Recueil / 2005 / La quête de sens

Ce livre intéressera principalement les êtres en quête, les chercheurs existentiels et autres arpenteurs de vie, toutes celles et tous ceux qui cherchent un sens à leur existence ou qui se trouvent sur l'avant-chemin spirituel. Vous y trouverez des repères, des interrogations, des recommandations, des témoignages, des points de vue, des messages et des conseils que j'ai consignés au fil de mes livres et au fil de ma quête pour tenter d'éclairer chaque chercheur dans sa propre vie et lui permettre ainsi d'avancer sur sa propre voie.

 

 

Préambule

Un grand nombre d’ouvrages témoigne d’histoires humaines ordinaires, histoires qui évoquent le plus souvent l’Homme plongé dans son ignorance et son égocentrisme aux prises avec ses angoisses, son mal-être et sa quête égotique et infructueuse (centrée essentiellement sur la satisfaction de ses désirs).

Beaucoup d’ouvrages traitent également de l’Homme sage, de l’Homme réalisé parvenu à un état de détachement empreint de joie et de sérénité qui (après un long chemin intérieur et de rudes épreuves spirituelles) accède au bien-être, à l’éveil, à la réalisation située au-delà de l’ordinarité commune.

Mais peu évoquent le passage, la transition de cet état de mal-être et de quête (parfois fébrile) aux premiers pas sur le chemin intérieur. Peu retracent l’itinéraire de l’Homme situé dans cet entre-deux, de l’Homme encore englué dans son ordinarité et pas encore établi sur le chemin spirituel, de l’Homme qui aspire à sortir du marécage du monde (en y étant encore entièrement ou en partie empêtré) et qui ignore le chemin à emprunter, de l’Homme égaré qui marche vers une sagesse qu’il sait encore inaccessible.

Ce livre tente (sans doute trop succinctement et peut-être maladroitement) de combler cette insuffisance en redonnant sa place à cet Homme à la croisée du monde conventionnel et du monde intérieur, qui chemine de l’extérieur vers le centre de son être et qui tente de progresser de l’étroit vers l’ouvert au-delà des chemins balisés et souvent à contre-courant des règles et des normes communément établies. Telle est l’ambition de ces pages. Puissent-elles soutenir le lecteur et l’encourager dans sa démarche et son cheminement. Puissent-elles l’inviter à s’ouvrir au monde infini qui l’habite… et l’aider à donner sens (un sens véritable) à sa vie pour qu’il apprenne enfin à mieux vivre avec lui-même, avec le monde et les aléas de l’existence.

 

 

Introduction

J’ai écrit ce livre pour permettre à chacun - et en particulier à ceux qui le souhaitent - de bénéficier de ma modeste – et néanmoins relativement longue – expérience de quêteur de sens.

Ce livre intéressera principalement les êtres en quête, les chercheurs existentiels et autres arpenteurs de vie. Toutes celles et ceux qui cherchent un sens à leur existence ou qui se trouvent sur l’avant-chemin spirituel. Si vous pensez appartenir à l’une de ces catégories, vous y trouverez quelques informations et quelques encouragements qui vous aideront peut-être dans votre cheminement.

Cet ouvrage vous propose de nombreux extraits de mes livres précédents, sélectionnés sous l’angle exclusif de la quête existentielle. Vous y trouverez des repères, des interrogations, des recommandations, des témoignages, des points de vue, des messages et des conseils que j'ai consignés au fil de mes recherches (et au fil de mes livres) pour tenter d'éclairer chaque chercheur dans sa propre vie et lui permettre ainsi d'avancer sur sa propre voie.

Mon ambition n'est pas de vous indiquer le chemin de mes découvertes car il appartient à chacun de trouver ses vérités et à chacun de bâtir son chemin. Mon seul dessein est de vous apporter une aide et un réconfort éventuel si vous êtes désespérément à la recherche d'un sens à votre existence.

Avant de vous laisser arpenter cet espace, j'aimerais vous dire que d'autres aussi marchent (ont marché et marcheront encore) à la recherche d'eux-mêmes, cheminant avec la même peine, menant avec obstination cette même quête.

J'aimerais aussi vous dire de ne jamais désespérer d'être sans réponse et sans vérité et qu'il n'est pas vain de continuer à chercher jusqu'à l'obsession un peu folle, la signification, le sens de sa présence ici-bas. 

Je vous souhaite une bonne et fructueuse quête.

 

 

Qu’est- ce qu’un chercheur existentiel ?  

Un quêteur de sens est le terme générique qui définit un être qui cherche un sens à la Vie - un sens singulier et/ou universel. Selon l'avancée de ses recherches, le quêteur peut être qualifié de chercheur existentiel (un être qui cherche encore un sens à l'extérieur de lui-même) ou de chercheur intérieur (un être qui, après s'être frotté et très souvent cogné aux quatre coins du monde, poursuit son chemin et sa quête de sens en empruntant la voie de l'intériorité).

 

Mais quelles que soient les différences (et parfois même les nuances) qui définissent le quêteur de sens - qu'il soit chercheur existentiel ou chercheur intérieur - ce dernier aspire fondamentalement à trouver un sens à l'existence. Je n'ai jamais entendu ces termes dans une autre bouche que la mienne et ne les ai jamais vus sur d'autres pages que celles que j'ai écrites. Je m'en étonne... mais rassurez-vous, je n'ai pas la présomption de croire que je suis le premier à tenter de nommer une catégorie particulière d'êtres humains qui cherchent à comprendre le sens de la vie. Bien d'autres avant moi s'y sont penchés... et sûrement avec plus de succès et de rigueur.

 

Il n'en demeure pas moins que ces termes me semblent appropriés pour définir et qualifier ce genre d'individus. Dans cet ouvrage, je vais tenter (sans doute maladroitement) de définir le quêteur de sens, d’établir son portrait (si tant est qu’il en ait un), de mettre en évidence son itinéraire, d’éclairer le lecteur sur le regard qu’il porte sur le monde et sur la vie, de passer au crible les différentes phases de sa trajectoire, de rendre compte de son évolution vers l’intériorité et d’évoquer enfin les premiers pas qu’il effectue sur le chemin intérieur et les transformations majeures qui s’opèrent en lui.

 

 

Le chercheur existentiel

Tentative de définition

Généralités

Chacun homme est à la recherche du bonheur et d'une certaine forme de sagesse dans son existence, mais bien peu s'engagent délibérément et entièrement dans une véritable quête. Chacun se forge, au fil de la vie, une philosophie existentielle (intuitive ou réfléchie, grossière ou élaborée) qui impulse les choix importants et colore en grande partie la conduite de vie, mais peu d'Hommes ressentent la nécessité intérieure de s'engager pleinement dans une longue et difficile démarche de compréhension de la vie. Contrairement au plus grand nombre, la recherche du sens de la vie est fondamentale, voire vitale pour le chercheur existentiel (il s'y emploie de façon permanente et quasi obsessionnelle). 

 

 

Que cherche-t-il exactement ?

Le chercheur est en quête d'une vie idéale conforme à ses aspirations et aux exigences contraignantes du réel. Il aspire à concilier ses idéaux intérieurs à la réalité et au monde qu'il considère souvent comme des entraves à sa réalisation et à son épanouissement personnels. Il s'investit dans des projets qu'il juge susceptibles de satisfaire ses exigences intérieures. Le chercheur arpente la Vie en enchaînant les expériences existentielles (passant de l'une à l'autre sans cohérence apparente, guidé par cette seule quête qui constitue le fil rouge de son existence). Son parcours et sa trajectoire sont souvent jugés (par les autres) comme chaotiques et incohérents. Souvent instable professionnellement, le quêteur rêve de trouver et de s'engager dans une activité à même de répondre à toutes ses attentes.

 

 

Quel genre d'être est-il ?

Le chercheur existentiel est inconsciemment ou non un être en quête d'absolu, un être fondamentalement métaphysique. Un être, de par l'inaccessibilité de sa quête, souvent mal dans sa peau, un être régulièrement en proie au mal-être, un être en souffrance. Un être décalé, un être à la marge, un être de l'entre-deux, pas réellement inclus dans le monde ni véritablement exclu du monde, un être à la fois acteur et spectateur du monde. Un être globalement insatisfait (en recherche quasi permanente d'amélioration voire de perfection). Un être qui se sent (le plus souvent) différent de la plupart de ses congénères, en décalage par rapport au monde, tout en étant globalement et en apparence très semblable. Un être très souvent grave - à l'incurable gravité existentielle - qui éprouve toutes les peines du monde à goûter aux plaisirs et aux joies de l'existence. Un être qui éprouve l'irrépressible besoin d'évoluer et qui déteste, le plus souvent, toute forme d'immobilisme et d'ankylosement. Un être curieux et ouvert d'esprit, à l'affût du monde et de lui-même. Ses questionnements ont trait aux aspects essentiels et fondamentaux de la vie. Le chercheur cherche dans les domaines les plus divers des éléments de réponses à ses questionnements (dans les livres, dans l'art, dans les sciences, dans les rencontres...). Un être solitaire (à l'indéfectible solitude) qui ne sent aucune appartenance profonde à un groupe humain particulier et qui se sent plutôt appartenir à l'espèce humaine et plus largement encore à la grande famille des êtres vivants. Le chercheur existentiel n'aime généralement pas les groupes. Il chemine seul et vit sa quête dans une très grande solitude (solitude d'ailleurs souvent délibérément choisie) même s'il vit parfois cette solitude avec beaucoup de difficultés notamment dans les périodes d'incompréhension, de doute, de remise en question et les crises de mal-être. Le chercheur existentiel est souvent à la recherche dans son entourage et ses relations d'appuis et d'encouragements propres à nourrir et à conforter sa quête. Il a l'intuition d'une sagesse qui lui reste néanmoins encore inaccessible.

 

 

Comment perçoit-il le monde ?

Le chercheur existentiel éprouve souvent un sentiment d'incompréhension à l'égard des activités humaines les plus courantes et les plus répandues (ce qui provoque souvent une certaine forme de mépris à l'égard de la gente humaine, voire parfois une franche misanthropie). Le chercheur est un être qui ne peut souffrir (la plupart du temps) les valeurs véhiculées et prônées par ses contemporains qu'il juge, en général, superficiels et sans intérêt englués dans les divertissements et les distractions tous azimuts, motivés par une recherche effrénée de confort, par l'appât du gain et du pouvoir et par un goût excessif pour le paraître... Il est souvent acerbe et critique à l'égard du monde. Le chercheur se moque de la réussite sociale, du pouvoir et de l'argent. Seule sa quête a quelques valeurs à ses yeux. A ce titre, il s'engage d'ailleurs souvent dans une démarche artistique professionnelle ou amateur (écriture, peinture, photo...), l'un des rares domaines susceptibles, à ses yeux, de le faire avancer dans sa recherche.

 

 

En résumé

En résumé, il serait raisonnable de définir le chercheur existentiel comme un chercheur de vérité, de sagesse et de bonheur qui aspire à donner un sens à son existence et à son humanité et un sens (un sens universel) à la Vie. Le chercheur existentiel est un être en quête d'une place dans le monde qui lui permettrait de concilier ses exigences intérieures (idéaux et aspirations) et les exigences du réel. C'est un être ouvert d'esprit, curieux de lui-même et soucieux du monde qui cherche à comprendre les aspects fondamentaux et universels de l’Homme, de l’existence et du monde humain. C'est un être qui aspire à vivre pleinement et harmonieusement avec lui-même et mieux vivre en compagnie des autres. C'est un chercheur d’Absolu, à l'affût permanent de nourritures existentielles. C'est un être qui tente de se nourrir de toutes choses; d’expériences, d'évènements, de livres et de rencontres. Cette quête répond à une aspiration profonde, un besoin indispensable, une nécessité absolue, presque (voire totalement) vitale. Et l'existence du chercheur existentiel n’est souvent qu’une longue succession de recherches infructueuses (étapes nécessaires à la poursuite de sa quête).

 

 

Les grands cycles de la quête existentielle

La quête du chercheur existentiel obéit presque toujours à un cycle (à l'infaillible mécanique). Ainsi, le chercheur alterne souvent des périodes d'enthousiasme - phases pleines d'allant et fort prometteuses - et des phases de repli sur soi, de désœuvrement et de dégoût existentiels. 

 

 

L'insatisfaction 

Le chercheur existentiel est un être toujours insatisfait et toujours déçu par les expériences qu'il vit et les projets qu'il réalise. Il remet souvent (voire toujours) en cause l'existence qu'il est en train de vivre (existence qu'il juge la plupart du temps insatisfaisante, décevante, navrante, déprimante...) 

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : A l’origine, il y a l’ennui. Toujours il y a l’ennui. L’ennui et le dégoût. Le dégoût de soi et celui du monde que l’on contemple à travers le miroir de l’âme et des hommes. Le regard acerbe et la plume acérée n’épargnent personne. On fustige l’horreur, on blâme la médiocrité, ces reflets si perceptibles de nous-mêmes. Mais il ne faut pas s’y tromper, il n’y a que notre propre faiblesse que l’on voudrait voir anéantie. Ainsi, de railleries en récriminations, l’ennui se propage - en mal insidieux qui se nourrit de lui-même -. Le spectateur du monde s’en délecte jusqu’à plus soif. Quant à l’observateur autocritique, il ne parvient guère, lui, à s’en repaître indéfiniment. Il finit par se lasser. Sa vision sardonique du monde l’interpelle, ou plus exactement réussit à l’interpeller. Il ne peut se résoudre à sombrer totalement dans ce qu’il hait et récuse. Il aspire à la différence, à être différent de ce monde qu’il ne peut souffrir. 

 

 

La réflexion 

Déçu, le chercheur se met alors en quête... quête d'une idée, d'un projet qui pourrait enfin lui permettre de trouver une vie harmonieuse conciliant idéaux et aspirations intérieures et faisabilité. Lors de cette phase, le chercheur se met à réfléchir. Il cogite à la recherche d'une nouvelle expérience à même de satisfaire ses exigences (nouvelles et/ou anciennes). Il se laisse aller à la réflexion, se laisse traverser par maintes idées et maints projets (parfois réalisables, souvent irréalistes (voire utopiques)), il recherche des informations en lui, dans la vie des autres (d'éventuels exemples pour lui) et dans le monde. Il envisage de multiples possibilités, passe en revue toutes les éventualités qui s'offrent à lui. Bref, le chercheur est en pleine effervescence mentale et existentielle.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Alors arrive l’attente. L’attente de tout, l’attente de rien. D’une clameur à l’horizon. Presque imperceptible. D’un bruissement léger du vent dans la frêle ramure de la vie. L’attente d’une métamorphose invisible qui amorce soudain l’idée du voyage. Le cœur part alors en quête. Il s’obstine à imaginer quelques destinations promises, une terre inexplorée, un paradis depuis longtemps rêvé. L’esprit les considère, les juge, les jauge et finalement se laisse mener vers un espace dicté par une intuition inconsciente. 

 

 

La préparation au changement de vie

Une fois l'idée ou le projet trouvé (non sans mal d'ailleurs), le chercheur s'active à mettre en œuvre l'expérience dans laquelle il souhaite s'engager. Il entreprend alors de nombreuses démarches pour se jeter dans l'aventure.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Ensuite viennent les longs préparatifs ; fastidieux et euphoriques, pleins d’angoisse et de bonheur. Puis l’impatience détrône l’ennui. L’attente se fait alors plus prégnante, plus trépignante. La traversée du monde est là, imminente, à portée de main.

 

 

La mise en œuvre du choix existentiel

Le chercheur s'engage (formation, remise à niveau, stage, nouvelle activité, création...). Bref, le chercheur se donne les moyens de réaliser son nouveau projet. Et le bougre y travaille dur. Plein d'allant et débordant d'enthousiasme, il croit avoir enfin trouvé LA solution à TOUS ses problèmes et ses difficultés. Il est certain que ce choix est le bon et cette nième recherche l'ultime réponse.

 

 

La réalisation du projet

Le chercheur entre alors dans une phase nouvelle. Il entre de plein pied dans le nouvel univers qu'il a choisi. Les premiers temps, malgré quelques doutes qui parfois viennent l'étreindre, le chercheur est heureux de sa nouvelle existence. Puis, avec le temps, quelques jours, quelques semaines ou quelques mois (voire peut-être même quelques années pour les chercheurs les plus opiniâtres), le malaise resurgit, le mal-être vient de nouveau frapper à la porte. Le chercheur est de nouveau en proie à l'insatisfaction et à la déception car cette nouvelle vie se montre encore une fois fort différente de celle qu'il avait imaginée... et donc fort décevante.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Après l’attente et le choix d’une terre nouvelle à explorer, après les démarches et les formalités, voici enfin venu le temps du départ, le temps de la traversée et de la découverte. Et qu’importent les terres traversées... Ses seuls compagnons seront la solitude et ce regard distant sur ces bouts de landes inconnus, loin des terres conquises et apprivoisées. Au cours de ce voyage, le marcheur découvrira mille paysages, ressentira mille choses, éprouvera mille sentiments. Ainsi au fil des pas, au fil des pages, il pourra rencontrer l’étonnement, l’ennui, la joie ou la honte, il pourra côtoyer le plaisir, les doutes ou l’incompréhension. Il pourra éprouver aussi (et l’éprouvera immanquablement) le mal être, le bonheur et la sérénité avec cet étrange sentiment d’avoir enfin trouvé son chemin et la crainte terrifiante de s’y perdre. Et au bout du voyage, le marcheur comprendra qu’il s’est de nouveau fourvoyé sur une route qui n’était pas la sienne.

 

 

Le retour à l'insatisfaction

Déçu mais aussi plus riche de cette nième expérience, le chercheur existentiel se remet en quête d'une nouvelle idée, d'un nouveau projet. Ainsi est la vie du chercheur existentiel...

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : En dépit du ressentiment et des regrets, le voyageur sortira de cette traversée avec un moi nouveau, un moi plus riche de lui-même. Et en quittant cette étroite bande de terre, il retrouvera avec joie sa liberté. Il s’arrêtera un instant puis très vite repartira ailleurs – en arpenteur de vies – à la recherche de nouvelles terres à explorer, à la recherche de contrées plus lointaines et plus riches de sens et d’expériences qui lui indiqueront l’horizon, l’horizon d’un avenir plus prometteur encore.

 

 

Les grandes thématiques de la quête existentielle

Voici les thèmes principaux qui accompagnent le chercheur sur son chemin et qui occupent parfois son esprit jusqu'à l'obsession.

 

 

Les questionnements fondamentaux

Ces questionnements sont incessants. Ils harcèlent sans discontinuer le chercheur existentiel. Ils peuvent intervenir à tout moment de la journée (voire plusieurs fois par jour à certaines périodes). Ils ont principalement trait au sens de l'existence, à la recherche de la "vraie vie", à la quête de la sagesse et aux fondements de ses essentialités.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Je n’ai eu de cesse, au cours de cette vie, de m’interroger sur le sens de l’existence. Et toujours, je me suis heurté à l’étroitesse de ma compréhension. Etrange, obscur et absurde phénomène que ce passage ici-bas. Les raisons de cette présence en ce monde m’échappent et m’échapperont peut-être jusqu’à mon dernier souffle. Comment répondre dès lors à une telle question ? Exit donc cette vaine interrogation. Que nous reste-il alors ? Si ce n’est le sens particulier qu’il nous faut donner à cette vie à défaut d’en trouver un plus universel.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Que faisons-nous donc de nos journées ? Beaucoup de travail, beaucoup de sommeil et quelques heures que nous gaspillons en repas, en repos et en tâches ménagères et que nous dilapidons en divertissements et autres menus plaisirs. Mais où est donc la vraie vie ? Quelle est-elle vraiment ? Et comment avoir le temps avec cette vie-là de la découvrir et de la vivre ? J’ai toujours eu le sentiment désagréable de marcher à côté de ma vie et d’en subir une qui n’a jamais vraiment été mienne. Que faire alors ? Comment se donner l’illusion de choisir pleinement son existence ?

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Pourquoi ce qui intéresse les hommes n’est-il jamais l’essentiel ? Souvent je me pose cette question, simple d’apparence, et pourtant… Feignent-ils de l’ignorer ? S’y consacrent-ils en cachette au plus profond de leur solitude et de leur intimité ? N’y songent-ils jamais (j’en doute, mais qui sait peut-être ?). Je les vois s’entretenir avec le plus grand sérieux sur les sujets les plus futiles, dignes d’aucun intérêt. Même les plus intelligents s’y soumettent. Pourquoi ? Et qui suis-je, moi, pour penser que je suis l’un des rares à me préoccuper de l’essentiel ?

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Quelle est la vraie, la seule, l’unique question à laquelle il vaille la peine de répondre ? La question la plus essentielle à la vie de tout chercheur existentiel ? Voici cette question déclinée de trois façons à la fois identiques et différentes! Quel sens donner à son existence ? Quelle orientation lui donner ? Quelle direction prendre ? 

 

(extrait) PENSEES VAGABONDES : L'essentiel n'est ni de vivre riche, ni de vivre mieux ou vieux, ni même de vivre en bonne santé mais de savoir pour quoi l'on vit, cela donne à l'âme un inestimable contentement.

 

 

Le mal de vivre

Terriblement présent dans la vie du chercheur, le mal de vivre est une sorte de compagnon de route, à la fois terrifiant et nécessaire à la poursuite du chemin. 

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Toujours j’oscille entre celui que je suis et celui que je souhaiterais être. Et cela m’écartèle, sans cesse, sans aucun répit, comme un condamné à perpétuité.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : De nouveau, ce sentiment de flottement, cette impression de glisser hors de la vie, cette sensation d’égarement de vous-même. Le mal de vivre comme plaie incurable. La mort même, je crois, ne saurait me délivrer de cette blessure.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Aujourd'hui, j’ai couru tout le jour, happé sans résistance par cette odieuse nécessité de vivre. Cette odieuse nécessité de subvenir à mes besoins vitaux. Ô qu’est terrible de se consacrer à cette vile activité qui m’ordonne l’agir. Agir, voilà à quoi je passe mes stupides journées. Rongé, fébrile et diaboliquement frénétique, voilà le personnage qu’il me faut revêtir aujourd’hui. Et j’ai l’étrange sensation d’être littéralement rongé de l’intérieur, de n’être plus que la proie facile et malheureuse d’un système auquel je ne peux me soustraire. Cette vie me ronge. C’est là ma redoutable impression. Pourtant, rien, ni personne ne m’a contraint à m’infliger ce retour au monde. Personne ne m’a forcé à retrouver ce gouffre. Quelle torturante contradiction ! C’est seul que j’ai décidé d’y revenir ! Tu dois penser, mon cher I. que ce retour au monde est une belle absurdité ! Oui ! Tu as raison ! C’est une terrible absurdité qui broie mes jours pour me laisser sans force le soir venu, vide d’envies et de désirs. C’est là une affligeante nécessité qui accapare mes jours et hante mes nuits en m’obligeant à l’acharnement jusqu’au délire ridicule de l’obsession. Agir, réussir. Agir, réussir. Aujourd’hui, ces deux misérables mots me poursuivent et me contraignent, chaque jour, à revêtir la parure grotesque et malsaine de l’acteur du monde que je me refuse à devenir. Ô mon cher I., si tu pouvais ressentir ma douleur…. Je ne suis plus aujourd’hui que l’ombre de moi-même, un misérable pantin endimanché à qui le monde fait perdre la tête. Ô pauvre de moi ! Pauvre de moi ! Et cette infâme pitié que j’éprouve en regardant ma vie. Pauvre pantin bercé par le chaos du monde.

 

(extraits) PAGES DE VIE : Aujourd’hui le ciel s’est assombri. Et votre joie de vivre s’est envolée. Elle s’était posée quelques instants sur vos jours, puis comme un papillon volage, elle vous a quitté pour d’autres fleurs aux pétales plus attrayants. Avec elle est partie la lumière des beaux jours. Peut-être a-t-elle deviné le ciel gris de vos pensées, senti l’inéluctable retour de l’orage ? Alors elle a préféré vous abandonner à votre tristesse, soucieuse de protéger ses ailes délicates. Et elle s’est éloignée, trop fragile pour affronter le grondement sourd de votre désespoir. 

 

A présent, les nuages sombres de la mélancolie sont proches, menaçants, comme annonciateurs d’une averse de désespérance. Mais vous ne savez lire dans ce ciel si vaste et si changeant. Vous êtes à sa merci, résigné à vous plier à la fureur du déluge comme une fleur délicate incapable de se protéger de la pluie cinglante de la douleur. Alors inquiet, vous attendez que s’éloigne le tourment. Et dans votre attente impatiente et anxieuse, vous priez pour que reviennent les rayons de la joie en espérant le ciel clair de l’espérance comme un ultime appel à votre joie de vivre papillonnante.

 

(extrait) DOCPSI OU LES MAUX DU DESTIN : Certains jours, je me dis que le plus dur c’est d’en être réduit à rien. Je suis rien, rien, rien, c’est ça la vérité. Ni un fils, ni un père, ni un amant, ni un ami. Juste un type qui pense en rond dans sa tête. Un type qui n’arrive même pas à se supporter quand il est tout seul. C’est pas croyable d’être comme tu es, Docspi ! Mais rien n’y fait. Plus je me dis ça, moins je me supporte. Et pourtant je suis bien obligé. A cause de mon histoire... J’ouvre mon cahier. Ce vieux cahier tout déglingué que je range dans mon armoire. Et puis j’écris ce que j’écris maintenant. J’écris que je suis rien, rien, rien du tout et que c’est ça la vérité. J’écris plein de trucs comme ça. En les écrivant, ça fait du bien. Ça fait du bien ! je crie. J’écris que je crie que ça fait du bien. C’est vrai que ça fait du bien. Je me sens plus calme. Alors j’écris que je me sens plus calme. C’est idiot mais c’est comme si ça me soulageait d’un poids. Comme si c’était pas moi qui vivait ça. Mais un autre. Un autre que moi qui souffrirait à ma place.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Après cette journée passée trop loin de moi-même, me voilà perclus, épuisé, exténué. Ce soir, je suis au bord de la rupture. Et comme un ivrogne qui se précipite sur sa bouteille, je prends la plume pour te raconter. Pour t’écrire, dans une frénésie diabolique, ces mots que tu trouveras peut-être incohérents et dénués d’intérêt. Mais je t’écris, mon cher I., pour retrouver ma vie véritable, cette vie que j’ai roulée dans la boue, cette vie que j’ai trahie, cette vie à laquelle je n’ai pas cru et qui, elle non plus, n’a pas voulu croire en moi. Je voudrais tant te raconter l’enfer misérable dans lequel je me suis jeté…

 

(extraits) PAGES DE VIE : Ce matin, au réveil, vous ressentez une étrange fêlure comme si une vieille cicatrice s’était rouverte pendant la nuit. Et ce matin, vous êtes seul avec elle. Elle est là dans l’antre de votre âme, recroquevillée au creux du cœur, à l’abri des regards. Nul ne pourrait vous aider à vous en soustraire. Et il vous serait d’ailleurs impossible de l’extirper. Comme une bête apeurée, cette fêlure a trouvé refuge en vous. Depuis des années, elle vous accompagne. Peu à peu, vous avez appris à vous connaître. Et au fil des années, vous vous êtes habitué à sa présence sans jamais pourtant réussir à l’apprivoiser. Et malgré ce lien étrange qui vous unit, malgré cet apparent attachement, vous ne cessez de lui jeter des regards haineux, désireux de mettre fin à cette cohabitation forcée, animé par le puissant désir de retrouver votre liberté. Chaque jour, cette fêlure grignote davantage votre cœur. Chaque jour, elle vous insuffle son poison sournois qui asphyxie peu à peu votre existence. Chaque jour, c’est elle qui assèche davantage votre espérance et pourtant vous continuez de la nourrir.

 

Autour de vous, le silence. Vous êtes seul face à la bête traquée, cette féroce amie qui ronge votre vie, incapable de la débusquer et de lui tordre le cou pour que se taise la meurtrissure, incapable de lui arracher ne serait-ce que quelques plumes ! Et même si vous parveniez à la terrasser et à la traîner jusqu’au dehors, qui accepterait de partager avec vous cette misérable pitance ? Autour de vous, chacun a regagné sa solitude. Les amitiés se sont dérobées. Chacun a retrouvé sa cicatrice, s’est replongé dans son tête à tête avec sa bête immonde.

 

(extrait) DOCPSI OU LES MAUX DU DESTIN : Handicapé pour la vie. C’est dur de se dire que l’on est né comme ça. Et puis le temps passe, mais ça n’efface rien. C’est toujours là. Et c’est toujours aussi douloureux. Personne ne peut rien pour vous. C’est comme ça, c’est la vie. Pourtant quand je m’apitoie sur mon sort comme aujourd’hui, ça me met dans une drôle de colère. Une colère noire que personne ne voit jamais. D’ailleurs personne ne voit jamais rien, ni la colère, ni la tristesse, ni rien d’autre. Chez ceux qui vivent à côté de nous, on ne voit que le bonheur, et le plaisir, et la joie de vivre. Ça nous fait envie. Et pour le reste, on ne montre pas qu’on l’a vu. On le garde pour nous. Juste pour se dire qu’on est pas si malheureux au fond. Pourtant des problèmes, on en a tous. LUI les siens et moi les miens. C’est comme ça. Et on doit tous faire avec. On peut pas faire grand-chose pour aider les gens avec leurs problèmes, sauf à les écouter. Et au fond ce n’est pas grand-chose écouter les gens. Certains jours, j’aimerais bien crier à ceux qui vivent autour de moi que j’ai vu leur tristesse. Mais je n’ose pas. Je les regarde sans rien dire. Dans ces moments-là, je me sens tout proche d’eux…

 

(extraits) PAGES DE VIE : Absent, sans inspiration devant la copie blanche du jour. 8 heures d’examen chaque matin depuis de longues années. Et cela fait bien longtemps que vous n’apprenez plus vos leçons ; vous n’avez plus rien à dire, plus rien à écrire.

 

Aujourd’hui, c’est au-dessus de vos forces de rester là, assis la tête sur votre cahier à attendre la récréation, à attendre ainsi, l’esprit ensommeillé, près du radiateur qui brûle votre impatience. Aujourd’hui, vous êtes un cancre et vous ne craignez plus d’être expulsé du lycée triste des affaires du monde. Vous n’avez qu’une envie; être renvoyé à votre école de liberté.

 

Aujourd’hui, vous êtes las de voir tous ces élèves appliqués autour de vous, tous ces élèves consciencieux toujours prêts à lever le doigt dans l’espoir d’une récompense, d’un bon point ou d’une image et qui jettent à la ronde le regard satisfait de ceux qui ont compris, un œil sur vous, méprisant et arrogant et l’autre, si doux si mielleux, au maître d’école ravi. Aujourd’hui vous êtes fatigué d’écouter des heures durant tous ces vieux professeurs ennuyeux qui déchiffrent avec peine leurs notes délavées par l’ennui et déchirées par les années perdues. Vous êtes fatigué de toutes ces conversations sur les cours, les notes, les devoirs à rendre pour le lendemain, de toutes ces simagrées aussi creuses qu’inutiles.

 

Vous ignorez les raisons de votre présence ici, dans cette pension austère où chacun s’engage pour l’éternité, cloué dans cette salle d’étude pendant de longues journées et obligé de se mettre au lit la soirée à peine commencée au lieu d’aller jouer au dehors. Il n’y a pas de place ici pour les mauvais élèves, les enfants insoumis, rebelles à l’autorité du maître qui préfèrent sauter le mur pour aller courir après leurs songes et aller cueillir les étoiles. Vous avez toujours détesté votre métier d’élève. Vous avez toujours préféré rester chez vous, seul dans votre chambre, avec vos jouets, vos billes de rêves et vos poupées d’ennui, isolé du monde. Vous avez toujours aimé jouer avec des riens, des bouts d’écorce et des larmes noires de pluie, des jeux sans importance. Une feuille et un peu d’encre, et vous partez pour un long voyage immobile au pays de songes, dans le monde infini et mystérieux des mots. Et même si vos jeux n’amusent personne, et même si les adultes vous trouvent encore trop enfant, ce n’est pas grave parce que vous y croyez, vous, à ces histoires, à ces fables enfantines où vous êtes l’aventurier sans peur qui saute d’aventure en aventure, de mot en phrase, toujours invincible, toujours vivant.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Quelle joie ai-je à vivre chaque jour qui passe ? Je n’ai aucune joie à vivre car je ne sais pas vivre… au fond, je ne sais et ne fais qu’essayer d’exister. Et du présent, je ne peux saisir que le sentiment qu’il m’échappe. Non, le présent ne m’a jamais exalté. Son insipidité, oui, je la connais. J’ai cette profonde et douloureuse connaissance de la routine du quotidien, avec cette absence de l’âme, ce vide et cet ennui si caractéristiques du désœuvrement existentiel. Je connais aussi cette obsession un peu folle et un peu maladive de l’avenir, et n’utilise bien souvent le présent qu’à préparer ce futur qui m’angoisse comme pour essayer d’en atténuer l’incertitude. Eternellement pris entre l’enclume (l’insipidité du présent) et le marteau (l’angoisse du futur), ma vie ne peut que crier sa douleur tant elle me confine à la souffrance de vivre, à l’éternelle insatisfaction d’être.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES : Il y a parfois une grande tristesse à être au monde… une infinie tristesse éclairée de petites joies dérisoires…

 

Il y a tant de grandes choses en moi… pourquoi s'acharnent-elles à sortir si petites ? Est-ce lié aux limites de ma condition humaine ? En conserverais-je inconsciemment la plus grande part par devers moi ? Est-ce ma perception qui les déforme et leur donne un poids et une dimension qu'elles n'ont pas ? Pourquoi ces grandes choses ne sortent-elles donc pas à leur vraie mesure ?

 

 

L'ennui existentiel

On pourrait appeler indifféremment cet état singulier ennui existentiel ou désœuvrement métaphysique. C'est un vide que l'on porte en soi. Une absence totale de points d'accroche, de points d'attache avec la vie, avec le monde et avec soi. C'est une sorte d'abîme dans lequel il arrive au chercheur de glisser.

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Un après-midi pluvieux. Inerte. Figé dans l’immobilité du jour. Je suis là, silencieux. Sans haine. Sans joie. Simplement là et sans désir. Je ne fais rien. Je n’ai envie de rien. Pas même l’envie de ne rien faire. Je regarde l’ennui qui s’est approché. Il est entré d’un pas lent, paisiblement. Il est venu s’asseoir sans bruit, à mes côtés. Et il est resté là. Maintenant je l’observe, les yeux hagards. Je le vois. Je sais qu’il me parle. Je le sens s’immiscer en moi. Je devine ce qu’il veut ; encombrer mon âme qui rechigne à se suffire d’elle-même. Que puis-je faire ? Que dois-je faire ? Que faire lorsqu’on est soumis ainsi à la désespérance d’attendre ? Rien… seulement regarder la vie comme une offrande de chaque instant. Et peut-être aussi l’écrire… pour mieux s’en persuader.

Même dans l’ennui, il ne faut jamais désespérer de retrouver l’encre noire tarie. Les mots finissent toujours par revenir. Mais ils sortent fragiles, après ce désert de silence. Apeurés d’être livrés à la sauvagerie de la feuille blanche, ils s’écoulent avec lenteur, encore trop effrayés de retrouver la cruauté du monde.

 

Au plus profond de l’ennui, je sais désormais que je ne serai plus jamais seul. Les mots m’accompagneront comme des amis muets, heureux de m’écouter. Ils seront toujours là, prêts à me réconforter et à me distraire. Et toujours il y aura à dire parce que je suis bavard des mots que je m’écris à moi-même. Aujourd’hui, l’écriture me console du fardeau des jours, avec ce rêve dérisoire de colorier d’un peu d’encre la pâleur de l’ordinaire, malgré la peur secrète d’échouer devant la platitude de l’habituel que mes mots sont impuissants à égayer.

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Aujourd’hui encore, l’attente m’a enseveli, portant à son paroxysme mon dégoût des choses. Depuis quelques semaines, cette attente me laisse sans force, suçant le peu d’énergie qu’elle avait jusque-là épargnée. Et une fois de plus, je me sens glisser dans le creux du monde.

 

La matinée entière, je l’ai passée à relire le recueil de nouvelles écrites par un ami. J’y ai puisé un peu de vigueur qui m’a permis de traverser les heures jusqu’à midi. Le recueil achevé, je me suis replongé dans mes propres récits, curieux de connaître ce que j’en percevrai. Les résultats furent mitigés, sans grande conséquence sur mon humeur.

 

Dire que je suis préoccupé par l’accueil que l’on pourrait réserver à mon manuscrit n’est pas un vain mot. Et si maux il y a, ils restent bien faibles, bien en deçà des tourments qui m’assaillent depuis maintenant plus d’un mois. Cela fait effectivement trente jours que j’ai eu la prétentieuse idée de faire parvenir l’un de mes manuscrits à quelques éditeurs. Bien mal m’en a pris ! Et qu’ai-je fait là, sinon me jeter avec plus d’avidité encore dans l’angoisse de l’attente ? Comme si ma démission (Oui, j’ai décidé de quitter cette insipide activité où je m’enlise depuis bientôt un an) ne suffisait pas à me ronger les sangs. Mon séjour ici s’achèvera bientôt, dans quelques semaines, dans quelques mois tout au plus. Et je redoute maintenant avec d’autant plus de craintes les évènements futurs vers lesquels je bouscule mon existence, effrayé par cet effroyable abîme dans lequel je précipite ma vie.

 

Aujourd’hui, de tous côtés l’attente m’accapare, me harcèle et me jette dans l’aboulie. Alors comme pour endiguer l’oisiveté de mes jours et lutter contre l’angoisse, je m’abreuve de lectures lénifiantes; les vagabonds d’Hamsung, les grands chemins de Giono. Seuls les livres sont ainsi capables de transformer cette inactivité en une occupation constructive, en réflexions qui parviennent peu à peu à vous dégager de cette paresse contrainte et contraignante pour vous diriger d’un pas encore prudent vers une remise à plat de vous-même. En définitive, la lecture qui permet si souvent d’agrémenter l’ennui, vous offre aussi, presque à votre insu, le plus merveilleux de tous les présents, celui de vous permettre de porter un regard nouveau sur votre vie, d’en tirer quelques vagues conclusions pour poursuivre votre chemin vers de nouvelles espérances.

 

(extrait) DOCPSI OU LES MAUX DU DESTIN : Certains jours, je m'ennuie. C'est comme ça. Tout m'ennuie. Les autres, ma vie, le monde entier. C'est pénible. C'est le cas aujourd'hui. Je ne sais pas quoi faire. Comme tous les dimanches, je tourne en rond dans ma chambre avec des pensées qui tournent en rond dans ma tête. Tout me fatigue. J'ai fermé la porte à clé pour être tranquille. Parce que si l'on venait à me déranger, ça serait pire que tout. Dans ces moments-là, je deviens presque méchant. C'est comme une horreur que je serais obligé de faire sortir de moi. Je peux rien contrôler. Je gueule, je m'emporte, je dis des bêtises et des méchancetés que je ne pense même pas. Et ça fait mal à celui qui les reçoit en pleine figure. Et ça tombe sur n'importe qui, le premier qui passe, le premier que j'aperçois. Alors, dans ces moments-là, je préfère rester seul. Comme ça, je ne fais de mal à personne.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Les heures passent et la journée touche déjà à sa fin. Alors j’égrène le temps qui passe, en me laissant happer sans force ni résistance par les maigres évènements qui parsèment mes jours. Je vaque ici et là sans grand enthousiasme, porté par les seules contingences du quotidien et quelques dernières affaires à régler (avant mon départ définitif), dont la charge alourdit plus encore mon fardeau de fatigue. Aussi, chaque soir, je rentre épuisé par tant de vide. Je dois alors m’allonger pour trouver la force d’amorcer ma soirée. Et après ces quelques instants de repos, je parviens enfin à m’extraire de cette léthargie paralysante, bien décidé à profiter des dernières heures du jour, dernières heures que je passe maintenant à l’extérieur, le plus loin possible de l’ennuyeuse quiétude de l’appartement. Ainsi depuis quelques semaines, j’ai pris l’habitude de m’engouffrer parmi les joggers du soir dans la chaleur moite de ce début d’été. Moi qui me suis toujours moqué de ces coureurs à pieds, depuis bientôt un mois maintenant, je les rejoins presque chaque jour sur les berges du fleuve, m’efforçant de courir quelques kilomètres avant de céder presque toujours aux plaisirs moins éreintants de la marche qui s’accommode plus volontiers à mon penchant paresseux. Et chemin faisant, je laisse vagabonder mes pensées, ne leur imposant qu’une seule chose ; qu’elles m’aident à retrouver un peu de force pour le lendemain. Je n’ignore pas que ces sorties ne sont qu’une façon un peu lâche de tromper mon ennui. Je m’y astreins donc sans effort, prétextant auprès de S. une vague préparation physique en vue de la randonnée prévue cet été. Mais je sais qu’il n’en est rien. Je me résous seulement à rejoindre ce flot de citadins sportifs pour m’épargner l’angoisse terrifiante du désœuvrement, désœuvrement désormais permanent qui exacerbe plus encore mon inappétence à emplir plus intelligemment mes soirées. Et sans ces courses effrénées, je crois que mes jours sombreraient dans un vide absolu, un vide bien trop dangereux pour que je puisse m’y soumettre aujourd’hui. Aussi, chaque soir, je dois m’évertuer à extirper de mon corps le vide de mes journées, en croyant m’extraire de l’attente et de l’ennui, et en entrevoyant, à travers ces quelques gouttes de sueur, l’émergence de ma nouvelle vie.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Si peu de choses à vivre, si peu de choses à dire. S’occuper l’esprit comme nécessité absolue, pour ne pas sombrer à nouveau dans l’ennui. Accepter d’Être et de vivre sans ce petit rien de joie que procure l’esprit en mouvement. Accepter cet état larvaire. Vivre les heures au gré des insignifiances où elles vous promènent. Guère loin, cela il faut s’y attendre et s’y résoudre. Le temps passera, cette fadeur de vivre aussi. L’espérance n’est pas ailleurs. Temps libre que je dilapide en repos et en divertissements médiocres. Au mieux, je batifole. D’un plaisir à l’autre. D’une activité à l’autre. Et me reste le dégoût de ces choses mal ébauchées que je n’ai ni la force ni le courage d’achever.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Aujourd’hui, terrible journée d’ennui. Temps vain. Heures vides, minutes inutiles. 24 heures de ma vie envolées, irrémédiablement perdues. 24 heures qui n’ont servi à rien, si qui m’ont permis de m’ennuyer en pleurant sur mon sort… Ah ! La belle affaire ! Serait-ce là la seule activité dont je sois digne ?

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Parfois le vide m’étreint en arrivant sans crier gare pour passer la journée en ma compagnie. Le dimanche en particulier, ce jour si propice à l’ennui. Pourtant, à ce jour béni du repos, j’y songe souvent dès lundi, m’imaginant déjà profiter de ses heures paresseuses, ou programmant quelques activités plaisantes, sûr dès lors de prendre, le fameux jour, du bon temps et de vaquer enfin à ce qui me plaît. Et lorsque arrive dimanche, je m’atèle consciencieusement aux tâches prévues, sans joie ni plaisir, en pensant déjà à lundi.

 

Le dimanche est un jour bien traître. Aussi perfide que l’ennui qu’il amène avec lui. On s’y traîne sans savoir si l’on va s’en sortir. Et pourtant si. Lundi finit par arriver. L’ennui après l’ennui. A défaut de mourir d’ennui, cette vie est à mourir de désespoir…

 

(extrait) DOCPSI OU LES MAUX DU DESTIN : Dehors, j'entends la voix des camelots haranguer la foule des chalands qui se pressent devant les échoppes. C'est jour de marché aujourd'hui. Et les jours de marché me donnent cette occasion presque inespérée de tromper un moment mon ennui. Comme peut très bien le faire d'ailleurs la contemplation des nuages dans le ciel ou celle plus idiote des rideaux qui s'agitent quand je laisse ma fenêtre entrouverte ou celle des fissures du plafond dans lesquelles je me sens glisser vers un ailleurs plus salutaire. Mais les jours de marché, c'est différent. C'est la réalité, la vraie qui s'agite sous mes fenêtres. Je regarde tout ça, tous ces gens qui traînent leur caddie, leur gosse dans les bras, leur chien en laisse, en couple ou en famille. Tous ces gens faussement occupés qui s'agglutinent devant les stands en traînant leurs pieds et leur ennui derrière eux. J'ai un haut le cœur! Je vois plus qu'un mouvement informe qui coule devant mes yeux qui ne regardent même plus la foule. Je vois plus que le grand marronnier immobile qui regarde tout ça d'un air moqueur et amusé. Je vois plus que le coin de ciel bleu et les nuages qui passent au-dessus de ma tête derrière le béton jauni de l'immeuble d'en face. J'entends les cris des enfants et des marchands forains. J'entends quelques bribes de conversations écœurantes et qui m'écœurent plus encore. Je sens tout ce flot me submerger. Et pourtant je suis là-haut, assis à ma table devant mon cahier, loin de ce monde ignoble qui me donne la nausée.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : L’ennui finit toujours par entrer dans les âmes solitaires et figées, en quête perpétuelle de mouvement. L’ennui s’immisce toujours dans l’immobilité de nos jours, au plus calme de notre vie. Ô Homme ! Fuyez l’ennui ! Fuyez cette plaie du cœur, cette meurtrissure de l’âme ! Jetez donc les pelures du temps ! Et avancez avec lenteur en regardant le cœur palpitant de la vie pour apprécier chaque instant comme le plus inestimable présent.

 

 

La critique acerbe du monde

La critique du monde est sans doute un passage obligé pour le chercheur. Comment en effet (en tout cas au début de la quête existentielle) ne pas porter un regard critique sur l'aveuglement et la bêtise du monde ? Comment se taire sans cautionner l'étroitesse, la mesquinerie et l'égoïsme humains qui s'étalent en ce monde et que l'on brandit souvent (un peu partout) comme l'affligeant étendard de l'humanité ?

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Les hommes m’insupportent ou m’ennuient. J’aimerais tant qu’ils m’indiffèrent. Je ne connais que trop leurs jeux stupides. C’est un misérable spectacle. Je voudrais fuir le monde pour vivre seul, seul, seul. Mais c’est impossible, je m’insupporte déjà…

 

(extrait) PAGES DE VIE : L’après-midi touche à sa fin. Vous rentrez chez vous après avoir passé la journée à l’extérieur, trop loin de vous-même. Toutes ces heures, vous les avez employées à être là-bas avec eux, ces autres dont la présence à chaque instant vous encombre. Toute la journée, vous avez dû vous résoudre à rester parmi eux à entendre leur bavardage, leurs rires, leurs bruits. Eux, ce sont vos collègues. Et toute la journée, il vous a fallu trouver le courage, le courage un peu lâche de ne pas vous enfuir. Et ce soir, en les quittant, la nausée vous prend. Dans votre tête, les bruits de la journée s’entre choquent en résonnant à l’infini comme un écho démultiplié.

 

(extraits) PAGES DE VIE : Depuis 6 mois vous vivez dans cette ville. Vous y êtes venu pour travailler. Votre premier vrai travail. 6 mois d’ennui et d’apprentissage du monde. Ce que vous avez appris ? Cela tient en quelques mots : « si peu de choses ». Des choses que l’on peut découvrir n’importe où, que l’on peut voir n’importe quand ; l’hypocrisie, l’égoïsme, la médiocrité, la bêtise des gens. Etait-ce si important de connaître cela ? Vous ne le savez pas. Pas encore, il est trop tôt.

 

Ce « si peu », vous l’aviez déjà aperçu dans le monde, mais jamais de si près, jamais le nez si proche de la fiente, de la saloperie humaine. Et aujourd’hui, ce « si peu », vous avez du mal à l’avaler, des arêtes d’indignation plein la bouche et cet arrière-goût d’amertume qui vous brûle la gorge. Ce que vous avez vécu ? 6 mois de faux-semblant et de simulacre. 6 mois d’une mauvaise pièce où les acteurs ânonnent leurs répliques médiocres sur une immense scène d’ennui. Ce que vous avez vu ? L’angoisse que l’on dissimule, l’angoisse qui transpire derrière les masques imperturbables d’indifférence, la peur qu’ont les acteurs de perdre leur beau rôle, la crainte qu’on leur vole le haut de l’affiche.

 

Il n’y a pas de place ici pour vous, dans cette troupe d’acteurs sans éclat, aux représentations si fades, si conventionnelles. Il est temps à présent de regagner votre loge, de laisser les artistes à leur mauvaise farce et à leurs jeux en bonne société. L’heure est venue de baisser les rideaux du monde, loin du cirque et de ces pantomimes ridicules, loin de ces pantins désarticulés si effrayés d’être délaissés par le grand marionnettiste et de se voir jetés dans la grande malle sombre de la vérité. Il vous faut ranger votre costume et vos accessoires pour reprendre la route, votre chemin d’étoiles. 6 mois pour comprendre que vous brûlez d’envie de rejoindre la troupe des clowns solitaires qui parcourent le monde, la troupe des clowns tristes qui s’arrêtent ici et là pour donner quelques représentations, quelques misérables spectacles qu’ils ne jouent que pour eux-mêmes et qui poursuivent leur chemin en versant des larmes de rire sur leurs joues blanches.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : J’ai toujours détesté les hommes. Du plus loin qu’il me souvienne… leur vie m’a toujours semblé sans intérêt ni consistance. Tous tentent de la remplir en courant après quelques rêves dérisoires : qui d’une reconnaissance, qui d’un succès, qui d’un plaisir, en quête perpétuelle de petits riens dont la réussite semble étonnamment les contenter.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Une pause avec quelques personnes du service où l’on m’a affecté pour une mission spéciale de quelques jours. Aujourd’hui – mon dernier jour parmi eux – je les accompagne. Chacun prend un siège et s’installe autour de la table. On prépare le café, sort quelques biscuits et les conversations s’engagent ; le menu du déjeuner, les courses et la préparation des menus de la semaine, les dimanches en famille et les sorties dans les parcs d’attraction. Chacun alimente la discussion, évoquant ses souvenirs, donnant son avis, interrompant les autres. Les histoires personnelles se suivent dans une ronde ininterrompue de monologues entrecoupés. Tous semblent se repaître de ce tour de table informel, pas le moins du monde empêtrés dans cette caricature de la communication humaine, ni même interloqués par ce simulacre de vie sociale. Chacun semble même y trouver plaisir, dévoilant l’originalité de son quotidien ou arborant avec fierté les merveilles de son ordinaire. Parmi ces joyeux drilles en quête de bavardages – aussi stériles qu’incessants – je me sens bien ridicule, moi qui n’ai aucune histoire à conter. Pas un seul mot. Discret comme un spectateur au théâtre qui ose à peine s’éclaircir la gorge. En les écoutant, j’ai le sentiment d’appartenir à un monde lointain. Pas si différent pourtant sauf … peut-être pour l’essentiel... Quant au reste, il nous rapproche ; la pente de la facilité, l’étroite médiocrité, l’ordinaire de la routine. Mais jamais je n’ai pu me livrer à ces farces sérieuses où chacun espère faire impression par son jeu, son costume ou ses répliques. Cet autre en moi toujours me l’a interdit m’imposant de contempler le ridicule du monde auquel nul ne peut échapper ; que nous nous agitions ou que nous soyons spectateur, le ridicule est toujours là, fidèle à nos vies.

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Avec le soleil, les hommes sont réapparus. Ils ont envahi la ville, pris d’assaut la campagne. Partout, ils ont assiégé le monde. Nul endroit où me réfugier. Je les vois d’ici se répandre dans les rues, sur les chemins, submerger la terre, en couple ou en famille. Les éternelles promenades dominicales. Nonchalantes et désœuvrées. A chaque printemps, la même rengaine qui confine ma liberté à l’intérieur.

 

Mais d’où me vient cette haine irrépressible pour les hommes ? Ce dégoût qu’ils m’inspirent et ce dégoût que j’exècre. Et ma haine qui s’exaspère dans cette incapacité à sortir. Même ici, seul dans cet appartement, l’atmosphère est irrespirable.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Sur un parking désert, près des quais. Accoudé à la balustrade, je regarde l’étroit bâtiment qui surplombe une immense place. Le long mur vitré dévoile l’intimité des foyers, la vie familière des familles. J’observe la façade illuminée qui expose au regard du monde les secrets des hommes. Les uns dînent, penchés devant leur assiette, d’autres, confortablement installés dans un fauteuil, regardent les secrets du monde à travers la fenêtre du petit écran bleuté. D’autres discutent autour d’un verre. D’autres encore vaquent à leurs quotidiennes occupations, rangent, nettoient, lisent et que sais-je encore. Mais tous se dévoilent en étalant un fragment d’eux-mêmes, une parcelle de leur vie, en se croyant à l’abri, maladroitement abrités derrière ce grand mur transparent. Et chez eux, je ne perçois rien de différent ! Rien ! Absolument rien d’exceptionnel ni d’extraordinaire ! Ils sont comme nous tous, avec les mêmes gestes, les mêmes poses, les mêmes activités, la même existence, aussi insignifiante, aussi ordinaire, aussi médiocre que la nôtre!

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Je regarde ce monde étranger. Je regarde les hommes qui y vivent. Que font-ils ? A quoi aspirent-ils ? A la vie des champs, hors des sentiers battus de la ville ? A la liberté, loin des carrefours oppressants où s’agglutine la foule ? Non, ces hommes-là ont des vies simples, archaïques, limitées aux seuls besoins essentiels ; manger, boire, s’occuper, s’enivrer, dormir, se reproduire et se donner quelques plaisirs que l’on ne peut imaginer que frustres, fugaces et bestiales. Voilà les seules activités de ce monde ! Triste univers que celui-ci ! Pauvre et affligeant, où toute délicatesse est exclue, interdite toute pensée, bannie toute subtilité, inexistante toute évolution. Un monde figé dans la terre, un monde immuable de mâles durs et abrupts, tout en aspérités grossières, un monde immobile depuis la nuit des temps et qui le restera sans doute à tout jamais.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Ce jour-là, je ressentis pour la première fois une inclination totale et absolue à la misanthropie. La crise passée, je t’en avais fait part. Et tu m’avais parlé, je m’en souviens, de crise misanthropique profonde. Tu avais vu juste. Quelques temps plus tard, j’eus l’absolue certitude qu’une véritable modification s’était opérée et qu’il me faudrait bientôt me résoudre à une restructuration complète de ma place en ce monde. Et quelques semaines plus tard, en effet, j’éprouvais le farouche désir d’occuper cette place de misanthrope à plein temps, de me consacrer entièrement à cet emploi de spectateur du monde solitaire et enragé. C’était-là un sentiment si fort que rien, je crois, n’aurait pu m’en détourner. Et dans cet élan qui, chaque jour, m’éloignait davantage des hommes, un détachement bien heureux de la chose matérielle m’avait, à son tour, pénétré, m’exhortant de ne plus toucher à rien qui put avilir mon rôle de contemplatif sardonique et solitaire. L’art se devait d’être alors mon unique souci et ma seule nourriture. Je me souviens de tes moqueries quant à mes ambitions misanthropico-artistiques. Pourtant, inconcevables me paraissaient le moindre effort, la moindre tentative d’agir autrement avec et en ce monde. Et ne parlons pas de celle de participer à sa marche stupide ! J’avais fait le deuil de ces misérables activités humaines. Oui, mon cher I., j’avais définitivement renoncé à cette incommensurable médiocrité. Planant au-dessus de la masse laborieuse et misérable des hommes.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES : Autrefois les hommes étaient abrutis par le travail. Aujourd'hui, ils sont abrutis par les loisirs et les distractions. Quand les hommes apprendront-t-ils enfin à se désaliéner ?

 

Si nous naissions avec 2 grandes ailes, 4 longues jambes, 4 bras puissants, un esprit et un cœur larges, profonds et ouverts, la condition humaine (avec ses 2 jambes et ses 2 bras tous bêtes, son esprit étroit et son cœur froid et fermé) nous paraîtrait un supplice.

 

Les Hommes sont d'étranges aventuriers. Ils partent à la découverte de contrées lointaines, s'aventurent dans le cosmos et l'univers mais éprouvent les plus grandes réticences à explorer l'espace qui les habite.

 

Le monde cherche des guides, des modèles et des réponses toute faites pour le guider (vers le bonheur, la sagesse, la vérité). Le mimétisme est le signe d'une grande puérilité et d'une affligeante paresse. C'est se méprendre sur la quête. Nul effort ne peut être épargné à celui qui chemine.

 

 

Les nourritures existentielles

Les nourritures existentielles s'avèrent totalement indispensables au chercheur. Elles lui permettent d'alimenter substantiellement sa quête. Elles lui sont absolument vitales. Aussi est-il à l'affût de la moindre nourriture... celle qu'il trouve dans les livres et les rencontres, dans l'art et la vie même... partout où son regard et son esprit se posent et se laissent aimanter.

 

(extraits) PAGES DE VIE : Au plus profond du doute, toujours vous allez vers les livres. Vous allez à leur rencontre y trouver le salut de votre âme. Dans ces instants en dérive, souvent vous prenez un livre au hasard de votre bibliothèque. De tous ces livres, votre vie s’est nourrie. Et presque tous ont marqué votre esprit au fer rouge de leurs vérités. L’empreinte y est encore gravée comme la marque d’une appartenance, la seule qu’il vous soit possible de revendiquer.

 

Du plus loin qu’il vous souvienne, vous êtes toujours entré en lecture comme l’on entre en religion, avec foi et renoncement, en ouvrant chaque livre comme un chapelet de souffrance que vous égrainez page après page, en effleurant chaque mot comme les grains d’un chapelet de vérité infinie.

 

Chaque livre vous offre ainsi sa force, la force de poursuivre votre chemin de vie et la lecture de vos années. Chaque livre imprime en vous ses lettres de noblesse, vous livrant ses mystères et vous divulguant au fil des pages vos propres secrets. Par chaque livre vous êtes touché, touché par la grâce de ses vérités qui réchauffent votre âme frigorifiée par la froideur cinglante du monde.

 

En général, vous ouvrez un livre au hasard, vous laissant guider par les phrases qui s’offrent à vous. Et souvent la première phrase suffit à rallumer votre foi chancelante. Vous la laisser pénétrer votre cœur, espérant qu’elle s’y agrippe pour le remplir de l’amour qu’il vous manque. Il arrive pourtant qu’aucune phrase ne parvienne à gravir votre souffrance, à se hisser jusqu’au cœur du mal, à franchir les portes de votre foi vacillante. Avec l’habitude, d’un seul regard, vous savez si une phrase sera assez généreuse à vous réconforter et à vous laisser puiser en elle le sang qui fera renaître votre foi agonisante comme la promesse en un avenir plus clair.

 

Mais parfois, vos livres sont impuissants à apaiser l’incertitude, alors vous les quittez pour aller vous réfugier dans une petite librairie du centre-ville, découverte par une après-midi pluvieuse, une de ces journées sombres où votre âme, dans son égarement, cherchait une petite chapelle déserte pour y retrouver la force de croire. Dans cette librairie, vous y entrez avec respect et recueillement. Vous en poussez la porte avec précaution en prenant soin de la refermer sans bruit derrière vous. Vous aimez à y déambuler à votre aise, aux heures où les fidèles, trop fiers de leur foi ostentatoire, l’ont déserté. Vous avez toujours détesté ces bigots prêchant aux infidèles, leur missel sous le bras. Vous avez toujours préféré les impies à la foi hésitante qui blasphèment de temps à autre, incertains du Christ et des Evangiles et qui s’égarent de religion en athéisme, de certitude en défaillance. Vous vous sentez si proche de ces compagnons de souffrance, de ces frères de misère qui avancent avec tant de maladresse sur leur chemin de vérité. Une fois entré dans cette librairie, dans ce havre de lecture, vous laissez votre regard contempler ces murs fragiles, construits dans la foi, mot après mot, phrase après phrase, d’illumination en vérité, vous regardez avec ferveur ces murs bâtis dans la quête de soi comme une recherche éternelle de Dieu. Vous pouvez y passer des heures entières entre la prière et la méditation examinant ici un ornement, là une œuvre magistrale car ici, comme dans toutes les librairies et les bibliothèques du monde, dans tous ces temples sacrés, il n’y a pas un Dieu, unique et tout puissant, mais des milliers, des millions crucifiés sur la croix de l’ignorance, abandonnés à l’indifférence et à la bêtise des hommes et offerts à ceux qui recherchent la foi. Ici comme dans tous les panthéons du monde reposent des milliers, des millions de Bibles, toutes semblables dans leur recherche du divin et pourtant, à chaque fois unique, irremplaçable, différentes par les chemins célestes qu’elles empruntent. Dans ces cathédrales de vérité, vous aimez à vous recueillir en livrant votre âme à la prière. Ainsi, de livre en livre, vous poursuivez votre chemin de croix comme une longue route vers vous-même.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : J’ai toujours aimé l’acte de lire, me nourrir de la vérité des mots. Les avaler sans grâce, avec goinfrerie, et puis laisser faire le lent le travail de la digestion. Puis le temps passe. Et quelques jours, quelques mois ou quelques années plus tard, ces mots enfin me nourrissent. Jusqu’ici peu de livres – bien trop peu de livres – ont alimenté ma vie, forçant mon destin, poussant mes choix vers les jours, les mois et les années à venir. Pourtant, voilà quelques temps, j’ai découvert Christian Bobin. Au début, rien. Trop de poésie, trop de saveur. Puis un jour, tout, enfin presque tout, et très vite quelques livres lus dans la foulée, avec bonheur, avec intensité. Beaucoup de liens obscurs et merveilleux entre lui et moi, sur le vrai des choses ; la vie, l’enfance, la solitude, l’écriture et le silence… Des dizaines de phrases poursuivent ainsi leur cheminement en moi. Aucune n’est restée figée. Toutes m’ont traversé avec force, avec cette force légère, bien trop délicate pour me violenter. Aucune n’est restée, mais chacune m’a consolé du fardeau de vivre. Je n’en citerai qu’une, une seule, celle qui aujourd’hui (à cette période précise de ma vie) prend toute sa résonance. Je ne pourrais pas la restituer fidèlement. Et quand bien même je le souhaiterais, je n’y parviendrais guère. Il n’y aurait d’ailleurs aucun intérêt à le faire. Pour retrouver cette phrase admirable dans son état le plus pur, il suffirait de revenir à son origine, d’ouvrir le livre étincelant dont elle est issue. Cette phrase, la voici : « L’espérance nous arrive avec la vie future qui s’installe dans la vie présente». Bobin la livre plus légère, avec la grâce de son écriture. Je n’en restitue ici qu’une pâle copie, mais mon regard se pose ailleurs, dans le tintement de cette phrase sur ma vie, dans son apport essentiel à mon existence.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : J’écoute la parole de Bobin. Sa voix enregistrée sur une mauvaise bande me délivre de ces tristes figures. Et je suis ébloui de tant de clarté, ébloui par cette voix qui me parle et me découvre ; la vie tranquille, paisible, calme. Peu de rencontres, peu de visages, l’entêtement enfantin, laisser ce qui dérange, ce qui nous attriste et nous blesse, le bonheur d’écrire pour espérer combler la faille qui nous sépare du monde et nous éloigne de nous-mêmes, le bonheur d’écrire pour emplir la brisure de notre propre vie, le bonheur d’écrire pour donner aux insignifiances, à toutes nos insignifiances la noblesse d’une reine couchée sur le drap d’une feuille blanche.

 

(extrait) PENSEES VAGABONDES : Ouvrir un livre comme une page sur le monde, une fenêtre sur la vie, une porte que l'on ouvrirait sur soi.

 

 

La quête d'un équilibre

L'équilibre est une aspiration centrale du chercheur existentiel. Elle demeure à ses yeux un idéal qui lui permettrait de concilier ses nécessités intérieures et la réalité du monde. Elle représente sans doute pour cet être de l'entre-deux, toujours insatisfait et vacillant, une possibilité de donner à son existence une réelle dimension protéiforme.

 

(extraits) PAGES DE VIE : Un samedi après-midi. Premier jour du week-end, premier espace de temps libre où les heures s’étirent, interminables, comme un long soupir d’ennui, un immense bâillement de paresse. Mais il ne faut guère se soucier des apparences, presque toujours aussi menteuses qu’un habit aux éclats trop brillants.

 

Le samedi est le premier jour de votre semaine, celle qui compte, celle qui vous permet d’exister entre deux longs week-ends de travail inactif. Le week-end, c’est 5 jours pour rien, juste de quoi vivre - juste de quoi assurer le vivre - une misère de jours, un gaspillage inepte du temps, la plaie béante du monde, pour ceux qui appartiennent encore au monde, à ce monde du travail inactif.

 

Pour les autres, les pestiférés du monde, les sans travail, la plaie est différente, la souffrance est ailleurs, dans la désespérance de l’abondance de temps, dans cet excès de temps désœuvré qu’ils vivent jusqu’à l’écœurement. Pour eux, que de liberté, que de temps ! Et que faire de cette liberté ? Que faire de ce temps ? Ceux-là souhaiteraient sûrement voir leurs journées asservies par la contrainte, par le poids d’une activité, n’importe laquelle, mais une qui leur redonnerait le leurre d’une place - même minuscule, même infime - dans le regard du monde. Pour ces infortunés, l’envie doit être forte, puissante de regagner la terre des vivants, la terre des hommes qui vivent dans ce monde à l’aise ou chichement – et qu’importe – sans jamais véritablement se donner le temps d’exister. Mais pour vous, vivre dans l’aisance ou vivre humblement, la différence est infime. Et même si bon nombre d’Hommes construisent leur vie entière sur cette différence, dans cette poursuite effrénée de l’argent-roi, de l’argent-dieu, prêts à s’agenouiller et à courber l’échine leur vie durant pour recevoir quelques hosties métalliques à la fin de chaque mois comme la preuve de sa Toute-Puissance et du bien-fondé de leur vie, qu’elle vous semble étrange cette course folle du temps à occuper ! Comme si les uns disposaient de trop de temps sans savoir qu’en faire sinon le soumettre aux chaînes de la contrainte et que les autres passaient leur vie à attendre ou à rêver ce temps qui leur échappe sans parvenir à le rattraper.

 

Pour vous, comme pour bien d’autres, ces frères solitaires, ces chercheurs de contrées radieuses, le samedi est un jour de liesse, un jour de labeur et de joie où vous partez aux champs les outils à la main et le cœur léger comme un paysan heureux de retrouver la terre de ses pensées, libre de débuter son ouvrage où bon lui semble, libre d’écouter le chant des oiseaux, libre enfin de laisser à demain ses travaux pour aller flâner sur les chemins alentours contempler la beauté du monde et y cueillir quelques idées comme un bouquet de fleurs sauvages. Le samedi est pour vous un jour de labeur paresseux, un jour de paresse laborieuse où vous laissez filer le temps, votre filet à papillon sur l’épaule pour attraper les idées légères qui traversent votre vie. Vous les attrapez encore avec beaucoup de maladresse soucieux pourtant de ne pas meurtrir leurs ailes fragiles. Vous les regardez un instant puis vous les relâchez. C’en est assez pour les croquer sur votre petit carnet. Voilà votre travail ! Vous êtes paysan, chasseur de papillon, laboureur de pensées et croqueur d’idées futiles. Et le reste de vos jours, vous vous reposez à votre bureau en rêvant à ces terres promises, à ces baisers volés aux fiancées volages de vos semaines.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : J’attends ta lettre désespérément. Ici, rien n’a changé. Je suis toujours en proie à cette effervescence mentale, courant tout le jour comme un ravagé, sautant, m’époumonant et m’agitant dans un tourbillon stérile et superflu. Avec cette sensation de voir mes vérités s’éloigner de ma vie et se dissoudre peu à peu. Comme si j’étais tiraillé par le doute de ma propre vie… Cette décision soudaine de m’investir dans le monde, d’y creuser ma place, mon trou, me met décidément bien mal à l’aise. Les luttes intestines dont je te parlais continuent de me ronger. Je suis toujours écartelé de l’intérieur. Entre l’oppressante nécessité de vivre, son terrifiant cortège de contraintes, de costumes et d’angoisse et cette malheureuse volonté d’exister, sa douce quiétude et sa merveilleuse liberté. Entre, je ne cesse de me balancer. Comment t’expliquer … ? Tu sais bien, toi, mon cher I., mon goût pour la flânerie, mère de la créativité. Si tu savais comme je souhaiterais y revenir… profiter de ces jours tranquilles et vagabonds pour explorer et exprimer le monde. Mais tu sais aussi que ce rôle nécessite une distance, un détachement réel, entier, qui n’accepte aucun compromis, qui rejette toute compromission avec le monde.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Aujourd’hui, je sens venu le temps de déblayer ma vie de l’inutile qui l’encombre ; la pesanteur de ce travail de bureau, les chaînes de cette vie sociale, tout ce ramassis d’obligations auxquelles je me suis insidieusement soumis. Le changement depuis longtemps s’est immiscé en moi. Ma tête et mon cœur en débordent… ne reste plus alors qu’à en emplir ma vie. Je garde donc espoir et commence même à croire aux lendemains qui chanteront, qui égaieront ma triste espérance d’aujourd’hui. Car demain, ma vie - je le sais - courra dans les champs de l’écriture, entourée d’animaux, entre le ciel et la terre, loin du monde et du cœur des hommes. Et derrière ce rêve, j’entrevois le pluriel de la vie auquel mon âme entière aspire ; les journées de labeur qui vous apporte le pain et la joie auprès des animaux, ensoleillées de quelques heures d’écriture. Le retour à l’amour de la vie, au rire et à la légèreté pour me guérir de la gravité et du sérieux de ces sombres mois d’attente.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Pourquoi cette nécessité de nourrir ma vie dans cet équilibre fragile, toujours fluctuant, en perpétuelle mouvance, que chaque jour il me faut reconquérir ? Pourquoi cette dualité si forte des aspirations ? Comme si ma vie n’était qu’une existence scindée, compartimentée, avec des journées plurielles, une vie plurielle. Des années partagées, cloisonnées, quelques mois en autarcie, replié sur soi, et le reste du temps, plongé au cœur de la ville, submergé par le tumulte citadin. Pourquoi ce besoin d’intellectualiser mon quotidien ? Et pourquoi celui de pragmatiser mes réflexions intérieures ? Pourquoi cette nécessité de relier les deux en une entité forte et indissociable ? Curieux équilibre à ressentir, à atteindre et à perpétuer.

 

(extraits) PAGES DE VIE : A présent, vous êtes chez vous. Les bruits se sont dissipés, lentement remplacés par le vide et le silence. La soirée est maintenant avancée et vous avez le sentiment qu’il ne vous reste que quelques miettes, quelques miettes de temps. Et vous avez faim de vivre, vous avez faim de vous-même. Mais comment apaiser cette faim avec quelques miettes ? Il vous reste si peu de temps pour les grignoter…

 

L’appétit tarde à venir. Il ne peut ignorer que vous ne lui accordez que les restes d’un mauvais plat. Alors pour le contenter, vous vous mettez à chercher, à fouiller les tiroirs de votre cœur. Vous les sortez, vous les retournez, vous les secouer. Et que trouvez-vous ? Le silence et un amas de bruits inutiles, échos agonisant de cette journée agitée. Alors, vous faites l’inventaire et vous rangez, vous séparez les bruits du silence pour découvrir caché derrière cet amoncellement écœurant un ravissement savoureux recroquevillé sur lui-même.

 

Depuis longtemps la nuit est tombée lorsque vous vous mettez à votre table. Vous avez pris soin auparavant de disposer une belle nappe à carreaux sur la table de vos rancœurs. Tout est prêt. Votre repas sera frugal, frugal mais d’une exquise saveur. Ce soir, vous dînerez de rêves retrouvés que vous déposerez sur l’assiette blanche de votre cahier.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Ce matin, je fus envahi par une étrange impression. Celle d’être écartelé par deux nécessités contradictoires. Comme si toutes deux m’imposaient de me partager et de courir vers elles dans le même élan. Comprends-tu mon désarroi, mon cher I. ? Comment peut-on être à la fois l’acteur et le spectateur de ce monde ? Tu sais bien que c’est là chose impossible. Alors pourquoi ces deux nécessités s’acharnent-elles ainsi à vouloir cohabiter ? Réponds-moi, je t’en prie. J’ai tant de peine à les entendre ensemble. C’est là une épreuve insurmontable. Je t’en prie, dis-moi comment concilier ces deux servitudes qui brûlent mes jours et consument mes nuits ? Je t’en prie, réponds-moi. Et dis-moi comment passer de l’une à l’autre, comment réaliser ce rêve utopique, cet irréalisable compromis. Je t’en prie, j’attends ta réponse avec impatience.

 

 

L'irrépressible nécessité d'avancer

Tout chercheur existentiel aspire à progresser dans sa quête. Il lui faut avancer coûte que coûte. Nulle place pour l'immobilisme. Cheminer est à ses yeux son seul salut et son unique dessein. 

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Tu n’es pas sans savoir, mon cher I. que la vie a toujours été, à mes yeux, un chemin (chemin de croix et d’ornières) sur lequel chaque jour il me fallait avancer. Et aujourd’hui, je me sens bien désemparé face à cette impérieuse nécessité que je ne comprends plus guère et qui me pèse bien plus qu’autrefois. (...) Et tu sais bien, mon cher I., que je préfèrerais mourir plutôt que renoncer à cette absurde quête de sens. Tu comprendras donc qu’il me soit impossible de me délecter par désespoir des maigres plaisirs que cette vie peut m’offrir. Et je désespère de cette impossibilité.

 

(extraits) PAGES DE VIE : Ce soir, vous peinez à écrire comme si chaque mot ravivait votre plaie de vivre comme une brûlure sur votre joie. Depuis quelques jours, vos journées se vident et vous êtes incapable de remplir la page blanche du soir.

 

Depuis toujours, vous allez ainsi, dans la vie comme dans l’écriture, d’un mot à l’autre, d’une histoire à l’autre, avec peine, de douleur en souffrance en cherchant vos mots, en cherchant votre vie poussé par cet impérieux désir d’en venir à bout. Mais cette recherche est sans espoir car les mots et la vie filent entre vos doigts, insaisissables, comme un ruisseau de chagrin qui achève sa course dans l’océan noir de vos pensées.

 

Depuis quelques temps, la vie ne nourrit plus vos jours et les mots n’apaisent plus votre faim de vie. Pour vivre des mots, vous avez oublié les mots à vivre. Et vous vous égarez dans les mots comme dans la vie, incapable d’endiguer la force chavirante de ce mélange. Vous passez des mots à la vie aspiré dans le cercle de votre confusion, dans la ronde enivrante de la vie et de l’écriture. Sur la page blanche, vous rayez les mots comme des amis inutiles, incapables de vous réconforter. Avec eux, vos rencontres s’espacent puis s’estompent. Alors meurtri, vous regagnez votre chambre de solitude en tirant sur vos épaules fragiles la lourde couverture d’un livre, mille fois parcouru. Et vous restez ainsi cloîtré dans l’absence, au seuil de la vie, au seuil de l’écriture.

 

Puis un jour, d’autres mots, d’autres amis surgissent. L’écriture revient et la vie réapparaît comme s’ils refaisaient surface des abîmes de l’absence, l’absence qui nourrit l’oubli. Puis vous oubliez l’oubli. Et de nouveau sur la page, vous écrivez quelques mots, quelques signes de vie. Ainsi, jour après jour, vous poursuivez votre chemin de mots à noircir vos pages de vie.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Mes journées sont vides, mais je me refuse à sombrer dans le répit. Du désœuvrement, je tomberais dans le néant. Et ma conscience, même affaiblie par la fièvre, ne saurait être dupe. J’imagine alors que je me laisserais doucement dériver vers la déchéance, comme un homme tombé à la mer, qui se sait irrémédiablement perdu. Non, je préfère encore me résigner à ce rôle de naufragé, agrippé à cette embarcation de fortune, construite à la hâte avec quelques débris de mon passé. Oui ! Je suis comme ces naufragés accrochés à un morceau d’épave de leur enfance, sur le point d’être englouti par les vagues de l’attente, avec le faible espoir de voir surgir bientôt une île, comme une terre d’espérance. Et sur elle, j’espère bientôt pouvoir échouer pour faire entrer mon âme en convalescence. Et mes forces revenues, je me sentirais alors le courage de partir à la découverte de ces frontières nouvelles pour y dénicher quelques trésors. Là, je pourrais enfin me sentir tel un Robinson heureux, remerciant le ciel d’avoir échappé à son destin de matelot, contraint à l’obéissance et soumis aux seuls ordres de la capitainerie et bénissant la terre de s’être soustrait à son destin de naufragé ballotté par l’effroyable tyrannie du monde. Enfin, je pourrais apprendre à vivre seul sur cette île, face à mes incertitudes et mes faiblesses, puis je les apprivoiserais pour vivre en leur douce compagnie. Et peut-être trouverais-je alors la paix et la joie, encouragé par ces nouveaux compagnons de silence et de solitude ; une sérénité tranquille et indifférente à ma médiocrité et à la sordidité du monde. Un havre qui me protègerait des hommes et de moi-même comme un pas supplémentaire vers la contrée radieuse de mon existence.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Etrange sentiment, celui d’avoir enfin trouvé sa voie. Et aussitôt la peur qui m’envahit, cette peur indicible de ne plus savoir ni même d’avoir envie de faire autre chose. La peur de ne plus souffrir, celle d’avoir trouvé, la peur d’être heureux, celle de se satisfaire de cette chose effrayante que d’aimer faire ce que l’on fait. La peur d’y consacrer sa vie entière, celle de s’y consacrer chaque jour avec plaisir, de se lever chaque matin avec cette joie farouche qui vous envahit, la peur de rentrer chaque soir avec cette fatigue sereine et heureuse, et celle de n’avoir plus d’autres envies que de vaquer à ces inévitables et triviales tâches domestiques ; travailler, manger, boire, dormir, et se divertir… Quelle tristesse, cela serait ! La peur de perdre cette soif de soi, et celle de perdre cette recherche obsessionnelle du sens de l’existence, la peur de perdre celui que je suis et celle de devenir un autre que j’ignore et que je méprise déjà.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : J’éprouve comme un irrépressible besoin de pluralité, un besoin de goûter tous les univers du monde, un peu ici, un peu ailleurs, un peu plus loin, là-bas… Expérimenter la vie, découverte après découverte, avec cette angoisse, cette joie et cette tristesse si caractéristiques du voyageur. M’emplir d’existences, de richesses et de malheurs pour me fortifier et avancer vers moi-même.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : J’éprouve l’irrépressible besoin de nourrir mon esprit. A quoi bon pourtant ? M’arrive-t-il parfois de penser. Pourquoi satisfaire cette nécessité ? Et aussitôt, je pense à tous ces hommes qui m’entourent ici, englués dans leurs instincts ordinaires. Serait-ce pour ne pas devenir comme eux ? Pour ne pas m’animaliser ? Pour ne pas sombrer dans l’instinct bestial qui seul semble les maintenir en vie ? Pour ne pas devenir à leur image, des estomacs sexuels et utiliser ce don de penser autrement qu’à poursuivre ce genre de desseins, pour aller au-delà du sexe et de l’acte de se nourrir. Oui, pour exister et construire sa vie par-delà le divertissement, le plaisir et le besoin. Pour bâtir ses piliers existentiels sur d’autres valeurs plus élevées et plus nobles. Oui, résonne en moi cette impérieuse nécessité d’aller plus loin, d’aller plus haut, de franchir mes propres frontières si étroites et que je franchis pourtant toujours avec peine, avec effort, comme paralysé par le doute, la souffrance et le bien-fondé de cette démarche, démarche incomprise, incompréhensible par le monde, par mon entourage, par mes proches qui me susurrent à l’oreille : « Mais à quoi bon chercher ? La vie est si simple, difficile mais si simple ; un toit, de quoi manger et un peu d’affection font toujours l’affaire.» Mais la vie peut-elle se limiter à cette affaire ? N’avons-nous pas besoin d’autre chose ? N’y a-t-il pas un autre sens à découvrir, à atteindre, à suivre et à vivre peut-être? Oui, un sens à vivre tout simplement.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : L’absence de tout mouvement de pensée, la disparition de toute volonté d’évolution engendrent une forme de repli sur soi, une consolidation excessive des convictions que l’on érige alors en principes absolus, inaltérables, vice rédhibitoire à la compréhension de l’Autre et de ses différences. Ces Autres qui forment le reste du monde, leur existence, leurs idées, leurs actes, tout cela est alors rejeté en bloc avec force et violence. Beaucoup d’hommes sont ainsi. Des esprits ankylosés, figés, prisonniers de leur pensée étroite. Des esprits immobiles enlisés dans leurs médiocres et fallacieuses vérités.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Les années passent comme les jours, insoucieuses de nos déboires, en traçant ce chemin que nous suivons pas à pas et où je chemine aujourd’hui comme un automate aveugle et ignare. Où et quand ce chemin s’arrêtera-t-il ? « Tais-toi» me dit une voix, « tais-toi et marche ! ». Je me tais et poursuis la marche, le pas résigné et songeur, continuant d’hésiter à chaque carrefour.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES : Si l'on demandait à chacun de dessiner la carte des souffrances et des bonheurs humains, nul ne s'entendrait ni sur les territoires ni sur l'itinéraire pour traverser l'existence sans encombre.

 

Il y a dans la vie de chaque Homme, des parcelles de bois sombres, des clairières lumineuses, des coins de terre obscurs et des bouts de ciel bleu, une infinité de paysages inexplorés. Le vrai voyageur quitte sa demeure pour aller arpenter ce monde.

 

 

Le sentiment de différence

Le chercheur existentiel se sent foncièrement différent de ses congénères (sans l'être véritablement, bien sûr). Il a le sentiment que ses aspirations et ses centres d'intérêt sont peu partagés par les autres hommes. Le plus souvent, il se croit seul à poursuivre une telle démarche et se pense très isolé dans ses aspirations existentielles et/ou son itinéraire de vie. 

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Conversations entendues cet après-midi au café, à la table voisine où étaient assises trois jeunes femmes. Très vite, on comprend. L’ennui, l’habitude et la routine. Un mari, des enfants et un travail. Souvent, on emplit sa vie ainsi, malgré nous, trop écrasés par les conventions. La normalité comme seule issue, avec dans la voix cette légère intonation qui trahit notre résignation forcée. Comme si nous n’osions dire qu’à demi-mot : « Que voulez-vous ? C’est ainsi … »

 

Pourtant, en général, nous nous félicitons tous de ce bonheur sans grâce, trop faibles ou trop lâches pour y renoncer, trop effrayés peut-être d’avoir à éprouver l’écrasante pesanteur du changement, ses incertitudes et le doute qu’il nous insuffle ; la rançon de l’exaltation. Nous préférons nous enfoncer dans le fauteuil confortable de la routine, nous laisser bercer par la mollesse des années, où chaque jour le corps se fait plus pesant, plus lourd d’accablement, plus difficile à mouvoir. Le temps passe. Et avec lui, les déplacements se font plus lourds encore, plus lents, plus espacés et plus difficiles. Et bientôt on ne se déplace plus que du travail au foyer, du foyer au centre commercial, puis on retourne chez soi dans l’inertie du quotidien. Incapable de courir vers d’autres horizons, vers l’inconnu des songes, trop engourdis par l’éventualité de perdre nos petits trésors de confort si laborieusement accumulés. Quelle bien triste résignation que celle qui emprisonne nos vies, qui enracine nos désirs et qui enferme notre espoir dans le cercle exigu du quotidien, inchangé, inchangeable. Qu’il est difficile de faire le grand saut, de sauter sur l’autre berge par-dessus l’abîme effrayant avec la peur au ventre, la peur de se perdre dans la grande faille du vide. Aussi préférons-nous nous enfoncer toujours plus loin dans cette longue impasse du quotidien, y ajoutant chaque jour, quelques pavés pour, le lendemain, y poursuivre notre route. Quelle désastreuse erreur que cette tentative obstinée de faire sans cesse reculer la fin de cet étrange chemin qui a beau durer une vie entière, mais qui n’en demeure pas moins une effroyable impasse, une terrible voie sans issue.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Flot submergeant de citadins, pour la plupart employés de bureau. Tous les voyageurs semblent se connaître. Conversations futiles et rires idiots. De quoi parlent-ils ? Famille et travail, sans exception. Qu’ils me semblent étriqués et peu naturels, engoncés dans leur costume, avec leur eau de toilette bon marché, leurs cheveux soigneusement coiffés, si propres sur eux pour rejoindre leur bureau. Je détourne la tête pour regarder mon reflet dans la vitre. Et j’y vois un homme aux vêtements froissés, aux cheveux hirsutes, à la mine fatiguée qui rêve déjà à ses prochaines aventures campagnardes, saines et aérées, loin des bureaux et de ces petits employés, loin du monde, loin de lui-même et de toutes ces pâles existences de pantins écrasés par les conventions artificielles de cette vie citadine.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Le train me ramène vers P. Hautes collines vallonnées où paissent quelques troupeaux. La rame est bondée. Beaucoup d’hommes d’affaires. Tous portent le même costume. Sombre strict, impeccable. Les mêmes souliers de cuir noir. Les mêmes chaussettes grises. Seule la cravate les différencie. Colorée, vive et joyeuse, choisie dans un médiocre élan d’originalité. Sur le visage, le même sourire. Faussement naturel, exagérément courtois. Le même regard satisfait et suffisant où brille une lueur trop forte, exagérée d’arrogance et d’orgueil. Mais sous la pellicule de fierté, on perçoit le vide, la tristesse et la mort. Et tous peinent à cacher cet abîme effrayant, cette fissure d’avec le monde qu’ils ont creusée au dedans, et dans laquelle ils se sont enterrés, dans laquelle ils se sont enfouis et dans laquelle ils ont fini par s’enliser, se coupant ainsi de leurs proches, de leur prochain et de la vie même. Je les regarde avec pitié et je pense à mon existence, à ce qu’elle sera et à ce que je souhaite lui offrir, m’imaginant déjà là-haut, seul, loin de ces regards trop pleins d’eux-mêmes à courir après mes vérités.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Décalage. Décalage entre eux et moi. Gigantesque et imperceptible décalage. Comme un immense abîme, comme une mince frontière qui nous sépare. Tout respire notre dissemblance, si visible. (...) Avec eux, j’hésite entre l’indépendance délibérée et les rapprochements maladroits dans une sorte d’atermoiement un peu lâche, sans me résoudre à opter pour la liberté ou l’intégration, pris entre les feux de la solitude et de la compromission. Entre ostracisme subi, rejet réciproque et exclusion volontaire. Je pressens pourtant une vague préférence pour la reconnaissance comme si je souhaitais être reconnu membre indépendant de ce collectif, soucieux ainsi de perpétuer mon originalité au sein du groupe.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Brusque énervement face à cet univers, à son ignorance incurable, devant ce mur de stupidité érigé en forteresse inexpugnable. Et pourtant je me tais. J’écoute simplement ces hommes qui haïssent la différence et qui la rejettent loin, très loin d’eux-mêmes dans une sorte de peur instinctive, de cette peur maladive d’être contaminé, comme si cette contamination pouvait leur être fatale. Non, jamais la différence n’est comprise et plus rarement encore acceptée. Les hommes préfèrent camper sur leurs maigres certitudes étroites et rassurantes.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Fuir le monde, la vie courbée, pris au piège de l’insipide fadeur des rapports humains, assujetti à l’hégémonie des fonctions sociales qui écrasent et anéantissent les êtres. Soumis et obéissant. Jamais. J’aspire trop à la liberté. Conserver cette liberté de penser, d’agir, d’exprimer, cette liberté de vivre et d’exister. Oui, la liberté d’exister tout simplement. Je ne revendique rien d’autre que cette liberté indépendante, rien d’autre que ce droit à la non appartenance, que ce droit à la différence dans ce monde où toutes ces choses sont si éhontément bafouées et où tous ceux qui s’en proclament subissent peu ou prou en victime l’ostracisme de la masse qui perpétue et propage la maladie de la normalité. Normalité si louable à leurs yeux, si obsolète et si écrasante aux miens. Non, je ne revendique rien d’autre que cette liberté d’exister autrement et de vivre ma différence.

 

 

La solitude

Le chercheur existentiel est un être foncièrement solitaire. Sa quête l'exige... et son sentiment de différence le soumet souvent à cette solitude. Malgré la souffrance qu'elle peut parfois engendrer, elle demeure sans doute sa meilleure amie et sa plus fidèle alliée.

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Le vent s’engouffre par la fenêtre entrouverte. Dehors, le mauvais temps rugit, abattant sa colère sur les hommes. Je contemple le ciel sombre qui précipite les nuages vers l’horizon. Ils passent devant la fenêtre en un éclair et disparaissent aussitôt derrière le mur du ciel. Balancés par la furie du déluge, les arbres se penchent dangereusement.

 

J’aime ce temps. Lourd, triste, impétueux et gonflé d’orgueil qui s’abandonne à son inquiétude et à son mécontentement comme s’il faisait écho à ma propre colère. Il sait que son humeur fâcheuse nous déçoit et nous malmène, mais il ne s’en soucie guère et préfère être l’esclave de ses seules mouvances intérieures.

 

Depuis vingt jours, il pleut. Une pluie bienfaitrice qui redonne à la terre son pur visage. Une colère du ciel qui cache le vide effrayant du monde. Les hommes se cachent, terrés chez eux à se lamenter de cette pluie ininterrompue. Je les vois cachés derrière leurs murs, à l’abri du ciel ombrageux, trompant leur ennui devant les éclairs bleutés de leur téléviseur. Je les imagine protégés derrière leurs rideaux à maugréer devant l’impossibilité de sortir, contraints de reporter leur escapades de chalands assoiffés, obligés de différer leur promenade désœuvrée dans les rues marchandes du centre-ville. Décidément je ne comprendrais jamais ce besoin insatiable des hommes à la consommation, ce besoin compulsif d’amasser le monde pour le faire entrer chez soi, ce besoin quasi vital de se gaver du bonheur de posséder, comme si tous se laissaient mener par l’insidieuse mélodie de l’accumulation, bercés jusqu’au tournis par la valse insatiable de cette étrange sensation de plénitude éphémère et inconsistante.

 

Vingt jours de pluie qui ont débarrassé les rues de l’impureté des foules et de leurs courses stériles, et autant de jours où je me suis purifié de la saleté du monde. Vingt jours de désert abandonnés par les foudres de la consommation aux rares amoureux de la pluie. Depuis vingt jours, ce temps sombre a éclairé mes promenades, et les a illuminées de tranquillité et de joie. Chaque jour, je pus ainsi m’emplir de solitude sur les chemins déserts de la ville et récolter cette pluie de printemps comme de l’or tombé du ciel. Vingt jours pendant lesquels je pus goûter sa fraîcheur qui me caressait le visage et venait enrichir ma joie, en déambulant sur les voies tranquilles, l’âme heureuse dans cette tourmente des paysages, l’esprit avide d’orage et de solitude, et le cœur riche de me retrouver enfin seul au milieu du monde. Heureux dans cette solitude retrouvée.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Chaque soir, je rentre par le petit sentier qui mène au cabanon. Je regarde le soleil qui tombe derrière les collines en illuminant, à cette heure du jour, le ciel de cette lumière bleue orangée si particulière. Ma journée s’achève ainsi à la nuit naissante. Je rentre chez moi. Loin des bruits de la ville, loin du monde et de sa vaine agitation, loin de toutes ces exubérances citadines. Je rentre chez moi, sale, puant et fatigué, mais heureux. Heureux de cette journée et de ces quelques lignes que j’écris chaque soir sur mon cahier. Heureux de cette vie de labeur, rude et authentique. Heureux de cette solitude et de cet isolement. Heureux d’être seul au monde avec ma vie et mes vérités, sans l’Autre qui n’a pas de place ici. Ici, où je n’ai aucun compte à rendre excepté à moi-même. Oui, j’aime cette existence. Cette existence sans fard, loin des apparences et de la superficialité de mes contemporains. Cette existence qui embrasse la réalité nue et parfois cruelle de la nature, à mille lieux de la barbarie insidieuse du monde qui cache si souvent son nom, sa violence et sa perfidie pour mieux tromper les hommes.

 

(extrait) DOCPSI OU LES MAUX DU DESTIN : On a beau dire, on est tout de même bien seul. Même ici, avec les miens. J'ouvre le cahier. J'écris : On a beau dire, on est tout de même bien seul. J'hésite à écrire avec les miens. Je ferme le cahier. Non, je ne peux pas écrire avec les miens. Jamais personne ne m'a appartenu et jamais personne ne m'appartiendra. Je suis ainsi. Seul et sans attache. Moi qui étais si possessif. Je me demande pourquoi ça a disparu. Je réfléchis. La déception de ceux dont j'ai croisé le chemin, ceux qui ont partagé ma vie et ceux dont j'ai partagé la vie ? C'est idiot ! On finit toujours pas décevoir ou être déçu. Je n'aime pas ça. Mais qui aime ça ? Personne, je crois. J'ai appris à ne plus avoir envie de décevoir ni que l'on me déçoive. Je préfère rester seul. C'est dur. Très dur. On souffre beaucoup. Parce que les autres ont tellement de bonnes choses à nous offrir.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Les heures paisibles et le temps vide, à occuper. Les heures méditatives et sereines. Les longues heures de solitude à écrire, à rêver et à se laisser lentement imprégner par la beauté sauvage du monde. Loin de la férocité citadine, dans mon refuge solitaire. Si loin de cette société cruelle, machine à broyer les hommes et à anéantir les vies, machine à asservir le monde. Ici, je suis libre et seul. Seul, libre et soumis aux exigences de cette liberté à laquelle je me suis délibérément astreint, par choix, par nécessité. Pour survivre à ma solitude, à mon isolement, à la rudesse de cette existence simple, belle et authentique.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Nous sommes seuls. Evidemment, nous sommes éternellement seuls. De la naissance à la mort. Et entre ces deux extrêmes, nous entourons notre solitude de présence(s) pour oublier ou pour atténuer cette souffrance de cheminer seul dans le monde. Mais que peut la présence d’autrui face à l’intrinsèque solitude qu’est la nôtre ? Face à cette solitude qui fait de nous des êtres foncièrement et irrévocablement livrés à nous-mêmes ?

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES : Aux yeux du monde, le solitaire est sans doute l'individu (l'être) le plus suspect qui soit. On le perçoit (sûrement) comme un homme indigne de toute compagnie. Mais pourquoi ne s'interroge-t-on jamais sur l'indignité de toute compagnie?

 

Nous sommes tellement prisonniers de notre vie, tellement occupés par nous-mêmes que nous avons toutes les difficultés du monde à accorder une place réelle à ceux qui vivent avec nous (nos proches), à accueillir (y faire entrer) ceux qui vivent à nos côtés (voisins, amis) et à ouvrir la porte à ceux que nous croisons (connaissances, passants, inconnus).

 

Notre vie est une étrange synthèse, un étonnant mélange d'un trop plein de soi et d'un immense désert de l'Autre.

 

Vivre, c'est marcher seul dans un désert peuplé d'ombres. Et lorsqu'il nous arrive de nous cogner contre elles, on s'en trouve déboussolé, désorienté, ne sachant plus quel chemin emprunter…

 

Nous n'accordons souvent une place aux autres dans notre vie que pour emplir un espace que nous ne savons ou ne parvenons pas à combler nous-mêmes.

 

Notre vie est souvent une terre aride, impropre à faire naître (et croître) toute rencontre.

 

Nous ne rencontrons jamais personne. Le plus souvent, nous ne croisons que des fantômes égarés qui se fuient eux-mêmes, et au mieux, des fantômes affamés qui errent dans le monde à la recherche d'eux-mêmes.

 

Dès qu'il sortait de chez lui, il revêtait une carapace de froideur arrogante pour ne laisser entrer le monde dans son cœur. Car il en avait toujours eu très peur et il rêvait secrètement depuis l'enfance que ceux qu'ils croiseraient se cogneraient contre cette paroi glacée et finiraient par glisser à ses pieds. Mais c'est toujours l'inverse qui se produisait. Tous le fuyaient comme l'abominable, l'infréquentable homme des neiges. Et il mourût seul enseveli sous des tonnes de glace.

 

Lorsque je me sens fragile et vulnérable, je reste chez moi, le cœur recroquevillé sur ma table de travail. Dans ces instants, il arrive (pourtant) que la vie se bouscule devant chez moi, frappe à ma porte, m'appelle par la fenêtre et je fais comme s'il n'y avait personne, je me cache, le cœur tapi sous mes feuilles de papier et j'attends que la vie passe et aille frapper à une autre porte.

 

 

Le désespoir

Le désespoir est un sentiment fréquent chez le chercheur existentiel. Signe de son incessante insatisfaction et de son irrépressible (et parfois utopique) besoin de concilier sa vie et ses exigences intérieures. Le désespoir peut inaugurer une crise existentielle grave et dévastatrice qu'il lui faudra traverser. S'il en sort (et il n'y a aucune raison qu'il ne parvienne à s'en sortir), il s'en trouvera assurément aguerri et renforcé dans sa démarche.

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Il n’y a plus rien à faire. J’ai tout essayé. Le monde est trop laid, trop lâche et trop cruel. J’ai donc décidé de rester seul avec moi-même, avec mon dégoût du monde et l’horreur de ce que je suis. C’est ça ou la mort. Et quand bien même je le souhaiterais, je ne peux me résoudre au suicide. Je suis trop lâche, je dois me résigner à vivre.

 

Devant l’indifférence du monde, j’ai choisi le silence. Le silence de la colère. Le silence de la douleur. Le silence des mots que la voix ne peut exprimer. Le silence de la solitude. Le silence de la pièce close. A l’abri du monde, replié sur soi, terré derrière ma table de travail.

 

Parfois je m’imagine être un autre, un de ces hommes qui aime la vie, qui aime sa vie, un de ces personnages heureux, fier de ce qu’il est, de ce qu’il fait et de ce qu’il possède. Moi, je ne suis rien, je ne fais rien. Je ne possède même pas ma vie. C’est à elle que j’appartiens. Et c’est elle qui me livre aux évènements que je me résigne à suivre en geignant et en traînant les pieds.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Aujourd’hui, tout me semble inaccessible. Vivre même est au-dessus de mes forces.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Hier, après avoir terminé ta lettre, je me suis couché au bord du désespoir. Et ce matin, c’est le dégoût et l’angoisse qui m’ont réveillé. Je me suis levé avec un profond sentiment d’écœurement. Se lever a été, je t’assure, cauchemardesque. Puis lentement mes ignobles activités m’ont tiré de ce coma. Je m’y suis consacré tout le jour en traînant ma carcasse et mon apathie, l’esprit totalement absorbé par ces vaines occupations. Et seule, la tension nerveuse, je crois, me fait encore tenir debout ce soir. A l’intérieur, je me sens si vide, presque mort. Et pourtant, je n’en continue pas moins d’avancer chaque jour, cahin-caha sur cet étrange sentier qui m’éloigne de moi-même sans véritablement me rapprocher du monde. J’ignore si je tiendrais longtemps encore. Ces derniers jours, mon courage et mon endurance (bien médiocres, t’en souviens-tu) ont été rudement mis à l’épreuve. Et je les sens ce soir au bord de la défaillance. Crois-moi, mon cher I., cette course folle me désespère et m’épuise ! Si tu savais comme ce retour au monde me ronge… je ne suis plus aujourd’hui que l’ombre de moi-même. Je dois avoir l’air d’un fantôme sans vie qui court dans la nuit après ses rêves illusoires. Je ne suis plus qu’un ersatz de ce que j’étais et qui en oublie jusqu’à l’essentiel en poursuivant jusqu’à l’épuisement cette obsession désespérée.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : La désespérance d’attendre. Une vie entière à attendre... Et ce temps qui passe me désespère... Mais qu’attendons-nous en cette vie, sinon la joie, sinon l’impossible bonheur de vivre ? Cette vie est décidément sans espoir. Elle nous exhorte d’espérer. Et nous, pauvres hommes, avons l’inconscience de la croire et la folie de soumettre nos vies à cette vaine espérance…

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Ces quelques jours de réflexion m’ont été salutaires. J’ai pris une décision que je pense sans appel : je renonce définitivement à mon retour au monde. Est-ce là un choix judicieux ? Je l’ignore. Pourquoi et comment me suis-je décidé ? Je ne saurais davantage te répondre. Peut-être me demanderas-tu alors ce qu’il reste de toute cette stupide frénésie dans laquelle je me suis jeté ? Rien, mon cher I., il n’en reste rien. Quelques pages griffonnées, une succession d’efforts anéantis et l’inébranlable certitude de m’être de nouveau fourvoyé sur un chemin qui n’était pas le mien. Et aujourd’hui, comme autrefois, j’ai le sentiment d’être un vagabond sur le bord de la route qui ne sait où aller et qui préfère, par dépit, s’asseoir sur le bas-côté pour regarder passer ses congénères (pressés) qui poursuivent leur chemin avec opiniâtreté, sûrs de leur destination et confiants dans leur trajectoire. Oui, mon cher I., je crains de n’avoir toujours été qu’un éternel ébaucheur, qu’un éternel faiseur de projets inaboutis qui préfère regarder passer le monde sans se mêler à sa course stupide. Oui ! Crois-moi, mon cher I. ! Chaque pas en cette vie n’aura été pour moi qu’un éternel recommencement. Et le monde n’aura été qu’un dédalle de sentiers labyrinthiques dans lequel je n’aurais cessé de me perdre et qui m’aura toujours ramené à l’endroit même où j’avais commencé mon voyage. N’ai-je pas d’ailleurs toujours été l’infatigable adepte (et le laborieux marcheur) de mes longs et ineptes voyages immobiles ? Tu sais, mon cher I., il m’arrive pourtant de ressentir l’infinité des possibles qu’offre le chemin de la vie. Mais lorsque mon regard embrasse ces horizons ouverts, tous se referment à mon approche. Comme s’ils m’étaient inaccessibles… La distance, tu le sais bien, m’a toujours découragé. Aussi dois-je me contenter de regarder l’horizon, les pieds englués dans la fange de ma velléité paresseuse, en me consolant avec d’hypothétiques projets qui ne verront jamais le jour. Mes rêves, tu le sais aussi, ont toujours été obscurs, et mes idées toujours échafaudées durant la nuit, à ces heures de grâce où tout me semble possible, où mes pensées prennent corps et où mes projets deviennent réels et accessibles. Mais au réveil, ces songes merveilleux ne sont malheureusement plus que ruines, incapables d’affronter la réalité et d’entrer dans l’incontournable lutte avec le réel. Aussi ces songes, restent-ils en moi, découragés, anéantis, écrasés par les efforts qu’il me faudrait déployer pour les faire naître. Pourquoi se recroquevillent-ils ainsi ? Pourquoi ? Est-ce l’incertitude qui m’habite ? Ce doute terrible qui me confine à l’indécision ? Oui. Peut-être… peut-être n’est-ce après tout qu’un manque de confiance en la vie ? Oui, voilà sûrement l’origine de cette indécision : mon manque de foi en la vie. En définitive, peut-être ne crois-je en rien ; ni en la vie, ni en moi ni en mes idées. Je n’ai d’ailleurs en cette vie aucun espoir. Et c’est-là un lourd handicap pour s’investir dans un projet, se consacrer à une « œuvre » ou mener à terme quelque activité ! Comment veux-tu dès lors, mon cher I., qu’aboutisse la moindre de mes entreprises ? Je n’ai rien à prouver, ni à moi-même ni au monde. Je ne souhaite ni briller, ni réussir. Je n’obéis le plus souvent qu’à mon bon vouloir, par plaisir ou par nécessité. Et je n’aspire surtout qu’à vivre en paix avec moi-même. Oui, je crois que ma vraie motivation est là : vivre en paix avec moi-même. Et dans mes jours fastes, c’est cette aspiration qui donne un sens à ma vie et à l’œuvre que je tente d’accomplir. Et dans mes jours sombres (autrement dit la plupart du temps), cette aspiration même disparaît. Je n’éprouve plus alors ni plaisir ni nécessité à vivre et à poursuivre mes travaux. Ne me reste plus qu’un sentiment d’absurdité à l’égard de tout. Aussi dois-je me contenter de regarder avec envie et ironie ce monde qui s’agite en frétillant bêtement autour de moi.

 

 

L'art et la création

La création artistique (au sens large) est souvent l'un des rares instruments à la disposition du chercheur existentiel pour mettre en œuvre sa quête. Elle lui permet d'élargir sa compréhension (du monde, de la vie et de lui-même), de poser parfois quelques repères, de mettre à jour une cohérence dans sa démarche (ou sa trajectoire de vie) et de lui assurer une matière (infiniment renouvelable) nécessaires à la poursuite de ses recherches.

 

(extraits) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Ecrire comme exercice nécessaire à la poursuite des jours. Ecrire comme acte de survie. Ecrire la vie comme une traînée de poussière sur notre passé.

 

Ecrire comme nécessité absolue, comme nécessité fondamentale. Ecrire pour alléger le fardeau de vivre. Ecrire chaque pensée, chaque sentiment, chaque acte trivial et quotidien. Ecrire chaque jour vécu comme une œuvre unique.

 

(extraits) PAGES DE VIE : Aujourd’hui, vous sentez que votre écriture s’est transformée, qu’elle s’est muée en une chose nécessaire et presque vitale. Mais il vous faudra maintenir l’écriture à distance et ne lui accorder plus de prestige ni d’autorité qu’elle ne voudrait s’en donner car l’écriture n’est pas la vie. La vie est ailleurs. La vie habite sans doute une région encore inaccessible pour vous. Vous devrez donc poursuivre votre chemin hors de l’écriture, emprunter un chemin plus ancré dans la vie, approfondir votre connaissance des contrées existentielles découvertes et partir à la recherche d’autres encore inconnues. La vie s’y trouve sûrement. Et il vous faudra sans doute marcher longtemps avant de la rencontrer… Peut-être l’avez-vous d’ailleurs déjà effleurée lors de vos promenades ? Peut-être même vous a-t-elle déjà souri ? Et vous, sot que vous êtes, vous deviez encore avoir la tête dans les étoiles à suivre l’un de vos chemins de mots, et vous êtes passé sans la voir. Alors, à l’avenir, soyez plus attentif à la vie, cherchez-la davantage et avec plus de soins ! Restez vigilant ! Soyez à l’affût du monde !

 

Jamais l’écriture ne pourra vous servir de corde pour vous hisser jusqu’à la vie, ne voyez en elle qu’une façon de trouver une meilleure prise pendant l’ascension. L’alpinisme est un sport à haut risque. Et l’existence comme la haute montagne recèle mille dangers. A chaque instant, au moindre faux pas, la chute vous guette. La chute abyssale, la longue glissade vers le gouffre du désespoir et sûrement la mort au fond du gouffre.

 

L’écriture n’est qu’une façon de mettre en scène votre vie, qu’une façon supplémentaire de vous envelopper dans votre égotisme. D’ailleurs ce que vous écrivez, cent fois, mille fois, des millions de fois peut-être, d’autres avant vous l’ont déjà écrit… alors au fond quelle importance ce que vous écrivez ? Il n’y a aucun crédit à accorder à l’écriture. Vous écrivez, c’est un fait, vous éprouvez l’impérieux besoin d’écrire, mais au fond est-ce qu’écrire a quelque importance ? Au diable donc ce que vous écrivez ! Fuyez comme la peste ce sentiment absurde et pernicieux que développe bon nombre de ceux qui écrivent. Et promettez-moi de ne jamais vous sentir écrivain ! Promettez-moi de ne jamais espérer appartenir un jour au cercle étroit des lettrés et des auteurs reconnus. Je vous en conjure, prenez garde à ne pas vous ensevelir sous cette mascarade puérile, insensée et égocentrique. Ne prenez jamais plaisir à jouer aux martyrs de la page blanche, ne vous enchaînez pas aux délices perfides de l’inspiration, prenez soin de ne jamais vous enfermer dans l’écriture car vous vous couperiez de l’essentiel ; vous négligeriez la vie, la vraie. Alors, je vous en conjure, levez-vous, éloignez-vous de vos phrases, écartez-vous de cette quête pesante du mot juste, refermez votre carnet et rejoignez le monde, retrouvez la vie ! Oui ! Prenez soin de vivre, de poursuivre votre existence ! Ne désertez jamais la vie ! N’abandonnez jamais la chance de vivre et le bonheur d’être, celui d’écrire suivra, soyez en sûr ! Pour bien écrire, il vous faudra d’abord bien vivre, non une vie riche d’évènements, une existence foisonnante d’aventures, mais une vie intense où vous saisirez chaque seconde qui passe pour en extraire l’entière substance, non dans le dessein dérisoire de l’écrire mais afin de comprendre la vie, d’apprivoiser votre existence et de mieux les vivre toutes deux. Parce que la vie et votre existence méritent qu’on les empoigne ainsi, tout en elles nous invite à recueillir leur saveur. Une existence simple pourra vous combler de bonheur et de joie pour peu que vous sachiez entendre le souffle de la vie. Alors, je vous en conjure une dernière fois, oubliez vos ombres d’écriture, quittez votre table et vos crayons et regagnez le monde, rejoignez la terre des hommes, retrouvez la vie, retrouvez votre vie! Construisez votre existence et vos livres, croyez-le, se bâtiront d’eux-mêmes. Vivez ! Et la vie vous donnera matière à vivre et à écrire !

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Être comme les autres, à se dépêtrer dans le labyrinthe étroit du quotidien. Rien d’autre ou presque et cela contente l’âme. Bien des gens vous le diront, et chez bon nombre d’entre eux vous le verrez. Tout en eux transpire cela, tout en eux suinte ce goût si mesquin et si ordinaire pour la matérialité. Et puis, un peu plus tard, un autre jour, c’est là ! Vous le sentez ! Ça revient ! Ca ressurgit d’on ne sait où, et ce besoin de dire et de témoigner vous reprend ! Ca sort en jets brûlants, comme un volcan trop longtemps endormi, comme une renaissance, avec l’envie de partager ce magma informe qui se déverse sur votre vie, avec la joie de dire cette souffrance de vivre. Et ça vous brûle de l’intérieur ! Et ça vous ronge au dedans ! C’est une force irrépressible qui vous submerge et vous projette, impuissant dans une jubilation triste, joyeuse et frénétique.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : La joie de construire de ses mains ; bois, pierre, fer, terre… La joie de donner forme. Le plaisir immense – et presque maternel – de donner vie. S’approprier les éléments pour les ennoblir avant de les rendre libres.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : L’écriture est un exercice cathartique, une sorte d’exutoire thérapeutique inoffensif où l’on peut déverser sa violence sans se détruire ni porter préjudice à autrui. On peut s’y perdre et y sombrer. Mais le plus souvent, l’écriture nous sauve de nous-mêmes et de cet abîme d’avec le monde. Je crois que j’écris pour cette raison, pour ne pas sombrer dans la folie de la destruction systématique de cette inhumanité que je porte en moi et que le monde porte en lui.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Si tu savais comme j’aspire encore à cette vie de création, à ce rôle d’estivant qui musarde la tête hors du monde ! A cette vie inspirante et inspirée ! Voilà tout ce à quoi j’aspire. Voilà tout ce à quoi j’ai toujours aspiré. De toute mon âme. Toi, tu connais ma joie à laisser mon esprit se remplir du monde pour le déverser sur la page blanche. Tu connais ma joie à interpréter le monde et la vie que je traverse. Te souviens-tu, mon cher I., tu me demandais souvent : mais que veux-tu faire ? A quoi aspires-tu ? Aujourd’hui, je te répondrais que je n’ai plus qu’un seul souhait : redevenir attrapeur d’idées, témoigneur de vie, musardeur du monde. Voilà les seules activités qui me semblent dignes en cette vie. Voilà les seules activités qui combleraient mon existence. Mais non, ce monde ne me permet pas d’occuper ce rôle. Je dois me contenter de l’occuper en amateur, en dilettante en définitive. Si tu pouvais ressentir ce que je ressens, mon cher I…. je me sens si misérable et si malheureux de ne pouvoir me consacrer à ce qui me semble le plus essentiel en cette vie. Comment pourrais-je dès lors trouver le courage de m’engager dans une autre activité ? Comment pourrais-je devenir actif, efficace et professionnel dans une autre activité (forcément détestable à mes yeux) ? Comment pourrais-je m’y résoudre ? C’est impossible ! Mais cette impossibilité me paraît presque secondaire au regard de ma profonde inaptitude artistique. Car c’est elle, en définitive, qui m’exhorte à quitter l’art pour rejoindre le monde. Si tu savais, mon cher I., comme je trouve mes œuvres pitoyables ! Je me sens plus minable encore que le plus minable des artistes (plus médiocre encore que le plus médiocre d’entre eux) ! Oui ! Mon cher I., j’ai conscience de mon insignifiance artistique. Conscience de ma médiocrité créatrice. Et ce regard lucide sur moi-même m’est plus insupportable encore que mon incapacité à m’investir dans les activités de ce monde ! Comment aurais-je pu alors me résoudre à m’engager dans l’art et à dévoiler au monde ma médiocrité ? Le monde, sois-en sûr, aurait fustigé ma démarche et aurait ricané de mépris en voyant mes travaux. Et il aurait eu raison, mon cher I. ! Non ! Crois-moi ! Je n’ai d’autre choix aujourd’hui que de renoncer à l’art pour emprunter le pâle chemin de la normalité, écœuré de ce monde et dégoûté de moi-même. Oui ! Je dois me résigner la mort dans l’âme, à courber l’échine et à rentrer dans le rang. Me résoudre à l’obéissance et au respect des lois absurdes de ce monde qui détruisent et soumettent ma vie – et je crois, la Vie même – sous sa botte stupide, en forçant tous ceux, comme moi, qui s’y soumettent en renonçant à eux-mêmes. Et si tu savais comme je m’en veux aujourd’hui de cette lâcheté, de ce manque de courage, de cette inaptitude à choisir ma vie, de cette incapacité à assumer mes choix et à suivre mes aspirations les plus profondes. Comme si un petit je ne sais quoi de lâche n’avait de cesse de me ramener à l’insidieuse normalité du collectif. Oui, mon cher I., je bute sur le moindre regard inquisiteur de ce monde, effrayé de révéler l’image de ma différence, paralysé d’être relégué au rang des ratés, incapable d’assumer ma préférence, ma différence, mon existence - mon existence que je place pourtant au-dessus de tout - mais qui n’est rien puisque je ne m’y consacre guère que dans l’ombre. Je t’en prie, écris-moi. Sauve-moi de ce naufrage !

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Vous savez, me dit-il, j’ai beaucoup réfléchi là-bas. Beaucoup marché aussi. Dans les collines. Et j’ai pensé à Van Gogh. Comment d’ailleurs aurais-je pu ne pas songer à lui ? N’est-il pas l’archétype de l’artiste maudit ? Puis, M. fit de nouveau silence (comme pour réfléchir). Après cette pause (qui dura… de nouveau, pas loin d’une éternité…), il a repris sa rêverie d’une voix étrangement lointaine (et je dirais, presque absente). Vous savez, me dit-il, chaque jour, j’allais à sa rencontre… pour le regarder peindre. Chaque jour, je tentais de l’approcher pour lui dire mon admiration, mais à chaque tentative, il s’empressait de ranger ses pinceaux pour disparaître derrière les collines. Comme s’il refusait de… enfin… comme s’il n’aspirait qu’à la solitude… Vous savez, me dit-il, son pas était fébrile et d’une grande violence, comme si une force mystérieuse le contraignait à poursuivre sa quête obsessionnelle de solitude pour achever son oeuvre. Vous savez, me dit M., à chaque fois qu’il disparaissait derrière les collines, je songeais à cette vie d’artiste si particulière, à cette vie de solitude et de folie, à cette vie de misère livrée à l’indifférence des hommes. Oui, je n’ai cessé d’y penser, durant toutes ces après-midis ensoleillées où ensemble, lui et moi, nous battions la campagne parcourant les champs et les prés, gravissant les collines, à la recherche d’une idée, d’un paysage, en proie à l’insatisfaction, en quête d’une émotion, d’une sensibilité… en prise avec l’idée émergente, insoucieux de tout, des hommes, du monde, de la gloire, de l’argent, de la reconnaissance, tournés vers notre seule quête… et pétrifiés d’angoisse à l’idée de manquer notre vocation. Ah ! Si vous saviez comme j’aime ce Van Gogh-là ! me dit-il. Bien sûr, je n’ai ni son génie ni même son talent, mais nous sommes tous deux frères dans l’âme, nous sommes tous deux de cette race d’artistes désespérés, brûlant nos jours à remplir l’espace de la toile avec la misère de nos vies, avec nos âmes d’écorchés et notre cœur à vif. Puis M. a levé la tête comme pour sortir de ce songe étrange. Je n’ai rien dit. Je l’ai laissé à ses rêveries. Je me suis levé et j’ai quitté le square en songeant à l’étrange et désespérant destin des artistes… si souvent étrangers à eux-mêmes…

 

(extrait) PENSEES VAGABONDES : Librairies, bibliothèques et littérature regorgent de faux livres. Les vrais livres sont rares. On les reconnaît non par la beauté de leurs phrases, ni l'attrait de leur histoire mais par la lumière qu'ils font en nous.

 

 

Des chercheurs existentiels "célèbres"

Voici une courte liste (non exhaustive, bien sûr) d'Hommes plus ou moins connus qui, à mes yeux (à travers l'idée que je me fais de leur cheminement existentiel et/ou de leur œuvre), peuvent être qualifiés - à des degrés divers - de chercheurs existentiels : Vincent Van Gogh, Jacques Brel, Nicolas Bouvier, Hermann Hesse, Constantin Brancusi, Henri Michaux, Antonin Artaud, Emile Cioran, Jean Paul Sartre, Andy Goldsworthy, Albert Camus, Samuel Beckett, Richard Moss…

 

*

 

De la quête existentielle à la quête intérieure

Toute quête existentielle a de réelles chances d'aboutir et de se transformer en quête intérieure (ou spirituelle).

Après s'être cogné aux 4 coins du monde (sans trouver le moindre élément de réponse satisfaisant), le quêteur se trouve confronté à l'absurdité de la vie. Il ne lui reste alors souvent d'autre issue que la mort (ou l'idée de la mort).

Après avoir cherché désespérément un sens à la vie à l'extérieur (dans le monde, dans des idées, dans des projets, dans un mode de vie ou un mode de pensées...), le quêteur se sent découragé et parfois anéanti. Il peut alors insidieusement glisser vers le néant (dépression, idées suicidaires, dégoût existentiel profond...).

Comme bon nombre d'étapes transitoires, cette phase de transition est particulièrement critique. Elle peut se révéler extrêmement douloureuse et absolument terrifiante. Mais elle constitue souvent une étape incontournable et nécessaire à la poursuite du chemin. La proximité et la prégnance de l'idée de la mort peuvent s'avérer un moteur puissant de recherche. Pétri de doutes et d'incertitudes, le quêteur cherche alors désespérément en lui quelques maigres ressources pour traverser cet immense désert de solitude et d'absurdité. Progressivement, il parvient à trouver la force d'émerger de cet état de déréliction profond et finit par entrevoir un peu de lumière au bout du tunnel. Et chemin faisant, le quêteur a l'intuition (parfois la certitude ou la conviction inébranlable) que sa quête peut se poursuivre en cherchant la réponse en lui-même. Cette idée, encore nébuleuse, s'éclaircit progressivement. Et il lui apparaît bientôt avec force qu'il n'existe à présent qu'une seule direction, qu'un seul chemin possible : chercher en soi les réponses à ses multiples questionnements. Et après maintes hésitations, le quêteur s'engage alors sur le chemin intérieur, apprenant progressivement à transformer sa perception du monde et de la vie. L'existence prend alors un sens véritable et une dimension nouvelle.

Ainsi débute la quête intérieure (ou spirituelle) qui peut s'inscrire (et s'inscrit souvent d'ailleurs (mais pas toujours)) dans une tradition religieuse qui apporte au quêteur un cadre et un socle, à la fois théorique et pratique, souvent nécessaire à la poursuite de son cheminement.

 

(Extraits) PENSEES VAGABONDES :

Se cogner aux quatre coins du monde, puis poursuivre le chemin en soi.

 

Puisqu'il est impossible de transformer la vie, les êtres et les choses de ce monde, il est sage (sinon de bon sens) de transformer sur eux notre regard.

 

Regarder en soi, c'est partir à la recherche de sa propre lumière… et découvrir bientôt une lueur qui n'est que le reflet singulier de LA Lumière qui habite chacun.

Toute réelle transformation procède d'une métamorphose du regard. Toute métamorphose du regard provient d'une lente et longue évolution. Toute évolution trouve son origine dans une très progressive exploration de soi-même qui prend, elle-même, sa source dans le besoin irrépressible de répondre à l'insatisfaction fondamentale de notre vie. Ainsi, l'insatisfaction est sans doute l'un des plus puissants moteurs de recherche de l'humanité.

 

(Extraits) LE PETIT CHERCHEUR... :

 (…) Monsieur Arnaud a froncé les sourcils.

 - Vous avez l’air de vous plaindre des difficultés du voyage ! Il n'y a pourtant aucun doute, jeune homme ! Ce voyage est merveilleux… je reconnais qu’il est parfois difficile et source de souffrances… mais les épreuves ne sont pas inutiles. Vous pouvez me croire ! Tout ce que vous avez enduré a un sens ! Les épreuves et la souffrance sont des chances formidables pour les chercheurs…

- Les épreuves et la souffrance… des chances formidables ?

 - Eh oui ! Bien sûr ! dit monsieur Arnaud avec un grand sourire (ravi sans doute de trouver là une occasion supplémentaire de me donner quelques explications…).

- C’est très simple ! dit-il, vous avez cherché le trésor un peu partout, n’est-ce pas ? Vous avez visité de nombreux quartiers sur cette Planète, vous vous êtes installé dans certains en croyant y découvrir les joyaux… vous avez cru les trouver… mais vous les avez perdus… ensuite vous avez essayé de les récupérer… mais vous n'y êtes pas parvenu… alors vous êtes parti… vous avez commencé à errer ici et là… vous avez vécu une période de grandes souffrances… mais vous avez eu l’intelligence de poursuivre votre chemin… et vous avez fini par arriver dans ce quartier…

- Ne prenez pas mes paroles à la légère, jeune homme ! Je vous livre ici la clé qui ouvre la porte du quartier des Chercheurs du Dedans ! Sans cette traversée du Labyrinthe, jamais vous n'auriez découvert le chemin intérieur. Si vous n'aviez pas visité la Planète, par quel miracle, dîtes-moi, auriez-vous trouvé ce quartier… Avant d'arriver jusqu'à nous, il vous a d'abord fallu comprendre que les joyaux des autres quartiers n'étaient pas les vrais joyaux. Cela a été, il est vrai, source de grande souffrance. Mais sans cette épreuve, vous seriez resté dans le quartier qui vous semblait le plus propice à trouver les joyaux… N'est-ce pas d'ailleurs ce qu'il vous est arrivé dans le quartier des Boîtes ? Comme la plupart des Grands Dôms, vous y avez séjourné longtemps… très longtemps… trop longtemps sans doute… Mais heureusement que vous avez fini par perdre ces joyaux… et que vous avez poursuivi votre chemin… ces souffrances, ces épreuves et cette traversée de la Planète ont donc été nécessaires pour arriver ici…

- Oui… peut-être…, ai-je dit, peut-être avez-vous raison, monsieur Arnaud mais… pourquoi certains résidents découvrent le quartier des Chercheurs du Dedans… ? Et pourquoi certains empruntent le chemin intérieur alors que d’autres ne soupçonnent même pas son existence… ?

Monsieur Arnaud eut un petit sourire moqueur.

 - Eh bien ! Hum ! hum ! dit-il, je viens en partie de vous donner la réponse, jeune homme… mais peut-être souhaiteriez-vous quelques explications supplémentaires?

J’ai hoché la tête en guise d’approbation.

 - Eh bien ! dit-il, chaque résident de cette Planète est mû par une force intérieure qui le pousse à voyager. Cette force permet à chacun de trouver son chemin à travers les différents quartiers de la Planète… chacun s’arrête dans le quartier qui semble répondre à ses attentes… là où il pense pouvoir trouver une partie des joyaux. D’autres résidents, en revanche, ne parviennent jamais à se satisfaire des faux-joyaux ou des bouts de vrais joyaux qu’ils ont trouvés. Aussi, changent-ils sans cesse de quartiers… allant ici et là… pour tenter de découvrir les vrais joyaux et le trésor. Et vous appartenez sans nul doute, jeune homme, à cette catégorie de chercheurs ! Aujourd'hui, cette force intérieure vous a conduit ici, dans le quartier des Chercheurs du Dedans, car vous sentez à présent, au fond de votre cœur, que seul le chemin intérieur peut vous mener au trésor…

Monsieur Arnaud a fait une courte pause. Puis (après un instant d’hésitation), il a ajouté :

 - Mais vous savez, jeune homme, nous sommes tous sur cette Planète des chercheurs de trésor… et tous les résidents du Grand Labyrinthe finiront un jour par emprunter ce chemin… ce n'est qu'une question de temps… (et de mûrissement intérieur…) lorsqu’ils comprendront enfin que les joyaux et le trésor ne peuvent être trouvés à l’extérieur… qu’il est vain de les chercher dans les autres quartiers, ils viendront ici… et se tourneront tout naturellement vers le chemin intérieur.

 

 

Le chercheur intérieur

Dans cette partie, je tenterai d’abord d’établir le portrait du chercheur intérieur, puis j’aborderai brièvement – de façon partielle et relativement superficielle – la quête intérieure (ou spirituelle). La raison majeure de ce survol tient au fait que je n’ai guère de distance quant à mon propre cheminement, initié il y a quelques années. Je n’en suis guère – à mes yeux – qu’aux prémices de cet étonnant, merveilleux et parfois déroutant chemin intérieur. Dès que ma pratique et mon cheminement me le permettront (ce qui nécessitent une lente imprégnation et un long mûrissement), j’aborderai plus largement cette thématique dans mes prochains ouvrages.

 

Je me contenterai pour l’heure d’énoncer quelques principes et axes principaux de la quête intérieure (les effleurant d’ailleurs à peine car je ne les connais encore que très peu), invitant chacun à suivre son intuition et à choisir avec soin sa propre voie qu’elle soit ou non inspirée – à des degrés divers – par telle ou telle tradition spirituelle.

 

Si cette thématique vous intéresse tout particulièrement, je suis persuadé que vous trouverez de quoi sustenter votre curiosité, ou mieux de quoi nourrir votre appétit, par la lecture, l’imprégnation et la pratique proposée dans de très nombreux ouvrages sur le sujet.

 

Tentative de définition

Le chercheur intérieur est un être sur la voie de l'intériorité. Un être qui chemine intérieurement. Autrement dit qui opère une transformation progressive de son regard sur le réel (perception plus large, plus profonde et plus fine).

 

Le chercheur intérieur ne se contente pas de revêtir les parures extérieures d'une quelconque tradition spirituelle ou religieuse (rites et attributs parfois ostentatoires d'une pensée dogmatique extérieure à lui-même). Le chercheur chemine très progressivement vers certains aspects de la Vérité dont il a l'intuition et dont il s'imprègne jusqu'à les faire siens. Le chercheur ne s'épargne aucun effort, il se bat, se débat parfois, il avance, glisse, tombe, recule et poursuit enfin sa marche éreintante, exténuante et merveilleuse vers certains éléments de la vérité qui le dépassent (situés au-delà de son identité propre) et qui se trouvent paradoxalement déjà en lui… éléments de la vérité recouverts d'un fatras de connaissances inutiles, d'émotions passagères et pourtant tenaces, d'a priori encombrants, de croyances superfétatoires qu'il lui appartient de déblayer lentement et de défricher méthodiquement afin de faire grandir l'espace intérieur nécessaire à une progression plus profonde et à une croissance de sa conscience (au-delà d'elle-même...) éléments de la vérité enfin qu'il lui faut expérimenter pour qu'ils deviennent partie intégrante de son être.

 

Le chercheur intérieur prend conscience qu'il n'est pas un être figé et immobile (aux vérités définitives et solidement établies) mais un être en évolution, un être en devenir, un être en transformation permanente. Alors même qu'il peut encore éprouver un sentiment de stagnation dans son existence ou qu'il peut encore juger les évènements extérieurs en apparence défavorables, il sait que la vie et les évènements lui permettent de poursuivre son chemin quoi qu'il arrive.

 

Le chercheur diminue progressivement ses attentes à l'égard de la vie. Il tente d'accueillir tout ce qui se présente à lui, les évènements extérieurs et les évènements intérieurs que sont les émotions, les sentiments, les gênes, les souffrances…

 

Le chercheur apprend à se contenter (contentement très éloigné de la résignation…). Il accueille ou s'évertue à accueillir et à accepter réellement les situations extérieures et intérieures qui se présentent à lui car elles ont et prennent sens dans son existence.

 

Le chercheur est un être qui apprend à accueillir davantage la souffrance (en général) et sa souffrance (en particulier). Malgré un sentiment de mal-être qui peut bien sûr encore parfois l'étreindre, il ne se débat plus avec autant d'âpreté pour s'en défaire.

 

Le chercheur accueille plus volontiers son sentiment de non appartenance à un groupe (soit parce qu'il a trouvé sa place au sein d'une quelconque communauté, soit parce qu'il se satisfait de poursuivre son chemin sans place véritablement reconnue).

 

Le chercheur prend conscience que l'idéal après lequel il court n'est qu'un concept. Il comprend qu'il n'existe ni chemin idéal, ni rencontre idéale, ni être idéal, ni vie idéale. Il apprend alors à composer (avec joie et encore parfois avec un peu de tristesse) avec les exigences du réel.

 

Le chercheur sait qu'il peut travailler (travailler intérieurement s'entend) avec toute chose, avec toute personne, avec tout évènement dans n'importe quel lieu et dans n'importe quelle situation. Tout est en mesure de nourrir ce travail intérieur pour lui permettre de progresser sur le chemin.

 

Le chercheur prend conscience que le sentiment de différence qu'il éprouvait n'était qu'une séparation virtuelle avec les autres induite par une mise à distance (parfois involontaire ou inconsciente) qui favorisait un réel sentiment de séparation ou de différence avec ses congénères. Il s'aperçoit progressivement qu'il n'était (et n'est) pas aussi séparé qu'il le pensait.

 

Le chercheur apprend à donner à son incurable gravité quelques airs de légèreté, à considérer les évènements existentiels avec plus de distance et d'humour. Il apprend à goûter avec plus de saveur (et même parfois) avec plus de plaisir aux joies (petites et grandes) de l'existence.

 

Le chercheur développe une curiosité accrue (et toujours plus grande) pour la vie, notamment pour les évènements quotidiens et pour les éléments mineurs de la vie ordinaire traditionnellement (et conventionnellement) considérés comme triviaux ou insignifiants.

 

Le chercheur apprend à considérer la vie, le monde, les autres avec un regard neuf et spontané et (quand cela lui est possible) avec un regard émerveillé car il prend conscience de la beauté de toutes choses aussi insignifiantes, ordinaires ou laides qu'elles puissent paraître.

 

Le chercheur éprouve progressivement davantage de gratitude pour la vie et à l'égard de ce qui lui est donné à vivre car il prend conscience de l'extrême préciosité de l'existence (et de tous les phénomènes du vivant), de la beauté et de la rareté de chaque instant qu'il considère de plus en plus comme un merveilleux présent offert par l'existence.

 

Le chercheur s'ouvre davantage aux autres et au monde. Il ne renie certes pas sa solitude (et son importance) mais il éprouve moins le besoin d'un repli forcené. Il est moins enclin à trouver dans sa solitude un abri contre les dangers, les errements ou les égarements du monde.

 

Le chercheur accepte davantage le monde et cherche de moins en moins à le transformer. Il prend conscience qu'il n'est qu'un élément du Tout, qu'un maillon de l'ensemble et qu'il est impuissant à tout contrôler et/ou à tout régenter. Il s'aperçoit progressivement que la vie est parfaite ainsi, telle qu'elle est… même s'il a parfois encore quelques difficultés à l'admettre.

 

Le chercheur a l'intuition d'une sagesse qu'il découvre progressivement et dont il imprègne peu à peu son regard et son existence.

 

 

La quête intérieure

Comment définir la quête spirituelle ou intérieure ? 

La quête spirituelle représente, à mes yeux, une transcendance, un dépassement de soi, un élargissement de conscience, une démarche non égotique, une voie qui procède d'une absolue nécessité intérieure, un long, difficile et merveilleux chemin que chacun découvrira sans doute un jour, une lente maturation intérieure, une extraordinaire possibilité d'actualiser notre potentiel humain, et sans doute la meilleure façon d'apprendre à devenir des êtres humains à part entière.

 

(Extraits) LE PETIT CHERCHEUR... :

 - (…) Le chemin intérieur est une voie périlleuse et difficile. Inutile de s’y précipiter ! Si vous souhaitez avancer sur ce chemin, il vous faudra d'abord ouvrir votre cœur et élargir votre esprit… ce sont là les premiers pas sur le chemin…

- Ouvrir mon cœur et élargir mon esprit… ? 

(…) Monsieur Arnaud a planté ses yeux dans les miens.

 - Pour ouvrir votre cœur et élargir votre esprit, il vous faudra laisser venir à vous tous les évènements du chemin… sans en rejeter un seul… il vous faudra apprendre à accueillir chaque chose, chaque être et chaque événement du voyage… qu'ils vous semblent porteurs de joyaux ou non, qu'ils vous semblent agréables ou désagréables n’a aucune importance… vous devrez tous les laisser entrer dans votre cœur… pour l’attendrir… et les laisser pénétrer dans votre esprit… pour l’éclairer ! Alors soyez sûr que vous avancerez sur le chemin du Dedans ! Mais n'allez pas imaginer que c'est là une tâche facile… il s'agit sans doute de l'un des exercices les plus difficiles de ce voyage…

(…) Monsieur Arnaud m'a regardé avec un air de moquerie évident.

 - Il n'est sans doute pas inutile que je vous rappelle, jeune homme, qu'il est extrêmement dangereux de s'aventurer sur ce chemin sans l’aide d’un professeur sérieux et expérimenté ! Vous savez... ceux qui arrivent dans ce quartier sont un peu… comme des P’tits Dôms… incapables de marcher seuls… le chemin du Dedans est si long, si difficile et si dangereux que ceux qui s’y aventurent seuls prennent tous les risques… croyez-moi, jeune homme ! Sur ce chemin, les dangers sont innombrables… et il n’est pas rare de voir certains chercheurs se perdre en route…, tourner en rond jusqu’à la fin de leur voyage, ou même se rompre le cou à la première ornière… Oui ! Croyez-moi, jeune homme ! Ce chemin est une véritable ascension ! Et y cheminer n’est pas, comme l’on le croit un peu naïvement, une partie de plaisir… ceux qui s’imaginent que le chemin du Dedans est un sentier doux, tendre et plaisant ne sont pas au bout de leurs peines et de leurs surprises… Le chemin intérieur est un chemin rude et merveilleux qui monte vers la Lumière ! C’est un chemin abrupt et difficile ! Et il est plus sage d’y cheminer en compagnie d’un professeur et au sein d’une école.

 - (…) Tout chercheur doit entreprendre un long et éprouvant voyage pour découvrir le trésor… au fil du chemin, nous devons tous surmonter de terribles épreuves pour élargir notre conscience… et si nous savons garder ouverts notre coeur et notre esprit… à chaque instant et en toutes circonstances… alors ils s’élargiront progressivement… et lorsque ils seront suffisamment larges pour y accueillir chaque chose… chaque être… et chaque événement du voyage… alors nous comprendrons que notre conscience était entravée par leur obscurité et leur étroitesse…

Petit Lam a ouvert les yeux, il a posé sur moi un regard plein de bonté et a poursuivi son étrange enseignement.

 - En réalité, dit-il, malgré les apparences… notre conscience a toujours été aussi large et aussi vaste que l'espace qui nous entoure… et aussi lumineuse que le soleil dans le Ciel…. et lorsque que nous découvrons enfin sa nature véritable… nous comprenons… que l'étroitesse de notre cœur et l'obscurité de notre esprit… nous aveuglaient… et nous empêchaient de voir que le trésor était là… qu'il a toujours été là… à chaque instant de notre voyage…

(…) Petit Lam a pris une longue inspiration, il a joint les mains à hauteur de la tête et du cœur et a longuement expiré. Puis il a posé de nouveau sur moi un regard d’une infinie bonté.

 En définitive, dit-il, notre voyage est très simple… il peut nous sembler compliqué et incompréhensible car… au début du chemin… nous ne comprenons pas le sens de nos pas... aussi nous mettons-nous à courir désespérément après le trésor… cherchant un peu partout et très maladroitement les joyaux… mais le chemin nous apprend peu à peu à découvrir une autre façon de chercher… les évènements de notre voyage… les personnages que nous croisons… tout ce que nous rencontrons sur notre chemin… nous invite à élargir notre conscience… et celui qui résiste à cette ouverture naturelle et progressive ne cesse de souffrir… nul ne peut résister indéfiniment à cette force intérieure… cela peut prendre du temps… mais le voyage trouve véritablement son sens dans cette ouverture… et si nous savons avancer patiemment sur ce chemin… nous prendrons conscience que tout ce que nous rencontrons au cours de notre voyage… tous les évènements… sont de merveilleuses occasions de grandir à l'intérieur… de progresser sur la voie... et d'avancer vers le trésor…

 

 

Le déroulement de la quête spirituelle 

A l'aune de ma pratique, je serais tenté de définir ce déroulement comme une sorte de cheminement en spirale qui va progressivement vers l'élargissement, un cheminement fait d'avancées et de reculs apparents où alternent cycles de repli sur soi et de participation au monde, phases de crises, de luttes et d'angoisse et phases d'éclaircies, de détente et de sérénité où l'on apprend à travailler avec honnêteté sur soi et les évènements que nous traversons et où l'on gagne très progressivement en paix, en joie et sans doute aussi en intelligence (de cœur et d'esprit)...

 

(Extraits) LE PETIT CHERCHEUR... :

 - (…) L’intelligence, mon garçon, n’est pas seulement affaire d’esprit comme le pense la plupart des résidents. L’intelligence n’est pas uniquement affaire de raisonnement logique et d’accumulation de connaissances assez souvent d'ailleurs… bêtement empilées les unes sur les autres. Il s’agit là d’une forme très grossière d’intelligence ! Cette forme est nécessaire mais insuffisante. L’intelligence est beaucoup plus vaste ! Elle revêt de multiples aspects selon les avancées de chacun sur le chemin. Ainsi, l’intelligence peut prendre la forme de la persévérance si l’on poursuit son voyage avec courage malgré les difficultés que l'on rencontre. Elle peut aussi prendre la forme d’une nécessité intérieure qui pousse le chercheur à aller ici et là, à visiter certains quartiers, à en contourner d’autres ou à s’arrêter dans ceux qui lui semblent propices à ses attentes. Mais quelles que soient les formes que prend l’intelligence, tôt ou tard, elle amène le chercheur à comprendre qu’il existe une vérité qui dépasse son entendement habituel. Ainsi, le joyau de l’intelligence ouvre progressivement l’esprit du chercheur à cette vérité ! Il l’amène d’abord à regarder dans son cœur et à l'ouvrir très progressivement. En définitive, où qu’il soit sur le chemin, l’intelligence est le joyau qui fait avancer le chercheur vers le trésor ! Et s’il sait marcher avec patience et persévérance, le chercheur finit par comprendre que les autres joyaux se trouvent en lui… et qu’il lui appartient de les découvrir.

(…) A chaque étape du voyage, mon garçon, le chercheur découvre une nouvelle facette du joyau de l’intelligence. C’est un joyau qui ne cesse de grandir pour élargir et éclairer l’esprit de la Conscience ! Et plus l’esprit de la Conscience s’élargit et s’éclaire, plus le chercheur regarde dans son cœur ! Et plus il regarde dans son cœur, plus il voit sa profondeur et son étendue. Il s’aperçoit alors que son cœur peut accueillir bien plus de choses qu’il ne le pensait. Alors le chercheur continue à ouvrir son cœur et à y accueillir chaque chose car ces choses lui semblent de plus en plus familières (un peu comme s’il accueillait une partie de lui-même). Et le chercheur finit par prendre conscience qu’il n’y aucune différence entre ce qu’il y a au fond de son cœur et ce qu’il y a au dehors. Et un jour, à force de patience et de persévérance, si le chercheur parvient à garder ouverts son esprit et son cœur en toute circonstance, alors il comprend que la beauté est partout. Le chercheur découvre alors le joyau de la beauté! Et il peut enfin goûter à toutes les merveilles rencontrées sur son chemin. Car toute chose, tout être, tout évènement lui semblent merveilleux ! Alors naît progressivement en son cœur une bonté et un Amour inconditionnel pour toutes les choses et pour tous les êtres. Le chercheur découvre alors le joyau de la bonté ! Son cœur s’emplit de gratitude envers Tout et tous, envers le voyage, envers les paysages, envers le chemin, envers ses ornières et ses difficultés, envers ses joies et ses plaisirs. Et cette découverte lui procure une confiance inébranlable dans le voyage et une grande force pour poursuivre son chemin. Grâce à cette confiance, le chercheur découvre le joyau du pouvoir. Il comprend alors qu'il peut poursuivre son voyage contre vents et marées… et avancer sur son chemin malgré les tempêtes… Grâce à cette confiance, à cette force et à cette ouverture, le chercheur découvre peu à peu la richesse, la vraie et la seule richesse qui soit sur cette Planète, la richesse du voyage. Et il comprend enfin que le trésor n’est autre que le voyage lui-même avec ses découvertes successives. Et le chercheur peut enfin goûter avec joie à chaque instant du voyage ! Et il continue sa route sans peur et sans contrainte, avec un cœur toujours plus spacieux et un esprit toujours plus lumineux… Il apprend à épouser les méandres du chemin, à se lier d’amitié avec tout ce qui le traverse et tout ce qu’il rencontre… il comprend qu’il n’y a aucun trésor à chercher… car il sait que le trésor est partout, en lui, en l’autre, en chaque chose, en chaque être, en chaque rencontre, en chaque évènement… il sait que le trésor est là… partout où ses pas le mènent…

 

  

Les principaux dangers de la quête spirituelle 

L'ésotérisme, la superstition, les faux maîtres spirituels, le sectarisme, la foi aveugle, les croyances sans ressenti personnel, le syncrétisme, le prosélytisme (plus ou moins) forcené, l'idéalisation, l'absence de doute, le décalage entre l'Être et l'apparence de l'Être, l'enfermement dans un cadre de pensées dogmatiques, le manque d'ouverture, l'intolérance.

 

 

Les obstacles majeurs au cheminement spirituel 

La croyance d'avoir enfin trouvé la vérité, l'isolement et le repli sur soi, l'excès volontariste, la déconnexion avec le réel, le nomadisme spirituel, le matérialisme spirituel.

 

 

Les thématiques de la quête intérieure

Voici les principaux thèmes qui accompagnent le chercheur sur son chemin et qui initient une transformation progressive de son regard.

 

 

Une importance accrue accordée au travail intérieur

Le chercheur comprend peu à peu la nécessité de tourner son regard vers l'intérieur. Il substitue donc au regard critique habituellement tourné vers le monde et les évènements extérieurs un regard attentif sur la façon dont il reçoit et accueille intérieurement les évènements qu'il traverse. Il apprend progressivement à chercher en lui l'ouverture et la force de recevoir le monde tel qu'il se présente à lui (et si possible tel qu'il est) sans chercher à blâmer la vie ou à rejeter sur d'autres la responsabilité des souffrances éventuellement engendrés par les évènements et les aléas de l'existence. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Tourner en rond… jusqu’à ouvrir la brèche de notre regard étroit. Tourner en rond… jusqu’à ce que l’infini nous apparaisse au-dedans.

 

Il y a en nous tant d’horizons inexplorés… tant de vérités à découvrir… Chacun est à lui seul un monde infini.

 

Les difficultés nous semblent venir de l'extérieur, mais seuls les obstacles sont en nous.

 

Un regard bienveillant transforme le monde.

 

Certains jours, nous n'avons plus ni la force ni le courage de marcher… il nous faut alors puiser en nous plus profondément encore pour trouver la force et le courage d'accueillir le découragement et l'apathie… c'est aussi cela poursuivre le chemin en soi…

 

En cette vie, chacun doit tenir son rôle, celui que la vie lui a octroyé. On trouve son rôle en écoutant la vie en soi.

 

Savoir, c'est ingurgiter des connaissances empilées les unes sur les autres et plus ou moins intelligemment organisées. Connaître, c'est s'imprégner d'une vérité jusqu'à la faire sienne. Savoir est la marque des gens cultivés, connaître celle des gens intelligents (non au sens logique ou rationnel du terme mais au sens vrai).

 

Mille fois sur le chemin, remets tes pas… Mille fois en ton cœur, recueille les pleurs…

 

Ce sont nos pensées, nos actions et notre regard qui donnent au monde sa couleur, son éclat et son relief.

 

La façon dont nous voyons la vie n’est que le reflet de notre monde intérieur.

 

Elargir son cœur sans le déchirer… voilà une tâche peu aisée…

 

Notre monde croit davantage en ceux qui ont des réflexions qu'en ceux qui ont des convictions. Le monde accorde en effet à ceux qui ont des réflexions (ou mieux qui élaborent et construisent un raisonnement purement réflexif) plus de crédit et de valeur, voire parfois l'encense plus que de raison. Cette bizarrerie tient sans doute au fait que la plupart des hommes choisissent aveuglement leurs convictions, par facilité, par paresse, par commodité, pour ne pas avoir à réfléchir et être confrontés à leurs propres doutes. Mais c'est oublier que chez d'autres, les convictions sont l'aboutissement transitoire (et encore très largement ouvert et évolutif) d'un long cheminement, qu'elles tirent leurs origines de nombreuses réflexions, qu'elles se sont progressivement construites par la raison, qu'elles ont été enrichies par l'intuition et étayées enfin par la sensibilité et l'intelligence du cœur (dont les intellectuels, à tort, se méfient tant). Il ne faut jamais oublier qu'avoir des convictions n'empêche nullement de réfléchir, ni d'avoir des réflexions, ni même d'avoir des doutes ou de remettre ses convictions en doute. Pour conclure, je dirais : les convictions sont des aboutissements réflexifs et intuitifs en cours d'évolution, des réflexions en marche (en cours). Dès lors, les convictions ont sûrement plus de valeur (sinon plus de poids et de maturité que de simples réflexions) puisqu'elles sont, elles-mêmes, des chemins réflexifs et intuitifs, des réflexions intuitives en cours de fabrication (d'élaboration) et il est inutile ni de les décrier, ni de les discréditer, ni de s'en méfier davantage que de tout autre raisonnement.

 

 

Une fixation égocentrique moins forte

Le chercheur adopte progressivement un regard moins autocentré et moins égocentrique. Il sait que la vie et le monde peuvent continuer à tourner sans lui. Il apprend peu à peu que les autres sont plus importants et plus essentiels que sa propre personne. Il tente alors de trouver un équilibre entre lui (la reconnaissance de son identité particulière) et les autres, équilibre sans cesse fluctuant orienté vers un effritement progressif de l'ego.

 

(extrait) PENSEES VAGABONDES :

Nous croyons construire notre vie. Il n'en est rien. C'est la vie qui, à travers nous, fait son œuvre.

 

L'illusion de construire notre vie en toute liberté tient à notre impression d'avoir le choix et à notre libre arbitre, mais c'est ignorer les forces mystérieuses qui les sous-entendent et qui nous poussent à opérer ces choix.

 

La vie ressemble à un immense puzzle (un puzzle infini et en perpétuel mouvement) dont chaque vie serait une pièce, à la fois minuscule, unique et irremplaçable.

 

Oser mourir à soi-même, c'est se donner la chance de renaître au monde. Mais on ne meurt jamais complètement, on apprend progressivement à entretenir un rapport différent au monde.

 

Apprendre à s'oublier, c'est commencer à accorder une place plus grande aux autres… jusqu'au jour, où il nous est enfin possible de leur re-donner leur place réelle : la seule qu'ils méritent, celle qui n'aurait jamais dû perdre, celle qui a toujours été la leur : la totalité de l'espace. Avant d'y parvenir, il nous faut parcourir un très long chemin… d'abord faire sa propre place, allant parfois jusqu'à pousser quelques-uns pour l'étendre (ou la trouver), puis apprendre progressivement à en limiter l'expansion, puis à limiter cet espace lui-même, puis encore (très progressivement) à en restreindre les limites, jusqu'à réduire cet espace au point où il se confonde à la totalité de l'espace…

 

La compagnie des autres est parfois une gêne (une source de nuisance), souvent un réconfort, un faire-valoir ou un tremplin et toujours un miroir. Il est rare que nous soyons (véritablement) avec les autres pour eux-mêmes.

 

On commence à aimer les autres quand on commence à se mettre à leur place. Mais ce n'est là qu'une sorte de projection (tout à fait) égocentrique. Une sorte de premier pas vers l'Amour d'Autrui quand on commence à mettre sa propre personne à la place de l'Autre. Il faut un long et difficile travail sur soi pour aimer l'autre sans qu'intervienne nullement notre propre individualité.

 

Se dépouiller de soi-même, c'est devenir plus riche de l'essentiel.

 

Notre plus grand malheur est de nous croire importants… Nous le sommes sûrement… mais sans doute pas comme nous l'imaginons…

 

Nous ne sommes les uns pour les autres que les instruments de la vie. Il serait vain de croire autre chose.

 

La vraie liberté est d’accepter de devenir le serviteur enjoué de la vie.

 

 

Simplicité et retour à l'essentiel

Les préoccupations du chercheur se recentrent sur les aspects les plus fondamentaux de la vie. Il simplifie, décomplexifie et décérébralise des pans entiers de son existence et de sa quotidienneté. Il recentre ses essentialités en apprenant à se défaire des préoccupations secondaires (souvent liées aux conventions et aux regards du monde) et en se focalisant davantage sur les éléments primordiaux qui donnent véritablement sens à la vie humaine. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Au début nous sommes dans "le faire" pour échapper sans doute aux abîmes de "l'Être". Malgré les multiples invitations à la solitude que nous offre la vie, nous luttons de toutes nos forces pour éviter de nous retrouver seuls face à nous-mêmes. Puis vient l'incontournable étape de "l'Être" qui nous éloigne progressivement du "faire" frénétique que nous avons toujours connu. Progressivement, l'Être gagne en force et en vitalité. Lorsqu'il parvient enfin à se suffire à lui-même, il donne au "faire" jusque dans les moindres gestes et les actes les plus anodins une justesse et une harmonie insoupçonnables.

 

La solitude est une compagne exigeante et d'abords difficile. Mais lorsque la séduction a opéré, (qu'elle est parvenue à nous séduire), il est rare - très rare - que nous soyons déçus.

 

Une vie : de petits riens mis bout à bout. De petits riens, à chaque fois, uniques, irremplaçables, inestimables…

 

Cheminer vers soi consiste à ôter une à une les pelures que nous avons revêtues pour nous protéger des dangers du monde et de la vie pour découvrir enfin notre nudité et notre vulnérabilité. C'est cette fragilité qui nous rend invincible et nous donne la force de nous tenir debout dans toutes les tempêtes.

 

Aussi accueillant qu'une cellule de monastère… voilà pour moi l'image même de la convivialité ! N'est-ce pas là l'endroit le plus accueillant et le plus propice à faire naître la Joie?

 

L'homme ordinaire cherche toujours l'extraordinaire. L'homme sage ne cherche rien. Il sait que l'extraordinaire est partout, il le voit dans l'ordinaire de chaque être, de chaque chose, de chaque geste, de chaque situation.

 

La vie assigne à tout homme une double tâche : trouver une place en ce monde qui lui permette d'être lui-même.

 

Se préparer à la mort, c'est apprendre que toute chose a une fin irrémédiable.

 

Il faut chercher partout car partout est la réponse. Il ne faut rien chercher, la réponse se dessinera lorsque vous serez mûr pour la voir et l'entendre. La réponse est déjà en vous, recouverte sous des tonnes de couches qui la dissimulent. Notre travail consiste à ôter une à une ses couches. Notre effort doit porter sur ce besoin de nudité.

 

La seule chose qui m'importe est le bagage que j'emporterai par-delà la mort.

 

Au seuil de la mort, deux choses me semblent essentielles: partir le cœur apaisé (sans regret sur sa vie passée et satisfait de ce que l'on a vécu) et s'en aller l'esprit serein (sans crainte de ce qui va arriver).

 

Vivez non pas comme si chaque instant était le dernier mais comme s'il pouvait être le dernier.

 

 

Ouverture, renversement des valeurs et curiosité accrue

Le chercheur apprend à poser un regard plus large et plus profond sur le cours des choses et sur l'existence. Le bons sens populaire communément admis par les Hommes lui semble erroné, du moins simpliste ou éminemment réducteur. Loin de s'arrêter aux apparences (toujours très superficielles) et à la tendance naturelle de l'Homme à l'anthropocentrisme, le regard du chercheur s'établit au sein d'un cadre plus large au-delà des tendances humaines ordinaires, au-delà de l'égocentrisme et de la vision étroite de l'Homme, au-delà de la mort et du cadre existentiel strictement humain. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

N'avoir aucun a priori sur ce qui devrait être, mais apprendre à porter un regard frais et spontané sur ce qui est.

 

Eriger ses vérités en dogmes, c'est vouloir se protéger du doute. Vouloir se protéger du doute, c'est vouloir le tuer. Et vouloir le tuer, c'est vouloir tuer la vérité qui, sans le doute, ne peut exister.

 

Gardons-nous de juger la vie et le monde, apprenons à rester humbles, ouverts et sans a priori et tous deux, croyez-le, sauront nous révéler, derrière leurs tristes et parfois terribles apparences, toute leur beauté.

 

S'appauvrir est incontestablement l'une des plus sûres façons de s'enrichir.

 

Perdre, c’est gagner en humilité et en dénuement. Savoir perdre est une immense victoire sur soi-même.

 

Lorsque la vie nous détourne de notre chemin (celui que nous avons construit ou plus exactement l'illusion d'avoir construit, celui auquel nous aspirons profondément), c'est toujours là un détour nécessaire, une étape indispensable pour nous rapprocher de nous-mêmes.

 

Tout sentiment de contrainte n'est pas une entrave à la liberté mais une invitation à se libérer d'une vision grossière et erronée de la liberté. Mais qu'il est difficile de s'en persuader lorsque nous sommes mis à l'épreuve…

 

Se perdre, c'est retrouver une partie de soi trop longtemps oubliée, écartée.

 

La vie rêvée, la vraie vie n’est autre que celle que nous vivons.

 

Refuser toute protection, toute carapace, toute fuite face aux aléas de la vie, c'est apprendre à se tenir debout dans la tempête.

 

La recherche de plaisir, de confort et de sécurité est un mauvais guide sur le chemin. Refuser de les suivre systématiquement nous épargnera bien des impasses.

Donner du bonheur aux autres n'est pas les divertir d'eux-mêmes, c'est au contraire les aider à explorer (et à arpenter) leurs terres obscures, leur permettre de remuer leurs fientes et leurs scories, bref, les encourager à plonger au cœur de leur être pour qu'ils trouvent leur propre joyau.

 

La souffrance est un aiguillon efficace, elle est sans doute notre meilleure amie. C'est elle qui nous pousse sur le chemin. Mais il faut du temps pour s'en rendre compte et plus encore pour pouvoir lui rendre grâce.

 

Lorsque vous croisez 2 femmes et que vous trouvez l'une belle et l'autre laide, c'est que vous avez encore besoin d'apprendre à voir, d'apprendre à affiner votre regard pour trouver partout la beauté !

 

Il est idiot et inutile d'avoir peur que la vie nous reprenne ce qu'elle nous a donné. La vie ne donne ni ne reprend rien. La vie transforme, nous transforme et se transforme. Vivre, c'est se transformer sans cesse. Craindre le changement, la métamorphose, la transformation, c'est tout simplement avoir peur de vivre.

 

Henry Michaux écrivait : "J'écris pour me parcourir". Quant à moi, je dirais : "J'écris pour nous découvrir… lever (ôter) les voiles sombres qui (cachent) dissimulent nos paysages intérieurs et explorer la vie (et les horizons) qui nous habite.

 

Ô Vie, puisses-tu me nourrir de chaque chose ! Il serait plus juste d'écrire : Ô Vie, puisses-tu me donner conscience de me nourrir de chaque chose !

 

Un homme qui pleure dans une maison, une maison située au cœur de la ville, une ville située au cœur d'une région, une région située au cœur d'un pays, un pays situé au cœur d'un continent, un continent situé au cœur du monde, un monde situé au cœur d'une planète, une planète située au cœur d'une galaxie, une galaxie située au cœur d'un univers, un univers situé au cœur du cosmos lui-même sans doute situé au cœur d'une dimension infinie… 2 remarques alors : nous sommes toujours au centre, au cœur de l'univers. Et que représente (que signifie) la souffrance d'un homme dans cette immensité?

 

 

Un sentiment de séparation moins fort

Le chercheur prend conscience de la distance illusoire qui le séparait jusqu'alors du reste de l'humanité. Il comprend progressivement que cette séparation était le fruit d'un sentiment de différence exacerbé et d'une mise à distance inutile avec les autres Hommes.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES : 

C'est en vivant loin du monde que l'on vit parfois au plus loin de soi-même… et à d'autres périodes, il arrive que cela soit l'exact contraire…

 

On ne peut oublier le monde en vivant au plus près de soi-même.

L’homme n’aime souvent que ceux qui lui ressemblent et ce qui le rappelle à lui-même. Il faut pourtant apprendre à aimer la différence. C’est elle qui nous enjoint de repousser sans cesse les limites de notre (in)tolérance, à accepter progressivement des pans entiers de nous-mêmes et à accueillir toujours davantage l’autre qui devient progressivement notre prochain, puis notre proche, et sans doute par la suite une réelle partie de nous-mêmes.

 

Devenir les uns pour les autres, la main, le pied, la jambe, la tête, le cœur d'un seul et même corps.

 

 

Une transformation du regard

Le chercheur modifie son regard sur le monde et sur l'existence. Il apprend à ne plus se débattre avec les évènements qui lui sont donnés à vivre. Il sait qu'il appartient au monde et à la vie, qu'il en est l'un des éléments… qu'il doit traverser la vie et se laisser traverser par elle… qu'il fait partie intégrante du monde et que le monde l'habite… Les évènements prennent sens dans son existence et trouvent place dans son cheminement. Cet ancrage fait croître en lui une confiance toujours plus grande pour ce que lui offre la vie. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

La vie n'est que dynamique, et nous autres, êtres humains, ne savons principalement que la vivre statiquement. Notre désir de la figer à jamais est sans doute notre plus grand malheur. Voilà pourquoi nous sommes toujours (éternellement) avec elle en porte à faux.

 

Tout contrainte (ou sentiment de contrainte) n'est pas une entrave à la liberté mais une invitation à se libérer d'une vision grossière et erronée de la liberté. Mais qu'il est difficile de s'en persuader lorsque nous sommes mis à l'épreuve…

 

Toutes nos épreuves sont essentielles… et pourtant si dérisoires… à moins que cela ne soit l'inverse, que toutes nos épreuves soient dérisoires… et pourtant si essentielles.

 

Ne dit-on pas que la vie est un éternel recommencement… jour et nuit, saisons, poussière qui s'accumule chaque jour, qu'on enlève et qui se redépose le lendemain, repas que l'on prépare, que l'on mange et que l'on fait disparaître, comme si la vie voulait nous apprendre le transitoire de chaque chose, de chaque geste, de chaque acte… éternelle leçon des jours qui passent.

 

Au-dessus des nuages, nul mauvais temps, mais un ciel infini. En dessous, un voile de grisaille percé de quelques éclaircis. Mais à y regarder de plus loin, les choses apparaissent différemment. Au-dessus des nuages, un ciel bleu et infini. Et au-dessus du ciel bleu et infini, le noir le plus sombre, l'obscurité la plus grande. Toute élévation demeure un mystère !

 

Ne rien craindre de la Vie car elle nous ouvre, nous offre ou nous invite au meilleur chemin qui soit.

 

Nous ne connaissons qu'une infime partie du chemin. La vie humaine n'est sans doute, elle-même, qu'une essentielle et modeste étape sur le chemin de la vérité.

 

Toute confrontation au monde est d'abord une confrontation à soi-même.

 

Le monde est un étrange miroir où nos travers sont mille fois grossis…

 

C'est en se frottant au monde que l'on découvre les aspects les plus anguleux de soi-même mais c'est souvent loin du monde (dans la plus grande solitude) que l'on apprend à en raboter l'essentiel. Et c'est en retournant au monde que l'on peut apprécier le chemin parcouru et le chemin à parcourir… i.e la qualité du travail effectué et l'ampleur de la tâche à accomplir.

 

Dans le vaste théâtre du monde, nul n'est irremplaçable mais chacun est indispensable.

 

On croit vivre pour toujours les uns avec les autres, mais, bien sûr, il n'en est rien… Il n'y a rien de plus faux. On s'accompagne un temps, allant ensemble sur le chemin pour (quelques instants), quelques heures, quelques mois, quelques années, quelques décades... La vie a vite fait, un jour, de nous séparer… (tôt ou tard elle nous sépare), que nous nous quittions, que nos chemins divergent ou que la mort vienne à frapper… et notre chemin se poursuit ailleurs continuant à croiser d'autres destins…

 

L'un aime les femmes petites et menues, l'autre les hommes grands et imposants. Mais qui aime-t-on vraiment derrière ces autres que nous croyons aimer ?

 

Apprends à faire de toute chose une rencontre… de tout geste une découverte… de toute situation un territoire à explorer…

 

 

Une plus grande capacité à accueillir les évènements

Le chercheur espère moins de l'existence, non qu'il se résigne à vivre les évènements avec fatalisme mais il apprend progressivement à les percevoir non comme extérieurs à son parcours (évènements subis et "accidents de la vie") mais comme partie intégrante de son cheminement et de son intériorité.

 

Ainsi, cherche-t-il moins à contraindre et à modeler le réel comme il le faisait autrefois (et comme le font la plupart des Hommes) afin que l'existence satisfasse ses attentes mais il apprend au contraire à accueillir la vie qui vient comme elle arrive. Il sait par expérience que ses déceptions seront toujours à la hauteur de ses espérances. Aussi, sans attente (ou en les ayant substantiellement réduites), il peut accueillir ce qui se présente sans craindre la désillusion.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

S'ouvrir à soi-même, c'est commencer à s'intéresser à l'humanité… commencer à s'intéresser à l'humanité, c'est essayer de découvrir la place de l'Homme… essayer de découvrir la place de l'homme, c'est le premier pas métaphysique vers la quête du sens de la vie humaine, c'est l'avant chemin de la spiritualité…

 

Le fait même d'appeler certains évènements des épreuves révèle à quel point nous ne savons pas encore les appréhender pour ce qu'ils sont.

 

Le découragement est le signe d’une attente trop grande à l’égard de la vie, une incapacité partielle ou totale à accueillir les évènements en cours, la vie qui vient et la vie à venir.

 

Trouver sa propre verticalité, indépendamment de toute chose et de tout être, la laisser grandir et tenter de lui rester fidèle en toutes circonstances.

 

Quand le monde devient (ou du moins te semble devenir) trop hostile, ne fuis pas, ne te recroqueville pas, trouve refuge en toi pour trouver le courage et la force d'accueillir les évènements et de poursuivre ta route !

 

Se retirer en soi comme l’on fermerait les volets, pour se protéger des lumières du monde, regagner la vie obscure et (réapprendre) retrouver la lumière en nous.

 

A la naissance, les Hommes sont de petits points minuscules qui aspirent et apprennent très vite à s'étendre et à s'élargir. La plus grande part des activités humaines tend à (vers) cette horizontalité. Et beaucoup s'en satisfont amplement. Toute leur existence est vouée à cette seule dimension : ils travaillent à étendre leur action, leur pouvoir, leur propriété sur l'entière surface du monde. Peu parviennent à découvrir la verticalité, dimension pourtant fondamentale, qui, seule, permet de donner un sens véritable à l'horizontalité. Les seuls qui peuvent y accéder sont ceux qui ont perçu la vanité (l'inutilité et l'orgueil) de la seule démarche horizontale.

 

Chercher en soi toutes les ressources… non pour lutter ni combattre… mais pour accueillir et embrasser.

 

Apprendre à se libérer de nos peurs et de l'emprise du regard du monde, c'est commencer à devenir plus libre.

La nécessité intérieure fournit une incroyable énergie. Elle est sans doute notre moteur le plus puissant. Elle permet d'avancer, de traverser les épreuves et les échecs, de sortir des impasses. Sans elle, la volonté serait anéantie à la moindre difficulté. Elle permet la persévérance qui nous offre l'énergie de poursuivre quoi qu'il arrive…

 

Il n'y a aucun combat à mener. Ni contre la vie, ni contre le monde ni contre soi. Si combat il doit y avoir, il doit être mené pour maintenir l'exténuant (et parfois insurmontable) effort que nécessite l'acceptation et l'accueil de toute chose.

 

Le monde comme maison et la vie pour refuge. Sur tous les chemins, partout, j'aimerais me sentir chez moi…

 

Les désillusions sont comme des repères sur notre chemin. A chaque fois qu'on les rencontre, elles nous indiquent une nouvelle direction à prendre. Et nous tournons ainsi à chaque carrefour qu'elles posent sur notre route… jusqu'au jour où l'on s'aperçoit qu'il est vain d'espérer du chemin, et qu'il nous faut tout simplement marcher sans rien attendre… sur le chemin qui est le nôtre…

 

Espérer, c'est s'attendre à être déçu toujours. Ne rien attendre, c'est retrouver (revenir) le réel.

 

Il ne faut pas craindre de fréquenter ceux qui nous semblent infréquentables (pour toutes sortes de mauvaises raisons), car ils nous invitent, malgré eux, à explorer une partie de nous-mêmes que nous ne voulons pas voir.

 

Il ne sert à rien d'égayer la vie quand on est triste. Il nous faut seulement accueillir avec joie notre tristesse.

 

Ouvrir son cœur ne le fragilise qu'en apparence (puisque l'on y accueille la souffrance, cela peut nous rendre triste ou abattu), mais en profondeur, il s'en trouve assurément fortifié.

 

Les aspérités de l’existence sont des coins d’ombre où l’on se brûle souvent. Pour qui sait y demeurer, elles deviennent un abri réconfortant et un tremplin vers la Lumière.

 

Ne s'attendre à rien est le plus sûr moyen d'aller sur le chemin.

 

Apprendre à devenir le chemin lui-même à chaque pas…

 

Ouvrir sa vie à tous les vents (tous les vents du monde)… vents bons et mauvais, vents forts et faibles, tous nous poussent vers nous-mêmes.

 

Apprendre à tout accueillir… apprendre à ne rien rejeter… pas même son incapacité à accueillir… ni même sa volonté farouche de tout rejeter.

 

Quel déchirement de laisser la souffrance ouvrir en nous un espace… Que de luttes pour tenter de refermer cette plaie béante qui nous brûle… Mais quelle Joie de sentir progressivement cet espace s'élargir et s'ouvrir à toute chose…

En apprenant à accueillir progressivement la Vie, on trouve la Joie. Quand on a trouvé la Joie, la Vie s’invite naturellement.

 

Accepter de ne rien contrôler (ni ses états intérieurs ni les évènements de notre vie) en ayant une confiance toujours plus grande en la vie constitue un pas immense sur le chemin vers la sérénité.

 

Laisser être est un exercice métaphysique profond et d'un grand intérêt. Il nous révèle à bien des égards notre personnalité profonde et les points d'attache de l'armure que nous nous sommes échinés à façonner des années durant pour nous réfugier dans notre petit monde et nous protéger du grand (du grand monde).

 

Ne s'accrocher à rien est le plus sûr moyen d'aller plus libre. Ne s'accrocher à rien ne signifie pas être indifférent mais se laisser traverser, accueillir sans retenir, laisser partir sans s'agripper…

 

Ne jamais faire le jeu du monde, mais laisser la vie édicter ses règles.

 

Chaque instant est un adieu au précédent. Ainsi passe notre vie… d'adieu en adieu… et les morts aussi nous quittent de cette façon…. eux qui étaient encore vivants l'instant d'avant.

 

Accepter de ne pouvoir sauver le monde, contribuer peut-être à sauver quelques êtres, s'aider sûrement à se sauver soi-même (non par égoïsme, mais par réelle impossibilité de venir en aide aux autres). Au fond, on ne peut se sauver que soi-même… on ne peut qu'encourager les autres à se sauver…

 

On ne renonce à rien, ce sont les choses qui se détachent. Elles tombent comme un fruit mûr pour enrichir le sol qui donnera toute sa force à l'arbre dépouillé.

 

(Extraits) LE PETIT CHERCHEUR... :

 - (…) la plupart d’entre nous obéissons à nos désirs tout au long du voyage ! Et c’est un cycle infini dans lequel nous ne cessons de nous empêtrer… une ronde infernale dans laquelle nous ne cessons de tournoyer… Nous croyons être libres en essayant de satisfaire nos désirs. Mais ce que nous appelons communément la liberté n’est en réalité que le plus avilissant des esclavages. Et nul ici bas ne fait exception à la règle ! Nous voyageons tous sous le joug puissant de nos désirs… Nous leurs obéissons tous comme des esclaves enchaînés ! La vérité est que nos désirs sont nos maîtres ! Et tous (autant que nous sommes) tentons vainement de manipuler les évènements du voyage à seule fin de répondre à nos attentes… Aussi la plupart d’entre nous rejetons tout ce qui entrave notre recherche… tout ce qui nous semble indigne, dangereux, douloureux et inconfortable ! Nous fuyons comme la peste ce que nous ne voulons pas… ce que nous n’aimons pas… ce que nous ne désirons pas ! Mais qui, sur cette planète, jeune homme, peut se vanter de toujours trouver ce qu’il désire… ? Qui peut se vanter de toujours pouvoir échapper à ce qu’il n’aime pas… ? Qui peut se vanter de pouvoir échapper aux choses désagréables ? Aux échecs… ? Qui peut se vanter de pouvoir échapper aux critiques… ? Aux déceptions… ? Qui peut se vanter de pouvoir échapper à la souffrance et à la douleur… ? A la disparition de ce qui nous est cher et de ceux que nous aimons… ? Qui peut se vanter de pouvoir échapper aux maladies… ? Au chagrin… ? Et au passage dans l’autre Monde… ?

J’ai réfléchi un instant.

 - Eh bien… personne, monsieur Arnaud ! Je… je crois que nous sommes tous confrontés à ce genre d’évènements au cours de notre voyage. Personne ne peut éviter ce genre de désagréments.

 - Eh oui ! dit monsieur Arnaud, tous ces évènements font partie du chemin. Voilà pourquoi il est vain de les rejeter! Et courir après ces désirs est tout aussi inutile puisqu’ils sont en nombre infini… vous savez, jeune homme, manipuler le voyage à seule fin de satisfaire nos désirs et nos attentes est un exercice illusoire qui nous enchaîne à une insatisfaction toujours plus grande. Ce sont nos désirs et nos attentes les responsables de nos déceptions et de nos souffrances ! Ce sont eux qui nous enferment… qui nous emprisonnent dans un monde étroit, dans un monde labyrinthique dont nous sommes le centre unique… un monde dans lequel nous ne cessons de nous enliser tout au long de ce voyage… un monde dans lequel nous ne cessons de nous perdre… un monde qui nous empêche d’ouvrir notre cœur et d'élargir notre esprit…. un monde replié sur lui-même qui entrave notre quête du trésor… et qui nous interdit d’aller sans crainte sur le chemin… un monde qui nous confine au refus et à la peur d’aller explorer la vastitude du monde qui nous entoure… Voilà, pourquoi il est préférable, jeune homme, d’accepter tout ce qui se présente à nous sans distinction ! Apprenez à devenir libre de vos désirs ! Apprenez à réduire vos attentes à l’égard du voyage et à accepter tout ce qui se présente à vous sur le chemin ! Apprenez à laisser chaque chose, chaque être et chaque événement entrer dans votre cœur ! Alors, progressivement, votre cœur s’élargira ! Et au fil du temps, il deviendra si large et si grand qu’il pourra y accueillir toute chose et tout être ! Il deviendra si large et si grand qu’il pourra accueillir tous ceux qui souffrent sur cette Planète ! Et dans votre cœur, ils trouveront un grand réconfort ! Apprenez aussi à laisser chaque chose, chaque être et chaque événement pénétrer votre esprit pour l’éclairer ! Et si vous laissez votre esprit accueillir chaque chose, progressivement vous comprendrez qu’il n’y a aucune différence entre l’intérieur et l’extérieur, aucune différence entre qu’il y a au fond de votre conscience et ce qu’il y a au dehors…, progressivement vous comprendrez qu’il n’y aucune différence entre les évènements douloureux et les évènements agréables, qu’il n’y a aucune différence entre vous et les autres résidents de cette Planète… et qu’en dépit des apparences, Tout est semblable et que nous sommes Tous identiques… vous comprendrez alors que nous appartenons tous à ce Tout et que ce Tout est présent (et observable) en chacun de nous… Et lorsque vous aurez totalement et réellement compris cette vérité au fond de votre cœur et de votre esprit et qu’ils sauront Tout accueillir sans rien rejeter, alors ce jour-là, la Lumière inondera votre Conscience. Ce jour-là, jeune homme, vous découvrirez le trésor ! Alors, vous pourrez accueillir tous les évènements du chemin avec joie… vous pourrez voyager sans peur… vous pourrez voyager partout sans contrainte et sans crainte … et aller le cœur en paix là où le chemin vous conduira…

 

 

Une capacité d'acceptation accrue

Par un travail introspectif assidu (émotionnel, intuitif, ressenti et analytique), le chercheur prend conscience de certaines parties sombres de sa personnalité qu'il avait pris soin jusqu'à présent d'ignorer ou de camoufler. Cette exploration intérieure progressive lui permet de découvrir la similitude des aspects intérieurs de son être et des éléments extérieurs de la vie. Ainsi, il comprend peu à peu que chaque chose et chaque être sont composés d'éléments proches ou semblables. Cette prise de conscience fait naître en lui une plus grande tolérance pour lui-même et pour le monde. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Nous sommes des êtres limités… de mille façons. Pour s'en convaincre, il suffit de voir la quantité limitée de souffrances que nous pouvons accepter… Nous avons pourtant le potentiel de dépasser ces limites… être en chemin, c'est travailler à cet élargissement…

 

Le rejet (souvent inconscient) d'une partie de soi est sans doute à l'origine de notre violence, violence intérieure d'abord que l'on exerce, souvent à notre insu, envers quelques parties de nous-mêmes, et violence extérieure (simple reflet de notre violence intérieure) que l'on exerce à l'encontre de quelques parties du monde.

 

Apprendre à accepter ses parts d'ombres, c'est commencer à trouver en soi un peu de lumière.

 

Nous avons le droit d'être idiots, mauvais, méchants, médiocres. Nous le sommes tous à certains instants et à des degrés divers. Ces aspects de nous-mêmes que nous tentons vainement de camoufler appartiennent aussi à notre humanité. L'ignorer, c'est s'exposer à une fuite en avant toujours plus grande, c'est construire une image fausse et partielle de nous-mêmes, c'est donner du poids à un leurre dont nous serons tôt ou tard les premières victimes.

 

Croire en son intelligence fondamentale sans omettre l'idiot qui est en nous et l'abruti qui parfois nous gouverne...

 

Livrer bataille (contre soi, contre les autres ou contre le monde) revient toujours à scinder (artificiellement) le monde, d'un côté le Beau, le Bien, le Vrai, le Normal, d'un autre, le Laid, le Mal, le Mensonge (le Faux), l'Anormal. Cette perception est non seulement artificielle et subjective mais elle est totalement fausse. La réalité est sinon toujours plus subtile du moins toujours ce qu'elle est, indépendamment de nos jugements et de nos perceptions.

 

 

Sentiment d'indépendance et de gratitude

Le chercheur prend conscience de l'indéfectible solitude inhérente à la condition humaine. Il comprend qu'il est seul (qu'il est né, qu'il vit et qu'il mourra seul) et s'en satisfait (ou tente à tout le moins - au début du chemin - de s'en satisfaire). Il n'est plus systématiquement en quête d'une façon d'exister par, grâce ou dans le regard du monde. Il apprend peu à peu à rendre grâce à la vie pour ce qu'elle est et pour ce qu'elle offre à chaque instant, quels que soient les évènements (qu'ils lui semblent porteurs de joie ou de tristesse).

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Nous sommes à la fois résolument seuls et irrémédiablement liés aux autres. C'est avec cette double vérité qu'il convient d'apprendre à vivre… Ne pencher ni du côté de la solitude morbide (et du repli) ni sombrer dans la dépendance aliénante…

 

Ne jamais rien avoir à prouver à quiconque ni à soi-même… l'un des meilleurs moyens de se délester de fardeaux inutiles, une façon de ne jamais se laisser dérouter… et enfin une libre possibilité d'avancer vers soi…

 

Chacun devrait travailler à sa mesure… à son rythme… selon ses goûts et aspirations… sans se soucier ni du talent (le sien et celui des autres) ni du regard indifférent ou méprisant du monde.

 

N'avoir à rendre de compte à personne… mais devoir à peu près à tous.

 

Ne pas se laisser dérouter par le monde… mais rendre grâce à tous ceux que l'on rencontre.

 

Nous devrions remercier tous ceux qui nous agacent ou nous exaspèrent car ils nous révèlent, malgré eux, les aspects de nous-mêmes que nous détestons. A chaque fois que nous les croisons, ils nous offrent l'occasion de nous ouvrir à ces aspects que nous refusons de regarder.

 

Encourager les autres à s'aider eux-mêmes (à trouver en eux les ressources nécessaires) est sans doute la meilleure façon de leur venir en aide.

 

Nous pouvons avoir recours à tous les conseils, à tous les repères et à toutes les indications du monde, mais nul ne peut apprendre à marcher sans devenir son propre guide.

 

Il n'y a pas de chemin idéal. Chacun doit partir et avancer avec ce qu'il est et possède et à partir de l'endroit où il se trouve. Chacun doit cheminer à son rythme et à sa mesure sans chercher à imiter quiconque mais en cherchant en lui le chemin et la force de poursuivre sa route.

 

 

Des chercheurs spirituels "célèbres"

Voici une courte liste (non exhaustive, bien sûr) d'Hommes plus ou moins connus qui, à mes yeux (à travers l'idée que je me fais de leur cheminement et/ou de leur œuvre), peuvent être qualifiés - à des degrés divers - de chercheurs intérieurs (ou spirituels): Thomas d'Aquin, Thérèse de Lisieux, Charles Juliet, Christian Bobin, Paul Claudel, Dan Millman, Louis Lavelle, Théodore Monod, Vincent La Soudière, Arnaud Desjardins, Krishnamurti, Maurice Bellet, Jean Marie Kerwich, Georges Haldas...