Journal poétique / 2012 / Le passage vers l'impersonnel

Sur le parvis des terres blanches, la nudité s’avère l’unique vêtement de circonstance. Atteindre cette gloire désarme toutes les hostilités. Et tous désirs de conquêtes. Peu d’êtres en sont dignes. Non qu’ils ne la méritent mais ils ne peuvent encore se résoudre à se dévêtir de leurs singularités et à abandonner leur particularisme qu’ils continuent d’endosser comme une vaine armure, impropre à les protéger de la misère qu’ils ont toujours tenté en vain de fuir.

 

 

Il allait là où la vie le poussait. Jusque sur les terres les plus rocailleuses. Allant son chemin sans jamais réclamer son dû. Ebloui par le soleil. Tous les soleils. Dégrafant ses yeux des sommets. Et s’agenouillant à la face du monde. Parcourant l’échelle sans barreaux des abysses. Et franchissant les gouffres. Invitant tous les déserts. Et voyant les temples s’ouvrir. Les arbres et les fleurs pousser sur les allées. Effaçant sa présence pour achever (enfin) le préambule de la marche.

 

 

De l’innocence naît la candeur du jour.

 

 

En tous points les brumes obscures se dissipent. Laissant libres les perspectives.

 

 

L’Invité se tiendra à toutes les tables pourvu que tu y sois - présent.

 

 

L’horloge se brisera sous le poids de la présence. Et tu verras les aiguilles défaire les nœuds de tous les passés. Défiler toutes les incertitudes à venir. Et tricoter l’instant sans souci des mailles.

 

 

Au faîte de ta gloire, tu seras clochard ou va-nu-pieds. Rois de toutes les contrées.

 

 

Il y a derrière la lune un horizon sans tenaille. Et à son seuil, des lèvres saillantes qui avalent et recrachent. Une bouche béante qui laisse toujours neuf. Et sans blessure. Et sur terre, quelques doigts maladroits qui la désignent et des myriades de prunelles hagardes qui regardent (partout) sans comprendre…

 

  

A la saison du désamour, ne te précipite vers ton refuge. Tes allées charbonneuses. Tes contrées scintillantes. Fais face de toutes tes lèvres. Et le baiser te sera donné.

 

 

Nul abîme à parcourir. L’abandon est le seul franchissement.

 

 

Les arcs-en-ciel se jouent de nos rêves. Et nos ponts n’enjambent que des rives mortes. De la terre, le ciel n’est accessible qu’à l’innocence. Aux lèvres émues et silencieuses. Ebahies par tant de splendeur.

 

 

Pourquoi  ensommeilles-tu les anges qui frôlent ton regard ? Et pourquoi t’égayes-tu des tristes masques qui te dévisagent ?

 

 

La terre se couvre de mirages quand tu implores le ciel. Emiette tes grimaces. Et la grâce te sera accordée.

 

 

La peur ne dissipe les râles. L’écho féroce des cris qu’on ravale d’un hochement de tête.

 

 

Retire-toi de tout orgueil. Reviens au centre de tous les cercles.

 

 

Ne pressens-tu pas le manque qu’il te faudra combler à mains nues ?

 

 

Oublie tout savoir. Renonce à connaître. Egare-toi. Le trésor est à portée de doigts.

 

 

La mère de tous tes supplices est ta prétention. Endosse tous les riens jusqu’à la nudité.

 

 

Le secret, chacun le porte en soi. Voilà pour quoi il convient de se dévêtir.

 

 

Il n’y a qu’un seul sillon à creuser. La pente où Dieu nous a placés. Mais pourquoi [Diable] nous a-t-il posés là ? Renonce à comprendre. Et avance. Suis la pente. La réponse se dessinera jusqu’à l’extinction de la question.

 

 

Marche sans espoir d’envol. Et tu découvriras le ciel au fond de la fange. Dans la boue où tu enlises tes pas.

 

 

La mort n’est rien sous le préau. Ni en salle d’étude. Mais qu’en est-il sur la tombe ? Et sur la funeste allée qui y mène ?

 

 

Les fleurs séchées oubliées dans les cimetières. Sur nos tombes de poussière, le soleil scintille entre les particules.

 

 

De gré ou de force. Il faut choisir entre la violence et la pente que le destin nous a choisie. Pourquoi changer de versant et s’éreinter à l’escalade alors qu’il est si facile de suivre le chemin où nos pas se dirigent naturellement ?

 

 

Il devait sa fortune au soleil. Et son destin à la terre. Mais il trébucha sur quelques pierres et finit par s’enliser dans quelque zone marécageuse alimentée par la pluie.

 

 

Que l’on me montre le chemin ! criait-il. Et il n’avait devant les yeux que des dunes et des pierres. Des montagnes et des déserts interminables.

 

 

Il demanda à la nuit d’ouvrir ses veines. Pour offrir son sang aux jours maudits. Il demanda au soleil d’éclairer ses lèvres. Pour panser ses peines et les cœurs - ensommeillés et meurtris - rencontrés en chemin. Puis il demanda aux jours un peu de répit et au ciel d’ouvrir une fenêtre. Et il s’enfuit.

 

 

Il se souvint de ses frères qui baillaient assis devant le jour. S’encanaillant et faisant ripaille toutes les nuits. Surpris qu’un matin la mort vienne les chercher. Mais nous n’avons pas fini de nous amuser, braillaient-ils.

 

 

Mille gestes ne pourront te sauver de ton désarroi. Mais un regard saura t’éclairer.

 

 

Ne clame ton innocence. Ecoute et deviens silence.

 

 

Ce qui t’éconduit des sommets et te porte au plus bas te livre à toi-même. Et cette offrande te révèle le sens de toutes ascensions.

 

 

Ne juge point les hommes à ce qu’ils font. Ne juge point les hommes à ce qu’ils sont. Qu’ont-ils demandé à Dieu pour exister ? Le destin se charge de le leur dicter. Innocents aux yeux affamés et aux mains toujours vides.

 

 

A l’affût de l’aube. La prunelle toujours hagarde.

 

 

Quelle impasse à tes jours que tu ne peux contourner ? Combien de barrières te faudra-t-il (encore) franchir ?

 

 

Ne regarde plus (avec tristesse) le chiendent. Mais bois à sa rosée.

 

 

Nul ne peut contenir la source. Mais écoute ceux qui s’en font l’écho. Ceux qui vibrent à sa résonance. 

 

 

Une odeur de foin sec se cachait derrière ses fagots. Et à l’échelle une fenêtre sur le ciel

 

 

Au cœur du labyrinthe, une forêt de palissades. Et un horizon dévoilé derrière toutes les brumes.

 

 

Entre les ratures de ta nuit, une écriture nouvelle. Dégagée des syntaxes et des règles pesantes. Des traits de lumière qui abreuvent les yeux fatigués.

 

 

Ne te méprends de frontières. Dévisage l’impossible.

 

 

A qui goûte le simple, un banquet de saveurs orgiaques est offert.

 

 

Les étoiles ne se lisent à l’aveuglette. Et à la vue claire se dérobent. Oublie la lueur. Regarde le reflet qu’elles ont laissé dans ton âme.

 

 

Le ciel pourrait soupirer de notre aveuglement. Mais il nous aime sans exigence.

 

 

L’éternité t’attend, toi qui as l’audace de flétrir l’instant.

 

 

L’éternité s’avance toujours à pas dé-comptés.

 

 

Pierres du chemin, petits tertres d’où il faut s’élancer

 

 

Chacun porte en son for intérieur une croix. Appui vertical où s’édifie toute la saveur des horizontalités.

 

 

Dans sa main du sable qu’il avait pris pour de l’or. Et ses yeux regardèrent ses doigts avec tant de reconnaissance. Il savait à présent où se lève le soleil.

 

 

Dans tes profondeurs, un ciel si vaste t’attend. Garde donc les yeux clos. Et le monde viendra (bientôt) à ta rencontre.

 

 

Le ciel supporte sa charge. A l’homme de porter la sienne. Les arbres, eux, en connaissent les joies et les peines. Toutes les libertés de l’enracinement.

 

 

Ô toi que la terre rassure, écoute le ciel s’ouvrir et descendre en tes basses contrées.

 

 

La nuit n’est jamais trop noire pour celui qui cherche la lumière.

 

 

Toi qui cherches le ciel avec tant de peine, laisse-le en paix. Marche sans t’en soucier. Il descendra au faîte de ton insouciance.

 

 

Seules l’herbe et les bêtes laissent le vent les caresser. L’Homme est trop frileux pour se laisser toucher (et atteindre).

 

 

Le ciel se laisse parcourir par les nuages. Et par nos rires. Même nos pleurs sont invités. Le ciel est l’hôte de nos éclaircies et de nos jérémiades.

 

 

Au bord des frontières se terre le silence. Derrière nos abîmes, il attend notre traversée.

 

 

Le quotidien a ses secrets que nous prenons pour des fadaises ou des lourdeurs. Tant est insensible notre œil.

 

 

Les forêts sont nos tanières. On s’y refugie pour regarder le ciel à travers les feuillages. Comme si les interstices étaient nécessaires à notre regard (prisonnier). Comme si l’infini était encore trop grand pour nous.

 

 

Prends appui sur ce qui te déstabilise. Et ton pied s’affranchira des circonstances.

 

 

Il me plairait de toute évidence d’estomper les siècles. De renoncer à toutes ces orgies de temps où l’on s’ensommeille. Pour m’éveiller à la rosée toujours fraîche des heures.

 

 

Deux souliers en attente de pas. Usés déjà par les prémices de la marche.

 

 

Qu’un seul mot puisse changer le monde ! Et j’écrirais des montagnes. Pour que les Hommes puissent s’élever enfin.

 

 

L’Autre n’existe pas. Le jeu s’accomplit toujours entre soi et soi.

 

 

Minuit s’enracine dans les pires terres. Et le soleil de midi est (déjà) passé.

 

 

Derrière chaque fenêtre les murs se lézardent. L’ouverture n’a d’autre dessein : abattre les frontières.

 

 

Au bord du cœur, règne la mièvrerie. Et en ses tréfonds une âme palpitante refuse le langage de l’amour mais sait l’incarner au plus juste.

 

 

En l’éclaircie abstraite, nulle percée. Seule la trouée manifeste exauce.

 

 

Le monde succombera par le silence. Jamais par la faux ni par l’épée.

 

 

L’erreur ne vient pas des yeux. Mais du regard. Si souvent prisonnier.

 

 

Que la vallée s’illumine sous le feu du regard ! Et que les voiles s’enflamment !

 

 

Dans le corps un trésor frémissant attend la clé que tu cherches (partout) de tes mains malhabiles.

 

 

Une joie d’atteindre l’inconnu qui sommeille. Et s’étire sous la main.

 

 

L’orée sans nom des confins.

 

 

Il n’y a aucun écart à combler entre le juste et le non-juste. Tout ce qui advient arrive juste.

 

 

Qu’importe les saisons si le vent pousse.

Et qu’importe le vent si tu sais être les saisons.

Les bourgeons naissent.

Les fleurs éclosent.

Les feuilles tombent

Et toi où as-tu posé tes jours ?

 

 

A la saison passante

Les masques

Regardent les bourgeons pousser

Les fleurs éclore

Et les feuilles tomber

S’imaginant suivre

Le cycle imperturbable des saisons

Le cycle du temps qui passe.

 

 

La joie libère de tous sommeils. Et de tous repos.

 

 

A portée de vent jamais tu ne succomberas. A portée de mains des doigts t’agripperont. Te serreront le cou. Et t’étrangleront dans la gloire ou l’opprobre.

 

 

Il n’y a de jours solitaires.

 

 

L’histoire n’a de sens qu’à son terme.

 

 

Le tumulte des années sauvages s’estompe.

 

 

Parsème tes allées de beauté. Et les fleurs pousseront sur tes terres les plus arides.

Parsème tes prunelles de beauté. Et tu verras partout fleurir le monde.

 

 

Un masque s’étiole pour un autre plus lointain. Plus profond. A quoi bon dénicher les masques si le sourire derrière les lèvres fait merveille, égaye l’objet du regard – et la source même de toute vision ?

 

 

La multitude n’a d’autre dessein que l’émerveillement.

 

 

Il n’y a de grimaces hideuses. Mais une souffrance parfois terrible qui défigure le visage des hommes. Que leur âme ne prend encore la peine de soulager. Il suffirait pourtant de 3 fois rien pour les convertir à des lèvres tendres. A une bouche aimante pour apaiser leur peine. Et ce trésor est en eux-mêmes encore enfoui sous la tristesse.

 

 

Les générations se succèdent sans bonheur. Sans joie. De tristes lignées où la morosité suinte des visages. Avec l’émerveillement pourtant si proche des lèvres.

 

 

Une folie ensorcèle le monde. Et je ne sais que faire pour arrêter ces yeux furieux. Je les laisse à leur labeur. Me tenant coi. Me laissant transpercer quand il le faut.

 

 

L’abandon est le seul travail. L’œuvre de la vie sur nos résistances. Celles que l’on a façonnées dans la crainte de vivre.

 

 

Vers quel miracle te diriges-tu, toi dont les yeux sont dessillés ? De quels mirages t’éloignes-tu ? Vois-tu les hommes au loin courbés sur leurs peines ?

 

 

Défaites les prunelles de glace. Liquéfiées par l’ardent soleil.

 

 

Le visage s’émancipe avec la clarté.

 

 

Toute question cherche son extinction.

 

 

Il est des poètes démunis qui ouvrent les bras à l’instant qui les sépare d’eux-mêmes. Et des poètes dont les mains habiles jettent leurs songes sur la page. Mais il n’y a d’effacement au creux des songes. Mais des mains démultipliées qui portent au pinacle les visages qui s’usent. Alors que l’usure des yeux soulève celui qui s’échinait à percer le mystère sous ses plaies. Une invitation à l’oubli. Jusqu’au renoncement du regard sage autrefois tant convoité.

 

 

Dans le repère glacé de la fortune, les âmes avides grelottent.

 

 

Exténuez les siècles jusqu’au firmament des âges. Jusqu’aux horizons maudits des perspectives. Dégorgez les panses. Déversez les entrailles des mille projets terrestres. Acérez l’œil neuf qui patientait sous les prunelles carnassières. Et allez libres des entraves qui obstruaient les chemins !

 

 

Estomaqué par l’absurde balancement des aiguilles. Et les heures chavirées.

Un chemin s’initie entre les pierres.

 

 

Toute connaissance doit se vouer à la non-connaissance.

 

 

La vie est sans retour. Allées et venues. Saveur de l’éphémère.

 

 

Le rien est une poudre blanche. La neige est notre seule héroïne.

 

 

Pour écouter l’Autre, il faut d’abord s’écouter. Etre réceptif à sa propre résonance pour entendre le cri - souvent étouffé - de l’Autre. Obéir instinctivement au programme édicté par le mental est un manque d’écoute. Une surdité à soi-même. Quant à suivre les lois du monde, voilà une éloquente façon de renoncer à entendre sa propre voix. 

 

 

Abandonne le faire. Déleste-toi des identités. Fais face à l’insupportable nudité. A l’inconfort de ne rien être. Et tu verras briller au fond de ton cœur ton vrai visage. Ta seule réalité. Alors tu pourras reprendre le faire et l’habiller des multiples masques qu’imposeront les situations. Mais tu auras suffisamment fréquenté la peur et la joie, regardé dans les yeux la vérité pour t’en amuser et accueillir ce qui se présentera.

 

 

La vertu est la peur de l’innommable que l’on porte en soi et que l’on cadenasse à coup de principes.

 

 

Dans quelle armure de glace t’es-tu fait prisonnier ?

 

 

Il faudrait savoir habiter ses pics comme ses abîmes. Et abandonner ses forteresses à leur gardien invisible. Pour régner sur le royaume de l’innocence.

 

 

Une âme soumise à la torture de sa propre histoire. Sans histoire. Ni bourreau ni victime. L’éternel demeure.

 

 

Tu ne peux rien dire du Tout.

Moins que rien.

Il y a le silence.

 

 

Si les formes t’envoûtent encore, entre dans la danse. Et tournoie. Jusqu’à la disparition du centre. Et tu verras l’espace s’ouvrir.

 

 

L’escalier mène vers nulle part. Ce lieu magique que l’on ne quitte jamais. Pourquoi dès lors se mettre en marche ? Pourquoi gravir ? Mais de quelle ascension parle-t-on ?

 

 

Il rêvait de voir s’écarter toutes les dimensions de l’aube. S’effacer la nuit. Pour que naisse une clarté nouvelle. Et que s’ouvre chaque matin un jour neuf.

 

 

L’incommensurable passion du rien.

 

 

Le faire se détache peu à peu des sphères habituelles. Et l’être survient.

 

 

Le malheur s’abandonne à lui-même. La nostalgie s’efface. La tristesse devient joyeuse.

 

 

Les pas se dégagent des sentiers communs. Pourtant la silhouette est la même sur la longue route grise qui traverse le monde. Mais les lèvres écarlates se sont entrouvertes aux vents des malheurs. La peur s’est déracinée de ses lobes. Les yeux pétillent de malice en croisant les passants. La foule des passants harassés. Encore perdus peut-être…

 

 

La besace s’est ouverte. Rien à l’intérieur. Quelques traces de la quête ancienne qui s’effilochent au vent.

 

 

Les silhouettes poursuivent leur danse. Tragique et effrénée. Mais on a quitté le bal. On a quitté la ronde. Les pas s’envolent vers la lumière. Le spectacle demeura éternel. Mais les yeux sourient aux danseurs. A la piste cabossée où s’élancent les yeux affamés. Et les cœurs insatisfaits.

 

 

L’esprit autrefois si fertile fréquente à présent la stérilité des territoires où les fleurs pourtant s’ouvrent sans pensée.

 

 

L’agonie du personnage devient une fête. Une célébration. Les noces du rien et des silhouettes. L’union au grand Tout. L’union du burlesque et de la tragédie. Le mariage de la grande tribu. Avec ses rites et ses sacrifices. Ses larmes et un vent de joie qui enveloppe et traverse tous les membres de la cérémonie.

 

 

Le rien a tout recouvert. Drapant d’un linceul toutes les épopées. Toutes les pyramides se sont effondrées. Tout se côtoie sur un sol délicat. Les pétales jonchent toutes les batailles. Les sols exsangues. Et les corps ensanglantés. L’innocence règne sur tous les territoires. Les tyrans tirent toujours les fils de leurs édifices. Les esclaves se soumettent toujours au joug de leurs bourreaux. Mais la pureté reste intacte. Immaculée.

 

 

La route est sinueuse pour les yeux aveugles. Mais le chemin disparaît dans le regard.

 

 

Le chemin s’invente. Et s’efface aussitôt. Les formes apparaissent. Et se transforment aussitôt. Et la présence rayonne. Reflétant le Tout dans la multitude de petits riens.

 

 

L’horreur conserve son masque. Mais aucun visage n’est bafoué.

 

 

Les yeux pourfendent toute lâcheté.

 

 

La contemplation s’intensifie. Le monde n’est pas banni. On honore l’univers. Mais les yeux ne sont pas dupes de leur inexistence.

 

 

Rien n’entrave. Rien n’aggrave. Rien n’épaissit. Le regard clair voit. Pénètre toute opacité. Désagrège le monde avec douceur et volupté.

 

 

Les cercles sans fin s’estompent. Laissant place à un immense carré sans bordure (ni frontière) qui se déforme au gré des circonstances, laissant apparaître ici et là quelques visages accorts ou patibulaires qui se caressent (s’engrossent) ou se déchirent selon les besoins. Obéissant aux mêmes cycles que le mouvement des étoiles.

 

 

L’espace s’ouvre et se referme telle une bouche qui avale et recrache la matière.

 

 

L’esprit se limite à ses fonctions. Le cœur s’enhardit. Et s’ouvre. Se gonfle jusqu’aux limites de lui-même. Découvre sa dimension infinie. S’extasie de sa capacité et de son potentiel. Puis éclate en une multitude de sourires sur les lèvres passagères.

 

 

La gloire s’agenouille vers l’en-bas. Défait les points cardinaux et les jette dans le tourbillon des formes haletantes.

 

 

Nul trophée n’est nécessaire. Les médailles pleuvent à chaque geste. Et chaque pas est une coupe débordante. 

 

 

La lucidité s’aiguise sans artifice.

 

 

Le divin et le démoniaque s’unissent sans tragédie. Et enfantent des perles noires au cœur incandescent.

 

 

La vitalité s’immisce où le cœur accueille.

 

 

Les bêtises égayent les enfants sages. Et les adultes applaudissent de tant d’espièglerie.

 

 

Les âmes s’impatientent encore devant quelques trouées de lumière. Mais se réjouissent à présent de toute obscurité.

 

 

L’arrière-plan accueille toutes les formes bigarrées. La transparence invite l’essence à se révéler.

 

 

La perfection du monde est à l’œuvre. Les fêtes succèdent aux guerres. Les batailles deviennent célébration. Puis les célébrations des batailles. Et nul ne s’en émeut. Les yeux humides n’ont plus cours. Les sourires vainqueurs comme les visages balafrés participent à toutes les apothéoses.

 

 

La terre s’encombre d’échafaudages et de projets de construction. Et les yeux s’amusent de cet élan vers le ciel. Le sable est toujours si peu propice aux édifications.

 

 

L’air se raréfie. La pollution contamine les fluides. Mais le cœur n’a cure des impuretés. Son oxygénation est ailleurs.

 

 

La famine, les épidémies prolifèrent. La matière est soumise à rude épreuve. Les silhouettes trinquent. Les mains s’agrippent. Les corps se débattent. Mais les âmes ne sont-elles pas libres ?

 

 

La joie se déverse sur les cœurs attristés. La fin du monde est proche peut-être. Mais a-t-on déjà vu un phœnix s’éteindre dans ses cendres ?

 

 

Les blâmes s’estompent. A quoi bon, en effet, protester ? Et condamner les mains innocentes ?

 

 

Sous ses masques, le personnage a peur de l’espace qui pourrait lui révéler son vrai visage.

 

 

L’espace s’intensifie. Et la matière se désagrège.

 

 

Quelle est la vérité du mensonge ?

 

 

A mi-chemin entre les dérobades et les saisies.

 

 

La nudité révèle l’homme qui peut dès lors revêtir tous les costumes. Et laisser son personnage jouer parmi les circonstances.

 

 

Nul ne comprend. Mais la compréhension advient. Et les larmes coulent sans tristesse.

 

 

Une ardeur caressante parfois le traversait. Et ses sens effaçaient toute possibilité du sens. La pensée anéantie par le corps. Et la sensibilité pointait vers le seuil du territoire infini où les formes et le vide tournoyaient, se mêlaient en mouvements ténus et en grandes arabesques. Comme une symphonie grandiose où le chaos devenait harmonie.

 

 

Les pierres du chemin rejoignaient le lit de la rivière qui l’avait guidé jusqu’à elle et ne l’avait jamais quitté. Elle, source de toute existence.

 

 

Les princes et les mendiants. Les marchands et les prostituées. Tous les héros et les damnés de la terre pouvaient à présent s’inviter à sa table. Les messagers des dieux et les mécréants. Les saltimbanques et les fonctionnaires. L’office était ouvert à tous. Fils du même fil. Enfants du même bol. Attablés ensemble. Mus par le même désir de complétude et de paix.

 

 

Secoué par de grands bouleversements silencieux. Avec ce sourire dansant sur le visage. Les gestes semblables, les pas identiques et les paysages inchangés. Mais le cœur avait repoussé ses frontières. Respirait enfin. Libre de ses entraves passées. Reconnues, apprivoisées patiemment, et accueillies. Ainsi avait pu naître le sourire à toutes les circonstances.

 

 

Il y a des livres qui nous emplissent de mots. Et d’autres, trop rares, qui nous ouvrent au silence. Seuls les seconds guérissent et apaisent notre faim de vérité.

 

 

Pourquoi espères-tu le ciel du lendemain ? Et pourquoi refuses-tu la terre d’aujourd’hui ? Ne vois-tu pas le soleil toujours vivace derrière les larmes - et sous la pluie ?

 

 

De grandes enjambées de plumes te garderont de la pesanteur du monde.

L’acquiescement aux circonstances. Seule vérité de l’instant.

 

 

Oublie la trace des saisons froides et le parfum des saisons enivrantes. Et bientôt le climat n’aura plus prise sur ton regard.

 

 

Habite pleinement la présence, et rien ne te semblera étranger. Le monde déroulera sa danse à sa mesure. Et tu t’égaieras de tous les pas sans te soucier des rondes qui se font et se défont au gré des danseurs et de leurs fantaisies. Tout mouvement attisera ta joie et ton émerveillement.

 

 

Le vide des cieux couchants

Et l’innocence de l’aube

Déchargée de tout horizon

Défont le sens de toutes promesses

Les ruses et les élaborations de l’esprit trop soucieux de certitude

Avide de guider le hasard et les circonstances

Vers des contrées plus sûres et moins rebelles

Moins rétives à la raison

S’affairent à parer à toutes éventualités

A tout surgissement de la matière

Dans le vaste jeu du monde

Au contraire, il te faut te dessaisir de tous accaparements de territoires

De tous assujettissements des êtres

Que tu empiles - de façon si vaine et coutumière - comme des trophées

Symboles de tes chimériques victoires

Sur la perte et l’impossible deuil de tes limitations

Il te faut au contraire détrôner

Toutes solidifications des frontières toujours souveraines

Aux pays des contes où les mythes

S’étendent et s’étalent jusque dans les profondeurs de l’obscurantisme

De toutes les croyances profanes et sacrées - toujours encensées par le monde

De tous les dogmes auxquels se prêtent et se livrent les hommes

Soumis à l’enchevêtrement des conditionnements

Ainsi seulement pourras-tu être sauvé de tous espoirs

De tous les chemins de sacrifices et d’artifices

Pour t’enfoncer dans une vérité insaisissable

Aux enjeux métaphysiques d’une puissance inédite

Te vouant et t’ouvrant aux territoires les plus infréquentés

Où les risques demeurent nuls et sans prise sur les destins

Où la gloire et les riens se chevauchent et s’emmêlent avec fantaisie et sans certitude

Où l’intelligence et l’amour brillent d’un feu jamais à l’agonie

Tirant leur source d’une étincelle jamais née

Aussi vive et impénétrable que la lumière sans origine

Qui offre au monde une présence infiniment tangible.

 

 

Tout ce que l’on rencontre est nécessaire pour affûter la compréhension. Toutes les circonstances comme autant de portes ouvertes pour affronter ses peurs et laisser mourir ce que nous ne sommes pas : idées, pensées, idéaux, représentations et voir malgré cette lente agonie que subsiste toujours quelque chose, un sentiment d’être, une présence, une existence perçue comme de moins en moins personnelle.

 

 

Le malheur tient à peu de mots : croyances et représentations. Et la joie avance à tâtons sur ce chemin de brûlis, dans l’accueil progressif de ce qui se présente. Jusqu’au seuil de l’inconditionnalité. L’écho des situations résonne parfois longtemps, laissant quelques marques tenaces sur nos contrées singulières. Mais il ne s’agit nullement d’œuvrer à leur effacement. Mais de les laisser s’étendre. Alors seulement à leur apogée, pourront-elles commencer à se résorber, à leur rythme, jusqu’à leur résorption dans le silence indemne.

 

 

Un paysage de volutes blanches où toutes les formes deviennent égales. Comme un décor emmêlé et changeant. Comme posé là sur un territoire vierge et inaltérable.

 

 

Un jour, il buta sur un réceptacle d’ordures auquel nul dans son entourage ne fut jamais confronté. Un dépotoir d’affects et de peurs, d’angoisses et de cruauté. Toute la violence du monde étalée jusqu’à son origine la plus archaïque. Il leva la tête et se heurta à un ciel sombre et bas, couvert de cendres et de larmes. De nuages étouffants. Encerclé de toutes parts. Tous les horizons emmurés. Cerné par les édifices dérisoires qu’il avait érigés pour épargner, croyait-il, un espace en lui inhabité, vierge de toutes tentatives d’intrusions, illusoires remparts évidemment. Il brûla toutes ses idoles de papier. Rencontra ses pires démons et quelques diablotins espiègles. Mourut de peur mille fois et se releva de chaque rencontre, toujours plus blême et exsangue des forces vitales qui l’avaient jusqu’alors maintenu dans une posture vigilante. Il pressentait pourtant que tous ses combats seraient perdus d’avance et qu’à chaque épreuve traversée, il sortirait un peu plus victorieux (de lui-même). Toujours plus assuré de son effroyable nudité. Plus robuste des béances entaillant son armure illusoire, carapace inutile protégeant en lui un espace vide et chimérique. Inexistant.

 

 

Dans cet enchevêtrement de lianes, de racines et de branches pointées vers le ciel, demeure un espace ouvert (à la fois enveloppe et interstice) qui accueille tous les contenus - conditionnés de mille manières - acceptant qu’on le comble et l’aménage selon les fantaisies de l’instant, supportant la folie et la sagesse, l’ordre et le chaos, la maniaquerie et la désinvolture, les rengaines et les errances, la droiture et la fourberie. Toutes choses en vérité. Dans cet espace, tout est accueilli et invité à suivre sa pente. Et à en changer au gré des circonstances. Chaque être et chaque chose y tiennent une place et un rôle. Et les besoins de chacun appellent les rencontres, les évènements et les évolutions. Ici, nulle hiérarchie. La fleur n’est pas moins que le baobab. Le brin d’herbe pas moins que le séquoia. Cantonniers et savants, réverbères et étoiles, Dieu, les hommes, les pierres et les verres de terre sur le même fil d’égalité.

 

 

Aux origines, l’espace s’est transmué en matière. Puis advient le temps où la matière appelle sa transmutation en espace. Les objets alors deviennent transparents et invitent le regard habité par la présence à les traverser.

 

 

Ta nuit est peuplée d’un milliard de regards tournés vers l’unicité qui les habite.

 

 

Un espace éclairé au-delà de toute lumière. Un gouffre au-delà de toute obscurité.

 

 

Englué dans le magma phénoménal (et libre pourtant de toutes manifestations), surplombant les délices et les peines, les misères – petites et grandes – du monde, la résonance toujours intacte s’amplifie. Et tu joins à présent timidement les mains en signe de reconnaissance envers ce monde si proche et si familier. Cet univers (sans frontière). Echo direct de la présence où tu habites désormais en secret malgré les oscillations et les soubresauts émotionnels qui agitent encore les résidus indestructibles où s’est abritée ton âme. Et tu jouis à présent (et malgré tout) de cette connaissance « inconnaissante ». Dans ce territoire toujours neuf où se déroulent toutes les histoires du monde, où naissent et se résorbent tous les phénomènes, les évènements, les situations et les rencontres incessantes entre les formes.

 

 

N’être plus personne. Une folie impensable à la folle cécité du monde qui estime, au-delà de toute raison, conserver une lucidité rassurante sur l’existence de son apparente réalité.

 

 

On ne s’éprend pas du monde, de ses illusions et de ses mirages sans payer le prix de cette lucidité infirme et invalidante. Borgne et apocryphe.

 

 

Tout laisse croire au dehors peut-être à une surprenante et docile soumission alors que règne au-dedans la puissance souveraine du « oui » inconditionnel qui laisse entrevoir parfois son insoutenable majesté.

 

 

Un rite sans fin auquel tu es invité où le sacré est célébré jusque dans tes gestes les plus triviaux et tes plus insignifiantes activités. Instants glorieux où tu succombes. Tristesse inhumée, dissolue. Cisaillée par une écoute ininterrompue qui la vide de toutes substances susceptibles de (nous) meurtrir. Définitivement soudé à l’espace, toute inquisition se défait dès son origine. Anéantie avant toutes tentatives d’invasion.

 

 

L’espace démuni et vierge de toutes victoires où la gloire sonne à toutes les portes, à toutes les boîtes au contenu indifférent.

 

 

Cette crainte de la souffrance qui ouvre nos battants à tant de souffrances surajoutées. Et la peur de voir partir ce qui ne nous appartient pas…

 

 

La vie jaillit avec tant de fougue et de bouillonnement de cet espace épuré - et si tranquille - qui crache et avale pourtant tous les phénomènes de sa manifestation.

 

 

Un ciel sans combat. Témoin de l’hostilité qui habille la terre. Un ciel si pur. Contemplant tous les costumes et les parures de ceux qu’il a engendrés, habillant et déshabillant tous les personnages. Vêtements si changeants. Spectacles infinis d’un seul regard. Toujours unique.

 

 

Comment faire naître des rapports humains qui ne soient soumis, malgré le vernis parfois de quelques civilités et aménités aux joutes, à la violence, à l’avidité et à l’instrumentalisation sinon par l’entremise de cet espace, de ce territoire non localisable que nul ne peut s’approprier ni détenir… territoire commun à tous, territoire de l’être et de la présence que chacun habite et qui peut lui être révélé.

 

 

Creuser en soi cet espace, voilà le travail de l’Homme !

 

 

Se défaire de toutes les pelures accumulées au cours des âges dans l’inavouable, mesquin et pourtant inévitable dessein de se protéger des dangers – réels et potentiels – du monde pour ne trouver bientôt qu’une vulnérable nudité, puis quelques temps plus tard, moins encore, et bientôt plus rien ni personne hormis ce grand vide de paix et de silence, de joie et d’émerveillement où tout est à la fois familier et donné à voir pour la première fois.

 

 

Dans l’opulence marécageuse des bas-fonds se débat et suffoque la vermine. Aussi à l’aise dans la fange que les anges le sont au ciel. Mais quel affligeant et insupportable spectacle ! La vie organique à son stade le plus archaïque. Le grouillement animal de toutes ces formes terrestres. Naissance, lente déliquescence ou violente rupture jusqu’à la mort. Puis le cycle reprend. Aussi infernal que les précédents. Ronde macabre où la matière est livrée à elle-même. Sans autre but que la survie, la défense et le combat avec ça et là quelques interstices de tranquillité. Précaires et illusoires abris dans cette jungle endiablée soumettant toutes ses créatures aux supplices de leur condition.

 

 

Face au mystère de l’Homme – et de son destin – quelques-uns parviennent à percer l’opaque épaisseur de leur nature. Au prix d’âpres et parfois insurmontables difficultés. Réussissent à traverser, une à une, les couches innombrables qui enveloppent et encerclent leur être fondamental.

 

 

L’Homme est un curieux animal, une forme hybride engluée dans les mille conditionnements de la matière et dotée pourtant de quelques accès à un espace qui l’habite et l’environne. Une étrange créature qui ne peut se résoudre à se complaire totalement dans la fange organique où elle semble détenue.

 

 

Dans l’éclat des jours sombres, une infernale beauté envoûte ta prunelle hagarde. Et tu sombres, ébahi, vers l’insoutenable précipice. Impuissant à endiguer ta chute. Comme aimanté par l’improbable envol, tu suis la sente. La pente toujours plus abrupte. Et dépouillée. Comme un désert vidé de toutes manifestations. Comme un brasier glacé où l’âme personnelle perd tout sens. Et toute orientation. Un délice piquant. Une douceur déchirante. Un matelas d’épines et de pétales où seules les assises robustes, vidées de leurs peurs les plus tenaces et de leurs trop grandes fragilités peuvent accueillir tous les riens régnant sur tous les royaumes, tous les abysses, tous les sommets et toutes les anfractuosités. Règne du nouménal dans le monde manifesté.

 

 

L’étreinte de la chair et du vide où les ailes les plus ténues portent les carcasses encore chargées de peurs, d’espoirs et de mirages. Frêles embarcations dans les flots ravageurs, dans le mouvement chaotique des formes qui se frôlent, s’étreignent, s’aspirent et se heurtent dans une danse macabre et implacablement salvatrice. Au cœur des dangers trône l’espace sécure. L’abri sans frontière où le vent se mêle aux tourments, aux plaintes, aux cris et aux joies qui explosent aux oreilles et laissent sur les lèvres un sourire ineffable jusque dans les défaites les plus insurmontables. Une incompréhension assumée. Un goût d’éternité et de félicité indicible.

 

 

L’histoire sans fin des êtres ignorant leur origine non-née. Ainsi se poursuit la danse. La ronde incessante du monde enchevêtré. Englué dans l’ignorance de sa nature. Quel sublime et effroyable tableau où les personnages (tous) égarés ne se sont jamais réellement perdus… toutes les dimensions les habitent. Mais cette méconnaissance provoque les mille histoires, les mille voyages nécessaires pour échapper vainement au spectacle de ces destins peints sur la grande toile - toujours vierge - aux couches innombrables et aux multiples carrefours.

 

 

Se défaire de toutes les plaies du monde n’endiguera pas l’origine du sang. Et de tous les saignements assassins qui nourrissent la terre, cette fange qui alimente des générations de vermines et de cloportes rampant sur les routes en quête d’un plus digne destin.

 

 

Les joies de l’âme isolée qui peut enfin rencontrer le monde. Pleinement. Comme l’écho familier de sa propre voix. Reflet de ses propres paysages. Dans un éternel émerveillement d’elle-même. Tout lui appartient.

 

 

Perdu dans les cieux abyssaux qui redressent sa chair et ouvrent ses lèvres au sourire, il contemple le monde en lui qui virevolte, enchaîné à la danse qui tourne les têtes, agite les corps et soumet les cœurs à d’impitoyables chevauchées. Témoin de ces paysages obscènes dans des décors de carton-pâte, il sent le rêve attiser leur ardeur. Songe de papier dont l’emprise s’étiole à mesure qu’il s’éloigne. Bercé par les oscillations sans retenue d’un réel perdu entre plusieurs vérités comme autant de rideaux voilant un seul et même univers. Des dimensions corrompues. Réalités inconsistantes soumises à son origine irréelle. Il regarde l’œil « incompréhensif » et pourtant lucide cet agglutinement dans le reflet de la fange céleste. Lointain reflet du vide où nous logeons. Noble ignorance et sublime méconnaissance de notre égarement. L’errance divine à travers nos pas.

 

 

Derrière le dessein des jours, Dieu à l’œuvre qui à travers nous se cherche. En quête de notre reconnaissance. Et qui nous susurre qu’il cherche, à travers nos épreuves, un espace de nudité et de dépouillement pour éclaircir un passage et apparaître dans nos pas, nos gestes et sur nos lèvres afin éclater au grand jour.

Parmi les herbes du jardin, il s’endort. Comme dans une forêt céleste.

 

 

En ces contrées banales et souvent miséreuses se cache le divin rigolard qui se morfond dans notre aveuglement cherchant à percer dans les intervalles trop brefs que nous lui octroyons.

 

 

Assis en silence dans la pénombre, il accueille des cascades de bruits et de lumières qui le font glisser plus bas dans la caverne incertaine où il attend les mains jointes et les lèvres entrouvertes, aspirant le monde qui disparaît en lui englouti. Et plus vivant que jamais dans son silence approbateur.

 

 

Exilés de notre véritable demeure, voués à explorer tous les orifices de la fuite, nous tournons tels des cavaliers immobiles sur notre manège désenchanté. Epuisés par la ronde infernale où nous sommes plongés. Participant à notre insu à cette danse étrange qui déroute les danseurs étourdis.

 

 

L’ombre autour de nous n’est que le reflet de l’obscurité brute de notre regard. Et la couleur alentour que l’éclat de notre émerveillement innocent.

 

 

Miracle de la machine ancestrale qui par réminiscence vous fait soudain découvrir l’instant. Le temps éternel de la présence, entre démons passés et chimères à venir, le moment éternellement présent. Et les secousses de l’interdit qui ravivent la flamme encore vacillante.

 

 

Tout se mêle dans un magma incompréhensible où l’on tente de s’extraire en vain. Pieds et poings liés dans les formes mouvantes, tantôt avalés par des bouches béantes, tantôt caressés par mille mains accortes et séduisantes. Prisonniers de la masse en mouvement, toute fuite nous y englue plus encore. Nul autre choix que de suivre les mille coulées, de s’y laisser engloutir jusqu’à l’anéantissement de toutes velléités d’évasion. Alors advient – peut advenir – le regard surplombant et enveloppant, origine même du magma, à la fois familier de toutes les mouvances et toujours un peu étranger au monde. Et indemne de tous ses reflets. Et de tous ses échos.

 

 

Dans l’alcôve de tes forêts sombres, retranché, tu gis en vain… il te faudra habiter pleinement la terre pour que le ciel te soit offert. Inutile de t’en protéger. De t’exiler parmi les ronces et les pierres dans les clairières isolées au cœur des forêts si Dieu n’a placé tes pas sur les sentes solitaires qui bordent les villes populeuses et grouillantes. Va sans te soucier de toi-même sur toutes les îles et tous les ports que Dieu t’invite à explorer. Tu n’es pas de ce monde. Et où que tu ailles, tes pas resteront insatisfaits. Habite seulement le lieu d’où tu viens et les contrées te seront égales. Ici ou là qu’importeront à tes yeux les paysages ! Va et demeure en toi-même. Le monde bientôt deviendra tien.  

 

 

S’allongeront bientôt les bruits du temps qui cognaient jadis (si forts) à ta poitrine. Et tu demeureras vierge de toutes espérances. Et de toutes nostalgies. La mémoire avalée dans l’oubli. Evidant toutes les supputations jusqu’à leur origine, tu boiras l’instant (de tout ton saoul). Ivre de lucidité et de joie dans cette plénitude tant recherchée autrefois.

 

 

Après avoir aiguisé l’oreille qui ne t’appartenait pas, l’écoute s’est affutée, rendant familier toute l’étrangeté du monde.

 

 

Ainsi dans la somnolence des jours adviendra - peut advenir - une secousse présageant toutes les béances à venir, les errances indomptables, toutes les failles traversées dans la nuit la plus sombre avant l’approche du grand réveil lucide qui réorganisera le monde – inchangé – en une aire familière d’émerveillement.

 

 

Qu’un seul mot pousse entre les tombes, et je sais que pourra refleurir la terre !

 

 

En ton cœur délaissé, demeure un espace autonome de joie qui saurait – si tu savais t’y abandonner pleinement – t’émerveiller de toutes les circonstances, te rendre équanime au contenu des évènements. Ne le cherche pas. Tu t’en éloignerais. Laisse-toi creuser et dépouiller de la conscience aigüe de ton individualité jusqu’à atteindre la plus sûre des nudités : ton inexistence personnelle. Défais-toi des joies inaugurales qui invitent tôt ou tard aux supplices et à la lassitude. Désillusions qui marquent les premières étapes de la longue maturation.

 

 

Sur le parvis des terres blanches, la nudité s’avère l’unique vêtement de circonstance. Atteindre cette gloire désarme toutes les hostilités. Et tous désirs de conquête. Peu d’êtres en sont dignes. Non qu’ils ne la méritent mais ils ne peuvent encore se résoudre à se dévêtir de leurs singularités et à abandonner leur particularisme qu’ils continuent d’endosser comme une vaine armure, impropre à les protéger de la misère qu’ils ont toujours tenté en vain de fuir.

 

 

A l’aube des consciences se tient une foule de gardiens ignares, protecteurs d’un trésor illusoire. Et au crépuscule des chemins ne reste bien souvent qu’un tas de cendres à l’abandon – et bientôt oublié de tous.

 

 

Laissez vos montres et vos chronomètres, vos réveils et vos horloges dont les aiguilles vous endorment. Restez démunis face au temps. Présent à la misère de vos heures. Sachez vous soumettre à tous les défilements, le cil battant ou la paupière close, et vous déchirerez l’espace plane qui vous encercle. Laissez-vous anéantir, engloutir. Et vous découvrirez la rosace éternelle.

 

 

Vous avez la nostalgie de l’unité et de l’éternité, de la joie et de la paix. Et vous les cherchez désespérément à travers les mille pas et les mille gestes que vous posez, chaque jour, sur le chemin. Mais laissez libre votre pantin, fruit de mille conditionnements. Ne le torturez pas de votre volonté. Ne lui imposez aucune direction. Laisse-le se mouvoir selon sa sensibilité et ses prédispositions. Au gré des circonstances. Laissez-le libre et vous en serez libéré. Laissez-le imposer ses pas. Et vous serez libre du chemin emprunté.

 

 

Dans la solitude princière des évènements, te voilà maître et serviteur des lois du monde, unique héros de milliers d’univers dont tu ne perçois que les échos. En vaillant chevalier du non-agir, tu laisses ta monture filer au gré des vents, se laisser porter par les mille mouvements qui la sollicitent.

 

 

L’extase décousue par la crispation sur les costumes étriqués que les phénomènes du monde t’ont offerts et que tu t’es empressé de revêtir pour cacher ton originelle nudité…

 

 

Le vent des abîmes glace (fige) tes costumes en indignes chiffons et réchauffe ta nudité, lui offre toute sa gloire, l’envole vers son tertre naturel, son royaume de lumière.

 

 

Dans l’espace infini où la matière se déploie, tu sombres sans résistance, libérant les chaînes qui te retenaient au petit tertre dont tu te croyais roi. Tu régnais jadis, il est vrai, sur ces terres, replié sur tes peurs et mendiant au monde un peu de sollicitude pour (te) maintenir (sur) ton trône précaire. Accaparement déraisonnable des terres conquises de façon si maladroite et souvent si sanglante. Perspective erronée de tous les rois-mendiants. Aujourd’hui, tu vagabondes sur tous les fiefs dont tu ne possèdes que la jouissance, abandonnant aux propriétaires la croyance en leurs titres.

 

 

La métamorphose est à l’œuvre, silencieuse et déroutante. Incommensurable. Révolution perceptive que nul ne peut façonner. Que nul ne peut s’octroyer. Ce sont les mouvements phénoménaux qui cisèlent cette compréhension. Il n’y a définitivement personne. Le monde est dépeuplé. Hormis ce magma phénoménal aux mille mouvements simultanés. Et cette présence* dans laquelle tout prend place.

*  le film des évènements et l’histoire des êtres s’inscrivent dans cette présence. Et n’en sont à la fois que le reflet. Tous désirs ou toutes tentatives d’y échapper appartiennent au film.

 

 

Tes rêves d’azur ne sont rien. Qu’un songe limité dans l’espace que tu es. Mirage de tous escaliers. La corde raide demeure invisible et mystérieuse. Et vers son faîte, tu te hisses déjà.

 

 

Les terres inhospitalières ne sont que le reflet de tes refus. Et de tes colères.

 

 

Les promesses de l’horizon seront à l’exacte mesure de ton regard d’aujourd’hui. Même couleur et même texture.

 

 

Dans l’infertilité des terres, tu sèmes ta grisaille, ignorant encore que la joie naît du ciel. Du ciel originel. Et non à la croisée de l’horizon et de l’azur. Elle advient à l’exacte coïncidence des perspectives, quand tous les mouvements s’unissent en un flot commun, rejoignent la marche universelle après tant d’égarements et d’itinéraires singuliers.

 

 

Des narcisses-instrumentalisateurs du monde, tu en as croisés à la pelle au cours de tes pérégrinations. Mais aucun n’avait l’ambition (affichée) du Tout. Tous se résignaient à de minables possessions. Le médiocre contentement des gagne-misères ; quelques pierres, quelques arpents de terre, quelques êtres et quelques objets dérisoires. De pauvres rêves expansionnistes en vérité. Il faut vouloir Tout. Mais pour jouir de cette totalité, il est nécessaire de renoncer à toutes possessions. De consentir avec joie et détachement à toute appropriation. Et à toute appartenance. 

 

 

Seule la vérité peut contenter le cœur de l’Homme.

 

 

L’infaillibilité des jours te désarçonne. Et te consume. Et tu attends la nuit pour éparpiller la poussière et la cendre que tes pas ont soulevées.

 

 

De piège en piège, la lumière captive réapparaît, plus intacte qu’au premier jour.

 

 

L’emmêlement quotidien des horizons obstrue la clarté et la profondeur du regard. Laisse-toi emmurer par toutes les perspectives. Et la cécité deviendra impropre à te guider. Tu te laisseras conduire par des yeux étrangers qui deviendront au fil des pas toujours plus familiers.

 

 

Dans le ciel sans âge, le dédale se libère de ses voiles de pierres. Nos dérisoires édifices érigés à la gloire des territoires sécures et des horizons circonscrits. Nos indignes monuments élevant la clôture sur tous nos fiefs laborieusement acquis. Le monde se fait chantre des fossés, des remparts et des frontières. Des tours, des donjons et des ponts levis. Et toi, pourfendeur de tous règnes, adepte du chaos qui libère de l’emprise du titre et de la propriété, tu regardes, sur les hauteurs du territoire sans limite, toutes les geôles du monde.

 

 

L’excavation de tous monticules pour creuser les sommets d’où l’on croit (à la fois) dominer et se protéger du monde. Emprunte l’éternel chemin de la faille et de la nudité, engluant notre chair dans le magma des mouvances. Nous pouvons nous y résoudre à partir de l’espace qui nous habite, laissant le corps et la matière libres de rejoindre leur cours naturel.

 

 

Tout ce qui existe en ce monde est tien. Aucune parcelle ne peut échapper à ta gloire. A ton règne. A ta souveraineté.

 

 

Ecoute et laisse-toi mener. Où que tu ailles, tu seras chez toi.

 

 

Dans l’espace clos des frontières rugit la bête de l’infini.

Ne te soumets aux diktats des puzzles. Aucune pièce manquante à ton jeu.

 

 

Le long frémissement de l’infini sur tes terres. Comme une longue caresse impersonnelle dans l’incision singulière que tu as creusée (et creuses encore) de tes propres doigts.

 

 

Laisse-toi habiter par ce qui t’est étranger. Et tu découvriras l’étrange lien de parenté qui t’unit à l’univers.

 

 

Laisse ton personnage libre de ses bagages. Et de ses poids. Et tu le verras se délester de ses charges. Te libérant (ainsi) de toutes responsabilités.

 

 

L’épopée factice de toutes prétentions conduit à faire couler le sang des chimères. Champs de bataille où les guerres sans combattant font rage…

 

 

Une assise étoilée au cœur de l’arc-en-ciel. Comme un pied saugrenu en équilibre sur l’un des piliers du ciel. Mirages et mensonges de toutes prétentions à la hauteur. Ta nature non-localisable n’a de monture. Et toute chevauchée t’éloigne de ton origine non-née. Reste en selle. Et laisse ton cheval en paix. Ses pas seront ton voyage. Et ta destination. N’aie crainte de la chute. Le cavalier à terre ne pourra survivre à son cadavre. Il sera libre des coups et des caresses des paysages. Immobile jusque dans son âme. Et la liberté chevillée au cœur. Inébranlable.

 

 

Tout itinéraire est un dédale d’impasses. Entre les murs se tient (et demeure) la vérité.

 

 

Retranche ta prétention aux foulées sur le chemin. La digne chevauchée s’assure en modestes pas.

 

 

A l’est de ton âme se trouve le continent merveilleux. Ta nature originelle. La conquête de l’ouest n’est qu’une prétentieuse chevauchée.

 

 

La découverte de tout chemin est une offense aux paysages. Leur exploration nécessite un immobilisme nomade où les contrées s’estompent et libèrent peu à peu l’espace de son décor. Reste alors un vide habité de présence où l’écoute crée un lien avec l’étrange familiarité du monde. Et l’absence d’évènements. Au faîte de l’écoute, le tout et le rien deviennent sans importance. Ne demeure plus que l’intimité avec ce qui advient. Présence à ce qui est présent. Et se manifeste. Et présence à l’absence. Ecoute pure.

 

 

On n’est jamais qu’en soi-même.

 

 

Présence ou absence. Tout est contenu. Et qu’importe ce qu’elle contient lorsque l’on penche vers l’écoute. L’œil s’en émerveille sans exigence. Indifférent à tous spectacles.

 

 

Seul l’espace décide des gloires. Et des infortunes. Siège de toute compréhension. Avant que les évènements ne deviennent lisses.

 

 

De ses agiles passions, il sortit des brumes.

 

 

Emmurés en leurs respectables triomphes, les hommes dansent dans leur cour étroite.

 

 

Contre  la douleur passagère des saisons sur notre peau, sur notre vie, je m’étire et m’étends contre les flancs du temps, à l’abri des regards de glace. Et j’attends l’éternité qui tarde à venir.

 

 

Derrière chaque histoire, chacun attend sa propre délivrance.

 

 

Chacun pressent que son être lui survivra.

 

 

Abdiquer de toutes nos gloires et rester nu parmi les paysages vides et épurés. Sous le ciel sans fin qui étire notre patience sans acharnement. Jusqu’au point de tous renoncements.

 

 

Il y a au creux des mots, des silences porteurs de sens qui pointent vers l’espace d’où nous sommes nés, des interstices où la matière meurt et se régénère avant de repartir à l’assaut du monde pour y trouver une place – même minuscule. Bref intermède entre naissance et disparition. Visite éphémère de l’espace non né dans l’incarnation terrestre.

 

 

Le regard présent à lui-même ne pleure ni l’absence ni les déserts. Jamais ne s’étiole sans support. Se défait des phénomènes et de leurs ombres mortifères. Ensoleille un instant les objets puis les recouvre d’obscurité. Dans un rire qui assèche nos larmes velléitaires – presque grotesques. Et si ridiculement ignorantes.

 

 

Aucune trace ne s’efface. Toutes se sont dessinées par la coïncidence des circonstances. Nulle main ne peut s’accrocher aux arabesques du vent. Malgré nos larmes sur le sable, le ressac et les bourrasques emportent toutes nos chimères, nos histoires et nos châteaux en Espagne, jusqu’à la trame même de notre existence - poussière inattendue dans le cosmos sans limite.

 

 

Les cœurs arides ne voient ici-bas que des déserts et des cactus. Un monde de sable. Des horizons infranchissables et infertiles. Des rêves lointains d’oasis un peu surannés. Et apocryphes. Des terres bédouines hostiles où le couteau supplante la grande utopie de l’hospitalité. 

 

 

Si l’on s’égarait par mégarde, le chemin nous offrirait en vérité nos propres pas vers l’essentiel jusque-là ignoré.

 

 

Derrière les hécatombes, des médailles distribuées aux honneurs, aux vertus guerrières des combattants qui s’entretuent dans la fureur et les bruits de canons pour gagner quelques recoins de silence où la paix serait invitée - habitée enfin par tous les mendiants de la joie qui s’habillent de sabres et d’oripeaux dorées, portant le galon et la cocarde, toujours assoiffés de tranquillité, et décapitant tous les contrevenants à leurs espoirs et à leur combat. Eliminant toutes vermines sur leur passage comme des affamés éternels qui saccagent leur propre fief et anéantissent tous les territoires - pourtant intrinsèquement voués au silence.

 

 

Il y a comme une extase à deviner que les bruits ne sont (en réalité) que silence.

 

 

Malgré nos pleurs et nos cris, il n’y a que des défaites rayonnantes et victorieuses. Et des désillusions salvatrices. Les prémices d’un chemin initiatique qui s’insinue en nous comme un étroit corridor qui ouvre sur le territoire de la vérité.

 

 

Toi que j’entends pleurer derrière les grilles, ne vois-tu pas que les barreaux ne sont scellés que dans le vent ? Et que les nuages t’invitent (déjà) au ciel infini que d’un regard tu peux porter au creux de tes yeux et t’offrir ainsi une inversion si renversante des perspectives que tous les objets dans ta prunelle céleste seront tiens ? Et que leur nature sacrée t’émerveillera. Ô toi qui pleures de trop de solitude dans ta prison de cils, regarde le vent défaire tes lorgnons d’acier (aux vitres de glace) et t’ouvrir à l’œil hagard pour que ta joie soit docile aux circonstances.

 

 

Y a-t-il une vérité de l’oubli ?

 

 

Du domaine de la vie, nul ne sort victorieux. Mais l’accomplissement est là, reflet de notre victoire silencieuse. Témoin de toutes les défaites et de tous les tourments. De toutes les batailles qui nous anéantissent… et dont on sort toujours indemne, fort d’une compréhension toujours plus vive. Et plus neuve.

 

 

Toujours plus habile à se défaire de nos prétentions et de nos parades jusqu’au seuil de la nudité la plus sûre.

 

 

Que faire de ces visages ensanglantés par toutes les plaies du monde ?

 

 

Il y a une aube libératrice. Et un crépuscule captatif. Et de l’un et l’autre, il convient de se libérer pour accéder à l’indifférence de tout contenu.

 

 

Nos travées submergeantes s’étiolent devant la torpeur des jours. Et nous voilà estomaqués devant tant de vide !

 

 

Ne te soumets aux effluves envoûtants des mythes qui glorifient les individualités héroïques. Ils te mèneront vers les gouffres de la séparation, et orienteront tes pas vers les contrés électives, chantres et pourvoyeuses de tant de légendes qui encensent l’illusoire expansion de la singularité.

 

 

Accueille tes excès. Et tes manquements. Tes bassesses et ta fange. Deviens l’humble héros de l’ordinaire. Du coutumier sans protagoniste. Et tu franchiras l’unique seuil : le territoire des contrées impersonnelles.

 

 

Ne te fie à l’extrême indigence des surfaces qui dissimule la richesse des profondeurs. Ne te fie ni à ses fureurs ni à ses violences qui recouvrent la paix et le silence. Ne te fie pas davantage à son extrême diversité qui masque la surprenante sobriété, l’ineffable dépouillement dont elle jaillit. Ne crois rien sur parole mais continue de creuser sans impatience.

 

 

A la croisée des mondes, le silence efface toutes les fables. Engloutit tous les rêves dans l’abîme. Et suspend l’élan vers toutes les passerelles. Tiraillé par les mouvances. Et libre jusque dans l’immobilité.

 

 

Laisser jouer l’impersonnel dans sa plus authentique singularité demeure la voie la plus sûre pour atteindre au juste et à la joie.

 

 

Libre de toute prétention - et de toute individualité - l’infini est enfin invité à se manifester dans nos circonstances les plus personnelles.

 

 

Une pluie de miel sur ses lèvres fuyantes. Et sa bouche escarpée. Et voilà toute la saveur du monde s’enfuyant en d’autres palais !

 

 

Tiens-toi à l’exacte place de l’absence de volonté et de la présence impersonnelle. Et écoute. Ce qui surgira donnera  la direction – invitera tous les possibles à ton pas.

 

 

L’inconsidéré se manifeste dans la désolation joyeuse des terres infertiles. L’accueil – impersonnel – de tous les déserts et de toutes les peuplades. Du vif et de l’ardent. Du feu des brasiers, de la brûlure cinglante de toutes les polarités, de la dérive des banquises et de la souveraineté de tous les vides. 

 

 

Submergé par toutes les peuplades et tous les exils, la nudité se parachève, s’auréole d’une gloire non singulière qui déshabille tous les tourments de leurs parures encombrantes et souffreteuses.

 

 

Le désir même de la mort révèle l’inaudace de vivre. Le détachement de toute volonté ouvre le seuil d’un vivant riche de tous les possibles.

 

 

Toute orientation est une restriction saugrenue. Une indélicatesse envers l’admirable champ des possibles, une injure – une offense – à l’ouverture de tous les potentiels qui germent en chacun et n’aspirent qu’à fleurir dans les circonstances à venir. Comment pourrais-tu voyager si tu poursuis l’ombre de toutes destinations ? Un pas – un seul – est parfois nécessaire pour habiter le lieu que nul marcheur ne saurait trouver, que nulle allure fébrile ne saurait dénicher excepté peut-être au détour d’une halte imprévue où le ciel et la terre peuvent enfin s’unir en une sphère – indéfinissable – où tous les regards collés à l’azur retombent en un amas indistinct sur l’éternelle mouvance des phénomènes sans rien pouvoir distinguer, sans rien pouvoir disloquer, sans rien pouvoir dénommer, sans la moindre référence ni préférence. Dans cet égarement, une sorte d’intelligence hébétée advient qui d’un éclair fait tout comprendre sans rien pouvoir expliquer.

 

 

Une joie claire et sans brume. Sans éclat trompeur à son origine.

 

 

Un espace d’étreintes imaginaires qui se glorifie de tous les visages et de tous les liens.

 

 

Embrasse toutes les lèvres offertes à l’aube primitive et au devenir improbable

Qu’importe à qui elles se destinent

En elles se devinent l’origine qui les enfanta

Et le regard implacable sur les peuples

Aux destinées éphémères

Qui se contemplent 

Dans toutes les prunelles entrecroisées

Tels des spectres spéculaires

Offrant leurs orifices repus

Par toutes les chairs soumises

Aux sublimes matières du monde

Myriade de mouvements

Dans la transparence claire et enveloppante

Querelles et tiraillements traversant sans trace le regard de paix

En tous recoins de l’espace

Dans tous les replis de la terre et du ciel

Laissant libres toutes forces de naître et de mourir

De s’étendre et s’étioler

Au gré du grand jeu labyrinthique

A ses yeux la transparence des murs

L’éclatement des cloisons

La liberté sans entrave

L’inaltérable paix

S’amusant de toutes les joutes de papier

Des querelles d’ivrognes

Du tracé si léger des formes

Qui croient imprimer leurs marques

Sur le marbre

De l’inconséquence des rencontres, des heurts et des effleurements

Des imbrications et des cavalcades

Des élans opposés qui se rejoignent à toutes les extrémités

Comme autant de passerelles reliant  d’inséparables côtés

Des émergences et des disparitions

Dans le fracas et le silence

Devenant trajets évanescents, harmonieuses arabesques

Sur l’éternel palimpseste

Joie sans ombre de tous les appels

De toutes les naissances

Et de toutes les disparitions

Laissant la matière foisonnante

Œuvrer à son destin fugace

Riant de toutes percées

Et de l’insondable opacité

Des pertes et des gloires si dérisoires

Présence éternelle

Immuable

Autorisant tous les chemins

Tous les détours et toutes les faims

Toutes les secousses et les caresses

Tous les oublis et les manquements

Tous les aveuglements et les percées

S’égaye de toutes manifestations

Laisse naître les pyramides et les tombeaux

Les chaos et les fresques harmonieuses

Où le déséquilibre même est excroissance de la beauté

Où tout est autorisé

Tourbillons foisonnants sur un sable si léger

Aussitôt nés aussitôt recouverts

Par la caresse des vagues ou la violence des marées.

Dans le jeu sempiternel

Elle demeure

Rieuse et impassible

 

 

Il y a tant d’espace qui nous dissimule. Derrière nos vitres, tant de bave et d’écume voilent à nos yeux la tour invisible où sommeille notre repos.

 

 

Le temps est vain pour y monter. L’escalier ne mène qu’au sous-sol. Là où poussent toutes nos vermines. Au cœur de la fosse où l’on répugne à s’abreuver.

 

 

Nul ne monte sans un jour devoir chuter. Nul ne descend sans qu’un jour elle lui soit révélée. Au diable (donc) tous les marches-pieds !

 

 

Nulle peine à secourir

Nulle évasion des dédales

Nulle trace d’aînés à suivre

Nulle carte et nulle boussole

Un pas clair

Si transparent à la lumière

Que l’opacité de tous les peuples

Ne pourrait l’entacher

 

Se défaire de ses ailes chercheuses

Qui autrefois le front dans la fange

Nous donnaient l’espoir de l’envol

Le ciel a fini par descendre

Et des limbes, nul ange ne jaillit

Au bas des marches, nul dépotoir

Un grand foutoir certes

Où il fait parfois bien noir

Mais si éclairé de ce regard

Qui tire sa source d’un innommable espace

D’où l’on ne s’est jamais échappé

Alors que nous avons cru nous perdre

Et aller notre chemin

Que nous avons voulu, orgueilleux, si singulier

 

 

Yeux de courte vue aveugles à ce qui vous a créé

Pour quoi diable n’y voyez-vous goutte ?

 

 

Descendu parmi son peuple, aussitôt le territoire grandiose foulé, il retarda… peut-être… une exploration plus judicieuse. Mais à qui appartient notre pas ? Personne en ces lieux !

 

 

Entraîné par les bourrasques, les mouvements saccadés de ce magma en perpétuelle fusion, fission, secoué, emmené ici et là, déchiré de toutes parts, il n’en continuait pas moins de sourire. Et de rire même parfois de ces bontés, de ces cruautés, de ces violences et de ces douceurs. Plus vraiment concerné. Qui était-il ? Personne pour le dire. Personne pour le voir. Personne à voir. A qui donc parler ? Soliloque bien singulier. Inutile dans tant de silence envoûtant, réparateur, enveloppant. Regard contenant un flux continu d’illusions. Images que nous voulons par trop accommodantes !

 

 

Surface lisse parmi les aspérités ! Surface lisse parmi les abysses ! Que faire des tonnelles et des dentelles ? Éternelle bagatelle ! Aussi attirant autrefois qu’un rat mort dans une poubelle ! Y a-t-il encore quelque chose d’essentiel ? Pas à ce que je  sache ! Mais encore une fois qui sait ? Sans personne pour parler ! Sans personne pour écouter ! Sans personne pour agir ! Hormis bien sûr ce magma dévorant qui se brûle et se réchauffe de son propre corps !

 

 

Délices des mains, coureuses de surfaces !

Délice des pieds, arpenteurs d’hémisphères !

Et nul être pour savourer, se délecter de tant de paysages !

Un regard unique et enveloppant qui dé-cisèle nos discriminations !

Rien ! Ou presque ! Alors que reste-t-il ?

 

 

Qui se soucie de mes orteils ?

Dehors, il voyait tout de ses yeux sales

Comme une bouche à porter de regard

Il lançait sa haine au hasard

Recouvrant son grand corps

De mots déchiquetés

Habillant ses frères de ses guenilles

Ajoutant à leurs loques

Des peurs invivables

Il se souvenait d’autrefois

Quand la mémoire débordait de sa tête

Sortait par ses yeux pâles

Pour couler sur les parois du monde qu’il s’était fabriqué

Il se souvenait des maisons

Et des trottoirs tristes

Où il courait à perdre haleine

Pour échapper aux peurs béantes

Qui menaçaient de l’avaler

A présent des cymbales animaient son quartier

A l’abri des dérisions et des menaces d’un peuple de lutins innocents

 

 

L’espace cible sa place

Avec précision se déploie

Oublieux du centre des affaires poussiéreuses et des mascarades

 

 

Les soucis apprennent

A se soustraire sans bruit

Echappant aux additions anciennes

S’accumulant dans la fureur

 

 

Un éloignement des épousailles. Comme la validation de l’union mise à l’épreuve.

 

 

L’espace s’enorgueillit-il de sa fonction ? Accueillir…

 

 

Les morsures des ténèbres rééduquent notre incompréhension. Brûlent chimères et représentations. Toutes nos idoles. Redressent l’âme. Bref revigorent nos pas vers la lumière.

 

  

Entre les mots se creuse le silence. Entends-tu les sonnailles éternelles du printemps ? Les cris de l’hiver se sont tus. Et le temps n’aura bientôt plus prise sur les saisons.

 

 

Un avenir sans tapage. Voilà à quoi la vie le destinait. Lui qui autrefois rêvait d’une haute destinée, avait visité les sphères de l’en-bas, s’y était enfoui avant de renaître dans le ciel qui avait recouvert ses pas. La terre lui avait révélé tous ses mystères. Et à présent le chemin pouvait bien le mener là où la misère était à son comble, la demeure était habitée. Et le ciel imperturbable resterait intact malgré la boue, le sang, la sueur et les larmes qu’il allait sans aucun doute encore croiser ici et là…

 

 

A l’aube, le vent s’approche de mes écailles. Et me souffle ses paroles rugueuses.

 

 

Alors que les heures chaudes s’étirent, minuit n’en a pas fini de réclamer son dû. Au-dedans des terres grises se tapit l’ennui explosif. L’étincelle solaire de la débandade.

 

 

L’éclipse des formes se dilapide. Et le soleil songeur guette à l’orée de tous les chemins. La lumière des ombres anciennes s’éternise.

 

 

A l’aplomb de tous les destins se cachent les fils de la trame unique, scène pitoyable et merveilleuse qui appelle aux rires et aux larmes où se tissent tous les drames, toute la gaieté et les jeux morbides. La tristesse mêlée de sourires. Et nos avancées vers la transparence.  

 

 

La sensibilité se joue des formes. Et des couleurs. L’extra-sensorialité du monde s’étoffe. En nuances.

 

 

Trouée de vide dans les pensées opaques. Délitement des couches sans effet sur nos percées. Effacement des chimères. Victoire de toutes lumières.

 

 

Le monde s’efface d’un trait d’irraison. Ou de sagesse. Tout s’émerveille de beauté. Dans la solidité du regard. Et la précarité des yeux.

 

 

A l’aplomb du déchaînement de toutes surfaces. Détaché du mouvement comme de l’immobilité. Des absorptions comme des distanciations.

 

 

L’heure ne vient qu’avec la faim apaisée.

 

 

Une grandeur d’âme aux confins du mystère.

 

 

Le grand cirque s’efface où s’ouvre la vérité.

 

 

A quel point le monde t’engage ?

 

 

Les idoles sont mortes. Et sur les cendres naît la vérité nue qui brillera à présent à travers tes yeux.

 

 

Tu es debout sans gloire. Abandonnant aux yeux imparfaits honneurs et succès.

 

 

Tu pourras marcher nu sans t’interrompre. Sans discontinuer de ton labeur d’homme inachevé.

 

 

Nuls oripeaux nécessaires à la vie. De simples costumes de circonstances pour la célébrer.

 

 

Tu n’es pas ce qui se meurt. Tu es ce qu’il reste lorsque tout a disparu.

 

 

Une phrase martelée dans l’or ne vaudra jamais le jaillissement d’un geste né du silence habité. Toujours juste. Et naturel.

 

 

[Un opuscule de contremaître]

Voilà enfin la chair qui t’est offerte !

La chair dégoulinante de saveur

Où le fiel autrefois injecté

S’est lavé de son origine

Ne reste que ce blanc

Où tu pourras aiguiser ta transparence

Parmi la palette des visages

 

Ne saborde aucune de tes grimaces

Celles que tu lançais autrefois recroquevillé sous ton visage

Dans les replis du cocon et des rêves ambitieux

Arbore les mouvements passagers

Qui caressent ton âme offerte

La nudité du sourire

 

Qu’on nous arrache au forceps

Les gants de cuir trop rêches

Qui recouvrent l’innocence des mains

Pour tenir le monde brûlant

Qui cisaille nos doigts trop avides

 

Costumes en pièces

Et masques déchiquetés

Joie sur le visage tranquille

A tous les soubresauts

Parfois une grimace

Taillade encore la chair

Cette matière empêtrée

Emportée par les jeux du monde

Vers des horizons indolores

L’assise souple

Sur l’enveloppe contenante

Ne s’émeut des griffes et des morsures

Mouvements tranquilles

Qui s’épuisent vers le silence

 

 

Dieu se dessaisit de toutes gloires. De toutes défaillances. De tous chemins.

 

 

Etre n’implique rien d’autre que lui-même. Le reste est sans conséquence. Quant à être, on ne sait pas ! Tant l’être implique l’être. Et le non-être.

 

 

A la source du silence se tient un monde secret que nul ne peut voir sans se dévêtir. Au point extrême de la nudité, naît la solitude de l’être. Tête à tête du Soi avec lui-même. Et les soubresauts du personnage qui se débat dans son agonie. Les pensées cessent. Les représentations s’étiolent. Le monde se vide de toutes existences. Le néant se remplit de présence. Ne subsistent que le regard et le sentiment si intangible d’exister. Au-delà de tous les phénomènes, l’être – tant recherché – s’habite à chaque instant davantage. Insaisissable. Monde de silhouettes désossées où l’on cherche encore parfois avec tant de maladresse une âme proche. La proximité d’une âme (vivante). Toujours en vain bien sûr. Le monde se meurt. L’Autre devient invisible. L’Autre s’anéantit. Et ne subsiste que cette solitude si outrancière. Le désert des formes. Et la crainte des mirages parfois. Et si ce regard n’était qu’une hallucination ? Le doute s’étire jusqu’à l’incompréhension. Jusqu’à l’épuisement de l’incompréhension. A quoi bon savoir ? On ignore. On est ce regard si impersonnel qui ne peut ni goûter, ni blâmer ce monde et ses hallucinations. Un regard hors de portée où tout est à sa place. Et demeure sans importance. Une présence hors des siècles qui ne se conquiert qu’avec la grâce de la nudité. Tout est juste. Et tout semble faux. Idées, sentiments, rencontres. Mouvements sans âme. Qu’importe ! Être s’auto-suffit. Avec parfois la nostalgie du personnage qui cherchait en lui et dans la folie du monde quelques récompenses. Quelques compensations à son incomplétude. Extinction de toute quête. Monde si peu habité. Et monde si plein. Où le néant pourtant semble si présent. Qui pourrait comprendre ? Ce si-plein-de-solitude que le monde rejette. Et oublie. On se défait de toutes possibilités. De tous espoirs. De toutes espérances. De tous gains. De toutes pertes. On se défait de toutes caractéristiques. On n’existe plus. Et on existe si pleinement. Avec des attributs que nul ne pourrait comprendre. En vérité, on existe sans attributs. Sans les attributs que s’empresse de revêtir le monde pour combler ce sentiment si faible d’exister. Le rien devient tout. Et cela semble fou. Et ce sentiment même de folie est englouti dans l’être. L’être qui pulvérise toutes les tentatives de le saisir, toutes les tentatives d’y échapper. L’être où le temps n’existe plus. Où les idées - toutes les idées - deviennent caduques. Où l’en-haut est jeté parfois si bas que l’en-bas s’étire de toutes parts. Où le vrai peut être faux et le faux si juste. Où le non-juste devient si vrai et si juste que tous les repères de la raison explosent. L’être où le monde se dissout. L’être qui anéantit et contient toutes choses. L’être, cet indicible regard qui accueille en lui tous les phénomènes. Tous les mouvements. Les non-phénomènes. Et les non-mouvements. L’être dont on ne peut rien dire. Et toutes les tentatives pour le décrire en éloignent. Même si la distance est abolie. L’être si vide qui contient tout. Où tout se déroule en lui. Lui, si immobile et si silencieux qui ni n’approuve ni ne désapprouve. Qui est là. Simplement. Si indifférent et bienveillant à la fois pour nos expériences du monde. Le monde se défait de toutes substances. Et ne reste rien. Hormis ce sentiment d’être. Malgré la ronde incessante des évènements. Des mouvements. Cette énergie fluctuante et mobile qui court partout où règne le manifesté. Et cet être d’arrière-plan où tout se produit sans que rien ne subsiste. Seule permanence. Unique présence dans ces univers fantomatiques. A se demander si le monde existe ! Et si nous existons ! Rien en dehors de ce sentiment d’être !

 

 

Inverser le regard. Jusqu’à sa source. Pour trouver l’origine du monde. 

 

 

Laisse mourir le compagnon indigne de tes jours. Inutile de t’y attacher plus que nécessaire. Ses pas désespérés t’ont mené jusqu’ici. A présent, quitte-le et ne te retourne pas.

 

 

Le désenchantement du monde est souvent nécessaire au réenchantement de la vie – de la source même de la vie.

 

 

On a cru fréquenter Dieu et les sages. S’être hissé jusqu’à leur banquet. Et on se retrouve le cul par terre. Exclu (plus encore) de la table des hommes.

 

 

Tout ne serait-il (donc) que mirage ? Images et représentations. Echos et reflets. Que reste-il donc quand on a jeté à terre toutes ces parures et ces déguisements ?

 

 

Se défaire de ses propres fables et mensonges après s’être délesté de ceux du monde. Mais ne revêt pas qui veut la nudité de l’être

 

 

Toute volonté personnelle est la marque d’un sentiment d’incomplétude. Vouloir, c’est désirer atteindre, combler ou fuir. Et toute action visant à satisfaire cette volonté éloigne de notre complétude originelle. Toutes tentatives creusent davantage cette béance qui nous éloigne de nous-mêmes. Et nous y enlisent avec plus de force.

 

 

Il ne s’agit pas d’apprivoiser les anges. Mais de les laisser monter sur notre tête. Non pour qu’ils nous informent de l’horizon lointain. Ni qu’ils intercèdent auprès de Dieu en notre faveur. Mais d’abord pour voir le ciel et la terre à travers leurs yeux. Puis, une fois familiarisés avec ce regard pour qu’ils nous soufflent à l’oreille que nous sommes ce que nous avons tant cherché…

 

 

Attraction et répulsion envers les êtres, les objets et les évènements ne sont en vérité qu’anges et démons de papier. Le monde tel qu’il nous apparaît (ordinairement) n’est qu’un livre d’images qui tantôt nous ensorcellent, tantôt nous terrifient. Et nous nous soumettons, notre vie durant, à tous ces monstres imagés que nous avons (nous-mêmes) créés.

 

 

Quand les images s’estompent, puis s’effacent, que reste-t-il ?

 

 

Il n’y a rien à refuser. Tout ce qui est et advient doit être vécu pleinement. Que l’on s’y prête ou qu’on y résiste n’a guère de conséquence. La compréhension pour l’Homme mûrit en étant (simplement) vivant.

 

 

Il ne s’agit pas de refuser la volonté personnelle. Quand on croit encore à son pouvoir, on agit en conséquence. Toutes choses, rêves, ambitions, désirs se détachent naturellement. Et il serait vain d’y renoncer avant l’heure. Renoncer serait encore vouloir. Le détachement est un mouvement naturel. Sans brutalité. Ni violence qui ne crée aucune frustration.

 

 

Etre est au-delà de tous contenus. Il les éclaire. Et les contient. A la fois source et enveloppe.

 

 

Tout est à l’intérieur. Le reste est inaccessible.