Poésie / 2009 / Hors catégorie

 

 

Les ailes du monde si lourdes

 

Les ailes du monde si lourdes

Portent leur ciel de souffrance

 

Sous la terre

Le peuple des morts danse

Au son des tambours

 

Au creux des mains

Palpite la joie

 

Et derrière la vitre

Les collines silencieuses

 

Au cœur de la ville

Aux détours fabuleux

Se déploie l’illusion

 

Au fond des églises

Derrière les cierges penchés

S’endorment les prêtres

 

Au fil de l’eau

Les rameurs exténués

Sur la barque s’enlisent

_

Au loin

Devant le soleil rougissant

Décline l’horizon

 

Sur le quai des gares

Les voyageurs patientent

 

Au bord du ciel

Se dérobe le soleil

 

Aux matins de la nuit

S’évanouit l’abîme

 

Au bord du gouffre

S’envole l’espoir

 

Au gré des vents

Frappe la tempête

 

Au cœur du monde

S’exhibe la violence

 

Dans l’espace désert

S’étale le silence

 

Parmi les ombres

Se pousse le cri

 

Et dans le cœur des hommes

Doucement se meurt

La colombe

 _

 _

_

_

Songes

 

L’angoisse étreint le marcheur

Dont les songes égarent

 

Dans l’arbre du ciel

Se posent les oiseaux paresseux

Les mendiants accoutrés

Qui se pavanent

Derrière les rideaux

S’étire l’oubli

 

Un feu d’espoir

Attisé par les vents avides

 

Sur le trottoir

S’endort le clochard

Au pied des immeubles

Où sommeillent les bourgeois

 

Sur le monde

Glisse le regard

 

Sur le sol

S’affaisse la conscience moribonde

 

Brûlé à la cendre noire

L’amour se consomme

En ces lieux dévastés

Où se perdent les hommes.

_
_
 _ 

_

Découverte

 

Une envolée d’étoiles

Dans la nuit écarlate

 

Une tige maladroite

Au bord du chemin

 

Un ciel ouvert

Sur l’obscur espace

 

L’infini reflet de la lune

Dans l’encrier

 

Une bouteille sur la table

Et une plume à la main

 

L’homme pense

Penché sur le sable

 

La tête souriante

Et l’âme écorchée

Inscrit son nom

Sur les vagues éternelles

 

Oubliant ses frères

Et regardant sans larme

La misère enterrée

 

L’ineffable origine

Et l’abysse des songes

 

Atteint l’impensable

L’inconcevable

La folle vérité.

_

_

_

 Ecclésiastiques

 

Etreints d’angoisse

Passagers sans bagages

Voyageurs harassés

Quittant la terre sans promesse

 

Ombres éclairées

Par l’obscur univers

L’odieux des pensées

Cheminant sans halte

 

Béquilles d’espoir

Vers le territoire lointain

Et les contrées promises

La marche saccadée

Les parcours s’étirent

 

Pèlerins des vastes cieux

A l’âme avide

Au regard émacié

Aguerris d’ascèse

Forgeant leur âme sans grâce

Le cœur triste

Tâtonnant vers l’illusoire présence

 

Horde errante déambulant

Pressant le pas

A l’ordre obéissant

Marchant à l’œuvre du désordre

La courbure éhontée

Et l’allure frémissante

Sous les bottes crottées

Où brille le sombre halo

Guidés par la rose des vents

La chimérique lumière

Qui égare au désert

Pérégrinant sur le chemin d’épines

Aveuglés par la gloire sans issue

Où s’éteignent les cris des morts

Ils agonisent sans fin

_

_

_

_

Regard sur l'ordinaire

 

Matières enchevêtrées

Soumises aux formes incertaines

 

Consciences empêtrées

Cherchant l’origine

 

Esprits tyranniques

Maltraitant les corps

 

Potentats telluriques

A l’étroit bon sens

 

Aveuglés d’apparences

Ecrasés d’ignorance

S’entortillant dans le magma sirupeux

 

Captifs du jeu sans règle

_

_

_

_

Impies

 

Âmes creuses

Aux faciès rayonnants

S’agenouillant

Le cœur en croix

Tissant les nœuds infernaux

Contemplant les étoiles glissantes

Et le firmament lointain

 

Laborieux travailleurs du ciel

Aux croyances hallucinatoires

Et aux fourbes promesses

Se courbant au pied de statues sanctifiées

 

Les mains jointes

Devant l’allégresse du prieur

Béats face au visage impassible du père

 

Exposés au purgatoire éternel

Aux extases apocryphes

Bramant leur foi dans le lointain

 

Impies sacrilèges

Déroutant la bannière

Et mutilant le Verbe

 

Arrachant le martyr à sa croix

Encombrant le cœur simple

Et dépouillé du lien

_ 

_

_

_

Invariables identités

 

Existences brouillonnes

Glorifiant l’éphémère

Et célébrant l’illusion

Dans l’aire d’errance

S’enchaînent

 

Se querellent

Se caressent et s’étripent

Marchent côte à côte

Le poignard à la main

 

S’assoupissent d’ennui

S’égarent dans les ornières

En rêvant d’illustres chemins

 

Déambulent fiers

Au cœur de l’espace intime

Dans l’intervalle commun

 

Renâclent au nécessaire

Et éclipsent l’essentiel

 

Pauvres mortels

A l’âme craintive

Ignorant la nature éternelle

Au cœur des fausses identités

_

_

_

L'antre du pèlerin

 

Blessé par le rire des peuples

Le regard des foules

L’indifférence des Hommes

 

Le marcheur

Sur les chemins familiers

Claudique

Arpente la terre aux vaines promesses

En quête d’un gîte

 

Quitte la terre des ombres

Et découvre

La lueur incertaine

 

Dans l’antre enfermé

Le pèlerin

 

A l’âme balbutiante

Caresse la paroi

 

Loue le repaire protecteur

Le regard béat

Le cœur écorché

Au bord des lèvres un sourire

_

_

_

Silhouettes ombrées

 

A l’ombre d’une main

Se terre l’enfant

L’enfant ignorant

Ecrasé par l’ombre du sage à venir

_

_

Eléments

 

Terre, quelques traces

Balayées par le vent

Eau, sang qui habite

Et nourrit la chair

 

Feu, élan vital du mouvement

Air, matière de l’espace,

Nourriture du souffle vivant

Ecrin des éléments

 

Nature, particule

Où s’ébat le peuple des formes

Vie, cadre des phénomènes changeants

Où se frôlent et s’échangent

Les parcelles d’esprit

Engluées de substance et d’orgueil

 

Âme, fragment d’être

Enserré de matière

Ciel, espoir de parcelle intime

Au delà des frontières

Espace

Origine sans naissance ni fin

Où siègent les formes

Qui apparaissent et s’éteignent

Nature inchangée de l’esprit

Conscience éternelle

Et sans limite

_

_

_

Envol

 

Etincelles de l’être

A la présence incertaine

Invitent à l’improbable

Et à la certitude

 

Effacer le passage

Traverser l’apparente frontière

S’unir à l’infinie dimension

 

Ouvrir l’espace

Au delà des écrans obscurs

Où niche le merveilleux

 

Franchir l’impénétrable

Mêler sa voix au jeu incessant des formes

Perpétuer l’œuvre ineffable

_

_

Limpide

 

De la nuit

S’élancent les jours clairs

 

De la lumière

Resplendit l’ombre

L’obscur désépaissi

Transparaît

 

Transparence sans ombre

Aux teintes écarlates

Glissant dans le ciel bariolé

Sans visage

_

_

_

Inexpugnable

 

L’étrange fraternité des jours

Dans le cœur des hommes

Dévastée

 

L’étrange fraternité des jours

Au cœur de l’obscur

Démunie

 

L’étrange fraternité des jours

Au seuil de la porte

Décimée

 

L’étrange fraternité des jours

Au fond du ciel

Envolée

 

L’étrange fraternité des jours

Sous d’autres cieux

Eparpillée

 

L’étrange fraternité des jours

Dans les jours clairs

Retrouvée

 

Inépuisable source

Cheminant

Au gré des vents

En toutes contrées

_

_

_

Evanescence

 

Paysage à l’éphémère glorieux

Ignoré parmi les étalages

 

Au cœur des denrées périssables

Inexistant

 

Invisible perle

Sur les lourds colliers

Parmi les chaînes attachantes

 

En l’ordinaire

Partout

Est présent.

_

_

Espoir

 

Bafoué

Par les hommes sans mérite

Aux prouesses futiles

 

Adossé au réverbère

Contemplant l’œil usé

La gloire odieuse

 

Baissant la tête

Vers l’horizon sans nom

Au passage des cortèges ornés

 

Le passant des jours

Vers la nuit s’incline

Erre aux alentours

Dodeline tristement la tête

Presse le pas

Pour regagner sa demeure

 

Au milieu des heures

Emprunte la pente

Où croupissent les tourments

Affronte l’orage

Décourage la plainte

Et s’affaisse doucement vers le ciel

 

Arpente à pas comptés l’espace

Ouvre le voile

Où s’ébattent les combattants

Aux éclats désencombrés

A quelques enjambées lointaines

De la gloire anonyme

Espère un jour peut-être

Fouler le territoire

_

_

_

Ignorance

 

Dans l’abîme sans couleur

S’évanouissent les pâles éclats

Qui réjouissent les ombres

 

S’étendent les ténèbres silencieux

S’amplifie la crainte

S’étend le jour crépusculaire

Qui assombrit les heures

 

S’installe l’éternité

Le temps immuable de l’effroi

Sourd l’angoisse des fonds

Qui paralyse

 

Dans l’abîme sans couleur

S’égare le passant

Le marcheur aux pas comptés

Isolé des surfaces

Où grouille la foule inflexible

Epouvanté par le sursaut chimérique

Frissonnant d’inquiétude

Au cœur de la terre qui enlise

Ignorant la brèche

Vers l’étroit passage

L’horizon clair

_

_

_

Intersections

 

Au carrefour des heures

L’impasse aux mille promesses

 

A la croisée des mondes

Le fief rebutant

Où règne la contrée sans pareille

_

_

Aube

 

A l’aube frémissante

S’écartent les ombres couchées

Les parures jetées

Les crinières défaites

Et les âmes fatiguées

 

A genoux se lève

La conscience vivace