Recueil / 2003 / La quête de sens

Comment écrire dans le même instant les battements du cœur, les bruits de la rue, le vol des hirondelles, les doigts sur le clavier, un chien qui aboie, les pensées qui se succèdent sans s’arrêter jamais, les sentiments qui vous étreignent et qui disparaissent, le téléphone qui sonne et qu’on ne décroche pas, les idées qui naissent et qui meurent, les nuages qui passent dans le ciel, la sueur qui perle sur le front, les poils de barbe qui ne cessent de pousser, le mur de la maison qui s’effrite, le temps qui passe, seconde après seconde. Comment écrire la vie ? Comment l’écrire totalement, pleinement sans omettre le moindre évènement ?

 

 

Librairies, bibliothèques et littérature regorgent de faux livres. Les vrais livres sont rares. On les reconnaît non par la beauté de leurs phrases, ni l'attrait de leur histoire mais par la lumière qu'ils font en nous.

 

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Il faut d'abord apprendre à être curieux de soi-même pour comprendre les autres.

 

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Devenir les uns pour les autres, la main, le pied, la jambe, la tête, le cœur d'un seul et même corps.

 

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Trouver sa propre verticalité, indépendamment de toute chose et de tout être, la laisser grandir et tenter de lui rester fidèle en toutes circonstances.

 

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Lorsque je me sens fragile et vulnérable, je reste chez moi, le cœur recroquevillé sur ma table de travail. Dans ces instants, il arrive (pourtant) que la vie se bouscule devant chez moi, frappe à ma porte, m'appelle par la fenêtre et je fais comme s'il n'y avait personne, je me cache, le cœur tapi sous mes feuilles de papier et j'attends que la vie passe et aille frapper à une autre porte.

 

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Ouvrir son cœur ne le fragilise qu'en apparence (puisque l'on y accueille la souffrance, cela peut nous rendre triste ou abattu), mais en profondeur, il s'en trouve assurément fortifié.

 

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Dès qu'il sortait de chez lui, il revêtait une carapace de froideur arrogante pour ne laisser entrer le monde dans son cœur. Car il en avait toujours eu très peur et il rêvait secrètement depuis l'enfance que ceux qu'ils croiseraient se cogneraient contre cette paroi glacée et finiraient par glisser à ses pieds. Mais c'est toujours l'inverse qui se produisait. Tous le fuyaient comme l'abominable, l'infréquentable homme des neiges. Et il mourût seul enseveli sous des tonnes de glace.

 

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N'avoir à rendre de compte à personne… mais devoir à peu près à tous.

 

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Ne pas se laisser dérouter par le monde… mais rendre grâce à tous ceux que l'on rencontre.

 

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Chaque instant est un adieu au précédent. Ainsi passe notre vie… d'adieu en adieu… et les morts aussi nous quittent de cette façon…. eux qui étaient encore vivants l'instant d'avant.

 

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Au fond, peut-être n'écrit-on jamais que pour partager avec soi-même, pour s'assurer du réel de notre vie et devenir le témoin de notre propre existence.

 

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Nous sommes tellement prisonniers de notre vie, tellement occupés par nous-mêmes que nous avons toutes les difficultés du monde à accorder une place réelle à ceux qui vivent avec nous (nos proches), à accueillir (y faire entrer) ceux qui vivent à nos côtés (voisins, amis) et à ouvrir la porte à ceux que nous croisons (connaissances, passants, inconnus).

 

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Il ne faut pas craindre de fréquenter ceux qui nous semblent infréquentables (pour toutes sortes de mauvaises raisons), car ils nous invitent, malgré eux, à explorer une partie de nous-mêmes que nous ne voulons pas voir.

 

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Notre vie est une étrange synthèse, un étonnant mélange d'un trop plein de soi et d'un immense désert de l'Autre.

 

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Vivre, c'est marcher seul dans un désert peuplé d'ombres. Et lorsqu'il nous arrive de nous cogner contre elles, on s'en trouve déboussolé, désorienté, ne sachant plus quel chemin emprunter…

 

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Nous accordons souvent une place aux autres dans notre vie pour emplir un espace que nous ne savons ou ne parvenons pas à combler nous-mêmes.

 

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On ne renonce à rien, ce sont les choses qui se détachent. Elles tombent comme un fruit mûr pour enrichir le sol qui donnera toute sa force à l'arbre dépouillé.

 

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Il ne sert à rien d'égayer la vie quand on est triste. Il nous faut seulement accueillir avec joie notre tristesse.

 

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Notre vie est souvent une terre aride, impropre à faire naître (et croître) toute rencontre.

 

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Nous ne rencontrons jamais personne. Le plus souvent, nous ne croisons que des fantômes égarés qui se fuient eux-mêmes, et au mieux, des fantômes affamés qui errent dans le monde à la recherche d'eux-mêmes.

 

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N'avoir aucun a priori sur ce qui devrait être, mais apprendre à porter un regard frais et spontané sur ce qui est.

 

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Espérer, c'est s'attendre à être déçu toujours. Ne rien attendre, c'est retrouver (revenir) le réel.

 

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Les désillusions sont comme des repères sur notre chemin. A chaque fois qu'on les rencontre, elles nous indiquent une nouvelle direction à prendre. Et nous tournons ainsi à chaque carrefour qu'elles posent sur notre route… jusqu'au jour où l'on s'aperçoit qu'il est vain d'espérer du chemin, et qu'il nous faut tout simplement marcher sans rien attendre… sur le chemin qui est le nôtre…

 

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Apprendre à devenir le chemin lui-même à chaque pas…

 

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Nous croyons construire notre vie. Il n'en est rien. C'est la vie qui, à travers nous, fait son œuvre.

 

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Oser mourir à soi-même, c'est se donner la chance de renaître au monde. Mais on ne meurt jamais complètement, on apprend progressivement à entretenir un rapport différent au monde.

 

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Henry Michaux a écrit : "J'écris pour me parcourir". Quant à moi, je dirais : "J'écris pour nous découvrir… lever (ôter) les voiles sombres qui (cachent) dissimulent nos paysages intérieurs et explorer la vie (et les horizons) qui nous habite.

 

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Ô Vie, puisses-tu me nourrir de chaque chose ! Il serait plus juste d'écrire : Ô Vie, puisses-tu me donner conscience de me nourrir de chaque chose !

 

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L'illusion de construire notre vie en toute liberté tient à notre impression d'avoir le choix et à notre libre arbitre, mais c'est ignorer les forces mystérieuses qui les sous-entendent et qui nous poussent à opérer ces choix.

 

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Le monde comme maison et la vie pour refuge. Sur tous les chemins, partout, j'aimerais me sentir chez moi…

 

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Ne s'attendre à rien est le plus sûr moyen d'aller sur le chemin.

 

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Accepter de ne pouvoir sauver le monde, contribuer peut-être à sauver quelques êtres, s'aider sûrement à se sauver soi-même (non par égoïsme, mais par réelle impossibilité de venir en aide aux autres). Au fond, on ne peut se sauver que soi-même… on ne peut qu'encourager les autres à se sauver…

 

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La vie ressemble à un immense puzzle (un puzzle infini et en perpétuel mouvement) dont chaque vie serait une pièce, à la fois minuscule, unique et irremplaçable.

 

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Ouvrir sa vie à tous les vents (du monde)… vents bons et mauvais, vents forts et faibles, tous nous poussent vers nous-mêmes.

 

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Le fait même d'appeler certains évènements des épreuves révèle à quel point nous ne savons pas encore les appréhender pour ce qu'ils sont.

 

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Aussi accueillant qu'une cellule de monastère… voilà pour moi l'image même de la convivialité ! N'est-ce pas là l'endroit le plus accueillant et le plus propice à faire naître la Joie ?

 

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Quand le monde devient (ou du moins te semble devenir) trop hostile, ne fuis pas, ne te recroqueville pas, trouve refuge en toi pour trouver le courage et la force d'accueillir les évènements et de poursuivre ta route !

 

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Une vie : de petits riens mis bout à bout. De petits riens, à chaque fois, uniques, irremplaçables, inestimables…

 

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Ne dit-on pas que la vie est un éternel recommencement… jour et nuit, saisons, poussière qui s'accumule chaque jour, qu'on enlève et qui se redépose le lendemain, repas que l'on prépare, que l'on mange et que l'on fait disparaître, comme si la vie voulait nous apprendre le transitoire de chaque chose, de chaque geste, de chaque acte… éternelle leçon des jours qui passent.

 

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Apprendre à se libérer de nos peurs et de l'emprise du regard du monde, c'est commencer à devenir plus libre.

 

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Se cogner aux quatre coins du monde, puis poursuivre le chemin en soi.

 

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Chercher en soi toutes les ressources… non pour lutter ni combattre… mais pour accueillir et embrasser.

 

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Il n'y a aucun combat à mener. Ni contre la vie, ni contre le monde ni contre soi. Si combat il doit y avoir, il doit être mené pour maintenir l'exténuant (et parfois insurmontable) effort que nécessitent l'acceptation et l'accueil de toutes choses.

 

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Ouvrir un livre comme une page sur le monde, une fenêtre sur la vie, une porte que l'on ouvrirait sur soi.

 

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Se retirer en soi comme l’on fermerait les volets, pour se protéger des lumières du monde, regagner la vie obscure et (réapprendre) retrouver la lumière en nous.

 

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On ne peut oublier le monde en vivant au plus près de soi-même.

 

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C'est en vivant loin du monde que l'on vit parfois au plus loin de soi-même… et à d'autres périodes, il arrive que cela soit l'exact contraire…

 

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Chacun devrait travailler à sa mesure… à son rythme… selon ses goûts et aspirations… sans se soucier ni du talent (le sien et celui des autres) ni du regard indifférent ou méprisant du monde.

 

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Au début nous sommes dans "le faire" pour échapper sans doute aux abîmes de "l'Être". Malgré les multiples invitations à la solitude que nous offre la vie, nous luttons de toutes nos forces pour éviter de nous retrouver seuls face à nous-mêmes. Puis vient l'incontournable étape de "l'Être" qui nous éloigne progressivement du "faire" frénétique que nous avons toujours connu. Progressivement, l'Être gagne en force et en vitalité. Lorsqu'il parvient enfin à se suffire à lui-même, il donne au "faire" jusque dans les moindres gestes et les actes les plus anodins une justesse et une harmonie insoupçonnables.

 

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Puisqu'il est impossible de transformer la vie, les êtres et les choses de ce monde, il est sage (sinon de bon sens) de transformer sur eux notre regard.

 

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Il n'y a pas de chemin idéal. Chacun doit partir et avancer avec ce qu'il est et possède et à partir de l'endroit où il se trouve. Chacun doit cheminer à son rythme et à sa mesure sans chercher à imiter quiconque mais en cherchant en lui le chemin et la force de poursuivre sa route.

 

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Quel déchirement de laisser la souffrance ouvrir en nous un espace… Que de luttes pour tenter de refermer cette plaie béante qui nous brûle… Mais quelle Joie de sentir progressivement cet espace s'élargir et s'ouvrir à toutes choses…

 

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Il y a tant de grandes choses en moi… pourquoi s'acharnent-elle à sortir si petites ? Est-ce lié aux limites de ma condition humaine ? En conserverais-je inconsciemment la plus grande part par devers moi ? Est-ce ma perception qui les déforme et leur donne un poids et une dimension qu'elles n'ont pas? Pourquoi ces grandes choses ne sortent-elles donc pas à leur vraie mesure ?

 

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Les Hommes sont d'étranges aventuriers. Ils partent à la découverte de contrées lointaines, s'aventurent dans le cosmos et l'univers mais éprouvent les plus grandes réticences à explorer l'espace qui les habite.

 

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Accepter de ne rien contrôler (ni ses états intérieurs ni les évènements de notre vie) en ayant une confiance toujours plus grande en la vie constitue un pas immense sur le chemin vers la sérénité.

 

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Toute réelle transformation procède d'une métamorphose du regard. Toute métamorphose du regard provient d'une lente et longue évolution. Toute évolution trouve son origine dans une très progressive exploration de soi-même qui prend, elle-même, sa source dans le besoin irrépressible de répondre à l'insatisfaction fondamentale de notre vie. Ainsi, l'insatisfaction est sans doute l'un des plus puissants moteurs de recherche de l'humanité.

 

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Apprendre à s'oublier, c'est commencer à accorder une place plus grande aux autres… jusqu'au jour, où il nous est enfin possible de leur redonner leur place réelle : la seule qu'ils méritent, celle qu'ils n'auraient jamais dû perdre, celle qui a toujours été la leur : la totalité de l'espace. Avant d'y parvenir, il nous faut parcourir un très long chemin… d'abord faire sa propre place, allant parfois jusqu'à pousser quelques-uns pour l'étendre (ou la trouver), puis apprendre progressivement à en limiter l'expansion, puis à limiter cet espace lui-même, puis encore (très progressivement) à en restreindre les limites, jusqu'à réduire cet espace au point où il se confonde à la totalité de l'espace…

 

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A la naissance, les Hommes sont de petits points minuscules qui aspirent et apprennent très vite à s'étendre et à s'élargir. La plus grande part des activités humaines tend à (vers) cette horizontalité. Et beaucoup s'en satisfont amplement. Toute leur existence est vouée à cette seule dimension : ils travaillent à étendre leur action, leur pouvoir, leur propriété sur l'entière surface du monde. Peu parviennent à découvrir la verticalité, dimension pourtant fondamentale, qui, seule, permet de donner un sens véritable à l'horizontalité. Les seuls qui peuvent y accéder sont ceux qui ont perçu la vanité (l'inutilité et l'orgueil) de la seule démarche horizontale.

 

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Le plafond est toujours trop bas pour celui qui veut regarder le ciel. Et il est souvent à portée de regard pour celui qui croit le regarder.

 

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Regarder en soi, c'est partir à la recherche de sa propre lumière… et découvrir bientôt une lueur qui n'est que le reflet singulier de LA Lumière qui habite chacun.

 

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Nous pouvons avoir recours à tous les conseils, à tous les repères et à toutes les indications du monde, mais nul ne peut apprendre à marcher sans devenir son propre guide.

 

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La solitude est une compagne exigeante et d'abords difficiles. Mais lorsque la séduction a opéré, (qu'elle est parvenue à nous séduire), il est rare - très rare - que nous soyons déçus.

 

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Toutes nos épreuves sont essentielles… et pourtant si dérisoires… à moins que cela ne soit l'inverse, que toutes nos épreuves soient dérisoires… et pourtant si essentielles.

 

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Toute confrontation au monde est d'abord une confrontation à soi-même. Le monde est un étrange miroir où nos travers sont mille fois grossis…

 

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Les vieux ressassent leurs souvenirs en attendant la mort. Comment peuvent-ils à ce point négliger leur avenir…?

 

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On commence à aimer les autres quand on commence à se mettre à leur place. Mais ce n'est là qu'une sorte de projection (tout à fait) égocentrique. Une sorte de premier pas vers l'Amour d'Autrui quand on commence à mettre sa propre personne à la place de l'Autre. Il faut un long et difficile travail sur soi pour aimer l'autre sans qu'intervienne nullement notre propre individualité.

 

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La compagnie des autres est parfois une gêne (une source de nuisance), souvent un réconfort, un faire-valoir ou un tremplin et toujours un miroir. Il est rare que nous soyons (véritablement) avec les autres pour eux-mêmes.

 

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L'homme ordinaire cherche toujours l'extraordinaire. L'homme sage ne cherche rien. Il sait que l'extraordinaire est partout, il le voit dans l'ordinaire de chaque être, de chaque chose, de chaque geste, de chaque situation.

 

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Mon esprit est une sorte d'atelier-bureau où je passe (en solitaire) la plus grande part de mes journées. Et j'ignore le monde qui m'attend dans mon cœur, cette étroite salle d'attente où s'entasse une foule de personnages que je rechigne à faire entrer.

 

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C'est en se frottant au monde que l'on découvre les aspects les plus anguleux de soi-même mais c'est souvent loin du monde (dans la plus grande solitude) que l'on apprend à en raboter l'essentiel. Et c'est en retournant au monde que l'on peut apprécier le chemin parcouru et le chemin à parcourir… i.e la qualité du travail effectué et l'ampleur de la tâche à accomplir.

 

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S'ouvrir à soi-même, c'est commencer à s'intéresser à l'humanité… commencer à s'intéresser à l'humanité, c'est essayer de découvrir la place de l'Homme… essayer de découvrir la place de l'homme, c'est le premier pas métaphysique vers la quête du sens de la vie humaine, c'est l'avant chemin de la spiritualité…

 

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Laisser être est un exercice métaphysique profond et d'un grand intérêt. Il nous révèle à bien des égards notre personnalité profonde et les points d'attache de l'armure que nous nous sommes échinés à façonner des années durant pour nous réfugier dans notre petit monde et nous protéger du grand (du grand monde).

 

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La nécessité intérieure fournit une incroyable énergie. Elle est sans doute notre moteur le plus puissant. Elle permet d'avancer, de traverser les épreuves et les échecs, de sortir des impasses. Sans elle, la volonté serait anéantie à la moindre difficulté. Elle permet la persévérance qui nous offre l'énergie de poursuivre quoi qu'il arrive…

 

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La nécessité intérieure pousse chacun à emprunter un chemin singulier, nous contraignant ou nous invitant à avancer dans une direction ou dans une autre, nous obligeant consciemment ou non à satisfaire nos aspirations et nos exigences intérieures les plus profondes. Comme si ces dernières étaient des domaines que nous avions antérieurement commencé à découvrir ou à explorer sans parvenir à un aboutissement satisfaisant, arrêtés peut-être dans notre progression (notre exploration) par la mort et que nous aspirions, en cette vie, à retrouver afin de poursuivre nos découvertes et traverser ce (ou ces) domaines pour continuer notre chemin.

 

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Notre monde croit davantage en ceux qui ont des réflexions qu'en ceux qui ont des convictions. Le monde accorde en effet à ceux qui ont des réflexions (ou mieux qui élaborent et construisent un raisonnement purement réflexif) plus de crédit et de valeur, voire parfois l'encense plus que de raison. Cette bizarrerie tient sans doute au fait que la plupart des hommes choisissent aveuglément leurs convictions, par facilité, par paresse, par commodité, pour ne pas avoir à réfléchir et être confrontés à leurs propres doutes. Mais c'est oublier que chez d'autres, les convictions sont l'aboutissement transitoire (et encore très largement ouvert et évolutif) d'un long cheminement, qu'elles tirent leurs origines de nombreuses réflexions, qu'elles se sont progressivement construites par la raison, qu'elles ont été enrichies par l'intuition et étayées enfin par la sensibilité et l'intelligence du cœur (dont les intellectuels, à tort, se méfient tant).

 

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Il ne faut jamais oublier qu'avoir des convictions n'empêche nullement de réfléchir, ni d'avoir des réflexions, ni même d'avoir des doutes ou de remettre ses convictions en doute. Pour conclure, je dirais : les convictions sont des aboutissements réflexifs et intuitifs en cours d'évolution, des réflexions en marche (en cours). Dès lors, les convictions ont sûrement plus de valeur (sinon plus de poids et de maturité que de simples réflexions) puisqu'elles sont, elles-mêmes, des chemins réflexifs et intuitifs, des réflexions intuitives en cours de fabrication (d'élaboration) et il est inutile ni de les décrier, ni de les discréditer, ni de s'en méfier davantage que de tout autre raisonnement.

 

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Il faut chercher partout car partout est la réponse. Il ne faut rien chercher, la réponse se dessinera lorsque vous serez mûr pour la voir et l'entendre. La réponse est déjà en vous, recouverte sous des tonnes de couches qui la dissimulent. Notre travail consiste à ôter une à une ces couches. Notre effort doit porter sur ce besoin de nudité.

 

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Se dépouiller de soi-même, c'est devenir plus riche de l'essentiel.

 

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Livrer bataille (contre soi, contre les autres ou contre le monde) revient toujours à scinder (artificiellement) le monde, d'un côté le Beau, le Bien, le Vrai, le Normal, d'un autre, le Laid, le Mal, le Mensonge (le Faux), l'Anormal. Cette perception est non seulement artificielle et subjective mais elle est totalement fausse. La réalité est sinon toujours plus subtile du moins toujours ce qu'elle est, indépendamment de nos jugements et de nos perceptions.

 

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La vie n'est que dynamique, et nous autres, êtres humains, ne savons principalement que la vivre statiquement. Notre désir de la figer à jamais est sans doute notre plus grand malheur. Voilà pourquoi nous sommes toujours (éternellement) avec elle en porte à faux.

 

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Dans le vaste théâtre du monde, nul n'est irremplaçable mais chacun est indispensable.

 

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Si nous naissions avec 2 grandes ailes, 4 longues jambes, 4 bras puissants, un esprit et un cœur larges, profonds et ouverts, la condition humaine (avec ses 2 jambes et ses 2 bras tous bêtes, son esprit étroit et son cœur froid et fermé) nous paraîtrait un supplice.

 

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Tout reproche est illégitime mais sans doute jamais sans fondement.

 

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Tout contrainte (ou sentiment de contrainte) n'est pas une entrave à la liberté mais une invitation à se libérer d'une vision grossière et erronée de la liberté. Mais qu'il est difficile de s'en persuader lorsque nous sommes mis à l'épreuve…

 

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Aux yeux du monde, le solitaire est sans doute l'individu (l'être) le plus suspect qui soit. On le perçoit (sûrement) comme un homme indigne de toute compagnie. Mais pourquoi ne s'interroge-t-on jamais sur l'indignité de toute compagnie ?

 

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Nous avons le droit d'être idiots, mauvais, méchants, médiocres. Nous le sommes tous à certains instants et à des degrés divers. Ces aspects de nous-mêmes que nous tentons vainement de camoufler appartiennent aussi à notre humanité. L'ignorer, c'est s'exposer à une fuite en avant toujours plus grande, c'est construire une image fausse et partielle de nous-mêmes, c'est donner du poids à un leurre dont nous serons tôt ou tard les premières victimes.

 

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Croire en son intelligence fondamentale sans omettre l'idiot qui est en nous et l'abruti qui parfois nous gouverne...

 

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Notre plus grand malheur est de nous croire importants… Nous le sommes sûrement… mais sans doute pas comme nous l'imaginons…

 

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Nous sommes à la fois résolument seuls et irrémédiablement liés aux autres. C'est avec cette double vérité qu'il convient d'apprendre à vivre… Ne pencher ni du côté de la solitude morbide (et du repli) ni sombrer dans la dépendance aliénante…

 

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On croit vivre pour toujours les uns avec les autres, mais, bien sûr, il n'en est rien… Il n'y a rien de plus faux. On s'accompagne un temps, allant ensemble sur le chemin pour (quelques instants), quelques heures, quelques mois, quelques années, quelques décades... La vie a vite fait, un jour, de nous séparer… (tôt ou tard elle nous sépare), que nous nous quittions, que nos chemins divergent ou que la mort vienne à frapper… et notre chemin se poursuit ailleurs continuant à croiser d'autres destins…

 

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La plupart des auteurs met un point d'honneur à faire de la littérature, à devenir des techniciens du mot, des experts narratifs, des professionnels de la syntaxe, des spécialistes stylistiques, des maîtres du procédé littéraire, ou même des créateurs langagiers, voire des apôtres du Verbe. Tout cela relègue l'écriture à une simple et stupide activité. La seule chose qui devrait importer est d'exprimer (de dire) le Vrai de la Vie. Et qu'importe la façon de le dire. Le reste n'est que littérature.

 

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Nous sommes des êtres limités… de mille façons. Pour s'en convaincre, il suffit de voir la quantité limitée de souffrances que nous pouvons accepter… Nous avons pourtant le potentiel de dépasser ces limites… être en chemin, c'est travailler à cet élargissement…

 

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Les difficultés nous semblent venir de l'extérieur, mais seuls les obstacles sont en nous.

 

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La seule chose qui m'importe est le bagage que j'emporterai par-delà la mort.

 

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Vous sortez de certains livres aussi pauvres que vous y êtes entré… plus pauvres peut-être car ils vous ont conforté dans le mythe universel.

 

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Eriger ses vérités en dogmes, c'est vouloir se protéger du doute. Vouloir se protéger du doute, c'est vouloir le tuer. Et vouloir le tuer, c'est vouloir tuer la vérité qui, sans le doute, ne peut exister.

 

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Mille fois sur le chemin, remets tes pas… Mille fois en ton cœur, recueille les pleurs…

 

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Tenir le lecteur en haleine, c'est le précipiter dans le récit, c'est l'éloigner de lui-même… il n'y a pas de meilleure façon pour le tenir à distance de la vérité.

 

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Un homme qui pleure dans une maison, une maison située au cœur de la ville, une ville située au cœur d'une région, une région située au cœur d'un pays, un pays situé au cœur d'un continent, un continent situé au cœur du monde, un monde situé au cœur d'une planète, une planète située au cœur d'une galaxie, une galaxie située au cœur d'un univers, un univers situé au cœur du cosmos lui-même sans doute situé au cœur d'une dimension infinie… 2 remarques alors : nous sommes toujours au centre, au cœur de l'univers. Et que représente (que signifie) la souffrance d'un homme dans cette immensité ?

 

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S'appauvrir est incontestablement l'une des plus sûres façons de s'enrichir.

 

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L'un aime les femmes petites et menues, l'autre les hommes grands et imposants. Mais qui aime-t-on vraiment derrière ces autres que nous croyons aimer?

 

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Autrefois les hommes étaient abrutis par le travail. Aujourd'hui, ils sont abrutis par les loisirs et les distractions. Quand les hommes apprendront-ils enfin à se désaliéner ?

 

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Savoir, c'est ingurgiter des connaissances empilées les unes sur les autres et plus ou moins intelligemment organisées. Connaître, c'est s'imprégner d'une vérité jusqu'à la faire sienne. Savoir est la marque des gens cultivés, connaître celle des gens intelligents (non au sens logique ou rationnel du terme mais au sens vrai).

 

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Lorsque vous croisez 2 femmes et que vous trouvez l'une belle et l'autre laide, c'est que vous avez encore besoin d'apprendre à voir, d'apprendre à affiner votre regard pour trouver partout la beauté !

 

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L'essentiel n'est ni de vivre riche, ni de vivre mieux ou vieux, ni même de vivre en bonne santé mais de savoir pour quoi l'on vit, cela donne à l'âme un inestimable contentement.

 

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Au seuil de la mort, deux choses me semblent essentielles : partir le cœur apaisé (sans regret sur sa vie passée et satisfait de ce que l'on a vécu) et s'en aller l'esprit serein (sans crainte de ce qui va arriver).

 

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Vivez non pas comme si chaque instant était le dernier mais comme s'il pouvait être le dernier.

 

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Encourager les autres à s'aider eux-mêmes (à trouver en eux les ressources nécessaires) est sans doute la meilleure façon de leur venir en aide.

 

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Parler ou se taire. Souvent il n'y a guère de différence… la vérité est partout… au cœur du bruit comme au cœur du silence… et derrière les apparences, chacun peut la deviner.

 

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Ecouter l'autre, c'est souvent entendre sa propre voix.

 

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La force de la volonté n'est rien face à celle d'un long mûrissement intérieur.

 

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Compagne et compagnon de vie : infime particule du monde et pierre angulaire du nôtre.

 

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Si l'on demandait à chacun de dessiner la carte des souffrances et des bonheurs humains, nul ne s'entendrait ni sur les territoires ni sur l'itinéraire pour traverser l'existence sans encombre.

 

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Au-dessus des nuages, nul mauvais temps, mais un ciel infini. En dessous, un voile de grisaille percé de quelques éclaircies. Mais à y regarder de plus loin, les choses apparaissent différemment. Au-dessus des nuages, un ciel bleu et infini. Et au-dessus du ciel bleu et infini, le noir le plus sombre, l'obscurité la plus grande. Toute élévation demeure un mystère!

 

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Le rejet (souvent inconscient) d'une partie de soi est sans doute à l'origine de notre violence, violence intérieure d'abord que l'on exerce, souvent à notre insu, envers quelques parties de nous-mêmes, et violence extérieure (simple reflet de notre violence intérieure) que l'on exerce à l'encontre de quelques parties du monde.

 

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L’homme n’aime souvent que ceux qui lui ressemblent et ce qui le rappelle à lui-même. Il faut pourtant apprendre à aimer la différence. C’est elle qui nous enjoint de repousser sans cesse les limites de notre (in)tolérance, à accepter progressivement des pans entiers de nous-mêmes et à accueillir toujours davantage l’autre qui devient progressivement notre prochain, puis notre proche, et sans doute par la suite une réelle partie de nous-mêmes.

 

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Il y a dans la vie de chaque Homme, des parcelles de bois sombres, des clairières lumineuses, des coins de terre obscurs et des bouts de ciel bleu, une infinité de paysages inexplorés. Le vrai voyageur quitte sa demeure pour aller arpenter ce monde.

 

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Le découragement est le signe d’une attente trop grande à l’égard de la vie, une incapacité partielle ou totale à accueillir les évènements en cours, la vie qui vient et la vie à venir.

 

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Perdre, c’est gagner en humilité et en dénuement. Savoir perdre est une immense victoire sur soi-même.

 

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Tourner en rond… jusqu’à ouvrir la brèche de notre regard étroit. Tourner en rond… jusqu’à ce que l’infini nous apparaisse au-dedans.

 

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Il y a en nous tant d’horizons inexplorés… tant de vérités à découvrir… Chacun est à lui seul un monde infini.

 

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Lorsque la vie nous détourne de notre chemin (celui que nous avons construit ou plus exactement l'illusion d'avoir construit, celui auquel nous aspirons profondément), c'est toujours là un détour nécessaire, une étape indispensable pour nous rapprocher de nous-mêmes.

 

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La vie assigne à tout homme une double tâche : trouver une place en ce monde qui lui permette d'être lui-même.

 

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Tout sentiment de contrainte n'est pas une entrave à la liberté mais une invitation à se libérer d'une vision grossière et erronée de la liberté. Mais qu'il est difficile de s'en persuader lorsque nous sommes mis à l'épreuve…

 

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Nous ne sommes les uns pour les autres que les instruments de la vie. Il serait vain de croire autre chose.

 

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La façon dont nous voyons la vie n’est que le reflet de notre monde intérieur.

 

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Un regard bienveillant transforme le monde.

 

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Apprendre à tout accueillir… apprendre à ne rien rejeter… pas même son incapacité à accueillir… ni même sa volonté farouche de tout rejeter.

 

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Se perdre, c'est retrouver une partie de soi trop longtemps oubliée, écartée.

 

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La vraie liberté est d’accepter de devenir le serviteur enjoué de la vie.

 

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Les aspérités de l’existence sont des coins d’ombre où l’on se brûle souvent. Pour qui sait y demeurer, elles deviennent un abri réconfortant et un tremplin vers la Lumière.

 

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La vie rêvée, la vraie vie n’est autre que celle que nous vivons.

 

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Ne jamais faire le jeu du monde, mais laisser la vie édicter ses règles.

 

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Refuser toute protection, toute carapace, toute fuite face aux aléas de la vie, c'est apprendre à se tenir debout dans la tempête.

 

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Certains jours, nous n'avons plus ni la force ni le courage de marcher… il nous faut alors puiser en nous plus profondément encore pour trouver la force et le courage d'accueillir le découragement et l'apathie… c'est aussi cela poursuivre le chemin en soi…

 

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Apprends à faire de toute chose une rencontre… de tout geste une découverte… de toute situation un territoire à explorer…

 

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Il est idiot et inutile d'avoir peur que la vie nous reprenne ce qu'elle nous a donné. La vie ne donne ni ne reprend rien. La vie transforme, nous transforme et se transforme. Vivre, c'est se transformer sans cesse. Craindre le changement, la métamorphose, la transformation, c'est tout simplement avoir peur de vivre.

 

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Apprendre à accepter ses parts d'ombres, c'est commencer à trouver en soi un peu de lumière.

 

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Nous devrions remercier tous ceux qui nous agacent ou nous exaspèrent car ils nous révèlent, malgré eux, les aspects de nous-mêmes que nous détestons. A chaque fois que nous les croisons, ils nous offrent l'occasion de nous ouvrir à ces aspects que nous refusons de regarder.

 

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Ce sont nos pensées, nos actions et notre regard qui donnent au monde sa couleur, son éclat et son relief.

 

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Nous ne connaissons qu'une infime partie du chemin. La vie humaine n'est sans doute, elle-même, qu'une essentielle et modeste étape sur le chemin de la vérité.

 

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Cheminer vers soi consiste à ôter une à une les pelures que nous avons revêtues pour nous protéger des dangers du monde et de la vie pour découvrir enfin notre nudité et notre vulnérabilité. C'est cette fragilité qui nous rend invincible et nous donne la force de nous tenir debout dans toutes les tempêtes.

 

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Ne rien craindre de la Vie car elle nous ouvre, nous offre ou nous invite au meilleur chemin qui soit.

 

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Donner du bonheur aux autres n'est pas les divertir d'eux-mêmes, c'est au contraire les aider à explorer (et à arpenter) leurs terres obscures, leur permettre de remuer leurs fientes et leurs scories, bref, les encourager à plonger au cœur de leur être pour qu'ils trouvent leur propre joyau.

 

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Ne s'accrocher à rien est le plus sûr moyen d'aller plus libre. Ne s'accrocher à rien ne signifie pas être indifférent mais se laisser traverser, accueillir sans retenir, laisser partir sans s'agripper…

 

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Elargir son cœur sans le déchirer… voilà une tâche peu aisée…

 

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Il n'y a pas d'amour heureux, dit le proverbe. Effectivement, il n'y a pas d'amour égoïste heureux. Et l'Amour (l'amour véritable) ne rend pas heureux… il apporte la Joie, celle qui est au-delà du bonheur.

 

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Gardons-nous de juger la vie et le monde, apprenons à rester humbles, ouverts et sans a priori et tous deux, croyez-le, sauront nous révéler, derrière leurs tristes et parfois terribles apparences, toute leur beauté.

 

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Il y a parfois une grande tristesse à être au monde… une infinie tristesse éclairée parfois de petites joies dérisoires…

 

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La recherche de plaisir, de confort et de sécurité est un mauvais guide sur le chemin. Refuser de les suivre systématiquement nous épargnera bien des impasses.

 

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La souffrance est un aiguillon efficace, elle est sans doute notre meilleure amie. C'est elle qui nous pousse sur le chemin. Mais il faut du temps pour s'en rendre compte et plus encore pour pouvoir lui rendre grâce.

 

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En cette vie, chacun doit tenir son rôle, celui que la vie lui a octroyé. On trouve son rôle en écoutant la vie en soi. 

 

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Le monde cherche des guides, des modèles et des réponses toutes faites pour le guider (vers le bonheur, la sagesse, la vérité). Le mimétisme est le signe d'une grande puérilité et d'une affligeante paresse. C'est se méprendre sur la quête. Nul effort ne peut être épargné à celui qui chemine.

 

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Ne jamais rien avoir à prouver à quiconque ni à soi-même… l'un des meilleurs moyens de se délester de fardeaux inutiles, une façon de ne jamais se laisser dérouter… et enfin une libre possibilité d'avancer vers soi…

 

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Se préparer à la mort, c'est apprendre que toute chose a une fin irrémédiable.

 

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En apprenant à accueillir progressivement la Vie, on trouve la Joie. Quand on a trouvé la Joie, la Vie s’invite naturellement.