Poésie / 2009 / Hors catégorie

 

 

L’amour est un souffle

 

A Cel(le) dont le souffle habilla notre ciel et l’étendit sur notre peau. Chairs et âmes vibrantes dans l’azur.

 

Quand l’aube se dérobe à tes yeux

Je m’endors

L’épaule titubante

Vers l’horizon pourpre

Qui peuple le monde

 

De ta gorge déployée

Pâlissent mes yeux clairs

Au dessus des océans

Je rêve de lacs couleurs d’écaille

Qui écarteraient ta bouche

 

Rivé à tes paupières

Qui m’exhortent à la paresse

Tu ensemences la pagaille

Et je m’étire

Au rythme de tes reins indigènes

Jusqu’à la saison des neiges

 

*

 

Ta peau de cuivre

Et tes seins de laiton

Appellent la sève au fond de l’interstice

Comme l’antre du diable invite

Les âmes rétives

A s'arc-bouter

 

Comme une offrande aux dieux

Qui me dévisage jusqu’à l’écorchure

Sous les assauts de marbre incandescents

Mon innocence démaillotée jusqu’au poitrail

Étire ma peau

  

Je gis

Comme un christ

Sur le monticule des supplices

Golgotha sans résurrection

La croix décharnée

Abandonné par les pères

Seul sous l’astre brûlant

A moitié mort déjà

En mon désert

 

Devant tes yeux

Trempés aux mythes d’autrefois

Où perle l’amour

Adam et Eve

Se rejoignent

Et se pavanent dans un Éden

Sans blasphème

Ni regard accusateur.

 

Aux rythmes des souffles

Les ondes se propagent

Les âmes cherchent leur nature

Surprises de leur transparence

De l’indécence de leur volupté

Insaisissable

 

*

 

Tout s’efface à ton départ

Le reflet de ton visage

Le grain de ta peau

Jusqu’à nos souffles nourriciers

 

Nos fruits s’égarent en grâce

En évanescence des incidences

 

Les phénomènes tourbillonnent

Et s’éloignent en songes

 

Je ne connaîtrais d’autres gouffres aux parois d’ébène

Les grains de ta peau

Eclateront toujours sous mes gestes voraces

Comme une grappe de fruits trop mûre

  

Et nous voilà ligotés à nos dédales

Sans mur ni miroir

Aussi nus que l’espace

Aussi froids que l’horizon de pierres

Aussi fragiles que nos soupirs

Aussi impuissants que

Nos souffles unis au vent

 

Entre nos bouches

Se meurt l’espérance

Et nous voilà agrippés à la nuit de jade

Déjà reclus dans nos peines

 

 

 

 

Poèmes pour S.

 

Un matin d’ombres chinoises

Se dessine dans la pâleur du jour

 

Une odeur de musc et de térébenthine

Quelques taches sur la toile

Jetées aux ténèbres

 

Un sourire insatiable

Une larme sur la joue

Une ardeur de tristesse frétillante

Au coin des yeux

 

Le combat s’achève

A l’aube

 

Au milieu des essences

Le peintre jette ses brosses

Nettoie ses lustres

 

Reprendra la lutte

Le lendemain

 

Au cœur des retrouvailles

L’évidence s’embrase

Comme une coulée

Dans la chair des sommets

 

Nul autre visage ne peut apparaître

Dans l’embrasure

 

Par la fenêtre

Je devine ton sourire

 

Délabré par tes lèvres

Je m’incline

 

L’immondice de la chair

S’engorge de larmes

 

Je décline

Vers ton corps

 

Vidé de mon sel

Je m’étends contre la vague

 

Le visage heurté par la brise

 

Gonflé d’écume

Je déferle vers toi

Sous tes jupes

Près des volutes nimbées

Je m’assois et j’attends

La perte

 

Rivé au récif

Les bourrasques m’écartèlent

Et me jettent à tes pieds

Sans effroi

 

Déguisé en cocagne

Comme un mât usurpé

Vers ta chair

Auréolée d’épouvante

Je me dresse

Sans prestige

 

Dans la maraude sombre

Une ombre écarlate

La face bouffie

Me toise

Narquoise

 

Et toi qui t’aidera

Si tu ne peux aimer ?

_

_

_

Communauté fraternelle

 

La faucille pend

Contre le marteau

Fendillé par le manche

Dérobée aux camarades

Aux heures barbares

De ce siècle

 

Aujourd’hui

L’étendard

Gît au fond des malles

Recouvert par le linceul de l’Histoire

_

_

Une nuit

Où l’angoisse t’émerveillera

Tu renaîtras

 

Tu pourras voir

Se lever l’aube

Sans différend

 

 

 

L’ardeur de l’oreille

A convoiter le bruit

A défaire patiemment

Les mailles du silence

Pour dénicher le monde

Au cœur du néant

 

 

 

La joie se repaît de tout ce qui l’efface

Indemne d’elle-même

Elle assure sa présence

 

 

 

Tu oublies la faille

Qui t’habite

Pour sauter

Les margelles

Des fossés d’ailleurs

 

 

 

Nul repos

Pour l’impétueux

Le reflet de Narcisse

L’assaille en tous points

 

 

 

Partir vers l’autre rive…

Mais où est l’eau ?

Et les flots ?

Et la berge ?

Et le nageur ?

L’itinéraire s’éteint

Et se camoufle

Comme une bouée dans l’immensité

 

Une seule traversée

Entre les eaux troubles

Le fleuve étire le nageur

Qui s’abîme entre les vagues

 

 

 

Comme un vieux phare déserté

Tu n’éclaires que les rives passées

Le souvenir des tempêtes

Qui te firent chavirer

 

 

 

Le monde s’agrafe et se dégrafe

Par la prunelle mensongère

Se fixe au mur

 

Le collage marque sa trace

Cimente le mur d’auréoles

En voiles tenaces

 

 

 

Sur le chemin

Le souffle donne la direction

 

Suis le vent

Et tu navigueras

Ivre et serein

 

Immobile

Les contrées dessineront chaque horizon

  

Et d’horizon en horizon

La marche deviendra paysage

 

 

 

 

Cherche l’horizon

Exaspère la terre

Efface l’empreinte des jours

Enferme le ciel

Sous la matière

Et tu atteindras la nuit

 _

 _

 _

_

Echappée belle

 

Dans ses yeux

Tu surprends

Le poids de ton amour

 

Son regard reflète

La lucarne vide

Où tu apparaissais autrefois

 

Sous la paupière close

Une flamme sombre et ardente

Qui ronge les chaînes

Rouillées par les larmes

 

Malgré les fers

Enchaînant sa silhouette

A ton ombre

Sur les barreaux

Elle efface ton nom

 

Elle déserte

L’emprise sournoise

Qui l’attache à la geôle

 

Le temps

Bientôt

Achèvera son échappée

Et tu pleures déjà

En silence

A l’orée des clôtures

 

 

 

Dans la chair écarlate

Tu progresses

Comme une ombre apeurée

 

 

 

Découragée par le vent

Ta plume

N’effleure aucun ciel

Piétinée par la clameur silencieuse des foules

Abandonne le trait

Aux lèvres inertes

Comme Icare

Son empreinte gît

Recouverte sous une couverture blanche

 

 

 

Je nouerais à tes yeux

Une couronne pourpre

Trempée dans le sang

De mes abysses

 

Et je laverais ta peur

De mes larmes

 

 

 

Prends garde aux chimères

Aux diadèmes écarlates

Aux soleils qui aveuglent les yeux ardents

 

 

 

Dans l’éclair de ta chair

Transparaît

L’ombre à venir

Le soleil sombre de mes jours

 

 

 

Pourquoi pleures-tu sur les cendres

Alors que le monde fleurit dans ta prunelle ?

 

 

 

Le visage aimé te sourit

Sous la terre

Et tes larmes arrosent

Son chagrin

L’ineffable tristesse des vivants

Et le chien dent qui pousse

Entre les pierres

 

 

 

Debout dans l’hiver

Le vieil arbre pleure

Esseulé sur la plaine

 

Le monde l’a déserté

L’écorce percée de givre

Ses branches grelottent

Sous la brume

Sous le regard des nymphes joyeuses

 

Sa cime regarde l’azur

Seul le ciel le recouvre

 

Les nuages assis sur son faîte

S’attardent un instant

Eux aussi passeront

L’abandonnant à son exil crépusculaire

 

 

 

A la résistance des saisons

Oppose tes printemps

Tes milles printemps

L’herbe verte des prés

Et l’ardeur originelle

 

 

 

Laisse-toi guider par le temps

Oublie les moissons

Néglige le labeur de la herse

Appuies-toi sur le manche

Assis-toi sur la souche

Gagne le creux de l’ornière

Et pose un œil sous le ciel

Pour contempler la métamorphose des paysages

Et le chemin qui te devance

 

 

 

Oublie l’écart

Entre toi et la nuit

Le mince interstice

Que le destin t’a choisi

Pose ton œil

Au pied de l’arbre

Et regarde briller l’origine

Dans les ramages

_

_

Monte, monte vers l’abysse

Ouvre la porte

Et du néant jaillira l’horizon

 

Tu redescendras vers l’humus

T’agenouilleras sur les branches

Devineras les racines au ciel

Les bourgeons dans le sol

L’œil inversé s’étendra

Au delà des écorces

  

Derrière les paysages

Tu chemineras

 

La contrée fantastique

Dans le pas

Qu’importera alors la poussière du chemin

 

 

 

Au cœur de l’atome

Vibre l’espace

Au rythme des saisons

Comme l’herbe et la feuille sous la voûte

Les hommes et la vermine sous le ciel

 

 

 

Sur la preuve

Efface tes pas

Sur l’empreinte

Décompte les fois

Renonce au ciel menteur

Décroche l’espoir des paysages

Un seul instant

Pour l’éternité d’un regard

 

 

 

Derrière l’empreinte

La voix

Derrière la voix

Le silence

Sous le silence

Les feuilles mortes

Au bord de l’abîme

Balayé par les vents

 

 

 

Dans le firmament

S’éteignent l’étoile

L’azur ombré

Les nuages gorgés de larmes

Et la brise de l’enfance

 

 

 

Au loin s’étend l’azur

Et ta main tendue vers le ciel

Agrippe le reflet de la lune

_

_

_

Le mirage de Narcisse

 

Contre la vitre

Se brise ton œil

Toujours s’efface

Le reflet de ta silhouette

Dans le paysage

  

Nul repos

En ton cœur

Toujours l’ardeur t’enfièvre

L’espoir de la rencontre

T’enchaîne à l’impossible

 

 

 

En contrepoint du jour

Apparaît précise

Ta silhouette

 

L’ombre de ta silhouette

Toujours m’accompagne

Présente

Brûlante à mes côtés

Qui m’écorche

Me consume

M’endeuille

Et son absence qui me guette

Du coin de l’œil

 

Son fantôme qui me sourit

De l’abîme où je me terre

J’éclaire ses pas vers la chandelle

 

 

 

Sous la lune

Tu surprends

La charpente des âmes

 

La tienne gît quelque part

Entre hier et la nuit

Entre l’aube et demain

 

Emiettée en son cœur

Eparpillée dans les yeux du monde

 

Tu la portes du bout des doigts

La recouvres de ta silhouette décharnée

Et tu titubes

Sous le ciel

L’ossature brisée

 

 

 

Comme un vestige de pierres

Pendu aux larmes des saisons

Tu attends l’éternité d’un soupir

Ruiné par le temps

Et le monde qui s’efface

 

 

 

Une ombre se dessine

Sous l’abat-jour

Une ombre de nuit

Aux ailes d’airain

Qui se cognent

Aux minces parois

De ta peau translucide

  

Sous le givre des visages

Se fige la terre des âmes

Le vent glacial les recouvre

De sa longue grimace

Qui rencontrer sur ce sol craquelé ?

 

 

 

Le feu jaillit

Du ciel comme de la terre

Il se répand dans tes veines

Pour embraser le monde

Pourchassé par tes flammes

 

 

 

La herse vengeresse

S’abat sur tes joues liquéfiées

Brûle de son poids tes visées

Assèche ta soif

Déroute ta marche

Cloue tes jours à mon ombre

Qui s’incline

 

 

 

Les tremblements de ton ombre

Trahissent

Ta silhouette immobile

 

L’allure reniée par son socle

La façade se dérobe

Elle se perd

Dans les yeux ahuris de la foule

 

Qui applaudit les mains en croix

Rassurée par ses silences

Et la faiblesse de tes pas

 

 

 

De guerre lasse

Tu t’abandonnes

Au gré des songes

 

Pour recouvrir tes tourments

D’une paix fugace

_

_

_

Au dehors

 

Vivre à la belle étoile

Au dedans du ciel vrai du monde

 

Au dedans

L’astre  mensonger

Te confine

Au ciel trompeur

 

 

 

La fougue t’arrache

De ta torpeur

L’élan te porte

Vers un nouvel anéantissement

 

De pas en pas

De tristesse en accablement

Tu t’éloignes

Vers l’inespéré

 

 

 

L’imprévu te guette

De ses yeux saillants

Et toi, tu renonces à l’inconnu

 

Pour quoi ne t’abandonnes-tu pas au mystère ?

 

 

 

 

Temps pis

 

La pendule assassine le temps

Rend infirmes les heures

 

Et tu espères encore

Ecrasé par l’ennui

Entre le souvenir et l’attente

Condamné au défilement des aiguilles

 

Nul espoir devant l’horloge

 

Il te faut habiter

Chaque particule du sablier

Ou mourir d’impatience

Et de nostalgie

 

 

 

Tu cherches la charpente

Sous l’ossature

Et ne découvres que la silhouette du vent

 

 

 

Vers quel ciel est partie l’hirondelle

Qui au printemps attendait sur son fil ?

 

 

 

Derrière la tunique

Le rouge perle de l’étoffe

 

 A l’aube, tu vois

Le doux reflet du monde

Sur son visage

 

Au crépuscule

Dans ses yeux crépusculaires

Scintille la flamme

D’une sombre silhouette

Trace les siècles sur l’étoffe

Pour que naisse la virginité

Dans le cœur humain

 

 

 

Les cendres à tes tempes

Où gît mon reflet

Comme un feu

Au cœur d’un lac gelé

Je grelotte

Sous ton regard

 

 

 

Si les mots n’effleurent tes lèvres

Ne font frémir ta vie

Enfouie au cœur de tes jours

Mille poèmes valent moins qu’un sourire

 

La nuit profonde de mes pages

T’engloutit

 

 

  

Au fond des heures d’absence

Derrière les tremblements assassins

La terreur et l’angoisse

Brûlent l’instant du repos

 

 

 

Nul miracle ne sauve de l’espoir

Sous le mirage

Le réel brut et vigoureux

L’âme innocente qui saigne

Contre les paysages

 

 

 

Comme dans une toile

Sur un fil

Tu es pris

 

Fibres, nœuds, tissus

Être cousus

De fils blancs

Au cœur de l’étoffe

 

 

 

A ton enfance éternelle

Oppose la tendresse de l’écorce

La lucidité tranchante de la sève

 

Sois le roc et l’acier

La sueur et le bois

Les larmes et la bûche

Le feu et les cendres

 

Alors la main et le souffle

Te seront donnés

 

 

 

A l’ombre des mots

Nulle lumière

 

Un feu de paille

Qui étire la nuit

 

Seul le geste éclaire 

 

Jamais ne l’échange

Contre mille poèmes

 

 

 

Ne prêche pas

Incarne ce que tu sais

  

Ne geins pas

Accueille

 

Ne regarde pas

Contemple et admire

 

Ne résiste pas

Remercie

 

Apprends à vivre en liberté

Marche à ta place

A l’exacte jointure de ta condition

 

 

 

Sous la parole silencieuse du geste

Tu guides la sagesse des disciples

 

 

 

Vernis l’écorce

Et le bois tendre

Et tu tueras la sève dans sa fibre

 

 

 

D’un regard

Tu peux couper l’histoire sans fin

Qui t’ensorcelle

 

Ecartèle-toi

Jusqu’aux jointures

Pour faire saillir le lien

En ta moelle

_

_

_

Angoisse

 

Une poutrelle invisible

Plantée dans ta chair

T’écartèle jusqu’aux jointures

Invite la caresse du vent

A déchirer la matière

 

 Tiens-toi

Ouvert au pied de l’arbre

Et regarde

Ses branchages comme une ondée

Ses racines comme un refuge

Son écorce comme un livre

Et sa sève fixer la lumière en ses feuilles

 _

 _

_

Chantier

 

Mon nouvel amour

N’a pas de nom

Il est en moi

Et n’ose venir

Effrayé de mon domaine

 

Il m’a envoyé

Ses terrassiers

Pour nettoyer les parcelles

Arranger la terre à sa convenance

 

Plus tard

Il y bâtira sa demeure

Nous nous visiterons de temps à autre

Et de loin en loin

Nous nous apprivoiserons lentement

Pour un jour peut-être

Devenir amis

 _

 _

_

Bhumi

 

Dans l’odeur des foins

Tu t’es jeté

Comme sur un matelas de mousseline blanche

Dans les hautes herbes

Tu reposes

Le visage posé

Contre le ciel

 

A l’abri

Dans nos mémoires

 

 

 

Ne te hâte pas

Le pas léger

Sur la route

 

Danse avec les évènements

 _

 _

_

 _

Pèlerin

 

Allonge les arbres sur la sente

Couvre le monde de tes grimaces

Clôture le ciel de tes promesses

Ô ! Tu n’en as pas fini de marcher, pèlerin !

 

 

 

Il meurt la bouche en croix

Comme un porteur d’eau sale

Au loin passent les silhouettes d’airain

Immobiles sous leur ailes

Mais où vont-ils ainsi ?

_

 _

 _

_

Mères

_

Tant de ventres endiablés

Frappent la chair de leur sceau

S’imaginent source originelle

Et défenestrent les âmes de leur ciel

 

Tant s’inventent engraineurs de destin

Légataires universels

 

Ignorant l’œil ceinturé

Dans l’exiguïté des paysages

Vissé sur le mur orbe

 

Que savent-ils de leur propre source

Et de l’antériorité de l’origine ?

 

Que peuvent-ils savoir

Du sort de leur portée ?

 

 

 

La rumeur gronde alentours

Dans l’indolence des cœurs

Repose

Comme un oiseau blessé

Dans le silence inquiet

 _

 _

_

 _

Angoisse

 

Le souffle saillant

Heurte les parois

Te jette dans l’abîme

 

Te transperce jusqu’à l’asphyxie

 

Te laisse à l’agonie

Sur ton lit de marbre

 

Te couche

Entre 4 planches

 

Recouvre tes suffocations

Du linceul originel

 

 

 

L’ombre porte le jour

Comme les cendres

Au cœur des braises

 

 

 

Tu portes la glaise

De tes doigts

Comme un étendard

 

L’oriflamme vivant du destin

Qui flotte sur le dôme

 

Bannière de ta condition

Sous le ciel

 

 

 

Tu t’obstines

Dans l’éphémère

Comme emporté

Par les heures

Sur une échelle infinie

 

Tu t’accroches à un barreau

Et te voilà enfermé

A l’éternité

 

 

 

Au bleu des jours

Tu revêts ta longue tunique d’étoiles

Parcourant les boulevards

La lune en auréole

 

Les passants te jettent

Un œil sournois

Tu poursuis ton périple

Au hasard dans le vent

 

 

La longue tunique bleu

Te tend une main hargneuse

Tu ouvres les bras

A la face hideuse du désert

 

Elle te regarde d’un air attendri

Et toi

Trop coutumier des façades

Tu t’effarouches de la figure

Tu baisses les yeux

Aveugle au sourire de son regard

 

 

 

La folie t’empoigne

Et te roule sur la page

Offrant quelques traits raisonnables

A ta sage déraison

 

 

 

De camisole en camisole

Tu comptes tes pas

A mi-chemin

Tu regardes derrière toi

Et tu vois le mur se rapprocher

 

 

 

Dans l’épure

Surnagent le chaos

Et le silence complice

 

 

 

Nulle gloire en cette terre

Du sang, de la poussière et des larmes

Quelques pas dans une flaque opaque

Eclairée de regards complices

 

 

 

Une brève éclaircie

Dans la brume

Comme une percée

Dans l’orage

 

Sous le climat ravageur

Tu regardes le ciel menaçant

 

Tu transpires de tristesse

Dans l’impossible saison

 

 Le ciment des jours

Te pétrifie

Au seuil du monde

Plante ta présence

A ses confins

 

Aujourd’hui

Nul signe de la main

A l’horizon

 

Quelques silhouettes passagères

Penchées sur l’horizon

Disparaissent

Sans un regard

 

 

 

Seuls et entourés

Voilà ta vérité, homme

Animal insensé du sens

Creuse dans l’entre-deux

 

Et te voilà bientôt aux confins

De l’entendement

aux pieds de l’incompréhension

Au cœur de la béance

Et du mystère, fieffé animal !

 

  

 

L’âme nue

Se repose des vitrines

Derrière les masques

Et les grimaces

Le rire

Et les postures

 

Sous le néant

L’imperceptible tremblement

L’invisible de la chair qui rougeoie

 

 

 

Quelle ombre te parcourt

Lorsque le mensonge éclot ?

 

 

 

La vérité nue brille

Devant la falaise

 

Ne cours pas, apeuré,

Regarde plus bas le paysage

Vers l’abîme.

 

 

 

De quelle fontaine tires-tu ton eau ?

Moi, mon seau est vide

Et ma peine intarissable

 

Où abreuves-tu ta soif ardente ?

 

 

 

Le monde s’étouffe de son silence

Derrière l’écho et la fureur des mains

Tu vomis la parole

Derrière les coulisses

 

Tu parles

Pour une ombre

Dans la foule invisible

Qui prête l’oreille aux rumeurs

Le bruit de tes lèvres closes

 

 

 

Malheur

A celui qui flotte

Dans la brume

Il gît déjà sous le vent

Enterré dans le ciel

 

 

 

Tu galopes

Vers la vérité incertaine

A cheval sur le doute

L’incertitude à tes trousses

Qui te devance

Encerclé par les ténèbres

Tu longes le mur orbe

Qui t’entoure

L’œil rivé

Sur la lucarne invisible

Tu espères seulement

Y trouver une figure familière

Te glisser par la meurtrière

Sans accroc

Ignorant qu’il te faudra te dévêtir

Jusqu’à l’os

Te défaire de ta chair jusqu’à la moelle

Pour que surgisse la lucarne

Que l’espace inonde tes pas

Ton cri et ton œil

Pour voir le jour apparaître

Pour la première fois

 

Aujourd’hui

Ne songe ni au mur ni même à la lucarne

N’imagine aucune brèche

Longe le mur sans compter tes pas

 

Le monde exhale une odeur de souffre

Qui embaume la chair et meurtrit l’essence

Une odeur douceâtre et écœurante

Qui exacerbe la voilure

 

 

 

Deviens l’étranger

Qui te reconnaît

Alors tu seras l’autre

Toi-même

Bien davantage

Le singulier épris du multiple

Le rien embrasant le tout

Le lien courant du passage

 

 

 

Tu n’échapperas pas à la délivrance

Elle surgira par surprise

Lorsque rassasié de l’édifice

Enchaîné aux parois

Tu étoufferas au fond du puits

 

 

 

La vie est

Comme une offrande à tes jours

Comme du bois coupé

Qui se consume

Dans l’âtre noirci

De la fumée dans l’espace clairsemé

  

Regarde-la comme la nuit

S’enfoncer dans le jour

Comme l’aurore engendre

La clarté alentour

Deviens le cycle,

L’astre, l’ombre et la lumière

Et l’œil qui les contemple au loin

 

Mêle ton sang

A la substance du monde

Ton souffle aux vents

Et à l’haleine des foules

Pour voir fleurir entre tes lèvres

Le sourire ancestral du monde

 

Le monde aux mille bouches

Qui embrassent et s’embrasent

Se tordent et s’empoignent

Se mordent et s’avalent

Se recrachent et s’étouffent

Avant le dernier souffle

Et qui renaissent toujours

 

 

 

Une vieille ombre

Te sourit derrière la mémoire

Le chagrin ancestral de l’Homme

 

 

 

Tu cours vers le refuge

Sans repeindre ton abri

La présence abîmée

Par les nuits d’espoir

La gaieté des jours

Et l’anéantissement des perspectives

 

Tu t’assois

Seul et malhabile

L’œil du dedans éveillé

Posé sur les 4 murs alentour

Dispersant les parois

Et envolant la boîte

 

 

 

La mémoire de l’encre

S’assèche

Entre tes lobes

S’efface

Les hachures jaillissent

Au dedans

Dans le désert des mots

Quelques traits invisibles

Qui s’estompent

En empreintes fragiles

Puis disparaissent

Engloutis par l’oubli

 

 

 

Tu rumines

Avec l’œil placide du bovin

Allongé sur ta couche

Etouffé par la paille

Que tu émiettes

Apeuré par la fourche

Du fermier qui guette au dehors

Et dont le souffle chaud t’écœure

 

 

 

Sur le fil

Tu te tiens

En moribond écartelé

Par l’équilibriste

 

Chut ! te dit-il

Prends garde à ne pas tomber

 

Et tu trébuches

Dans ta chute

Tu dégringoles à ses pieds

 

Tu retombes sur un autre fil

Un fil au dessus du fil d’avant

Tu progresses

Le pas hésitant

En nouveau-né écartelé

Toujours tenu toujours

Par l’équilibriste

Qu’importe la chair

 

Sous la peau

L’être vacille

 

Et sa consistance

Se reflète

Dans l’œil du monde

 

Comme un cœur vacillant

Qui avance

 

Nul drame

En surface.

Souterraines

Demeurent les batailles

Et les meurtrissures

 

Sous l’aire déchirée

Indemne demeure la présence

 

 

Au creux des silhouettes

Une âme dévergondée

Te murmure à l’oreille

Des mots enivrés

Qui égarent la raison

 

Elle te confie le poids léger des jours

Qu’elle dissipe d’un claquement de doigt

Elle te livre la rosée

Aux bords des lèvres

et le secret des aubes radieuses

Au seuil de la brume automnale

 

Nul fardeau ne te soulève

Tu avances

Le poids léger du vent

Sur l’épaule

 

Sans épaisseur

La joue contre le sillon

L’âme aux aguets

Et le cœur toujours aux abois

 

 

 

Tu aménages ton fossé

Comme une contrée éternelle

Mais tu demeures sans voie

Devant l’invisible

 

 

 

Comme une colombe

Sous le ciel

Tu erres parmi les roseaux

Penchés par le vent

 

Dans le marécage

Un cri monte vers l’abîme

Les nuages

Dans un lointain écho

Glissent

Sur ta joue

Une larme

 

 

 

Sous ce ciel d’immondices

Tu fouilles parmi les ordures des hommes

En quête de l’étoile-détritus

Qui éclaira la décharge

Et saura faire briller sous la fange

Le terreau des siècles meilleurs

  

Sur l’horizon du monde

Aux fenêtres des temples

Au seuil des masures

Nulle main tendue

Des rires broussailleux et ignares

Qui éclatent aux visage

 

Trace les siècles sur l’étoffe

Pour que naisse

La virginité

Dans le cœur humain

 _

_

_

 _

Elle et toi

 

Au cœur des retrouvailles

L’évidence s’embrase

Comme une coulée

Dans la chair des sommets

 

Nul autre visage ne peut apparaître

Dans l’embrasure

 

Par la fenêtre

Je devine ton sourire

 

*

 

L’immondice de la chair

S’engorge de larmes

 

Délabré par tes lèvres

Je m’incline

 

Je décline ton corps

Du bout des doigts

 

*

 

Vidé de mon sel

Je m’étends contre la vague

 

Le visage heurté par la brise

Gonflée d’écume

 

Sous tes jupes

Près des volutes nimbées

Je m’assois et j’attends

La perte

 

 

 

Rivé au récif

Les bourrasques m’écartèlent

Et me jettent à tes pieds

Sans effroi

 

*

 

Déguisé en cocagne

Comme un mât usurpé

Vers ta chair

Auréolée d’épouvante

Je me dresse

Sans prestige

 

*

 

Dans ses yeux

Tu surprends

Le poids de ton amour

La lucarne vide

Où tu apparaissais autrefois

 

Sous ses paupières closes

Une flamme sombre et ardente

Qui ronge les chaînes

Rouillées par les larmes

 

Malgré les fers

Qui l’enchaînent à l’ombre

Sur les barreaux

Elle efface ton nom

 

Le temps

Bientôt

Achèvera son échappée

 

Et tu pleures déjà

En silence

A l’orée des clôtures

 

 

 

Dans la chair écarlate

Tu progresses

Comme une ombre apeurée

 

*

 

Je nouerais à tes yeux

Une couronne pourpre

Trempée dans le sang

De mes abysses

 

Et je laverais ta peur

De mes larmes

 

Prends garde aux chimères

Aux diadèmes écarlates

Aux soleils qui aveuglent les yeux ardents

 

*

 

Dans l’éclair de ta chair

Transparaît

L’ombre à venir

Le soleil sombre de mes jours

 

*

 

En contrepoint du jour

Apparaît précise

Ta silhouette

 

L’ombre de ta silhouette

Toujours m’accompagne

Présente

Brûlante à mes côtés

Qui m’écorche

Me consume

M’endeuille

 

 Et son absence qui me guette

Du coin de l’œil

Son fantôme qui me sourit

 

Et de l’abîme où je me terre

J’éclaire ses pas vers la chandelle

 

*

 

La herse vengeresse

S’abat sur tes joues liquéfiées

Brûle de son poids tes visées

Assèche ta soif

Cloue tes jours à mon ombre

 

*

 

A l’aube, je vois

Le doux reflet du monde

Sur ton visage

 

Au crépuscule

Je vois dans tes yeux

Scintiller ma sombre silhouette

 

*

 

Les cendres à tes tempes

Où gît mon reflet

Comme un feu

Qui grelotte

Sous ton regard

 

*

 

En chaque visage

Se dessine ton visage

Comme un reflet qui m’ensorcelle

 

Prisonnier dans la foule

J’erre dans ton miroitement

_

_

_

 _

Triste chair

 

Ta voix est muette

Dans l’étreinte

Et mon âme au dedans

Crie ton absence

 

 

 

Dans la plaine dévastée

Rougeoie le silence gorgé de soleil et de guerriers.

L’arc-en-ciel sanguinaire à l’horizon

Comme une échelle où se dressent les plus lestes

Qui effleurent les anges blancs tachés de mystère

Des pas en contre bas 

Des pas légers sur le sable

Sous la noirceur et le sang

Danse macabre des silhouettes ombrées

Menée à la baguette par le maître

Le maître des lieux mi-homme mi-oiseau tenant la tenaille

Et la vis serré aux danseurs exténués 

L’un porte le soleil rougeoyant à bout de bras

Le pesant soleil encore inéclos

Les autres, bonzes de papier, ombres décharnées par le labeur

Sur la montée incessante

Portent l’élu sur le déséquilibre et les épaules des premiers

Soubassements involontaires et dignes

Pour atteindre de sa tête l’azur transparent

 

 

 

Un espace d’étreintes imaginaires qui se glorifie de couleurs saccadées.

Embrasse toutes lèvres offertes à l’aube ancestrale et au devenir séculier

Qu’importe à qui elles se destinent

Entre elles se devine l’origine qui les enfanta

Et le regard de tout ton peuple

Aux destinées éphémères

Qui se contemple avec grâce

Dans toute prunelle entrecroisée

Spectres spéculaires

Orifices repus par toutes les chairs offertes

Les sublimes matières qui peuplent le monde

Myriade de mouvements

Dans la transparence claire et enveloppante

Querelles et tiraillements traversant sans trace le regard de paix

En tous recoins de l’espace

Dans tous les replis de la terre et du ciel

Laissant libre toutes forces de naître et de mourir

De s’étendre et s’étioler

Au gré du grand jeu labyrinthique

A ses yeux la transparence des murs

L’éclatement des cloisons

La liberté sans entrave

L’inaltérable paix

S’amusant de toutes les joutes de papier

Les querelles d’ivrognes

Le tracé si léger des formes

Qui croient imprimer leurs marques

Sur le marbre

L’inconséquence des rencontres, des heurts et des effleurements

Des imbrications et des cavalcades

Des élans opposés qui se rejoignent à toutes les extrémités

Comme autant de passerelles rejoignant d’inséparables côtés

Emergences et disparitions

Dans le fracas et le silence

Devenant trajets évanescents, harmonieuses arabesques

Sur l’éternel palimpseste

 

Joie sans ombre de tous les appels

De toutes les naissances et les disparitions

Laissant la matière foisonnante

Œuvrer à son destin fugace

Riant de toutes percées

Et de l’insondable opacité qui recouvre sa lumière

Ombres écarlates dont elle éclaire les mouvements incessants

Les pertes et les gloires si dérisoires

Présence éternelle

Immuable

Autorisant tous les parcours

Tous les détours, toutes les faims

Les secousses et les caresses

Les oublis et les manquements

L’aveuglement acharné et les percées opiniâtres

S’égaye de toutes manifestations

Laisse naître les pyramides et les tombeaux

Dans un joyeux chaos aux mouvements désordonnés

En une fresque harmonieuse et équilibrée

Où le déséquilibre même est une excroissance

Une expansion de la beauté

Où rien n'est vil ni vilipendé

Où tout existe

Et est autorisé

Tourbillons foisonnants sur un sable si léger

Aussitôt nés aussitôt recouverts

Par la caresse des vagues et la violence des marées.

Dans le jeu sempiternel de ses formes

Impassible et rieuse

Elle demeure

 

 

 

Joie sans ombre de tous les appels

De toutes les naissances

Et de toutes les disparitions

Laissant la matière foisonnante

Œuvrer à son destin fugace

Riant de toutes percées

Et de l’insondable opacité

Des pertes et des gloires si dérisoires

Présence éternelle

Immuable

Autorisant tous les chemins

Tous les détours et toutes les faims

Toutes les secousses et les caresses

Tous les oublis et les manquements

Tous les aveuglements et les percées

S’égaye de toutes manifestations

Laisse naître les pyramides et les tombeaux

Les chaos et les fresque harmonieuses

Où le déséquilibre même est excroissance de la beauté

Où tout est autorisé

Tourbillons foisonnants sur un sable si léger

Aussitôt nés aussitôt recouverts

Par la caresse des vagues ou la violence des marées.

Dans le jeu sempiternel

Elle demeure

Rieuse et impassible

_

_

_

 _

Supplications

[douces fulminations – les paradoxes déconcertées]

 

Pourquoi se défaire de nos malles

Dont le contenu nous ignore

Et que nous délaissons avec superbe

Pour des guenilles d’or et de diamant ?

 _

_

O Hommes, bouts de moi-même

Où courrez-vous de ce pas ?

Où croyez-vous fuir ainsi ?

Ne sommes-nous pas inséparables ?

 _

 _

_

Corps défait par la sagacité

Esprit en fusion

Pensées explosées

Défaites de toutes les certitudes

Jusqu’à l’effacement

 _

_

 _

Folie du vrai

Folie du faux

Folie du oui

Folie du non

Folie des gestes de pure sagesse

  

Pas de règle

Pas d’idée

Pas de temps

Pas d’instant

Pas de moi

Pas de loi

Pas de toi

Nous n’existe pas

Ils s’étiole

On égare

Ou rapproche quelque fois

Tout ne se pense pas

Tout est là

Vivant

Vibrant

Impatient de t’exploser

Vers ses parcelles

Anéanties

Réunies

Riches de l’Un

Qui n’est que toi

 

Peurs

Fuites

Arc-boutances

Dénis

Simagrées

Grimaces

Colères

Désirs

Quête

Entraves

Enclaves

Refuges

Brimades

Rancœur

Exacerbent tes douleurs

Ôte tes frontières

Sans relâche

Dégarnis-toi de toute cargaison

Nu jusqu’à la blessure

A vif

 

Poignarde l’espoir d’atteindre

Ciel, terre, fumées d’azur

Fumiers de tes pas

Ecarte-toi

Rejoins-toi

Et oublie

Marche

A l’arrêt

Sur une foulée

En un éclair

Foudroyé par l’âpre et inattendue vérité

Joie sans borne

Déroute totale du regard éperdu

Perdu à soi

Horizons saugrenus

Rires

Pleurs

Défaite de tout labeur

Vanité de tout effort

Aisé jusqu’à l’outrance

Insaisissable

Inaccessible encore

Marche

L’épuisement à l’œil

Fatigue sereine

Et libératrice

Et sois, meurtrier de toi-même

Bourreau de tes geôles

Libre déjà

Sois

 _

_

Malaxe ton passé

Jusqu’à l’obsession

Déniche le seuil interdit

Qui enferme ton pas

Dans le cercle étroit

Concentré en un point

 

L’univers danse sans toi

Il persifle à la ronde

Insuffle un sens à tes pas

Réduit en cendres

Ta destination précise

T’invite à la joute et aux querelles

A la bastonnade

Brise tes ailes

Pour te convier à l’envol

_

 _

Seul l’amour recouvre les brimades

Et aguerrit le terrain des audaces

Le reste n’est que champ de ruines

Batailles impies et incertaines

Promises au désastre

 

Joutes éternelles des visages

Effleurement des promesses sans cesse repoussées

Egarement des pas

Avancées pitoyables

De cercles vicieux en enlisements

Sans conséquences

 

Drames obscènes

Théâtre de grimaces

Frontières à départager

Querelles de masques

Disgrâce des sourires

Martèlement infâmes des rengaines

Pas incertains

Aux issues trop certaines

Tout appelle

A la réconciliation

Aux saccages de la comédie

Et des comédiens

 

Seul

Et sans témoin sur la scène

La pièce se joue de toute simagrée

Quand l’authentique brille dans la prunelle

Le silence se moque de la foule

Et de ses applaudissements factices et univoques

Débute alors le spectacle de la vérité

Tragédie sans acte

A l’épilogue comique

Malgré les larmes

 

Soif d’extase n’invite qu’aux larmes

Recueillement de la tristesse

Ouvre tes portes à la grâce

 

Maraude sans fin

Immobilité sans trace

Couvertures au sol

Commence alors le voyage

Défais l’infini de tes yeux

Et pose ton regard sur l’infime

Ecarte le ciel de tes lèvres

Et offre ta main à celui qui s’approche

Ôte les livres de ta besace

Et va le cœur démuni

Efface tes rêves de voyage

Et invite l’inconnu à ton pas

_

 _

 _

Séjourne parmi les fous

Qui t’apprendront la sagesse

Erre avec les miséreux

Que ton regard dédaigne

Où que tu ailles

La vérité est au bout de ton pas

N’entache tes semelles

De sentes glorieuses

Ecoute les cloches sonner

Aux entrées des impasses

Détourne-toi de toute raison

Marche vers le pays d’une seule foulée

Où les dieux fréquentent les anges

Où les anges connaissent le diable

Où le diable est roi

Où les rois mendient l’amour

Où l’amour se donne

A toutes les mains tendues

Et foudroie tous les visages

Faces égarées et mines déconcertées

Ouvre tes portes

Et il te sera donné

Non de croire

Mais de voir la vérité

Et les mystères de cette contrée

Qui n’accueille que les âmes

Dont les yeux pourfendeurs

Ont su se délester du poids même de leur vérité

Va et marche, mendiant d’amour

Et il te sera révélé

 _

_

 _

Défais-toi des traces de sable sur ta main

Et allonge-toi sur la grève

L’océan ne tardera plus

Entends-tu déjà la clameur des vagues

Qui te disperseront bientôt ?

 _

 _

_

Marche sans contrepoint sur l’horizon

Ligne de fuite du cœur

Ne t’y jette point

A corps perdu

A foulée cadencée

Mais niche ton œil dans l’astre

Où brille ton centre

Déloge tes aveuglements

Ignores-tu que tu brilles déjà

Modestement ?

Eclaire donc tes yeux

En un point condensé

Où tu te trouves déjà

 

Un roi sans soleil

Dépeçaient les âmes

Effleurait de ses doigts leur contour

Et s’égayait de les disperser au vent

_

 _

 _

Nul profit pour les yeux sales

Les cils enlaidis de fard

Qui se plient aux foudres des cœurs emmurés

 _

_

 _

A l’œil nu

Se dévoile le mystère

La fragilité perce tout voile

Paroi de roche et de chair

 _

 _

 _

La vie sans égard pour les artifices brise les masques d’argiles et les sourires crispés.

Enflamme la chair. Et les circonstances pour la brûler. Jusqu’à la transparence.

Laissant indemne la nudité fragile qui s’offre.

Pour découvrir (dévoiler) derrière ce dernier rempart de vulnérabilité,

la force humble et la flamme brillante qui animent le monde.

L’essence de toute manifestation.

 _

 _

_

L’horizon se couvre de glace

Miroir et reflet s’effacent

L’âme opaque avance

Cristallise tous les mouvements

Et s’étiole à la chaleur de l’astre

 _

_

 _

L’horizon se couvre de taches

Traces éphémères

Que le regard cisèle

Se défaire de la mémoire

Pour aller le cœur lisse

_

 _

 _

S’ouvrir au destin

Embrasser la multitude du chemin

Déposer ses peurs

Et s’effacer

Après l’heure du besoin

Avant l’heure du tocsin

_

 _

 _

Mourir sans certitude

A tout ce qui t’efface

T’ébranle et t’enlace

Mourir d’abnégation

Mourir jusqu’au renoncement

Aux lèvres

L’abondance de l’évidence

Accueillir

S’unir à tout surgissement

Qui s’efface déjà

N’être que cela

Ce rien qui passe

Ce tout qui lasse

Qui enlace

Et se détache

L’abondance du grain

Dissimule la récolte des champs de rien

Qui poussent sur notre route

Insaisissable dans les interstices du regard

 _

 _

 _

Mille éclats d’histoires

Dans ses terreurs

Et autant de rêves brisés

Qui l’adossent à un rire énorme

Un rire sans fin

Et sans vengeance

Eclatant de vie et de fureur

Et de bonté peut-être

Pour ceux

Tous ceux qui n’ont su voir

Derrière sa chair incandescente

Les brûlures espiègles et dévorantes

L’amour cherchant sa voie

L’âme cherchant sa sœur

Et un visage sans doute à reconnaître

Et à aimer d’une folle manière

Un visage à découvrir

Et à consoler de mille caresses

A entourer d’une présence sans âge

Tirant sa source d’un temps si lointain

D’une autre rive où les hommes

Aux plus proches de leur mystère

Et de leur enfantement

N’avaient de lignées

De cette époque peut-être sans genèse

Où les drames éclataient en pétales

Et en feuilles de vigne

Qui sait ?

Qui sait ce qu’elle cherche encore ?

Ne vois-tu donc ses lèvres offertes

Et la lumière derrière ses larmes ?

_

 _

Ne cherche le mystère de tes ailes. Mais allège ton pas.

 

Un temps éclatant d’orages et de mystères

Qui voit flétrir les vieilles parois éculées

Où tu te cognais tant jadis

Laisse-toi enfoncer

Sans trouver refuge

Dans les abris à l’abandon

Laisse-toi gagner par la déroute

Ne vois-tu pas

Malgré l’opacité des prunelles

L’horizon s’éclaircir ?

 _

_

Au-dedans des cieux racoleurs

L’espoir et la destination précise

Au cœur de nulle part

La déroute ensemence

Nourrit la graine d’azur à éclore

Sous ton pas toujours juste

N’aies crainte de l’égarement

En tous lieux il te conduira

Et agrandira ta maisonnée

Jusqu’aux horizons les plus reculés

Te créera un soleil en guise de tête

Et une lune en sourire

Tu renifleras alors l’amour et l’intelligence

Le regard déchiré de présence

Et tes oreilles aussi larges

Que furent tes infortunes

Ton visage s’égaiera enfin et apprivoisera le monde

Réconcilié

Mourir à tant de visages

Sans un cri

Sans un seul espoir pour les nuages

Et découvrir le ciel rieur

Et une larme sur ta joue

Quelques pleurs

Et un fond d’abîme étincelant

Où les âmes s’évertuent à rire

De nos maladresses

Prouesses de tous les labeurs

_

_

Comme un drame funeste qui l’a mille fois effacé, elle s’évanouit d’un seul geste, mille fois répété. Et succombe. Qu’elle succombe à jamais ! Voilà son espérance. Mais l’espoir ténu ne l’émeut guère. Il les sait (la vie, la voix, la voie) présentent en tous lieux. L’effondrement pourrait-il provenir d’une autre fontaine ? Il l’ignore. Qu’elles disparaissent (la vie, la voix, la voie) et l’anéantissement lui serait fatal. Définitivement. Voilà sa seule (et véritable) crainte ! Quant à la faveur des situations – à l’espoir des situations favorables –, le sevrage approche à grands pas. Il y résidera bientôt, le cœur encore peu assuré et hésitant, le pas timide et maladroit, à deux pieds sur l’incertitude, solide comme un roc léger et confiant du terrain qui se déroule.

 

Elles sont là qui brillent discrètement sans ondoyer. A se faire entendre partout où l’oreille écoute le regard qui entend le geste et le pas à l’unisson. Dans les murmures et les cris, la fureur et les silences. La présence et l’effacement. Les rencontres menaçantes s’estompent et s’effacent… qui menacent. Les mille soutiens, les mille situations qu’elles procurent comme d’ineffables invitations à l’éprouver la présence. Dans les rires et les larmes, la présence. Et la joie de s’unir à elle en tous lieux. A tout instant. A la vivre dans leur plénitude. Jusqu’à ce qu’elle jaillisse entre ses pas pour se répandre sur son visage. Et sur tous les visages alentour. Visages rencontrés.

 

A l’issue du premier puzzle achevé, les pièces s’effaceront d’un souffle. Et retrouveront, il le sait, leur espace vierge. Au suivant, il laissera leurs forces trouver l’agencement des éléments. Y participera neuf de ses défaites ancestrales et de ses triomphes nouveaux. Savourera partout la présence en ses pas. Geste après geste. Situation après situation. Evènement après évènement. Sans impatience, sans désir particulier. Satisfait du puzzle en permanente élaboration. Dans le mystère de son origine et de sa destination. Voyager dans chaque pas et chaque geste comme un vagabond confiant émerveillé du trésor qu’elle porte en lui partout où ils vont ensemble...

 

Il apprivoise l’incertain. Laisse l’horizon se dessiner à chaque pas. Renonce – malgré lui – à savonner la pente où il glissera. Confiant dans le vent. Les épreuves emplies de la présence en lui.

 

La présence partout présente. A chaque pas. Au fil des situations, elle est là, le fait tantôt glisser ou l’insère, l’immisce. Partout où il marche à pas mesuré sur l’asphalte, ravi des paysages qu’elle lui dessine.