Poésie / 2009 / Hors catégorie

 

 

Renversement

 

Une tristesse passagère

Le passage éternel

Le passage qui demeure

Long couloir aux portes interdites

 

Trouées d’éternité qui succombent

La joie rongée par la nuit

L’avenir hors d’atteinte

Et l’abîme qui enfonce

 

La noirceur déchaînée

Percée d’une volée de souffrances

Emportée par les vagues

La douleur se resserre

 

Prisonnier de l’âme écartelée

Où cinglent les écueils

 

La vie ressassée

L’amer déluge

Les jours qui sombrent

Et l’archipel englouti

  

Au loin l’horizon des Bermudes

Le passé ruiné

Les paysages sans avenir

Et l’obscur qui appelle

 

Le cœur qui s’émiette

L’intervalle se resserre

L’âme à vif lentement s’éteint

 

La vie s’essouffle

Et le long murmure de la mort

 

Et puis le saut

Inévitable

Et la porte

Inaccessible

Mystérieuse

 

Et puis

Un jour, plus tard,

Quand s’éteignent les cendres

Renaît à nouveau le jour

Demain au loin qui s’approche

 

Plus tard

La vie encore

 
 

 

 

Homicides

 

Le cœur empaillé

Et l’être balbutiant

Agrippés au naufrage

 

Englués sur la scène

Glissant aux coudes à coudes

Dans les guerres sournoises

 

Frappant sans honte

La faiblesse alentour

 

Mentant sans crainte

Egorgeant sans haine

Arrachant les fils

Des amours souterraines

 

 

 

 

Ornière

 

Vies de plomb

Sous le couvercle des jours

Aux jours comptés

Egrainent les heures

 

Âmes confinées

Aux chiches ambitions

Dans leur sillon s’épuisent

 

Marchent sans entrain

Vers la malle ténébreuse

Le tombeau éternel

 

 

 

 

Lointains magnifiques

 

Là-bas, au loin

En d’autres terres

Deux mondes

Côte à côte

L’opulence outrancière

Et le nécessaire décharné

 

De l’odieuse géographie

Sans intersection

A l’abject des routes

 

Les corps alanguis sur l’étendue

Et les tignasses encrassées

Sur les épaules courbées

  

L’azur des vagues

Et le gris des jours

Sur l’ocre de la piste

 

La caresse du vent

Sur la peau halée

Et la sueur sous l’astre écrasant

Ruisselant sur les torses

 

Les masures misérables

Où vivent la fange des peuples

A proximité des luxueux carrés

Aux carrefours innombrables

Où s’empresse l’impatience des voyageurs

 

Lointains magnifiques

Peuplés d’autochtones

Territoires hégémoniques

Colonisés de panses opulentes

Où règnent

La loi de l’ouest

Et l’espèce du ponant

 

 

 

 

Servitude

 

Le sang de la terre

Ses cargaisons d’immondices

Les formes décimées

Les paysages exsangues

 

Entrailles, horizons

Pliant sous le joug de l’humanité

 

Hommes en ordre de marche

Avançant vers le progrès

A pas assuré

 

 

 

 

Silhouettes

 

Traces infimes

Gloires éphémères

Destins fugaces

 

Oeuvres des ombres

Des sombres guerriers

Rejoignant la sente millénaire

Où s’enlisent les hommes

Depuis le commencement des siècles

 

 

 

 

Affaissement

 

Excès d’abîme

Songes creux

Aux échos sans agonie

Inondant la chair fragile

Resserrant la matière

Irradiant l’absurdité des sens

Refermant l’épais couvercle

Sur le sombre cloître des hémisphères

 

 

 

 

Ventres macabres

 

Ventres macabres

 

Eventrant la terre sombre

Exploitant la sueur des Hommes

Assassinant lespoir

Et les espèces contingentes

 

Jouissant de l’infamie

Perchés sur les crêtes nuageuses

Se pavanant sur toutes les patries

Contemplant le cœur fier et la panse repue

Leurs œuvres arrogantes

  

Ventres macabres

A la tête d’escadrons sournois

Répandant dans la nuit

Leurs féroces batailles

 

Petits soldats

A la solde inconsciente

Glorieux généraux

De l’armée triomphale

Soupesant l’or et l’infortune

Avilissant depuis la naissance du monde

La dignité de l’Homme.

 

 

 

 

Pilori

 

Au pilori

Les heures sans gloire

Les temps acculés

Les saisons crépusculaires

Et les jours clairs

 

Au pilori

Les pourfendeurs de vertu

Les conquérants débraillés

Les pornographes tapageurs

Et les chastes esprits

 

Au pilori

Les fêtes orgiaques

La folie des banquets

L’extravagance des palais

Et l’austérité des cellules

 

Au pilori

L’empire des conquêtes

L’épaisseur numéraire

Les finances dépravées

Et la pensée janséniste

  

Au pilori

Les fronts querelleurs

Les batailles rangées

La vindicte populeuse

Et la paix des peuples

 

Au pilori

Le livre couronné

Les pensées éclairées

Les doctes aréopages

Et l’ignorance déployée

 

Criminels

Dans sa fange

A sa pointe

Et dans l’intervalle

 

Au pilori

Crie le peuple

 

 

 

 

Fureur

 

Déferlantes assassines

Oublieuses du passé

Etreignant l’âme soumise

Crachant leur fiel à la ronde

 

Blessant la chair

Creusant la faille

Ouvrant la béance recouverte

 

Magma aux poings fermés

Eructant du fond des abysses

Ebranlant le sol alentour

Meurtrissant les visages familiers

 

Désastre à la face hideuse

Embrasant la terre

De ses poussées convulsives

 

Forçant les portes

Recouvrant le ciel

Asphyxiant l’espérance

 

Aux derniers souffles du cataclysme

Longues heures d’agonie

Parmi les cendres

 

Où gisent côte à côte

Sous la terre brûlée

Le bourreau

Les visages sinistrés

Victimes de l’infamie

Regardant l’horizon exsangue

Où brille le soleil noir

 

 

 

 

Sous le soleil

 

Sous l’ondée des jours

L’étendue rocailleuse

Dans la chaleur des nuits

Les âmes pétrifiées

 

Derrière la blancheur des rires

Les blessures enfermées

Le désespoir contenu

 

Derrière les malles débordantes

Les cœurs indigents

 

Sous le fard des paupières

La lourde coulée du sablier

Derrière les bouches écarlates

Les passions livides

Et les corps sans ferveur

 

Dans l’éclat des cœurs

L’appel sans écho

Sous le tumulte des corps

La flamme obsédante

Dans le lit conjugal

Les devoirs exilés

 

Sous les bruits des jours

Le silence paresseux

 

Derrière l’homme sans faille

Les tremblements de l’enfant

Sous l’affable des mots

La furie enchaînée

Sous le ciel d’été

Les mornes nuages

Les jours moroses

 

Sous le soleil

Sans surprise

La vanité et le mensonge

Où brille la cruelle ignorance

 

 

 

 

Labeur

 

Sur les dalles des jours

Les pas harassés

Les semelles griffant la poussière

 

Les têtes lasses

Secouées par les ornières

Guidées par l’appel des foules

 

Les épaules basses

Heurtant les corps alentour

 

Les membres fourbus

Se pressant sans hâte

Vers l’odieux des jours

 

Les mains machinales

Saluant les visages indifférents

  

Les gestes sans vigueur

S’emparant des tâches

Occupant les heures

 

A marche du temps forcé

L’œuvre des aiguilles égrenant

Les 1000 mouvements ressassés

Dans l’hémicycle du cadran

S’exécute la besogne

 

Les mines défaites

A l’issue du labeur

Franchissant les portiques

Les yeux hagards

Reflétant le vide des heures

Traînent sur les dalles noires

Quittent le bagne des jours

A la lueur des réverbères

A l’heure du repos vespéral

Retrouvent l’air maussade et résigné

Le chemin des chaumières

 

 

 

 

Aube éternelle

 

A l’aube décharnée

Les passagers hagards

Sur les quais déserts

Contemplent leur ombre

Qui s’étire

 

Attendent les convois d’abondance

Qui les mèneront vers la nuit sans fin

Se ruent sur les passages

Aux abords étroits

S’installent

A leur place sans avenir

Patientent

Regardent défiler les heures

Par la vitre les paysages sans surprise

Descendent pressés

Se bousculent

Déferlent sur la ville endormie

Œuvrent ensommeillés

Au défilé des jours immuables

 

 

 

 

Horaire

 

Passant immobile

Au trajet minuté

Aligne les aiguilles

Dans le bric-à-brac des heures

 

 

 

 

Crainte

 

Promeneur apeuré

Soupèse la menace

Qui environne

Qui assaille

De toute part

Déambule anxieux

Au cœur des paysages

Asservi au regard

 

 

 

 

Opulence

 

Jours fastes

Aux heures lasses

Où les corps emmaillotés

Les esprit empâtés

Se repaissent

Jusqu’à l’écœurement

De l’ordinaire abondance

Ensommeillant les jours

Jusqu’au couchant

  

Installant la nuit

Voilant plus obscurément la sente

Jusqu’à l’aube frugale

 

 

 

 

Langueur

 

Terres ensommeillées

De trop d’abondance

Paralysant les âmes repues et paresseuses

Sur le frugal chemin

 

 

 

 

Lutte

 

Inflexible bataillon

Marchant le pas martial

Vers l’immonde

Et la barbarie

Saluant l’honneur ancestral

Les martyrs sans patrie

Les visages anonymes

Défilant en rang

Vers les tranchées

Avançant sans effroi

Le casque tremblant

Vers l’hostile

 

Point de mire

Dans la visée sans gloire

A bataille rangée

 

Parés à anéantir le discordant

Envahir la plaine

Sans pitié pour les visages innocents

Abreuvés du sang de leurs frères

De leurs pères

Marchant sous les feuilles pourpres

Dispersant la poussière des morts

Tâches écarlates

Aux guêtres endeuillées

Ensanglantant le sol

Et les pas des vivants.

 

 

 

 

Dirigeants

 

Monarques

Au cœur livide

A l’âme engoncée

Dévorant la face du monde

 

Funestes souverains

A l’ambition effilée

Asservissant à leur botte

Les peuples ignorants.

 

 

 

 

Cadres

 

Habits de béton

Aux interstices flasques

Casque sous le veston

Aux boutons scélérats

Vêtus pour la parade

En grand habit d’apparat

Les marionnettes s’impatientent

 

En scène s’élancent

Les gestes brusques et saccadés

Sous la cuirasse

Aiguisent leur lame

Sous leur complet

Affrontent leur sourire

Opinent du chef

Devant la hiérarchie

Ligotent sans merci la concurrence

Empilent les tâches victorieuses

  

Ecartés des batailles

Dans les coulisses

Hors cadre

Achèvent la représentation

Deviennent ombres lasses

Pantins sans ficelle

Pantomimes transparents

Que l’on couche dans le coffre

Du funeste magicien

 
 

 

 

Acide

 

Nuages d’aigreur

Aux parfums tenaces

 

Déversant leur fût corrosif

Sans discernement

Vitriolant la face du monde

 

Eparpillés par le vent

Dévalant les pentes

Où poussent les hommes

Eclairés par les joies du temps

 

S’abattant en lourdes larmes

Sur les terres aux mille soleils

Déracinant la fortune

Nichée au creux des crevasses

 

Courant vers le centre

Des terres arides

Où brille l’horizon noir

Au cœur sauvage

A l’acrimonie indemne

Sur le sol impénétrable

Où s’épuisent les rayons de l’astre

 

 

 

 

Rétractation végétale

 

Monde aux pétales fanés

Qui sous le ciel se resserre

Comme une fleur asséchée

 
 

 

 

Décideurs

 

Défricheurs d’horizons

Au doigt funeste

Bâtisseurs de gloire

A l’œil rassurant

Amis des peuples

Au poing ouvert

Ecrasant l’espoir

Sous leur bottes

Asséchant le monde

Flétrissant le ciel à venir

Pour l’éternité

 

 

 

 

Guerres

 

Les ruines aux rides crénelées

Perchées sur l’horizon

Vestiges des combats d’antan

Du sang répandu sur la plaine

 

Hier par le regard présent

Sans effet sur nos jours

 

Histoires lointaines

Aux survivances éternelles

Echos des époques ancestrales

Souillant d’autres territoires

Abreuvant la terre

De sa funeste cargaison

  

Fureur contemporaine

A l’abri des bunkers de verre

Aux canons agressifs

Pointés sur le peuple

 

Divisions à l’uniforme

En ordre de marche

Dispersées sur les esplanades

Livrées au combat

Derrière la vitre

L’écran abyssal

Aux signes énigmatiques

 

Guerre impérissable

Livrant leur médaille glorieuse

Au cercle galonné

Aux habitués des mess

Aux costumes croisés

Et l’arme sanglante

Aux mains laborieuses

Sacrifiées à la rente

L’œuvre indestructible

Des assassins d’éternité

 

 

 

 

Sueur froide

 

Toxique chaleur

Eblouissant les sens

 

Braise à l’odeur de souffre

Enflammant les corps

 

Empoignant la chair

Exhortant l’emboîtement

 

Les furtives secousses

A l’immortelle visée

 

Eructer par l’étroit sillon

La sève sauvage