que nous avions cru embrasser dans notre enfance. Et c’est cette faim – dessinée dans tous les livres et sur toutes les cartes du monde – qui nous pousse au voyage…

Et l’impossible est à la mesure de notre quête et de nos sanglots – et de cette peur de faillir encore – d’errer mille fois supplémentaires sans réussir à étendre la main sur cette aube si belle – si mystérieuse – si étrangère…

 

 

Ce que tu regardes et ressens, donne-en la substance – jamais l’interprétation…

 

 

On se bat – et se débat – sans jamais se livrer. Et on finit par étouffer sous mille couches de craintes et de sang. Comme des remparts contre le rire et l’enfance – contre l’abandon et l’innocence. Toute une vie, en somme, à œuvrer à cette mort à petit feu

On se bat contre le monde – contre le temps – on se débat avec le monde – avec le temps – contre et avec ce que l’esprit et la mort, un jour, finiront par effacer…

 

 

Rien ne laisse indemne – et, en particulier, cette soif d’une autre vie

 

 

On cueille le monde, les arbres, les fleurs – et jusqu’à la beauté des visages. On cueille la vie en blessant l’Autre – en réfutant sa douleur et son existence. Et chacun s’émerveille de ces mille petits trésors amassés à la pelle – et remisés au fond des tiroirs – en se croyant autorisé à jouir de ses acquisitions – de ses privilèges. Mais nous oublions l’essentiel ; le respect, la gratitude et la retenue nécessaires pour prélever – et faire usage de – ce qui ne nous appartient pas…

 

 

Né(s) pour entonner un chant – et offrir une lumière – restés coincés au fond de la gorge. Allant de piètre découverte en piètre amoncellement – dérivant, avec toujours moins de résistance, sur les eaux tristes du monde – dans cette brume qui nous cache la simplicité – et la beauté du silence…

 

 

A petits pas lents – à l’exact endroit où est née cette source qui enfanta le monde – qui, étrangement, nous en éloigna au fil de siècles de plus en plus inquiétants…

 

 

Nous avons lu mille livres – mille poèmes. Nous avons écouté la voix des lettrés, des savants et des sages. Et, pourtant, reste en nous cette soif – et cette intranquillité à vivre au milieu de tout ce qui change – et que nous ne comprenons pas. Avec cette oreille de plus en plus attentive à ce qui s’approche – et de plus en plus sensible aux murmures, si précieux, du silence qu’il nous faut apprivoiser plus encore…

 

 

Une ardeur persiste au milieu du monde – au milieu du temps. Au milieu des livres et des signes de sagesse. Une ardeur persiste en dépit du calme et de la solitude. Comme un allant à vivre encore au-delà du silence…

 

 

L’imperceptible toujours entre la nuit et ces traces qui s’évertuent à se frayer un chemin vers le jour…

 

 

Rien d’inquiétant en ce désert. Le murmure d’une autre langue et d’un autre ciel. Le silence dégagé des frontières de ce monde si paresseux et gesticulant…

 

 

Le feu, l’instant et la rencontre. Comme un éblouissement à travers ces livres – ces lignes – rassemblés en un seul geste pour devenir ce frôlement à l’envers du ciel – à l’envers de l’âme – à l’envers des choses. Cette joie enfin libre qui acquiesce à l’écume et à la mort – aux finitudes ignorantes – au monde et à la violence de ces mille petits riens qui blessent encore la chair et nous empêchent de rejoindre l’origine – l’aire commune de toutes les enfances

 

 

Une parole, un visage pour dire l’impensable – les privilèges de l’homme et l’abandon à toute forme d’étreinte. L’encre et le geste pour sceller la joie dans tous les cercles éphémères. Quelques feuilles – un silence – comme la preuve que la vie – l’autre vie – est possible dans cette existence où rien n’a d’envergure – où tout disparaît. Et un souffle encore après la mort pour réinventer la clarté nécessaire au salut de l’Autre – au salut du monde…

 

 

Avides de mots et de rencontres – avides d’un autre monde et d’une autre lumière – présents ici même où tout – chaque visage – chaque existence – se mêle au gris et à la poussière. Ombres à peine – brûlées par ce feu – par ces pas – que tout habite et qui ne laissent, pourtant, qu’un peu de cendre à leur départ. Scellées ensemble dans le souvenir de quelques survivants et dans l’âme de ceux qui poursuivent leur voyage après la mort…

 

 

L’autre vie au-dedans de celle-ci où tout ruse et s’épuise. Et cet Amour plus grand que notre faim pour que nous puissions rester ensemble – indemnes et invaincus par la violence et la maladresse – par les outrages, les circonstances et la mort – par toutes ces folles tentatives de séparation – inutiles – si inutiles – devant l’étendue du silence…

Un – multiple – changeants et inchangé – au-dedans du même visage…

 

 

Nous peinons à durer – à rester assis sur ces pierres froides – à contempler en silence l’aube qui vient – à se fondre avec modestie dans les paysages – à saluer le jour qui monte – la nuit interminable – à acquiescer aux jeux du monde – le cœur, peut-être, trop éloigné de l’âme pour remercier l’eau, le feu et le sable – et le bruissement des choses – venus, comme le langage, pour nous aider à vivre…

 

 

On reste, on se perd, on se retire avec ce léger tremblement dans la voix qui trahit notre crainte des adieux…

On cherche, on insiste, on s’obstine dans la croyance d’un lendemain – dans la possibilité d’une issue…

 

 

Sentier d’hier où l’on guettait un signe – la preuve d’une embellie – le règne de la splendeur sous les courants et l’attente. Un peu de joie, peut-être, dans cette façon de nous tenir inquiets devant ce qui recule – et se défait – malgré le labeur acharné de nos mains façonnantes et protectrices…

 

 

De l’écume – quelques traces du passage. Puis, le noir – le sable où tout s’enlise – où tout s’impatiente et agonise. Rien – le feu, l’éclair et l’instant n’auront, peut-être, été qu’un rêve…

 

 

Au-dedans, comme éteintes, ces voix qui, autrefois, nous appelaient pour nous inviter à choisir une pente – une sente. Muettes à présent. Défaites, peut-être, comme notre vocation à jeter un peu d’encre sur le monde. Le ciel et la braise trop proches, sans doute, pour offrir une parole…

 

 

D’ombre et d’étreinte – ce que nous sommes – au fond de notre cri. Et le silence après la honte et le pardon. Quelque chose comme un feu et un regard – un mélange – une sorte d’entre-deux au milieu de la peur et de l’absence – au milieu du jour et du sommeil…

 

 

Chaque jour – mille mots supplémentaires – riche(s) de rencontres et de signes de lumière et de partage. A dire l’invisible penché sur notre âme et notre labeur. A dessiner un chemin, une parole, un soleil – et mille silences encore incompréhensibles. Ce que nous attendons comme ce qu’attend le monde, peut-être ; le secret livré sur nos pages – une terre, un visage, un ciel – et ce que nous deviendrons après la mort…

 

 

Tout recommence sous le feu obscur des saisons. Le temps, la pierre, l’écorce. Le monde et les voyages. L’ivresse du jour attablé parmi nous – au cœur du silence…

 

 

Gestes et regard d’une seule présence – d’une seule immobilité. L’ombre – mille ombres peut-être – et toutes les déclinaisons du sommeil…

 

 

Demain – un autre jour possible sur l’échelle du temps. Fragment d’un voyage où les seuls mouvements sont celui de l’éternité qui dure – et celui de notre pas pour la rejoindre…

 

 

Invisible dans l’infinité des gestes – ce regard dans lequel tout s’emmêle.

Une manière de rire de ce qui s’effondre et se retire. Une manière de vivre au milieu de la mort.

Comme un éclat – une lumière – qui scintille dans le noir et le sommeil. Le seul soleil, peut-être, dans ce long hiver – dans cet étrange rêve qui dure… 

 

 

A côté de soi – peut-être pour toujours. Perdus – magnifiques, en somme, dans le vertige de vivre…

Submergés par tant de sensations et de sentiments qu’il nous est impossible de comprendre…

 

 

Sans cesse nous convoquons ce qui ne peut nous visiter. Comme une ombre qui appelle la lumière pour survivre encore un peu…

Nous épousons le nécessaire – le frémissement d’un désir – l’appel d’un visage – et de quelques lignes, peut-être, sur la page – pour aller moins seul(s) – et moins triste(s) – sur cette rive sans Amour…

Nous travaillons à l’infime pour que nous éclabousse l’infini. Ainsi rêve le presque rien pour que se révèle, à travers ses gestes et quelques paroles (longuement mûris – et jetés pourtant à la hâte sur les hommes) le plus invraisemblable…

Fidèle(s), en somme, à tout ce qui passe. Dans l’évidence d’une multitude sans visage – et dans la proximité de têtes trop fières, sans doute, pour être du moindre secours.

Seul(s) pour préserver ce qui peut l’être – et ce qui se porte comme un secret au fond du cœur. Marchant à même le sol – sans aile – sans Dieu – sans parure – nu(s) au milieu du monde à livrer ce qui ne peut encore être entendu…

 

 

Tout s’enfuit – ailes devant. La chair, le monde, la vie. Jusqu’à la mort. Jusqu’à la parole des poètes. Comme l’incidence du jour sur le feu et les tourments…

 

 

Nous sommes là encore – avec un sourire et une fenêtre à la place des étoiles. Et ce désir si étrange de vivre…

 

 

Nous avons chanté – et retenu la soif pour avoir l’air aussi nomade(s) que les voyageurs. Nous avons prié à l’ombre des grandes idoles et des plus hautes vertus. Et, pourtant, rien n’a changé ; ni l’ombre, ni le feu. Le désert et les flammes où se vivent toutes les aventures – toujours aussi vivaces…

 

 

Une fable – mille fables – et autant d’âmes perdues, de paupières fermées et d’objets à acquérir. Et édifiés au cœur de la maison, ce grand totem et cet épouvantail pour célébrer l’avenir de l’homme et l’effroyable pillage du monde…

 

 

Nous aimerions vivre au-delà de l’homme – au-delà du temps – loin des cages du monde – dans cet après respectueux et réparateur – affranchi des mélanges et de la mêlée…

 

 

Le vent dure autant que nos yeux, les blessures et les cérémonies. Et tout s’aggrave, pourtant, au cœur de ce monde rivé à la mémoire…

 

 

Un pays, un vent – ce qui se tient sous le pas. L’itinéraire d’une attente. La transformation des questions et de l’angoisse en quiétude perceptive. Le sort des visages. Le destin de toutes les fouilles. Et quelque part, la conviction d’un possible – d’une issue à toutes ces empoignades pour donner à nos vies un peu de repos – le répit nécessaire à l’expérience de l’Amour…

 

 

Nous osons vivre alors que tout est perdu d’avance. Nous allons – enjambons – et édifions malgré le règne implacable de la chute et de l’effacement. Et, malgré cette défaite permanente, nous désirons encore – comme pour survivre à l’impuissance et à la perte…

Vivants, malgré nous – et nous initiant à toutes sortes d’expériences. Comme une longue préparation – un apprentissage laborieux – nécessaires pour découvrir ce que nous devinons déjà, entre deux aventures, dans cette folie qui emporte tout…

 

 

Il n’y a rien de l’autre côté ; la même vacance – les mêmes voix – et la même douleur de ne pas savoir. Tout est inconnu – et se glisse dans le sommeil et le langage. Des jeux et des yeux qui nagent entre les eaux du monde et le silence. Quelques cris, quelques chants et de vagues prières pour destituer la nuit. Rien, en somme, qui ne vaille d’être vécu…

Ce que nous cherchons est à même le pas – à l’envers du regard – à cet instant privé d’après et d’autrefois. La vraie vie est au milieu du songe, des idées et des images. Et le présent et l’incertain au cœur des impasses et des impératifs de tout voyage…

 

 

Quelque chose en nous – un espace peut-être – accueille – et pardonne – l’absence et les excès – la rage et la tristesse – et jusqu’à notre incapacité (ou notre impossibilité) provisoire à le découvrir – et à nous y abandonner…

Rien, ni personne n’est nécessaire pour le trouver. Et chaque expérience fait grandir en nous le désir de le rejoindre…

 

 

Néant et abîme au-dedans et au-dehors – emplis de fables et d’efforts pour tenter de faire face au vertige – à cet infini, à peine, deviné…

 

 

Le silence et la tendresse n’ont besoin de notre vacarme – ni de nos désirs, ni de nos élans. Le monde même n’est nécessaire. Être (leur) est déjà bien suffisant…

 

 

Ces milliards de respirations et de rythmes simultanés – comme le souffle unique et le mouvement permanent de ce géant que nous sommes tous ensemble – tantôt merveilleux, tantôt monstrueux – et, si souvent, déchiré et écartelé – selon la direction et les pas – mais toujours lui-même – égal à ce qu’il est – devenant – tentant de devenir peut-être – ce que nous sommes nous-mêmes en nos regards additionnés

 

*

 

La poésie est l’intime porté à l’universel – l’infime porté à l’infini – et la boue et le mystère de vivre portés au sublime. Le plus exact endroit de la grâce, en somme…

Le regard poétique – lorsqu’il sait se montrer juste et sage – et presque entièrement impersonnel – est, sans doute, le lieu le plus proche de la vérité

 

*

 

Tant de vies et de visages – et pourtant, partout, l’évidence de la solitude et de la mort…

 

 

Tout est pris et assiégé – jusqu’aux plus humbles – jusqu’aux visages les plus effacés…

 

 

Tout se retire – et nous retourne – pour tenter de nous faire découvrir la couleur du jour gravée à l’envers du monde. La nuit première – lorsqu’elle était encore claire – éclairée peut-être – vierge de rêves et d’étoiles…

Mais la terre s’est emparée de la blessure, de l’espace et du souvenir. Et, aujourd’hui, il ne nous est (presque) plus possible de l’imaginer…

 

 

Nous vivons (croyons vivre) sur quelques pierres – polies avec patience – pour y déposer notre souffrance et notre infortune – et y bâtir quelques édifices pour conjurer le malheur. Mais les yeux ont tout dévisagé – et les mains tout défiguré. Et le désir d’un autre monde – d’un autre destin – a fini par se briser. Ne restent plus que le rêve et le souvenir – et cet espoir encore si vaillant d’une impossible aventure…

 

 

De pierres et de braises – cette ardeur mystérieuse au milieu des miroirs et de la poussière qui nous pousse à nous attarder (encore un peu) malgré la certitude de la fin…

Le piège et le chemin à découvrir. Des arbres et des voix qui nous interpellent. Le sommeil et ce désir, si puissant, d’échanger ce qui tremble contre un peu de rêve…

 

 

Le vide se révèle à l’issue du chemin – derrière le miroir brisé – sous le peu qu’il reste à nos pieds…

 

 

Nous ne connaissons que la solitude et le rêve d’un ailleurs – que nous espérons plus vivable. Et nous nous y accrochons, faute de mieux – la bouche tordue par la peur et la souffrance de cet entre-monde…

Nous naviguons – presque sans carte – au bord de l’innocence – aux frontières de cette enfance promise – sacrifiées pour une gloire inutile – désuète – meurtrière et sans valeur.

Nous aimons ce qui nous rassure – tous ces yeux, toutes ces mains et tous ces corps qui offrent leur réconfort. Nous vivons dans une forme de mendicité permanente. Et nous nous en remettons à la chance pour échapper à la violence et à la douleur. Infidèles, en somme, à ce qui nous constitue – si éloignés encore de l’espace, de l’Amour et de la lumière – et, pourtant, au cœur déjà de ce qui nous hante depuis le commencement du monde…

 

 

Sang et chemin sans rédemption. L’œil et le poème abandonnés à l’ardeur, au refus et à la révolte – livrés au désordre et au chaos. Désirs inassouvis – en larmes – entre la pierre et l’infini – aboyant comme de beaux diables sur tout ce qui traverse nos vies – sur tout ce qui traverse le ciel. Et le silence foudroyé – remisé au fond de l’âme – au fond de la parole – au fond de l’oubli…

 

 

De remparts et de brume, toutes ces créatures au cœur enfoui – indigent – si proches du mensonge et de l’illusion. Opaques jusque dans leurs tréfonds. Et à l’ignorance, pourtant, si pardonnable…

 

 

S’effacer encore – comme la page accueille l’encre et la parole – comme l’espace accueille le bruit, la neige et l’ignorance des visages…

 

 

Temps, rêve et absence inventés (peut-être) pour survivre à cet effroi d’exister…

 

 

Nous aurions aimé plus de rires et d’aventures – plus d’extases et de joie – dans notre vie – dans cette longue (et douloureuse) dérive…

Mais qui peut se targuer de pouvoir inventer son voyage…

 

 

Ecartelés – sans tête ni foi – entre la déchirure et le miracle…

 

 

Vivre n’aura donc été que cela ; un point de passage – un point de rupture – indéfini – inachevé – inachevable peut-être. Le règne du rêve et de la mémoire. Un espoir – une tentative – quelques vibrations – et un peu d’encre jetée sur la page…

 

 

Partout, il y a des ruines, des flammes et des cris. La vie et la mort. Et cette chute permanente malgré l’attirail du monde – malgré l’arsenal des hommes. Et quelques âmes pour s’en émouvoir et s’en effrayer – pour inviter et célébrer l’impossible – avec quelques rudiments sensibles et quelques fragments de ciel à explorer encore…

 

17 juillet 2018

Carnet n°155 Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Du temps, des ravins, des dépouilles. L’or et la question de vivre. La saveur, l’infini et la mort. Et mille fleurs déjà sur nos pages – à notre porte…

A l’écart du sommeil – libre des jeux du monde – au-delà des cendres et du scintillement – là où la parole s’écrit d’un seul trait de lumière…

Une vie, un silence. Comme un poème pour affronter l’impossible…

 

 

Un autre feu sous les pierres brûle quelques reliquats de rêve. Et une fenêtre pour regarder, avec émotion, le monde et les hommes – leur chute inévitable – l’effacement annoncé – et l’arrachement (violent sans doute) du peu qu’il restera après la mort…

 

 

Tout s’estompe à présent. Les voix geignardes, le tumulte et les caprices. Tout ce qui palpite – les monstres et les erreurs. Et ces visages enfantins qui se séduisent pour conjurer la solitude. Ne reste qu’un lieu indéfinissable – et ce regard – et cette main qui, parfois, se tend pour secourir le possible – et révéler l’évidence dissimulée au cœur de la faim et du sommeil…

 

 

Subsiste un souffle mystérieux dans cette glaise suante – dans cet amas de poussière et de souvenirs – de désirs et de prières. Quelque chose – presque rien – né des semences du monde – de ce (fabuleux) mariage entre le ciel et les abîmes – qui s’attarde encore un peu sous le soleil pour assister à la saison des récoltes. Comme un morceau de terre anodin – insignifiant presque – qui joue avec les vents avant d’être livré à la mort…

 

 

Être et langage. Silence et poème. Un retrait, puis un écart pour échapper au monde et à sa folie. Seul dans l’herbe – en haut de la pente – à contempler et à rire – et à offrir quelques lignes – une parole – une joie et une nudité solitaires – à tous les découragements à vivre

 

 

Muet – seul – déjà ailleurs – avec devant soi toute une vie à inaccomplir

 

 

L’un d’eux – avec des ombres – une peau – un visage mille fois balafré – et une chair mille fois estropiée. Mains ouvertes – mains en prière – dans le noir – qui offrent au monde, comme les fleurs, leurs secrets…

 

 

Aimer l’obole et la nécessité – l’Amour et la furie qui n’épargnent personne. La désolation et le baiser si tendre sur le front de ceux qui s’acharnent encore…

 

 

Entre le vol et l’absence – entre la chute et ce qui demeure – la joie à notre portée…

 

 

Ce qui se résout d’un air si grave – soleil dans l’âme – et la larme à l’œil. Indécis. Timide. Vaillant. Si humain, en somme…

 

 

Un corps – ce qui reste de l’homme. Et ce regard sans assise – cette présence sans appui. Et un peu de tristesse encore sur ce versant de la terre…

 

 

Penché sur le monde et le défilement des jours qui donnent aux hommes leurs rides et leurs soucis – et quelques caresses parfois. Avec cette stupeur devant les visages et la mort…

 

 

Une aire, des rêves, des jeux. Un peu de sang et de souffle pour se croire vivants et s’adonner aux vieilles traditions de l’homme. Splendides et féroces – et presque sans tête. Debout et endormis – sous l’emprise des jours – et d’un soleil trop lointain. Sacrifiés pour l’éternité qui durera jusqu’à la mort…

 

 

Un visage peut-être – mais sans épaisseur. Vivant comme la brume et l’arc-en-ciel. Distrait à côté du monde. En surplomb peut-être. Hagard – hébété – dans les bras d’un autre Amour…

 

 

Une parole – mille paroles – pour défaire l’impossible et inviter l’impensable. Aussi vaine(s) que la danse – que toutes les danses – du monde. Notre dernière solitude, peut-être, entre les hommes et l’innocence…

 

 

Troublante la vérité qui ne (nous) laisse rien – ni signe, ni message – pas le moindre appui…

Et nos vies, comme du lierre, qui s’agrippent aux murs invisibles – inexistants – à peine rêvés peut-être. Et ces jours qui passent pourtant. Des années – des siècles – et toute l’histoire du monde – balayés d’un seul geste lorsque se précise l’instant – l’éternité sans doute – entre l’angoisse et la joie – entre l’effroi et le silence. Immobiles – immobilisés en quelque sorte – dans ce qui demeure aux racines des existences…

 

 

Nous, aujourd’hui. Et demain, quelques autres. Les mêmes danses. Le même spectacle…

 

*

 

Ah ! Mon Dieu ! Tant de livres et de tablettes depuis l’origine du langage qui engrangent les concepts, les images, les commentaires, les vérités ! Pour comprendre le monde et découvrir ce que l’on est, comment faut-il s’y prendre ? A quelles lignes peut-on se fier ? De toute évidence, n’accorder du crédit qu’à celles qui furent enfantées dans la joie et le silence entremêlés

 

*

 

Au bord du monde – aux marges du temps. Saisons en prime – et le rêve rompu. Debout – la tête humble – à apprivoiser l’incertain…

 

 

Sans nous – sans propos – au-delà même des labours profonds, le silence et la blancheur de la voix dans leurs vaines tentatives poétiques…

 

 

L’enfouissement et le mystère. Et tous les savoirs sabotés – pour lire sur les lèvres rouges – à peine perceptible – le silence. La terre, les bêtes, les hommes – le calme et la joie dévastés – suspendus par grappes entières dans cet oubli du monde. Et l’ombre en écho offerte à ceux dont la main cherche l’Absolu – et qui doivent recommencer mille fois leur voyage pour se perdre dans la durée. Indécis et opiniâtres comme les jours – relégués (presque toujours) à l’infime et à la fouille au milieu du temps…

 

 

On abandonne les pistes – tous les assemblages. Ce que nous avions engrangé à tous les âges dans la prévision d’une aventure – d’un cataclysme. On se défait – et on se désengage. Et sur la route subsistent un sourire – une danse – le réel d’avant les naissances…

 

 

Noyés de vie – noyés de tombes – comme des enfants perdus dans la nuit – apeurés face aux visages – livrés aux tentations et à la gouvernance de ce qui s’épuise. Seuls, en somme, pour échapper au monde et retrouver l’aube qui persiste au fond des cachots – partout présente – jusqu’aux fenêtres de l’hiver…

 

 

Rien – une simple joie au milieu de ce qui s’attriste. Un soleil ardent – vivace – dans le noir et la jungle où survivent (à peine) les bêtes du monde. Des destins croisés avec la constance des saisons. La fabrique du temps et tous les Dieux imaginés par les hommes…

Une distance avec les cartes, les signes et les paroles ivres de ce qu’elles encensent. Une défaite magistrale – comme le sacre de tout voyage. L’allure et la tête détournées de leur emploi. Au-delà de toute pensée – au-delà de toute promesse. Guidé par ce qui demeure et ce qui passe. Au milieu des eaux – sur cette île oubliée que font grandir les pas – les passages et l’innocence…

Un climat, peut-être, hors de l’étourdissement et de la distraction. Un sourire et un étonnement à l’égard des attentes anciennes – à l’égard de ce qui vient – à l’égard de ce qui monte et de ce qui descend en empruntant mille voies – mille escaliers – mille routes qui serpentent entre le ciel, la terre et les abîmes…

Un socle posé au milieu des vents et des rires – des grimaces et des infortunes. Un regard sur les dalles, les tombes et les visages qui gesticulent dans les allées – dans toutes les impasses. Une présence au cœur des carnavals où la chair et la sueur s’emmêlent – et s’épuisent en gestes inutiles – en tentatives ridicules…

Une aire – une fenêtre – où tout vient parader, se distraire et mourir. Le sol qui recueille le sang, la pluie et les larmes de quelques âmes. Et cette main qui, parfois, se pose sur les lèvres pour que cessent tous ces tourbillons illusoires…

 

 

Visite au loin – au-delà des yeux et des portes fermés. Et, pourtant, tout demeure à l’identique – ici – ailleurs – partout ; les arbres, les visages, les jardins – le sort, la faim et le sommeil de ceux qui s’échinent à résister. Le monde, les siècles et le temps. La terre aux paysages si changeants. La ronde, un peu triste, des âmes qui s’inclinent à tous les passages. La bêtise et l’ignorance des hommes. Toutes les tragédies du vivant…

 

 

Un imaginaire débraillé – ouvert devant soi comme la carte d’un trésor. Des pages – des livres – par milliers comme autant d’ailes et d’étoiles – poussives et fécondes – qui exaltent le sens et invitent à mille vagabondages. Des signes comme des boussoles pour se frayer un chemin – et mille passages – dans l’obscurité des plans – horizontaux presque toujours. Des cris, des larmes et quelques rires – un peu de chair et de sang parfois – et un peu d’âme aussi (plus rarement) – comme pour offrir aux yeux, aux visages et aux existences, une porte sur l’oubli et une sente fragile vers l’aube promise par tous les sages…

 

*

 

Il y a le cœur perceptible du vivant. Et celui – plus invisible – qui bat en chaque chose. Et c’est dans l’écoute de ce double rythme que l’on peut entendre les souffles conjugués du monde et du silence – et (accessoirement) s’y accorder…

 

*

 

Invisible – dense – légère – omniprésente – verticale – cette présence – si proche de l’esprit – et si éloignée, pourtant, de l’expérience humaine commune…

 

 

Vie, prières, souffrances et extases vécues à même la chair du monde – au cœur du souffle et du regard plus divins que terrestres…

 

 

Entre deux rives, le passage. L’expérience combinée du monde et du ciel…

 

 

Là où s’achève l’homme, commence le Divin. Et là où meurt le Divin, naît la barbarie…

Et nous autres, au milieu du gué – lançant quelques gestes et quelques paroles pour survivre à cet écartèlement – à cet inachèvement – et inviter le monde à vivre sa dernière heure

 

 

Cette voix au fond de nous – au cœur d’un ciel – d’une présence – ligotés par tant de rêves et de désirs – par tant d’ignorance. Comme une perte vertigineuse – presque inimaginable – dans le temps – et un sursaut – un regain d’ardeur – pour briser les murs – et le labyrinthe où les hommes et les bêtes vivent coincés depuis le début du monde…

 

 

Une descente – longue – âpre – qu’il faut emprunter après l’assouvissement du désir de l’or – l’extinction de la faim et l’effacement des chimères et des miracles. Le rapprochement des pas et de l’âme vers le mystère…

 

 

Un jour, l’horizon s’éteindra comme la course des pas – comme tous les voyages…

 

 

Un fardeau, un renoncement. Rien – ni au-dehors, ni au-dedans. Un murmure – un cri à peine perceptible. Les errances d’un autre voyage. Des tombes, des terrains vagues et l’obstination des pas. Partout, le grand calme des solitudes. Et ce vent qui veille dans l’acharnement des foulées. Et le silence encore que nous n’avons su retrouver…

 

 

Nous avons couru tantôt à grands pas, tantôt à foulées feutrées. Nous avons vécu – nous avons fouillé – et découvert toutes les ombres du monde. Nous avons cheminé plus que de raison – emprunté mille chemins – traversé mille contrées – et déblayé mille impasses. Et nous voilà, à présent, en haut – sur cet escalier sans fin – au-dedans d’un rêve ininterrompu peut-être – avec le même sommeil et la même solitude – le ciel toujours aussi lointain et la souffrance un peu moins douloureuse – en partie apprivoisée – à nous demander encore pourquoi Dieu a créé le vivre et l’espoir du jour – et cet allant inépuisable à vouloir percer tous les mystères…

 

 

La parole aura beau dire encore et encore, le silence aura toujours le dernier mot…

 

 

Nuit, motifs, espace, signes, ondes, nouvelles, foudre, rivières, foulées. Un arbre, un visage et le ciel alignés – libres – dans le mensonge comme dans la droiture d’une parole authentique…

 

 

La source, le sang et le miroir. Eléments du voyage et de la mémoire – nécessaires à la découverte de notre identité…

 

 

Une mémoire s’avance – nous revient à pas menus sur le fil du temps – gonfle – traverse la tête – se pose en arrière du front – nous invite à la marche à rebours pour retrouver l’origine – la racine première des allants et des découvertes…

 

 

Après le pas, l’éloignement et la lente dissolution du point d’interrogation magistral gravé à l’arrière des crânes. L’ombre circonscrite, les murs vacillants, et bientôt délabrés. Et cette lumière qui se hisse au-delà de la dernière étoile. La fin du trajet. Et le surgissement du silence scellé dans l’envers du décor. Le déchirement de la détention et du visage criblé de flèches et de plaies. La traque incessante et le manque désagrégés. La vie et la souffrance transpercées. L’origine du monde et la chambre – ce lieu de tous les supplices – réunies – enfin rassemblées. Le souffle qui se dresse au-dessus du noir. La sagesse et le sillage réconciliés. La fin de l’aveuglement. Et la vie – la vraie vie – qui peut enfin commencer…

 

 

L’écriture, sous la dictée du ciel, se fait plus docile – plus précise. Mots de nulle part – affranchis des ambitions humaines – pour offrir à l’infime une fenêtre – la seule possibilité de délivrance peut-être…

 

 

On écrit à présent comme roulent les pierres. Dans la nécessité des instincts – gouverné par la pesanteur du monde – vers un vide où convergent toutes les choses et tous les visages…

Des poèmes, comme la roche, arrachés à notre poitrine. Un pont entre le ciel et l’océan. Un peu de magie pour la traversée et le franchissement (si douloureux) de l’écume…

 

 

Mille mots – une parole sans cesse répétée – pour dire ce qui ne peut être dit – pour essayer de nommer ce qui ne peut se révéler – et être goûté – que dans l’écoute, l’attention et le silence – dégagés des noms et des visages – libres de tous les qualificatifs…

 

 

Quelques lignes – une pensée – comme un recours – un refuge précaire – face aux tourbillons du monde. Une fenêtre dans la superficialité ambiante sur ce qui, en nous, s’interroge et aspire aux profondeurs pour découvrir le secret des danses – le secret de toutes les existences…

 

 

Dire le peu – le plus simple – la joie d’exister. Le souffle et le silence – et ce qui nous déchire. Les gorges muettes – l’obscurité qui, partout, règne en maître. Le manque, l’envie et les traversées. Ce qui nous guette au-dessus des bruits et de l’effroi. Les hommes, les bêtes et la mort. Les berges où tout s’égare. Les souvenirs inutiles – et les obstacles que l’on ne parvient parfois à enjamber. Notre maladresse, la lueur – et la tristesse – dans les yeux de ceux qui s’en vont. La terre et les âmes tremblantes. Le poème, l’abîme et le néant. Tout ce que nous avons essayé pour être des hommes – et naître au ciel. A peu près tout. Si peu de choses, en somme…

 

 

Tout arrive – et se livre à notre front boudeur. Les tremblements et l’immensité. Les malheurs, les étoiles et la douleur. Le sang et ce regain d’âme qui manquait à notre vie. La solitude, les poches percées et ces mains pleines de cet or offert aux presque rien – à tous ces êtres de passage qui s’interrogent et que l’on dévisage – toujours inquiets – jamais satisfaits par la réponse des hommes…

 

 

Des lampes, des cœurs et mille mains tendues – et le monde – cette pieuvre – qui rétrécit les rives et les rêves en exaltant les désirs d’un après – d’un ailleurs – plus confortables…

Comment vivre parmi les hommes sinon en restant à l’écart – loin des crachats et des cachots – loin des masques et de ces eaux (trop) tourbillonnantes où tout a l’odeur de la hâte et de la conquête. S’exiler, en somme, en ce lieu posé en amont du théâtre – à l’abri du sang qui coule pour rassasier la faim…

 

 

Une pierre, l’instant de vivre pour répondre au seul appel vital – dans cette forêt – au milieu des bêtes au regard si doux – si clair – et bien plus lucide que nous ne l’imaginons. Seul avec la nuit et la folie en partage. Debout dans l’hiver. Immobile – stoïque sous notre charge – allant à travers le monde sur les chemins des collines comme sur les pages – à contre-sens de la déraison commune…

 

 

Rien – sur la plus haute marche de l’homme peut-être. Ni lampe, ni neige, ni étoile. Ni ange, ni visage. Pas même un bruit. Pas même un songe. La leçon du sang apprise jusqu’au fond des veines. Oubliés, à présent, les délires, la douleur et l’huile sur le feu qui ont exalté la décadence du vivre ensemble. Le vide – simplement – le vide. Le silence et la blancheur. Et cette nécessité de la parole pour s’assurer d’un témoignage – d’une preuve, peut-être – pour avoir l’air un peu moins fou que ces pauvres hommes en contre-bas qui s’échinent encore à la besogne dans l’espoir d’accéder, un jour, à quelque hauteur…

 

 

Nous veillons sur cette vieille plainte qui monte du ventre du monde. Les bras ballants et les mains vides – sans rien à offrir sinon notre regard – et cette présence infime – anodine – presque invisible pour ceux qui ne savent voir encore. La vie, la terre et une partie des vivants à nos côtés sur ce versant fragile – blanc – intact – où viennent mourir tous les reflets sombres – calcinés – de l’autre monde…

Debout encore – dans cette vaine attente – sur ce seuil qu’ignorera toujours le commun…

 

 

Les bruits des hommes – âpres – visqueux – pénétrants – disharmonieux. Et ceux de la terre – vol et chant des oiseaux – vent dans les feuillages – course intrépide et tranquille de la pluie et des rivières – comme les notes d’une symphonie orchestrée par le silence et la lumière où le monde et la nature, malgré leur rudesse, résonnent dans la joie et l’harmonie…

 

 

Ephémères toujours – qu’importe les destinées…

 

 

Humble dans la proximité – et l’énumération – des choses, des visages et des sentiments qui peuplent le monde…

 

 

Tout se compose – se décompose et se recompose – de mille manières – en mille matières – en mille souffles – en mille agissements. Et rien ne nous émeut davantage que la proximité d’un seul visage qui ravive le sentiment d’unité sous-jacent à toutes les figures du monde…

Toute part porte – et est – le cœur de l’Absolu…

 

 

A ceux qui s’extasient devant la splendeur de la vie – et, parfois, devant la justesse de nos lignes (bien plus rarement, il est vrai), nous répondons que la vie et la poésie ne sont pas grand-chose ; un peu de rien dans l’infini – quelques taches sur la page – et que seuls le silence – le blanc – et la lumière – donnent au noir (toute) sa beauté…

 

 

Un peu d’azur – un peu de sang – dans tous les domaines. La nuit aux prises avec le jour. Et le jour aux prises avec les parois sans prise de l’autre rive. La faim et les chemins éternels. Le silence emmêlé aux chevelures. Un peu de joie – ce qui se dérobe – les risques encourus et toutes les pertes à venir…

 

 

Une main, une parcelle et le vaste monde où tout s’empile – s’engrange – s’efface et revient. Et une présence au cœur de ce qui demeure, si souvent, impénétrable…

 

 

Cœur et raison de l’innombrable à califourchon sur l’immesurable. Si près de ces mains et de ces âmes qui tiennent le jour comme un enjeu – et n’y voient que quelques mesures à prendre…

 

 

Lieu où l’obscur livré à l’au-delà devient éclat – blancheur consumée. Transparence et déchirement. Quelque chose d’inouï comme un silence au cœur de ce qui bouge et s’émeut. La dimension de l’homme, peut-être, affranchi des règles et de la volonté. Les restes, sans doute, d’une innocence incomparable…

 

 

Appuis, enclos, domaines. Et ces os entassés en amas sous la terre qui livrent aux hommes un secret encore incompréhensible. La vanité des élans, de l’agir, des tentatives borgnes et des croyances qui laissent espérer une issue possible…

 

 

Personne – une pièce vide – et une fenêtre qui laisse passer un peu de lumière pour éclairer les ombres qui s’agitent les mains tendues vers elle – si désespérément…

 

 

Chemins encore parmi les crêtes et les constellations étrangères – inapprivoisables. A la rencontre des limites de l’homme…

Des élans et des sauts depuis le premier soleil – le primitif endroit où naquirent tous les visages et toutes les étoiles. Sommets d’un sous-sol peut-être où ce qui s’élance a la couleur de l’or et l’ardeur des apprentis – des inexpérimentés.

Fruits des flammes et de l’invisible. Source des danses, des arabesques et du fumier – et de tous les charniers sans doute. Graines d’un seul jour et des mille répliques sur l’asphalte du monde…

 

 

Entre le rêve et la souffrance, l’infini. Et la longue désespérance – et la chute, lente et inévitable, de la chair prise en étau entre la gueule des loups et le ciel – entre l’expérience encore immature des malheurs et la joie possible – toujours recouverte par ce qui rend presque indestructible la pensée.

Un goût d’autrefois et de silence au fond des visages atterrés…

 

 

Le déplacement du regard d’un point à un autre – du plus familier à ce qui demeure inconnu. De dislocations en partage – de fragmentation en ellipses. Du plus certain à ce qui est offert à l’impuissance et à l’abandon…

 

 

Une vie, un silence. Comme un poème pour affronter l’impossible…

 

 

Ce qui est pris est redonné – et rendu au centuple dans cet art, apparemment cruel, du passage. De semailles en renversement. De l’agitation à l’innocence contemplative. De l’obstination à l’effacement. Le gage que quelque chose, en nous, est peut-être plus vivant que notre âme…

 

 

A la fin du voyage, la résolution du mystère. Et l’invitation du poème comme hommage inapproprié presque toujours – pour remercier l’abondance des obstacles qui nous firent prendre d’autres routes – et nous abandonner, en fin de compte, au glissement violent vers le bord – vers le fond – le lieu des limites et de la dérobade apparentes – transcendables et transcendées par ce qui nous hante – et l’œil serein qui accompagne, depuis toujours, nos dérives et nos défaillances…

 

 

Remparts – rouges et blancs – où tout affrontement s’annule au contact de son autre versant – excluant l’infaillible et les dérapages…

Un chemin d’équilibre et de renaissance. Une trajectoire indéfinissable qui mène de l’abstraction au corps – et de l’illusion au centre de tout ; monde, langue, visages et choses pulvérisés au cours de cette lente ascension vers l’apesanteur…

 

 

L’âme, les mots et la tête expulsés de leur territoire. La destruction de toute étincelle. Et le silence, partout – à perte de vue – dans le noir, la peur, la folie et les abîmes. Et l’encre et la lumière – à peine naissantes – d’un autre jour…

 

 

A l’écart du sommeil – libre des jeux du monde – au-delà des cendres et du scintillement – là où la parole s’écrit d’un seul trait de lumière…

 

 

Des générations pour que se perpétuent la fureur, la barbarie et le mensonge – la peur et l’illusion…

 

*

 

Venus de nulle part, nous ne sommes rien. Ne faisons rien – ne nous déplaçons jamais. Nous sommes – à peine – un rêve peut-être…

 

*

 

Du temps, des ravins, des dépouilles. L’or et la question de vivre. La saveur, l’infini et la mort. Et mille fleurs déjà sur nos pages – à notre porte…

 

 

Un soupir encore – venu de cette ère d’autrefois où nous devinions, entre la perte et le souvenir, l’ampleur du désastre soulevé par l’amour.

Le bleu – la beauté d’un regard aussi précieux que le partage et le feu combiné des élans. La saveur de l’étreinte avant le retour – inévitable – de la solitude et des sanglots – vieux, sans doute, comme la première histoire du monde…

 

 

Un désir – une allégresse. Quelque chose comme un silence né au cœur de la matière – entre l’âme et la main. Quelque chose comme un peu d’encre jetée presque sans raison sur la page pour conjurer la mort et les malheurs – rendre l’exil moins triste – la solitude plus supportable – et survivre, peut-être, à l’absence de tout partage…

 

 

Déjoués les tours et la magie-simulacre. Défaites les mains – et vide, à présent, l’horizon parcouru. A portée d’accroche – à portée du temps. Rien qu’un fil – rien qu’un rêve peut-être – au milieu de ce qui se détourne à notre passage…

 

 

Un rivage de faux-semblants où le regard n’est qu’une parure – une demande – une mendicité. Et qu’importe que les yeux y répondent – que les mains se tiennent – et que les corps s’abandonnent, l’âme restera seule…

 

 

On entend parfois gronder la révolte dans les pires résignations – l’être debout – submergé par la trame – asphyxié par les nœuds – qui redresse la tête pour résister au sang et à l’infamie – et survivre à cette part du monde invivable qui l’enserre et le blesse…

 

 

Ardentes la force de vivre au-delà du délire et des apparences – et la force d’aimer au-delà des visages et du connu

 

 

Rien – un regard sur les eaux mortes, les habitudes et les danses – et la sauvagerie qui guette sur tous les chemins…

 

 

Authentique cette humilité en surplomb de l’orgueil et de la matière agissante. Aussi belle et secourable que l’infini posé sur les pierres où gesticule et s’impatiente le monde…

L’œil vif sur toutes les routes, les églises et la clameur des jours…

 

 

Pluie, orage et soleil dans le ciel sans témoin – au-dessus des rives où les allures sont folles et les chemins vertigineux…

 

 

Désengagé des siècles où tout s’apparente à la faim – où la marche ressemble à une course folle – où la raison (trop de raison) a mené à suspendre partout des étoiles, des gages, des pièges et des récompenses – où la vie ne livre qu’aux épreuves et à l’exercice de la mort – où la liberté est devenue détention – et où Dieu s’est, peu à peu, transformé en image – en promesse – en mensonge – jamais en expérience…

Libre des parcours, des frontières et des franchissements, la parole du poète – qui apaise sa faim en d’autres lieux – sur les rivages d’un autre monde – sur une terre de plein midi où les figures et les fleurs sont familières de tous les soleils – où la langue fréquente les bêtes et les arbres autant que le ciel et les vagabonds – où la route est une poitrine ouverte – une main qui donne et caresse – où l’âme sait se libérer du vertige et du passé – et où le vivant est un frère à secourir et à aimer…

Libre la parole du poète – qui, les deux pieds dans le sang et la chevelure hors d’atteinte, fait de ses gestes et de sa parole un pont vers le silence et le réenchantement…

 

 

Des sentiers, un chemin. Prisonnier toujours du même destin. Et à portée d’âme – à portée de main – offerte toujours la même chance d’affranchissement…

La terre, le ciel. Quelques pas dérisoires – presque sans épaisseur. Et la liberté du langage qui nous sauve de toute forme de détention…

 

 

Toute trace – à jamais sortie des entrailles – comme un rêve de jour – un rêve de splendeur – aussitôt effacée par le monde – et portée à une dérive interminable…

 

 

Quelque chose nous emporte – presque rien – en deçà des vagues. Une part de vie – une part de sang – un peu d’âme, peut-être, sauvée de l’horizon. Le goût d’un monde aux marges du noir. Cette folle envie de lumière. Et l’ardeur – et la ténacité – de ce que les chemins et les visages ont blessé – presque à mort…

 

 

Tout est sombre et sévère dans notre vie – et jusqu’à ce rire qui ne peut éclore qu’au milieu de la nuit…

 

 

Parti – et revenu – mille fois. Un œil sur les pas et l’autre sur les affaires du monde. Une plaie, un écart, une modestie – au-delà du jour et des étoiles. Et ce feu qui donne aux allants leur si belle ardeur…

 

 

Imbibé de vie et de monde – en suspens – ce regard impuissant qui ne sait plus vers qui se tourner – ni à quel saint se vouer. Témoin du délabrement de l’enfance contrainte de dévaler mille pentes vers une vieillesse inévitable…

Des rires, des saisons et de la cendre rencontrés partout – au loin – si près de notre incapacité à vivre.

Voyageur sans ferveur – pleurnichant souvent – butant et butinant ici et là – au gré des occasions. Pusillanime et facétieux, malgré lui, devant les faces noires et les âmes barricadées – aux portes du monde peut-être…

Imbécile(s) que nous sommes…

 

 

Celui qui nous aime n’a aucun nom. Mais il a nos mains et notre visage – enroulés autour de nous-mêmes. Indécelable, bien sûr, avant d’avoir connu la grande tristesse

 

 

Nous avons erré partout ; et nous n’avons rencontré personne. Peut-être n’avons-nous su voir… Peut-être n’avons-nous su voyager… Peut-être étions-nous trop aveugles (et trop fiers) pour nous pencher sur le plus simple et la tristesse…

 

 

Pauvres hommes, en réalité, qui frappent aux mêmes portes depuis toujours sans réaliser que le lieu – et le visage – qu’ils cherchent se tiennent, depuis le commencement du voyage, au cœur de ce qu’ils portent comme un secret – au milieu du regard – perceptible partout – et par tous – dès que les yeux réussissent à s’ouvrir – et à s’inverser…

 

 

Nous avons voyagé – et n’avons vu que la peur dans le monde et les yeux. Presque personne. Des fantômes – quelques silhouettes – fourbus à force d’instincts et de rêves. L’insatisfaction des regards et la détermination des pas à aller plus loin – et à fuir plus encore…

 

 

L’âme si frémissante à regarder tout ce qui se pose devant elle. Pierres, arbres, bêtes et rivières qui mènent à la seule voie possible – à ce réel perché au-dessus du monde – au-dessus des rêves…

 

 

Des gestes qui ont l’élégance de la patience. Mus par l’innocence et la persistance du renouveau. Sages, en somme, parmi les outrages et les mensonges – parmi la frénésie, la malhonnêteté et les habitudes du monde…

 

 

Un peu perdu(s) – et si seul(s) – parmi ces visages qui ne nouent entre eux qu’une quotidienneté extérieure – et que contente tout partage apparent. Exilé(s), malgré soi, en ces terres de solitude et de profondeur qui ne semblent être, nulle part, l’objet d’aucun désir…

 

 

De la neige et de la cendre sur l’âme. Comme le privilège, peut-être, des solitaires au cœur insatisfait…

 

 

Des haltes et des éloignements. Et nul port d’attache pour ceux qui errent – et qui, si souvent, s’égarent en ces lieux où l’immonde cherche dans la chance la seule issue pour échapper à son visage…

 

 

Seul(s) à s’y morfondre – et jusqu’à s’en réjouir. En bas – en haut – au cœur des jeux et des complots – sans prêter ni l’âme, ni le flanc aux flammes et aux jugements – à cette pagaille insensée où s’enlise le monde…

 

11 juillet 2018

Carnet n°154 A quoi bon - la vocation du monde et des hommes peut-être…

Regard* / 2018 / L'intégration à la présence

* Ni journal, ni recueil, ni poésie. Un curieux mélange. Comme une vision – une perception – impersonnelle, posée en amont de l’individualité subjective, qui relate quelques bribes de cette vie – de ce monde – de ces idées – de ce continuum qui nous traverse avant de s’effacer dans le silence…

Rien. Une nuit, du sommeil, un silence. La pluie. L’épreuve de la solitude et de l’absence. Un désert, un abîme, quelques larmes. Et le monde – et la mort – inventés avec le premier élan – et le premier espoir – pour survivre à tant de néant…

Un corps, une lisière, une langue. Comme les seuls instruments – nécessaires à la poursuite du voyage – à ces foulées, parfois si réticentes, sur l’herbe rouge – sur ce pauvre sol de la terre…

Et l’attente encore face aux heures – face aux rêves et aux miroirs. Quelque chose d’infime dans cette nuit indéchiffrable. Un peu de chair, un peu de sable, à peine l’apparence d’un visage. Quelques bruissements, un geste parfois, la caresse de l’inconnu dans l’ombre de cette parole si étrangère…

 

 

Un Amour timide – effarouché par l’illusion et la brièveté du temps – l’insensibilité des âmes – la faim et l’inertie du monde. Confronté aux menaces et aux périls permanents qui, partout, exaltent le crime et la mémoire – sans doute, les plus vieilles traditions de la terre…

 

 

Choses encore – partout – et ces mains qui se lèvent – et s’étirent – pour saisir l’inutile – amasser le superflu – et l’entasser sur des morceaux de monde qui forment déjà des amas gigantesques – et d’illusoires remparts – qui jamais ne pourront nous délivrer du vide…

 

 

Tout arrive – s’élève – s’effondre – et se désagrège déjà. Jusqu’aux traces de vie – jusqu’à la parole des poètes. Comme un vent permanent qui efface tous les dessins du monde esquissés sur le sable. Comme une main sur nos épaules nues – fragiles. Comme une caresse – mille caresses – et quelques secousses peut-être – sur l’œil crotté – souillé de voiles et de choses – de monde et de souvenirs – incapable encore de déceler dans le sommeil la lumière pauvre et pacifique

 

 

Rien. Une nuit, du sommeil, un silence. La pluie. L’épreuve de la solitude et de l’absence. Un désert, un abîme, quelques larmes. Et le monde – et la mort – inventés avec le premier élan – et le premier espoir – pour survivre à tant de néant…

 

 

Du temps, des vœux, des désirs. Des voix dans l’ignorance creusée à même le passage – à même le parcours – qui serpente entre les âmes – entre les rêves – au milieu de l’intelligence et de l’espace.

Et l’infini si semblable à notre écho. Et cette liberté promise à la faim immodérée de soi – et de l’Autre – réunis – comme un ruisselet soucieux de sa source – et l’absence vouée à sa propre fin.

L’attention retrouvée entre deux notes – entre deux paroles – entre deux pensées.

Un peu de sable sur l’œuvre en cours. Le recueil du temps et du poème. L’humble livre des jours. Le plus simple à l’épreuve des visages et des saisons. Et ce grand silence à la place du monde…

 

 

Quelque chose – un instant – une hypothèse. Les remous d’une idée – d’un mirage peut-être – portés par le destin (éphémère toujours) d’une parole – de quelques syllabes tracées à la hâte comme l’on défriche un chemin au milieu des feuillages. Un cri craintif – une plainte contenue. Dans la parfaite ressemblance avec quelques hommes – avec quelques sages peut-être – d’autrefois où la vie se tissait sans drame des origines à la fin – avec des bruits de chaînes pendues aux souliers usés par tant de marche – par tant de pas. Et l’ombre minuscule et le souffle inspirant pour trouver quelque part la clé des secrets…

 

 

Un corps, une lisière, une langue. Comme les seuls instruments – nécessaires à la poursuite du voyage – à ces foulées, parfois si réticentes, sur l’herbe rouge – sur ce pauvre sol de la terre…

 

 

A l’épreuve d’un temps éprouvé – trop affirmatif dans la bouche de quelques âmes – en fuite comme toutes les autres – dans le refus du répit – le refus de la source qui enfanta l’ombre avec le grain – et les barreaux avec la condamnation à chercher sans fin ce qui circule avec le sang – de part en part – sur les chemins – de vie en vie – dans l’effroi – à la porte, toujours close, du mystère…

 

 

Et l’attente encore face aux heures – face aux rêves et aux miroirs. Quelque chose d’infime dans cette nuit indéchiffrable. Un peu de chair, un peu de sable, à peine l’apparence d’un visage. Quelques bruissements, un geste parfois, la caresse de l’inconnu dans l’ombre de cette parole si étrangère…

 

 

Le désir d’une confiance insubordonnée – affranchie des clameurs et des promesses. Comme une bouée – comme un phare – sur ces eaux sombres – sur ces eaux si éphémères…

 

 

Des grilles encore. Et derrière, l’énigme à résoudre. Le visage de l’effondrement. Le rire – et la pierre où s’élève l’angoisse. Les jeux et le temps fertile. La chair féconde, les briques, les murs et quelques rêves étranges. Avec au-delà – le bleu grandiose du ciel d’avant – immobile – sans limite – impérissable…

 

 

Une vitre, une bouche. Et la buée fragile entre le désir et l’horizon…

 

 

Et la mort comme la frontière qui sépare ceux qui rêvent de ceux qui ont rêvé. Les vivants – orgueilleux presque toujours – et les morts – plus humbles et moins naïfs dans leur sommeil…

 

 

Sans âge – sans chemin – à peine une ébauche de visage – un œil – une oreille – posés parmi les pierres. La chevelure défaite par les vents. Un regard sur les étreintes. Et la main, comme les fleurs, plongée dans le poème – cet art si précieux de vivre en déséquilibre entre ce qui est et ce qui vient. La vie en itinéraire – et la mort comme le ciment des adieux perpétuels à ce qui passe – et s’efface l’instant d’après…

 

*

 

Très touttrès rien. Et ce vague à l’âme. Et cette fragilité hors de propos…

 

 

Les soubresauts du vivre individuel à l’épreuve du monde, des émotions et des circonstances – qui résiste presque toujours – et, parfois, de façon si vive – à l’effacement…

 

 

Et ce si rien – ce presque rien – qui s’imagine (si souvent) être autre chose…

Toujours à geindre, à résister, à bâtir, à revendiquer – à enchaîner les rires, les larmes et les commentaires – sans cesse soumis aux exigences et aux gesticulations du vivre. A la prétention d’être un visage – d’être quelqu’un…

 

*

 

Chacun, en ce monde, prend et donne. Mais il est rare, au quotidien, que ces mouvements se fassent parfaitement et naturellement synchrones avec le (ou les) mouvement(s) (complémentaire(s) ou opposé(s)) d’une autre (ou de quelques autres) entité(s) individuelle(s). Comme si chacun prenait et donnait à son rythme propre – et en des espaces et des temps spécifiques – qui coïncident rarement à ceux des autres. D’où, peut-être, l’attrait et la magie des respirations communes et collectives – si recherchées par les hommes…

 

*

 

Confronté(s) toujours aux vieilles lunes de l’ignorance qui font office de lampe – de médiocre lumière – pour éclairer les pauvres rêves et les pauvres gestes des hommes – presque entièrement responsables de l’infortune du monde…

 

 

L’aveu d’un possible au bout d’un bras lourd de tous les présages anciens – totalement inutiles aujourd’hui…

 

*

 

Une peine – un appel – posés au cœur du silence. Et cet écho très haut – très loin – dans l’âme frémissante. Comme un chant au milieu du noir et des visages. Et, soudain, quelque chose chute dans la stupeur – comme une évidence. Et les mains délaissent (presque aussitôt) toutes les décevantes trouvailles engrangées dans les besaces pour laisser les yeux contempler la beauté du jour qui se lève dans les cœurs et les paysages. Comme un peu de répit dans le cours, si souvent mouvementé, du voyage…

 

 

Une blancheur au milieu de la nuit. Quelques silhouettes qui arpentent les collines. Un feu et un ennui derrière les volets clos des chambres communes. Et l’esprit libre – nomade – qui saute par-dessus les habitudes et le temps pour aller s’asseoir là où personne ne l’attend – au-dessus de l’abîme – sur quelques pierres qui font face aux falaises. Porté par cette main – si haute – qui le pousse à l’aventure, à la solitude et à l’errance – et, peut-être, vers ces retrouvailles tant espérées…

 

 

Délires et songes d’une âme à moitié nue qui se repose de ses mille tentatives d’envol – et de tous ces carnages accomplis dans le rire et l’indifférence. Blessée encore par la faim et le feu – et espérant toujours trouver un lieu plus propice à l’intelligence et à l’Amour. Rêveuse d’une ère de fin des temps où l’être saurait remplacer la souffrance et la certitude par l’étonnement et l’innocence – et où vivre aurait (enfin) le goût de l’enfance et du sourire…

 

 

Un vent brut – sauvage – dépouillé de toute ambition et de toute mémoire – affranchi du rêve et du désir – nu en quelque sorte – qui gifle le monde et les visages – et secoue les âmes – pour leur révéler ce qui se cache derrière le pire, les masques et les mensonges ; ce plus précieux – toujours – à notre portée…

 

 

Ciel, monde et mort. Et toutes ces naissances soumises à la marche et à la pesanteur. Et ce gris dans l’œil confiné à l’attente. Bouches frémissantes dans les rumeurs du temps et la légende des Dieux. Mains ouvertes à ce qui roule et s’avance – aux destins et aux âmes qui frissonnent dans la nuit – à cet étonnement dans l’haleine des hommes éclairés par le souffle, si faible, des étoiles. A quelques encablures seulement de ces profondeurs incertaines – de ce lieu si vague – si imprécis – où le monde, le ciel et la mort s’unissent en un seul visage qui nous est plus familier que le nôtre – si apparent et trompeur…

 

 

La boue, les cimes, l’immensité. Un monde, des abîmes. Et le silence où tout vacille – jusqu’à la peur – jusqu’à la souffrance – jusqu’à notre désir de délivrance…

 

 

Aux sources de l’attente – aux sources des élans – aux sources de tous les souffles créés par le monde – cette combinaison de matière et de ciel – demeure une arche haute – immense – indicible – aux portes de chaque visage. Dans l’âme des êtres et des choses. Au croisement de tous les chemins empruntés par tous les croyants et les indécis – par tous les sages et les imbéciles…

 

 

Une route – et mille chemins. Et ces chants pour atténuer l’attente – raviver l’espoir de rencontres nouvelles – agrémenter la routine et bouleverser les habitudes – et défier, peut-être, la certitude de nos vies plus ou moins errantes – plus ou moins ferventes – souffrantes au milieu des mirages et des promesses – impatientes de voir s’approcher un ciel tardif et lointain – et, sans doute, inéluctable…

 

*

 

La beauté – et la préciosité – du monde et des initiatives humaines – antagonistes si souvent – qui forgent, malgré elles, l’avenir de tous. Comme une immense chorégraphie où chaque danseur contribue à l’équilibre – fragile toujours – de l’ensemble en mouvement…

 

*

 

Jaillissements, grincements et effacements sur les graviers. Plongeons dans le noir des abîmes. Et, en attente, ces vies à cloche-pied sur ce qu’il reste de désir et de sang…

 

 

Une pierre, un arbre, un visage – et cet élan trop timide pour oser pénétrer le sol jusqu’aux racines où se terre l’origine du monde…

 

 

Nous-mêmes dans le progrès – maltraitants et maltraités avec les outils façonnés par nos propres mains – agissantes – et dociles aux injonctions du monde – soumises à son ambition – et à sa puissance incontrôlable. Esclaves, en somme, d’une inévitable atrocité…

 

 

Nous travaillons – la tête baissée – dans l’habitude d’un même désir – inchangé – et indétrônable sans doute ; celui que l’on espère voir se réaliser – les mains plongées dans le labeur – et qui, pourtant, ne s’accomplira ni par l’effort, ni par la volonté…

 

 

A mi-parcours toujours entre ce qui vient et ce qui a été abandonné – sans même jouir de l’instant qui s’achève…

 

 

Dérives altières – caresses perdues. Et cet Amour amputé par le désir – encerclé par nos bras trop proches du reflet des étoiles – pour briller sur la terre…

 

 

A quand la beauté et la lumière… A quand la fin du mystère – et le silence dans la continuité des élans…

 

 

Un dedans orageux – un chemin incertain – et des vies multiples – autant que nos visages. Pris par le rythme fou des tambours percutés par les mains – par les pieds – qui cherchent une issue ordinaire. Et immobiles plus que tout dans la vérité changeante – insaisissable – crucifiée au milieu des fronts – entre les tempes – partout où les rêves demeurent vivaces…

 

 

Terre, pluie, prières. Et le même chant dédié aux Dieux et aux étoiles pour susciter la certitude et l’abondance…

 

 

Partout, la prétention – et la perpétuation, si tenace, des mensonges. Le regain des jours et du désir. La parole affranchie de toute volonté – de toute expertise. Et ce dédain à l’égard de l’Amour, de l’histoire et de la mort. La vie, les choses et le monde sans cesse réinventés…

 

 

Merveilles en lambeaux – espoir réaffermi dans son illusion. Perte encore. Chemin et effacement toujours. La marche et les croyances tenaces. Et un rire immense – presque saugrenu – derrière les miroirs et les reflets. Et la vérité – éclatante – au-dedans d’un monde malade – voué à l’habitude et aux répétitions – inguérissable sans doute…

 

 

Un espace, un cri, une vérité peut-être – inaudible depuis ces rives trop bruyantes…

 

 

Un baiser – une caresse – offerts à la somnolence. Un silence – l’éternité – invisibles dans ces milliards de gestes trop adorateurs du monde…

 

 

Absence et froid au cœur des foyers. Illusion et danses autour d’un feu qui, peut-être, abrite la vérité. Cercles concentriques au noyau inaccessible. Doutes, peurs et chemins jusqu’au seuil où s’élève le plus déroutant. La magie des pierres et les reflets du temps. Une pause et un poème – un peu de répit pour l’immonde – l’atroce – qui arpente nos profondeurs – et invite nos mains (consentantes) à arracher les viscères pour les porter à la bouche des victimes et des bourreaux. Le voyage et la mort en signes – et en évidence – récurrents comme les siècles dans lesquels s’attardent (trop longuement) les hommes…

 

 

Quelque chose – comme une légèreté – se tient dans notre obstination. Un regard – toujours entre deux âges – entre le rire et la maladresse. Une peau, peut-être, que l’on porterait à l’envers de notre misère – à l’envers de notre destin…

 

 

Abandonné par les arbres, les visages et le silence – quelque chose – une relique sans doute – s’offre à la solitude ; l’eau acrobate et l’urne des secrets peut-être…

 

 

Le visage prosterné qui, autrefois, rêvait d’apprivoiser tous les soleils cachés au fond du sommeil – cette forme de réel atrophié – amputé par l’attente et le désir…

Accroupi, à présent, pour recevoir l’obole – la paix promise – le cœur de toutes les époques – la clé de tous les déguisements – ce que nous cherchions vainement dans les eaux troubles du monde…

Un mélange de grâce et d’incertitude. Comme un manteau de joie et de silence par-dessus nos guenilles…

 

 

L’allégresse de la solitude affranchie des blessures et de l’exil. Comme un chemin – un écart peut-être – entre le rêve et l’angoisse…

La distance nécessaire avec l’ombre pour offrir à l’espace le peu qu’il nous reste – le peu qui a survécu aux grands chamboulements de la traversée. La soustraction de tous les possibles pour célébrer le réel – et lui restituer sa place – son envergure – et sa fonction au sein d’un monde que seuls les rêves et les mythes inspirent…

 

 

Impassible – immense – le regard sur les joutes, les jeux et les confidences. Sensible, pourtant, à l’impudeur des témoignages, aux épreuves et à l’ampleur de l’expérience. Acquiesçant à tous les rires et à toutes les sueurs. Et heureux de se voir, parfois, invité à la dernière heure…

 

 

L’incessant recommencement de toute chose – livrée aux menaces, aux périls, aux épreuves – hantée par ses rêves et sa (propre) fin. Idolâtre, malgré elle, d’une aube mystérieuse – inconnue – flottante, peut-être, au milieu du monde et des pas – sur tous les visages – et dans le sable même sur lequel tout se bâtit…

 

 

Dans l’ombre d’un rien – silencieusement – tout s’écoule…

 

 

Et ces hommes qui, comme les poètes, cherchent leur destin dans le silence de l’âme et des pages. Titubant – ivres du même sommeil – ivres du même soleil. Epuisés par les rêves et les rumeurs d’un monde trop prévisible. Marchant inlassablement vers ce lieu – vers cet ailleurs – en eux-mêmes. Défiant le temps, les mirages et l’illusion – entre délires parfois et insomnie. Obsédés par la même quête – fascinés par la même lumière – cheminant vers l’abandon et l’effacement – pour découvrir, un jour peut-être, la beauté de l’éphémère – et la grâce de l’éternité – dissimulé(e)s au cœur de l’innocence…

 

 

L’humilité et l’innocence aujourd’hui. Et demain qu’adviendra-t-il ? Aurons-nous la sagesse de nous effacer plus encore…

 

 

Souffle, vécu, expérience. Le même rêve qui – lentement – nous emporte vers la mort…

 

 

Une larme, parfois encore, coule sur notre joue – et se glisse entre les lignes pour dire la beauté de tout apprivoisement – et la beauté de toute liberté – réunis, après mille danses, en un seul mot – en un seul silence…

 

*

 

La parole et l’esprit trop doux – et trop fiers – ne peuvent dire l’orage des vies – ni résoudre le mystère. Pas davantage qu’ils ne peuvent révéler le secret qui se cache au fond de chaque goutte de pluie…

 

*

 

Dans la houle permanente du renouveau, du prolongement et de la finitude. Le couperet, bien en évidence, au-dessus des têtes. Voués à la vague autant qu’à la grève. L’écume, l’horizon et l’océan comme seuls appuis – et seuls refuges. Et le silence où viennent mourir tous les cris et les échos…

La goutte et l’infini, en somme, réunis pour le même voyage…

 

 

Ailes, caresses, arrachements. Livrés au sang et à la faim – à ce qui respire autant qu’à ce qui s’élève au-dessus du monde – au-delà des étoiles et des horizons – parmi les reflets si changeants des siècles. Comme des destins d’occasion – recyclés mille fois déjà – qui serpentent entre les rives et les rêves pour parfaire les gestes et parvenir au bout de chaque traversée…

 

 

Epaules et têtes nues – chair décharnée – criblées de flèches et de souvenirs – au ras d’un sol déjà mille fois parcouru – à l’itinéraire invalidé par mille exploits et mille dérisions. Inaptes au franchissement des siècles et du temps. Sacrifiés, en somme, sur l’autel des vivants…

 

*

 

A quoi rêvent les fleurs ? Et à quels désirs se soumettent les pierres ? A-t-on déjà vu l’Amour transcender les hommes – et la haine semer l’innocence sur les chemins ? Serions-nous donc coincés entre l’illusion et la raison pour ignorer ces questions – et ne pouvoir y répondre…

 

*

 

La vie évoque les saisons et la multitude. Et la solitude, la mort et le désert. Et, pourtant, les hommes et les fleurs se glissent partout – dans toutes les danses du monde – et sous tous les soleils de la terre…

 

 

Mille mains – mille gestes – mille bouches – mille mots. Et un seul visage – un seul regard pour tout contempler…

 

 

Tout brûle – et s’évapore – en ce monde. Les souffles et les rumeurs – les jeux et les supplices – le sable et les horizons – les existences et les légendes – et jusqu’à la promesse de tous les Dieux…

 

 

Un puits où jeter les rêves, les offrandes et les ancêtres. Un trou où enterrer les vivants, les souvenirs et quelques cris encore tenaces. Un fil sur lequel danser pour échapper à la mort assise de tous les côtés – et s’avancer, l’âme innocente, dans la gueule du monde – dans la gueule des siècles – dans la gueule du temps – dévoués enfin (presque tout entiers) à la vocation de l’homme…

 

 

Loin – asphyxiée – cette obole d’autrefois – offerte par des mains tremblantes – trop suppliantes, peut-être, pour s’affranchir de la peur et des promesses lancées par un Dieu inventé par les hommes…

A présent, nous demeurons silencieux – mains jointes, parfois, devant la grâce et la rudesse. Nuit tournée dans tous les sens, puis inversée – et qui laissa, un jour, jaillir la lumière. La passion rongée, peu à peu, par l’errance. La faim convertie en solitude. Le monde défait comme un continent inutile. Acquiesçant à toutes les tournures et à toutes les chutes. Seul et vivant dans le presque mourir, dans l’incertitude et le plus sacré du vivre. Au bout d’un chemin peut-être – au croisement de la fleur et du poème – entre quelques flammes et quelques blessures anciennes – dans le vertige et la célébration de ce qui respire. Né peut-être enfin à nous-même…

 

 

Choses vues à travers l’alphabet – et quelques expériences aussi rebutantes que déroutantes. Des visages et des défilés. La profusion de la chair dans l’intimité du secret. La confusion et l’arrogance. La bêtise, les ombres et la guerre – prétextes à tous les acharnements. Le monde et les chemins. La vie qui va, la vie qui vient. Des fenêtres ouvertes sur la mort. Et le désir de l’au-delà dans tous les recoins de l’âme. La visite des Dieux. Mille livres et mille poèmes. Le ciel sans voix devant l’ignorance. Et l’infime sans éclat devant l’infini et le silence. Ce qui arrive – ce qui passe – et ce qui s’efface. La poursuite des jours, la nuit et la lumière. Et cette peur si animale – et cet espoir si humain. Les os que l’on enterre et qu’on laisse pourrir dans tous les charniers. Des caresses, des symboles et des mensonges. Bref, tout l’attirail des hommes face à l’angoisse et à l’indéchiffrable…

 

 

Dans ce pays de silence où tout s’accueille…

Et cette voix truculente qui cherche sa sente dans l’économie du langage…

 

*

 

Ce fut la lutte – puis l’exacte place des bras. Ce fut la langue – mille mots de braise – mille mots d’éclat – puis le silence. Ce fut l’enfance – longue – interminable – puis la sagesse de tout quitter. Ce fut la bête avant de devenir l’homme…

Ce fut le vent – et ce fut la faim – puis, au bout du siècle, la fouille et le chagrin. Ce fut la marche – la fuite – puis l’assise, toujours incertaine, sur le bleu si imprévisible du ciel. Ce fut la vie (notre vie) – puis la fin du souffle. Ce fut notre voyage vers l’infini…

Bien peu de chose(s), en somme…

 

*

 

Que connaissons-nous du monde ? Que connaissons-nous des foules ? Et que connaissons-nous du désir et de l’importance d’être un homme ?

 

 

Quelques confidences en guise d’aveu. Quelques mots – quelques lignes peut-être – sans réelle envergure. Le témoignage d’un emploi – et d’une place – peut-être sans équivalent. L’honnêteté et la franchise d’une fouille et d’un chemin – confrontés aux petits aléas de l’existence. Ni plus ni moins la vie de n’importe quel homme…

 

 

Le simple – le plus simple – à la lisière du dicible – présent, en nous, comme le seul désir – comme la seule promesse – sans autre raison que d’être là – existant au fond de la complexité et des complications – apparentes…

 

 

Enfant, nous étions là déjà – la bouche hébétée et le cœur chagrin – chaviré par tant de danses. Assis dans cette torpeur – et cette incompréhension du monde et du voyage. Inconsolable à jamais – sans doute…

 

 

L’usure du monde et l’utile des choses. Tant de nécessités façonnent la terre, les hommes et les siècles. A parts égales, peut-être, avec le mystère…

 

 

Un peu de brume sur l’écume. L’aveuglement sur le presque rien des vies – dans le presque rien des têtes – plongées au milieu du feu et de l’océan – où le vent n’est qu’un rêve pour rejoindre l’autre versant du monde – l’autre versant du temps…

 

 

Quelques feuilles – quelques poèmes – posés là sur les pierres – insensibles au langage – destiné(e)s aux édifices de l’homme…

Des chantiers partout sur la terre – comme un jeu – le simulacre d’une grandeur – le symbole d’un peuple érigeant sa gloire et sa légende. L’envahissement et la colonisation portés par les rêves – et l’ambition de l’or. Le mythe de la liberté. L’œuvre de la déraison et de milliards de fantômes trop fertiles – et trop peu sages – pour savoir associer l’être, l’existence et le devenir. Le prolongement du labeur des anciens. La continuité de l’histoire. Quelques chimères pour défier la mort. La construction des ruines prochaines – et l’émergence, bientôt, d’une nouvelle apocalypse – dans le cycle sans fin des recombinaisons…

 

 

Des chemins, des larmes, des abandons. Les hauts lieux du rêve et de la misère. Et quelques têtes dressées au-dessus des mirages pour contempler le désastre et révéler l’inutilité des luttes et des résistances – passives, en somme, au milieu des combats – comme figées par la puissance et la vanité de tous les élans…

 

 

Profil bas devant les pentes où roulent les pierres, les crânes et la folie – le sang, les ombres et les poèmes. Muet face au labeur des hommes et des astres où le hasard a, peu à peu, été refoulé. Désengagé de l’œuvre en cours, tête et mains, pourtant posées entre les enclumes et les marteaux. L’âme rétive et l’esprit forcé à l’acquiescement. Ici – et, sans doute, déjà ailleurs – en surplomb du monde qui, depuis toujours, tourne en rond…

 

 

Errances – partout – et tentatives. Sous l’emprise des rêves et des désirs. Au fond d’un sommeil. Au fond d’un trou. Sur une corde où dansent mille silhouettes et mille fantômes. Sous les étoiles – immergés – dans le règne des créances et des dettes – avec l’abondance et le progrès que l’on agite sous le nez des peuples à peine sortis des cavernes – à peine sortis de l’enfance – dont les bras bêchent encore la terre et dont les yeux, parfois, se penchent sur quelques livres mais dont les pieds avancent toujours avec maladresse sur tous les chemins de l’infortune

Et, pourtant, comme chacun, nous vivons et agissons – happés par les inéluctables nécessités du vivre. Et, comme tous les autres, nous participons à la marche inexorable du monde – dans la croyance, parfois, d’une vague utilité – et sans même pouvoir échapper à quelques illusions et à un peu d’arrogance et de vanité. Fidèle, en somme, à la condition de l’homme – et loyal envers ce qui, dans notre vie, œuvre à notre insu…

 

 

Incapable de vivre sans livre, sans arbre, sans poésie – sans chien(s), sans écrire ni marcher quotidiennement dans les collines. Incapable de vivre sans le sacre journalier (presque permanent) de l’ordinaire. Et incapable, bien sûr, de vivre au milieu du monde, des hommes et du plus commun…

 

 

Un cœur – une sensibilité pure – en résonance avec tout ce qui bouge et respire – et crucifié(e) encore si souvent…

 

 

Pourrissant déjà, tout élan – vers l’or – vers le mystère – essoufflé avant d’atteindre sa destination. Il faudrait renoncer au but – et s’appliquer davantage à fouiller le pas – chacun des pas – qui abrite ce que nous cherchons ; le silence, la paix et la joie – hors du monde – hors du temps…

 

 

Hymne à l’errance, à l’ardeur, aux cibles et aux flèches – aux mensonges – aux chiens fous de l’ignorance – bave aux lèvres et babines retroussées – prêts à mordre pour protéger quelques chimères. Hymne aux mains plongées dans les gueules – dans le feu – parées aux attaques. Et à tous ces yeux qui répandent la haine. Et à l’apesanteur (si souveraine) de l’immobilité qui règne au-dessus des atrocités – et au-dedans de chacune d’elle (pour celui qui sait voir)…

 

 

Des hauts, des bas et des travers. Et ces horloges dans les têtes qui précipitent le temps. Les circuits et les parcours – tous les cycles, tantôt longs, tantôt courts. La faim – toutes les faims – qui traversent les jours et enjambent les rivières gorgées toujours de pluie, de sang et de larmes. La marche des mondes – la démarche des fous. Et ce poids insensé sur les épaules. Le sommeil, les croix et la vérité. Dieu, les hommes et les arbres. Les bêtes – tout le bétail – les peuples – tous ces troupeaux que l’on mène vers la mort…

 

 

Enchevêtrées de rêves et d’éclats, ces âmes frondeuses qui parcourent la terre en prêtant le flanc à tous les combats – et qui dressent la tête dans toutes les épreuves – cherchant le pain, la lune et la paix sur tous les chemins – et au cœur déjà mille fois brisé par l’horizon…

 

 

Un souffle encore – et mille choses à goûter, à défendre, à répandre pour se donner l’illusion d’exister…

Ce qui bouge – serpente et gesticule – au milieu des eaux…

 

 

Un goût d’ailleurs – un précipice. Le temps, en nous, célébré comme l’or du monde. Le sommeil, la blancheur des âmes et la mort ; ce que nous révélera, plus tard, la vérité – entre rires et sanglots…

 

 

Marche encore – vertige entre l’écume et la braise – poussés par le vent, le désir et le rêve. Inconscients des ombres à nos côtés. Offrant un peu de folie à l’habitude – à la routine. Ligotés à tous les possibles et à toutes les infortunes. Encore vivants – à genoux – debout parfois – entre ces murs – en ce lieu où nous ne sommes personne…

 

 

Un jeu, un songe. Et entre les lignes, un instant de clarté. Et un rire pour ne pas trop désespérer du déséquilibre – et de la chute prochaine – inévitables…

 

 

On peut tout redouter sans voir, en nous, le seul péril. On peut chanter à s’en arracher la gorge sans découvrir – partout – la justesse du silence – et l’exactitude de la faim promise à l’assouvissement. La clé perdue au milieu des épines, de la fièvre et des disgrâces – et la mort de tous ceux qui auront essayé…

 

 

Le sommeil, la terre et la faiblesse des cris. L’ardeur des poings fermés, l’écrasement de la terre et la révolte vaine des peuples soumis. Un ciel, des souffrances. Et le témoin – sans charge – des morts et des survivants qui peinent depuis toujours sous la pluie – au milieu des chants – dans la douleur d’exister…

 

 

Devenir simple regard – simple présence – parmi les herbes et les civilisations grandissantes et déclinantes – la source de tous les courants où glissent le monde et les pas. Le silence qui accueille les cris et les chants. L’origine – et le plus humble sur lequel pousse l’abondance. Quelque chose comme une joie – pour vivre au milieu de la tristesse et des vivants…

 

03 juillet 2018

Carnet n°153 Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Quelques masques – un peu de nuit – sur le visage – et sur beaucoup d’autres serrés dans le retrait – le long des routes. Seuls avec leurs mensonges. Le froid recroquevillé au fond de la gorge – sous les aisselles. Le prix de la fatigue. Le désir d’un autre jour – et l’espérance d’une autre couleur. Et la vérité enfermée au milieu des têtes – au milieu des rêves – portée comme une chimère…

Rien de nouveau. Le vent, la pluie, le soleil. Le froid et la solitude des âmes. Et ces visages – entre chair et cœur – enfoncés dans la nuit. Le temps qui s’écoule comme l’eau des rivières sur ces rives endormies. Les hommes, les bêtes et la terre serrés – ensemble – si indissociables dans l’infortune grandissante du monde. Et cette présence parmi eux – parmi nous – comme une main secourable et bienfaitrice tendue vers la tristesse – et toutes les existences tremblantes et apeurées…

 

 

Quelque chose se penche – et résiste à la multitude, aux haleines désespérées et au froid qui se glisse entre les murs. Quelque chose s’approche – et circule – qui a la valeur de l’intime et la voix plus chaude que celle de nos invectives. Quelque chose tremble – et s’agite – face aux déconvenues.

Et au cœur de notre vie – un monde – un regard sans doute – finit toujours par s’accrocher à nos grands yeux tristes – la vision d’une autre terre – d’un Dieu – à l’innocence éprouvée – un monstre terrifiant et pacifique venu, peut-être, engloutir nos rêves…

 

 

Nous avons l’impudence de ronronner dans le silence – offerts tout entiers au sommeil et à l’abondance. Fidèles aux murs, à la lune et aux étoiles – à cette tradition millénaire du rêve alors que le jour tend, depuis toujours, la main à notre tristesse…

 

 

Et, soudain, cette envie d’hiver sous la cendre comme la promesse d’un silence – d’une enfance – d’un peu de neige sur les restes de ce feu qui a tout consumé – le monde – la vie – et jusqu’à notre présence, si incertaine, parmi les vivants – parmi les morts et ceux qui espèrent encore…

 

 

Des guerres et des orages traversés, nous ne revenons jamais indemnes. Mille jours et toute l’histoire du monde dans un poème. Et plus loin – et partout – jusqu’entre nos lignes peut-être – le sang et le silence retrouvé. Ce goût de vivre – et cette joie – au milieu de l’ombre et de la chair…

 

 

Debout – près de la source – parmi ces rêves – à regarder l’eau des rivières et la boue des flaques converger vers le même avenir…

 

 

Quelque part, en nous, résonnent ces jours de fête d’autrefois où les voix et le silence régnaient en maîtres sur les figures. Où les bruits et les pages soulignaient la même énigme. Où la mémoire était l’enfance du feu – les prémices de l’élan nécessaire pour vaincre le doute et la peur. L’arrière-pays du plus simple caché au fond de nos visages épouvantés…

 

 

Mort – et ces ruines abandonnées au fond de la chambre. Délaissées sur le froid des pierres noires – polies par la pluie et le temps. Et, en nous, sur un seuil mille fois franchi, la couronne de l’Amour – la couronne de l’innocence – enchevêtrée au plus clair silence. Le goût de l’Autre peut-être – porté par une main levée au milieu de notre chant – et ce qu’il faut d’astreinte et de désir pour voir l’obscurité disparaître…

 

 

Terres noires dans ces restes de lumière. Et l’ébauche d’un trait – d’une parole peut-être – pour revendiquer l’Amour et la justesse des larmes dans ce monde si hivernal où les têtes s’affaissent dans la poussière et la boue au lieu de se redresser vers le seul pays natal

 

 

Brûlant seuls – toujours – au milieu de l’effroi – parmi ces chants inaudibles – immortels – que seules les âmes innocentes peuvent libérer. Libres sur ces sentiers délaissés. Silencieux au milieu des visages effrayés par tant d’exil – le poème et le poète anonymes…

 

 

Une berge, des fantômes, quelques pas. Et ces chemins méprisés par les foules en quête d’un autre jour – d’un peu de lumière dans l’abîme. Le visage de l’absence. Nous-mêmes, peut-être, depuis toujours…

 

*

 

Ce que la vie et le monde – à travers les circonstances, les rencontres et les visages – nous font (vainement) gagner en connivences fragiles et en fausses certitudes, nous le perdons – presque aussitôt – en solitude et en sensibilité. Comme si le sentiment de confort et de sécurité (illusoire, bien sûr) entamait systématiquement notre capacité à vivre en conscience vivante – ouverte sur l’incertain – et réceptive au merveilleux et à l’atrocité de ce qui s’avance vers nous…

 

*

 

Vers quelles terres s’enfuient les conquêtes du jour ? Serait-ce dans l’imaginaire et la folie que s’éloigne ce qui se tient, tremblant, entre nos mains ?

 

 

Le monde, la folie et le poème. Tout végète – et se meurt – sous l’égide des maîtres. Mieux vaut le cri et la révolte – et plus encore le silence – que la soumission et les ruines des siècles…

 

 

Des larmes encore sur les bûchers fumants. Et ce rire comme une halte à peine visible entre la souffrance et la mort. Une joie dans les restes de ce qui respire…

 

 

Quelques masques – un peu de nuit – sur le visage – et sur beaucoup d’autres serrés dans le retrait – le long des routes. Seuls avec leurs mensonges. Le froid recroquevillé au fond de la gorge – sous les aisselles. Le prix de la fatigue. Le désir d’un autre jour – et l’espérance d’une autre couleur. Et la vérité enfermée au milieu des têtes – au milieu des rêves – portée comme une chimère…

 

 

Un langage nouveau comme une terre à déchiffrer – offre aux yeux des visages inconnus – des paysages insoupçonnés – le poids d’une autre mesure – et la perspective des Dieux éclairée peut-être…

 

 

Le sol, les danses et la mort. Et cette grimace – comme un sourire – comme une trace, à peine visible, au fond de l’humilité. La présence des Dieux sur la blancheur et la nuit éventrée. Quelque chose à la saveur incertaine – au visage méconnu – au-dedans de ce qui est né – au-dedans de ce qui gesticule sur la terre et agonise sur les chemins – et que jamais le hasard ne pourra délivrer…

 

 

Un monde de roche, de vigueur et de lacune où le combat et l’ignorance sont devenus les aires du sacrifice. Avec le chant et le sang qui montent du ventre du monde à travers mille siècles sans surprise. La mission première, sans doute, de la terre féconde. L’honneur et l’absence de l’homme. Et l’âme de l’ombre – promise au jour – qui s’enfonce lentement dans les ténèbres…

 

 

Quel sera le cri – la parole peut-être – de ce jour nouveau au souffle si ardent ? Et que nous dira-t-il du naufrage et des survivants – et de cette vie morte avec la fin du temps ?

 

 

Trébuchements et déroutes sous l’attention d’un seul regard. Le rouge et le noir – l’âme et le sang – écoutés d’une même oreille pour immobiliser le voyage – défaire le secret qui se tient dans les veines – et révéler la réponse à tous les mystères…

 

 

Une saison – un parfum – une couleur – lissés à l’automne sur la même feuille. Puis, la descente progressive vers le sol. Et l’hiver bientôt – magnifié par la neige. La peau neuve d’un temps fatigué.

Effacé(s) par le mystère – emporté(s) par l’innocence nouvelle. Et la guérison de l’âme avec le froid survenu dans cet immense désert…

 

 

Extases et fureurs sous la même lumière. Esclaves d’un bonheur né de victoires passagères. Choses vues et entendues – à peine comprises sans doute. Danses rayonnantes – et bientôt épuisées – au milieu des pierres et des visages où se mêlent la mort et ce reste de superbe porté par nos yeux si flamboyants au cœur de la misère…

 

 

Soupirs immortels au milieu de l’Amour. Règne de l’attention et du partage dans cette ivresse à ne rien dire – à laisser les âmes s’épuiser – et se guérir – dans la proximité de quelques poèmes lancés comme des mains dans la nuit – comme un secours dans la détresse – le seul recours, peut-être, pour l’esprit des hommes endormis…

 

 

Un destin vertigineux – des mains tristes – et, au fond de l’âme, ce soleil exsangue – moribond – exténué par trop d’assauts et de sang versé…

Un néant – et quelques doutes aussi noirs que les règnes d’antan – que le sacre des siècles barbares. La misère du regard si familier des discordances – et de cette différence affichée comme un étendard. L’infime à bout de souffle devant l’absurde envergure du monde – face à la souveraineté de la déraison – presque joyeux – et agenouillé – en ce lieu où semble renaître la possibilité de l’Absolu…

 

 

La nudité du regard et du silence – la nudité des visages et des yeux plongés au-dedans du monde. L’approfondissement d’un secret au milieu des fronts trop douloureux pour révéler ce que l’âme dissimule depuis la nuit des temps…

La blancheur des lignes, le mouvement des astres et l’éphémère des corps – puisés dans l’infini…

 

 

Un pilier – mille piliers – un palier – mille paliers – pour l’homme indécent dénué d’esprit et de grâce qui s’échine à toutes les ascensions – si peu soucieux de la découverte de l’âme dans le monde – et du monde dans l’âme – et si insensible à cette beauté obstinée qui se cache derrière le désespoir de chaque visage – et l’ampleur de notre fascination pour le jour suivant…

 

 

Une déchirure, un poème. Et mille jours de silence pour effacer la douleur – les traumatismes d’une vie insecourable…

 

 

L’oubli, la mort et le froid. Et tant d’années passées à s’éloigner de l’inexorable…

 

 

Lointain le vertige d’autrefois où la complainte et la complaisance s’exerçaient sans risque – dans la certitude d’un avenir – la promesse d’une caresse…

A présent, la voix est muette – et la main sincère dans son geste – juste pour tout dire – dans la proximité d’une nuit et d’une terreur qui n’effrayent plus…

 

 

On survit simplement – au ras des jours – au ras des choses – terrés comme des bêtes dans le noir et l’incertitude – souriant bêtement devant des visages sans importance. Heureux des rêves inventés par le monde pour nous soumettre à l’épreuve – avec pourtant, au fond de l’âme, l’espérance d’une défaite. Adulte, en somme – si atrocement adulte et résigné – dans cette intimité de la misère…

 

 

Parmi nous, la mort ressuscitée à chaque instant du jour dans le corps et dans l’âme – et sur le visage de tous les survivants en sursis…

 

 

Une lampe gît quelque part en nous – éclaire un peu cet archipel où sont entassés les vivants. L’homme, les plaines et les montagnes. Et quelques bêtes et plantes en partage – sacrifiées. Avec autour des spectacles – des spectacles permanents – l’eau, le vent et l’incertitude. Et au cœur de la terre, la clé de tous les voyages – et celle de tous les séjours sédentaires – pour apprivoiser la douleur et les visages – la solitude, la promiscuité et la mort…

 

 

Le commerce des vivants – un péril pour le monde – un peu de gloire pour les hommes (quelques hommes) – et la grande misère pour tous les autres…

 

 

Un vide si radical au milieu de l’inhospitalité. L’écoulement fade – morose – des jours qui s’enchaînent sans fin. Le défaut du regard posé sur le plus simple des choses – le plus simple du monde. Puis, un jour, la solitude qui détrône l’orgueil des poses. La vérité qui brûle le simulacre. Et le silence qui emplit la part manquante – cet abîme et ce doute où nous nous tenions atterrés…

 

 

Paroles chantantes – bruissantes d’un autre jour – pénétrantes peut-être – dans le vide et le silence. Avec l’étrangeté de ce langage né d’un ailleurs rehaussé en soi – et célébré comme le seul ciel – le seul horizon possible dans la décadence des siècles…

 

 

Oiseaux d’une aube ensemencée par le jour et nos mains laborieuses. Graines lancées dans le tintamarre des plaintes et les voix fortes – immatérielles – des vents. Et en suspens, notre âme – entre l’Amour – cet Amour tant espéré – et le monde – ce monde de mirages et de convoitises. Rassemblant l’œil et la course – la furie et les délices – l’immobilité et la danse – la sauvagerie des gestes et l’infini. Mariages – fusions – et réunifications des contraires. Effacement des effusions et des arrogances pour une humilité portée (vaillamment) par le silence – et la certitude du jour au milieu de la nuit et des errances…

 

 

La continuité d’un destin et des malheurs affranchis de l’espérance. La vie d’un homme et cet écoulement inexorable vers le plus simple. L’épopée d’un monde – de mille mondes – d’un visage – de mille visages – voués à la lumière et à la perte. Au franchissement du plus haut seuil : l’effacement.

L’aurore d’une parole dont le silence est aussi essentiel que l’écoute et les gestes – et les vocations peut-être – qu’elle fait naître…

 

*

 

Le regard de l’Autre* invite presque systématiquement au masque – masque qui offre, le plus souvent, un aspect lisse, agréable et harmonieux – attractif pour tout dire – comme un air de bonheur tranquille qui donne le sentiment d’une existence sereine et sage – imperturbable. Bref l’image d’une présence au monde épanouie et équilibrée – enviable et exemplaire – parfaite en quelque sorte…

* sa présence ou sa fréquentation…

Mais comme l’on se fourvoie, bien sûr, devant ce voile trompeur. Sous l’apparence et le vernis, on trouve partout la même figure – celle de l’homme assoupi, empli de rêves et de désirs – dévasté par l’ignorance, la solitude et la frustration – englué dans la paresse et la couardise – perdu et malheureux – seul et misérable en somme…

 

 

Le monde s’empare de ce dont il a besoin. Et il se sert ainsi chez chacun. Quant au reste, il nous laisse nous débattre avec ce qui, en général, nous échappe. Et nous travaillons ainsi sans répit, notre vie durant, à prendre et à donner mille choses qui n’appartiennent à personne

 

*

 

La poésie est un état d’ouverture et de rencontre avec le silence et l’incertain – avec le plus vil et le plus merveilleux que nous portons comme le monde – comme chacun…

 

*

 

Rien de nouveau. Le vent, la pluie, le soleil. Le froid et la solitude des âmes. Et ces visages – entre chair et cœur – enfoncés dans la nuit. Le temps qui s’écoule comme l’eau des rivières sur ces rives endormies. Les hommes, les bêtes et la terre serrés – ensemble – si indissociables dans l’infortune grandissante du monde. Et cette présence parmi eux – parmi nous – comme une main secourable et bienfaitrice tendue vers la tristesse – et toutes les existences tremblantes et apeurées…

 

 

Rien qu’un cœur – une âme peut-être – pour échapper aux bruits et à la brume du monde. A ce vacarme – à cette pagaille – comme quelques flammes – un feu allumé – à la périphérie de cet immense cercle de glace…

 

 

Un grain dans l’espace. Et quelques paroles brûlantes – rouges – incandescentes – au milieu du silence. Lancées sur les terrasses du monde – dévasté par l’ambition et la gloire de quelques fronts – insensibles à la folle ressemblance des âmes…

 

 

Le langage comme le jour d’après le jour. Un silence à même l’écho d’une parole. Nuit et feuillage au milieu des dissemblances. Pages et édifices bâtis sur les paumes de la désespérance. Un peu de vent pour faire éclore les graines depuis trop longtemps abandonnées au fond des esprits paralysés par la peur et la paresse…

 

 

Feu défait – serrures déverrouillées. Injustice et temps enjambés d’un seul saut. Intérêts nuls. Comme une perte infime – négligeable – dans l’immensité des siècles – d’une seule époque peut-être. Ciel et oiseaux de passage. Foulées lentes entre quelques arbres millénaires. Mille bouches, mille bêtes, mille glaives. Et l’innocence toujours invaincue…

 

 

Debout – haut dans la douleur – ce regard où convergent le langage et l’infini – le poète, les bêtes et les hommes. Le soleil et l’abandon. Toutes les respirations du monde…

 

 

Au fond du jour – distrait par la mort des choses et la fuite du temps – cette fragilité qui émerge à l’issue de tous les combats – ce visage si beau sur la peau des vivants à l’âme féroce – reclus dans leur désenchantement. Le goût d’une ère nouvelle dans le voisinage des pierres, des rires et des étoiles après tant d’années à livrer le pire aux anonymes – la bouche tordue – et l’esprit si vague – comme endormi…

Loin, à présent, de ces traditions pesantes – rigides – si promptes à égorger au nom d’un Dieu – d’une vérité mensongère. Et, entre nous, ce visage apaisé – comme le signe d’un rêve ancien accompli – la mission de l’homme peut-être…

 

 

Des batailles, des tombes. Quelques fleurs – et quelques larmes – pour honorer les morts. La jeunesse d’une nuit galvanisée par la promesse d’un honneur et la récolte d’un gain – d’une trêve, peut-être, dans cette lutte sans fin…

 

 

Les choses – comme les visages – voyagent. Dérivent de port en port. Se perdent – découvrent des îles – découvrent des cages – et finissent par s’égarer dans leur quête de plus paisibles rivages…

 

 

La joie et la tristesse invitent à la même racine ; celle d’une douceur à découvrir – d’un silence entre l’ombre et le souffle – l’envergure d’une dynastie sans roi ni bataille – sans refus ni rejet – dont nous sommes (tous), bien sûr, les sujets pacifiques et sans arme…

 

 

Au plus près de la mort – cette perte – cette évasion – qui offre aux limites et aux frontières une autre couleur – et aux adieux un autre nom. Au bord d’une espérance que jamais les larmes ne pourront ternir. Le parfum d’un autre désert – moins sauvage – et plus printanier sans doute – avec des jardins comme des murmures pour dire aux hommes les merveilles du monde, de l’inintelligible et du langage. La vie et les vivants célébrés comme le signe – la trace et la promesse – d’un seul Amour – à partager avec l’innocence et ce qu’il nous reste d’ardeur…

 

 

Terre, visages, enfance – recueillis par les lèvres d’un Amour plus grand. Le monde morcelé au creux de la main. L’esquisse d’un sourire. Et à la fenêtre, la lumière feutrée – discrète – du jour – la naissance d’une aube plus innocente…

 

 

Précieux l’intervalle, au quotidien, entre le regard et le souffle des nécessités. Entre le silence et l’élan. La source de chaque geste – de chaque pas – sur les chemins et le petit carré blanc de la page…

 

 

Le chant imparfait des départs – et des retours – inapte à égayer ce qui vit – ce qui survit sans doute à peine – à l’absence – au fond de l’âme…

 

 

Herbe, sang, pensées. Et ce grand suaire étendu sur les corps et les âmes dans ce monde de roulis et de chaos – enfantés par les caprices d’une terre élémentaire – trop primitive sans doute – et le désir un peu hasardeux – et trop mécanique peut-être – d’un ciel cherchant partout un appui à ses dérives…

Sable, feu et monde chevauchés par le vent sauvage – né du souffle prodigieux des origines. Et ces visages tournés vers l’innocence – brûlés avant l’heure de la reconnaissance. Sacrifiés, en somme, par cette tradition humaine ancestrale ; la promesse faite aux vivants d’un autre lieu accessible seulement après la mort – ou à la fin des temps…

 

 

L’usage des heures à d’autres fins que celles de la guerre et de la mort – à d’autres fins que celles de l’assouvissement des désirs et de la faim.

Un vide, un silence, un pas, une page – chaque jour – pour vivre loin des hommes – loin des siècles et de l’époque – auprès des vents et de l’enfance qui dénigre toujours les masques et les postures – et au plus près de la joie et de la vérité affranchies des Dieux et des dogmes – dans le plus simple et le plus humble qui nous est proposé – dans les prémices d’un effacement, sans doute, inexorable…

 

 

Un chant suave – secourable – s’élève au milieu des peurs, des frontières et des barbelés – traverse cette nuit si pleine de lunes et d’étoiles – grandit sous la pression des rêves et du sang dans les veines – s’écarte des barricades et des ornières – s’étale plus loin encore jusqu’au dernier horizon. Arrive enfin au cœur de l’inattendu pour percer la trop grande certitude des hommes…

 

 

Murs, fenêtres. Et cette chambre où convergent tous les malheurs – et tous les remous du monde. Seuils, frontières et escarcelle où s’invitent tous les désirs – et la plume (ambitieuse) qui rêve de poser le ciel au milieu de ses pages – et au milieu des feux allumés par les hommes…

 

 

Parmi ces pierres étranges – silencieuses – mille dormeurs perdus dans la contemplation des rêves. Une main dans l’herbe et le sang – et l’autre (alternativement) sous la tête et sur les yeux. Pinces, tenailles et poignards rangés dans leur fourreau – prêts à l’usage et aux rencontres futures…

 

 

Cages posées entre l’homme et ce que fut l’enfance. Grilles et fenêtres peintes (et mille fois repeintes) aux couleurs et au parfum – d’un ailleurs – d’une cime rêvée – et introuvable bien sûr. Murs et horizons confondus pour le plus grand malheur de ceux qui y vivent – enfermés. La fumée d’un mythe – d’une légende – vissé(e) au milieu du front. Et la mort, bientôt, aussi inapte que la vie à offrir l’élan – et le pas – nécessaires pour s’affranchir des lieux et du mensonge…

 

 

La nuit – partout – sur ces cendres encore fumantes. Et quelques fleurs – chichement dénichées au hasard des chemins – au hasard des rencontres. Mains, âme et visages griffés. Destins gris et blessés aux rêves poussifs – au souffle trop rare pour résister aux invectives de la paresse et de l’inertie – et trop faible pour sauter par-dessus la nuit, les cendres et les fleurs…

 

 

Un voyage – mille voyages – au cœur d’une étroite cellule. Des pas qui tournent en rond. Et des ongles sales – noirs – à vif – esquintés – qui creusent et griffent la poussière et les visages pour trouver une improbable issue…

 

 

Une parole inépuisable qui s’ébroue – et s’échoue dans l’indifférence – en livrant au monde – aux hommes – les contours – et la substance peut-être – du silence – le message, si souvent inaudible et incompris, des Dieux, des bêtes, des arbres et des pierres – de tous ceux que l’on condamne (faute de sensibilité et d’intelligence) au mutisme – à l’exil du langage…

 

 

Nous cessons de voir, de peser, d’incriminer pour comprendre – pour être – et offrir l’Amour à ce qui semble impardonnable…

 

 

On invente une neige – un autrefois – un avenir plus salutaire – un poème – tout un monde peut-être – pour défier le temps et raffermir nos mains accrochées à la moindre espérance – pour trouver la force de croire encore à la venue d’une aube incertaine – à la présence d’un regard moins lointain – comme une fenêtre au milieu du sang et des habitudes qui ouvrirait un lieu dans notre enclos pour donner plus belle allure – et une envergure suffisante – à notre attente…

 

 

Quelques mots – un peu d’air – pour rendre plus respirables les saisons – et plus dignes peut-être – plus aimables sûrement – les visages – tous les visages – qui se tiennent devant nous…

 

 

Nous consentons aux bruits et à la furie des vagues qui bercent toutes les enfances. Nous crions au milieu des arbres devant le silence des morts. Nous avançons, tête lasse, dans le pressentiment de notre chute – incapables encore d’aimer et de regarder le monde dans les yeux – la bouche peut-être trop fière – et trop muette – pour goûter le plus humble de la solitude et le plus sombre de la vérité…

A la lisière de la mort et de ce qui demeure après elle. Aux frontières de l’éternité, nous vivons au cœur de cet espace abandonné…

 

 

Encore un matin de cri et de sursaut. Encore un jour sans étonnement. Un lieu d’habitude et de pensée. Entre le souvenir et les heures prochaines. Et le labeur de l’encre révoltée – jetée sur les pages comme une manière de faire avancer le langage, à défaut des pas, vers la vérité – et faire naître dans la parole une liberté qui se refuse à nos gestes…

 

 

Une terre lourde – et des yeux noirs – complices des jeux, des interdits et des guerres accomplies pour résister au réel et donner plus d’ampleur à nos rêves un peu fous…

 

 

Sur un coin de crête, l’attente (encore trop impatiente) des hommes – de la montée longue et difficile des âmes jusqu’à cet abri si précaire où l’innocence est la seule exigence – la seule loi…

 

 

Nous contemplons la terre – les rues étroites et les visages hagards – les errances – les dérives – les passants – les voyages furtifs – la plèbe et les montagnes – et cet Amour caché au fond de chaque heure qui, comme nous, constate partout son absence…

 

 

Une grandeur à peine. Des ailes dans la véhémence des vents sans trêve. Des yeux, des âmes, une trajectoire. Et le parcours des jours. Un petit rien qui se dresse – et s’élève – au-dedans de ce que nous avons cru perdu – inutile. Un regard peut-être sur ce qui se défait – sur la chute et la persistance des miracles. Une joie simple dans le sillon quotidien. L’effacement des repères et des visages. Le goût – et le parfum peut-être – du ciel descendu – enfin accessible. L’humilité de n’être plus personne…

 

 

Nous livrons un passage à ceux qui s’étonnent encore…

Des lignes – des livres – un murmure – un balbutiement peut-être – pour dire ce qui nous habite – ce qui nous hante – et cette joie toujours – insaisissable – qui nous effleure…

 

 

Partout – la pesanteur et le sens du mystère – le sentiment secret de l’appartenance. L’inconnu et l’hébétude. La tristesse, l’ignorance et la plénitude (parfois). La fougue, l’impatience et les briques qui s’empilent. Le rêve – l’éternité. La peur et l’effritement des édifices. Les échanges, les jours – le temps qui s’étire – qui se rétracte – et la chute. Les danses – la défaite permanente des élans et des tentatives. Le regard prodigieux vers lequel tout converge – les échanges et les rencontres – toutes les attentes. L’infinie possibilité des combinaisons – le silence. Et l’immobilité toujours souveraine…

 

 

Donner aux fronts anonymes – et aux âmes recluses dans leur chambre – la flamme féconde et le regard nécessaire à tous les souffles…

 

 

Les naissances, l’agonie et la mort. Toute la continuité du monde…

 

 

Cœur nomade enclavé entre le souffle et l’inertie – entre la violence et le désir d’aimer. La misère et le cri étouffé au fond de la gorge – et cette ardeur à vivre soumise à la mémoire qui – comme une gueule – comme une main – avale, frappe et caresse tous les visages du monde…

 

 

Poète d’un autre jour – d’un autre chant – d’une autre terre où la faim a été rompue – vivant à l’envers des hommes – à contre-courant des rêves et des désirs communs. Seul, en somme, au milieu de toutes les solitudes – avec le silence et la nuit posés discrètement sur un coin de la table…

 

 

Chiens, abîmes, ascendance imparfaite – disgracieuse. Incidents de parcours. Et le souvenir des temps anciens où nous rêvions de faire table rase du monde – un pied dans la révolte, l’autre dans la nonchalance. Jeune, fécond, fébrile. Affamé bien davantage que chercheur d’or. Depuis toujours au bord d’un automne qui précisera, plus tard, l’itinéraire – la suite des pas – le périple à travers les peurs – à travers la terre. Le déclin (progressif) du mépris et de l’angoisse jusqu’à la découverte de cette chose en soi – cette présence rigoureuse et exigeante qui invita, un jour, les foulées à se perdre – et les yeux à regarder l’autre versant de l’inquiétude : la joie et l’Amour inscrits en lettres d’or au cœur du silence – et à aimer cette solitude comme le seuil de tous les passages pour que cessent enfin la fouille et le voyage…

 

 

Nous nous hâtions autrefois – de désirs en astres retrouvés – dans l’ombre si noire des bonheurs nocturnes. Anxieux des regards – des yeux alentour – oubliant l’Amour pour nous attarder (plus que de raison) dans des ports lugubres et passagers – effleurant les secrets d’une résurgence possible – mais bien trop prématurée, sans doute, pour notre cœur d’alors – si vacillant – si docile et réceptif aux instincts premiers – et inguérissables – du monde…

Modeste, à présent, surnageant sans crainte à travers l’ardeur pathologique des siècles. Effacé – et effaçant tout ce que nous imaginions certain – nous-mêmes au milieu des vagues – devenues aujourd’hui le seul courant vivable – et la seule condition pour se fondre dans l’océan…

 

 

Un voyage – une courte voilure – affranchie de l’ancien temps – navigue – navigue – en se traînant parfois sur quelques vieux rêves oubliés – en s’extasiant encore des ports, des grèves et des vagues. A appris, peu à peu, à devenir la carte, la mer et la boussole – la course un peu folle de tous les voyageurs en partance vers les rives les plus proches – et plus lointaines, pourtant, que tous les bouts du monde. S’est progressivement transformée en point de passage – en contrées vers lesquelles convergent tous les rêves et tous les drames…

 

 

Une autre écume sur le cœur battant. Un autre jour pour éclairer la solitude – et sa nécessité. Et le refus des âmes trop penchées sur les rêves et leurs eaux dormantes…

 

 

L’hiver remplace l’étoile. Et le bruit du vent dans les feuillages, les visages. Avec l’univers entier dans le brin d’herbe contre lequel s’est appuyée notre joue. Tout un monde de bêtes, de bruits et de fantômes…

Et le silence comme une délivrance. Et la mort comme une merveille. Le feu au détriment des passions tristes. L’instant et le renouveau qui remplacent le temps. Et la pluie – comme les larmes – qui révèlent la beauté du monde et du regard. L’immobilité qui redresse l’innocence abandonnée depuis des siècles pour contempler, sans exigence, tous les pas vagabonds – les traces éphémères dessinées sur le sable qu’effacera chaque nouvelle marée – chaque nouvelle respiration…

 

 

Un souffle, un fossé, des cendres. A hauteur de nuit. Et dans la brume et le crépitement de quelques songes, une main – et une parole – discrètes qui portent le monde et le langage aux lisières du silence…

 

 

Une chute. Un temps-catastrophe où tout s’opère et s’engage sans notre volonté. Et parmi les menaces, le défi d’un équilibre à trouver. L’alternance de la vie et du poème – puis leur timide communion dans la fraîcheur d’un retrait – d’un effacement…

 

 

Le monde – et le poids des cendres dans le souvenir. Et les pas, à présent, si lourds – si pesants devant la nuit qui, comme un vitrail, s’est invitée dans nos cathédrales – offrant son ombre aux silhouettes à genoux qui prient sur les parvis…

 

 

Une main froide – et généreuse pourtant – s’élève au-dessus du monde pour désigner le ciel d’un geste – et d’un silence – qui semblent trop lugubres (bien trop lugubres) pour les foules – incapables d’en saisir le message, la valeur et le merveilleux…

 

 

Nous dirons aux enfants de l’indigence que les routes et les âmes étaient trop sombres – les pas trop timides – et le soleil inflexible. Nous leur dirons la vanité des tambours et des cercles de feu. L’absurdité de l’encens et des prières lancées vers les Dieux. Nous leur dirons la peur et la paresse des peuples. Et tous les yeux tendus vers les chimères et les étoiles. Nous leur dirons le temps et notre joie à vivre malgré la mort et la terreur. Nous leur dirons notre courage et notre incompréhension – notre folie et nos erreurs. Nous leur dirons notre désir d’être quelqu’un – et notre ambition de bâtir sur les sables de la terre. Et nous leur dirons enfin l’évidence de n’être personne – d’être passé en coup de vent – et d’avoir vécu pour presque rien

 

 

Nous avons inventé la soif, les tremblements et la parole pour avoir l’air davantage que ce que nous sommes. Un tumulte né de la source. Une onde accrochée au gain et au grain. Un espoir – une esquisse à peine – de présence au milieu de la solitude et du monde…

 

 

Quelque chose glisse en nous – chute – comme le plus essentiel – au fond de ce qui demeure. Un temps, un chant, un songe – quelques pas tremblants. Le rêve, sans doute, de tout voyageur…

 

 

Une vision – un semblant de vie. Des orages – un éclair – et la lumière plus loin. Une enfance peut-être mêlée à la crainte de vivre. Des heures, des jours – quelques siècles à patienter – à dériver au milieu de n’importe quoi – dans le vent – vers la source de tout désir. Et le brouillard et l’absence partout – le rire un peu rêche des lèvres – et leurs grimaces – qui donnent aux hommes et aux âmes cette laideur si atroce…

 

 

Des foulées, des chemins – et mille boues supplémentaires pour dissiper le jour – et entamer la confiance. Une crainte à la mesure des destins. Ni début, ni fin. L’enclave et l’impasse – et le déclin de tout voyage. La marche qui dure – et ne finira jamais. Comme une existence – mille existences – vécues – envolées – disparues – anéanties – condamnées à errer autour du même centre aux lisières du premier mystère…