Journal / 2007 / La quête de sens

Florilège de fragments notés au fils des chemins comme épaisseur supplémentaire, redondance, développement des thématiques de la traversée et nouvel éclairage sur les étapes qui mènent à la lumière.

 

 

PAS PERDUS propose trois séries de fragments, PAS PERDUS de MONDES OBSCURS (livre 1), PAS PERDUS de L’ENTRE-DEUX (livre 4), PAS PERDUS de DU CÔTE DE CHEZ SOI (livre 6).

 

PAS PERDUS

Traversées communes et singulières.

Florilège de fragments non intégrés aux livres 1, 4 et 6 exposés ici comme épaisseur supplémentaire, redondance, développement des items abordés dans les volumes précédents et nouvel éclairage sur les étapes du chemin qui mène à la lumière.

 

Partie 1

PAS PERDUS du livre 1 MONDES OBSCURS

(Traversées COMMUNE et singulière)

Paysages

Ton chemin est labyrinthique. Tu ne cesses de t’y égarer.

(9.1)

Affres humaines

Tu expérimentes l’angoisse et la solitude métaphysiques de ta condition.

 (9.2)

 

SOMBRE IGNORANCE

Traversée commune

(à gauche)

 

QUÊTE DESESPEREE

Traversée singulière

(à droite)

 

L’une et l’autre se répondent,

s’opposent et se complètent parfois…

 

Embourbement

Ta vie est un impossible voyage.

(9.3)

Large éventail

Ta vie est une porte ouverte sur tous les horizons possibles.

 (9.4)

Boulets

Tu traînes derrière toi la bêtise du monde. Et tu n'as, pour avancer, que la désespérance de l'Homme.

(9.5)

L’avant-chemin

Tu empruntes toutes les impasses du monde. Tu t’enlises dans l’incontournable étape avant de découvrir la porte qui ouvre le chemin des horizons infinis.

 (9.6)

Partisan limité

Militant de ta propre cause, partout tu agites tes banderoles.

(9.7)

Espoir

Tu cherches la joie, la paix et la plénitude. Et ton attitude te précipite dans le gouffre. Tu es incapable d’adopter un autre regard sur le chemin. Un regard détaché, aimant, bienveillant, un regard oublieux de toi.

 (9.8)

Contentement étriqué

Vivre te contente. Tu te satisfais d’un bonheur étroit et inconscient. 

(9.9)

Aspiration

Tu n’aspires ni à vivre riche, ni à vivre mieux ou vieux, ni même à vivre en bonne santé mais à savoir pour quoi tu vis. Tu sais que cette réponse donnerait à ton âme un inestimable contentement.

 (9.10)

Errance

Tu marches sans but sur le chemin.

(9.11)

Défi angoissant

Tu ignores l’origine de la vie - et le mystère de ton existence. Tu ignores la destination du voyage et l’énigme (angoissante) de la mort. Tu apprends à marcher. Et à chercher en tâtonnant.

 (9.12)

Glissade

Tu te laisses glisser sur la pente de la facilité, du confort et de la sécurité. Comme un skieur rivé à son versant. Comme un alpiniste rebuté par toute idée d'escalade.

(9.13)

Large vide

Tu blâmes la profonde superficialité de l’âme humaine. Son immense étendue creuse.

 (9.14)

Cercle

Tu empruntes un chemin déroutant où tu ne cesses de tourner en rond…

(9.15)

Quête désespérante

Tu cherches tous azimuts et ne trouves que le néant pour réponse.

 (9.16)

Sans issue

Tu recherches le plaisir, le confort et la sécurité. Tu choisis les mauvais guides sur le chemin. Tu te fourvoies dans l’impasse.

(9.17)

Nécessaires liminaires

Tu arpentes toutes les impasses du monde. Tu parcours l’incontournable étape avant de trouver la porte en toi.

 (9.18)

Espace inexploré

Tu poursuis tes chimères. Tu parcours le monde à la poursuite de quelques mirages en ignorant les territoires qui t’habitent.

(9.19)

Détours exploratoires

Tu explores l'espace qui t’entoure. Et tu ignores l’espace qui t’habite.

 (9.20)

Invariants

Tu es un Homme de l’époque moderne. Mais tu ne diffères guère de ton ancêtre, l’Homme des cavernes. Comme lui, tu t’échines à te protéger et à assurer ta survie. En dépit des apparences, tu n’as guère évolué. Tu possèdes le même fond d’humanité. Tu te rends au bureau ou à l'usine comme il chassait le mammouth. Pour nourrir ta famille et ta tribu. Et perpétuer ton espèce.

(9.21)

Destinations

Tu blâmes l’incroyable myopie du monde et le funeste aveuglement des Hommes. Et tu devines les seules destinations promises : le mur ou le trou.

 (9.22)

Personnage

Dans le vaste théâtre du monde, tu occupes ton rôle.

(9.23)

Questionnement

Tu aimerais trouver ta place dans le monde. Tu te poses la plus pathétique et essentielle des questions.

 (9.24)

Impérialisme

Tu as des ambitions expansionnistes et des rêves d’élargissement.

(9.25)

Contresens

Tu te crois important. Tu l’es sûrement mais sans doute pas comme tu l'imagines.

 (9.26)

Perte patrimoniale

Tu t’accapares les êtres, les choses et l’espace. Tu déploies efforts et énergie pour défendre tes titres de propriété. Et tu multiplies les protections pour jouir de tes acquisitions.

(9.27)

Embarras

Tu accumules expériences, notes, livres, papiers, textes, fragments. Et tu éprouves parfois le besoin de te désencombrer.

 (9.28)

Escroquerie

Tu amasses les titres de propriété. Tu usurpes le monde. Et tu participes (malgré toi) à ta propre escroquerie.

(9.29)

Vulnérabilité

Tes ressources fragiles sont anéanties au moindre évènement.

 (9.30)

Artifice conventionnel

Tu accumules les possessions. Mais tu ignores que tu n’acquiers que le droit apparent de jouir de ce que tu crois posséder.

(9.31)

Enlisements

Tu t’échines à chercher. Tu ne trouves que le néant pour réponse. Et tu poursuis (malgré tout) tes recherches décourageantes.

 (9.32)

Drôle de bête

Tu es égoïste. Tu as un sens exacerbé de ta protection et de ta survie. Tu es un Homme. A l’instinct animal.

(9.33)

Facultés

Tu es un Homme. Un petit être au corps fragile, à la conscience étroite et au potentiel infini qui se méprend sur sa puissance.

 (9.34)

Déformation spéculaire

Tu croises une foule de personnages. Et tu ne rencontres jamais que toi-même.

(9.35)

Espace spectral

Ta vie est un désert peuplé de fantômes qui se croisent sans se rencontrer jamais.

 (9.36)

Anonymat

Ombre imperceptible, tu t’égares dans la nuit.

(9.37)

Abandon

Tu ne sais que faire lorsque le goût-même de vivre te quitte.

 (9.38)

Double enfermement

Tu es ton seul prisonnier. Et ton seul geôlier.

(9.39)

 Point cardinal 

Tu es le centre unique de tes préoccupations, de tes angoisses et de tes espoirs.

 (9.40)

Hybridation déséquilibrée

Ta vie est une étrange synthèse, un étonnant mélange d'un trop plein de toi et d'un immense désert de l'Autre.

(9.41)

Heurts fantomatiques

Tu marches seul dans un désert peuplé d'ombres. Et lorsqu'il t’arrive de te cogner contre elles, tu es déboussolé et désorienté. Tu ne sais plus quel chemin emprunter.

 (9.42)

Place centrale

Tu occupes le centre de ta vie. Et ta vie représente le centre du monde. Ta position révèle ton aveuglement inconscient et destructeur.

(9.43)

 Substitut

Tu n’accordes au monde une place dans ton existence que pour emplir un espace que tu ne sais combler toi-même.

 (9.44)

Difformité

Tu crois être le centre du monde. Tu œuvres (malgré toi) au gonflement de l’infime particule.

(9.45)

Ouïe sélective

Tu écoutes le monde. Et tu n’entends que ta propre voix.

 (9.46)

Sources implicites

Tes engagements, tes activités, tes constructions ne sont que des demandes d'amour (et de considération) déguisées.

(9.47)

Démolition

Ta vie est un long et dérisoire je de construction. Nul ne t’a (encore) appris à transformer ton existence en jeu de déconstruction.

 (9.48)

Sécheresse

Ta vie est une terre aride, impropre à faire naître (et croître) toute rencontre.

(9.49)

Intéressement

La compagnie des autres est parfois, pour toi, une gêne (une source de nuisance), souvent un réconfort, un faire-valoir ou un tremplin et toujours un miroir. Il est rare que tu sois (véritablement) avec les autres pour eux-mêmes.

 (9.50)

Instrumentalisation commune

Tu crois aimer le monde. Mais tu n'aimes que ceux qui contribuent à ton confort et à ton bien-être. Tous ceux qui te permettent d'accéder à ton étroite et pâle notion du bonheur. 

(9.51)

 Méconnaissance

Tu rêves d’aimer le monde. Tu apprends à t’aimer. Mais tu ne sais comment t’offrir un peu d’amour.

 (9.52)

Synthétisation

Ton entourage est le monde condensé. Le monde en quelques êtres.

(9.53)

Elément de l’édifice

Tu perçois ta compagne (ou ton compagnon) comme une infime particule du monde et la pierre angulaire de ton univers.

(9.54)

Edifice précaire

Tu œuvres (sans cesse) à la solidification de ta stature et de ton statut. Et tu ignores que la mort transformera tes murs de vanité en poussière.

(9.55)

Invisible

Tu cherches l'extraordinaire. Tu ignores que l'homme sage ne cherche rien. Tu ne peux encore comprendre que l'extraordinaire est partout, dans l'ordinaire de chaque être, de chaque chose, de chaque geste, de chaque situation.

 (9.56)

Triomphes encombrants

Tes victoires sont vaines. Tu fortifies ton armure.

(9.57)

Coquille vide

Tu te pares pour envelopper ton vide.

 (9.58)

Illusion

Tu te crois éternel. Tu figes le temps pour l'éternité. Tu aimerais oublier la mort qui t’attend et qui viendra au détour du chemin.

(9.59)

Immobilité journalière

Tu contemples, pétrifié, la langueur paralysante des jours routiniers.

 (9.60)

Lame de rasoir

Tu crois savourer les plaisirs. Tu ignores (sans doute) que tu te prépares à déguster.

(9.61)

Faibles éclaircies

Tu éprouves parfois une grande tristesse à être au monde. Une infinie tristesse éclairée par de petites joies dérisoires…

 (9.62)

Braise

Tu vis (parfois) comme si chaque instant était le dernier. Tu te consumes.

(9.63)

Inestimable éventualité

Tu vis (parfois) comme si chaque instant pouvait être le dernier. Tu apprends la rareté et dé-couvres le précieux.

 (9.64)

Impuissance

Tu ne peux arrêter la ronde du temps (la marche de la vie). Et cette absence de contrôle (sur le temps qui tourne et la vie qui passe) te désespère.

(9.65)

Handicap

Tu ne vis pas, tu survis à ta désespérance.

 (9.66)

Triste spectacle

Devant la mort, tu es impuissant. Quand elle approche, tu regardes s'en aller ceux que tu aimes. Et l'instant d'après, tu désespères que ceux que tu as aimés ne soient plus.

(9.67)

Désolation

Tu ne sais accueillir la mort sans tristesse. Toute disparition t’affecte, t’afflige, te désespère.

(9.68)

Double peine 

Tu es ta propre victime. Et ton propre bourreau.

(9.69)

Lourde charge

Le vide t'appesantit. Ton désœuvrement métaphysique est un bagage encombrant.

 (9.70)

Stratégie entravante 

L’incertitude te pétrifie. Tu prépares, projettes, anticipes l’avenir. Tu paralyses tes possibilités.

(9.71)

Propulsion

La nécessité (intérieure) te fournit une incroyable énergie. Elle est (sans doute) ton moteur le plus puissant. Elle te permet d'avancer, de traverser les épreuves et les échecs, de sortir des impasses. Sans elle, ta volonté serait anéantie à la moindre difficulté. Elle te permet la persévérance qui t’offre l'énergie de poursuivre quoi qu'il arrive…

 (9.72)

Sinistre cachot

Tes peurs sont une prison. Et tu ignores les barreaux, la clé et le geôlier. Tu te condamnes à arpenter ta cellule.

(9.73)

Barricades

Tes craintes, tes espoirs et tes idéaux confinent le réel et emprisonnent ta vie.

 (9.74)

Apparat

Tu n’exposes au monde que le beau, le digne et le réussi. Tu participes au mensonge universel. Pire. Tu l’honores et le perpétues.

(9.75)

Parts manquantes

Tu dissimules ton idiotie, ta laideur, ta méchanceté, ta médiocrité. Tu camoufles les aspects fondamentaux de ton humanité. Tu donnes du poids à un leurre dont tu seras la première victime.

 (9.76)

Parts manquantes (bis)

Tu devines que le jour où tu seras capable d’exposer la laideur, l’indigne et l’insuccès, tu feras œuvre de salubrité publique.

 (9.77)

Insatiable besoin

Tu regardes la publicité avec émerveillement. Les publicitaires ont compris ton insatiable désir d’amasser le monde. Ils ne cessent de t’y inviter. Et tu t’empresses de répondre à leurs sollicitations. 

(9.78)                                                                                                                                

Affichage

Tu goûtes les affiches. Et tu affiches tes goûts. Tu fais ta réclame. Tu vis en être publicitaire.

(9.79)

Mauvaise représentation

Tu observes, incrédule, les vêtements somptueux et la décoration fastueuse sur l’avant-scène du monde qui dissimule le vide des loges, des coulisses et des acteurs. Et tu blâmes l’affligeant spectacle auquel tu assistes.

 (9.80)

Habits trompeurs

Tu aimes les évidences. Tu fais confiance aux mensonges déguisés en apparence.

(9.81)

Incidences

Tes a priori et tes idées préconçues donnent au monde sa couleur terne. Et sa dimension étroite.

 (9.82)

Regard grossier

Tu hiérarchises la beauté. Tu as encore besoin d'apprendre à voir, d'apprendre à affiner ton regard pour trouver partout la beauté.

(9.83)

Secrets enfouis

Tu ignores ce que dissimulent tes amours. Jamais tu ne t’interroges sur ce que tu aimes derrière ceux que tu dis aimer.

 (9.84)

Participation occulte

Tu loues les mythes et les mystifications. Tu participes aux éternels mensonges des Hommes qui ne vénèrent que le Beau, et occultent la moitié du monde, la moitié de la vie, la moitié d'eux-mêmes.

(9.85)

Contributions falsificatrices

Tu participes (malgré toi) aux mythes universels. Tu contribues (la mort dans l’âme) à leur puissance. A leur écrasante domination sur l’humanité qui entrave la marche de l’Homme vers la liberté.

 (9.86)

Participation ignoble

Tu participes à l’horreur du monde. Tu y es entraîné (malgré toi). Tu ne peux ignorer que le rôle que tu t’octroies ou que l’on t’attribue (souvent) y contribue…

(9.87)

Savoirs

Tu empiles les connaissances en les organisant avec intelligence. Tu crois connaître. Mais tu n’œuvres qu’à ton savoir.

(9.88)

L’enfer

Tu souffres d’ignorer. Tu éprouves le supplice de ne pas savoir…

 (9.89)

Connaissance

Tu t’enorgueillis de tes connaissances. Mais tu ne connais pas. Jamais tu ne t’imprègnes d’une vérité jusqu’à la faire tienne.  

(9.90)

Atermoiement

Tu hésites (toujours) entre le sens et l’absurdité.

 (9.91)

Lueurs trompeuses

Tu prends des vessies pour des lanternes. Et tu crois éclairer le monde.

(9.92)

Déformation spéculaire

Le monde est un étrange miroir où tes travers sont mille fois grossis.

 (9.93)

Carrefour giratoire

Tu changes de route à chaque désillusion. Tu tournes en rond.

(9.94)

Etau

Tu espères. Et le chemin te désespère.

(9.95)

Insignifiances

Tes affaires, tes réussites, tes échecs, ta carrière, tes amours, tes déboires, tes souffrances, tes joies et ta vie sont dérisoires. Tu es seul(e) à les considérer comme essentiels.

(9.96)

Importance relative

Toutes tes épreuves sont essentielles. Et pourtant si dérisoires. A moins que toutes tes épreuves soient dérisoires. Et pourtant si essentielles.

(9.97)

Au service

Tu crois être le maître de la vie. Mais tu ignores ta fonction ancillaire.

(9.98)

Peine perdue

La vie ne cesse de te contrarier. Elle refuse d’épouser ta cause.

 (9.99)

Œuvre répétitive

Ta vie est un éternel recommencement. Chaque jour, elle t’impose de revivre les mêmes situations et de répéter les mêmes gestes. Et tu en ignores la raison. Tu subis (impuissant) l’odieuse routine des jours. 

(9.100)

Ouverture cachée

Tu t’égares dans l’étrange labyrinthe du quotidien en cherchant vainement la sortie. Tu ignores qu’il te faut pénétrer en son cœur pour trouver la porte.

 (9.101)

Instrument

Tu crois construire ta vie. Mais tu ignores qu’elle poursuit son œuvre à travers toi.

(9.102)

L’arpenteur arpenté

Tu as l'idiotie de croire en ton itinéraire. Tu ignores que la vie trace ton chemin.

 (9.103)

 

 

Partie 2

PAS PERDUS du livre 4 L’ENTRE-DEUX

(Traversées COMMUNE et singulière)

  

Etapes essentielles

Tu te cognes aux quatre coins du monde. Et tu poursuis ton chemin. Tu explores tes horizons intérieurs.

(9.103 bis)

Prélude

Tu débutes le voyage avec tes propres bagages. Et tu apprends à t’en délester au fil du chemin.

 (9.104)

 

OSCILLATIONS

Traversée commune

(à gauche et à droite)

 

DE PART ET D’AUTRE

Traversée singulière

(à gauche et à droite)

 

A gauche : éclaircies et lumière

A droite : ombres et obscurité

 

Ombres et lumières alternent, se succèdent, s’enchaînent, se répètent,

se neutralisent parfois… et contribuent

à éclairer le chemin…

 

Désenfouissement

Tu te questionnes sur les vrais bagages.

(9.105)

Processus

Tu éprouves l’irrépressible besoin de répondre à l'insatisfaction fondamentale de ta vie. Tu expérimentes une lente exploration de toi-même. Tu te découvres. Tu évolues. Tu modifies ton regard. Tu te transformes.

(9.106)

Profondeur

Tu as conscience que tes choix existentiels ne trouvent leur origine dans ta seule volonté mais proviennent d'un long et mystérieux mûrissement intérieur.

(9.107)

Viatique

Une seule chose t’importe : le bagage que tu emporteras par-delà la mort.

(9.108)

Exercice vital

Tu éprouves ta finitude. Tu te prépares à la mort. Tu apprends la fin irrémédiable de toutes choses.

 (9.109)

Lucarne

Tu perçois la vie comme une porte ouverte sur tous les horizons.

(9.110)

Girouette unidirectionnelle

Tu ouvres ton existence à tous les vents du monde. Aux vents bons et mauvais. Aux vents forts et faibles. Tu sais que tous te poussent sur le chemin (et vers toi-même).

(9.111)

Périple tranquille

Tu découvres tes paysages inexplorés et tes territoires infinis. Tu apprends à devenir explorateur immobile.

(9.112)

En quête de clarté

Tu progresses dans la nuit noire en quête de l'obscure étoile qui guidera tes pas.

 (9.113)

Méprise

Tu cherches des guides, des modèles et des réponses toute faites pour te guider (vers la sagesse et la vérité). Ton mimétisme est le signe d'une grande puérilité et d'une affligeante paresse. Tu te méprends sur la quête. Tu ignores que nul effort ne peut être épargné à celui qui chemine.

 (9.114)

Omission

Tu crois que les difficultés viennent du chemin. Mais tu oublies les obstacles de la marche. Et du marcheur.

 (9.115)

Juste place

Tu écoutes la vie en toi. Tu découvres le rôle qu’elle t’octroie.

(9.116)

Inclination

Tu choisis une place en ce monde qui te permette de satisfaire tes aspirations profondes. Tu actualises tes profondeurs.

(9.117)

Juste reflet

Tu apprends à devenir le juste reflet de ce que tu es… et de ce (ceux) qui t’entoure(nt).

(9.118)

Perspective fidèle

Tu trouves ta verticalité. Tu la laisses grandir. Et tu tentes de lui rester fidèle en toutes circonstances.

(9.119)

Enracinement

Devant l’hostilité du monde, tu ne fuis pas. Tu ne te recroquevilles pas. Tu trouves refuge en toi pour trouver le courage et la force d'accueillir les évènements et de poursuivre ta route.

 (9.120)

Avancée

Tu prends conscience d'être en train d'être. Tu effectues tes premiers pas sur le chemin conscient.

(9.121)

Absorption inconsciente

A chaque instant, la vie te nourrit. Et tu n’en as (le plus souvent) nullement conscience.

 (9.122)

Conversion

Tu tentes d‘abandonner le faire pour te consacrer à l'être

(9.123)

Défi

Tu aimerais être. Tu relèves le défi insensé. Tu affrontes la difficulté insurmontable. Et tu finis par succomber. 

 (9.124)

Priorités

Tu apprends à privilégier l'être et le contentement, le lâcher prise et l'oubli de toi.

(9.125)

Processus

Tu ne brûles aucune étape pour apprendre à aimer le monde.

(9.126)

Proximités

Tu ne peux oublier le monde en vivant au plus près de toi-même.

(9.127)

Leçons d’exaspération

Tu remercies les êtres qui t’agacent et t’exaspèrent. Tu leur rends grâce de t’offrir l'occasion de t’ouvrir aux innombrables travers que tu refuses de regarder.

 (9.128)

Désindividualisation

Tu effectues un long et difficile travail pour aimer le monde sans qu'intervienne ta propre individualité. 

 (9.129)

Désaliénation

Tu apprends à te libérer de tes peurs et de l'emprise du regard du monde. Tu découvres la liberté.

 (9.130)

Juste accompagnement

Tu apprends à vivre dans l'impitoyable exigence de la solitude et la tendre bienveillance de ta compagnie.

 (9.131)

Avancées

Tu œuvres à l’élargissement de tes limites. 

(9.132)

Ouverture douloureuse

Tu laisses la vie lézarder ton cœur. Tu t’ouvres à la souffrance du monde.

 (9.133)

Carapace mortifère

Tu protéges ton cœur. Tu refuses d’y laisser pénétrer la vie.

 (9.134)

Jugement inique

Tu juges tragiques et injustes les épisodes douloureux et les évènements malheureux de ton existence. Mais tu en ignores la cause. Tu t’interroges sur la pertinence de leur survenance.

 (9.135)

Descente

Tu descends en toi. Pour échapper à la fuite. Et apprendre à accueillir l’adversité.

(9.136)

Trou expulsif

Tu ouvres en toi une minuscule béance qui t'aspire et te recrache en te laissant sans force sur les rives de la vie.

 (9.137)

Ressourcement

Tu n’as plus la force et le courage de marcher. Tu puises en toi plus profondément. Et tu trouves la force et le courage d'accueillir le découragement et l'apathie. Tu franchis une étape. Et tu poursuis ta route.

 (9.138)

Lent changement radical

Tu privilégies la lente et progressive transformation du regard. Tu apprends la métamorphose.

(9.139)

 Réjouissance

Tu refuses d'égayer (artificiellement) la vie. Tu accueilles avec joie la tristesse.

 (9.140)

Evacuation

Tu apprends à te vider. Pour t’emplir convenablement.

 (9.141)

Equilibriste

Tu es seul et relié au monde. Tu apprends à vivre avec cette double vérité. Tu ne sombres ni dans la solitude morbide ni dans la dépendance aliénante.

(9.142)

Pacte

Tu te désarmes. Et tu découvres la paix.

(9.143)

Erreur stratégique

Pris dans les tourments, tu déclares la guerre à la guerre en espérant trouver l’apaisement. Tu te fourvoies dans le choix des armes.

(9.144)

Victoire

Tu renonces au combat. Tu entreprends un long et difficile effort pour apprendre à faire la paix avec toutes choses.

(9.145)

Recours 

Face à l'adversité, tu ne blâmes personne. Tu trouves les ressources en toi non pour la combattre ou t'en protéger mais pour l'accueillir.

(9.146)

Epreuves

Tu apprends à briser tes illusions. Tu œuvres à ton mûrissement.

(9.147)

Artisanat

Tu te frottes au monde. Tu découvres tes aspects anguleux. Tu t’en éloignes (quelques temps) pour en raboter l'essentiel. Et à ton retour, tu apprécies la qualité du travail accompli et l'ampleur de la tâche à effectuer.

(9.148)

Liberté naturelle

Tu refuses tout idéal. Tu conserves la fraîcheur et la spontanéité du regard sur le réel.

(9 .149)

Ecartement

Tu poursuis tes idéaux. Tu t’éloignes du réel.

 (9.150)

Déroutage

Les habitudes t’aveuglent. Et tes automatismes endorment ta conscience. Ils renforcent ta perception erronée de la réalité.

 (9.151)

Passages obligés 

Tu chemines de désillusion en désillusion. Tu progresses vers la vérité.

 (9.152)

Contre-production

Tu ériges tes vérités en dogmes. Tu te protéges du doute. Tu oublies que la vérité ne peut exister sans le doute.

 (9.153)

Progression

Tu n’espères plus du chemin. Tu avances pas à pas.

(9.154)

Enterrement précipité

Tu blâmes ton excès d’espérance. Tu vitupères contre l’ego qui te malmène au gré de ses caprices. Tu essayes de le rejeter. Tu crains qu'il ne te soit plus possible de le satisfaire. Mais tu te trompes. Tu t'enterres.

 (9.155)

Encouragement

Tu comprends que ton seul espoir est de comprendre le non espoir de la vie. Tu devines que tu ne pourras échapper à ce que tu es. Si tu refuses de remuer tes profondeurs, tu sais que tu erras, égal à toi même, jusqu’à la fin des temps.

 (9.156)

Curiosité impatiente

Tu aimerais connaître la fin du chemin.

 (9.157)

Fossé

Tu progresses la tête vers le haut et le cœur vers le bas. Tu te distends.

 (9.158)

Passage à guet

Tu accumules les petites pierres que tu poses sur la rivière en espérant un jour atteindre l’autre rive.

 (9.159)

Liberté

Tu n’attends rien. Tu vas confiant sur le chemin.

(9.160)

Chute ascensionnelle

Tu œuvres à l’élargissement de ta conscience. Tu espères atteindre le zénith sans craindre de toucher le nadir.

 (9.161)

Victoires ouvertes

Tu ne fuis pas les épreuves. La victoire et la défaite t’indiffèrent. Tu sais que l'essentiel réside dans la façon dont tu y fais face, la façon dont tu les accueilles, la façon dont tu les traverses.

(9.162)

Richesse

Tu sais l’essentiel inaltérable…

(9.163)

Pertes et profits

Tu ne crains de perdre ce que tu possèdes. Tu sais que tu perdras l'inutile et conserveras (toujours) l'essentiel.

(9.164)

Abri de tempête

Tu refuses toute protection, toute carapace, toute fuite face aux aléas de la vie. Tu trouves refuge au cœur du chaos. Tu apprends à te tenir debout dans la tempête.

 (9.165)

Valeureux combattant

Tu te déshabilles. Tu ôtes tes vêtements et ton armure. Tu apprends à marcher nu et dépouillé. Et la vie t’habille de pieds en cape. Elle te transforme en chevalier et t’enjoint d'arpenter le monde. Et tu pars sur les chemins, le cœur invincible.

(9.166)

Dépouillement capital

Tu t’appauvris. Tu découvres l'une des plus sûres façons de t'enrichir.

(9.167)

Mûrissement

Tu ne renonces à rien. Tu laisses les choses se détacher. Tu les vois tomber comme un fruit mûr pour enrichir le sol et donner toute sa force à l'arbre dépouillé.

(9.168)

Richesse

Tu apprends à jouir de chaque chose sans rien posséder.

(9.169)

Va-nu-pieds

Tu marches pieds nus dans la boue. Avec pour seule richesse ton voyage.

 (9.170)

Retraite

Le monde est ta maison. Et la vie ton refuge. Partout, tu te sens chez toi.

(9.171)

Malle insolite

Tu arpentes la terre en vagabond. Le voyage est ton seul chemin et ton unique bagage.

 (9.172)

Ombre tellurique

Tu te déplaces, la silhouette fine et la démarche pesante.

 (9.173)

Charge 

Tu avances la tête légère vers le ciel. Mais tu négliges ton cœur qui porte son poids de terre.

 (9.174)

Joyeuse soumission

Tu deviens le serviteur enjoué de la vie. Tu te libères.

(9.175)

Détachement

Tu te laisses traverser. Tu accueilles les évènements sans les retenir. Tu les laisses passer sans t’agripper. Tu avances plus libre sur le chemin.

(9.176)

Bouleversement mesuré

Tu œuvres à ta révolution discrète et silencieuse.

(9.177)

Colonnes

Tu patientes. Tu accueilles. Tu abandonnes. Tu persévères. Tu construis les piliers de ta pratique. Tu œuvres à la stabilité (et à la régularité) de ton cheminement. 

(9.178)

Courage

Mille fois sur le chemin, tu remets tes pas. Mille fois en ton cœur, tu recueilles les pleurs.

 (9.179)

Transmutation

Tu te demandes (encore) comment transmuter l’obscurité en lumière.

(9.180)

En quête de la non-quête

Tu cherches. Tu cherches (toujours) à comprendre. A comprendre qu’il est vain de chercher.

(9.181)

Paradoxe apparent

Tu devines qu’il te faudra aller au bout du voyage pour comprendre l’inexistence du chemin. 

 (9.182)

Elément évident

Tu sais que tu es la vie.

(9.183)

Accompagnement

Tu n’es jamais seul. Où que tu sois et où que tu ailles, la vie toujours t’accompagne.

(9.184)

 

 

Partie 3

PAS PERDUS du livre 6 MONDES OBSCURS

(Traversées COMMUNE et singulière)

 

Résolution

Tu comprends que tu ne peux transformer la vie, le monde, les êtres et les choses. Tu te résous (donc) à transformer ton regard sur eux.

(9.185)

Lien

Tu alternes les périodes de conscience épaisse, lourde et obscurcie et les phases de conscience vive, claire et spacieuse. En dépit de tes oscillations, tu maintiens un lien avec l’espace intérieur (qui passe tantôt au premier plan, tantôt en arrière-plan).

 (9.186)

 

PARTIE 3.1

PAS PERDUS d’EXERCICES JOURNALIERS (du volume 1)

Travail solitaire

Tu écris. Tu passes tes journées, seul, penché sur ta table de travail.

(9.187)

Regard habituel

Tu regardes la routine des jours ordinaires comme un chemin familier. Si familier qu’il te demeure inconnu.

 (9.188)

Vision mensongère

Tu sais que le temps qui passe n'est jamais trompeur. Seul ton regard sur lui te leurre.

(9.189)

Soumission

Tu n’as guère de doute sur l’illusion de la maîtrise. Tu sais que nul ne gouverne sa vie. Chacun obéit (malgré lui) à ses forces obscures et tente (avec plus ou moins d’adresse) d'en contrôler l'expression.

 (9.190)

Naufragé

Aujourd’hui. Oscillation entre virulence frénétique et langueur mélancolique. Ballotté comme un fétu de paille à la merci de vagues déchaînées. Tu invoques ton esprit agité. Tu l’enjoins de te laisser en paix. Il te répond qu’il s’y résoudra lorsque tu suivras le cours des marées, lorsque tu leur abandonneras ton sort. Et tu continues d’esquiver les vagues pour éviter de boire le bouillon.

(9.191)

Aptitude

Autour de toi, certains êtres semblent doués pour le bonheur. Comme si la vie leur avait octroyé quelques prédispositions (intérieures) et certaines facilités (extérieures) qui les invitent à se satisfaire.

 (9.192)

Comparatif infamant

Plus que d'autres et moins que certains… Ah ! Cette sempiternelle et détestable comparaison…

(9.193)

Exclusivité exclusive

Tu as conscience d’avoir toujours cherché les relations exclusives. Sans t’étonner (vraiment) d’être exclu du monde. Quel idiot ! Comment tu as pu ignorer que ta recherche portait en elle les germes de ton impossible inclusion…  et tu comprends (à présent) ton sempiternel sentiment de non-appartenance…

 (9.194)

Piètre combat

Aujourd’hui, tu a vécu sans joie. Tu as traversé les heures comme un vainqueur sans gloire.

(9.195)

Tournage

Tu as toujours regardé, effaré, la vie des Hommes. Les petits épisodes mélodramatiques personnels dans le grand film de la Vie. Et tu remarques, aujourd’hui, l’absence de metteur en scène pour dire « couper ». Une seule prise à chaque événement. Et le film qui se déroule de la naissance à la mort… en direct…

 (9.196)

Course

Note. Tu as beau ralentir, tu as conscience de ne pouvoir arrêter la vie.

(9.197)

Flux continu

Question. Comment arrêter la vie ? Penser…? Se souvenir…? Dormir…? Rêver…? Non, bien sûr ! Nul ne peut arrêter la vie ! On peut arrêter un train, un voleur, un objet en plein vol, une horloge, un bus, un ami dans la rue, le cours d'un fleuve, le cours d'une vie. On peut arrêter de fumer, d'espérer, de se raconter des histoires, de croire en Dieu, de dire des âneries… mais on ne peut arrêter la vie… Arrêter la vie est la tâche la plus insensée, la plus impossible qui soit ! Elle est, par excellence, l'Impossibilité même…

 (9.198)

Arnaque

Assureur : tu ne connais d'activité plus malhonnête et mensongère. Assurer les Hommes contre les risques du monde, leur donner l’illusion de se protéger contre le flux incessant de la vie… Faut-il être escroc pour proposer ce genre de contrat et aveugle et crédule pour en accepter les clauses misérables et mesquines…

(9.199)

 Gouvernance

Tu ne crois guère aux poncifs habituels sur la gouvernance du monde. A tes yeux, l’argent, le pouvoir, le sexe, le plaisir ne sont que des instruments. Tu sais que le monde est gouverné par l’inconscience. Et tu t’attristes de cette vérité ignorée.

 (9.200)

Apparences trompeuses

L’époque est joyeuse et déraisonnable. Joyeuse déraison qui dissimule mal la peur du monde, le désespoir des hommes et l’absurdité des existences…

(9.201)

Haut-monde

Note sur le bas-monde. Tu devines (aisément) que cette expression sous-entend l’existence d’un haut-monde. Y aurait-il donc un monde plus haut ? Question sans doute de degré de conscience… Et tu notes (avec tristesse) que le comportement – égoïste, étriqué et terre à terre - des êtres en ce monde - ici-bas - en serait peut-être la preuve patente… 

 (9.202)

Diktat de la plèbe

Déçu par le résultat d’une élection, tu blâmes la démocrassie. Tu vocifères contre le diktat de la plèbe encrassée d’ignorance (et d’égotisme) qui élit à sa tête ses plus dignes représentants…

(9.203)

Lois personnelles

Jour d’élection (suite). Le gouvernement des Hommes t’afflige. La démocratie, la monarchie (éclairée ou non), la dictature, la théocratie, l’organisation tribale, l’anarchie sont, à tes yeux, guère différentes. Pour toi, aucune structure ne permettra jamais de créer une organisation humaine digne de ce nom tant que chaque homme n'aura pas établi en lui ses propres lois éclairées par une conscience large, profonde et ouverte.

 (9.204)

Sommeil

Tu remarques que le monde porte le sommeil au pinacle. Question. Pourquoi l’humanité ferait-elle donc l’effort de se dessiller les yeux ?

(9.205)

Fond déformé

Tu notes que la société occidentale moderne exacerbe la forme jusque dans ses tréfonds… au point sans doute d’en déformer le fond…

 (9.206)

Stupidités

Tu notes (encore) que l’époque voue un culte à la bêtise. Et tu remarques que la plupart des hommes se sentent à l’aise aujourd'hui. Mais tu prends (soudain) conscience de ton erreur. Tu songes à l’universalité atemporelle de l’idiotie…

(9.207)

Beauté et laideur

Tu as toujours trouvé les âmes belles. Et vile l’ignorance qui les habite.

 (9.208)

Bête animal

Cette part animale si prépondérante chez les Hommes… qui se disent, pour la plupart, supérieurs aux autres espèces… Ah ! Quel stupide mammifère !

(9.209)

Présences

A table. Tu enfournes les bouchées. Avec inconscience. Tu oublies (souvent) l’œuvre du soleil, de la terre et de l’eau. Le long (et patient) travail des êtres et des éléments qui contribuent à ta présence au monde (et à ta survie).

 (9.210)

Décision tranchante

Un jour, devant une tranche de jambon, tu entends le cri du cochon. Tu vois la lame lui trancher la carotide. Et tu vomis. A la dernière gorgée, tu décides de bannir la viande à jamais. 

(9.211)

Puissante inconscience

Tu notes que la conscience individuelle est (souvent) impuissante face à l’inconscience du monde… Et tu te demandes comment ne pas y sombrer. Comment y échapper ? Comment ne pas se laisser inconscientiser ?

 (9.212)

Rengaines

Dans le grand orchestre du monde, tu remarques que les seuls bémols sont les petits bruits de fanfares des Hommes… et leurs petites cacophonies…

(9.213)

Existence musicale

Tu entends (avec fureur) les bruits du monde. Une question te taraude. Orchestre ou fanfare ? Et tu te demandes quand sonnera le tocsin.

 (9.214)

Longue ardoise

Tu as toujours regardé avec mépris l’effervescence du monde. Les hommes s’agiter en vaines et insignifiantes activités. Tu notes que tu as encore besoin de trouver la paix et la tranquillité extérieures pour envelopper le tumulte des émotions, des pensées et des sentiments qui t’animent sans répit. Les bruits, les éclats de voix te resteront insupportables tant que tes oreilles ne sauront entendre autrement les agitations du monde, les accueillir avec bienveillance et compassion. Mais tu ne peux effacer ainsi tant d'années de misanthropie, de haine et de mépris pour le genre humain, tant d'années de terribles sentiments à l'égard de tous tes frères humains si proches. Et (pourtant) si lointains.

(9.215)

Erreur

Tu hais le monde parce que tu t’ignores (tu ignores ta véritable identité).

 (9.216)

Utopie

Tu n’attends rien, tu n’espères rien. Tu demeures silencieux devant la bêtise du monde. Tu aimerais adopter une telle posture. Mais tu en es incapable. Tu n’es ni un saint ni un ermite. Si tu t’éloignais du monde, tu pourrais (peut-être) relever le défi. Mais la distance serait si grande que le monde disparaîtrait. Et s’il disparaissait, alors ta pratique n'aurait plus lieu d'être.

(9.217)

Ambitions

L’ambition de C. Bobin est d’avoir, à l’instant de sa mort, la même tête ahurie qu’un bébé que l’on sort du bain. Etonnant programme, n’est-ce pas ? Ton ambition est fort différente : attendrir ton cœur pour y faire pousser plus de douceur et envelopper sa violence naturelle. Telle est ton ambition ! A mille lieux des préoccupations apparentes de tes contemporains. Non que tu sentes sur eux la moindre supériorité. Bien au contraire. Cette ambition est guidée par ton infirmité et ta difficulté à vivre. A cause d’elles, tu dois te frayer un chemin merveilleux et pathétique.

 (9.218)

Echappatoire

Tu fuis lorsqu'il ne t’est plus possible d'accueillir. Hormis le sommeil (et tes instants – encore nombreux – d’inconscience), tu ne t’accordes que de très rares instants de répit.

(9.219)

Epreuve

Tu éprouves (presque toujours) de grandes difficultés à réfréner ton envie de faire, à ne pas t'engager dans tes activités habituelles. Mais tu t'y contrains. Tu tentes de t'y contraindre avec douceur pour apprendre à reconnaître l'importance que tu leur accordes en temps ordinaire.

 (9.220)

Déchaînement

Légèreté, lâcher prise, abandon, ouverture résonnent souvent comme des mots impotents. Impuissants à pénétrer ton cœur. Aujourd’hui, tu les sais incapables de briser tes chaînes.

(9.221)

Ecoute révélatrice

Hier, longue conversation téléphonique. Bavardages anodins dont tu as soulevé les voiles – aussi brutalement que maladroitement – après de longues minutes d’écoute courtoise. Bavardages qui dissimulaient - mal cachées derrière l’anecdotisme badin - la souffrance, l’incommunicabilité et la solitude… Animé par une folle exaspération, ton discours a crevé l’abcès… révélant cette douleur… laissant éclater les pleurs, les longs silences et les sanglots étouffés… et cette pudeur enveloppante qui emprisonne les mots au fond de la gorge… les reléguant au fond du cœur serré de barreaux étroits… Tu remarques que tu ne peux aider le monde sans faire éclater ton agacement et ton jugement… tu ne sais réconforter sans meurtrir ni même écouter sans juger. Mon Dieu… comment aimer ? Comment aimer en sachant s’oublier ? Comment permettre à l’autre d’ouvrir son cœur sans crainte ? Tu ne peux ignorer que tes sempiternels accès d’exaspération révèlent une intransigeance, une intolérance, des attentes nombreuses à l’égard de ton entourage et ton incapacité à les accueillir et à les accepter tels qu’ils se présentent à toi… avec leurs insuffisances, leurs vulnérabilités et leurs travers…

 (9.222)

Barrique

Tu ne peux encore transformer durablement tes aspirations en actes. Tu n’y parviens que ponctuellement. Et douloureusement. Lorsque ton cœur - petit tonneau étroit - est encore en mesure d’accueillir la parole de l'Autre. Mais il est (si souvent) empli du liquide nauséabond de tes soucis que nul ne peut rien y déverser. 

(9.223)

Point capital

Tu regrettes d’être né dans le monde des hommes, soumis à l’incontournable égoïsme de leur nature, incapables de donner sans recevoir. Tu comprends que la monnaie a été créée pour satisfaire cet affligeant besoin d’échange autocentré : l’homme ne peut donner sans recevoir. Tu te demandes si cette incapacité est liée à la matérialité du corps qui pour survivre dans sa forme a besoin de prélever sur son environnement, de prendre pour se régénérer en énergie (aliments, chaleur…) avant d’en évacuer le surplus.

 (9.224)

Point capital (bis)

Tu donnes toujours dans l’attente consciente ou l’espoir inconscient de recevoir. Tu ne peux, en être humain (ordinaire), concevoir une autre forme d’équilibre. Tu enrages de ta condition humaine (si commune), de tes exigences, de ton sentiment de séparation avec le monde (les autres êtres et les autres formes existantes) et de ton sentiment illusoire (et pourtant presque indéfectible) d’exister en tant qu’entité réelle autonome et distincte.

(9.225)

Ecoute

Tu ne peux ignorer ta mésentente avec le monde. Mais tu n’as pas (encore) conscience que cette triste affaire dissimule une sombre histoire d’écoute (et de regard).

 (9.226)

A défaut

Tu es sensible (particulièrement sensible) à la souffrance de certains êtres : les enfants que l’on tue, les êtres que l’on maltraite. Tu es révulsé par cette innocence bafouée, par cette injustice apparente si criante. Mais tu as conscience de n’assister qu’à un bref épisode de leur histoire. Tu ignores ce que furent ces êtres antérieurement. Tu t’évertues à replacer l’épisode douloureux dans un contexte plus large (autant qu’il te soit possible de le faire). Tu te refuses à laisser se perpétuer cette souffrance. Et tu te demandes comment intervenir. Tu optes pour une intervention qui ait quelques incidences d’élargissement de conscience chez l’ensemble des protagonistes. Tu optes pour le moins pire en méconnaissance de cause.

(9.227)   

 Haillons

L’innocence des enfants et des animaux te semble (pourtant) suspecte et apparente. Tu ignores leur passé. Mais tu devines les oripeaux qu’ils ont dû abandonner pour revêtir les vêtements d’aujourd’hui. 

 (9.228)

Patience

Depuis quelques jours, étrange sentiment d'oppression. Cette présence perturbe ta velléitaire tentative de tranquillité. Tes séances de méditation sont vaines à le recevoir. Elles parviennent à peine à en endiguer la force. Tu essayes de t’en réjouir. Et tu n’y parviens pas. Tu ne peux t’en contenter. Le contentement est si étranger à tes habitudes. Tu essayes de laisser ce sentiment d'oppression se manifester à sa guise. Tu sais qu’il passera comme le reste avec le temps et l'opiniâtreté de la patience.

(9.229)

Combles

Aujourd’hui, tu abrites un immense désespoir. Un désespoir infini. Ta situation est risible. Tu tiens ta vie en haute estime pour accorder une si grande importance à ton désespoir. Tu fais grand cas d’une affaire bien dérisoire. Qu’es-tu en ce bas monde ? Ta vie n’a guère de valeur. Aucun caractère de préciosité sacrée. Et n’en déplaisent aux maîtres du chemin, ta vie n’est précieuse puisqu’elle t’éloigne de ce que tu aimerais lui offrir. Elle t’éloigne de la bonté et te pousse vers des contrées peu accueillantes et des pays inhospitaliers. Tu attends. Et tu sais qu’il est vain d’attendre et nécessaire de te laisser être vers ce que la Vie te porte. Mais ton désir de ne pas avoir de désir, ta volonté de ne pas avoir de volonté, ton attente de ne pas avoir d’attentes te ramènent sans cesse aux désirs, à la volonté et aux attentes. Et tu crèves de trop en avoir. Et tu crèves de ne plus en vouloir. Tu es victime de l’ordinaire et vulgaire paradoxe de l’autocentré qui cherche trop obstinément à ne plus l’être.

 (9.230)

Juste retour

Jour de tristesse. Un jour, tu imagines que tes bourreaux devront, eux aussi, souffrir le martyr. Et tu devines que leur souffrance sera plus forte que la somme des douleurs qu’ils t’ont infligées. 

(9.231)

Décentrage

Au cours d’une promenade, tu vois, par la fenêtre, un homme qui pleure. Un homme qui pleure dans une maison. Et tu remarques que cette maison est située au cœur de la ville. Que cette ville est située au cœur d’une région. Que cette région est située au cœur d’un pays. Que ce pays est situé au cœur d’un continent. Que ce continent est situé au cœur du monde. Que ce monde est situé au cœur d’une planète. Que cette planète est située au cœur d’une galaxie. Que cette galaxie est située au cœur d’un univers. Que cet univers est situé au cœur du cosmos, lui-même, sans doute situé au cœur d’une dimension infinie. Deux questions alors te traversent l’esprit. Chacun est-il toujours au cœur de la dimension infinie ? Et que représente la souffrance d’un être dans cette immensité ?

 (9.232)

Infaillible probabilité

Evidence. Ta mort est une certitude à l’heure incertaine.

(9.233)

Derrière

Note. Devant la mort, tout s’efface…

Après elle, seul demeure le souvenir…

 (9.234)

Empreinte de vent

Tu t’étonnes que les morts laissent si peu de traces. Comme si leur vie n’était qu’une traînée de poussière.

(9.235)

Ressentiment

Tu prends conscience (avec une terrible acuité) d’être en train de mourir. Que tous les êtres sont en train de cheminer (lentement) vers la mort. Tu éprouves ce sentiment à chaque instant qui passe. Et tu ressens une grande tristesse. Une infinie tristesse teintée de regret et de culpabilité pour avoir consacré l’essentiel de ton existence à des broutilles égoïstes.

 (9.236)

Délestage

Tu reconnais que tes peurs sont un fardeau lourd et encombrant. Et tu désespères (souvent) de ne pouvoir t’en débarrasser en un instant.

(9.237)

Achèvement

Après avoir réalisé (et dissous) certains fantasmes, certaines obsessions et certains rêves, tu prends conscience de l’immobilité de tes pas. Et de l’urgente nécessité à cheminer.

 (9.238)

 

PARTIE 3.2

PAS PERDUS d’EXERCICES JOURNALIERS (du volume 2)

Quête obsessionnelle

Tu cherches. Tu cherches partout (et à chaque instant). Tu poursuis ta quête (avec opiniâtreté).

(9.239)

Obsessions

Trouver les règles universelles et irréfutables de la vie (celles qui régissent toute vie) a toujours été l'une de tes plus grandes obsessions.

 (9.240)

Pelures

Tu cherches partout car tu imagines (encore) que partout est la réponse. Tu devines (pourtant) qu’elle se dessinera lorsque tu seras mûr pour la percevoir. Tu sens qu’elle est déjà en toi, recouverte par une multitude de couches qui la dissimulent. Tu sais que ton travail consiste à ôter ses couches, une à une. Et que ton effort doit porter sur ce besoin de nudité.

(9.241)

Maturité

Tu sais que la force de la volonté n'est rien face à celle d'un long mûrissement intérieur.

 (9.242)

Mystère

Tu t’impatientes de cheminer. Tu aimerais hâter ton mûrissement. Mais tu ne sais comment faire mûrir le mûrissement. Vaste question. Toute réponse te semble insatisfaisante… est-ce le temps ? Est-ce l'expérience ? Est-ce la vie et les leçons qu'elle t’enjoint d'apprendre ? Est-ce les autres ? Est-ce le monde ? Est-ce ta conscience ? Face à ce vaste mystère, tu reconnais ton ignorance…

(9.243)

Inversion

Malgré l’irrépressible nécessité de ta quête, tu te crois maître de ta vie. Mais tu oublies (une nouvelle fois) que tu n’es que l’esclave des forces mystérieuses qui te gouvernent.

 (9.244)

Leurre

Tu as (encore) l'illusion d’être libre de tes choix (et maître de ton libre arbitre). Mais tu ignores les forces obscures qui te poussent à opérer ces choix.

(9.245)

Sphères obscures

Tu perçois la conscience comme le fondement apparent de ta pyramide intérieur de surface qui détermine ta vision du monde et conditionne largement tes choix, tes orientations existentielles et tes actions. Et tu devines que toute modification de ta conscience crée une incidence sur le monde. Tu as conscience que ta conscience subordonne tes actions volontaires. Et ton inconscience tes actions involontaires. Tu constates que ton comportement est un enchevêtrement de réactions inconscientes et de gestes conscients qui imprime à ta façon d’être, de dire et d’agir - et plus généralement à ton existence - une direction qui t’échappe. Tu ne sais encore éclairer à la lumière de la conscience ta sphère inconsciente. Et tu aspires au transvasement de l’inconscient dans la sphère consciente pour que jaillissent spontanément (et en toutes circonstances) l’attitude et l’action justes. Tu y vois là l’unique moyen d’accomplir pleinement ton travail humain.

 (9.246)

Voix du chemin

Des voix te parviennent de la rue. A toute heure du jour, elles se manifestent tantôt discrètes, tantôt éclatantes. Ta pratique et ton esprit en pâtissent. Tu te sens dérangé sur la voie par des voix. Et tu t’empresses (aussitôt) de blâmer ton manque d’accueil. 

(9.247)

Raccourci

La vie ne cesse de te détourner de ton chemin. Tu empruntes (sans doute) un détour nécessaire pour te rapprocher de toi-même.

 (9.248)

Centre moteur

Tes connaissances et tes expériences ne peuvent satisfaire ta faim. Chaque jour, tu erres ici et là, allant où tes pas te mènent… guère loin, bien sûr, car tu ne cesses de tourner autour de toi-même.

(9.249)

Impuissance

Aujourd’hui. Lecture paresseuse d’une brochure d’Amnesty International sur la souffrance des enfants. Une idée (soudain) te traverse. Si les Hommes pouvaient additionner toutes leurs souffrances, alors… alors quoi ?!! Tu l’ignores. La souffrance du monde te submerge. Tu quittes le siège (où tu étais passablement vautré) pour aller méditer. Méditer pour soulager ton impuissance à aider le monde. En méditant, tu te persuades d’aider ceux qui souffrent. De leur offrir un peu de temps et d’énergie. Tu sens ton action pitoyable et inutile. Mais tu aimerais te convaincre du contraire. Comme si tu devenais (malgré toi) l’un de ces êtres que tu exècres, individu passif et indifférent replié sur lui et satisfait de se complaire dans sa fange égotique.

 (9.250)

Elève formidable

Tu éprouves (parfois) un sentiment de schizophrénie exacerbée. Tu emploies ce terme à défaut. Le vocabulaire te manque pour décrire l’étrange sensation d’abriter de multiples personnages. Dans ta vie ordinaire, tu vois tantôt l’un, tantôt l’autre penser, parler, agir. Au cours de tes séances de méditation, tu vois surgir avec une grande douceur en leur centre un apprenti disciple qui intervient avec bienveillance, compassion et tolérance, encourageant les uns et les autres. Tu le vois orienter, conseiller. Tu le vois accueillir, conforter, consoler ou demeurer silencieux et en retrait. Et en ces instants, tu ignores ta véritable identité.

(9.251)

Aller-simple complexe

Tu perçois (souvent) le temps comme un voyage sans retour. Et faussement linéaire…

 (9.252)

Inversion

Les difficultés te semblent (toujours) venir de l'extérieur. Et tu te maudis de ne pas regarder avec suffisamment d’attention les obstacles en toi.

(9.253)

Irritation

Tu enrages de te perdre à l'égard des petites choses du dehors au détriment d'un regard et d'une attention qu’il te faudrait (tu le sais) porter en toi et sur les sentiments et les émotions qu'elles font jaillir au-dedans.

(9.254)

Evidente causalité

Tu devines que ta façon d'être au monde te renvoie immanquablement à ton intériorité.

(9.255)

Eclair

Tu sais (aussi) qu’un seul regard peut transformer une vie. Et le labeur des années l’enliser.

 (9.256)

Protection

Tu as (souvent) peur que la vie t’écrase. Et pour éviter d’être anéanti, tu descends en toi.

(9.257)

Ressource

Il t’arrive de fermer les volets. Pour te protéger des lumières du monde. Tu te retires en toi. Pour regagner la vie obscure. Et re-découvrir la lumière.

 (9.258)

Orientation de l’assaut

Tu apprends à renoncer à tous les combats. Tu refuses de lutter contre la vie, contre le monde et contre toi. Mais tu mènes un exténuant (et parfois insurmontable) effort pour accueillir toute chose.

(9.259)

 Prisonnier de la jungle

Guerrier. Guerrier spirituel (mot maintes fois lu dans certaines causeries). Et tu l’entends aujourd’hui s’approcher à pas lent. Tu l’entends avancer, son petit sabre à la main, dans un enchevêtrement de lianes (pauvre métaphore du nœud). Misérable guerrier armé de sa minuscule faucille qui tente vainement de se frayer un chemin. Impossible chemin où une armée de bulldozers serait bien en peine de déblayer l’épaisse végétation qui y a pris racine.

 (9.260)

Test

Certains évènements te semblent des épreuves. Mais cette appellation révèle ton ignorance. Tu ne sais encore les appréhender pour ce qu’ils sont.

(9.261)

Façonnage

Tu sais que les évènements de ton existence sont l’environnement de ta conscience. Qu’ils la façonnent et oeuvrent à son mûrissement.

 (9.262)

Cheminement

Tu as conscience d’être limité. De mille façons. Pour t'en convaincre, tu notes la quantité limitée de souffrance que tu peux accepter… Tu devines pourtant que chacun a le potentiel de dépasser ces limites… Et tu sais que les êtres en chemin travaillent à cet élargissement…

(9.263)

Etrange animal

Ton esprit ressemble à un animal hybride. A un animal familier. Craintif et apeuré. Réfractaire aux changements et soumis aux habitudes. Et à un animal sauvage. Indomptable, imprévisible et éperdu de liberté.

 (9.264)

Mythe blessé

Tu songes (avec effarement) qu’il t’arrive de gonfler ta fable. De te victimiser.

(9.265)

Vérité oubliée

Tu vis (pourtant)déjà la vraie vie, l’existence idéale. Question. Alors pour quelle raison tu t’évertues encore à la rêver…

 (9.266)

Couverture

Aujourd’hui, ta désespérance ressemble à un trou sans fond. Tu devines (pourtant) qu’il serait possible de le combler d’un seul regard. Mais tu as beau t’y évertuer, tu n’y parviens pas. Et tu continues de glisser.

(9.267)

Agencement

Tu ne cesses de blâmer les faux livres qui peuplent ta bibliothèque (incapable, en cette période, de soulager ta détresse). Tu devines aisément que les vrais ont dû se loger au creux du cœur. Mais tu le sens trop vide pour qu’ils puissent œuvrer à ton sauvetage…

 (9.268)

Imminence

Tu es au bord du précipice. Ta chute sera (sans doute) douloureuse et salvatrice. Encore quelques pas avant de t’éveiller de la longue nuit de l’ignorance…

(9.269)

L’être à l’instant

Note. Vivre comme si demain n’existait pas… Ou mieux… Etre comme si demain n’existait pas… Et mieux encore… Etre à chaque instant comme si l’instant suivant n’existait pas (mais existe-t-il seulement ?)

 (9.270)

Exercice ardu

Tu ne parviens (pas encore) à être. Cet exercice t’effraie et t’ennuie. En vérité, tu le redoutes comme la peste.

(9.271)

Dernière étape

Tu sais qu’exister nécessite un vain chemin d’efforts… étape (néanmoins) nécessaire pour accéder à l’être… long apprentissage et sans doute ultime étape de l’humain…

 (9.272)

Comptes célestes

Une phrase entendue au coin de la rue (à deux pas du parvis de l’église) : le monde perd son âme. Tu t’interroges. Qu’est-on censé gagner en la conservant (quand on parvient à la conserver…) ? Le Ciel : une histoire de perte et de profit… ? Dieu tiendrait-il des comptes d’apothicaire… Tiendrait-il la bourse des âmes… ? Dieu : épicier céleste ? Comment y croire ?

(9.273)

Science intuitive

1+2=3. Tu n’en as aucune certitude. Et tu crains que cette connaissance ne te reste à jamais extérieure.

(9.274)

Existences

Vies multiples… pourquoi en douter ?  Mais comment le montrer ? Comment le prouver ? Serais-tu seulement capable de le percevoir directement… de façon spontanée et intuitive ?

(9.275)

Bonne fortune

Tu as (souvent) le sentiment d’être le descendant génétique de tes ancêtres et l’héritier karmique de ta lignée. Tu t’évertues de faire bon usage (un usage conforme à ta conscience) de cet héritage. Tu tentes d’œuvrer à ta descendance.

 (9.276)

Entre ciel et terre

Tu notes que les bouddhistes et les hindouistes brûlent les corps de leurs morts. Retour à la poussière terrestre et fumée céleste. Intégration dans le grand Tout (l’image est, sans doute, impropre pour les bouddhistes). Tu remarques que les chrétiens enterrent leurs morts dans des tombes, petits carrés de terre nominalisés et séparés entre-eux. Comme s’ils souhaitaient préserver l’identité et la propriété individuelles des défunts. Tu t’interroges sur cette différenciation du destin des dépouilles. Aurait-elle un sens plus profond ? Serait-elle représentative de la façon dont les religions appréhendent l’au-delà ?

(9.277)

Exercice vital

Tu te prépares à la mort. Tu apprends la fin irrémédiable de chaque chose.

 (9.278)

Fil

L’existence ressemble à un ouvrage fragile qui ne tiendrait qu'à un fil. Fil ténu. Fil rompu quand survient la mort. Et fil continu qui relie les existences successives…

(9.279)

Question vitale

Mourir serait-ce continuer à vivre autrement ?

 (9.280)

Sac

Qu’importent les traces que tu laisseras dans le monde ! Seule importe le bagage que tu emporteras au delà de la mort !

(9.281)

Idée stupéfiante

Soudain une pensée terrifiante. Et si plusieurs millions d'années séparaient chacune de nos vies…? Et si on retombait dans l'inconscience entre chaque existence…? Ah ! Que cette pensée t'angoisse ! Révélatrice (une nouvelle fois) de ton indéfectible égotisme !

 (9.282)

Evidence

Tu regardes parfois la vie comme un miracle. Mais il t’arrive (souvent) de te laisser vivre. Tu sombres alors dans la facilité.

(9.283)

Drôles de wanderers

Aparté (vaguement humoristique). Blague d’écrivain-marcheur (Sylvain Tesson et Alexandre Poussin, célèbres marcheurs de l’extrême… de l’extrême plutôt intelligent). Une stupide inversion pourrait (peut-être) décrire certaines de leurs aventures : Pousson-Tessin (poussons tes seins) dans leurs derniers retranchements… Ah ! La belle aventure ! Avec deux grands bonnets sur la tête !

 (9.284)

Abattements

Tu observes l’existence des Hommes. Et tu remarques que la vie leur tombe (littéralement) dessus aux deux extrémités de leur existence (à la naissance et à la mort, bien sûr). Mais tu comprends aussi que les émotions, les sentiments, les pensées et les évènements qui surgissent à chaque instant sont également l’œuvre de la vie qui surgit à chaque instant (sur et en eux).

(9.285)

Croisements

Depuis que tu arpentes les chemins du monde, tu n’as croisé que des fantômes égarés qui fuient leur ombre et quelques fantômes affamés en quête de lumière.

 (9.286)

Ponts intérieurs

Les ponts intérieurs demeurent (encore) invisibles et ignorés. Question. Les Hommes sauront-ils un jour les découvrir (et les traverser)… ? 

(9.287)

Délires

Tu notes que l’humanité était (autrefois) abrutie par le travail. Et tu la vois aujourd’hui abrutie par les loisirs et les distractions. Tu te lamentes (sans fin) sur l’impossible désaliénation des Hommes.

 (9.288)

Mystérieux chemin

Tu songes avec effroi à l’effroyable destin humain… soumis au diktat des profondeurs inconscientes…

(9.289)

Chemin ouvert

Tu relèves cette phrase idiote (absurde et à la fois magnifique de vérité) mille fois entendue (que les Hommes ne cessent de répéter) : on ne fait pas ce que l’on veut dans la vie. Tu remarques que cette affirmation incite (en général) à la résignation (une triste résignation) alors qu’elle devrait inviter à transcender son égotisme. A s’abandonner au chemin que la vie ne cesse de nous tracer.

 (9.290)

Misérable rêve

Tu observes le monde. Et tu vois que la grande - la très grande - majorité des pauvres envie les riches. Tu remarques, de toute évidence, qu’ils ne possèdent pas leur richesse mais déjà leur mentalité.

(9.291)

Expression malheureuse

Aujourd’hui, tu gagnes ta vie. Mais l’expression te paraît malheureuse et inexacte. Tu estimes que la vie t’a été donnée. Tu aimerais utiliser une formule plus adaptée : « préserver ta vie » ou « te maintenir en vie ».

 (9.292)

Basse besogne

Travail. Ce mot te terrifie (il t’a toujours terrifié).

(9.293)

Noble labeur

Le mot « travail » devient doux à ton oreille lorsqu’il se pare de la certitude d’aller vers la plus essentielle des activités : être. Etre (sans l’effort compulsif du faire et de l’agir). Être, être seul. Être si proche et si éloigné du monde. N’être rien et être tout à la fois. Être un élément indissociable du Tout.

 (9.294)

Quiétude

Jour de paresse. Tu empruntes cette étrange expression à Thich Nhat Hanh, maître bouddhiste vietnamien. Tu t’octroies une journée de repos, repos du faire où tu ne t'adonnes à aucune de tes activités habituelles (activités spirituelles et méditatives incluses). Tu t’offres une journée de calme, jour de bilan où tu t'évertues de décortiquer ta pratique, de noter tes avancées et les difficultés que tu as rencontrées pendant la semaine.

(9.295)

Envoûtement

Le fou et le sage continuent d’exercer sur toi la même fascination. Tu les envies car ils ne semblent guère touchés par les tracasseries ordinaires (les ridicules tourments de l’humanité commune).

 (9.296)

Solitudes apparentes

Tu notes que ceux qui se sentent seuls (et qui souffrent de solitude) ont l’illusion d’être séparés des autres formes combinatoires matérielles (ils ignorent, en effet, leurs liens innombrables  avec elles…). Ils cherchent désespérément à créer des liens tangibles avec des formes combinatoires dotées de conscience… sans d’ailleurs jamais parvenir à s’en satisfaire…

(9.297)

Regard accueillant

Au fil des jours, tu apprends à écouter les plaintes du monde. A les accueillir le cœur ouvert sans craindre qu'elles écorchent ton âme. Tu regardes (en même temps) la cruelle barbarie qui ronge tes entrailles. Sans craindre de la dégueuler sur le monde. Tu es attentif (également) à la violence que ton cœur recèle. Sans fuir l'abjection qu'il dissimule. Tu regardes la barbarie et l’abjection dans les yeux. Tu les traverses. Et la douceur de ton âme se révèle.

 (9.298)

Amour progressif

Tu apprends progressivement à transformer ton regard sur le monde. Tu avances lentement sur le chemin de l’humanité.

(9.299)

Pertuis coûteux

Tu élargis ta conscience. Tu franchis l’étroit passage obligé et payant (dans tous les sens que le mot revêt). Et tu avances avec crainte et prudence en crachant à chaque pas.

 (9.300)

Recadrage

Tu apprends à éroder tes a priori. Sur la longueur idéale de la pelouse, sur le degré de propreté idéale de la maison, sur la journée idéale, sur le travail idéal. Et sur la vie idéale. Tu apprends (lentement) à désinvestir tes utopies.

(9.301)

Unidimensionnel

Hier soir, film de Beneix, "Rosy et les lions". Beau voyage existentiel à la poursuite de ses rêves. Rêves temporels hors norme (en décalage avec une certaine normalité). Un reproche pourtant. L’absence de dimension spirituelle.

 (9.302)

Intransigeance

Deviendrais-tu (malgré toi) un fanatique du chemin intérieur ? Tu connaissais ta propension à l'intolérance. Mais pour quelle raison s'évertue-t-elle encore à s'exercer si violemment (et de façon si évidente) aujourd'hui ?

(9.303)

Sens

Tu remarques que l’instant présent appréhendé comme fragment d’éternité unique et le sentiment de vivre chaque évènement comme un épisode signifiant permet d’appréhender chaque fait comme un élément indispensable en mesure de révéler quelques vérités pour avancer sur le chemin.

 (9.304)

Esprit ouvert

La vie t’enjoint (toujours) de conserver sans acharnement ni effort un esprit ouvert à ce qu’elle t’offre (selon ta conscience et ta compréhension). Voilà (sans doute) l’une des (seules) grandes règles qu’elle t’intime d’apprendre tout au long du chemin.

(9.305)

 Recommandations triviales

Tu livres enfin (sans grande conviction) quelques affligeants conseils truistiques du cœur. Ainsi tu recommandes d’ouvrir chaque livre comme un passage vers soi-même. De goûter chaque instant comme s'il était unique (à la fois premier et ultime). D’éviter de faire barrage de sa volonté personnelle au grand fleuve de la vie. De ne pas résister à sa force (qui nous écraserait immanquablement) mais de profiter de sa puissance pour suivre son cours… et se laisser porter sur (sans doute) le plus sûr chemin qui mène à l’Autre rive

 (9.306)

 

 

PARTIE 3.3

PAS PERDUS d’EXERCICES JOURNALIERS (du volume 3)

Tour de force

Tu apprends à marcher nu et dépouillé. A renoncer à toute protection contre le monde. Pour offrir aux êtres ta vulnérabilité. Et les inviter à accepter la leur. 

(9.307)

Juste place

Tu acceptes de n'être qu'un infime rouage dans l'immense machine de la vie. Et tu t’assures de ne pas secrètement désirer devenir le grain de sable qui enrayerait le mécanisme. Tu notes que si tu en avais le désir, les éléments du dispositif concourraient impitoyablement à ton écrasement…

 (9.308)

Justesse

Tu regardes (parfois) le monde avec une curiosité innocente (presque naïve). Et tu agis avec une fraîcheur spontanée (presque irréfléchie). Cet exercice te semble (encore) difficile. Il te déroute. Il est si éloigné de tes schémas habituels. Mais lorsqu’il t’arrive d’être innocent et spontané, tu reconnais la justesse de ton regard et de tes actions.

(9.309)

Ange

Accoudé à la fenêtre, tu suis des yeux l’envol d’un oiseau. Un moineau. L’un de ces oiseaux anodins qui n’appartiennent à personne (et qui donc peut-être appartiennent à tous). Lui s’en indiffère sans doute. Il se contente, joyeux et sifflotant, de vaquer, indifférent au monde – au travail qu’on lui a donné. Libre et magnifique. Tu te dis que si Dieu existe, cet oiseau-là le contient tout entier. Comme l’exemple d’une joyeuse soumission à ce que la vie lui offre. 

 (9.310)

Dépendances 

Tu perçois le non-choix comme une liberté. Et l’excès d’options comme une entrave. Tu sens que la charge référentielle, comparative et préférentielle affadit la saveur de toute sélection.

(9.311)

Goût

Note. Seul le dépouillement permet, à tes yeux, de goûter (avec intensité et profondeur) à la merveilleuse saveur de l’ordinaire.

 (9.312)

Rôle

Dans le vaste théâtre du monde, tu sais que nul n'est irremplaçable mais que chacun est indispensable.

(9.313)

Perception

La nécessité et la forme. Tu perçois la nécessité qui surgit, grâce à la vie, du fond des êtres.

 (9.314)

Unions

Tu apprends à mêler ta voix aux chants du monde. Et ton souffle aux respirations du Vivant.

(9.315)

Bienveillance

Au supermarché. A la caisse. Tu éprouves un sentiment de fraternité pour tous les visages qui t’environnent. Tu regardes avec amour ces visages préoccupés par les difficultés et les soucis personnels, ces regards perdus au dedans, ces yeux durs et indifférents, aveugles aux visages alentour. Tu regardes avec tendresse tous ces visages au cœur fermé autour de toi.

 (9.316)

Ouverture permanente

Tu t’évertues à accueillir la vie à chaque instant.

(9.317)

Double mouvement

Tu apprends à accueillir progressivement la Vie pour trouver la Joie. Et tu devines que lorsque tu l’auras trouvée, la vie s’invitera naturellement.

 (9.318)

Chaleureuse sobriété

Aussi accueillant qu'une cellule de monastère. Un reproche dont le monde pourrait t’accabler. Et que grand bien lui fasse ! Voilà pour toi l'image même de la convivialité. L'endroit le plus propice à faire naître la Joie. 

(9.319)

Points de vue

Tu regardes par le fenêtre. Et tu n’aperçois, au-dessus des nuages, nul mauvais temps, mais un ciel infini. En dessous, tu vois un voile de grisaille percée de quelques éclaircis. Mais en regardant avec plus d’attention, tu remarques que les choses apparaissent différemment. Au-dessus des nuages, tu découvres un ciel bleu et infini. Et au-dessus du ciel bleu et infini, le noir le plus sombre, l'obscurité la plus grande. Toute élévation demeure, à tes yeux, un mystère.

 (9.320)

Stabilité

Tu trouves ta verticalité. Tu la laisses grandir et tentes de lui rester fidèle en toutes circonstances.

(9.321)

Issues

Tu apprends à laisser s'exprimer chaque sentiment jusqu'à son extrémité. Tu découvres chaque partie de toi-même (ta paresse et ta frénésie, ton ignorance et ton intelligence, ta violence et ta tendresse, ta haine et ton amour…).  Tu apprends à les connaître. A les aimer et à les accueillir. Tu œuvres patiemment à ta réunification.

 (9.322)

Equanimité

Tu apprends l’impartialité. A accueillir les idées, les émotions, les sentiments, les évènements d’une égale façon. A les accepter sans discrimination. Sans favoriser les uns (ceux qui te semblent porteurs de gains, d’intérêt, de plaisir et de joie) au détriment des autres (ceux qui te semblent porteurs de perte, d’inintérêt, de souffrance et de peine). Tu apprends à accueillir avec distance, bienveillance et impartialité tous les évènements et toutes les situations. Tâche ardue à mille lieux de l’attitude naturelle des êtres soumis à leur perception erronée de la séparation…

(9.323)

Bûcher incandescent

Les aspérités de l’existence sont des coins d’ombre où tu te brûles (encore) souvent. Tu apprends à y demeurer. Tu sais qu’elles seront (bientôt) un abri réconfortant et un tremplin vers la lumière.

 (9.324)

Procrastination

Demain est un autre jour. Certes, mais pourquoi attendre demain ? L’instant qui vient est, lui aussi, différent de l’instant qui s’achève.

(9.325)

Découverte

Tu t’évertues à n’avoir aucun a priori sur ce qui devrait être. A porter, à chaque instant, un regard frais et spontané sur ce qui est. Et tu reconnais l’ampleur de la tâche (et l’âpre difficulté de l’exercice).

(9.326)

Manque d’inspiration

Soirée télévisuel. Débat politique. Tu remarques le manque d’ambition des idées et des programmes proposés par les dirigeants politiques. Tous semblent englués dans l'apparence de la réalité, la séduction des masses et l'ambition personnelle. Mais tu gardes espoir qu’ils s'appuient un jour sur un modèle inspiré par la vie.

(9.327)

Manque d’inspiration (bis)

Note sur les débats contemporains. Débats sans envergure sur le monde, l’art, la science... Intellectuels, penseurs et experts (en tous genres) n’ont rien à envier à l’étroitesse de leurs gouvernants. Le réel perçu par le petit bout de la lorgnette. Doctes aréopages affublés d’une incurable et aveuglante myopie.

(9.328) 

Lâcher prise

Tu tentes de ne t'accrocher à rien sans tomber dans l’indifférence et l’insensibilité. Tu trouves le moyen d'aller plus libre. Tu te laisses traverser, tu accueilles sans retenir, tu laisses partir sans t'agripper…

(9.329)

Cycles infaillibles

Tu observes le souffle (avec attention). Tu sens l’inspiration et l’expiration. Tu inspires et tu expires. Tu vis et tu meurs. Tu vis et tu meurs. Encore et encore. Instant après instant. Jusqu'à la fin des temps. Pour l'éternité.

 (9.330)

Perte

Tu sais que chaque instant vécu inconsciemment est un temps irrémédiablement perdu.

(9.331)

Maintenant

Note. Tu es sans âge. Devant et derrière toi s'étend l'éternel néant.

 (9.332)

Leçons quotidiennes

Tu observes le jour et la nuit. Tu remarques les saisons. Tu vois la poussière qui s'accumule chaque jour, que tu enlèves et qui se redépose le lendemain. Tu prépares les repas que tu manges et que tu évacues. Tu comprends le transitoire de chaque chose, de chaque geste, de chaque acte. Tu apprends l’éternelle leçon des jours qui passent.

(9.333)

Réactions

Tu remarques que l’Histoire présente les révolutions comme de radicales et profondes transformations. Tu ne t’étonnes guère qu’elle ne les présente comme de brutales réactions collectives liées à une frustration, à un mécontentement ou à une haine à l'égard d'un système existant. Pour ta part, tu sais que les vraies révolutions sont toujours lentes, non-violentes, individuelles et intérieures.

 (9.334)

Etranges paradoxes

Marcher en silence dans la nuit obscure…

Rester immobile dans la clarté ombragée…

Et poursuivre son chemin vers la lumière…

Voilà le défi de tout Homme.

(9.335)

Veilleur

Au cœur de la nuit, tu veilles sur tes frères endormis. Soucieux du monde ensommeillé.

 (9.336)

Veilleur (bis)

Tâches nocturnes. Veilleur de nuit. Eveilleur de nuit

(9.337)

Instant miraculeux

Spectacle nocturne. Assis sur un banc, tu contemples le ciel et les beautés du monde. Tu goûtes, en cet instant, le bonheur d’être. La présence aux choses. Enivré par la diversité du réel qui t’entoure.

 (9.338)

Inaptitude

Question. Comment décrire un univers inconnu à la conscience ? Un univers si étranger à l’esprit humain ? Comment imaginer un instant des créatures sans corps. Ni fantômes ni spectres. Des esprits sans corps qui communiquent sans mots. Des échanges directs et sans langage.

(9.339)

Accroissement

Amplification de conscience (début d’expérience). Tu sens ta conscience sortir de ta boîte crânienne et s’élever de sa gangue étroite. Flotter autour de toi. Matière vaporeuse et informe s’élargir autour de ta tête et englober le monde. Etrange sentiment de ne plus te mouvoir dans le monde. Tu sens que les êtres ne se déplacent plus dans l’espace. Mais se meuvent dans ta conscience. Comme si le monde et ta conscience se réunissaient en un seul espace. Ta conscience perd son identité. Elle n’est plus tienne. Elle est la conscience. Et le monde en devient la forme matérielle.

 (9.340)

Matérialisation de la conscience

Expérience (suite et fin). Etrange sentiment que le monde est la forme matérielle de la conscience. Les corps, les êtres, les âmes se meuvent dans cet espace (à la fois matériel et immatériel). Monde et conscience se chevauchent avant de ne former qu’un espace. Le monde devient une sphère infime de la conscience. Et la conscience un espace infini. Tu perçois les bords du monde qui occupe désormais une place infime, changeante, fluctuante et périssable dans l’extraordinaire vastitude de la conscience, espace immatériel et infini, insaisissable, insalissable. Impérissable.    

(9.341)

Extension

Tu connais le monde. Car tu es le monde.

 (9.342)

Mortel croisement

Une pensée triste (et émue) pour les nuées d’insectes qui, chaque nuit, meurent contre les parebrises, les pare-chocs et sous les roues de millions d’automobiles… et les milliards d’animaux (de toutes sortes) écrasés, blessés, mutilés, exterminés… avalés par la sombre et tentaculaire langue de bitume qui recouvre la terre pour la seule utilité des Hommes.

(9.343)

Ostracismes spécifiques

Tu as toujours blâmé la cruauté et l’indifférence (trop fréquentes) des hommes à l’égard des animaux. Tu perçois la grande majorité de l’humanité comme d’ignobles et inconscients négriers qui considéraient autrefois (il n’y a pas si longtemps) certaines catégories humaines comme espèces inférieures. Tu notes qu’il aura fallu plusieurs siècles à l’humanité pour admettre l’absurdité d’un tel ostracisme. Et tu devines que la transformation de la perception humaine à l’égard de l’animal nécessitera sans doute un temps beaucoup plus long…

 (9.344)

Blessure

Tu as un rêve. Tu aimerais participer à la collectivité des Hommes sans meurtrir l’ensemble des formes vivantes du monde.

(9.345)

Rêve communautaire 

Tu te surprends (parfois) à rêver de communauté végétarienne autarcique et solitaire située au cœur du monde et éloignée des Hommes fondée sur le respect intégral (autant que ta conscience l’exige) de toutes les formes du vivant.

 (9.346)

Consciences

Note. Tu es la conscience du vivant. Infime porte-conscience des formes vivantes. Et l’un de leurs modestes porte-voix.

(9.347)

Bouffée d’air

Fin de nuit. Courte promenade matinale, après une longue veille nocturne, dans le parc de la bastide. Vivifiant. Rapicolant…

 (9.348)

Bouleversement

Tu sais qu’une seule phrase peut transformer une vie. Et une kyrielle l’immobiliser.

(9.349)

Pause

Tu décides (donc) de te taire. Et d’apprendre le silence.

 (9.350)

 

FRAGMENTS CONCLUSIFS

 

Œuvre

Les plus belles pages pour l’auteur soucieux de toucher l’humanité du monde seraient de les intégrer à l’être (à sa façon d’être). Tu décides (donc) de renoncer à tes pages pour œuvrer à cette fondamentale essentialité.

(C.1)

 A L’ADRESSE DU LECTEUR

 

Vœu ardent

Conserve ce livre le temps qu'il faudra, ami lecteur. Quand il aura fait son œuvre en toi, offre-le. Tu ne pourrais lui offrir de meilleur destin…

 (C.2)

 

 

A L’ADRESSE DE L’AUTEUR

 

Prétention

Tu avais l’ambition d’initier un nouveau mouvement littéraire : l’essentialisme. Au vu de tes pages, tu admets l’échec cuisant de ton entreprise. Tu devines qu’il convient de t’abstenir du superflu. Bref, tu comprends qu’il te faut arrêter d’écrire. Seule option pour satisfaire tes exigences.

(C.3)

 

 

NOTE FINALE

Tu as conscience du caractère dérisoire de cette longue série de fragments. Et tu perçois (avec acuité… malheureusement) les limites de cet ouvrage, incapable (sans doute) d’éclairer le lecteur dans son existence et son cheminement. Limites de plusieurs ordres :

 

  • Limites liées à  l’inachèvement de l’itinéraire existentiel et à l’inaboutissement du processus spirituel de l’auteur renforcées (de toute évidence) par ses indéniables carences expressives et littéraires ;

  • Limites liées au caractère (inévitablement) tendancieux de cette progression vers la lumière ;

  • Limites liées à la forme particulière des fragments, à leur agencement et à la structure générale du récit ;

  • Limites liées au contenu même des fragments situé aux confins de la philosophie, de la poésie et de la spiritualité (les fragments ne peuvent se cantonner strictement à l’un de ces domaines et ne parviennent (sans doute) pas à trouver leur juste place à l’intersection de ces 3 disciplines ;

  • Limites liées aux caractères limitatifs inhérents à l’écriture, mode expressif sans conséquence réellement signifiante  (à quelques exceptions près sans doute) sur la conscience des lecteurs, le cheminement des êtres humains et l’évolution de l’humanité ;

  • Limites enfin liées au caractère indubitablement limité de l’existence humaine, étape modeste et essentielle (sans doute) sur le chemin vers la Lumière. L’Homme, dans son ignorance de la vie, de la mort, de l’avant-vie et de l’après-mort en est réduit à relater son expérience (et au mieux l’expérience humaine) sans parvenir à la replacer dans un cadre plus large, au sein de l’ensemble du processus qui conduit au désobscurcissement de la conscience.