Journal poétique / 2010 / Le passage vers l'impersonnel

Ce matin, un brin d’herbe s’est penché sur mon visage. Je l’ai regardé. Et de mes yeux limpides a coulé une larme étoilée que j’ai suspendue au ciel. Et je suis reparti le front moins rageur. Moins boudeur. Et moins songeur aussi peut-être. Plus haut dans la poussière de mes pas. Un sourire sans malice sur les lèvres. Et le cœur moins chaviré par la souffrance des siècles. Ravi de cette rencontre. De cette amitié invisible tissée avec le vent. Dans un ciel enfin à hauteur de mes pas.

 

 

- Herbes et cimes -

 

Sur l’asphalte du monde, il piétinait comme un moribond. Recouvert par toutes les routes couleur de tombe.

 

 

Le chemin sera mon tombeau.

 

 

Il claudiquait sur la chaussée parmi les cimes et les brins d’herbes. S’égarait à hauteur d’homme. Lui qui aurait tant aimé les regarder par-dessus l’épaule, devait relever la tête et poser son front sur leurs chevilles parées de larmes et de bijoux.

 

 

L’incompréhension entre nos abîmes. Que faire ?

 

 

Il tendait l’oreille à l’impasse où l’écho grondait d’une présence encombrée de lui-même. Il haussait la voix pour que la voie lui parvienne. Mais le silence et la solitude furent les seules réponses. Comme une invitation à l’âpre labeur.

 

 

Tant de traits tournaient au fond de sa cage, le détournaient de tous les passages, étourdissaient sa tête appuyée sur la page, apostrophée en tous points, étalaient ses yeux au plafond, lui laissant la prunelle hagarde.

 

 

L’appel lancinant des songes et des habitudes éloigne du large, de l’étendue sans limite qui égare et déboussole.

 

 

Il rêvait de cette terre d’élection que rejoignent un jour tous les marins accrochés aux étoiles, rivés à la barre, la main en visière, seuls sur le pont, agrippés aux voiles, au mât, à la berge et à l’horizon, soumis aux tempêtes et aux marées, aux amarres et aux phares sur la jetée. A jamais liés à la mer.

 

 

Il prenait garde aux oiseaux de malheur qui gisent entre les cimes. Jamais il ne se posait sur leur fil. Il trouvait refuge à hauteur d’herbe pour inviter l’envol à sa portée.

 

 

Son souci des jours assombrissait ses pas. Et retardait la venue de l’astre.

 

 

Il croyait à l’impossible. Et l’improbable survint.

 

 

Un jour, il ignora le lendemain et regarda le soleil comme un étranger émerveillé des continents. Et le monde sans éclat aussitôt brilla derrière la vitre.

 

 

Il s’évertuait d’ouvrir sa mémoire au présent qui passe éternellement. Et se renouvelle.

 

 

Un jour, il reconnut le visage de Celle qui l’avait mis au monde et entouré, protégé des foules et ensemencé sa déroute. Elle était là, partout présente, attendant sa reconnaissance. Et il la devinait dans les bois, les brins d’herbe, les visages, les rires, les cris et le silence.

 

 

Présent à Son regard (et à Son visage), il fit vœu de La suivre partout. Jusqu’au bout d’Elle-même. Dans ses traversées, ses recouvrements, ses détours et ses dépassements. Ici et ailleurs. Dans l’inconnu partout présente.

 

 

Elle vit sa peine. Et le consola d’une caresse. L’encouragea d’un geste. Le réconforta d’une parole. Et lui, l’ingrat La cherchait encore. En quête partout d’un sourire, d’une main, d’une bouche, devinant pourtant son visage en chaque lieu, en chaque évènement, en chaque souffle qui le maintenait debout, dans les mille tensions de son être orgueilleusement vivant.

 

 

Un jour, un monstre sans viscère lui cracha ses peurs au visage. Comme le reflet de ses miroirs sans teint. Il s’avança dans l’opacité de ses craintes, se heurta aux murs livides qui l’entouraient, le recouvraient, le submergeaient. Et s’étouffa jusqu’à l’épuisement. Jusqu’à l’agonie où il creusait sa vie.

 

 

Il enterra son œuvre au firmament. Et sur ses pages étoilées, il livra ses silences.

 

 

Le monde recouvrait ses falaises de givre. Et lui, le malheureux, glissait entre ses parois.

 

 

Un horizon brillait pourtant dans le lointain. Exactement sous ses latitudes. Mais au lieu de fouiller en son creux, il se mit en marche. Ignorant encore qu’il était à portée de main (et qu’il aurait pu l’embrasser d’un regard).

 

 

A la vue de cette présence, il étendit les doigts pour la cueillir. Au lieu d’offrir sa main ouverte.

 

 

Comme un poisson hors de l’eau, il broutait le vent. Semait sa liberté à tout va. Et décimait toutes les récoltes à venir.

 

 

Il comprit qu’il devait changer d’envergure pour prendre son envol. Elargir les 4 murs qui étouffaient l’espace. Et y laisser entrer un souffle nouveau et plus ardent.

 

 

Le ciel abrite un secret

Une légende peut-être

Un monde englouti qui ne peut disparaître

Une foison d’orchidées

Pour les sages et les innocents

Un butin d’étoiles qui se tissent en silence

Depuis la nuit des temps

Et qui éclosent chaque matin à l’aube

Pour tous les yeux vierges de la terre

 

 

Après l’ombre, les nuages. Après les nuages, le ciel gris. Et après le ciel gris, le ciel bas qui jette dans l’abîme.

 

 

Et il s’y enfonça avec le ciel bleu autour des yeux et le gris du ciel qui lui mangeait le visage.

 

 

Nul abri où poser ses paupières

Nul autre abri que la lumière

Des larmes coulèrent sur ses joues.

Comme le sable recouvre les oasis.

 

 

Il fuyait son ombre secrète, écrasant toutes les silhouettes sous ses pas. Songeait à émerger de ses entrailles pour toucher l’azur. Se confondre et s’étendre en son sein. Poursuivre son élan vers ailleurs. Le renouveau d’ici. Avec un regard aiguisé qui saurait contempler sans heurt le relief, atténuant ainsi les soubresauts autrefois tant redoutés.

 

 

L’horizon touche à sa fin dans notre regard. Et demeure infini à notre œil ignorant.

 

 

Perché au-dessus de son tertre, il contemplait la crête où se perd l’horizon. Et sur la cime, il vit des oiseaux se pavaner entre deux acrobaties nuptiales.

 

 

Il oublia ses brouillons, ses tumeurs et ses lacunes. Et reprit son sillon tordu où se creusait la vérité.

 

 

Nulle charrue, nul socle mauvais

Bons pour la remise

Tout creuse et avance

L’instrument haut placé sur le front

Où perle la sueur

Sur les joues où s’éteignent les larmes

Dans les mains calleuses

Et dans les pas

Où s’invite l’horizon

 

 

Il défia une nouvelle fois le vent, abreuva l’espace de sa faim. Ecœura ses chimères et ses rêves endiablés pour aller sans crainte jusqu’au crépuscule où les dieux n’existent pas. Pour atteindre l’aube future et recommencer à narguer le vent de ses grimaces. Pour le rejoindre enfin et marcher ensemble sur la terre qui se dérobe.

 

 

Nulle perspective. Et nulle étoile ici-bas.

Rien qu’un sol où poser ses pas.

 

 

Les secousses martelaient leur présence. Imprimaient leurs marques. Engorgeant la terre tendre de sa chair. Le laissant à l’agonie.

 

 

Son destin sans chute et sans trace s’effaça d’un soupir. Le souffle ténu s’éteignit après mille jours sans gloire à se préserver. Tenu si loin de lui-même - toujours trop loin - apeuré de sa force à mesure que sa faiblesse advenait. Passé à côté tout ce temps, de l’autre côté aujourd’hui. Une existence pour rien ; quelques tours sans détour au seuil même de l’inintelligence et de la crainte. L’expérience anéantie. Comme une existence boursouflée qui se dégonfle et retombe en amas de poussière.

 

 

Etre Présence

Là simplement

Pour l’Autre

A Soi-même

Y a-t-il plus belle offrande ?

 

 

Un mot, un geste, un pas suffisaient parfois à effleurer son âme recroquevillée qui se redressait de l’obscur.

 

 

Aucun jeu sans chandelle

Aucune chandelle sans feu

Aucun feu sans flamme

Aucune flamme sans vie

Aucune vie sans lumière

Sans taches et sans ombres

Sans éclats et sans éclipses

 

 

Des mondes de fantômes et d’arcs-en-ciel se faufilaient toujours entre ses rayons, tantôt moroses, tantôt ravis des couleurs.

 

 

Rien  que ces instants

Qui s’évanouissent dans le vent.

 

 

Il s’éloignait des jours lointains. Son seul appui : le vent qui balaye toute présence.

 

 

Les jours comptés

Et les tours jetés

Aux orties du temps.

 

 

Il effleurait le présent, mais déversait dans ses gouffres encore avides les heures en pâture. Craignait toujours que son cadavre se dessèche avant l’heure à venir.

 

 

Il cherchait l’aiguille qui raccommoderait son étoffe à la matière. Au lieu de défaire ses nœuds et ses envies de dentelle pour rejoindre la toile.

 

 

L’éternité

Attend et scrute

L’insaisissable dans nos mains

 

 

Ses pas encombraient toujours l’espace. Et les mille fureurs - qu’aucun geste (excepté l’abandon peut-être…) n’aurait pu apaiser - bruissaient au dedans. 

 

 

Il se reposait toujours auprès des cimes et des brins d’herbes, le regard ouvert sur le ciel et la terre. Comme un vagabond, il posait son pas au gré des circonstances, nourrissait le monde de sa présence en courbant parfois la tête, le sourire et l’échine un peu tristes. Si loin de toute sagesse…

 

 

Il devinait (pourtant) que son doigt effleurait parfois le si vaste qui l’accompagnait

 

 

Si tu ouvres la porte

La main tremblante

Et le pas vacillant

Tu te perds

Et tu rejoins l’absolue incertitude

La liberté aux mille horizons

Et si tu fermes la porte

Tu rejoins le couloir étroit

Ton labyrinthe sans échappée

 

 

Au seuil des perspectives, il se heurtait à l’infranchissable. Ainsi resta-t-il immobile de longs instants sur le seuil, craignant la fuite en avant et en arrière. Et l’immobilité de la marche.

 

 

La main sur ses pas et le verbe silencieux, il attendait avec impatience la poutrelle jetée sur l’abîme, l’horizon terrestre et la traversée du ciel.

 

 

Le grand effacement surplombe toutes les vallées où serpente le cours des larmes. Entre les bordées de rires, la chevauchée du temps se perd à grandes enjambées.  

 

 

Son cœur - toujours gorgé de pluie - traversa l’orage. Un jour, il atteignit l’autre rive. Terre baignée de soleil aveugle aux larmes et aux rires où la tristesse chevauche la joie, serrées l’une contre l’autre, galopant dans le vent au-dessus des contrées où se perd le sens.

 

 

L’essence s’éparpille en formes bondissantes et entremêlées qui remontent leurs cours pour rejoindre la source.

 

 

Son œil enchevêtré ressentit la toile enserrée en sa prunelle déchirer sa chair - libre pourtant de toute entrave et de toute déchirure. Et il pleura de joie.

 

 

Il ressentit une infinie tristesse.

 

 

Il aurait tant rêvé de voir ses pleurs se répandre dans le cœur des peuples. Nourrir leur sang. Et guider leur itinéraire vers la source qui les enfanta en des temps immémoriaux.

 

 

La mort règne sur nos envies, nos torpeurs et nos humeurs de vivants. Et nous, peuple assujetti, sommes apeurés par le silence des tombes, incapables d’entendre la déesse sans voix nous murmurer les ténèbres à venir. Qui sait écouter la caresse des pétales sur les peaux recouvertes de terre ?

 

 

Il échappa insidieusement à la servitude. Et à la gloire de l’ombre. Sans résistance aux changements. Assidu au vent. Comme un bol vide et ouvert sur l’espace.

 

 

Il dérouta ses points cardinaux pour s’asseoir présent à l’horizon. Sans attente du lointain. Ouvert au possible.

 

 

Les saisons s’effacèrent aussitôt sur sa main. Son pas effleura la juste frontière. Sa silhouette dansa entre les ornières. Mais l’horizon demeurait toujours inaccessible. 

 

 

La brume aiguisait sa clarté comme la glaise autrefois solidifiait sa silhouette.

 

 

La chair entasse le plomb dans nos semelles. Et finit par enterrer nos pas.

 

 

Nulle brisure des dalles sous le pas léger qui trace sa sente sur les nuages. Mais un ciel resplendissant où brillent la lune et les astres. Où le vent applaudit à chaque foulée émerveillé de notre égarement dans l’azur qui s’étend jusqu’au-dedans de la terre, au plus noir de l’obscur, illuminant l’incompréhension des paysages. Et de la traversée.

 

 

Nul besoin de guetteurs sur l’horizon dans une contrée sans conflit ni hostilité. Inutiles le monde agglutiné, l’amassement des lampes et des cartes, des malles et des trésors pour le voyage.

 

 

Le monde s’effaçait en silence. Et nul cri pour étouffer sa solitude rayonnante. Il s’endormait la mine ébahie, une bouffée d’étoiles au coin des lèvres, la tête contre le ciel. Encore incertain des constellations posées sur l’azur.

 

 

Il vit son ombre, en bas, couchée parmi les vivants enterrés. Malgré ses yeux dispersés partout dans l’espace et sa tête au-dedans pleine d’un firmament débordant.

 

 

Sur le socle du vent, suspendus contre la glaise reposaient ses pieds. Et sur la motte nulle trace. Et entre ses tempes aériennes, nulle empreinte. Mais du sable balayé qui s’envolait vers l’inconnu permanent.

 

 

Au cœur de toute gravité

Trône en secret la déconsistance

Sur son lit de vent

Le sourire aux lèvres

Et les ronces à ses cheveux

Où s’écorche le souci des jours

Qui passent

 

 

Le reflet de la lune passa sur son visage, illuminant un instant ses lèvres sombres et boudeuses qui aussitôt s’éclairèrent.

 

 

L’ombre passe imperceptible, presque invisible, à moitié défaite sous nos paupières rieuses.

 

 

L’ombre, songea-t-il, quelle sombre lumière…

 

 

Les étoiles ranimèrent son feu à l’agonie. Une constellation après l’autre.

 

 

Que lui importait si la terre était ronde, si le cycle renaissait chaque jour. A chaque saison, les siècles s’amenuisaient avec ses pas.

 

 

Un destin sans racine

Une destination sans visée

Imprécise

Et un chagrin qui s’évapore

Près d’un soleil brûlant

Qui se renouvelle dans la prunelle

Pour quoi dégoter un autre bagage ?

 

 

Il marchait immobile, en pérégrineur impénitent, avec son viatique inséparable, insoucieux du climat et des saisons. Le socle sous ses pieds se dérobait et caressait sa peau de mille étreintes (épines et pétales savoureux), fécondait et assistait sa direction, précisait le rythme de ses pas, l’ardeur de son geste et le timbre de sa voix.

 

 

Il brisait le vent - cette icône de glace - pour y glisser ses yeux incandescents.

 

 

La flamme à ses yeux surprenait son regard alentours qui s’étonnait des empreintes de sable balayées par les vagues. Et il vit des oiseaux rieurs, surplombant les falaises, qui entouraient sa joie de leurs ailes folles.

 

 

Si démesuré est devenu mon regard que les marées font leur nid de brindilles à mille lieux de leurs places habituelles, en tous lieux construisent et défont aussitôt, repartent ailleurs et reviennent en d’autres espaces déformés par les jours qui deviennent siècles. Et l’instant se mêle si étroitement à l’éternel que les saisons enlacent mes prunelles.

 

 

Le vent enhardissait sa semelle, le ciel recouvrait ses sentiers. L’envol approchait de son pas.

 

 

Il marchait sans crainte des effacements sur le sable, parmi les galets et les coquillages. Ses traces brunissaient au soleil, s’éparpillaient et disparaissent sous les vagues. Et lui, s’émerveillait du pas neuf de ses jours sans changement.

 

 

L’oubli a-t-il la saveur des madeleines d’antan ?

Les étoiles ont-elles une aurore que tu ignores ?

 

 

Lorsque la lune disparaît, les ombres les accompagnent. Et que devient le firmament défait de ses lueurs - quand darde le jour et apparaît le soleil ?

 

 

Dans son rire baigné de soleil s’éteignirent les étoiles. Toutes les étoiles qui parsemaient sa voûte étroite. Et ses yeux brillaient dans l’azur.

 

 

Y a-t-il un cœur derrière chaque ombre ? Un cœur qui palpite à l’unisson des étoiles ?

 

 

Parmi les nuages et le vent, entre le ciel et la terre, des monceaux de fragments éparpillés attendent une main réunificatrice. Saura-t-elle les rassembler et les lancer dans le brasier qui purifie ? Mais où jeter les scories ?

 

 

Ses mains invitèrent la joie sur ses joues trempées de pleurs. Une ineffable saveur à ses tempes. Un tas de cendre à ses pieds. Et une certitude sous la chair : la douce étreinte du vent éparpille et rassemble, disloque et réunit, disperse et unifie. Après avoir tant dévêtu et chahuté.

 

 

Une odeur de soufre lui caressait encore l’échine.

 

 

Une douleur insidieuse encore à l’œuvre. Sous le sang déjà sec de mes blessures. Comme un bourrelet de chair mal recouvert aux jointures.

 

 

Ses plaies anciennes s’estompèrent. Quelques bourrasques s’engouffrèrent. Et elles disparurent.

 

 

Une étoile endormie éclaira son étoffe. Et ses jours s’illuminèrent. Son ombre se terra, apeurée à l’abri des replis. Une grâce discrète et endiablée dissimulée dans le tissu émergea (avec lenteur). Une grâce que sa main - encore maladroite - effleura et invita à la lumière.

 

 

Les yeux plantés dans le soleil et mon visage coiffé de lumière, je savoure mon nouveau printemps. Je me souviens sans tristesse des froides saisons où mes mains cherchaient l’aurore à tâtons.

 

 

La solitude l’étreignait de son ineffable chaleur. Ses terreurs se dissipèrent. L’emprise des pics et des glaces qui lui déchiraient la peau, lui entaillaient la chair et frigorifiaient son âme, minant tout espoir d’envol vers la saison radieuse s’évanouissait.

 

 

Dans l’unité des saisons, il partageait son âme. Une face tournée vers Elle, une autre vers ses mille petites sœurs, tous les visages du monde qui frappaient désormais à sa porte, attirés par cet étrange sourire qui brillait derrière ses yeux.

 

 

L’automne fut frugal et gorgé de miel.

 

 

Nulle échappée n’aurait pu compromettre le déroulement paisible de la belle saison. Ni les feuilles balayées par le vent. Ni les promeneurs indélicats et indiscrets qui s’attardaient sous les branches. Ni même ses envies d’ailleurs n’auraient pu l’en distraire.

 

 

Il étouffait encore le secret de ses désirs. Les enfouissait dans la terre abondante, au creux des racines. Comme des promesses d’éclosion à la pleine saison. Comme des trésors encore inexistants qu’il entassait dans ses poches et offrirait plus tard - demain peut-être - au vent.

 

 

Que lui importaient à présent les trous dans ses guêtres. Et ses godillots percés. Le pas était son seul trésor quand il prenait appui sur le souffle qui efface.

 

 

Cette ouverture à l’horizon s’éparpillait alentours et s’enracinait dans sa prunelle.

 

 

Sa mémoire et les reflets à venir disparaissaient.

 

 

Sans saisie. L’abondance renouvelée. 

 

 

Les rocs et les paysages se rétractent. Palpitent comme une matière vivante. Se délivrent, eux aussi, de leur gangue. De leur inexacte consistance. S’enveloppent d’une brume plus réelle que leur substance originaire. Epousent ma prunelle avec tant de vigueur qu’ils éclaboussent mes pas, s’émiettent dans mes mains, traversent mes gestes. Et impriment à mes traits un souffle inaudible et rafraîchissant sur l’écorce fendillée.

 

 

Les surprises envahirent son territoire. Tous ses territoires devenus si propices à la venue du vent. La découverte s’invitait à chaque foulée. Comme une compagne présente et toujours infidèle.

 

 

L’espace des solitudes est un désert peuplé de rêves où fourmillent les silhouettes accoudées sur le vent. Sombres silhouettes dont la présence égratigne notre chair transparente. Sombres silhouettes qui se nourrissent de notre sang et que nous abreuvons  d’un goutte-à-goutte hasardeux.

 

 

Un meuble, un arbre, un sol et quelques pas alentours confinaient autrefois mon territoire à un abri familier. Et m’isolaient du vent et des habitants emmurés qui attendaient déjà entre leurs 4 planches, les yeux fixés sur la serrure, les clés du grand geôlier, égrainant le temps comme des marguerites dans un champ, les pétales fanés qui s’envolaient vers le ciel.

 

 

Minuit n’a de frontière

Pour le regard indemne

Les yeux dessillés

Qui s’écartent de la lueur qui brille

Dans les ténèbres

Nulle fuite sur la pente

Mais une glissade savoureuse

A l’issue incertaine

Et le sourire des étoiles

Qui ravit l’âme

Et ravive le pas ébahi du marcheur

Jusqu’au souffle même de sa marche

 

 

Ce matin, un brin d’herbe s’est penché sur mon visage. Je l’ai regardé. Et de mes yeux limpides a coulé une larme étoilée que j’ai suspendue au ciel. Et je suis reparti le front moins rageur. Moins boudeur. Et moins songeur aussi peut-être. Plus haut dans la poussière de mes pas. Un sourire sans malice sur les lèvres. Et le cœur moins chaviré par la souffrance des siècles. Ravi de cette rencontre. De cette amitié invisible tissée avec le vent. Dans un ciel enfin à hauteur de mes pas.

 

 

La grande saison n’est encore arrivée. Il me faudra sans doute encore patienter - quelques instants ou quelques siècles - pour qu’elle recouvre mes nuits. Mes jours sans soleil. Mon ciel sans fantaisie. Et mes lunes pendues aux 4 coins des falaises qui surplombent l’effacement.

 

 

Comme un ciel bigarré, il s’étiolait au vent. Une trainée, une myriade de couleurs à sa suite. La signature de l’envol.

 

 

Il arriva enfin au sommet de l’herbe. Se jucha sous les étoiles. Le bras tendu. La main ouverte. Et son sourire tendre se voila de tristesse à la vue des cimes. Et du tressautement de son peuple sur les ornières. Il décida de poursuivre son périple. Son effacement de l’espoir. Sans crainte. Sans visée. Sans regret, le pas glissant. Et la présence en bandoulière.

 

 

Aux 4 coins du monde, il marchait toujours à contre-vent.

 

 

Sa gaieté s’effaça à la saison des glaces. Le sombre à ses fenêtres ressurgit. Et la clarté des barreaux, en son cœur, son fief, toujours étoilé. Toujours éclairé. Et confiant qui n’attendait ni l’averse ni le soleil. Mais se reposait de l’oubli. Vaquait au-dedans, sans impatience, à ce qui l’occupait : le vent.

 

 

Un feu sans paille. Des vents sans nuage. Des nuages sans pluie. Un ciel sans soleil. Un soleil sans espoir. Un espoir sans crainte. Et des cascades de pleurs éclaboussent mes joues. Et aiguisent ma joie. Mais je marche encore. Voilà ce que les saisons m’ont appris.

 

 

Son front s’enhardit sous la cognée du vent. Une entaille aux tempes où sourdaient des larmes de joie qui recouvraient le gris du monde. Pourquoi aurait-il craint les nuages ?

 

 

L’azur au fond des semelles, il marchait. Laissant encore quelques traces dans le vent comme des cloches pour les foules à venir.

 

 

Encore nul pèlerin à sa suite. Mais dans son immense désert naissaient déjà quelques fleurs parmi les cactus prisonniers des sables et les allées de gravier où il épuisait ses pas. Et derrière les dunes, l’horizon. Et derrière l’horizon, mille oasis où il aurait pu (peut-être) enfin déposer sa tristesse.

 

 

Désemparé par ses mille chimères. Les ténèbres l’invitaient (une nouvelle fois) à se perdre. L’ombre l’appelait de sa nuit profonde. Et il la contemplait, le regard triste et lointain. Sans s’attacher à sa chute.

 

 

Il s’empara d’une joie nouvelle qui le glissa aussitôt dans ses abysses anciens.

 

 

Le vent l’émonda. Comme une brindille au faîte de son peuple.

 

 

La joie comme une ondée intarissable glissa en son faîte. Au sommet dépeuplé, il contempla l’azur et le désert des cimes. Et découvrit en chaque brindille, en chaque tige la graine d’azur à éclore.

 

 

Le vent évapora ses contours, dispersa ses frontières. Et le monde glissa en lui. Et poussa ses parois en chaque direction.

 

 

Au socle des flottements

Les frontières se dissipent

Et creusent l’envol

Qui s’égaye au vent

 

 

Le monde échappa à sa main rugueuse. Et s’apprivoisa à ses tempes versatiles. Se dissout enfin au seuil des frontières invisibles.

 

 

Comment dire l’indicible ? Qui pourrait entendre le silence de la réponse ?

 

 

Qui peut percevoir l’invisible ? Et avec quelle main cueillir l’insaisissable à notre portée ?

 

 

Le regard de l’instant le condamnait encore au mouvement. Au mouvement éternel et insaisissable. Il y puisait son énergie, son équilibre et sa force. La force de se tenir debout. Sur l’assise suspendue - incertaine - la force du vent.

 

 

L’élan vital le traversait en toutes contrées. Balayait ses scories. Et l’obscur entassé au fond de ses ténèbres. Et le sable doré jonché sur ses dunes. Et l’herbe verte de ses prés. Et le bois tendre de ses collines. Et ses cendres vers d’autres cieux.

 

 

Sous le ciel transparent, il fredonnait, pliait l’échine qui se dressait au-dedans, offrant au vent son ossature et sa paume ouverte à l’arc-en-ciel.

 

 

Nul vacarme sur son passage. Mais des bruits feutrés qui s’évaporaient en silence.

 

 

Nulle trace de ses semelles sur terre. Le passage s’effaçait à chaque pas.

 

 

Le monde est un tas de sable qui s’éparpille à l’appel de l’espace alentour.

 

 

Le démon renoncera-t-il à mes terres ? Je crains que son domaine ne reste intact.

 

 

Ses songes s’évanouirent. Creusèrent leur puits au-dedans. S’enterrèrent pour la saison nouvelle.

 

 

La cavalcade aiguisa sa joie. Et précipita sa dislocation.

 

 

Où évaporer mes fragments ?

 

 

La contrée sans pareille s’offrit à ses yeux disloqués. Qui pourrait-il encore regarder sans tristesse, sans surprise et sans émerveillement ? Et qui pourrait encore le regarder sans ignorer cette présence ?

 

 

 

Il s’aiguisait. Comme un couteau tendre. Prêt à trancher toute chair. A transpercer le mystère. Pour faire jaillir la joie. Le sang éternel des saisons.

 

 

 

– Jardins, rocs et ressacs –

 

Les anges pourraient accueillir nos yeux tristes. Et le diable emmailloter notre espérance. Pour faire naître sous les nuages un nouvel arc-en-ciel. Et une échelle azurée tournée vers l’en-bas. 

 

 

Y a-t-il un gouffre qui borde l’azur ? Un autre ciel en contre-bas ? Pourquoi alors s’éreinter à monter ? Et ne pas se laisser glisser sous les falaises ?

 

 

Il renonça au Juste. Foula au pied le Bon. Piétina toutes les frontières. Se défit de toute vérité. N’obéit qu’au vent indocile.

 

 

Il pervertit la matière. Confondant peut-être le vent et ses brises légères. Les fils d’Eole et ses tempêtes meurtrières.

 

 

Comment s’accorder au sens des girouettes ?

 

 

Il renonça au sens. Et au non-sens. Aux tourments de l’âme. Aux éclats. Aux arrêtes. Et aux meurtrissures de la chair.

 

 

Il n’opposait nulle résistance. Se laissait glisser et emporter. Et se voyait tantôt submerger, tantôt porter vers la côte et le large, l’abysse et l’azur, à fleur de vagues. La direction était sa demeure. Et la surface, son passage.

 

 

Ses fragments s’éparpillaient en absolu. Et l’absolu habillait ses mouvements, chaque séquence de ses mouvements. Il se laissait désorienter. A l’affût de nulle contrée, il se laissait transporter. Nu et hagard. Plongé dans la vague qui le soulevait et le portait sans visée.

 

 

Ses peurs s’amoncelaient pourtant sous son front. Il les dénichait au creux des tempes. Et les pulvérisait d’un regard. Elles s’éparpillaient. Et s’aggloméraient à nouveau. Pris au jeu endiablé qui le glaçait et le ravissait.

 

 

Il criait encore famine devant le monde. Et voyait toujours les bouches se tordre à son passage. Un rictus d’incompréhension sur les lèvres. Et dans les prunelles l’envie et la peur qui brillaient. Comme le reflet de son propre visage.

 

 

Serais-je fou ? Ou accompagné par une poignée d’anges qui s’agenouillent à mon passage ?

 

 

Et si la porte derrière moi était encore entrouverte ? Pourrais-je m’en retourner ? Et si l’abîme devant moi n’était qu’un repère de brigands ? Reconnaîtrais-je les vigies dans l’assemblée ?

 

 

Il fit allégeance à la déraison. Pour traverser l’inentendement. A califourchon sur la crête. Entre deux versants trônait le pic majestueux. L’ineffable horizon. Et sous son front, toujours le miroir aux alouettes.

 

 

Il allait toujours nu-pieds dans le vent. Et à ses semelles, les étoiles s’éloignaient.

 

 

Des brindilles et des poutres. Voilà le butin que dénichait son œil. Et il les embrasait d’un regard. Et aussitôt le feu les consumait.

 

 

En mon exil, une contrée sauvage, peuplée de songes et de fantômes qu’il me faut apprivoiser à main nue.

 

 

Au terme de chaque combat, il gisait recouvert par une couverture de pétales.

 

 

Accueilli par des yeux pourfendeurs, l’étreinte d’une longue main referma ses plaies. Et le redressa d’une caresse envoûtante. Et il reprit sa marche. Indemne. Et plus droit sur ses talons. Enveloppé d’une nudité parée d’une innocence nouvelle.

 

 

Le malheur le surprit au détour du chemin. Dans une allée de graviers, il se retourna. Et découvrit un doux sourire sur son visage. Une larme sur sa joue. Et l’ardeur de l’oubli suspendu à ses pas.  

 

 

Cette tristesse l’égaya. Comme un bouquet de fleurs sauvages jetées dans une prairie. Une offrande à une terre nouvelle. Et aux saisons à venir. 

 

 

Ses jours devinrent comme un jardin d’herbes folles. Et ses nuits, comme une provision de graines à éclore en silence.

 

 

Mon existence. Des bruits. Des fureurs. Des grappes de fruits qui mûrissent au soleil. Et le silence par-dessus qui étouffe mes rires et mes pleurs. Mais le sourire aux lèvres, intact.

 

 

Ses gouffres s’emplissaient et se déversaient. Au gré des vagues et des marées. Libres de la clameur des côtes. Livrés à la seule vie océane.

 

 

Il ne put s’attarder. Se défaire de la mémoire. Et effacer l’horizon d’un regard. C’était pourtant-là sa seule perspective.

 

 

Le pas mobile. Et le regard flottant alentours. L’œil libéré de l’entrave, posé sur l’espace entre le ciel et la terre enveloppe et traverse toute forme. Voilà notre unique boussole.

 

 

Le pas vif et serein. La semelle libre. Et la besace jetée par-dessus l’abîme. Le front ouvert, il s’avança vers l’instant, insoucieux des pertes et des amassements. De la défaite victorieuse de chaque instant.

 

 

Comme un va-nu-pieds heureux dans le vent, il continuait à marcher sans viatique (libre de toute destination). Il errait dans les vallées, s’égarait sur des collines. S’enfonçait dans les ornières. Franchissait des sillons fourbes et des sommets azurés. Côtoyait la foule et les déserts. Poursuivait sa route qui se défaisait à chaque pas. Et s’inventait à chaque nouvelle foulée.  

 

 

Il me faudra déterrer l’étoile qui brille dans mon œil pour marcher dans l’azur en plein jour.  

 

 

Il pleurait parfois, une gorgée de soleil entre les lèvres. Les yeux humides et le front radieux dans l’azur.

 

 

Nulle frontière pour l’obscurité. A ses confins, une lumière diffuse. Et en son cœur, quelques ombres ajourées. Et un gai mélange d’étincelles dans la prunelle.

 

 

Il aurait pu s’émanciper d’un regard. Mais il contemplait toujours la mémoire dans sa besace. Et la lueur des paysages à venir sur l’horizon.

 

 

L’horizon à sa portée l’effrayait. Son regard renonçait aux paysages à venir. Et son pas aussitôt s’illuminait. Et s’accordait au rythme de la danse.

 

 

Nul ciel mensonger en cette terre. Mais des regards fixes sur des silhouettes trompeuses.

 

 

L’essence est partout présente. Au cœur des silhouettes. Et jusqu’aux parures dont elles se couvrent.

 

 

Les vagues pourfendaient la fixité de l’œil. Déchiraient les voiles, transperçaient l’iris pour que sa prunelle accueille les marées, le battement des paupières et le reflet dansant des silhouettes.  

 

 

Les évènements le précipitèrent vers le tragique. Un pied sur le sable, l’autre sur l’appui mouvant du courant. En déséquilibre. Malmené par le ressac. L’ossature dressée contre les déferlantes. Prêt à sombrer. A se laisser emporter au large. Au-delà des frontières et des horizons.

 

 

Nulle étoile à suivre. Nul ciel à atteindre. Mais de la poussière à éparpiller sous les pas. Pour ouvrir le ciel à la plèbe.

 

 

Les nuits claires ? Et les jours sombres ? Pourquoi les jeter par-dessus la voûte alors que nous pourrions les fondre en un éclair pour découvrir leur union et leur transparence.

 

 

Nulle marque distinctive entre la voûte et les profondeurs. L’obscur et la lumière. Le silence et la fureur. Le désert et la foule. Un mélange qui mêle l’essence. Et nous égare.

 

 

Il s’échoua sur la berge, exténué, un goût d’algue verte dans la bouche.

 

 

Il se reposa sur le sable, à l’abri des tourbillons, les mailles du filet rafistolé où frétillaient (mollement) quelques poissons à l’agonie, prisonniers de la nasse.

 

 

L’océan se dérobait, l’extirpant des marées et des remous. Comme une accalmie dans le flottement du regard sur les vagues et le mouvement infini des flots.

 

 

Du vide comme de l’absence. Une béance sur l’horizon recouvre la chair et ouvre à l’infini qui attend.

 

 

Il s’égayait encore des saisons. Du silence en ces contrées. Et de la fureur du monde. Tout glissait en son regard en harmonieux mouvements.

 

 

Nul danger en cette terre n’aurait pu raviver sa plaie. La béance s’était recouverte de joie. Toujours à vif. Dénuée d’espoir, elle s’offrait sans attente ni crainte. Partout était Sa présence. Qui aurait-il pu craindre ou blâmer ?

 

 

Son union est la force qui nous accompagne jusque dans nos solitudes.

 

 

Dans la foule, le désert se remplit. Non d’entraves. Mais de frères à aimer.

 

 

Son désert était toujours peuplé d’absence. Mais Elle l’habitait. Et marchait en sa compagnie en toutes circonstances. Parmi la foule, les terres inhospitalières et les contrées abandonnées.

 

 

L’esseulement le guettait pourtant au bord de la tristesse. Dans les replis amers de la séparation. Parfois aveugle. Parfois sourd à Sa présence.

 

 

Il trouvait son rythme dans l’air du temps. Changeant et enjoué, il demeurait. Le désenchantement, comme une rengaine passée, s’était envolé.

 

 

Un passé sans patrie. Un avenir sans horizon. Libre d’unir son pas à l’instant. Le talon sans certitude sur le sol suspendu.

 

 

Au fond des heures, nul espoir. Et en leur bord, un peu d’air. Et l’espace accueillant.

 

 

L’incertitude devint sa plus sûre patrie. Il s’y couchait comme on s’allonge sur une mousse tendre et rugueuse. Laissant parfois quelques marques sur son visage. Blessant tendrement sa chair encore trop ferme.

 

 

Nulle agonie ne l’effrayait. Il savait que les larmes et le sang sèchent au vent. Et que les dépouilles nourrissent les vivants.

 

 

Ô frère, pourquoi ignores-tu que tu portes en toi le premier homme ? Et en germe le devenir de l’ultime survivant ?

 

 

L’homme. Modeste passerelle dans sa lignée. Une marche composite sur l’escalier du vivant. Un escalier dont les marches s’efface à mesure de la marche. Mais vers quel ciel se dirige notre peuple ? Et chaque pas n’est-il pas déjà (en lui) un ciel ? Et le ciel peut-il se monter, se franchir lui-même et s’atteindre ? Et la forme ne peut-elle se chevaucher qu’en apparence ?

 

 

Il défit ses peurs comme des lianes sèches. Libéra ses jungles des grands séquoias et des brins d’herbes folles à leurs pieds. Pour gorger son ardeur vers la lumière.

 

 

Un bel olivier poussera sur le terreau de nos craintes. Et sur son ramage s’envolera une colombe. Un ciel transparent jusqu’à ses pieds, traversé (sans doute) de quelques nuages indolores et innocents qui nous surprendront. Et que nous accueillerons d’un sourire - les lèvres entrouvertes - comme une averse rafraîchissante.

 

 

A grandes volées d’éclats, il disparaissait. Et à chaque tentative, renaissait dans le cours du temps.

 

 

L’ombre s’enterrait à ses pieds. Endormie sous les nuages. Mêlée au vent et au ramage. Arcboutée en ses plis, elle s’inclinait. Défaite par la longue nuit.

 

 

Sa joie à présent était grande sous l’averse. Partout elle le guettait. Et le rejoignait jusque dans ses larmes.

 

 

Elle le recouvrait de sa présence. L’accueillait à bras ouverts. Ignorant encore la souplesse du geste et la force du vent, il tendait ses paumes timides.

 

 

Il aurait pu épouser le ciel. La terre et le feu (en ses semelles) auraient étendu ses mains pour décrocher la lune et les étoiles. Et l’arc-en-ciel arcbouté contre sa joue, son échelle dans le vent.

 

 

Malheur à ceux qui divaguent les semelles encrottées. Malheurs aux faiseurs de pas. L’orgueil du sillon leur recouvre la vue. Et enterre leur horizon.

 

 

Debout sur l’échelle. Assis contre le ciel. Debout sous la fange. Partout était sa demeure. Face contre terre et nez rieur. N’en déplaisaient aux anges, la déculottée lui donnait des ailes. 

 

 

Mon existence s’affaisse sous les barricades. Criblée de plaies. Et ouverte au vent révolutionnaire.

 

 

Il se laissa choir les fesses dans le caniveau. Et s’adossa au vent.

 

 

Ses yeux traversèrent les murs. Tous les murs. Les friches révélèrent leur beauté. Et l’enthousiasmèrent. Nulle construction en vue. Ni en perspective. A jamais locataire de ses pas.

 

 

Il aurait pu franchir tout fossé. Et toute volupté. Tous les interdits. Et toutes les frontières. Toutes les falaises. Et tous les cimetières. L’envol serait devenu son domaine. Et le vent sa substance. A l’œuvre, une transformation de la matière. Et dans le cœur, des ailes. L’envol fatal l’aurait guetté peut-être…  car sous ses pieds, demeurait l’abîme. Mais a-t-on déjà vu les anges tomber ?

 

 

L’horreur des frontières le désossait. Il y échappa in extremis (comme par miracle). Et les trouva enfin réunies. En fumée. En nuage. Eparses.

 

 

Une terre sans miracle. Tel est mon oasis. Et mon mirage. La délivrance de mon désert. Et de mes espoirs.

 

 

Une nuit profonde et claire. Telle est ma terre. Et le temple de mes jours sans éclat.

 

 

Il brillait au-dedans. Comme jamais. Un éclat qui perçait sa peau fragile et translucide qu’avait écorchée le monde.

 

 

Comme une dérobade peut-être, il se tenait en alerte à tous les vents. Et laissait filer les nuages.

 

 

Comme sur un quai embrumé, il demeurait présent à l’instant du départ.

 

 

Déconcerté par le rire des hommes. Et le murmure des femmes aux lèvres entrouvertes. Par les étreintes insensibles que son peuple livrait à la volée. Insoucieux du feu encore invisible qui l’habitait. Insensible à sa peau transpercée.

 

 

Nul ne voit. Lui sent la braise, le soufre et les cendres. Et dans son œil, cette flamme ardente qui brille et attise la soif du monde.

 

 

Tendrement vivant. Voilà la formule expiatoire de mon alchimie. Comme un apprenti sorcier, le feu m’explore.

 

 

Des branches poussaient entre ses pensées. Des lianes apparaissaient qu’il saisissait d’une main encore malhabile. Et il s’élançait vers l’inconnu et appelait les paysages à venir au dedans. Les contrées futures se dessinaient et l’effaçaient à mesure de ses pas.

 

 

Des larmes effritaient ses murs. Et il fut libre de toute perspective. Vibrant d’espace. Et de rire.

 

 

Ses lèvres closes criaient en silence : « gloire au vent ». Et sa bouche intacte se tordait de saveur.

 

 

Tout prenait place. Et s’effaçait. Demeuraient la joie, la présence. Et la découverte des horizons interdits. La saveur au-delà de toutes frontières.

 

 

L’eau coulait sur son feu. La lumière se glissait entre ses ombres. Et il devint aveugle aux ténèbres.

 

 

Les yeux sur les talons, il explorait les anfractuosités que son ombre prenait jadis pour des gouffres. Les yeux dans les mains, il découvrait les glissades et les cabrioles qu’elle prenait pour des joies. Les yeux dans son ciel remerciaient son peuple et ses fantômes qui complotaient en silence contre sa prunelle narquoise.

 

 

Il aurait pu s’encanailler jusqu’à la vertu. Jusqu’au firmament des anges. Jusqu’aux bastingages des nuées. Tout n’était que corps de vent. Et territoire sans frontière.

 

 

Le vent élargissait ses failles. Et face contre terre, il admirait les étoiles.

 

 

Malheur aux géants qui pourraient me croiser. Ils succomberaient à ma démarche titubante. Nul ne pourrait me terrasser. Ni les étoiles, ni le ciel du monde. Invincible jusque dans la défaite.

 

 

Ses démons, tapis dans l’ombre, se réjouissaient en secret. Préparaient peut-être l’assaut final. Comme un appel vers le dernier gouffre.

 

 

Il recevait sans même l’espoir du vent. Accueillait les rafales et la bise d’un cœur égal. Les yeux boursouflés de tendresse devant la fragilité de la chair. Et l’invincibilité des âmes.

 

 

Les éclairs s’amoncelaient jusque dans ses entrailles. Et sous la peau brûlée, des cascades où courait le ciel sans frange. L’azur déconcerté par la tiédeur des nuages.

 

Lynché par les étoiles, il s’étranglait encore. Et suspendu au vide, sa joie éclatait en rire.

 

 

Le fumier faisait son œuvre. Les graines poussaient sur son compost. Il rêvait à présent de nourrir la terre. Et d’offrir quelques branches hospitalières aux hirondelles prisonnières des saisons tristes.

 

 

Nul abri dans le ciel. Mais un tremplin pour l’ombre.

 

 

La lumière s’entortille autour d’un fil. Et au bout du fil une rose et une couronne d’épine. Et les étoiles scintillent dans la nuit. Un monde clair renaît à chaque instant nouveau.

 

 

Sur l’écorce il dessinait quelques empreintes. Les étoiles guidaient sa main Et les signes s’incrustaient dans le vent. Sa plume appartenait déjà au ciel.

 

 

Les signes (sur l’écorce) naissaient de la langue. La langue oubliée des hommes. Celle des étoiles sans voix qui œuvrent pour le temple de l’azur. Des signes sans volonté. Sans autorité. Qui dansent au rythme des étoiles. Et entre leur silence radieux, quelques messes basses qui éblouissent les hommes.

 

 

La joie pourrait-elle m’écarteler?

 

 

Au-delà des horizons sans limite, demeure l’espace. Et toute présence y conduit.

 

 

Il demeurait sans encombre. Ni frontière.

 

 

Un marécage. Des ornières. Tous les paysages s’affaissent. Et se creusent. Une retombée verticale me redresse. Surplombe ma nuit.

 

 

Penchées sur leurs lunes, les cathédrales embourbées n’osent effleurer de leur flèche la main de Dieu.

 

 

Un froid glacial s’invitait parfois sur le seuil de la porte où il patientait, poings dans les poches. Frigorifié par anticipation.

 

 

La vie est un ciel zébré de traits fugaces. Un palimpseste où culmine et s’échoue un harmonieux chaos qui danse au rythme du souffle qui l’agite.

 

 

Il aperçut les arbres dessinés par la lune. Et leurs racines mensongères. Leur ramure écarlate qui s’écartelait jusqu’au ciel. Et il songea au funeste destin de l’écorce.

 

 

Dans l’aube claire, un songe d’horizon.

 

 

Le néant s’affaissait sous les nuages blancs. Et le soleil éclairait ses yeux sombres.

 

 

Nouvelle bouffée de tiédeur parmi les étoiles. Et le scintillement des yeux ouverts.

 

 

Grande est la gloire. Et modeste la victoire. Toujours humble devant chaque miracle.

 

 

Il regardait. Sans y croire. Et se laissait mouvoir. Sans volonté. Avant de s’agenouiller sous le vent. Et laisser mûrir son innocence incandescente.

 

 

Ses lèvres pâles exploraient le dedans inconnu de l’écorce. Et il restait bouche bée face au mystère de la sève. La langue ébahie.

 

 

Une lune. Et un ciel clair. Voilà notre dédale. Une étoile au loin. Notre nuit ancienne. Et notre avenir ? Sans horizon et le pas joyeux.

 

 

Au-dedans des signes clairs, des marques sombres s’agitaient. Etouffées par la lumière. Au bord de l’agonie.

 

 

Sans distinction. Ni dans son œil, ni sur sa chair. Ni dans son âme. Telle était son ambition. L’espérance de son triomphe à venir.

 

 

Le souffle chaud de l’écume. Et la saveur des vagues. Et l’exploration curieuse des abysses. Pourquoi rêver d’une saison aquatique ? Qu’adviendrait-t-il après le plongeon ?

 

 

Au détour de l’eau, une voie toute tracée : le flux et le reflux. L’agitation des surfaces. Et l’immobilité des profondeurs. Le grouillement et la frénésie. Et la voracité des silhouettes ballottées par les vagues.

 

 

Comme une girouette sans pied. A l’abri du vent, il s’effilochait. Appuyait son assise sur l’espace qui le séparait des frontières. Entre deux souffles.

 

 

Sa main le caressait de ses doigts tendres. Et il la remercia d’une larme reconnaissante.

 

 

Belvédère des mirages. L’ensablement des espoirs recouverts par des pelletées de promesses. Marcheur hors pair esseulé dans son gouffre. Le rire en appui sur le cœur rocailleux. Stoppé dans son éclat sombre.

 

 

Ode à Elle. Libre d’attaches et de volonté, Elle vogue - immobile en elle-même - au cœur de ses déserts et parmi ses foules. Posée sur ses ailes insaisissables, Elle se chevauche en sa compagnie, savoure ses ciels, ses chemins et ses paysages, invente ses détours et ses trajets, explore ses recoins, aime ses ombres et ses fourbis, ses étincelles et ses lueurs, ses lois, toutes ses manières et ses matières, jouant sans cesse avec ses éléments.

 

 

Un abîme s’éparpille sur la terre. Quelques monticules amassés qu’il faut gravir. L’échelle des vertus foudroyée et la claudication en guise de béquilles. L’exutoire de la bouche entrouverte qui murmure son supplice. Et sa peine. La soif de délivrance qui engorge la chair. Et le besoin de transparence. Un appel d’oxygène après l’étouffement des pas. L’envol nous guette au détour d’un tertre ou d’un talus. Le ciel s’entrouvre alors à nos paumes calleuses. A nos mains endurcies par le labeur sur la corde. L’abandon au ciel. La crainte de la chute nous dessaisit. Semelles secourables qui nous devancent et supportent notre souffle. Une gageure pour le cœur endormi. Pour la conscience aux yeux dessillés qui voit naître l’univers pour la première fois.

 

 

Une table autour du monde attend ses hôtes inoccupés. Un précipice rassasié dans l’assiette. Et une nuée d’espoirs engloutis. Un cliquetis de verres à pied et de carafes. Et la danse des convives autour du repas de fête.

 

 

Il se noyait dans son puits d’extase. Une ondée blafarde se perdait en horizon. Un dédale d’interstices l’enrobait d’une présence joyeuse. Et il fut emmuré à l’impensable. A l’impossible regret du marcheur opiniâtre saisi par l’abandon.

 

 

Soucieux de la lampe autant que de l’aiguille, il tissait la toile des rencontres et des oublis. Il enfouit le temps impossible dans la mémoire inculte. Pour conserver la présence hors du territoire. L’abandonner à son souffle originel. A son rythme sans artifice. Insoucieux des conséquences et de l’absence. Du sang qui ruisselle entre les zébrures et les interstices. Entre les meurtrissures colmatées à la paille. Œuvre de serviteur et de gardien veillant au juste déroulement des cérémonies initiatiques. Invitant la foule à se convertir à son souffle consubstantiel. A emprunter sa foulée singulière pour rejoindre la destination promise et insoupçonnée. 

 

 

Une cheminée sans feu. Des murs sans briques. L’inconsistance du monde s’installe dans ma prunelle. Déforme les frontières dansantes des silhouettes. Happé par le rythme des pas qui s’accélèrent. Par les paysages mouvants. Et la cadence des êtres immobiles. J’agonise mon éternité. Et la recouvre de l’instant neuf qui se renouvelle.

 

 

Sonder l’insondable par les bords. Dans un précipice de lumière diffuse. Rejoindre le courant porteur qui anime les silhouettes du monde. Et le poids des pierres sur lesquelles s’agitent les hommes. Et sous lesquelles grouille la vermine.

 

 

Les étoiles au centre de sa prunelle regardaient défiler les heures. Et les passagers du vent. L’amoncellement de la plèbe et les charniers inconséquents. Sans rechigner au labeur, à l’inventaire parfois nécessaire des drames. Œuvrant de la pique et du velours pour accompagner les fugitifs. Et les voyageurs à quai.

 

 

Matières à rire. La substance des larmes. Un déferlement de bouches. Lèvres pincées. Sur l’établi des horizons, nul outil. Mais des semelles souples au fond des yeux qui se plient aux exigences des âmes enfouies en chaque point exposé.

 

 

Fidèle à sa vocation de magasinier, il empilait l’inconsistance des marchandises sur des palettes de vent. Et laissait filer les commandes au gré des courants. Jusqu’à la source.

 

 

Des cieux sans joie où se précipitent les hommes. Des saveurs et des merveilles au cœur des entrailles et de la fange les détournent d’une fouille prometteuse.

 

 

Une armée d’appendices voués à la vivisection. L’entaille douloureuse et salvatrice du scalpel invite les macchabées à renaître de leurs espoirs amputés. 

 

 

Des rires borgnes. Des gestes mutilés. Des territoires au coin des yeux. Insensibles à l’espace et à la mouvance des frontières. Entravés par leur espoir de salut. Immobiles au seuil du chemin. Etrangers aux contrées sauvages de la joie, de l’amour, de la saveur et du rire qui poussent au cœur de l’éternel jardin printanier sur le fumier dense.

 

 

Un balancement abrupt entre les rives du néant et des plénitudes outrancières. Sur la crête. A cheval sur les versants de la folie meurtrière où règne la déraison et des simulacres exacerbés de sagesse égotique. Le pas en éternel déséquilibre. Sans assise. Sans appui. Guidé par le seul souffle ludique. En explorateur incertain.

 

 

Jamais il ne s’agenouillait devant les géants qui peuplaient les rives. Il gonflait sa voilure. Et prenait le large.

 

 

Mille sauvageries au fond des cercueils. Et autant sur les tombes. Cimetières gorgés de sang.

 

 

Il n’accorda aucun espace à ses rengaines. Jouait sa mélodie dans les bois sombres. Et ré-enchantait le monde.

 

 

Il avançait la mâchoire intacte. Le faciès racorni par l’âpreté des saisons. Le pas fébrile et la langue amputée. Silencieux jusqu’à son terme.

 

 

Les miroirs le dévisageaient autrefois d’un air grave. Et inquiétant. Et lui souriaient à présent avec malice.

 

 

Il n’avait cessé de s’encorner au réel. Blessé jusqu’à l’inconsistance pour accéder au pas libre.

 

 

Exclu du monde par le regard, il lui fallait à présent trouver une autre porte pour s’inviter à la fête morbide. Derrière il présageait la joie des sages, indemne des jeux guerriers et des massacres.

 

 

En Sa compagnie, la présence s’enracinait. Il devenait tube, plante et botaniste. Et laissait œuvrer la grâce des climats.

 

 

Promis à la disgrâce, je n’ai pu me résoudre à la capitulation. Toujours prompt à braver les résolutions du destin, j’ai ferraillé avec mes ombres lascives et féroces. Me suis acharné avec entrain à retarder la dévoration.

 

 

Il ne pouvait expliquer l’écheveau. Se laissait (encore parfois) prendre à ses pièges. Rêvait de défaire les nœuds. Au lieu de danser sur la corde.

 

 

Ses ombres rassasiées ne pouvaient contenter sa faim. Mais nulle lumière véritable sous ses pas. La main en visière, il inspectait les paysages en quête d’une lueur. Encore aveugle à la flamme qui l’animait.

 

 

Un jour, la chandelle lui brûla si vivement le regard que la transparence recouvrit le monde. Il comprit alors son travail : devenir un feu ardent.

 

 

Il avait fréquenté la folie avec assiduité. Familier de la folie commune (la folie ordinaire des hommes). Mais si craintif encore de la folie qui dévaste les âmes déchirées.

 

 

Les frontières s’estompèrent. Il ne savait trouver le centre des formes qui s’entrechoquaient. Au moindre regard (à la moindre tentative de saisie), tout s’éparpillait. Il reconstituait désespérément les fragments, les contours et l’unité de chaque silhouette qui sans cesse s’effaçait.

 

 

Le fruit se morfond dans sa chair avant de jeter ses graines aux cycles et à la source.

 

 

L’eau se décale par biais. Et du goutte à goutte jaillit la force.

 

 

Dans le creux se dessine la cime. Et parmi les sommets se déniche la source. Et de la source jaillit le chemin, les monts et les vallées, les noces du pas et du paysage où nulle aspérité ne peut écorcher les semelles. Mais quelle âpre ascension pour trouver la justesse à chaque foulée.

 

 

 

- Terre, astre et azur -

 

Il pourchassait la parole et la dénichait jusque dans ses terriers. En l’escortant jusqu’au soir. Une folle équipée nocturne qui s’achevait souvent en empreintes légères lovées contre l’écorce qu’il offrait à l’aube dévastatrice.

 

 

Paroles incrustées dans ma chair. Comme le sceau du destin. Le fer rouge des mots à mon front, les coudes enfoncés dans la table.

 

 

Dans sa maison de mots, ni hôte ni convive. Assis devant son œuvre fantomatique comme un modeste concierge lustrant avec zèle l’escalier du réel.

 

 

Du fond des âges, Elle lui criait son éternité. Et lui, tendait toujours l’oreille aux fariboles de ses contemporains.

 

 

Un univers de roches mouvantes et de poussières. Seules matières de la tectonique du monde, des âmes et des sentiments. Et l’apprenti-géologue à l’ère du crétacé se perdait toujours dans l’amoncellement des couches…

 

 

Aguerri au monde. Et toujours innocent. L’âme naïve. Rétif aux expériences et aux leçons, il continuait à déambuler, arcbouté sur ses chimères.

 

 

Il décortiquait l’espace. Le réduisait en fragments. Et chaque éclat reflétait ses éparpillements. Son essence dispersée.

 

 

Un soir, un creux d’étoiles engloutit son émerveillement. Et son éblouissement s’étiola en poussières. En nuées de poussières sombres. 

 

 

L’orage s’enfonça dans sa chair. Pulvérisant ses horizons. Donnant naissance à un espace inconfortable. Et salvateur. 

 

 

Dans le ciel, chaque étoile écrit un continent indéchiffrable. Et je les regarde comme un analphabète céleste. Un explorateur timoré.

 

 

Son ciel de gribouille et son écharpe d’étoiles le protégeaient des assauts des foules.

 

 

Il continuait à dériver sur sa banquise à égale distance des extrêmes et des hémisphères.

 

 

Nulle trace d’étoile

En mes gestes

Quelques borborygmes sur la langue

Sisyphe sur un fil

Comme un équilibriste empierré

Parmi mes contemporains

 

 

Il pleut des pierres sombres et des éclats d’étoiles. Des graviers de lumière aux pieds des grottes obscures.

 

 

Son regard retournait le ciel. Une aubaine pour ses prunelles. Un nouveau territoire à explorer.

 

 

Il s’obstinait à défaire son regard polaire. A égorger ses mains de glace. Poursuivant inlassablement son œuvre de moraine en fonte.

 

 

Des simagrées sous la roche. Comment échapper à l’aparté monstrueux qui leste les peuples ?

 

 

Il exigeait toujours du vent qu’il tournoie. Et de la brise qu’elle rafraîchit. Oubliait l’espoir des contraires et la force des antagonismes. Rêvait de se défaire des dédales de glace où la raison se fige pour arpenter le cours des eaux entre le torrent et la falaise.

 

 

Sous la glace immonde des corps coule la sève. La source des visages innocents.

 

 

Il gravissait les marches jusqu’à l’horizon. Dans l’espoir de voir s’ouvrir le ciel. 

 

 

Son œil percevait les applaudissements silencieux du monde. Chaque pas était une fête. Et chaque geste un triomphe sur le néant et l’absurdité. Tous les déserts se repeuplaient.

 

 

Une envergure sans magie

Le triomphe des facilités laborieuses

De mon désert, les foules autrefois m’encombraient. Et la solitude même était une entrave à Sa rencontre.

 

 

Sous la peau

Des continents à explorer

Le forage léger des transparences

Seul, un regard en haillon s’émerveille. Et se réjouit de la beauté des étoiles.

 

 

Planches sournoises

Qui bruissent au matin

Matelas de pissenlits

Où rêvent les bouches usées

Tapis de feuilles endeuillées

Soufflées par la brise

Il s’éveille aux songes

Aux ombres glacées de l’hiver

 

 

Nul signe sur ses pages. Quelques empreintes fugaces dans les yeux lui épargnaient le labeur inutile de la main.

 

 

Au bout de l’échelle, sa main tendue décrocha (une nouvelle fois) la lune. Et aussitôt le ciel s’assombrit. Son séant sur le sable s’émerveilla des étoiles. Et son regard se rétrécit.

 

 

Une pincée de miel offerte aux dieux. Et aussitôt le ciel crépite. De plaisir et de colère.

 

 

Tapi sous les bruits, le vénérable silence. Comme la vérité derrière les mots.

 

 

Le regard entravé de faux bâtit ses barreaux. Geôle de voiles où les yeux se dispersent entre les échancrures.

 

 

Un jour, il devint sans qualificatif ni attribut. La tâche qu’il s’était assigné à l’aube du chemin.

 

 

Il laissait être ce qui le traversait (et ce qu’il traversait). Devint passage temporaire. Passager provisoire.

 

 

Il s’abandonna à l’évanescence des formes. Confiant en leur essence unique. 

 

 

Après avoir multiplié les identités parcellaires, il découvrit qu’il les possédait toutes. Et comprit enfin qu’aucune frontière ne les séparait.

 

 

Il devint tout sans exception. Sur le point de faire naître l’être sans trait.

 

 

De la source jaillit notre fontaine. Et cette eau apaise notre soif. On abandonne aussitôt sa jarre. On délaisse l’argile et le sable. On se défait de toute matière.

 

 

Il accosta en ses terres. Parvint enfin à la rive sans rivale.

 

 

Fidèle à la proue, à l’étrave et aux bastingages, ses horizons s’ouvraient au ciel, à la terre et aux abysses. 

 

 

L’horizon referma les 4 coins de la terre. Et condamna toutes les impasses à s’ouvrir.

 

 

Il s’agenouilla  face contre terre. Et son visage lentement se redressa vers le ciel.

 

 

En chaque forme, une bouche lui souriait. Comme l’évidence d’une présence. Eternelle et bienveillante.

 

 

La grâce me toucha au cours d’une longue nuit de disgrâce qui faillit me terrasser.

 

 

Après une longue nuit de sommeil, il ouvrit les yeux. Embrassa le visage du monde. Et toutes les bouches se refermèrent sur ses plaies qui aussitôt cicatrisèrent.

 

 

Devant les masques, ses yeux ébahis. Et derrière, la bouche tendre sur laquelle il rêvait de pencher ses lèvres.

 

 

Derrière les mots, il entendait une voix. Derrière la voix, une musique. Derrière la musique, une danse. Et derrière la danse, le silence qui accueille toutes manifestations.

 

 

Au creux du ciel, l’asphalte blanc se déroulait. Et le passage s’ouvrit. Avec envergure.

 

 

Il apprenait le silence enjoué. Les yeux malicieux, le geste juste. La parole sage. Le pas aiguisé et clairvoyant. Pour aller sans crainte. Et sans ennemi.

 

 

Au cœur des saisons, la nuit s’effaçait. Et la lune (à présent) veillait sur son repos. Et au cœur du jour, le soleil éclairait son horizon.

 

 

Au seuil de l’aube, il se redressait, encore gorgé de nuit. Et s’assoupissait au crépuscule, encore inassouvi de soleil.

 

 

Un nouveau ciel d’entraves lorgnait (pourtant) sur ses horizons. Et il se figea, la bouche hébétée devant tant d’incertitudes.

 

 

Son front s’enhardit devant les obstacles. Comme un taureau lancé à la poursuite du vent, il se heurta au ciel emmuré. Et se brisa les cornes contre un nuage. L’opiniâtreté fut son ultime résistance.

 

 

Efface tes refus. Et tous les obstacles disparaîtront.

 

 

Conscient de l’inconstance des consistances et de la constance des inconsistances, il s’enhardissait (pourtant) dans ses fausses croyances. Se fourvoya une nouvelle fois sur ses chemins d’errance.

 

 

Soucieux de s’évaporer sous le soleil rouge, il laissait derrière lui une route sans trace où les ombres s’effaçaient, soumises à l’âpreté des déserts.

 

 

L’insistance des cloches força le chemin à s’ouvrir.

 

 

L’artifice intact sur les lèvres, les silhouettes se camouflent. Egratignant la chair de leur masque. Mais sur les visages ivres de peur, les yeux grimaçants se convulsent en prière. 

 

 

Mille vagues arrondirent son infortune. Et engloutirent ses craintes de naufrage. Le vent inhospitalier devint enfin son hôte.

 

 

Il loua son heureuse infortune. Son destin de mendiant au bol tendu et à la cape d’étoiles posée sur l’épaule arpentant le labyrinthe appuyé sur son ombre parmi les foules qui foulent les empreintes de leurs aînés sur leur sente d’argile.

 

 

La perte est un gain trop souvent ignoré pour tendre son bol. Toute obole est pitoyable. Et la main si vaste pour recevoir son dû. La prunelle tient lieu de richesse. Tout ce qui l’effleure devient alors trésor.

 

 

Mille bouches carnassières poussèrent leur glaive vers ses oreilles innocentes et se heurtèrent à ses lèvres sanguinaires.

 

 

Une pluie de terreur s’abattit (une nouvelle fois) sur ses yeux pâles. Mais un rire métamorphosé coula sur ses lèvres et s’ébruita en ondes savoureuses. Délectables jusqu’à l’extase. Yeux dessillés à l’infortune, transformant ses larmes en pétales – accrochés parfois à leurs tiges d’épines écorchant sa chair encore tendre. 

 

 

Yeux de braise. Et cœur de cendres. Mais vers quelle folie me précipite-t-on ? Suis-je homme de paille ?

 

 

Il décrocha (encore une fois) la lune. Comme d’autres auraient repris leur manteau aux patères. Le ciel à portée de visage. L’univers comme maisonnée.

 

 

Homme de vent. Et de poussière. Céleste jusqu’en ses fragments.

 

 

Soumis à un combat d’un autre temps, d’une autre époque, le sang jaillit de la source. Intarissable et neuf. A tout jamais. Un combat sans victime. Où les morts renaissent en terres plus fertiles. Une victoire universelle pour l’Homme. Et l’humanité en attente dans sa garnison sordide.

 

 

Une fureur espacée

Un carrefour sans porte

Un dédale sans allée

Des ombres mortes

Un lieu sans trace ni chemin

Où demeure la présence

 

 

Il dédia son chemin à l’avenir sans vanité. Et s’en fut en cette contrée où les fleurs jaillissent entre les lèvres ouvertes qui s’abreuvent à la rosée.

 

 

Debout contre la pluie, il n’attendait plus. Mais souriait au soleil désenfoui qui bordait ses larmes.

 

 

Il vit passer un ange aux ailes rouges et au sourire fané (sur ses lèvres sans grâce) qui parcourait le ciel pour défaire les yeux incrustés de malheur et déposer des rires sur les joues creusées d’épreuves en invitant le ciel et les dieux à danser sur les continents et les constellations qui portent à la grâce le mystère des silhouettes.

 

 

Dans les hautes sphères reposent les soubassements de la terre. Et dans les galeries de forçats, les pépites incandescentes continuent de brûler les yeux faméliques.

 

 

Le soleil brûla sa sauvagerie de guerrier. Attisa son visage pâle de sa fière allure, le contraignant à déposer son armure, ses plumes et son casque d’étoiles pour revêtir la parure des guerriers nus avant l’ultime combat qui fait naître l’innocence.

 

 

Une porte à côté de l’horizon attendait ses pas. Et à son seuil, nulle enseigne. Mais un long couloir bordé de chandelles. Un étroit désert de braise et de glace où s’effacent sur les peaux martyres tous signes de distinction. Un espace qu’il faut franchir nu – dépouillé de toute parure et de tout orgueil – pour accéder au territoire insécable bordé d’invisibles frontières.

 

 

Heureux les infidèles à l’ordre - les insoumis aux rites et aux règles - qui peaufinent en silence leurs mutineries, ils échapperont à la mort des vivants en se délestant des charges ancestrales de l’homme -  le poids des mimétismes et des traditions - en inventant leur sente vers le territoire fraternel (où règnent l’amour et la liberté).

 

 

Nulle vérité dans les livres. Et tant sur les visages.

 

 

La tête disséminée aux 4 coins du monde, il fédéra enfin ses éparpillements. Et découvrit l’unité.

 

 

Au soir du grand jour, le soleil fondit sur lui. Et la lumière se peaufina aussitôt derrière l’ombre tapie des masques qui s’esquintaient à la tâche, s’endurcissant sous les coups - donnés et reçus et mijotant leurs plans avant de se lézarder sous le regard innocent des visages balafrés de vérité.

 

 

La grâce le foudroya au seuil comme une trouée de lumière aurait déchiré l’obscur épaissi par le labeur acharné. Comme si la délivrance - légère et imprévisible - s’invitait toujours au plus épais de la quête.

 

 

Dieu se moque des âmes engoncées qui martèlent le ciel de leurs prières afin d’inviter un fragment à tomber sur leur lopin de terre. Il aime les cœurs libres. Et les âmes intrépides. Ainsi façonne-t-il les hommes à son œuvre.

 

 

De quel coin de ciel voit-on les anges tomber avec des grappes d’hommes apeurés agrippés à leurs ailes ?

 

 

Une pluie de lumière glissa sur ses joues creuses. Et dans ses orbites tombèrent une larme et des étincelles. Et quelques cendres du monde ancien.

 

 

Au-delà des terres se rejoignent les antagonismes. Les paradoxes s’unissent. Nulle frontière pour diviser l’amalgame unifié sans consistance.

 

 

Dans son bain d’infortune coulait une source de joie. Et encore quelques brassées de sable noir.

 

 

Quelle ombre se cache dans les replis de la lumière ?

 

 

Il dévisagea le ciel de ses yeux rageurs. Mais nulle promesse ne fut tenue. Il vilipenda les anges. Mais son espoir se brisa. Alors qu’implorer ? se demanda-t-il. Et la réponse le foudroya : le regard salvateur qui guérit le pas. Pour que chaque geste devienne trésor.

 

 

Une fronde sous la terre grogna contre toutes les cavalcades du ciel. Et dans l’intervalle effeuillé, un nouvel interstice l’ouvrit au mystère. Le labyrinthe s’ébruita. Le jour naissait.

 

 

Une candeur sur l’épaule, il s’immisça dans la trame du vent. Derrière ses horizons, nulle trace. Mais quelques empreintes ensoleillées.

 

 

Il s’irrita sans colère. Contre les tourments de la terre. Et autour de lui, des bouches avides creusèrent ses entrailles.

 

 

Des fossés de complaisance. Et des ornières savoureuses. Des pas et des impasses. Un territoire à creuser. La matière de tout voyage.

 

 

Des ombres sans mains. Et des traces d’argile comblèrent ses failles. Ses ruines somptueuses. Et ses cimes en décrépitude.

 

 

Ses toussotements côtoyaient les nuages. Il aurait pu s’enorgueillir de la compagnie des anges. Mais le rire effaça sa traversée. Et le ciel aussitôt se gaussa de sa joie.

 

 

Il mordit (une nouvelle fois) la poussière. Et demeura ébaubi par les étoiles à ses pieds.

 

 

L’antre s’effaça. Se creusa d’espace. Et la matière se liquéfia. En nuées de vapeur et de poussières incandescentes.

 

 

Son âme claustrophobique dénicha la serrure. Et la dilatation du tunnel s’intensifia. Le ciel aussitôt s’y engouffra.

 

 

Il claudiqua avec allégresse. Et ses béquilles se désagrégèrent.

 

 

Après tant d’errance, il retrouva sa trace par inadvertance. Il soupira d’aise. Et refit surface à l’exacte profondeur où avait débuté sa recherche fébrile et inopinée.

 

 

Il habilla ses masques de transparence. Scruta sa tombe avec malice. Se défit de tous les pièges de glace.

 

 

Il riait de sa détermination. De son intransigeance. Son opiniâtreté s’affaissa. Et son exigence s’ouvrit à la facilité des épreuves.

 

 

Ses yeux vieillissants découvraient un monde d’adultes en désarroi. Et en perdition. Il savait (à présent) que la magie opérait toujours à la marge. Et aux extrêmes.  

 

 

Le (vrai) magicien s’affranchit des tours (de passe-passe). Et des illusions. Des chapeaux sans forme. Et sans fond. Toujours ouvert au ciel et aux tourterelles.

 

 

Au bord du ciel, il contemplait enfin sa demeure.

 

 

Les yeux sous l’ombrelle. Le clignement des cils sous la lumière d’automne. Serait-il encore aveugle à la clarté saisonnière ?

 

 

Un dédale sans décombre. Et des formes en quête d’épure. Toujours sujettes aux malices des évènements.

 

 

Une voix dans la nuit sourde révéla une présence. Et oblitéra tous les bruits.

 

 

Une glissade dans ses yeux pâles. Le point sur les sourcils, il s’interroge. L’innocence en apparat noir. En costume sobre et écharpe à paillettes.

 

 

Il retrouva des gestes. Et des visages familiers. Et demeura à leur égard muet. Et sans attente.

 

 

Des oublis passagers trouèrent sa mémoire et lui redonnèrent l’intelligence de ne pas savoir. De n’avoir jamais su. Et le rire de n’y parvenir jamais.

 

 

Un feu ardent obligea son geste à la lumière. Et son visage put enfin refléter le monde.

 

 

Ses yeux gorgés de soleil furent enfin prêts à réchauffer les âmes vagabondes et apeurées.

 

 

Le bonheur glisse sur les visages. Et les doigts apeurés se cramponnent alors que la main ouverte tire sa joie de toutes circonstances.

 

 

Les hommes arpentent le monde en quête d’un manuel. En assurant à peine leur survie, claquemurés entre leurs peurs et leur ignorance.

 

 

Derrière les masques, tous les visages du monde se faufilent entre les interstices. Quelle est donc notre identité ?

 

 

La ronde des jours consume notre sourire. Et le visage de nos nuits appauvrit notre repos.  

 

 

La souffrance étreint la chair. Et au cœur de la chair, la joie attend d’être libérée de sa gangue.

 

 

Une fenêtre dans l’escalier éclaira sa foulée. Et son pas glissa vers l’azur.

 

 

Avant de découvrir le soleil, une voix dans l’ombre déclara sa flamme à la chandelle qu’il portait en secret.

 

 

Son geste pourchassait la perfection. Et entre les deux toujours se glissait l’ombre altérable. Que d’un regard, il balayait pour faire advenir la justesse.

 

 

Seule la nuit conduit au jour. Et lorsque nos pas sortent de l’ombre, la lumière ne craint aucune ténèbre.

 

 

De glace ou de sable, nos rêves portent nos glissades et nos enlisements.

 

 

La grâce est sans circonstance. Et s’étiole à toute saisie.

 

 

Paumes ouvertes sur l’azur. Doigts dansant sur la terre. Ongles noirs affranchis de toute saleté. Il remercia ses mains sans pareilles.

 

 

A l’orée de toute clairière, des rangées de bois sombres. Une nuit sans ciel. Des jours sans terre. Reclus au fond du labyrinthe. Prisonniers de l’obscur dédale. Les éternelles prémices de l’envol.

 

 

Abandonne-toi au mystère. Et tu seras guidé en tous lieux.

 

 

Chaque cœur se disloquera sous la cognée du vent. Et s’émiettera en pierres. Et sous les ruines, mille cimetières s’évanouiront. Et nous marcherons ensemble parmi les fleurs dans des allées d’herbes folles. 

 

 

Acculé à la nudité, le soleil habilla la saison timide qui naissait entre ses lèvres. 

 

 

Une porte, des voiles et des déchets encombrent notre seuil. Obstruent toute ouverture. Toute percée du ciel. Empêchant l’entrée des silhouettes toujours gorgées d’absence.

 

 

L’esprit s’enveloppe et s’enroule dans un moule trop confortable. Socle d’incarcération sur lequel poussent ses barreaux avec la clé de la geôle fondue dans l’acier.

 

 

La pluie se glissa entre ses yeux sages. Inutile, pensa-t-il alors, d’implorer le ciel pour sécher ses larmes.

 

 

L’origine des jours n’attend aucun siècle pour éclore.

 

 

Un monde d’après le jour où la grâce s’émerveille de chaque pas. Et se renouvelle à chaque foulée.

 

 

Un sombre éclat persistait dans ses yeux qu’il fit disparaître d’un claquement de doigts.

 

 

Demain, l’enchevêtrement des corps nourrira notre puissance. Notre amour et notre gloire.

 

 

Des traits et des traces sans visages à ses yeux rieurs. Et ses épreuves d’acrobate glissèrent à ses pieds. Sous la corde qui le ligotait.

 

 

Il aurait aimé retrouver le temps qui enserre. Se détourner de son absence. Mais l’infini ligotait son regard. Il crut qu’il allait mourir étouffé d’absolu.

 

 

L’ombre du temps recouvre nos pas. Et nos silhouettes sont grignotées par le sillon des heures, talons embourbés et visages noirs d’effroi. 

 

 

Insoucieux universels, nous arpentons les heures. Nous occupons le siècle, à la mode de notre temps.

 

 

Une pluie d’un autre siècle s’abattit sur ses joues. Et en regardant ses paumes démunies, il pleura.

 

 

Sans ustensile pour recueillir, nul amassement. Mais une richesse sans cesse renouvelée.

 

 

Au pied de l’aurore, l’horizon. Et la lune, au loin, brille encore. Et dans le ciel, quelques étoiles s’effacent.

 

 

Au cours de la longue marche, je n’ai cessé d’appeler l’horizon à mes pas. Et l’espace a fini par se réduire à mes semelles. Et la perspective au bout de mes souliers.

 

 

Son chemin prit une étrange tournure. Ses semelles s’allongèrent. Devinrent infinies. Et en dépit de leur démesure, nulle trace sur le sol. Sa traversée devint invisible.

 

 

Dans mon dédale où se côtoyait toute la grossièreté du monde, j’ai blâmé les monstres du labyrinthe, tirant parfois mon glaive. Ou cherchant parfois un fil pour m’évader. Ou (à défaut) une corde pour les soumettre et les apprivoiser. Tant de combats passés à proximité de la lueur.

 

 

Entre les fissures point le jour.

 

 

A la haute saison, les pierres se dérobent. Les parois s’affaissent. Et le soleil brûle tous les horizons.

 

 

La chair indigente cherche des mains pour la réconforter. Des traits pour la souligner. Des bras pour la porter. Des lèvres pour lui chanter sa gloire. Quelques âmes pour abriter sa solitude. Et la délivrer d’elle-même. L’éloignant ainsi des ressources qu’elle recèle.

 

 

Un puits d’espoir sous un ciel passager. Mensonger. Par quel souterrain céleste comptes-tu rejoindre l’azur ?

 

 

Il habitait (déjà) l’azur que ses pas écrasaient. Savait-il seulement que le ciel se déformait à chaque foulée pour épouser sa silhouette ?

 

 

Le ciel demeurait à ses jointures et à ses fêlures. Et toute consistance demeurait une entrave à sa découverte.

 

 

Des visages fantômes aux yeux sombres hantés par la frilosité se claquemurent dans leur fief - leur demeure inhabitée - entouré de douves et de remparts. La face nue appelle la clarté du regard. Et l’audace d’ouvrir ses pas à la terre. Le ciel au front, la maisonnée s’étend. Et la fraternité grandit en tous lieux à mesure que le dehors réduit son champ et son emprise.  

 

 

Après l’ineffable course survint l’indicible (et insupportable) halte. Puis il franchit le tremplin qui le mena vers les contrées incessantes.

 

 

Une embellie sauvage déchira la toile sombre où il végétait - agonisait presque. Et le ciel s’abattit sur ses jours et ses nuits. Et s’enfonça en tous lieux. 

 

 

L’échafaud ne conduit ni au supplice ni au tombeau. Mais au ciel pourfendeur d’espoir.

 

 

Il pénétra les portes invisibles dans l’évidence d’une présence.

 

 

La déroute est en définitive le seul chemin. L’unique voie de la délivrance. 

 

 

Il songea (avec émotion) aux forçats arcboutés dans leurs souliers qui œuvraient à leur sillon. Et aux armées volages butinant à chaque carrefour. Les premiers, pensa-t-il, s’enliseront et les pas des seconds seront balayés. Et une pensée (soudain) l’effleura : tous s’égareront jusqu’aux confins du territoire.

 

 

Il interrompit son envol et retomba sur un socle incertain. Le voyage se poursuivait - ou commençait peut-être… - un terrain neuf à chaque pas renouvelé… soumis au regard métamorphosé qui s’inversait sans cesse.

 

 

Son désir de lutte incessant céda le pas au regard fraternel.

 

 

Il aimait sans restriction. Sans complaisance pour le miroir.

 

 

Passé le seuil de l’existence vide et embarrassée surgit le territoire de la vie pleine et désencombrée.    

 

 

Détaché de l’aube comme du crépuscule, des jours clairs comme des nuits étoilées. La besace vide et les souliers légers. Sans viatique sur l’épaule, il s’en fut, l’esprit libre et le cœur désencombré.

 

 

Il avançait. Avec (encore) quelques poussières d’entrave à ses pieds. Guidé par l’espace. Plus sûr que jamais de la destination.

 

 

Le monde pourrait nous couper les ailes et nous briser l’échine, le chemin renaîtrait.

 

 

Il se démit de toutes positions caricaturales. Ancra son écoute au silence. Et la nécessité devint juste. Soustraite de sa périphérie.

 

 

Les derniers mouvements de l’ombre effleurèrent la surface de sa peau. Mais le soleil  resplendissait dans la profondeur des horizons.

 

 

Au plus profond de sa chair, il découvrit l’incroyable royaume dont il était roi. Et il cherchait à présent son trône pour habiter pleinement les lieux.

 

 

La nudité du ciel, voilà ce à quoi il aspirait…

 

 

Et des siècles de lumière, voilà ce qui l’attendait…

 

 

Le vent. Une rose. Et tous les pétales, un jour, éclatent au soleil.