Journal / 2008 / Le passage vers l'impersonnel

Toute vocation naît d’une blessure… d’une cicatrice mal refermée, mal oubliée, d’une injustice ressentie… elle prend souvent la forme d’une réparation… parfois d’une revanche… d’autres fois d’un refuge… comme si l’inconscient qui nous enjoint d'agir cherchait la guérison… Toute vocation, petite ou grande, artistique, scientifique, sociale, professorale, humanitaire est une longue tentative de refermer cette plaie…

 

 

Chaque nuit, assis devant ma table, j’écris. Soucieux de mener à terme les différents manuscrits en cours. Parfois le souffle fait défaut. Je note alors sur ce carnet les mots, les pensées, les intuitions qui viennent me délivrer, du moins le crois-je, du néant… d’où - sans doute - le caractère nocturne, répétitif et décousu de ces pages…

 

 

Assis devant mon écran, les mains posées sur la table basse où j’ai coutume de travailler chaque nuit. Sur l’écran, la page blanche en attente. Le curseur clignotant. Scandant les secondes. Egrainant les heures qui s’écoulent. Etirant la nuit sans fin.

 

 

La vie. En éternel mouvement. Les formes qui se croisent, s’imbriquent, se frôlent, se caressent, se heurtent, se blessent, s’éloignent, se retrouvent, échangent, se réconcilient, repartent. Rebondissent. Suivent leur cours (indéfini) tissé dans la toile. Se réinventent. Sans cesse. 

 

 

Ce que tu ne peux vivre, écris-le.

Ce que tu ne peux écrire, vis-le.

Tu seras tout. Pour découvrir ce que tu es. Ta véritable nature. Ta seule identité.

 

 

Fais de tes expériences la matière brute de ton chemin. Et de tes découvertes, la substance de ton cheminement. 

 

 

Tu œuvres sans relâche à la meurtrissure de l’éphémère.

 

 

Ta puissance créatrice confine au néant. L’infime seul s’invite sur tes pages.

 

 

Le vide t’appelle. Et tu n’y réponds que par l’esquive.

 

 

Tes perceptions te désarçonnent. Assis sur leur monture, elles t’emballent. Et tu ne sais comment leur tenir la bride.

 

 

Tu aimerais. Mais jamais tu n’aimes (tu ne sais pas aimer).

 

 

Le noir se décolore parfois. Avant de retrouver son éclat. Tu ne brilles que par ta noirceur. Un obscur étincelant. Tout ce sombre en toi qui t’aveugle. Quelle tristesse !

 

 

Le noir t’ensevelit. Tu t’endeuilles (malgré toi).

 

 

Le vide. Une matière creuse où s’entortille ton âme resserrée. Flétrie. Asséchée.

 

 

Tu ramasses les pensées comme d’autres fouillent les poubelles. Tes phrases. Des bouts de pelures. Et tes pages… des paniers d’immondices. 

 

 

Ta quête de l’universel tire (sans doute) son origine dans ton sempiternel sentiment de non-appartenance. Si tu étais parvenu à t’affilier à un quelconque groupe, ce rôle t’aurait probablement contenté. 

 

 

Tant d’années de recherche, de quête fébrile pour parvenir à ce sentiment dévastateur d’immobilité. Te serais-tu donc fourvoyé ?

 

 

Tu  t’encombres. A quand les diables qu’on te débarrasse !

 

 

Cesse de te regarder par ton œil fixé en ton centre. Adopte le regard de l’horizon. Seul chemin pour découvrir la diversité (merveilleuse) alentour. Et l’infini. Partout.

 

 

Ton honneur est sans cesse bafoué. Peut-être te méprends-tu sur tes batailles ?

 

 

Cette sempiternelle et odieuse nécessité d’écrire…

 

 

Empiler les mots chaque jour sur tes pages. Empiler les livres au fil des ans. Dans quel but ? T’ensevelir sous tes feuilles ?

 

 

La situation est ton seul maître. Elle t’invite à agir - paroles et actions - à ta mesure. Selon ta juste compréhension du moment. Espace d’interactions tangibles avec le monde (les êtres humains en particulier, les objets, les paysages et l’espace).

 

 

La solitude (ton retrait temporaire et régulier du monde) est ton seul espace de pensées. Elle t’invite à recueillir et à méditer les leçons de l’action (de l’agir et de la parole) et de l’être. En dépit de l’existence d’interactions non-tangibles avec les êtres - humains en particulier - et d’interactions tangibles et non tangibles avec les objets, les paysages et l’espace.

 

 

Le reste du temps n’est que sommeil - absence de conscience (divertissement et repos).

 

 

Voilà définis tes espaces d’action, de paroles, de pensées. De non action, de non-paroles et de non pensées. 

 

 

Ta conscience est ton bagage. Tes actes, tes vêtements. Et la nudité, ta destination.

 

 

Tu poursuis ton chemin en ôtant tes guenilles… dévoilant les atours somptueux de la nudité…

 

 

Une seule phrase emplit parfois ta nuit. Et le jour dépeuplé s’enfuit.

 

 

Un seul être peuple tes paysages. Un monde aux confins des solitudes. Un monde à l’exclusivité écrasante qui piétine tes terres, se répand sur ton territoire, envahit tes contrées (psychiques), blesse ton cœur écrasé d’absence.

 

 

La foule moribonde sur l’esplanade s’enhardit à l’appel de son nom. Redresse la tête, parcourt l’assemblée de son regard arrogant, l’orateur (pétri d’orgueil) jubile.

 

 

Accablé de verticalité, tu courbes l’échine. Sur la route sinueuse. Et inattendue…

 

 

Des yeux. Des larmes qui coulent. La tristesse qui transpire sous les paupières…

 

 

L’attente qui s’assèche offre des pluies de joie. Don du ciel aux laboureurs confiants, le regard humble tourné vers la terre, le sourire au bord des lèvres, heureux de leur sol décharné et infertile. Et de leur soc ravageur.

 

 

Grandiloquence de l’orateur sans voie. Aux intonations tonitruantes qui grondent dans l’assemblée et s’éteignent au cœur du silence. Et dans le silence des cœurs.

 

 

Réel sans âme déréifié par le regard de la conscience. Etres, objets, paysages, assemblements de matière revisités par la conscience qui perçoit s’éclairent… s’animent…

 

 

Les identités piétinées révèlent la vérité. L’âpre vérité qui chagrine les cœurs repliés (et gonflés d’eux-mêmes) assemble les cœurs fragmentés. Et enchante les âmes dévêtues… dépouillées d’elles-mêmes…

 

 

Les bourrelets des portes-feuilles et des ventres repus, obstacles naturels à la faim ardente…

 

 

Paroles fertiles sur les terres décharnées arrosent la graine à éclore… l’invisible graine qui sera l’épi merveilleux. Le blé du monde. Qui nourrira la joie des êtres…

 

 

A hauteur de détritus, le tas d’ordure devient trésor… balcon luxueux où se pose la joie.

 

 

L’interstice est l’espace miraculeux où l’éternité s’invite. Et s’étire…

 

 

L’exil est un territoire peuplé de séparations mensongères. Il n’éloigne que des attachements apocryphes. Nul exil ne déracine les liens véritables…

 

 

Tu expérimentes l’involontaire désertion identitaire, cet espace de dépersonnalisation qui amplifie les liens…

    

                                                                           

L’être advient au seuil des marches. Mais l’ascension demeure mystère…

 

 

Un fardeau de vent. L’illusoire boulet attaché à tes pas. Le poids incommensurable du monde (l’histoire des mondes) enchaîne et meurtrit l’esprit, mutile le corps et ensanglante les paysages et les âmes rencontrées en chemin… 

 

 

Dans l’étable, l’odeur du foin. La chaleur enveloppante et écœurante de tes congénères. Bovins à l’œil placide.

 

 

A quoi s’exerce la fleur ? Et à quoi œuvrent les étoiles ?

 

 

Nul n’ignore l’activité des abeilles, des fourmis et des Hommes. Mais quelle est la fonction d’un être (la raison d’être d’un Homme) dans la trame du monde ? Et sa tâche au sein du vivant ?

 

 

Vérités magnifiées par la nuit ? Par ton espace de solitude (lumineuse) au cœur des nuits ? Toujours assombries, toujours démagnifiées, ordinarisées par le contact et le regard obscurcissant du monde lorsque le jour se lève…

 

 

Ces mots qui apportent la joie…

 

 

Ces vérités qui s’invitent dans la nuit…

 

 

La retranscription des perceptions, des intuitions reliantes… serait-ce ton rôle ? Le rôle que tu attribues au labeur de tes pages ?

 

 

Comment concilier l’œuvre sage du temps (de la durée) et la fulgurance de l’instant ? 

 

 

Rejeter les êtres, les objets, les sentiments, les évènements est le plus sûr moyen de se séparer de nous-mêmes… ne rien rejeter, le plus sûr moyen de se réconcilier… de se retrouver… 

 

 

L’erratique cheminement te déroute. Alternance d’amplifications et d’effritements égotiques. Sans qu’advienne nul effort de la volonté. Mûrissement naturel de la conscience… ? Survenances fortuites…? Fruits d’une démarche d’intériorité… ? 

 

 

Ballotté au gré des perceptions (tantôt en surcharge égotique tantôt en allègement), comment leur accorder ta confiance ? Les unes alimentent tes peurs, ton sentiment de séparation, tes névroses et t’enjoignent à la protection, les autres t’invitent à l’ouverture, aux liens, à la confiance. Tu devines la justesse des secondes qui te conduisent à un état que tu supposes naturel de non séparation, de non anxiété…

 

 

Toute rencontre advient dans le lien découvert (re-dé-couvert)… sans lien (perçu), nulle rencontre, au mieux un échange égocentré réciproque, au pire une instrumentalisation unilatérale de l’autre…

 

 

On instrumentalise l’Autre en investissant (et consommant) l’intérêt qu’il offre (souvent) à son insu… et qu’importe (d’ailleurs) s’il en a conscience…

 

 

Grain de sable. Infime particule sur l’infinie étendue. Accolé à ses frères. Perdu dans l’immensité. Criant sa singularité. Balayé par les vents. Ecrasé par ses frères. Des milliards de frères pesant de leur poids infime.

 

 

L’immatérialité des mondes personnels, pures entités conceptuelles que nous figeons (comme autant de repères rassurants) en socles (stables, définitifs et éternels) sur lesquels nous bâtissons notre identité et notre existence. Cet enchevêtrement de mondes personnels complexifie le réel à outrance. Comment percevoir avec justesse ce qui est… ? Avec un regard déségotisé… ?

 

 

Juste ce qui est. Certes. Mais que faire des couches surimposées au réel (à ce qui est)… ? Ces couches innombrables ne sont-elles pas, elles aussi… ? Certes, elles sont dans le sens où elles influent sur nos perceptions… mais elles n’existent pas sans notre regard… elles n’existent que par notre regard qui leur donne une consistance (une existence) en les intégrant, en les incorporant… alors que faire ? Les accepter lorsqu’elles nous semblent réelles (alors qu’elles ne le sont a priori pas) et œuvrer à leur lente désagrégation…

 

 

Le guide suprême de notre conduite… ? La situation.  

 

 

Le fil des menaces est rompu. Sur la corde raide, tu te tiens…

 

 

Séparation. Un effroyable sentiment d’arrachement. Une atroce amputation. Tu comprends à présent ton angoisse de l’abandon. 

 

 

Leçon de pragmatisme. Ne dis rien. Ne conseille pas. Sois… et agis… le reste est sans effet… (inutile et inopérant…)

 

 

A quoi bon se lamenter ? Une façon supplémentaire de suivre le cours (tortueux) de son chemin égotique imaginaire… toujours le même faux pas dans cette impasse inexistante… (irréelle, i.e qui n’existe pas excepté dans notre psychisme, le petit film torturé du mental)

 

 

Mille raisons de s’y fourvoyer chaque jour. Eternellement.

 

 

Ce recul nécessaire pour se voir de haut (d’en haut?), pour se voir penser, dire, ressentir, agir comme s’il s’agissait d’un autre… un autre comme les autres à se débattre avec (et dans) le monde…  mais qui voit? Cette entité consciente qui n’est pas moi… cette conscience non identifiée à la personne que je crois être… et que les autres (et souvent moi-même) perçoivent comme entité réelle… cette entité qui a son existence propre (au-delà de nous-mêmes) et à qui l’on doit donner autonomie pour ne pas l’identifier à nous-mêmes au risque (une fois de plus) de nous juger, de nous blâmer… cette entité consciente a l’œil bienveillant (et jamais accusateur), elle cherche à nous aider (jamais à nous condamner), à nous apprendre à regarder nos misérables petits drames comme des jeux à la fois essentiels et sans importance, à rire de « nos » faiblesses et travers, à prendre du recul, à lâcher notre crispation sur les évènements personnels…

 

 

Ces remises en question incessantes sur soi, son existence, son avenir… les choix opérants (les choix « justes »), cette mesquine façon d’assurer son existence… toujours à l’œuvre…

 

 

Toujours ce désir (pitoyable et hilarant) de vouloir le beurre, l’argent du beurre, le pot, la crème et la crémière… le magasin et l’arrière-boutique… et les terrains alentour… insatiable avidité. L’appétit dévorant.

 

 

Il faut sentir peser le fardeau jusqu’à l’immobilité pour percevoir enfin son contenu : le poids du vent… léger… léger…

 

 

Toujours cette blessure des autres. Ou cette déception. A quand l’immunité ? Quand on acceptera d’être meurtri peut-être… viendra alors (sans doute) le temps où l’on ne craindra plus… rien ni personne car s’ancrera la certitude que nul ne peut nous atteindre…  nous sommes déjà invincibles… mais pourquoi ignorons-nous si longtemps cette difficile évidence… ?

 

 

La jeunesse vit et loue l’instant… le vieillissement fait prendre conscience de la durée (que les êtres et les objets - moins souvent les paysages - s’inscrivent dans la durée… que chaque instant détermine l’instant suivant… et donc que la façon dont nous traitons les corps et les objets aura une réelle incidence sur leur devenir… le vieillissement apprend la durée… apprend à prendre soin et à faire durer… et moins à « profiter » (quoique !)…

 

 

Le ciel est noir pour l’œil aveugle… gris pour les myopes… bleu pour les inconscients… rose pour les optimistes (indécrottables)… transparents pour les sages… et toi, en levant la tête, tu découvres un patchwork insensé… une myriade de couleurs qui se mêlent, s’emmêlent, se chevauchent… un ciel de brume colorée et changeante qui brouille la vue…

 

 

Que penser de soi (égotiquement) quand les autres (le monde) vous rejette(nt) ou vous exlu(t)ent ?

 

 

Tu appartiens au peuple de la nuit et du silence… quand les hommes ont déserté le monde, tu reviens chez toi. Tu retrouves ta terre…

 

 

La jubilation, le sentiment jubilatoire quand apparaissent les lettres sur l’écran…

 

 

Ecrasé de médiocrité, tu t’enterres dans le sillon macabre où t’attend l’éternité… Remue-toi donc, fainéant ! Et avance !

 

 

Sempiternel sentiment d’enlisement. L’immobilité et l’emprisonnement auront été tes barreaux. Eternel prisonnier de l’insatisfaction…

 

 

Recherche d’une musicalité du langage. Des mots labourés au cor. A la trompette des morts.

 

 

Se fourvoyer jusqu’aux confins du désespoir. Et parvenir au-delà de l’immobilité pour avancer enfin…

 

 

Ce besoin d’écrire… n’a d’égal que ton incapacité expressive (et littéraire). Comme ton besoin d’amour n’a d’égal que ton incapacité à aimer…

 

 

Nulle reconnaissance à tes lignes. Nul encouragement à tes livres. Voilà le couronnement de ton œuvre. Voilà le sacre de ton insuccès. Le plébiscite de l’indifférence.

 

 

Quelle est ta mission ? Tu as beau y réfléchir, laisser place à l’intuition… quelques vagues réponses : l’écriture (qui ne rencontre aucun écho… y a-t-il eu un auteur moins reconnu que toi ?), la quête de la vérité, le travail et le cheminement intérieurs… fantasmes égocentriques comme autant de puissants (et dérisoires) barrages au réel et à la véritable progression… 

 

 

Toute menace est intérieure. Le véritable ennemi est en chacun. Et il faut apprendre à l’aimer comme un frère…

 

 

Toutes ces phrases jetées en pâture à l’indifférence… mais pour quelle raison s’intéresserait-on à elles ? Pour quoi rencontreraient-elles un écho ? Comme ton cœur, elles manquent de résonance… Elles ne regorgent que de toi-même… aucune place pour le monde…

 

 

L’écho blafard des lettres dans le cœur des hommes. Et ta voix atone qui s’essouffle…

 

 

Nulle puissance créatrice en tes mots. Quelques gravillons jetés dans la mare.

 

 

Il est des êtres (et en particulier des Hommes) qui sont comme des diamants. Ils sont rares, brillants (et sans doute précieux). Quelques-uns sont comme des pierres précieuses et semi-précieuses. Mais la plupart - dont tu es - ne sont que des gravillons. On les jette sur le chemin pour combler les ornières. Simples éléments du décor. Poussières dans le paysage. Rien de plus.

 

 

Voir le monde avec l’œil du lapin dans cet univers de chasseurs et de renards… Aimer l’eau de la casserole qui vous attend. S’offrir avec délice à la dentition du prédateur…

 

 

Le sillon que creuse chaque homme est un fossé qui le sépare du monde. Et peut-être (en définitive) l’en rapproche…

 

 

Et dire que tu ignores pourquoi on vous trouve (toi et tes livres) si peu fréquentables ! Arboreriez-vous le visage de l’antipathie ? Oui, vous invitez (tous deux) à l’aversion. Et à l’éloignement…

 

 

La mort des exigences fait éclore la présence du réel désencombré de soi (de ses désirs, de son imaginaire, de ses fantasmes). Elle redonne la place à la situation, à la gratitude et à l’émerveillement. Mais comment s’émerveiller éternellement de l’insignifiance et de l’ordinaire ? Et comment se contenter de situations si récurrentes et si peu exaltantes ? La « surprise » et « l’intérêt » naîtraient-ils du regard a-comparatif et sans cesse renouvelé ?

 

 

Toutes ces impasses, ces ornières et ces avenues interdites. Pauvres passants. Immobiles et frustrés…

 

 

Creuser son sillon pour avoir l’illusion de progresser sur son dérisoire chemin…

 

 

Je suis un cloporte aux mille pattes immobiles. Coincé dans son trou. Embourbé dans son sillon. Sans espoir de sortie. Voué au temps qui passe. Et à l’ornière. Jusqu’à la mort.

 

 

Pour quoi la sensation des mots écrits au cours de la nuit s’étiole à la naissance du jour ? Le soleil donne à tes pensées nocturnes un goût de stérilité… une odeur commune et triviale qui les confine au sous-sol. Des graines sans espoir d’envolée…

 

 

De quoi sont faîtes les entrailles du poète ? Et son cœur ? Chez toi, tout est enrobé de matière intestinale…

 

 

Tu es un poète sans pays. Apatride du langage, tu cherches ta langue. Et ton peuple.

 

 

Tu es le seul habitant de ta contrée. Une île au cœur du néant où le rien pousse comme du chiendent. Ecrasé par l’horizon des continents où se pressent les mangeurs de chair…

 

 

Exilé de nulle part, tu erres vers ta provenance…

 

 

Rivé à ton écran comme à une tour d’incontrôle… garant de l’espace où rien ne se passe… où rien ne passe (ni décolle, ni atterrit…). Un désert où ne vivent (n’apparaissent et ne disparaissent) que les mirages…

 

 

Existerait-il seulement une matière, une discipline, un champ pour lequel la nature t’aurait doté d’une quelconque grâce… ? Tu ne te distingues que dans l’insignifiance et n’excelle que dans la médiocrité… voilà une piste… un départ encourageant, non ? Mais combien sommes-nous ? L’ordinaire à la volée pour tous les communs des mortels…

 

 

L’ombre est ta demeure

Elle te couve sous son aile comme une poule.

Poussin de la nuit

Orphelin du soleil tu demeureras. 

 

 

Ecrire un poème avec ta voix, ton souffle, ton langage… rien qu’une fois. Sans peur de l’ordinaire, du trivial, du commun, du médiocre. Essaye… et hop! Voilà l’exercice accompli !

 

 

Si tu n’avais d’œuvre à écrire, pour quoi ressentirais-tu le régulier jaillissement de cette matière… le cri des mots qui forcent la paroi et n’aspirent qu’à sortir de leur gangue ? Et dont l’écho du monde te renvoie à ton silence…

 

 

Regarde la nature de la relation que tu entretiens avec tes expériences… baromètre de ta conscience inconsciente. Ton mental à l’œuvre. Un instantané de tes automatismes. Un flash conscient de ta sphère inconsciente…

 

 

Sans lignée familiale. Orphelin du monde, tu cherches ton ascendance…

 

 

Une recherche éperdue d’appartenance à l’être. Tout être sans exception. Dans la dimension où le rien rejoint le Tout…

 

 

Vivre jusqu’aux plus infimes et extrêmes expériences. Vivre sans limites. Et sans limitations.

 

 

Ton seul socle : l’espace

 

 

L’espace comme point d’appui et panorama des formes qui s’y meuvent, formes objectales qui apparaissent, naissent, se croisent, se rencontrent, se heurtent, se frôlent, se caressent, disparaissent…

 

 

Toute rencontre est un instant… quelques millièmes de seconde, quelques décades, plusieurs siècles, des millénaires… des années-lumière… instants…

 

 

L’éphémère dans la durée…

 

 

Entrer pleinement dans l’expérience avec le regard qui surplombe… la conscience attentive à l’espace où se meuvent les formes (les objets)… une clé peut-être pour rester dans le réel… rester connecter au réel…

 

 

Une seule règle : être présent (et en harmonie avec) l’éternel - le permanent -  mouvement de la vie.

 

 

Le silence enveloppe le chaos des formes.

 

 

L’imperméabilité du monde. Où se terrent donc les failles ?

 

 

L’expérience nourrit notre lecture du monde. Elle enrichit notre grille de lecture (du monde), l’affine, l’approfondit, la transforme parfois… mais à quelle fin… ? Puisque notre grille de lecture nous éloigne du réel (de ce qui est)…

 

 

Une des fonctions phares que tu t’attribues : tenter d’aider tes frères humains à porter un regard plus fraternel sur leurs frères à quatre pattes (à plumes, à poils et à écailles) et sur la différence (en général).

 

 

Une autre : celle de progresser dans ton « travail intérieur », cheminement qui pourrait se décliner de 3 façons : apprendre à être (présent, sans attente, sans exigence, le cœur gratifiant à ce qui est), mieux vivre en compagnie du monde (et plus largement avec le réel), et en ta compagnie. 

 

 

Une autre encore : aider le monde (les êtres, tous les êtres) à cheminer pas à pas vers la vérité…

 

 

Tes principales fonctions (celle du moins que tu t’attribues) : progresser, témoigner, impulser…

 

 

Le fordisme comme aberration.  Optimiser les moyens jusqu’à les transformer en objectif. Rationalisation et productivité pour augmenter les profits… réifier les êtres (Hommes – ouvriers à la chaîne et animaux – animaux de batterie) pour accroître ses bénéfices…

 

 

Le capitalisme comme ignominie. Exploiter le monde (êtres et matières) pour accroître son bénéfice personnel…

 

 

Le fordisme comme instrument du capitalisme. Rationaliser pour accroître son profit…

 

 

Le capitaliste n’a qu’un seul souhait : accroître indéfiniment sa part du gâteau. Se gaver sans s’interroger sur l’existence et les conditions d’apparition de ce gâteau, sur son utilité, la façon de le partager…, sans s’interroger sur la présence des autres convives (sinon pour les empêcher d’en manger…). Le capitaliste n’aspire qu’à se bâfrer. Et à remplir ses tiroirs pour se prémunir d’éventuelles périodes de pénuries. Le capitalisme est une goujaterie. Et le capitaliste un goujat égoïste. En « bonne société », on évincerait le goujat de la table. Celui qui s’arroge la plus grosse part en empêchant les autres convives de se servir… ou en les éjectant de la table (en les faisant tomber de leur siège par ruse, intelligence ou force)… ou en niant leur présence (en passant de mesquines alliances). Voilà qui est faire la part belle à l’abject égoïsme qui gouverne les êtres ! Mais on le tolère (et pire on l’encourage et l’encense) à la table du monde. Une totale hérésie ! Chaque être (malheureusement) est, en dépit de ses bonnes manières apparentes, profondément goujat (moi d’abord !). Voilà pour quoi chacun s’adonne à la goujaterie ! Et défend outre sa part de gâteau, la manière « capitaliste » de se l’approprier. 

 

 

Lutter contre le capitalisme (la meilleure façon de lutter individuellement contre le capitalisme) est d’apprendre le non-égoïsme… y compris lorsque l’on rejoint une lutte collective… combien d’ouvriers, de syndicalistes, d’ «hommes de gauche» font-ils preuve de non-égoïsme dans leur vie personnelle et dans leur engagement collectif ?

 

 

Il y a en toi un conflit entre la lutte et la paix… entre la résistance et l’acceptation de ce qui est (accueil du réel et de son évolution… l’évolution du monde en général et de la société moderne occidentale en particulier). Tu éprouves un double et irrésistible besoin de lutte et d’acceptation. Partisan scindé qui ne cesse de changer de camp…  et d’orientation.

 

 

Nul ne sert de croire. Il faut ressentir… La croyance ordonne et contraint (elle oblige), le ressenti appelle et invite. Le bâton et la carotte. Encore que pour avancer, tout dépend, bien sûr, de l’âne ! Et de ses œillères !

 

 

Toute réelle transformation implique une évolution de l’être… de l’être au monde… et donc de l’agir sur le monde. Le reste n’est qu’illusion ou simples prémices à la transformation…

 

 

On ne peut se cantonner à une acceptation du réel (de ce qui est) sans un travail sur une perception, une appréhension et une compréhension plus juste de ce qui est… puisque ce qui est dépend en grande partie de notre façon de le voir, de le sentir, de l’appréhender. Autrement dit, ce qui est demeure ce qui semble être (ce qui nous semble être) jusqu’à une perception juste du réel. Voilà peut-être (pour l’instant) l’une des rares critiques que l’on pourrait émettre à l’égard des spiritualités pragmatiques non métaphysiques (comme certaines écoles zen dénuées de toute idée de transcendance) et les nouvelles spiritualités telles celles de E. Tolle et autres nouveaux gourous du siècle. Par exemple, si j’éprouve une souffrance ou une émotion quelconque, il y a fort à parier que cette souffrance ou émotion soit longtemps perçue par la plupart des Hommes comme la leur ou traversant leur conscience personnelle… et ce qui est perçue (à un instant ou à une période donnée) ne correspond sans doute pas à ce qui est réellement.

 

 

Un grand sentiment de bonheur quand l’horizon s’éclaire… lorsque l’on sent monter en soi le champ des possibles… lorsque l’enthousiasme vous submerge… et que vous touchez du doigt  l’envisageable transformation que vous pouvez offrir à votre existence… lorsque vous sentez à votre portée un projet personnel en harmonie avec ce que vous estimez votre place et votre mission en ce monde…  le dernier en date :  créer des photographies reconstituées ou composées (en très grands formats) et de courtes pièces théâtrales mettant en scène des hommes dans les conditions d’existence où les êtres humains confinent les autres espèces animales (ex : les poules de batterie, l’élevage intensif des porcidés…). Titre provisoire de l’expo : des Animaux et des Hommes.

 

 

J’aime les périodes de créations. Elles se révèlent le plus souvent très chaotiques. Porteuses d’un foisonnement d’idées emmêlées qui sortent tous azimuts sans direction précise construisant progressivement une orientation où l’on voit poindre de vieux projets et de vieilles obsessions qui retrouvent souffle. Qui reprennent vie et corps. Une nouvelle jeunesse en plein mûrissement qui s’actualise. Et qui trouve leur âge adulte dans leur mise en œuvre… 

 

 

De la clairvoyance (en général) et de la lumière sur soi (le soi existentiel et le soi déségotisé) naît l’éclairage de l’horizon. Et de l’horizon éclairé advient une grande joie…

 

 

Dans la toile de fond existentielle ordinaire (empreinte habituellement de morosité et de gravité) adviennent parfois quelques espaces de répit et de joie. Un incommensurable bonheur à vivre. Et un sentiment accru de préciosité de l’existence…

 

 

La prostituée (libre de ses choix, telle que la filme J.M Carré) : un noble condensé d’humanité. Comme Sonia, prostituée belge, archétype de la figure féminine (une représentation subjective et personnelle sans doute). Douce et assurée, forte et fragile, maternante et encline à l’expérience, sensible, profonde et sage, autonome, intelligente et compatissante. Tout simplement humaine.

 

 

L’homme prosaïque, imaginaire et réel

L’homme prosaïque abhorre la sphère imaginaire. S’il s’adonne à l’imagination, il ne s’y résout qu’à des fins utilitaristes, concrètes et matérielles. Il aborde le divertissement (et le considère) comme une fuite, une façon de se soustraire à la pesanteur de l’univers concret jugé ordinaire et peu exaltant. Il méprise néanmoins l’homme imaginaire, il le juge délicat, cérébral et peu adapté à la concrétude, à l’aspect (ou à la dimension) prosaïque du monde (de leur monde) bien qu’il puisse éprouver à son égard un certain complexe. L’homme imaginaire s’adonne à la cérébralité (disons à la réflexion, au monde des idées et à l’imaginaire) pour se soustraire au monde concret qu’il juge tout aussi pesant que l’Homme prosaïque. Mais là où ce dernier fuit vulgairement, l’homme imaginaire a le sentiment de s’y soustraire par une voie noble, digne et intelligente. Il s’estime (le plus souvent) supérieur à l’homme prosaïque qu’il juge vulgaire et terre à terre, peu capable d’élan réflexif et créatif, peu enclin à l’analyse et à l’abstraction. L’homme réel perçoit, quant à lui, l’imaginaire comme un divertissement du réel. Il appréhende le concret, le réel avec une dimension au-delà de l’utilitaire. D’une certaine façon, il perçoit le concret avec une dimension concrète beaucoup plus vaste que celle que pourrait permettre l’imaginaire. Une sorte de dimension imaginative concrète si large et ouverte qu’elle donne au monde concret une dimension beaucoup plus vaste que ne pourrait lui donner l’imagination (la sphère imaginaire).

 

 

Ainsi prenons l’exemple de la fenêtre pour tenter d’illustrer notre propos… pour l’homme prosaïque, une fenêtre est une ouverture dans un mur qui permet à la lumière du jour d’éclairer une pièce et un objet que l’on peut ouvrir et fermer pour aérer une pièce ou la protéger du froid extérieur. Pour l’Homme imaginaire, une fenêtre est une ouverture sur le monde, elle est une métaphore associée à moult symboles et qui permet d’élargir l’espace du concret (de la pièce toute bête) à une dimension poétique, esthétique, philosophique, inconsciente ou que sais-je... Pour l’homme réel, une fenêtre est une fenêtre. Elle est aussi une non-fenêtre. Elle est un concept vide. Elle est tout et rien (à la fois).  Elle est… tellement fenêtre et tellement au-delà de l’objet fenêtre… il sait qu’elle appartient au monde des formes (au monde relatif) et ne peut s’exclure du monde du non-manifesté (du monde absolu). Il s’en sert au gré des situations. Selon les exigences de chaque situation…     

 

 

De l’homme égoïste

L’homme égoïste (trop égoïste ?) devrait se demander : que suis-je sans les êtres qui m’entourent? Que suis-je sans ceux qui me sont chers ? De là pourrait venir peut-être son décentrage (momentané)… ? Et sans doute aussi la compréhension partielle de sa vraie identité… la compréhension d’une partie de son identité véritable… relié aux autres et seul à la fois… un apparent paradoxe sur lequel ne cessent de buter mes pauvres recherches. Face à cette question, je me retrouve comme devant un mur… encore infranchissable. Pas la moindre ouverture ou faille à l’horizon. Quel regard limité, n’est-ce pas ?

 

 

De l’homme égoïste (suite)

L’homme (trop) égoïste devrait sentir que la satisfaction des êtres qui l’entourent (du moins de ceux qui lui sont chers) est source de plus grande joie que sa satisfaction personnelle. Rien, en effet, n’est sans doute plus porteur de joie (pour un être ordinaire) que de sentir qu’il est à l’origine ou contribue à la satisfaction (et à la joie) des autres (particulièrement s’ils lui sont chers). Pourquoi dès lors ne parvient-on que difficilement à repousser les frontières de l’égoïsme ? Pourquoi éprouve-t-on le besoin de satisfaire ses désirs propres et de ne point se sentir lésé dans toute relation… vécue (le plus souvent) comme un échange, une sorte de transaction tacite… ? Peut-être est-ce une sorte d’instinct de survie… un sentiment en partie erroné… (mon identité ne peut se restreindre à ma forme, à mon être, à mon entité personnelle…) et en partie porteur d’une profonde vérité (qui d’autre que moi-même est plus à même de contribuer à la survie de mon être (de ma forme)… ?  D’où la question : qui suis-je réellement ? La conscience universelle dans une infime parcelle corporelle parmi l’infinité des autres formes corporelles dont elle (cette forme) dépend ?

 

 

J’aimerais rencontrer la vie. Mais tu la rencontres chaque jour… et si tu es attentif, à chaque instant…

 

 

Toujours le même besoin d’écrire… malgré les déconvenues, les insuccès et l’indifférence… un sacerdoce anonyme pour une église sans fidèle où les prêches ne résonnent que dans un confessionnal désert. Pauvre abbé qui cherche ses ouailles…  Une église à lui tout seul… du pape au sacristain en passant par les cardinaux, les évêques, les fidèles, Dieu, Jésus-Christ et tout le saint-frusquin…

 

 

Ecriveur, homme qui écrit. Sans parvenir (mais le souhaite-t-il vraiment ?) à vivre de son œuvre. Auteur anonyme malgré son impérieux besoin de partage. Triste ou heureux sort de l’anonymat… ?

 

 

Idée : l’écriture d’un petit dictionnaire d’idées « singulières » (personnelles) pour mettre à mal les trivialités ordinaires et répandues sur quelques thématiques universelles. Son titre : poncifs personnels et lieux communs universels. Cf la paix

 

 

La paix : contrairement à l’idée communément répandue, la paix n’obéit pas à une loi qui s’exerce de l’extérieur vers l’intérieur mais de l’intérieur vers l’extérieur. Ainsi nul environnement extérieur ne procure la paix intérieure (sans cesse bafouée ou contrariée par mille petites choses désagréables réelles ou anticipées) mais la paix intérieure influence sans aucun doute l’environnement extérieur…

 

 

Le capitalisme n’est pas seulement l’affaire d’affairistes avides. Concerne l’avidité de chacun, le besoin égoïste de gagner dans l’échange… Et toute relation n’est souvent aux yeux des êtres humains ordinaires (relations aux êtres et aux choses) qu’une transaction. Un pitoyable négoce…

 

 

Préserver son être et persévérer dans son être serait-ce les 2 lois qui régissent tout être ordinaire ?

 

 

Tirer son épingle du jeu (dans le jeu du monde) est source d’une satisfaction bien médiocre en comparaison de celle que l’on ressent en contribuant (même modestement) à la joie des êtres… aussi peu nombreux soient-ils… contribuer à la joie d’un seul autre est souvent source d’un grand bonheur. 2 remarques : d’abord, cette joie plus intense est sûrement le signe que l’homme a pour vocation centrale (entre autres) d’aider son prochain (un autre que lui-même), i.e de parvenir à un au-delà de lui-même… d’être utilisé (à dessein) par les autres (comme l’eau et la terre le sont par exemple…)… bref que les autres s’en servent à leurs fins… d’abord égotiques, puis allant progressivement vers une déségotisation menant à terme jusqu’à une profonde gratitude à l’égard de ce (et ceux) qu’ils utilisent… cet élément est bien sûr à relier (si j’ose dire…) à la thématique du lien (de l’interdépendance, première composante de notre identité… individuelle et collective). 2ème remarque : pour quelles mystérieuses raisons, les Hommes (en général) préfèrent naturellement contribuer à leur satisfaction personnelle… cet élément est sans doute, lui aussi, porteur d’une autre vocation centrale de l’Homme (à relier quant à lui à la thématique de la solitude, deuxième composante de notre identité… individuelle et collective), celui d’obéir à la préservation de leur propre entité, qui n’est qu’une infime parcelle du monde (et de la vie) directement perceptible par elle-même (ou la conscience identifiée à cette entité) parmi et au même titre que les autres, les autres parcelles du monde (et de la vie).    

 

 

L’urgence est de ralentir. Et vite fait encore !

 

 

De la sensibilité naît la conscience. De la conscience naît la transformation. De la transformation naît la progression vers la vérité. Mais d’où vient la sensibilité ? Du corps… ? De la vie… ?

 

 

Le corps ne serait-il après tout que la vie incarnée… la vie qui prend chair… ? 

 

 

Dans la soupière, la louche se sait utile. En son creux, elle recueille le monde. Et le nourrit…

 

 

L’herbe, sur le bord du chemin, me confie sa crainte du cantonnier.

 

 

Le brin d’herbe, au creux de ma joue, me livre le secret des saisons.

 

 

Allongé dans l’herbe, je côtoie les étoiles. Un morceau de ciel sur terre. Au plus proche de la poussière.

 

 

Le ciel, témoin de toute histoire. De toute l’Histoire. Œil présent du passé qui a vu naître le monde. Seul spectateur de l’avant-monde. Et si on l’interrogeait…? Il paraît que les scientifiques s’en chargent… Et la vocation des poètes alors… ?

 

 

De la nuit vaporeuse s’envolent les paroles de vent. Et j’écris à en perdre souffle…

 

 

Il y a un regard qui décrispe. L’œil décrispé allège les paysages. Pour le même poids, transmute le plomb en plumes.

 

 

Un regard et une écriture surréalistes. Non ! Un œil intraréaliste. Qui pénètre le réel. Jusqu’à la moelle.

 

 

Les paysages ont l’envergure de l’œil qui regarde le monde.

 

 

Désapprendre à regarder pour apprendre à poser son regard. Une nouvelle façon de voir. Avec largesse et envergure…

 

 

L’intraréalisme : un genre artistique à créer pour pénétrer le réel. Peinture, écriture, sculpture. Enlever les couches des apparences. A explorer

 

 

Lorsque l’œil s’affine, il participe à l’explosion du spectacle du monde. Mille paysages qui appellent l’émerveillement…

 

 

Sentir le geste. Répéter. Le sentir à nouveau. Le découvrir. Seule façon d’apprendre. Sentir. Seule porte véritable de la connaissance…

 

 

Travailler sur la frustration (l’accueil de la frustration/ augmenter le seuil de frustration). Seul remède (pour l’instant) à l’insatisfaction. Triste antidote…

 

 

Plonger au cœur de l’expérience. Pour l’explorer. Plonger au cœur de toute chose. Pour la découvrir. Demeurer en leur centre, unique chemin pour connaître leur nature et maintenir dans le même temps la (juste) distance…

 

 

La cruauté gratuite révèle une blessure mal cicatrisée qui s’ignore… L’ignorance de son auteur. En son cœur.

 

 

On se sent parfois pousser des ailes de poète… les pieds englués dans l’ornière. Et la tête au ras de la poussière…

 

 

Poser son regard versus regarder (effleurer l’espace de son œil versus fixer son attention sur un objet). Poser son regard panoramise le réel et ouvre l’espace intérieur (l’intérieur de la conscience). Ce regard panoramique est un retour au réel (celui qui est sous/ je devrais dire autour de mes yeux ou de ma perception) est un décentrage de soi-même, remède au bavardage mental incessant et à l’égocentrisme. 2 éléments, sources des désirs, des fantasmes, de l’insatisfaction et de la frustration. Bref, poser son regard est l’une des clés (l’une des portes d’accès) à l’attention qui contribue (automatiquement) à la diminution de la souffrance…

 

 

Il n’y a de vocation qu’existentielle. Vocation existentielle répondant à un impératif intérieur… 

 

 

Toute vocation naît d’une blessure… d’une cicatrice mal refermée, mal oubliée, d’une injustice ressentie… elle prend souvent la forme d’une réparation… parfois d’une revanche… d’autres fois d’un refuge… comme si l’inconscient qui nous enjoint à agir cherchait la guérison…

 

 

Toute vocation, petite ou grande, artistique, scientifique, sociale, professorale, humanitaire est une longue tentative de refermer cette plaie… Les vies sans vocation ne sont en définitive que des vies passe-temps

 

 

Les hommes poursuivant une vocation se sentent une mission à accomplir : se guérir et réparer. Et prévenir ou éviter à d’autres les souffrances qu’eux-mêmes ont endurées… Les hommes sans vocation ne vivent souvent que dans le seul dessein de combler le vide engendré par l’absence de vocation. Ils optent essentiellement pour l’occupation (les activités occupationnelles) et l’accumulation (d’objets, d’êtres, de richesse, de pouvoir, de plaisirs, de conquêtes… ou l’accumulation comportementale (rituels, répétitions et autres attitudes accumulatives…).

 

 

Toute révélation est spontanée. Issue d’un long mûrissement souterrain, invisible et inconscient, lui-même nourri par une longue accumulation de nutriments ingérés par notre contact à l’environnement: expériences et rencontres dans leurs formes les plus larges et les plus variées. Des plus décisives aux plus anodines. 

 

 

Tu crains les phrases définitives (les aphorismes). Elles portent en elles le caractère péremptoire, l’arrogance et la compréhension inachevée de leur auteur. Petite vérités transitoires exprimées dans le seul but (souvent inconscient) de le rassurer quant à sa compréhension. Antidotes dérisoires au doute et à l’ignorance… 

 

 

Affiler non la pensée mais l’intuition comme une lame…

 

 

Si l’on pouvait rencontrer en l’autre sa fragilité et garder présent en nous sa finitude, nos actions seraient plus empreintes d’humanité…

 

 

Mâchoire : quand on sait son utilité… outre la mastication des aliments, pour tous ceux - dont tu es - qui aiment à critiquer, la mâchoire est un instrument qui sert à mâcher les mots (leur maux) et hacher le monde… mâch… hachoire 

 

 

La perception habituelle de la vie et de la mort par les Hommes est porteuse - évidemment - d’ignorance et de souffrance… appréhender l’existence comme si elle était divisée en 2 parties :  une longue période (quelques décades en général) de vie (plus ou moins figée) sanctionnée à son terme par la mort… avec le désir plus ou moins avoué et conscient de repousser cette ultime étape… alors que l’existence n’est autre que la vie et la mort sans cesse renouvelées à chaque instant… et seul l’œil qui voit au-delà des apparences peut le percevoir… et permettre au cœur (à la conscience) de le vivre et l’expérimenter… certes nous le comprenons tous… (c’est une évidence !) mais notre compréhension purement intellectuelle est incapable d’en imprégner le cœur de façon satisfaisante pour le vivre, l’expérimenter et le reconnaître à chaque instant… 

 

 

Frapper les touches comme un forcené. Bagnard au pays des lettres… enchaîné à la page. Ton Cayenne s’appelle écriture.

 

 

Nulle nuit identique. Nuits contemplatives. Nuits énergiques (actives). Nuits sans fin. Nuits fécondes. Nuits boulimiques. Nuits creuses. La nuit, aucune journée ne se ressemble… et que dire de l’esprit qui habite l’espace nocturne. La nuit est vécue intérieurement avec des nuances qu’ignore le travailleur diurne…

 

 

L’éternel (et difficile) équilibre entre rigueur et discipline et lâcher prise et détente. De part et d’autre de cette ligne étroite, 2 fossés : la rigidité qui expulse hors du mouvement souple et fluide de la vie et le laxisme, voire la paresse et la fainéantise qui confine à l’immobilisme. Tous les domaines de l’existence sont concernés. Trouver une discipline souple et détendue qui accueille volontiers (et avec bienveillance) les temps changeants, les oscillations, la fluctuation des humeurs et la mouvance des nécessités ressenties…

 

 

On ne peut ni balayer d’un revers de main (forcément égoïste et indifférent) ni tenter d’accueillir vainement sur ses épaules (en en faisant une affaire personnelle) toute la misère du monde. Quelle est donc la règle ? En matière d’action sur le monde, ici comme ailleurs, se « soumettre » (la mort dans l’âme… qui aspire à l’absolu… et à l’omnipotence) à l’indétrônable et limité « faire à sa mesure ». Toujours aussi frustrant.

 

 

La page blanche comme un horizon ouvert… un tour d’horizon des possibles… où se mêlent les pensées, la mémoire, les fantasmes, les désirs, les frustrations, le conscient, l’inconscient, les rêves, le réel, soi, le monde, les autres… et le besoin d’écrire… de dire… un monde en perpétuel devenir où (s’inscrit et) se fige la vie qui passe…

 

 

Dire aux hommes la vie et le monde pour que perdurent l’évolution, le développement, l’enrichissement (de tous). De la vie, du monde et des hommes…

 

 

Les mots éloignent de la vraie connaissance. Ils alimentent l’enrichissement illusoire du savoir…

 

 

L’économie devrait nous enseigner la tempérance - voire la frugalité - en matière d’Avoir (l’économie des possessions) au lieu de prôner l’accumulation (et d’encourager l’enrichissement). Même réflexion à propos de l’Être. L’économie devrait nous apprendre la parcimonie et le dénuement. Afin d’accéder à la vraie richesse. La science économique s’est (véritablement) trompée de matière. Une discipline fallacieuse qui leurre le chaland sur la marchandise… et la valeur du profit…

 

 

Avec peu, tout devient possible… « le peu » est un trésor inégalable. « Le beaucoup » ruine toute possibilité…

 

 

Après les infâmes turpitudes diurnes dans le monde (des Hommes) où j’ai dû me résoudre à un piètre et lamentable rôle, me voici enfin seul dans la nuit… délivré de tout costume… seul devant mon écran… enfin moi-même dirais-je… des retrouvailles… des noces de solitude où les mots coulent à flot… et dont je sortirais sûrement ivre au petit matin… 

 

 

Pourquoi le destin de l’Homme est-il de s’égarer… ? Oui, pourquoi l’Homme a-t-il donc pour vocation de se fourvoyer… ?

 

 

Quelle vérité se cache derrière le chemin des hommes… ? Où mène l’évolution humaine…? Quel est le fil conducteur de l’histoire de l’humanité…? Et pourquoi cette prépondérance devenue omnipotence sur la Terre… ?

 

 

La solitude est une compagne attentionnée… pourvu qu’on lui prête (et témoigne) attention…

 

 

Dans la solitude, mille rencontres profondes, discrètes et décisives…

 

 

Dans le monde, mille rencontres tapageuses et inutiles… On a vite fait de tourner solitaire…

 

 

Comment être solitaire sans devenir misanthrope… ?  Accorder à ses espaces de solitude une grande attention… sans rien espérer du monde… sans rien attendre de la présence des êtres du monde… être là simplement soi-même avec eux…

 

 

Mes nuits : temps de retraite nécessaire mais insuffisant pour apprendre à être au monde…

 

 

La plupart des Hommes sont au monde sans se demander comment l’être… parmi eux, la plupart ignore les conséquences de leur façon d’être sur le monde… toi qui te poses tant (et sans cesse) cette question… tu restes pétri de doutes et d’incertitudes… tu tergiverses indéfiniment sur tes engagements et tes responsabilités… sans le moindre résultat convaincant… ni même parvenir à vivre heureux… et en harmonie avec le monde. Et avec toi-même…

 

 

Ton regard sur le monde te révèle ta façon d’y être présent. Ta façon d’entrer en relation avec lui. Et avec toi-même. Quant au monde, il peut deviner ton regard et les relations que tu entretiens avec lui (et avec toi-même) par ta façon d’être présent au monde…

 

 

Un regard de qualité (humaine) se doit de relever la qualité (la moindre qualité) chez chacun - et chez quelques-uns, elle est immense et extrêmement perceptible…

 

 

Un élément essentiel du travail intérieur : être attentif à la nature de la relation que l’on construit avec nos expériences (expériences intérieures, essentiellement nos humeurs, nos états d’âme et nos émotions et évènements extérieurs, essentiellement les faits et les rencontres). Et chaque jour, nos expériences sont innombrables. Et les relations construites multiples. Les expériences se créent au fil des évènements (extérieurs)  et des émotions qu’elles suscitent au gré de nos états d’âme et de nos humeurs. Non qu’il faille contrôler ou orienter (volontairement) nos humeurs, nos émotions et nos relations aux expériences vers une sorte de « positivisme forcené » mais en avoir seulement conscience pour comprendre à quel point nous en sommes les esclaves, notre conscience en est esclave… percevoir notre trop grand sérieux, notre trop grande rigidité, notre colère abusive, notre fainéantise excessive sera le premier pas nécessaire à une transformation rapide et spontanée de notre façon d’être… et les linéaments d’un plus grand humour à son endroit et à l’égard de la vie…

 

 

L’alternance entre espace de solitude et rapport au monde semble une des plus efficientes méthodes pour opérer une transformation progressive, naturelle et profonde (bien que lente) de notre façon d’être : la solitude permet le recul, la prise de distance… elle est un espace consacré aux intuitions, à la réflexion, voire aux mises en situations imaginaires et les rapports au monde permettent une mise en application, un exercice, une pratique réelle de notre façon d’être en situation (in situ)… sans eux (nos rapports au monde), nulle chance de progresser… on circonscrirait notre pratique à une simple théorie, à une simple intellectualisation et à la sphère imaginative (et non réelle)… 

 

 

Nul événement ne porte en lui le moindre désagrément ni la moindre joie. C’est la relation que nous entretenons à cet événement qui est à l’origine de la coloration que nous lui attribuons… plus cette relation est porteuse/teintée d’acceptation, moins l’événement en question nous semble délétère ou douloureux… cette relation (et sa nature) est donc le point essentiel mais non le point premier. Celui-ci est l’attention. Car seule l’attention (l’esprit attentif) peut permettre de déceler, de prendre conscience de cette relation… 

 

 

Le monde (ou autrement dit, nos rencontres avec le monde) ne cesse de nous nourrir… et à notre tour, nous nourrissons le monde avec nos fonctions, nos activités, nos œuvres… mais principalement par notre façon d’y être présent… autrement dit par notre façon d’être… 

 

 

Chez ceux qui réussissent (au sens où on entend ce mot habituellement) et ceux qui sont reconnus par leurs pairs et plus largement par le monde pour leur talent (quel que soit le domaine où il s’illustre) sans être imbu ou grossier, il semble y avoir une sorte de dimension supplémentaire, un surcroît d’âme diraient certains… je crois plus simplement qu’ils sont au plus juste d’eux-mêmes, i.e qu’ils contribuent de la meilleure façon qui soit selon leur prédisposition naturelle (en étant spontanément et naturellement ce qu’ils sont au moment et aux lieux où ils se trouvent) sans ajouter aucune dimension égocentrique… ils semblent incarner harmonieusement la vie-même, ils en sont la parfaite incarnation singulière en étant ce qu’ils sont sans se mettre grossièrement et ostensiblement en avant. Bref, en travaillant en tant qu’infime parcelle de la vie (du vivant), en tant que fragment limité de la vie à leur tâche singulière, circonscrite et limitée, ils deviennent l’incarnation vivante singulière du tout, de la vie dans sa totale et entière dimension. Sans en tirer un quelconque orgueil. Et cette capacité naturelle est un grand art…  comme s’ils avaient intuitivement compris que l’attitude la plus juste qui soit est de faire ce que l’on a à faire sans rien y ajouter. Comme la fleur, l’eau, le ciel, l’oiseau… certains regards y sont indifférents… d’autres plus attentifs s’en émerveillent… mais ces réactions n’émeuvent pas la fleur…. Elle « travaille » à sa tâche sans se soucier du regard du monde… certains la regarderont en s’émerveillant, d’autres passeront devant elle indifférents, d’autres encore l’arracheront ou la piétineront,  la fleur s’en indiffère… elle œuvre à sa tâche (de fleur)… et ce «labeur  particulier» lui confère un rôle et une dimension universels…

 

 

Question : quelle est la fonction, l’activité, le labeur singulier qui saura (pourra ?) donner à ton être sa dimension universelle… ?

 

 

Question subsidiaire (d’importance pour les êtres de ton acabit) : toi qui ne disposes d’aucun savoir-être particulier, d’aucun savoir-faire spécifique, d’aucune compétence exceptionnelle, d’aucun don singulier, d’aucune prédisposition personnelle…  quel est le rôle, le labeur singulier qui saura (pourra ?) donner à ton être sa dimension universelle… ?  

 

 

Tentative de réponse : attache-toi à faire correctement ce qu’il t’est donné à faire… sans y ajouter quelques couches égocentriques…  ni plus ni moins… un peu mince, non, comme labeur… ?  Et garde-toi d’une quelconque volonté d’exemplarité à l’égard du monde, d’une quelconque mission de salut ou de quelques autres fonctions du même acabit… ton égocentrisme réel (et inconscient) et perçu (par les autres) ne ferait qu’entraver le processus vers l’universel par un alourdissement personnel et circonscrirait ta tâche ou ton labeur à sa stricte singularité.

 

 

Les paroles du monde obligent parfois au désastre…

 

 

Je m’aperçois, avec tristesse, de ma fausse bonne fortune… ce caractère si détestable et ce manque (si évident) de prédisposition intérieure… cette absence intégrale de don… jamais je n’ai été apprécié, aimé ou adulé… ou même encouragé… et tant de fois je l’ai si égocentriquement espéré… Ah qu’il est parfois difficile de n’être qu’un individu ordinaire, sans éclat ni relief… sans la moindre aspérité… exclu et rejeté par le monde… ignorant (encore) le destin qu’il aimerait se construire… et espérant toujours vainement qu’il pourra en être, un jour, l’artisan…

 

 

Aligner des lignes sans intérêt… serait-ce là ta seule vocation… ? Des lignes que nul autre que toi-même ne daigne lire… et encore ! Parfois le courage te fait défaut…

 

 

Je m’aperçois avec effroi que nul ne s’est jamais jeté à ma rencontre pour m’enlacer… excepté un trisomique et mes chiens… maigre consolation… on a l’affection que l’on mérite… et apparemment, voilà celle qui m’est offerte… que mon affection les entoure…

 

 

Tu es de la race des anonymes… de ceux que l’on croise sans regarder… de ceux que l’on rencontre et dont on ne garde aucun souvenir… un être transparent… un élément de cette foule qui sert de décor au monde humain…

 

 

L’authenticité appelle le naturel. Le naturel appelle l’expression spontanée d’une singularité (personnelle). L’expression de notre singularité appelle l’actualisation de notre dimension universelle (l’universel en nous). La boucle semble bouclée. Comme si l’authenticité libérée de sa gangue trop ostentatoirement égocentrique et narcissique était le meilleur canal pour laisser passer la vie en soi, qu’elle puisse nous traverser et rejaillir sur le monde… j’ai beau réfléchir à mon authenticité… je la trouve encore trop emprisonnée d’une enveloppe artificielle et égocentrique (celle du bien faire et de se montrer sous son meilleur jour…)… erreur fatale… je déteste tant mon authenticité que je la camoufle ou l’édulcore par mille moyens malhabiles… double peine perdue… j’étouffe la vie qui tente de me traverser et l’enveloppe trop égocentrique (dont elle devient l’écrin) est mise à nu par le monde… 

 

 

Tu as toujours eu de grands rêves… et très peu d’ambition… tu as travaillé à maints projets. La plupart ont été achevé… et très peu ont été accouchés au monde…

 

 

Pour atteindre à l’authenticité, faudrait-il se laisser aller à ses penchants personnels et aux caractéristiques de notre espèce (celles du peuple humain)…? Et jusqu’à quel point…? Que signifierait donc le travail intérieur…? Laisser être et parvenir directement à la source pour démasquer les voiles (l’ignorance)… être la pure expression de la vie désentravée de sa dimension égotique… sans volonté de nuire à autrui et de se protéger… être… être la vie… ?

 

 

Haldas m’aurait-il influencé…? Son Etat de poésie aurait-il eu quelques résonances…? Voilà que j’écris ces notes comme il écrit les siennes dans ses carnets… et que je me mets (malgré moi) à écrire des vers libres depuis quelques mois… étrange coïncidence, non…?

 

 

L’autocensure : une censure inconsciente…

 

 

J’écris pour m’encourager. Et encourager le monde. Mais a-t-on besoin d’encouragements ? Et des miens en particulier… ?

 

 

Après relecture de ces notes, j’en perçois (une nouvelle fois) la faiblesse… l’inconsistance, la médiocrité et l’inutilité… mais pourquoi t’y complais-tu… ? Abriterais-tu quelque mission d’autodestruction… ?

 

 

Ces notes révèlent une affligeante pauvreté. Ici et là, cachées sous les immondices, quelques perles (sans grande valeur)… et tu poursuis ta fouille… au milieu des poubelles…

 

 

Dans tes textes (comme dans tous textes et toutes choses). Du bon… du moins bon… et du mauvais… il s’agit seulement de trouver les justes critères…

 

 

Une paresse t’invite à écrire. Tu es trop fainéant à vivre…

 

 

Tu procrastines à l’infini… attends-tu donc l’éternité pour vivre… ?

 

 

Un regard, un sourire, une épaule, une étreinte sont parfois nos seules béquilles… mais comment marcher sans appui… sans le réconfort d’un visage… ?

 

 

La satisfaction, la souffrance et le monde sont des éléments ambivalents… à la fois fleurs et flèches pour l’Homme… 

 

 

Pourquoi chaque médaille a-t-elle son revers…? Et si c’était-là notre récompense…?  Et le prix à payer… voir les deux faces et la tranche de la médaille nécessite plus qu’une une vision panoramique une vision profonde qui perce les apparences…

 

 

Un problème après l’autre… appelle une solution après l’autre. Mais quand on est assaillit, que faire…?

 

 

Aussi fluctuant qu’une girouette. Immobile et ballottée par les vents… Que peut faire une girouette pour avancer…? Se détacher… je crains cependant qu’une girouette qui se détache ne tombe sur le sol… Aussi, une seule solution… accepter son sort, sa condition et sa fonction de girouette…  figée et soumise aux vents…

 

 

Il y a, chez chacun, des désirs incessants qui cherchent à se satisfaire. Et chaque homme, poussé par ses désirs, instrumentalise le monde (les autres) pour y parvenir… mais derrière les désirs, la vie cherche à s’incarner… alors qu’en penser ?

 

 

Les désirs, les êtres et la vie… l’étrange triade… entre collusion et rivalité… les êtres soumis au désir, les désirs soumis à la vie… mais à qui la vie est-elle soumise… ?  

 

 

Un œil sur le monde, un autre sur ta page… simple interface entre l’image et le mot, tu donnes à l’un ce que tu retires de l’autre…

 

 

Un œil sur l’écran tu dévisages le monde… incapable d’envisager ton propre destin…

 

 

L’autonomie reliée… seul et dans le/ouvert au monde…

 

 

Faire croître en toi le socle propice à l’autonomisation personnelle – à l’autonomie de ton entité singulière et apparemment isolée, l’actualisation de tes potentiels particuliers, l’accueil du monde et le non jugement… serait-ce le programme qui t’attend… ?

 

 

Attendre un regard (le regard qui sauve) comme une bouée jetée à la mer… comme promesse d’atteindre la rive sans savoir nager… ignores-tu donc que le naufragé qui ne sait nager périra…

 

 

Tu remplis tes carnets comme un appel déchirant. Un cri au monde sans écho…

 

 

Une rencontre advient quand deux entités (deux êtres, un être et un événement, un être et un objet…) se croisent à un instant ou à une période approprié(e)… autrement dit quand les deux entités (protagonistes) pressentent que l’autre saura ou pourra répondre et satisfaire l’un de ses désirs, manques, lacunes, rêves ou aspirations…

 

 

Mille croisements en un instant… en une journée… et pas ou peu de rencontre(s)… soit que nos désirs sont satisfaits et cette satisfaction induit une attention peu propice soit que nulle entité (être, objet) croisée n’a été ressentie comme porteuse  de la satisfaction possible ou éventuelle à l’un de nos désirs non encore comblés… Le croisement n’implique nullement la rencontre… A quelle loi obéit le croisement… ? Je l’ignore… La rencontre, quant à elle, implique le désir… le désir implique le manque (la sensation du manque)… le manque implique un sentiment de finitude et de frustration… la frustration implique une identification à nos perceptions… de deux choses l’une… soit nos perceptions nous trompent… soit notre identification est erronée… et si les deux étaient apocryphes… ?

 

 

Quand tout prend cette saveur colorée qui émerveille… se ravive la joie d’être au monde… le moindre pétale fané, la moindre aspérité sur le mur, la moindre fissure sur le sol, le plus banal des paysages, le plus infime des êtres tiennent aux miracles qui te sont offerts… vivre devient une douce jubilation… et devrait nous consoler des éternels et provisoires retours à la grisaille et à la morosité…

 

 

Au creux du gris, se souvenir des joies colorées d’hier et de demain

 

 

Au cœur de la rengaine, la joyeuse ritournelle.

 

 

L’instable alternance (et la lente transformation) comme une marque humaine, un signe d’appartenance au monde… (au monde humain). L’éternel sceau de l’Homme…

 

 

Une explosion du divers en soi… comme si nous abritions l’ensemble de la création, des tendances, des caractères, des penchants… contraint de laisser l’une ou l’autre, selon les périodes, gouverner notre pauvre barque (malmenée, il va sans dire)... pensée déroutante, n’est-ce pas ? Qui sommes-nous ? Êtres à la mystérieuse identité…

 

 

Les incessants accès clastiques dont tu fais aujourd’hui l’objet t’invitent (malgré toi) à revisiter tes priorités. Comme si la vie t’insufflait un message : tu t’es trompé… tu ne peux faire l’impasse d’une étape préalable avant d’entreprendre de grandes enjambées. Enjambées qu’il conviendrait d’ailleurs davantage (à l’heure actuelle) de qualifier d’infimes petits pas… bref il te faut revoir ton chemin… réorienter tes visées sur cette voie que tu empruntes (ou croyais avoir empruntée) depuis quelques années. Exit donc la quête de la vérité. Bienvenue dans le monde du développement personnel et de la gestion des émotions. Tout un fatras de méthodes (essentiellement axées sur les thérapies cognitivo-comportementales) visant à développer un ego équilibré, résistant aux ornières et au monde… bref permettant de naviguer comme un poisson en eau trouble… dans une mer déchaînée… savoir se jouer des requins, sauver sa peau contre la rude loi de la prédation… avec le sourire, la bonne humeur et dans un bien-être et un confort psychique exempt de doutes, de culpabilité et de remords… ahhh ! Que cette mauvaise tournure t’enrage… et t’écœure…  elle te fait l’effet d’un retour en arrière… et accroît ton sentiment de fourvoiement…

 

 

Ecriture. On se sent parfois investi d’une mission dont souvent (trop souvent) on n’est pas certain…

 

 

Lecture de quelques articles sur Barthes, sa solitude, son goût pour le bouddhisme, l’attachement à sa mère… quelques notes de son journal de deuil (après la mort de celle-ci). Me dis que son écriture ne vaut pas mieux que la mienne. Ou plutôt que la mienne n’est pire que la sienne… (ne vaut que pour ces extraits, bien sûr … je ne dispose d’aucune de ses qualités pour le langage et la matière théorique…) 

 

 

On a parfois le sentiment d’accomplir une grande œuvre parce qu’insufflée par une force irrépressible et mystérieuse. Et puis… après lecture de la dite œuvre, on se surprend à rire… de son insignifiance… de sa fadeur… de son inconsistance… un désastre désopilant…

 

 

Emu par le spectacle d’une fleur agitée par le vent. Rien de plus beau et de plus pathétique. La grandeur du dérisoire. Splendide métaphore de la condition du sensible…

 

 

Poursuis le chemin sans l’œil invisible. Oh ! L’aveugle injonction…

 

 

Le murmure de la source s’est tari… et ne bruissent que les échos du monde. Résonance accrue qui t’envahit. Silence qui te meurtrit…

 

 

Après la clarté à laquelle on a cru, l’opacité et l’incompréhension…

 

 

Démuni d’entendement. Sur le fil de l’ignorance… entre deux abîmes inégaux… l’un ouvert sur le merveilleux, l’innocence… l’autre recroquevillé dans l’obscur, le désespoir… 

 

 

La gloire du commun. L’anonymat. La rançon ordinaire du quelconque…

 

 

Sans horizon, nul espoir… sans espoir, nul tracas… et pourtant, peu parmi les Hommes peuvent (ou pourraient) vivre sans un œil sur leur avenir… qui peut vivre sans le souci de son devenir ?

 

 

Cette opacification de l’esprit qui confine à l’indécision en matière d’essentialités… comme paralysé de l’intérieur… une paralysie intérieure qui engendrerait une immobilité, une incapacité à trouver une direction (sa direction) dans le monde…

 

 

J’envie (parfois) l’immobilité tranquille des arbres. Leur lente et sereine croissance vers le ciel. Guidés par la lumière. Mais je ne sais où prendre racine… ni dans quel sol m’établir. Figé et sans racine, je végète… je m’assèche. Quel funeste destin…

 

 

Des milliers de mots… et encore aucune certitude… le bazar, le chamboulement et l’ignorance… voilà qui est à peine croyable… et pourtant…

 

 

Bâtisseur de tes propres ruines, tu œuvres (sans relâche) à l’édification de tes vestiges futurs… fondateur d’une civilisation sans avenir… pleure Ô tyran !

 

 

Après 40 ans d’existence (ou presque), tu te demandes toujours ce que signifie être un homme… tu cherches encore désespéramment le sens de l’identité humaine… tu as beau y être fortement confronté actuellement - tu vis une période de remise en question aiguë - tu ignores tout de ta condition excepté (peut-être) 2 aspects triviaux : tu ne peux échapper aux (multiples) conditionnements de ton espèce, le peuple humain… en tout domaine (psychologique, biologique, intellectuel, social…) et toute évolution substantielle semble impossible ou sinon extrêmement lente… 

 

 

Qu’as-tu à dire sur le monde ? Rien… Et sur toi-même… ? Pas davantage… alors pourquoi continuer d’écrire ? Et emplir les pages de ce carnet ? 

 

 

J’aimerais (parfois) être une fleur de printemps… à la fin de l’hiver… En avance. Ou en retard d’un cycle. Décalée. Dessaisonnée… Jamais en phase. Mais alors pourquoi s’acharner à vivre ? Si tu ne veux exister…

 

 

ENTRETIENS SANS OBJET, à fil décousu… voilà un titre de livre que je n’écrirais sans doute jamais et que je tente (pourtant) d’écrire…

 

 

Ne jamais rejeter les êtres, les choses, les domaines pour lesquels nous n’avons de prime abord aucun respect ou que l’on hait ou bannit… chaque élément recèle une infinie vérité qui nous échappe et que l’on découvrira un jour lorsque nous serons amenés (lorsque la vie nous amènera… et elle nous y amènera tôt ou tard…) à les côtoyer… alors nous les verrons sous un jour plus clair… et avec des yeux plus ouverts…

 

 

Il ne sert à rien de vouloir se transformer en surhomme… devenir un homme supérieur aux autres hommes… nul  homme ne peut échapper à sa condition… condition humaine qui offre le cadre à notre développement… à notre progression en ce monde… ici-bas… il convient seulement de devenir un homme entier… un homme non amputé de tout ce qui le constitue… un humain à part entière avec ses manquements, ses capacités (limitées mais innombrables) et son extraordinaire potentialité (son immense potentiel à la si  lente actualisation…).

 

 

Humble, ouvert au monde et aux êtres, persévérant, un individu en mesure d’accueillir les évènements avec distance, capable de prendre ses responsabilités d’être humain. Et toujours plus disposé à s’engager pleinement en tant qu’homme… 

 

 

Se sentir homme parmi les hommes. Voilà un sentiment nouveau pour moi. Comme une naissance chez - et parmi - le peuple humain. Un miracle après tant d’années de misanthropie.

 

 

De mon fauteuil. Les yeux rivés sur l’écran. Je découvre et dévore le monde. J’apprends avec enthousiasme à aimer les hommes. J’apprends l’humanité. Comme une leçon à vivre. Diverse, multiple, belle et dérisoire humanité. J’apprends à devenir un des leur. Avec joie.

 

 

Si ému par la souffrance. Par ceux qu’elle ronge. Et ceux qui tentent d’en atténuer les méfaits.

 

 

J’aime cette humanité. Si maladroite, si généreuse, si fragile. Si humaine.

 

 

Rongés. Creusés du dedans par la souffrance, nous ignorons… le merveilleux qui nous entoure. Et nous habite.

 

 

Je me surprends à aimer l’humanité comme jamais, je crois, je ne l’ai aimée. Un miracle. J’assiste à cette transformation insensée. Inespérée. Je suis le spectateur médusé et ravi de cette métamorphose. Métamorphose qui œuvre en moi. A mon insu. Transformation si tardive. Si spontanée. Si imprévisible. Sans prémices. Sans intention. Comme un présent miraculeux.

 

 

Heureux de cette conversion. De ce bouleversement malgré la crainte de voir surgir, à la première rencontre avec cette humanité, à la manifestation du moindre signe de mesquinerie, de cruauté, de barbarie, le retour de mon regard coutumier, chargé de mépris, de condescendance et parfois de haine à l’égard du genre humain…

 

 

Je tenterais de conserver cette ferveur nouvelle. S’émerveiller du peuple humain sans lui adresser critique ou reproche. La souffrance nous rapproche et nous lie. Et notre condition (et notre conditionnement) appelle à la bienveillance. Quant à la singularité des parcours et des itinéraires - et l’impossibilité de s’y soustraire - elle invite à la tolérance. A l’acceptation de la différence… Sans omettre néanmoins, l’ignorance dont nous faisons preuve (si souvent), ignorance source de tant de maux… 

 

 

Cette période difficile, laborieuse et creuse - du point de vue existentiel et scriptural - serait-elle alors l’espace nécessaire à ce renouveau ? Comme le support incontournable à ma transformation… ?

 

 

Comme si j’assistais à ma naissance. A mon accouchement parmi les hommes… mon long accouchement à l’humanité… moi qui m’étais toujours senti plus proches des animaux que des humains, je pressens avec un peu de tristesse et redoute l’éventuelle inversion de la hiérarchie… qu’adviendra-il de mon amour des autres espèces…? En sera-t-il amputé ? 

 

 

Il y avait, je crois, jusqu’à présent une haine farouche et une méfiance à l’égard du genre humain… dont je n’avais réellement conscience… que j’avais comme occultées ou évincées… comme si je n’étais pas (pas vraiment et pas encore) un des leurs. Etrange sentiment…

 

 

Accepter enfin d’être Homme…

 

 

Je me sens de moins en moins étranger. De moins en moins singulier. Mon aspiration à la singularité (et à la distinction) s’est, je crois, émoussée. Enfin prêt à vivre mon humanité en homme

 

 

Le sentiment de stagnation m’est insupportable… rien de pire, à mes yeux, que l’immobilisme… je suis atteint de frénésite aiguë. Hystériquement aiguë…

 

 

Ce que je découvre… j’ignorais que beaucoup d’Hommes l’avaient découvert… non seulement mais aussi intégré (totalement) à leur existence… et qu’ils vivent avec cet élément sans négliger (comme je l’ai toujours fait) les autres dimensions de la condition humaine (plaisir, divertissement, vie sociale, carrière professionnelle, vie familiale…). Eprouve un fort sentiment de médiocrité et de fourvoiement… quel imbécile ai-je été !

 

 

Difficile de s’avouer (à près de 40 ans) que l’on s’est fourvoyé. Tu t’es littéralement trompé de chemin… mais comment en rester là… si j’ai emprunté cette voie, n’est-ce pas parce qu’elle avait son importance… qu’elle devait m’apprendre ce que j’ignorais…

 

 

Etaler son ignorance (et son inculture) sur ces pages… quel vil (et honteux) labeur !

 

 

Cette puissance créatrice qui te fait défaut… et après laquelle tu ne cesses de courir comme un idiot qui poursuit son ombre…

 

 

Il me faudra sans doute un jour (bientôt peut-être) renoncer à écrire…

 

 

Si plein de bonne volonté… et inapte à la transmuer en saine énergie…

 

 

Il te manque des rencontres, de l’agir… et tu t’épuises dans ce temps perdu…

 

 

Tu as tant de rêves que jamais tu ne réaliseras… quelle frustration !

 

 

Tant de choses m’habitent… mais où se cachent-elles… ?

 

 

Où se dissimulent mes prédispositions…? Où sont-elles…? J’ai tant besoin d’assumer ma mission ici-bas. Et je continue à chercher désespérément… chercher en vain, serait-ce ma vocation…?

 

 

Malheur à celui qui croit savoir…

 

 

Heureusement que l’ignorance nous guide (elle aussi)…

 

 

Quand manque le souffle, se retire la vie… il en est de l’être comme de l’agir…

 

 

Ce chemin m’essouffle…

 

 

Je cherche mon souffle jusqu’à m’en époumoner… comment pourrais-je encore trouver la force d’avancer…

 

 

Cette sécheresse (créative) me ferait pleurer. Triste sort du créateur en quête de création. Soumis à sa créature…

 

 

Gonflé d’énergie… mais vide de souffle… je m’éreinte à marcher vers un horizon sans but. Promeneur qui s’égare… qui tourne en rond… qui erre en son cercle…

 

 

Que de journaux, de cahiers et de carnets en littérature ! Comme si chaque auteur se devait de produire le sien… moi, le modeste scribe (l’un des modestes scribes de ce monde), j’expose ma revue intérieure… voilà un titre un peu singulier pour un ouvrage qui accumule les banalités…

 

 

Pour qui ai-je de l’importance ? Qui pourrait m’en accorder… je suis si peu disposé à m’en offrir moi-même…

 

 

Se laisser bouleverser par la beauté et la fragilité du monde…

 

 

Se dévêtir de ses parures nécessite une douloureuse mise à nu. Et il est souvent difficile (sinon inadmissible) de reconnaître que la nudité est notre seul vêtement… Notre vraie nature.

 

 

Tant de masques, d’images, de représentations, de reflets infiniment démultipliés par le monde (et ses prismes infinis) nous éloignent de nous-mêmes. Et de notre nature légère. De notre si belle, si extraordinaire et invulnérable identité…

 

 

Toi qui abhorrais toutes idée de méthode, tes ronds dans l’eau - ton immobilisme sans vague -  t’y contraint… enfin il te faut (tout de même) avancer !

 

 

Tes expériences et découvertes personnelles qui te semblent parfois sans intérêt, ineptes (et d’autres fois substantielles) ne seront – sans doute – pas inutiles…

 

 

Cette fâcheuse propension à oublier la souffrance… Un peu de bonheur. Et te voilà déjà à paresser. Et à rêvasser…

 

 

Tu as décidé de travailler la nuit pour écrire. Veilleur de nuit. Pour remplir tes pages. Un (double) emploi obscur, non ?

 

 

Ecrire comme une gourmandise. Comme une sucrerie superflue. Comme si la vie (vivre) ne pouvait contenter ta faim. Prends garde ! Tu cours à ta perte, gourmand !

 

 

Note sur le bouddhisme. Tout est impermanent. Aussi je m’interroge. Seule l’impermanence serait-elle permanente ?

 

 

Un bruit de botte sur la neige. L’hiver vient d’arriver. Par l’embrasure, tu regardes s’éloigner les feuilles mortes. Spectateur de la saison automnale à l’agonie…

 

 

Cette sensation de brûlure qui parfois me traverse. Comme une longue déchirure indolore qui exacerbe les nerfs. Une insupportable exaspération. Et l’effroyable envie de s’arracher la peau. Comme un concentré d’énergie immobile. Bloqué sous la chair…

 

 

En quête perpétuelle de liberté…

 

 

Toujours été fasciné par l’enfermement, l’isolement et le dénuement… 3 conditions propices à la recherche de la liberté fondamentale, celle qui ne nécessite ni activité ni instrument ni artifice…  cette recherche éperdue de liberté serait-elle une fuite vers un horizon au-delà de l’Homme… ? Une volonté d’échapper aux barreaux de la condition humaine… ?

 

 

Malheur à celui qui occulte ou refuse de se soumettre à la geôle de la condition humaine… rejetant la dimension limitée de l’Homme, il demeurera prisonnier de sa quête de liberté… sans pouvoir accéder à la liberté de l’Homme entier… fermant (à son insu) les portes à la moitié de lui-même…

 

 

L’Homme entier accueille toutes les dimensions de l’Homme. Il accepte, mêle et alterne le dérisoire et le grave, la frivolité et le sérieux, le limité et le désir d’absolu, l’accessoire et la nécessité, l’ignorance et la clairvoyance, la solitude et l’espace peuplé du monde…

 

 

Pour quoi n’assigner la beauté qu’à l’exceptionnel ? Cette myopie… que dis-je ? Cet aveuglement devant la splendeur de l’ordinaire. Et la magnificence du quelconque…

 

 

Pour quoi les mots sont-il si impuissants à rendre compte de tes perceptions ? Ils ordinarisent tes plus grandes béatitudes… sans doute parce qu’on les lit (le plus souvent) avec un regard habituel, avec une compréhension coutumière… bref à l’aune d’une perception ordinaire… mémorielle et comparative… évinçant de façon inhérente le regard premier, désencombré de références… annihilant toute possibilité d’un surgissement spontané… qui permettrait (au lecteur) de sentir, de voir, de comprendre, d’expérimenter ce que tu tentes de décrire…

 

 

Malheureusement, on ne sent qu’à l’aune de ses sensations et perceptions passées… enregistrées, mémorisées et organisées en socle de références… obstacle rédhibitoire aux sensations et perceptions nouvelles…    

 

 

La perception est l’élément prépondérant de notre vision. Notre vision, le facteur essentiel de nos représentations (du monde, des autres, de nous-mêmes). Et nos représentations conditionnent très largement notre agir et nos constructions…

 

 

Nos perceptions sont conditionnées par 3 éléments principaux : la dimension biologique et neurologique de notre forme humaine dotée d’un cerveau et d’une sensibilité perceptive qui nous confèrent un mode de sensation, de compréhension et d’interprétation particulier, les prédispositions antérieures (présentes avant la naissance) de notre conscience et enfin nos expériences existentielles (évènements, rencontres et environnement).     

 

 

Sans traces sur l’horizon, tes empreintes s’effacent…

 

 

Le monde ne semble guère concerné par tes préoccupations… pourquoi éprouves-tu toujours le sentiment d’être l’unique porteur d’une démarche essentielle… ? As-tu donc oublié la diversité des cheminements… et toutes les dimensions de l’Homme? 

 

 

Nul ne se penche sur lui-même sans avoir épuisé toutes les stratégies illusoires… nul ne se tourne au dedans (en son sein) sans avoir éprouvé souffrance ou gêne…

 

 

A cette vieille femme aperçue une nuit sur l’écran de télévision, une vieille dame digne et belle, aux paroles intelligentes et réjouissantes qui venait en aide aux oiseaux qu’elle accueillait par centaines, par milliers peut-être, chez elle, dans son appartement transformé en volière. Fondatrice d’une association de protection des oiseaux, parlant d’amour, des Hommes, du monde animal et de spiritualité. Son intelligence, sa sagesse, son dénuement et sa richesse (de cœur) t’ont ému. Profondément ému. Quelques modestes lignes d’hommage à cette merveilleuse inconnue…

 

 

Il est de ces êtres anonymes, inconnus du monde, vivant leur engagement sans phare ni fanfare qui méritent de connaître la célébrité. Bien davantage que ceux qui s’exposent aujourd’hui sans mérite sur les écrans et les pages glacées des magazines… L’improbable reconnaissance de ces anonymes ne serait nullement destinée à encenser leurs qualités, leurs vertus ou leurs actions, ni à flatter leur valeur personnelle, mais à exposer l’exemplarité de leur vie, dévouée tout entière à une cause supérieure à eux-mêmes. Afin d’éduquer le monde à la véritable dimension de l’Homme. 

 

 

Le monde ne t’effraie plus guère lorsqu’un écran t’en sépare… sans peur, tu deviens alors capable d’amour. L’amour te permet de t’en approcher. Cette proximité t’invite à une moins partiale et plus large connaissance du monde. Et te le rend moins effrayant. Et te convie à le rejoindre. Bientôt (peut-être) l’écran ne te sera plus nécessaire…

 

 

Tous ces visages qui peuplent le monde… et si peu qui habitent le tien…

 

 

Tous ces visages qui peuplent la terre… et qui ignorent la face du monde…

 

 

Le sens festif de certains êtres te renvoie avec bonheur à ta gravité. Chez d’autres les festivités t’invitent à la tristesse. A la tienne (évidemment). Et tu t’en retournes (tristement, bien sûr) à ton austérité un peu trop digne et solennelle…

 

 

Le sens inné de la fête chez les brésiliens. Jeunes, vieux, hommes, femmes, tous semblent festifs. Jusque dans le désespoir. Un désespoir joyeux qui te déconcerte. Et te stupéfie.  

 

 

Chez bon nombre d’auteurs classiques ou reconnus (et même chez ceux dont les qualités littéraires ont connu un vague succès d’estime), les pensées ou le journal ont (a) été publié(es) à titre posthume. Pourquoi, toi le modeste scribe inconnu et anonyme dont l’œuvre principale (et la seule ambition) se cantonne à quelques vagues idées notées sur tes carnets, verrais-tu tes pages publiées de ton vivant ?

 

 

Cet orgueil à parler de soi… et de continuer sa péroraison à qui ne vous écoute…

 

 

L’écriture de soi… un genre littéraire… un mauvais… un mineur… sûrement… je m’y adonne… Et pire ! Je n’y excelle point… et voilà mon œuvre à jamais reléguée au médiocre… et aux oubliettes !

 

 

Se croire important confine au ridicule. Tout orgueil, toute vanité est une marque d’ignorance… et de grotesque… Et dire que tout être est (par nature) affublé d’une suffisance
égocentrique…

 

 

Nous vivons dans un monde de clowns. Le burlesque à chaque coin de rue. La planète humaine est une grande scène comique. Pourquoi dès lors ne pas devenir spectateur, s’asseoir sur les gradins… et en rire… ? Parce qu’il t’appartient aussi de participer au spectacle… de te soumettre à ta condition et à tes responsabilités. D’être et d’agir comme membre (à part entière) de la troupe humaine…

 

 

Il y a une immense part de vérité en chaque être… en chaque chose… en chaque événement… en chaque situation… malgré notre incurable incrédulité et notre fâcheuse propension à percevoir partout l’erreur, la fausseté, la croyance, le rêve, la bêtise et le mensonge …

 

 

Il est frappant de remarquer à quel point un enfant porte déjà en lui (et en son for intérieur) le socle de son destin. Les impedimenta de son devenir sont perceptibles malgré le poids léger des années… la brièveté des marques de l’existence, le peu d’influence de l’environnement sur le corps et le psychisme. A bien y regarder, on pourrait se dire que la vie (l’environnement, les rencontres et les évènements) n’a d’autre mission que de les révéler… d’orienter ce qui existe (ce qui était déjà existant antérieurement)… d’actualiser un potentiel déjà présent… faire éclore et croître les graines en devenir…  quel que soit le terreau dans lequel elles seront plantées…

 

 

Le parallèle entre les croissances végétale et animale me frappe plus qu’à l’accoutumée. Je perçois à quel point elles sont semblables. Petit être et minuscule graine en quête de maturité. L’être et la graine grandissent, évoluent. Conditions propices à la croissance, eau et lumière chez l’une, amour et connaissance, chez l’autre… que l’une vienne à manquer, et la croissance s’en trouve modifiée, perturbée. Et la maturité compromise…

 

 

Tout est nourriture, pauvre pomme ! L’as-tu oublié ? Comment peux-tu l’oublier si facilement ? Et pourquoi l’oublies-tu si souvent ? Le vers serait-il dans le fruit ? 

 

 

L’apprentissage des simples linéaments d’une discipline… le balbutiement d’un art, d’une technique… auxquels tu te livres dans une sorte d’engouement velléitaire… (serait-ce la marque d’une incertitude fondamentale quant à tes véritables aspirations… ?) ensuite l’assiduité de la démarche (de l’effort contraint) te pèse tant que tu abandonnes… et après tu vitupères contre ton manque d’expertise ! Deux domaines échappent pourtant à cette emprise de la velléité : l’écriture et ta quête (de vérité sur la vie et l’identité humaine). Il est vrai que tu t’y adonnes depuis des années… Mais quelles réelles compétences as-tu acquises ? Quelques maigres progrès qui te confinent encore (et toujours) au rang des apprentis… à peine un élève… et médiocre encore…

 

 

Toujours partagé (déchiré parfois) en tant qu’être humain… d’où peut-être ton penchant pour les fragments (et en particulier les fragments littéraires)… comme un désir inconscient de leur donner place. Et de les réunir…  

 

 

Il est des êtres que tu juges dignes d’intérêt… posant un regard intelligent, riche et complexe sur la vie. Et les autres dont les opinions empreintes de trivialité et de conformisme te consternent…

 

 

Il est des êtres nourris de mille
expériences, riches du monde et humbles. Et les autres imbus de leur chiche existence et de leur savoir de salon…

 

 

Il est des êtres au parcours riche, expérimental, intrépide et tortueux (parfois torturé) enveloppés de souffrance, parure dont ils se drapent parfois avec dignité, rebelles au bonheur (au bonheur insipide des masses). Il y a aussi la masse des hommes qui se repaît d’un bonheur terne et tranquille. Et les êtres (enfin) - rares - touchés par la joie qui marchent légers en traversant les épreuves avec allégresse. Et tous ceux, inspirés par l’existence de ces derniers, qui tentent de marcher à leur suite…

 

 

Mais tu t’évertues de ne pas oublier que chacun est ou a été au prise avec les affres de la condition humaine, a connu le chagrin, la peine, le désespoir, la solitude, parfois même la douleur d’exister, et que chacun, à titre individuel, est riche d’humanité, riche de l’expérience humaine. Et que chaque homme, pris individuellement, est en mesure de livrer au monde (aux autres et à toi-même) d’infimes ou d’immenses leçons (de vie, de courage, de générosité, d’humanité…) en dépit (souvent) des apparences et des traits essentiels qui semblent caractériser son existence. A chaque rencontre, tu tâches de t’en souvenir…   

 

 

Tu t’efforces également de ne pas oublier les oscillations existentielles qui gouvernent la vie de chaque homme. Vie dont tu ne perçois (le plus souvent) que certains aspects (quelques bribes apparentes) dans un contexte donné. Et à un instant précis. Et tu dois fournir quelques efforts (encore aujourd’hui, malgré ton âge et ta longue fréquentation du genre humain… c’est dire ton innocence, ta naïveté et ton manque de discernement…) pour te souvenir que tu ignores la plus grande part de son existence. Et qu’elle demeurera pour toi sinon une énigme un insondable mystère… Voilà donc quelques arguments pour relativiser tes premières impressions, tes perceptions premières à chaque rencontre nouvelle (qu’elle te paraisse digne d’intérêt ou affligeante)…  

 

 

Observe le vivant ! Et apprends à le regarder ! Alors tu comprendras votre ressemblance ! Et tu le respecteras!   

 

 

Tu n’es heureux et exalté que lorsque les idées t’emplissent. Et que les mots abondent et glissent sur tes pages. En ces instants, tu as le sentiment d’être le plus heureux des hommes. Un merveilleux sentiment d’exister te submerge… malheureuse illusion… lorsque tu sors de tes nuits… le soleil se reflète sur la blancheur de tes pages…

 

 

La soumission à une force étrangère et mystérieuse (qui prend chez toi la forme singulière de la quête de la vérité et la nécessité d’écrire) tire sa source d’une origine inconnue et génère des effets ignorés sur le monde. Elle te livre à une dimension au-delà de toi-même qui serait la marque de la certitude d’avoir trouvé sa place… Autrement dit, être le canal du mystère/de la vie qui à la fois te révèle et participe au monde en s’étendant à l’Autre… Le mot « soumission » n’est-il pas d’ailleurs composé des mots « sous » et « mission »… comme pour souligner le sens véritable du destin humain, celui de porter une charge (une mission) plus large et plus lourde que soi…  au service des autres…

 

 

Comment trouver son (ce) canal ? Autrement dit comment trouver la place que la vie t’assigne pour à la fois servir ta nécessité (ressentie) et satisfaire le monde en le gratifiant de ta fonction… ?

 

 

Est-ce nous qui cherchons notre mission (notre canal) ou la vie qui cherche et jette son dévolu sur ses instruments de liaison… ?

 

 

Se soumettre à sa nécessité autant qu’à la nécessité de la vie… autrement dit s’assurer (autant que possible) que les 2 nécessités coïncident pour avoir la certitude d’être la bonne personne (l’instrument idoine) située au bon endroit à l’instant (ou période) approprié(e). La pauvreté de ton intuition rend ton argumentaire affligeant…

 

 

Tout choix exclut. Et ce délaissement (cet abandon) te paralyse… tu préfères, malheureux, opter pour l’éternelle tergiversation… Résultat : tu piétines alors qu’il te faudrait marcher, avancer pas à pas sur la voie retenue (adoptée)…

 

 

Tu ne peux te contenter de ton identité civile et familiale. Leur horizon borné te limite (et te frustre). Tu ressens l’infinité que tu portes (en toi). En tes profondeurs. Il te faut donc remonter à la source. Creuser et élargir tes recherches identitaires pour espérer trouver, un jour, tes véritables racines. Le lien indéfectible qui t’attache à ta vraie famille. Ton authentique lignée. Ta vraie nature.

 

 

Tu te surprends à poser la télécommande sur ton épaule. Comme un oiseau. Prêt à s’envoler vers le monde. Comme un désir inconscient d’envol vers la cage du monde (le poste de télévision) que tu retranscriras aussitôt sur les barreaux de tes pages…

 

 

A voir le nombre de disciplines, de théories, de méthodes, de religions, de spiritualités, de techniques (anciennes et nouvelles) sans cesse renouvelées dans le monde humain, actualisées, remaniées ou nouvellement créées (leur dénombrement serait édifiant !), il semble évident que l’humanité cherche tous azimuts… que cherche-t-elle ? Evidemment à comprendre et à accéder à la vérité (de son identité et de la vie), à trouver la joie et une forme d’ataraxie… A toute époque, l’humanité a cherché. L’époque contemporaine connaît une inflation exponentielle de créations en tous genres. A croire que tout individu porteur d’une nouveauté, parfois d’une simple amélioration ou d’une synthèse plus ou moins savamment concoctée s’imagine, outre léguer son nom à la postérité (mais laquelle devant l’infinité de l’espace cosmique et la temporalité des univers ?) souhaiterait contribuer à l’avancée de cette quête permanente de l’humanité… et permettre à ses contemporains et aux générations futures d’en bénéficier… A un titre plus individuel, il semblerait que chaque créateur, inventeur ou même «améliorateur» d’une théorie, d’une discipline, d’une technique estime que ses recherches auront des effets bénéfiques sur le monde… bref, chacun semble croire au caractère essentiel et précieux de ses investigations… et invite l’humanité à se rallier et à adhérer à ses croyances (ou à ses espoirs)… A titre collectif, ou plus exactement du point de vue de la vie, cette quête effrénée du peuple humain révèle sans doute que les hommes constituent dans l’ensemble du vivant connu (par l’humanité) une espèce singulière dotée d’un caractère spécifique, canal particulièrement propice à l’apprentissage, à la découverte, à la recherche, à l’expérimentation, à la connaissance…. Donc à la quête de la vérité… et à l’actualisation de sa potentialité en dépit de son indéniable caractère animal, instinctif, fragile, voué aux multiples conditionnements et à une foule de caractéristiques entravantes…   bref, l’Homme est un curieux animal doté d’une surprenante singularité…

 

 

Chaque nuit, je fais défiler le monde à ma table. Et il se confie… Comme un ami passager. Je l’écoute avec attention et tendresse. Comme un confident indiscret et curieux. Et nous nous comprenons. A l’aise l’un et l’autre dans cet entre soi humain…

 

 

En dépit de ma féroce misanthropie passée et de l’atroce ignorance du peuple humain, aujourd’hui je suis fier d’appartenir à cette curieuse, fantastique et surprenante (et encore parfois trop affligeante) espèce… 

 

 

Méprisante et méprisable misanthropie. Excusable néanmoins au vu de l’infamie persistante d’une grande part des comportements humains…

 

 

Seuls les comportements sont détestables et indignes… les êtres – et les Hommes en particulier – méritent d’être aimés… L’amour comme seule réponse à la cruauté, à la mesquinerie, à la barbarie et à l’ignorance…

 

 

Malgré ce regain de fraternité pour l’humanité, mon cœur penche toujours vers les opprimés, les mal-aimés, les rejetés, les exclus, les marginaux… toujours piétinés par la communauté… le commun des Hommes… pleutre, conformiste et indifférent (le plus souvent) au sort des hors entre soi

 

 

La nuit tombe… et le jour se lève… 2 expressions de l’humanité diurne (et anthropocentrique). J’aimerais pouvoir dire, quant à moi, comme d’autres travailleurs de la nuit peut-être, au petit matin quand je quitte ma table pour aller me coucher… que le jour tombe…  oui, à la tombée du jour… non lorsque le soleil s’efface à l’horizon mais lorsque la lune disparaît… bref un renversement du rideau… pour que le spectacle (le spectacle du monde) nous apparaisse différemment…

 

 

Tant de mots dans tes fictions que tu n’écriras sur ce carnet… parfois les thématiques se mêlent. Et tu en es heureux… car ce carnet te semble plus essentiel que toute autre récit…

 

 

Tous ces mots sur ces pages inutiles…

 

 

Combien de grands auteurs (inutile d’évoquer les petits auxquels tu appartiens) sont-ils encore lus aujourd’hui ? A cette époque qui vénère l’image et dénigre le mot… on connaît leur nom… on peut même parfois citer quelques titres de leur œuvre (les plus connus)… au mieux quelques idées ou quelques vers (s’il s’agit de poètes)… mais que sait-on véritablement de la plus grande part de leurs pages… ? Toutes ces heures, toutes ces années, toutes ces vies vouées à l’écriture pour une percée des consciences – et une postérité – si médiocres… pour une empreinte sur l’humanité si dérisoire… ? 

 

 

On assimile un écrivain à une thématique… tout au plus… A une idée au mieux. A l’exception des spécialistes, que retient-on de ceux qui écrivent… de ces milliers d’auteurs dont l’œuvre ne leur survit que médiocrement… ? Faulkner, Hugo, Shakespeare, Dante... que sait-on véritablement d’eux… ? Et qui peut se targuer de les avoir vraiment lus… ?

 

 

Les Hommes les plus célébrés dans l’histoire humaine: les hommes politiques (Hitler, Gandhi…), les savants (Pasteur, Einstein…), les génies hors catégorie (Léonard de Vinci), les artistes (Michel-Ange, David…), quelques philosophes (Kant, Hegel…), les religieux (Bouddha, Jésus, Mahomet…). Et tous ces peoples de tous poils (animateurs télé, journalistes à la mode, artistes en vogue, écrivains célébrés par la critique contemporaine…) qui se pavanent sur les magazines et les écrans… qui se targuent avec morgue d’appartenir aux célébrités et aux gloires vivantes. La semaine suivante, l’année suivante, la génération suivante, qui se souviendra (encore) d’eux ?

 

 

Quelles sont les contributions réelles des hommes à l’humanité parmi ceux qui font œuvre publique…? Outre quelques avancées ou percées mémorables dans l’évolution de l’humanité initiées ou poursuivies par quelques-uns, chez la plupart, il ne reste qu’un nom, deux dates et une courte biographie dans les dictionnaires…

 

 

Chaque homme n’a-t-il un destin qu’à sa mesure ?

 

 

Pourquoi ai-je le sentiment que l’écriture me sauve du néant ? Parce qu’une présence qui m’habite m’est révélée… une présence trop point encombrée de moi-même qui m’ouvre à un au-delà de moi-même… sans cette présence, le vide serait perçu comme un désert trop insupportable (seul en sa propre compagnie) ou un espace exigu trop fortement embarrassé de soi… la pire option puisque qu’elle nous rend même aveugle à notre solitude, à ce désert que nous portons en nous… chez certains, l’écriture remplit cette fonction, chez d’autres, elle est assurée par la musique, la peinture, la vie religieuse, la science, la parentalité, la profession (l’aspiration à être utile à l’Autre)… tout ce qui nous révèle à un au-delà de nous-mêmes…

 

 

Poncif conclusif : je (nous) ne suis (sommes) rien sans les autres… eh oui ! Évidemment !

 

 

Le difficile équilibre entre le trop de soi… et le manque de soi… sur la corde mouvante, souvent tu trébuches… tantôt d’un côté… tantôt de l’autre…

 

 

Les Hommes portent le plus souvent un regard méprisant et blasé sur les individus qui tentent de comprendre les affaires universelles humaines. Les intellectuels et les hommes ordinaires considèrent ces thématiques comme des trivialités sans importance (ou pire ils y perçoivent comme une sorte de régression adolescente). A leurs yeux, la vie, la mort, la souffrance, le corps, l’esprit, l’âme, les rapports au monde, l’altérité, l’éternité… sont des thématiques sans intérêt puisque chaque homme y est confronté et que nulle réponse sérieuse ne peut nous aider à progresser vers la vérité (aux yeux des premiers) et à mieux vivre (aux yeux des seconds)… il est donc naturel pour eux de les balayer une fois pour toute afin de s’occuper enfin des vraies choses de la vie ; les courses à faire, la préparation des repas, la destination des vacances chez les uns, les ratiocinations discursives hyper spécialisées, les nouveautés conceptuelles culturelles, les gloses interminables sur les évènements politiques, géopolitiques, économiques et sociaux contemporains chez les autres…

 

 

Chaque homme, certes, est confronté à ces thématiques au cours de son existence. Chacun les a éprouvées, les a expérimentées et s’est forgé une opinion, a élaboré une stratégie pour y faire face, s’adapter ou les occulter, s’est construit une idée commune ou particulière sur les épreuves engendrées par cette expérimentation… mais peu semblent disposés à en témoigner, à partager leurs expériences (excepté si elles se sont avérées traumatisantes ou extrêmement douloureuses)… comme s’il allait de soi d’occulter ou de taire ces questions… et comme si tout débat à leur propos relevait de l’indécence ou de l’incongruité…   

 

 

Tout créateur entretient (sans doute) un rapport addictif au processus créatif. Une relation de dépendance obsédante (voire obsessionnelle). Au sevrage vraisemblablement impossible parce qu’individuellement nécessaire (ou considérée comme telle) et collectivement valorisée (et même encouragée) car considérée - à tort ou à raison - comme l’une des plus nobles activités humaines…

 

 

L’expérimentation des diverses situations existentielles devrait permettre, à un certain âge, d’aborder tous les évènements avec mesure, distance et humour. Bref, la philosophie de l’expérience (liée à l’âge) devrait nous immuniser contre une très large palette du vécu humain : la séparation, l’affection, la souffrance, la joie, la maladie, la santé, la mort, la naissance, l’amour, le désamour. Bref… aller pas à pas son chemin par mont et par vaux… sans se soucier outre mesure de la beauté ou de la laideur des paysages… eh oui ! Encore un poncif et une médiocre métaphore…  

 

 

Nul ne peut véritablement aimer le monde sans apprendre à s’aimer. Et on apprend à s’aimer non en prenant soin de soi mais en transformant la relation que nous entretenons avec nous-mêmes. Prendre soin de soi sans transformer son regard constitue le plus souvent, je crois, une subtile violence à son propre endroit dans la mesure où l’on souhaite - consciemment ou non - tendre vers une image idéale de soi… obtenir un corps, un esprit, une existence en adéquation avec nos idéaux… au détriment d’une dimension que nous rejetons, refusons, excluons, occultons…   

 

 

Tant d’hommes croient aimer le monde en venant en aide aux autres, en participant à maintes œuvres collectives. En croyant aimer… le plus souvent, ils participent (malgré eux) à la violence en séparant le réel et le normatif (leur normatif subjectif et personnel). En creusant un abîme entre ce qui est et ce qu’il faudrait, à leurs yeux, partageant le monde en 2 catégories, ceux qui contribuent, œuvrent et participent à leurs idéaux et ceux qui s’y opposent (dans lesquels ils rangent le plus souvent ceux qui s’en indiffèrent)… en outre, en croyant aider, ils ont le sentiment de réparer une injustice, ignorant que leur propre individualité nécessiterait réparation.    

 

 

La nuit serait-elle mon absinthe… ? Ô pleure donc poète, ivre de tes brumes nocturnes quand tu quittes ta table au lever du jour…

 

 

Sur le métier, tu t’échines en vain. Le poète n’a pas d’établi. Et tu pleures exténué, les outils à la main… (et) les mains calleuses sur ton ouvrage mal façonné…

 

 

Lecture de Hölderlin, d’Octavio Paz, de Whitman. Anthologie de poésie contemporaine. Guillevic, Jaccotet, Bonnefoi… Et parmi ces illustres auteurs, des dizaines de poètes inconnus au destin anonyme… et à l’œuvre non moins touchante et intéressante…

 

 

Tu lis la poésie. Tu t’y aventures sans raison. Sans pensée. Tu la lis l’intuition aux aguets. La paume de la sensibilité ouverte sur le ciel. Tu lis les poètes comme tu te promènes sur un sentier forestier. En flânant dans les paysages. Un œil sur la sente, un œil vers les cimes. Le regard posé à la fois au dedans et au dehors. Attentif et flottant. Concentré et ouvert. 

 

 

En poésie, une œuvre célébrée signée par un auteur connu et reconnu (à la réputation notoire) paraîtrait souvent indigne si elle était signée par un anonyme. Il me semble que l’appréciation de la poésie n’obéit à aucun critère précis (encore moins qu’en littérature). Une poésie est juste. Ou elle n’est pas (poésie). L’auteur doit laisser jaillir… et parvenir à un subtil équilibre de rythme, de sens intuitif, de musique, de spontanéité… la poésie est jaillissement. Et lorsque le jet originel n’a encore trouvé sa forme définitive (et aboutie), il doit être ciselé, refaçonné. Le travail poétique… et la « correction » poétique se doivent d’être toujours et à nouveau jaillissement. L’achèvement du poème s’apprécie à la sensation. Rien à ajouter. Rien à retrancher. Le juste équilibre ressenti. Qui ne présage d’ailleurs nullement de sa compréhension. Ni de son succès. 

 

 

Les poètes sont peu lus. Quelques-uns, rares, sont encensés. Comme des Dieux. Pourquoi lit-on de la poésie… ? Les poèmes sont une expression si étrange, si personnelle de l’intuition, de la perception, de la vision, du sentiment, du regard, de la compréhension, bref du ressenti singulier de leur auteur qu’il est rare qu’ils soient (véritablement) entendus et compris. Aussi pourquoi lire des mots dont le sens (et l’utilité) semblent totalement nous échapper… ? Les poètes lisent les poètes. Et tous ceux qui aspirent ou aspiraient à le devenir…        

 

 

Rousseau a écrit, je crois : « tout ce qui nous touche entre dans la mémoire ». Il suffit donc d’être touché… et comment être touché sinon par une résonance à notre vécu singulier…? Par quoi est-on ému dans un poème (par toute œuvre, mais aussi par toute rencontre et toute chose…) sinon par la lecture (ou le ressenti) de notre propre expérience du monde? Mais les poètes, dont les mots nous semblent parfois si étranges font preuve d’une sensibilité si particulière, ont une perception si singulière de leur présence au monde que peu d’hommes peuvent en être émus (sans même évoquer la singularité de leur langage). Les chansons, aux paroles plus triviales (et aux mots plus simples et au sens plus univoque) qui relatent (en général) des expériences communément répandues sont accessibles à la sensibilité ordinaire des hommes. Voilà sans doute pour quoi les chansons (et les chanteurs) connaissent un très vif succès (populaire). Et non la poésie (et les poètes)…

 

 

Dans le monde humain, sans rapport à l’Autre, nulle règle… nulle référence ne peuvent exister… nous façonnons nos lois, notre code selon notre perception des relations préexistantes (antérieures à notre propre existence) qu’entretiennent les êtres dans l’environnement dans lequel il nous a été donné de naître (d’apparaître) et de nous développer (d’où évidemment, la diversité des codes moraux et comportementaux chez les hommes selon leur lieu de naissance et la culture de leur territoire… dimension valable également pour les enfants sauvages élevés en milieu naturel qui adoptent les règles et apprennent le comportement de l’espèce animale qu’ils ont sous les yeux…). Idem chez la plupart des espèces animales dîtes développées ou supérieures. En revanche, l’instinct semble essentiellement gouverner les individus de certaines espèces animales dîtes inférieures (à l’instar des tortues de mer qui à peine sorties de l’œuf, se dirigent naturellement, instinctivement vers la mer… et semblent n’avoir nul besoin d’éducation et de références pour développer leur individualité de tortue…).  Qu’en est-il pour des espèces vivantes non connues, non humaines et non animales (si elles existent…) qu’en est-il dans d’autres civilisations non humaines à la conscience plus développée…? Les lois et les normes individuelles sont-elles suffisamment ancrées dans la conscience pour se dispenser d’une relation à l’Autre comme préalable nécessaire à leur émergence…? Ces règles individuelles deviendraient-elles une sorte d’instinct naturel…? Ou nécessiteraient-elles, elles aussi, une sorte d’apprentissage par mimétisme à l’existant…? Ou encore constitueraient-elles un socle de base nécessitant un rapport à l’environnement pour se développer et s’actualiser…?  

 

 

Dans l’état poétique. Comme si l’esprit flottait avec une grande acuité… plus grande que celle de l’état de conscience ordinaire. Comme si le flottement de l’esprit malaxait les mots, pétrissait le langage. Pour que jaillisse la parole. Quelques gouttes de la Parole.

 

 

Tous ces  hommes sérieux à la tâche. Consciencieux au labeur. Qui s’échinent à œuvrer. Persuadés de l’utilité de leur œuvre. Architectes, auteurs, coiffeurs, jardiniers, femmes au foyer, cantonniers, psychologues, médecins, éducateurs, mécaniciens. Nul n’échappe à la règle. Grossissant à l’envi l’intérêt de leur rôle et de leur fonction. Activité infime, sinon dérisoire, au vu de l’ensemble. Mais qui possède néanmoins sa place à la mesure de l’humain, modique parcelle du Tout.

 

 

L’Homme peut-il échapper à ses limites… ? A ses limitations… ?  Et si exercer son œuvre, son activité, sa fonction, son rôle, aussi limités semblent-ils, était une façon d’échapper à ses modestes frontières… de repousser (voire de dépasser) l’étroit carcan qui nous enserre… pour atteindre à travers notre singularité l’universel… accéder à l’absolu en acceptant (véritablement et totalement) la dimension relative de la condition humaine ?

 

 

Tes pages sont (en définitive) une brève et dérisoire histoire d’une pensée en recherche… en quête de vérité (de la vérité ?)

 

 

Un grand nombre de discussions chez la gente masculine tourne autour des parties génitales. Et éprouve les pires difficultés à franchir la ceinture. Je note (avec effroi) cette dimension conculproutienne* chez la plupart des mâles… de toutes origines et de tous âges… A défaut d’en pleurer, cette vigoureuse (et inaliénable) propension est à mourir de rire…

* voir l’album de Ralpa

 

 

Trop fin et délicat, trop intellectuel et discursif pour le commun… et affublé d’une indéniable et affligeante ignorance, d’une méconnaissance et d’une inculture patentes couplées à une trivialité des pensées, à une grossièreté des raisonnements et à une vulgarité attristante des thématiques pour les intellectuels bien-nés et bien-pensant… bref, aussi mal à l’aise chez les premiers que chez les seconds… et il te semble malheureusement que ces 2 catégories représentent la plus grande part de l’humanité… et que la troisième catégorie (la tienne) ne soit composée que de quelques individus, voués - de leur propre gré - à l’anonymat, aux doutes, à l’humilité, à la solitude et à leur quête indéfectible (de vérité)… 

 

 

Tu notes le peu d’engouement des lecteurs pour tes pages… l’absence (éloquente) d’enthousiasme et d’encouragements. Tu constates à regret (et avec tristesse) que les inconnus te lisent le plus souvent par curiosité – curiosité qui semble s’émousser en un clin d’œil et que tes proches ne parcourent tes pages que pour ne pas t’offenser…    

 

 

Tu attends (pourtant) avec fébrilité et anxiété, la journée durant, ces heures d’écriture nocturnes. Et tu les explores et les parcours avec la certitude - empreinte souvent de terribles doutes - de réaliser ta noble besogne… Au cœur de la tâche, un étrange sentiment de plénitude t’envahit… comme si ces heures de solitude passées devant tes carnets étaient le seul véritable travail qui t’importe… Au petit matin, tu quittes ta table avec le sentiment du labeur accompli (et déjà anxieux de l’œuvre à accomplir le lendemain…)

 

 

Du plus loin qu’il te souvienne, tu as toujours caressé le rêve de vivre mille existences. Enfant déjà, tu étais à la recherche de modèles vivants complets et équilibrés partageant harmonieusement leur temps et leur énergie en divers domaines (domaines de l’enfance et de l’adolescence) ; scolarité, sports et aventures sentimentales. Tu te souviens de ton désir incessant, dans ce mimétisme, de supériorité. Avide de transcender tes limites et tes frontières… cet irrépressible besoin de dépassement… Te revient aussi en mémoire ton irrésistible envie de courir lorsque tu croisais un jogger, de dessiner lorsque tu voyais l’œuvre d’un artiste, de devenir un héros lorsque tu regardais un film, de devenir un homme illustre, célébré pour sa prodigieuse connaissance lorsque tu écoutais à la radio le récit biographique d’un savant ou d’un scientifique… toujours cette aspiration à suivre la voie de ceux que tu croisais en leur devenant supérieur. Plus récemment, l’écriture de ce livre Et si les hommes… dans lequel tu t’évertues à vivre en imagination des dizaines d’existences humaines différentes sur tous les continents… l’écriture d’un autre livre Tout être sans exception et les dizaines de projets d’écriture où tu t’échines à vouloir ressentir tous les êtres, toutes les choses, toutes les émotions, tous les sentiments, tous les fragments de l’Existant et du Non-Existant… comme si tu cherchais perpétuellement à actualiser toutes ses composantes, à réunir tous ces fragments… certains tangibles parce qu’en partie advenus et développés par l’environnement dans lequel tu as évolué et les rencontres qui t’ont façonné sinon nourri… et d’autres à l’état de graines non encore écloses qui n’auraient encore trouvé le terreau à leur développement, à leur épanouissement… mais en vérité, tu ne cherches sans doute que ton identité profonde et fondamentale… De façon complémentaire, pragmatique et profondément humaine, je crois que cette recherche dissimule aussi une volonté de retrouver en toi l’entiereté de l’Homme, de réunir, derrière la diversité des existences, des parcours, des centres d’intérêt, tous les fragments, les potentialités, les tendances, les penchants, les limitations que porte un seul homme… réconcilier en toi, le tragique et le frivole, l’amusement joyeux et l’apprentissage, la connaissance livresque et l’expérimentation, les contingences triviales et la noble singularité, la bêtise et l’intelligence, tous les penchants et tendances de l’humanité… bref de vivre dans son intégralité -  entièrement - la condition humaine… Comme si tu aspirais (en définitive) à vivre en homme entier… sans rien occulter, sans rien rejeter ou exclure… pour ouvrir cette vie d’Homme à la plénitude… une plénitude composée de capacités extraordinaires et fascinantes et de profondes entraves et obstacles à leur actualisation…      

 

 

Les paroles (les chères paroles) de G. Haldas. Ecoutées lors d’un entretien donné à un journaliste. Un grand sentiment de proximité. Proximité de chair, d’écriture et de sentiments. Une forme de fraternité obscure avec ce poète. Le même dessein attribué à la vie et à l’écriture, cette irrépressible nécessité d’en trouver le sens, cette violence qui sourd entre les mots… le même usage attribué à la souffrance… cette proximité avec les choses quotidiennes et les êtres dépossédés, les sans-grades… le doute perpétuel dont vous êtes tous deux affublés, cette inutile et excessive condescendance et réprobation pour les nantis, les puissants, l’argent, la réussite… tant de thématiques communes t’attachent et te lient à lui… néanmoins, il te semble qu’il ne parvient (encore) à percevoir la diablerie de la stigmatisation et de la critique, formes de violence à peine voilées. Aussi justifiées soient-elles (ou plutôt paraissent-elles), elles ne sont que perceptions des apparences sous une optique normative et partiale et inentendement à l’entiereté de l’Homme. Refus de toutes les dimensions humaines. Et la critique est inutile… le blâme accable et crée davantage de résistances (comme autant de mécanismes de défense) qu’il n’incite ou n’invite à la transformation. La transformation advient (ou disons le processus de transformation s’amorce) après une prise de conscience personnelle et intérieure (réflexive et/ou intuitive, vaguement ou clairement perçue). Voilà pour quoi il est vain d’abattre sur les autres quelques vérités personnelles. Qui sommes-nous d’ailleurs pour s’arroger le droit ou la mission de distiller nos dérisoires percées sur le chemin de la vérité ? Quelles que soient nos insignifiantes avancées, sommes-nous parvenus au bout du chemin ? Ces vérités abattues sur les autres sont d’emblée perçues ou appréhendées comme vérité extérieures, comme d’insupportables corps étrangers qu’ils s’évertuent d’ailleurs aussitôt à combattre. D’où les réactions inverses aux réactions escomptées qui se produisent en cascades… encore une fois, être au plus près de ses vérités personnelles dans son existence réelle et concrète, dans sa façon d’être sans désir aucun d’exemplarité ou de volonté pédagogique est, sans doute, le plus sûr et le plus habile moyen de transformer les consciences des êtres que nous croisons et rencontrons et de participer à l’évolution de la conscience du monde…