Essai / 2015 / L'exploration de l'être

La Vie et l’Existant ne semblent, en réalité, qu’un gigantesque jeu — violent et merveilleux — et une permanente célébration… A hauteur d’Homme, peut-être pourrions-nous penser que nous nous apprenons les uns les autres (et, bien souvent, à notre insu) à mieux les regarder et à mieux les vivre. A mieux les comprendre et à mieux les aimer… mais sur le plan de la Conscience, tout ce « cirque » — aimable ou corrosif — semble (presque) sans importance… Est-ce qui est… et ce qui est n’altère jamais Le Regard…

 

Nous avons été contraints (pour des raisons d'ordre technique) de diviser la version numérique de cet ouvrage en dix parties.

Sommaire

Chapitre introductif

Chapitres 1 à 5

Chapitre 6 (début)

Chapitre 6 (suite)

Chapitre 6 (suite et fin)

 

 

Chapitre 7 L’HISTOIRE DU MONDE ET SON EVOLUTION POSSIBLE

SOCIETES, ORGANISATIONS, INDIVIDUS ET RAPPORTS A L’EXISTANT

(des premiers Hommes au monde à très long terme)

 

Après ce long (très long) exposé des créations et des réalisations humaines (actions, fabrications, inventions, représentations et compréhension…), il semble judicieux de les rassembler et de les mettre en perspective à travers les différentes périodes de l’histoire des Hommes comme à travers celles qui marqueront, peut-être, leur avenir (et celui de leurs — éventuels — successeurs)…

 

Il ne s’agira pas, ici, de retracer « toute l’histoire » de l’humanité mais de donner un bref aperçu, au cours des siècles, de l’évolution des sociétés et de mettre en évidence les orientations qu’elles pourraient prendre au cours des années et des siècles* à venir, de dresser un portrait (forcément « truffé » de généralités) de l’individu médian (représentatif de la société et de son époque) et d’exposer les rapports que les individus entretenaient, entretiennent et pourraient entretenir — sur les plans individuel et collectif — avec l’Existant.

* Décennies, siècles ou millénaires… Qui peut savoir ?

 

 

QUELQUES PRECISIONS

Nous avons déjà abordé ces questions et ces thématiques de façon éparse (par grand type de besoin). Il y aura donc un certain nombre de répétitions et de redites(1)… Nous nous proposons simplement, ici, d’en réaliser une synthèse pour chaque grande période historique. A ce titre, ce chapitre pourrait être considéré (à bien des égards) comme un récapitulatif « longitudinal » de l’organisation sociétale et des réponses collectives aux besoins individuels au fil des siècles… Mais nous y développerons également de nombreux thèmes jusqu’ici non évoqués… en particulier, nous mettrons en évidence la « logique évolutive » des sociétés et l’imbrication « cohérente » des différents éléments sociétaux au cours de l’histoire sans oublier, évidemment, quelques « surprises » quant à leurs perspectives(2) à moyen, long et très long termes…

(1) Nous en sommes désolés mais il nous a été difficile, dans cette analyse et cette perspective, d’élaborer une structure en mesure d'exposer les caractéristiques majeures de l’Existant, à la fois de façon (relativement) statique et de façon dynamique (ou évolutive), sans avoir recours à certaines redondances…

(2) « Surprises » qui, à nos yeux, méritent le « détour » en dépit de quelques répétitions, de la densité et de la longueur de cet (interminable) chapitre…

 

Ainsi, nous exposerons à grands traits les principales caractéristiques des sociétés, leur mode d’organisation politique, judiciaire et économique et les rapports qu’elles entretenaient, entretiennent et pourraient entretenir entre elles au fil de l’histoire (passée et à venir) ainsi que leur organisation territoriale et « la façon » dont elles répondent à l'ensemble des besoins individuels.

 

Après ce panorama sociétal, nous établirons, pour chaque période historique, un portrait général de l’individu représentatif de la société avant d’exposer ses relations avec les principales formes de l’Existant (avec ses congénères mais également avec les animaux, les végétaux, les minéraux, l’environnement, les agents pathogènes, l’espace, d’éventuelles formes extra-terrestres et les formes énergétiques immatérielles) ainsi que leur impact général sur l’organisation des territoires*.

* Entre l’ensemble des formes terrestres.

 

Bien qu’il conviendrait d’effectuer une distinction entre les différents types de sociétés et d’individus au fil de l’histoire terrestre (toutes les sociétés et tous les individus n’ont pas connu, ne connaissent pas et ne connaîtront pas de telles évolutions), nous pouvons néanmoins dire que le monde, les sociétés, les individus et leurs rapports à l’Existant ont globalement évolué ainsi et pourraient, à l’avenir, s’inscrire dans la perspective que nous allons exposer ici...

 

 

LES DEBUTS DE L'HUMANITE

 

Les premières sociétés humaines

 

Quelques généralités

On ne dispose que de rares éléments sur les origines des premiers Hommes* et leurs lieux d’implantation* mais on peut imaginer (à tort ou à raison) que les premiers Hommes étaient, plus ou moins, disséminés sur quantité de régions terrestres et que chaque groupe et chaque communauté vivaient en des lieux assez éloignés les uns des autres.

* A ce sujet, les paléontologistes et autres paléoanthropologues ont, semble-t-il, élaboré différentes hypothèses. Les uns s’accordent sur l'origine africaine de « l'Homme moderne » alors que d’autres souscrivent à l'origine multirégionale. Quant à la classification (la systématique) des hominidés, les discussions ne parviennent guère à déterminer avec clarté la « source originelle » de l’Homo sapiens parmi les différentes « espèces humaines » du genre homo (Homo ergaster, Homo habilis, Néanderthal, Cro-magnon etc etc)…

 

L’organisation des premières sociétés humaines était probablement éminemment simpliste et élémentaire. Chacun devait sûrement participer de façon « naturelle et spontanée » à l’essentiel des tâches. Sans doute qu’un « chef » au charisme naturel (peut-être l’individu le plus fort physiquement et/ou le plus « rusé » et/ou le plus « intelligent ») installait son autorité sur la communauté, impulsant les « grandes orientations », décidant (seul et/ou de façon plus ou moins collégiale) des lieux d’implantation, de la répartition des tâches au sein du groupe, des troupeaux à chasser et était amené à « régler » les inévitables différends et conflits relationnels…

 

En dépit d’un manque patent d’informations concernant les premières sociétés humaines, essayons de dresser sommairement les caractéristiques générales de leur organisation « sociétale ».

 

 

Organisation sociétale générale

De façon synthétique, nous pourrions dire que « l’organisation politique et judiciaire » devait sans doute se cantonner à « l’autorité naturelle » d’un et/ou de plusieurs individu(s) institué(s) « chef(s) » de clan chargé(s) « d’établir » des « règles » et des sanctions laissées à sa (ou leur) « clairvoyance » et à sa (ou leur) libre « appréciation » et/ou à la « vindicte populaire ».

 

En matière « d’organisation économique » (si l’on peut dire…), les principales activités devaient sans doute se cantonner à la chasse (et/ou à la pêche), à la cueillette et à l’organisation sommaire du lieu de vie. Et le travail était probablement organisé en fonction de la force physique et du degré de « témérité » des individus. Ainsi, les individus mâles devaient probablement prendre en charge la chasse et la protection du groupe et les individus femelles s’occuper du lieu de vie, des enfants et éventuellement de la cueillette (instituant ainsi, pour de longs siècles, une division du travail selon le genre – toujours d’actualité aujourd’hui dans la plupart des contrées du monde…). Les individus étaient sans doute amenés à consommer et à « partager » les « produits » de la chasse (et/ou de la pêche) et de la cueillette, peut-être (comme chez les animaux grégaires), en fonction de leur « rang hiérarchique ». Et les « transactions » devaient probablement se restreindre aux échanges interindividuels au sein de la communauté (peut-être, par exemple, des aliments offerts entre l’homme et la femme, entre les parents et les enfants…). Le paiement dans les premières sociétés humaines n’était évidemment pas monétaire… Et les « arrangements » et « menus services » entre les individus devaient sans doute constituer une sorte de « mode de paiement ».

 

Les communautés étaient sans doute, plus ou moins, contraintes à une forme de nomadisme et/ou de semi nomadisme au gré des migrations des troupeaux et des répercussions climatiques sur la flore et n’entretenaient probablement que très peu de liens avec « l’extérieur » en dépit (sans doute) de quelques échauffourées, intimidations et conflits (et, peut-être même, des exterminations) en vue de s’approprier les territoires et d’assurer leur domination sur les communautés voisines et/ou les « clans » adverses...

 

 

Le portrait de l’individu médian (représentatif de la société)

Le « premier Homme » était sans doute un individu au psychisme élémentaire (avec une quasi absence de représentations mentales et de désirs), marqué par la peur (au vu de sa nature « chétive », de son « ignorance » du monde et de la dangerosité — très probable — de son environnement) qui consacrait l’essentiel de son temps à chasser et à « cueillir des baies » pour survivre. Outre la chasse et la cueillette, ses principales activités devaient sans doute consister à manger, à dormir, à se reposer (et, éventuellement, à « monter la garde »). Il devait probablement avoir des comportements d’accaparement et de favorisation de l’intérêt personnel très marqués et entretenir des rapports de domination et d’instrumentalisation violents avec les autres individus et à l’égard des autres formes (animales et végétales). Sa compréhension et à sa perception sensible étaient sans doute quasiment nulles, éminemment grossières, élémentaires et superficielles.

 

 

Les rapports à l’Existant

 

Les relations avec les congénères

Au temps des premières Hommes, les relations humaines étaient sans doute fortement marquées par la favorisation de l’intérêt personnel et les stratégies d’entente avec rapports de force, de domination et d’instrumentalisation, avec violence et agressions physiques et une profonde dichotomie entre les individus de la sphère personnelle (essentiellement familiale et/ou clanique et/ou communautaire) et les autres individus (agression, fuite et/ou indifférence).

 

 

Les relations avec les animaux

Chasse (pêche) et cohabitation plus ou moins dominatrice.

 

 

Les relations avec les végétaux

Cueillette, infimes destructions et menus prélèvements pour créer d’éventuelles zones d’habitat (puis, plus tardivement, utilisation des végétaux comme combustibles).

 

 

Les relations avec les minéraux

Inexistantes. Ou prélèvements infimes (outils, armes et éventuellement ornements – silex)

 

 

Les relations avec l’environnement (au sens large) eau, air, terre

Utilisation « utilitariste » sans conséquence.

 

 

Les relations avec les agents pathogènes

Impuissance totale face aux bactéries.

 

 

Les relations avec l’espace

Inexistantes.

 

 

Les relations avec les formes extraterrestres (non terrestres)

Inexistantes.

 

 

Les relations avec les formes énergétiques immatérielles (les « morts » entre autres…)

Inexistantes, puis (sans doute) très vite, premiers rites funéraires*.

* Il semblerait que l’Homme de Neandertal soit l’un des premiers à enterrer « ses » morts…

 

 

L’impact général sur l’organisation des territoires entre toutes les formes

Avant l’avènement de l’Homme, les végétaux et les animaux et, plus généralement, la matière et le Vivant ont évolué selon leur rythme propre (impulsé naturellement par le « système physique » et la Vie — le « système biologique »). Et en dépit de quelques bouleversements majeurs (comme par exemple, la disparition des dinosaures), les écosystèmes se régulaient spontanément incitant les différentes formes végétales et animales à adopter des stratégies de survie (ententes et luttes) pour se nourrir et se répartir sur l’ensemble des territoires. Et, au début de l’humanité, l’Homme n’était alors sans doute, ni plus ni moins, qu’un élément (parmi tant d’autres) de ce gigantesque écosystème. Et l’on peut penser que les premiers Hommes, les animaux et les végétaux cohabitaient sur un même territoire au sein duquel les êtres humains devaient exercer leur fonction de prédateur, en étant, eux-mêmes, victimes d’agressions et de la prédation d’animaux plus puissants.

 

 

 

LE MONDE « PRIMITIF »

 

Les sociétés « primitives » et « traditionnelles »

 

Quelques généralités

En ces temps ancestraux, nous pouvons imaginer que les premières sociétés humaines (les premiers regroupements humains), composées – peut-être – de quelques familles, ont vu croître très progressivement le nombre de leurs membres (selon l’abondance des ressources alimentaires et la fréquence et la virulence des épidémies(1)). Nous ne pouvons pas exclure non plus que certaines aient pu « s’associer » à d’autres tribus ou communautés et/ou aient été amenées (naturellement) à élargir leur territoire(2).

(1) Qui devaient probablement décimer une quantité considérable d’individus…

(2) Au fil de l’accroissement du nombre d’individus…

 

Ces « nouveaux » paramètres les ont peut-être invitées ou « contraintes » à s’organiser (plus ou moins) et à édifier une structure communautaire « plus formelle ». Ainsi, peut-être se sont (progressivement) transformées les premières sociétés humaines pour donner naissance aux sociétés primitives et traditionnelles…

 

En dépit de la (probable) diversité des sociétés traditionnelles, essayons d’exposer, ici, leurs principales caractéristiques en matière d’organisation sociétale.

 

 

L’organisation sociétale générale

En matière d’organisation politique (et de mode de gouvernance), il y a fort à parier que l’autorité dans les sociétés primitives et traditionnelles pouvait (et peut pour celles — de plus en plus rares — qui subsistent aujourd’hui*) prendre plusieurs formes : individuelle (avec un « chef » de clan ou de village plus ou moins autoproclamé et/ou plus ou moins « poussé » et soutenu par les membres de la communauté) ou collégiale (avec, en général, les individus les plus « aptes » à exercer une autorité : les « anciens » et/ou les « meneurs d’hommes naturels »). La durée du « mandat » était probablement très variable avec l’existence (éventuelle) de lignée(s) familiale(s) « au pouvoir ». Les décisions engageaient sans doute l’ensemble de la communauté et l’ensemble des individus et fixaient vraisemblablement les grandes règles de la vie communautaire (organisation des travaux collectifs, relations interindividuelles, relations « maritales », conflits, rites mortuaires, rites de passage à l’« âge adulte » etc etc).

* Nous n’utiliserons, dans ce paragraphe, que « l’imparfait » mais, si cela vous agrée, vous pouvez conjuguer tous les verbes au « présent » pour obtenir une description des sociétés primitives ou traditionnelles contemporaines.

 

L’organisation judiciaire (et policière) se limitait probablement à quelques « règles » et sanctions laissées à « l’appréciation » et à la « clairvoyance » du ou des chef(s) de clan(s) et/ou à la « vindicte populaire » ou instaurées par un « conseil communautaire », plus ou moins démocratique ou autocratique.

 

La production demeurait essentiellement communautaire et agricole avec quelques « spécialités artisanales » (avec, par exemple, la fabrication d’instruments de chasse, d’armes, d’objets utilitaires, de vêtements, de parures de cérémonie etc etc). Les individus consommaient ce qu’ils produisaient et/ou ce que la communauté produisait (de nos jours, il est possible que certaines sociétés traditionnelles aient établi une sorte de magasin-épicerie et participent à des marchés locaux, plus ou moins spécialisés, et à des foires d’envergure régionale et/ou « nationale » de façon relativement ponctuelle). Il n'y avait probablement pas ou peu d’échange(s) (essentiellement à base de troc) puis, avec la création de la monnaie (coquillages, graines, pierres, pièces, étoffes et aujourd’hui, sans doute, les billets de banque), des échanges « économiques » plus élaborés ont pu se développer. Quant au travail, il se cantonnait, outre à l’organisation sommaire du lieu de vie, à la chasse (ou à la pêche) et/ou au nourrissage des animaux d’élevage et aux travaux agricoles familiaux et/ou communautaires longs, pénibles et sans rémunération (les individus travaillant et participant à la production familiale ou communautaire pour avoir « le droit » de manger).

 

Les sociétés traditionnelles entretenaient vraisemblablement (selon la densité démographique du territoire et les configurations topographiques) peu de liens avec « l’extérieur ». Les relations étaient sans doute principalement constituées, selon le degré d’agressivité des communautés, d’échanges et de conflits territoriaux plus ou moins violents. Les individus devaient probablement être sédentaires ou contraints au semi nomadisme et les sociétés étaient (sans doute) relativement distantes les unes des autres (avec une quasi absence de flux « migratoires » – même s’il est possible, au fil de l’histoire, que certains territoires aient pu connaître une forme d’expansion – avec la naissance progressive de bourgades, voire de petites villes).

 

Après ce bref panorama, tâchons d’exposer les principales caractéristiques des sociétés primitives et traditionnelles en matière d’organisation de la satisfaction des besoins organiques, matériels et psychiques élémentaires.

 

 

L’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence

Sur le plan agricole, l’équation était sans doute relativement simple (mais pas toujours aisée à résoudre…) : cueillette et chasse et/ou cultures traditionnelles sur quelques arpents de terre et petits élevages offraient probablement (tant bien que mal…) la nourriture nécessaire.

 

En matière sanitaire, l’hygiène était sans doute très élémentaire et les individus devaient probablement en cas de maladie (ou de problèmes divers) se tourner vers le guérisseur (le sorcier et/ou le chamane), doté du savoir « des plantes, de la forêt et des esprits »… On buvait l’eau de la rivière (de mares ou de puits naturels), on enfouissait ses excréments dans la terre et on s’habillait de peaux de bête et/ou de vêtements rudimentaires en fibres végétales.

 

L’habitat était sans doute, lui aussi, relativement sommaire : grottes, huttes, abris plus ou moins élaborés et l'on cuisinait (et cuisait) les aliments au feu (feu de bois ou combustion avec des excréments d’animaux).

 

Les déplacements s’effectuaient à pied (parfois peut-être utilisait-on la locomotion animale…). On se battait (pour attaquer ou se défendre) à coups de poings, à coups de pieds, avec des bâtons, des couteaux, des lances et divers instruments. Pour se protéger, on « montait la garde », érigeait de « vagues » clôtures (avec des branchages) et on comptait sur la vigilance des chiens.

 

On se reproduisait de la façon naturelle (la plus naturelle qui soit...), et l’on devait sans doute, en cas de conflits au sein de la communauté, organiser des « réunions communautaires » pour « mettre sur la table » les griefs et les doléances des uns et des autres afin de rétablir (ou essayer de rétablir) des liens pacifiques et harmonieux (autant que possible) entre les individus.

 

On naissait dans la communauté. On apprenait dans et grâce à la communauté. On se rencontrait et échangeait dans la communauté. On vivait et travaillait dans la communauté, on mangeait dans la communauté, on s’accouplait, dormait et s’amusait dans la communauté. On écoutait « les anciens » raconter l’histoire de la communauté. Et l'on y mourrait sûrement. Vie simple et élémentaire mais néanmoins rude et difficile que certains ont, sans doute, quelque peu idéalisée au fil des siècles en l'assimilant à une sorte de « paradis perdu » (avec, entre autres exemples, le mythe « du bon sauvage »)…

 

 

Le portrait de l’individu médian (représentatif de la société)

L’individu médian des sociétés « primitives » ou traditionnelles consacrait sans doute l’essentiel de son temps à travailler la terre et/ou à chasser et/ou à « s’occuper » des animaux d’élevage pour assurer la satisfaction de ses besoins alimentaires.

 

Ses principales autres activités consistaient probablement à dormir, à manger, à s’occuper des tâches domestiques, à se reposer et à « participer » à la vie communautaire. Son savoir était excessivement élémentaire (essentiellement acquis par transmission familiale et communautaire, l’expérience et le mimétisme…) dans la mesure où la scolarité était (sans doute) inexistante. Sa compréhension et sa perception sensible devaient être infimes, très apparentes et très superficielles. Et il était probablement soumis (essentiellement) au psychisme, aux besoins de survie et aux « exigences » de la vie collective.

 

En matière relationnelle, les comportements d’accaparement, de favorisation de l’intérêt personnel et de valorisation narcissique (bien qu’en partie régulés par la prégnance de la vie communautaire) étaient puissants. Et il entretenait sans doute avec les autres individus (dans la sphère intime comme dans la sphère sociale) des rapports de domination et d’instrumentalisation plus ou moins violents... comme il entretenait (sans doute) à l’égard des autres formes (animales et végétales) et à l’égard de l’environnement (au sens large) des rapports de domination et d’instrumentalisation plus ou moins puissants et plus ou moins respectueux selon le système de croyances (en général, qualifiées d’animistes) et la cosmogonie en vigueur dans sa communauté.

 

 

Les rapports à l’Existant

 

Les relations avec les congénères (relations sociales et relations intimes)

Favorisation de l’intérêt personnel et stratégies d’entente avec rapports de force, de domination et d’instrumentalisation, avec violence et agressions physiques et une profonde dichotomie entre les individus de la sphère personnelle et les autres individus (agression et/ou indifférence).

 

 

Les relations avec les animaux

Chasse et cohabitation plus ou moins respectueuse et utilitariste.

 

 

Les relations avec les végétaux

Cueillette, menus prélèvements (santé, vêtements et combustibles) et infimes destructions pour créer des zones de culture (agriculture « traditionnelle ») et/ou d’habitat.

 

 

Les relations avec les minéraux

Faibles prélèvements sans conséquence.

 

 

Les relations avec l’environnement (au sens large) eau, air, terre

Utilisation avec un esprit de respect utilitariste et/ou mi révérenciel (selon le système de croyances animistes).

 

 

Les relations avec les agents pathogènes

Impuissance quasi-totale face aux bactéries (malgré les plantes médicinales).

 

 

Les relations avec l’espace

Inexistantes.

 

 

Les relations avec les formes extraterrestres (non terrestres)

Inexistantes.

 

 

Les relations avec les formes énergétiques immatérielles (les « morts » entre autres…)

Ignorance totale, développement et généralisation des rites et croyances (liés à la cosmogonie et aux représentations du monde en vigueur dans la communauté).

 

 

L’impact général sur l’organisation des territoires entre toutes les formes

La cohabitation des Hommes avec les autres espèces (essentiellement animales et végétales) était probablement violente et dominatrice mais n’engendrait globalement aucun impact majeur ni aucune destruction massive.

 

 

 

LE MONDE D'AVANT-HIER (de l’antiquité au 18ème siècle)

 

Cette période, à l’échelle de l’histoire humaine, est excessivement longue. Et il est évident que toutes les sociétés n’ont pas connu l’évolution que nous allons exposer ici… Il conviendrait pour « écrire une histoire » plus détaillée de distinguer les grands types de sociétés (voire les grandes civilisations) et d’établir, au sein du « monde d’avant-hier », des périodes historiques plus courtes…

 

Les sociétés d’avant-hier

 

Généralités

En dépit de ce « bémol », on peut néanmoins affirmer (plus ou moins sans conteste) que depuis les premières sociétés primitives jusqu’au 18ème siècle (voire jusqu’au 19ème et au 20ème siècles dans certaines régions du monde), la Terre était globalement parsemée d’une constellation de sociétés traditionnelles (plus ou moins peuplées et étendues), plutôt autocratiques de type (plus ou moins) tyrannique ou éclairé, qui entretenaient des rapports, plus ou moins, conflictuels ou pacifiques* et nouaient des échanges commerciaux (biens alimentaires et diverses marchandises) avec les communautés et/ou les sociétés voisines. Jusqu’à une date pas si lointaine, la plupart ignorait jusqu’à l’existence des autres… Beaucoup d’entre elles se sont progressivement regroupées. Regroupements qui ont posé, de façon plus ou moins graduelle, les linéaments de la future constitution des nations (les société-nations).

* Alternant peut-être les belligérances et les périodes de paix…

 

Autre point crucial : cette longue période historique a été émaillée de grandes sociétés guerrières, conquérantes et dominatrices qui ont créé d’immenses et prospères empires, pillant et s’accaparant les richesses et essayant de tenir sous leur joug de vastes territoires sans toujours disposer des moyens adéquats pour les homogénéiser et laissant (de facto) sur leur sol pléthore de sociétés traditionnelles vivre de façon plus ou moins autonome.

 

Et enfin, dernier point important : dans bon nombre de ces sociétés, les individus installés à la gouvernance ont appuyé la légitimité de leur pouvoir par un malhonnête tour de passe-passe : le « droit divin », instaurant ainsi une hégémonie durable et la perpétuation de longues lignées « prédestinées » au pouvoir (mode opératoire très répandu au sein des différentes royautés qui se sont instaurées, au cours de cette période, sur un grand nombre de territoires terrestres)…

 

Après ce très vague panorama*, essayons de dresser un portrait de la société représentative en matière d’organisation sociétale.

* Et en dépit de la très longue durée de cette période historique...

 

 

L’organisation sociétale générale

Au sein des sociétés d’avant-hier, l’organisation politique et le « mode de gouvernance » étaient généralement soumis à l’autorité d’un et/ou de plusieurs individus institué(s) selon les cas (et l’envergure du territoire) « seigneur(s) » ou « homme(s) d’Etat » autoproclamé(s) avec (bien souvent) une appropriation du pouvoir par la force (armée) et/ou avec une collusion entre le pouvoir (en général une royauté – issue de l’aristocratie) et le clergé (les représentants religieux) pour asseoir la « puissance divine » sur le plan terrestre ou parfois (peut-être) institué(s) par le peuple. Quant à l’organisation judiciaire (et policière), elle se cantonnait (bien souvent) à des « règles » et à des sanctions, de nature plus ou moins violente, laissées à « l’appréciation » et à « la clairvoyance » du « seigneur » ou de l’homme de loi qui avait « toute autorité » pour juger les Hommes (souvent un représentant du pouvoir politique ou très lié à lui) et/ou à la « vindicte populaire ».

 

En matière d’organisation économique (avec une économie encore très essentiellement agricole), cette période a vu progressivement émerger une quasi complète séparation entre les activités de production et le travail et la consommation ainsi que l’essor, dans les villes, des activités artisanales, des magasins de détails, des marchés locaux et des foires d’envergure régionale et/ou nationale (plus ou moins fréquentes), où les citadins pouvaient venir s’approvisionner et se ravitailler. Les échanges économiques se limitaient probablement aux échanges locaux et aux échanges avec les sociétés voisines. Mais, avec le développement des transports, les voyages et la colonisation, on a assisté à une très forte expansion du commerce sur un territoire plus large (naissance du commerce international) et à « des échanges » entre les pays colonisateurs et les pays colonisés (les premiers — le plus souvent – pillant et exploitant les richesses et les matières premières des seconds…). Les modes de paiement ont fait florès et on a vu un peu partout se développer la monnaie (pièces d’or et d’argent, billets, lettres de change…). Les échanges se sont ainsi très globalement monétarisés. Malgré l'efflorescence de l’artisanat et les prémices des tâches industrielles (en fin de période) dans certaines régions du monde — qui allèrent inaugurer la fameuse (et très prochaine) « révolution industrielle ») — le travail demeurait essentiellement agricole et, malgré une très lente et progressive mécanisation, conservait sa pénibilité et concernait toujours la très grande majorité des individus. Ainsi, en dépit de la croissance progressive des bourgades et des villes, de l’expansion des zones urbaines, des premiers grands exodes ruraux nationaux, la société restait profondément rurale.

 

Au cours de cette longue période ont également émergé les notions de nation et de pays (avec délimitation progressive et fluctuante des frontières) au gré des grandes explorations terrestres et maritimes (la découverte du monde), des premiers grands mouvements migratoires internationaux, des guerres, de l’essor du commerce, des grandes invasions, des croisades, des « conquêtes coloniales », des appropriations territoriales, des exterminations, du pillage des richesses et de la domination des peuples... Bref, une très longue époque historique marquée par un changement progressif et profond de la place de l’Homme sur Terre qui inaugurera (à bien des égards) l’entrée prochaine (et inéluctable) du monde dans l’ère anthropocène…

 

Après ce large et bref panorama, essayons de dessiner les principales caractéristiques des sociétés d’avant-hier en matière d’organisation de la satisfaction des besoins organiques, matériels et psychiques élémentaires.

 

 

L’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence

En matière agricole et alimentaire, l’agriculture et l’élevage demeuraient très largement traditionnels et extensifs. Et notons que la période connut de nombreuses disettes…

 

La médecine et l’hygiène connurent, quant à elles, des progrès assez tardifs malgré de nombreuses épidémies et la persistance de conditions d’existence rudimentaires (avec, par exemple, des bassins et des réserves d’eau toujours, plus ou moins, impropre à la consommation, l’enfouissement dans le sol des déjections humaines à la campagne et leur évacuation sur la voie publique dans les villes).

 

Les vêtements restaient globalement élémentaires et fabriqués de façon artisanale (excepté pour « les nantis » vêtus de soie, de broderie et d’autres étoffes rares et précieuses…). L’habitat demeurait rustique et sans confort. Et en dépit du développement des fours et des instruments de cuisson, le confort domestique était, lui aussi, sommaire (feu, puis poêles à bois et à charbon, lampes à huile, bougies pour l’éclairage). Et les tâches domestiques (activités exercées essentiellement par les femmes) se réalisaient à la main et avec de « simples » ustensiles (manuels).

 

Malgré l'essor des modes de navigation maritime, les transports usuels se limitaient (le plus souvent) à la marche et (dans le meilleur des cas) à la locomotion animale (en général) tractée.

 

On a assisté, au fil des siècles, au développement (puis à la généralisation) des lois, des règlements et des sanctions en cas d’infraction (prison, peine de mort) et à l’émergence des forces de l’ordre (publiques et privées).

 

L’existence des Hommes d’autrefois était essentiellement consacrée à la survie et au travail. Les relations se nouaient essentiellement dans la sphère communautaire (au sens large) et demeuraient conditionnées par le « rang social » des individus. Les Eglises (toutes chapelles confondues) avaient (en général) « autorité » autant sur les âmes que sur les Hommes… Quant à « l’instruction » et aux savoirs, ils étaient réservés à l’« élite sociale » et restaient inaccessibles à l’essentiel de la population. Bref, il ne serait pas (totalement) exagéré de dire que les Hommes d'avant-hier était voués (très souvent) à une vie de labeur, de croyances, de coups et de misères (diverses)…

 

 

Le portrait de l’individu médian (représentatif de la société)

L’individu médian d’avant-hier consacrait sans doute l’essentiel de son temps à travailler la terre pour assurer la satisfaction de ses besoins alimentaires. Ses principales autres activités consistaient à dormir, à manger, à s’occuper des tâches domestiques (et, accessoirement, des diverses charges et obligations de la vie familiale et/ou sociale) et à se reposer.

 

Son savoir était éminemment basique (essentiellement acquis par transmission familiale, l’expérience et le mimétisme…) puisque la scolarité (en général) était réservée à une minorité. Sa compréhension et sa perception sensible étaient excessivement grossières, apparentes et superficielles. Et il demeurait essentiellement soumis au psychisme et aux besoins de survie.

 

En matière relationnelle, les comportements d’accaparement, de favorisation de l’intérêt personnel et de valorisation narcissique (bien qu’en partie régulés par la prégnance de la vie communautaire et/ou villageoise) étaient absolument décisifs. Et il entretenait (sans doute) avec les autres individus (dans la sphère intime comme dans la sphère sociale) des rapports de domination et d’instrumentalisation et des rapports de domination et d’instrumentalisation de plus en plus puissants et de moins en moins respectueux à l’égard des autres formes (animales et végétales) et à l’égard de l’environnement (au sens large).

 

 

Les rapports à l’Existant

 

Les relations avec les congénères (relations sociales et relations intimes)

Favorisation de l’intérêt personnel et stratégies d’entente avec rapports de force, de domination et d’instrumentalisation, avec une très lente et progressive diminution de la violence et des agressions physiques mais avec la persistance d’une profonde dichotomie entre les individus de la sphère personnelle et les autres individus (agression et/ou indifférence).

 

 

Les relations avec les animaux

Réification, instrumentalisation et extermination de nombreuses espèces animales.

 

 

Les relations avec les végétaux

Sélection génétique pour la végétation comestible. Et destruction de la flore sauvage pour créer des zones arables et des zones urbaines.

 

 

Les relations avec les minéraux

Développement de l’exploitation des minerais.

 

 

Les relations avec l’environnement (au sens large) eau, air, terre

Emergence des premières formes de pollution liées à l’activité humaine. Soulignons que l’on a assisté, sur le plan matériel, au développement faramineux des fabrications synthétiques* (qui regroupaient l’essentiel des fabrications humaines) ;

* Et qui ne cesseront, à l’avenir, d’être toujours plus nombreuses (voire envahissantes)...

 

 

Les relations avec les agents pathogènes

Lutte peu efficace contre les agents pathogènes (en dépit des progrès de la science médicale).

 

 

Les relations avec l’espace

Inexistantes (malgré le développement des calculs et des « travaux » astronomiques).

 

 

Les relations avec les formes extraterrestres (non terrestres)

Inexistantes.

 

 

Les relations avec les formes énergétiques immatérielles (les « morts » entre autres…)

Rites et croyances (influence majeure des religions « officielles » instituées sur le territoire).

 

 

L’impact général sur l’organisation des territoires entre toutes les formes

Développement et forte expansion des sociétés humaines. Cohabitation dominatrice de l’Homme avec les autres espèces (essentiellement animales et végétales) mais sans impact majeur hormis, évidemment, les nombreux massacres et exterminations d’espèces animales, leur réification et leur instrumentalisation (chasse, élevage et domestication). Mais en dépit d’une domination humaine de plus en plus vive sur les autres formes, nous pouvons dire que les sociétés humaines d’avant-hier et les mondes végétal et animal coexistaient sur un même territoire où l’Homme exerçait presque « sans trop de dégâts » sa fonction de super prédateur…

 

 

 

LE MONDE D'HIER (du 18ème à la fin du 20ème siècle)

 

Les sociétés d’hier

 

Généralités

Cette période a été marquée par la cohabitation de plusieurs types de sociétés qui ont entretenu, au cours de ces quelques siècles, des rapports de force plus ou moins conflictuels…

 

- des sociétés autocratiques (plus ou moins) « éclairées » qui se sont transformées, au fil de l’histoire, en sociétés démocratiques ;

 

- des sociétés autocratiques tyranniques (avec despote) dont une partie s’est orientée vers le communisme (au début du 20ème siècle) puis, avec son effondrement (à la fin du 20ème siècle), la plupart se sont tournées vers le modèle démocratique et quelques-unes ont préservé un modèle autocratique (vaguement démocratique) ;

 

- des sociétés traditionnelles qui ont fini par se raréfier en intégrant (de façon plus ou moins contrainte) le modèle sociétal en vigueur sur le territoire qu’elles occupaient ;

 

- des sociétés théocratiques.

 

 

Cette période (et, plus exactement, la fin de cette période) a également été marquée par de nombreux bouleversements (dont les principaux sont) :

 

- la désertification des campagnes* ;

 

- le recul très net du nombre d’agriculteurs*;

 

- la « révolution industrielle*» (qui a permis de répondre quantitativement aux besoins des populations) ;

* Dans les pays les plus « développés » sur le plan économique.

 

- l’essor massif des villes et l’émergence des grandes mégalopoles;

 

- l’émergence désastreuse (et sans doute prématurée) d’un modèle sociétal collectiviste « égalitaire » (le communisme) qui a scindé (pendant une large partie du 20ème siècle) le monde en deux (les partisans du modèle sociétal capitaliste et les partisans du modèle sociétal communiste s’opposant en une « guerre froide »…) puis, en trois, avec l’émergence progressive d’un troisième mouvement, regroupant les pays dits du tiers monde* « délaissés » par « la révolution industrielle » et la marche — et les fruits — du progrès…) ;

* Terme « inventé », semble-t-il, par Alfred Sauvy pour désigner les pays n’appartenant ni au monde occidental ni au « bloc communiste ».

 

- deux conflits mondiaux et plusieurs génocides de grande ampleur (qui ont marqué les esprits et permis l’émergence de la paix entre les peuples dans les parties du monde affectées par ces guerres…) ;

 

- l’indépendance des pays sous domination coloniale (une partie des pays dits du tiers monde) avec plus ou moins de résistance, de heurts, de violences et de conflits ;

 

- la prépondérance et la relative généralisation du modèle sociétal capitaliste et démocratique, fondé sur la liberté individuelle, l’individualisme, la capitalisme, le productivisme et le consumérisme (modèle réactif à deux éléments majeurs : d’une part, l’asservissement général et la domination des autorités gouvernantes qu’ont, à peu près, toujours connus les populations et d’autre part, l’économie de pénurie (voire de disette) et les conditions d’existence et la qualité de vie relativement médiocres qui ont toujours été leur lot…).

 

Après ce succinct (et très général) panorama, tentons de dresser un portrait de la société représentative du « monde d’hier » en matière d’organisation sociétale.

 

 

L’organisation sociétale générale

En matière d’organisation politique (et de mode de gouvernance), on a assisté progressivement, sur un grand nombre de territoires terrestres, à une séparation du pouvoir exécutif (dont le rôle, rappelons-le, est de gouverner, de « décider » et d’impulser les grandes orientations), du pouvoir législatif (dont la fonction principale est de voter les lois) et du pouvoir judiciaire (auquel on attribue, en général, leur application). Au fil des siècles, les élections des représentants du peuple et le multipartisme se sont globalement généralisés (allant de la « mascarade propagandiste » dans les pays autocratiques ou despotiques aux élections « libres » dans les sociétés démocratiques selon différents, et plus ou moins appropriés, modes de scrutin…).

 

En matière d’organisation judiciaire (et policière), les sociétés d’hier ont mis en place différents codes (civil, pénal, administratif etc) et institué une généralisation du droit dans tous les secteurs et domaines de la société avec une (plus ou moins) grande indépendance des forces de l’ordre (police), du système judiciaire et des juges à l’égard du pouvoir exécutif et ont permis l’éclosion (puis la généralisation) des droits de la défense (pour les individus arrêtés et jugés qui pouvaient dès lors être « défendus » par un avocat). Dans (à peu près) toutes les régions du monde, le système judiciaire s’est sophistiqué et complexifié en instituant des forces de police « spécialisées », des magistrats, des juges d’instruction, des parquets, des tribunaux (eux aussi) « spécialisés » et a (plus ou moins) favorisé une certaine forme de diversification des peines comme une certaine forme de « clémence pénale » (au regard des règles de justice iniques des périodes passées…).

 

En matière d’organisation économique, les entreprises et les intermédiaires se sont multipliés dans le processus de production* de biens et les grandes firmes et les entreprises multinationales se sont très largement développées. Sur le plan de la consommation, on a également assisté à la multiplication des intermédiaires et des points de vente (centrales d’achats, grossistes, magasins de détail, supérettes, supermarchés, hypermarchés, centres commerciaux, grandes enseignes et chaînes de distribution etc etc). Les échanges se sont très fortement mondialisés. Les modes de paiement ont profondément évolué et se sont diversifiés (monnaie fiduciaire, chèques, cartes de crédit, émergence des paiements immatériels…). Et le système monétaire et financier est devenu totalement prépondérant (marchés des taux d’intérêt, places boursières, marchés spéculatifs…) pour progressivement « se détacher » de l’économie réelle. Quant à l’organisation du travail, elle aussi, a connu de profonds bouleversements : forte mécanisation des travaux agricoles, généralisation du travail industriel (pénible et à la chaîne), expansion des services (le secteur tertiaire) et création de quantité de nouveaux types d’emploi. Notons également que la période a connu, au cours du 20ème siècle, quelques grandes crises économiques sans précèdent qui ont perturbé l’idéologie de « la croissance et du plein emploi »… et ont obligé les sociétés et les Etats à jongler avec différents (et toujours plus complexes) instruments de politiques budgétaire et monétaire…

* Qui s’est, lui aussi, très largement complexifié et a permis la création de toujours plus de « valeur ajoutée »…

 

Sur le plan international, on a assisté à la naissance et à la (plus ou moins grande) généralisation du droit international. A ce titre, des organisations internationales (SDN, ONU, FMI, OMC(1) etc etc) ont été créées afin d'établir (de façon plus ou moins « heureuse » et efficace…) une harmonisation mondiale dans à peu près tous les secteurs et toutes les activités humaines : droits de l’Homme, commerce, organisation politique, paix entre les peuples etc etc. Les frontières nationales ont été plus ou moins (définitivement(2)) établies. Et après la montée en puissance de la colonisation, deux conflits mondiaux qui ont marqué les esprits et en dépit de l’existence de poches de résistance (plus ou moins nombreuses) où la guerre continuait à sévir, on a assisté à un progressif et tardif déclin des conflits armés au profit d’un « droit à l’indépendance » des nations et à une très progressive (et fragile) paix entre les peuples qui ont favorisé de grands mouvements migratoires internationaux (en particulier, une migration conséquente des populations des pays dits « en voie de développement » et/ou des anciens territoires « colonisés » vers les pays dits « développés »). Notons enfin qu’au sein des territoires nationaux (en particulier, dans les pays « riches »), la période a été marquée par un très fort exode rural et le développement des grandes villes (désertification des campagnes, hyper croissance des zones urbaines et émergence des grandes mégalopoles urbaines).

(1) Société Des Nations, Organisation des Nations Unies, Fonds Monétaire International, Organisation Mondiale du Commerce…

(2) En matière historique, tout est, évidemment, (toujours) provisoire…

 

Après ce rapide panorama de l’organisation générale des sociétés d’hier, essayons de dessiner leurs principales caractéristiques en matière de conditions de vie et d’organisation de la satisfaction des besoins organiques, matériels et psychiques élémentaires.

 

 

L’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence

Les sociétés d’hier ont connu, en matière agricole, de très profondes et très nombreuses transformations. L’agriculture et l’élevage sont devenus globalement intensifs, mécanisés et grands consommateurs d’engrais chimiques (avec un accroissement considérable de la production et de la productivité).

 

Au cours de cette période, les sciences médicale et psychiatrique ont permis de fulgurants progrès avec le développement des spécialités médicales, de la dentisterie « moderne », de la pharmacie allopathique et des appareillages médicaux électroniques (en particulier au 20ème siècle). En matière d’hygiène, on a également assisté à de formidables avancées avec l’assainissement des bassins et des réserves d’eau potable, la généralisation des canalisations d’eau potable (avec plusieurs points d’accès dans chaque foyer), la généralisation des toilettes, des fosses septiques et des égouts.

 

Sur le plan de l’habillement, la fabrication des vêtements est devenue (comme dans la très grande majorité des domaines) industrielle (avec des fibres naturelles sophistiquées et le développement des fibres synthétiques). L’habitat s’est substantiellement transformé avec les immeubles, les buildings, les maisons et les villas. Le confort domestique s’est généralisé avec le développement des appareils et des ustensiles robotiques, les machines à laver et les appareils électroménagers. Les poêles à bois et à charbon ont progressivement cédé la place au gaz et à l’électricité (pour l’éclairage et le chauffage).

 

Les transports ont explosé (en partie, grâce au raffinage du pétrole et aux réseaux électriques). Les trains firent leur apparition, puis se généralisèrent (métros, trains de proximité, grandes lignes ferroviaires nationales et transcontinentales, trains à grande vitesse…). Les véhicules automobiles individuels, les véhicules de transport de marchandises (camions, semi-remorques), les deux-roues motorisés, les modes de transports maritime et aérien firent florès un peu partout au point de constituer des modes de transport vitaux dans la circulation quotidienne des personnes et des marchandises. Les longs trajets et les voyages se démocratisèrent.

 

En matière de communication, les progrès furent, eux aussi, très importants avec la généralisation du téléphone, de la radio et de la télévision sans compter l’efflorescence de la presse écrite, radiophonique et télévisée… Les loisirs ne cessèrent de se développer et de se diversifier. L’école s’institutionnalisa et la scolarité devint obligatoire dans de nombreuses contrées.

 

Bref, il ne serait pas exagéré de dire que l’époque donna naissance à un nouveau monde… où les progrès techniques et technologiques devinrent légions et les garants d’une vie meilleure… inaugurant une « merveilleuse » période d’euphorie matérialiste qui marqua les esprits (après des millénaires de restriction et de misère « matérielle ») en creusant le sillon des « dérives consuméristes » des décennies à venir…

 

 

Le portrait de l’individu médian (représentatif de la société)

L’individu médian d’hier consacrait l’essentiel de son temps à travailler pour obtenir un revenu (salaire) qui lui permettait d’assurer la satisfaction de ses besoins physiques, matériels et psychiques élémentaires (essentiellement l’alimentation et le logement…).

 

Ses principales autres activités consistaient à dormir, à manger, à s’occuper des tâches domestiques (et, accessoirement, des diverses charges et obligations de la vie familiale et/ou sociale), à se reposer et à se distraire (avec une augmentation progressive et conséquente du temps consacré aux loisirs, induite par la généralisation des jours de repos hebdomadaires et, dans certaines contrées, la diminution très progressive du temps de travail et la « naissance » des congés payés).

 

Son savoir demeurait élémentaire (acquis au cours d’une scolarité — en général — relativement courte). Quant à sa compréhension et à sa perception sensible, elles étaient éminemment grossières, apparentes et superficielles. L’individu d’hier restait essentiellement soumis au psychisme, aux désirs et à la recherche (de plus en plus effrénée) de plaisirs au regard du progrès et des nouvelles possibilités offertes par la technique…

 

En matière relationnelle, les comportements d’accaparement, de favorisation de l’intérêt personnel et de valorisation narcissique (bien qu’en partie régulés par la société) étaient déterminants. Et il entretenait avec les autres individus (dans la sphère intime comme dans la sphère sociale) des rapports de domination et d’instrumentalisation plus ou moins déguisés et des rapports de domination et d’instrumentalisation qui se sont avérés, au fil des siècles et de l’évolution du progrès technique, de plus en plus puissants et de moins en moins respectueux à l’égard des autres formes (animales et végétales) et à l’égard de l’environnement (au sens large).

 

 

Les rapports à l’Existant

 

Les relations avec les congénères (relations sociales et relations intimes)

Favorisation de l’intérêt personnel et stratégies d’entente avec des rapports de force, de domination et d’instrumentalisation plus ou moins déguisés en politesse, aménités et autres règles de civilité, de moins en moins violents en apparence (diminution des agressions physiques), avec un encadrement et une « régulation » par la société et le système judiciaire mais avec néanmoins une exacerbation des violences psychiques (bien qu’elles aient été, elles aussi, progressivement et en partie encadrées et régulées par la société) et une profonde dichotomie entre les individus de la sphère personnelle et les autres individus (essentiellement indifférence sauf en cas d’émotion(s) forte(s) qui engendre(nt) « naturellement » un sentiment (souvent projectif) de proximité…).

 

 

Les relations avec les animaux

Accentuation de la réification, de l’instrumentalisation et de l’extermination de nombreuses espèces animales. Emergence et lent développement de l'animal domestique « urbain* ». Et émergence très progressive de la sauvegarde des espèces animales menacées d’extinction.

* Animaux de compagnie à la maison... Notons néanmoins, ici, que depuis l'aube de l'humanité, certains animaux « domestiques » ont, bien sûr, toujours plus ou moins vécu au sein du foyer et/ou à proximité des Hommes...

 

 

Les relations avec les végétaux

Généralisation de la sélection génétique pour la végétation comestible (fruits et légumes) et d’agrément (fleurs et plantes diverses). Emergence des modifications génétiques et fort développement de la destruction de la flore sauvage par la transformation des espaces terrestres en zones agricoles, en zones urbaines, en zones naturelles aménagées (parcs, chemins dans la nature) et en réseaux de transport (réseaux routier, ferroviaire et fluvial). Et émergence progressive de la protection de la biodiversité végétale.

 

 

Les relations avec les minéraux

Extension systématique de l’exploitation (et de la surexploitation) des minerais (énergies fossiles, charbon, pétrole et métaux « rares » et précieux).

 

 

Les relations avec l’environnement (au sens large) eau, air, terre

Explosion des pollutions terrestres, atmosphériques et hydriques d’origine humaine (sols, sous sols, qualité de l’air, mers, océans, nappes phréatiques…).

 

 

Les relations avec les agents pathogènes

Emergence et fort développement des soins, des antibiotiques (pénicilline, dérivés et « successeurs ») et de la prophylaxie (vaccination). Et progrès considérables en matière d’hygiène et d’asepsie (généralisation).

 

 

Les relations avec l’espace

Premiers pas dans l’espace et sur la lune (satellites, fusées et navettes spatiales…).

 

 

Les relations avec les formes extraterrestres (non terrestres)

Inexistantes (en dépit des « avancées » de l’astronomie…).

 

 

Les relations avec les formes énergétiques immatérielles (les « morts » entre autres…)

Rites et croyances.

 

 

L’impact général sur l’organisation des territoires entre toutes les formes

Début « explosif » de l’ère anthropocène avec la croissance exponentielle des sociétés humaines, l’urbanisation galopante, l’appropriation des territoires terrestres par les Hommes, la naissance et le développement du productivisme et du consumérisme et l’émergence d’un impact substantiel (et très fortement mortifère) sur les autres espèces vivantes et l'environnement.

 

 

APARTE INTUITIF : quelques tendances générales au fil de l’évolution de l’histoire humaine.

 

En retraçant l’évolution des sociétés et des individus au fil des siècles (que nous avons parcourus à grands pas…), il semble évident que certaines tendances se dégagent plus significativement que d’autres… On peut ainsi remarquer, au fil de l’histoire de l’humanité, plusieurs orientations significatives majeures :

 

- une progressive pacification entre les sociétés : en dépit de la persistance de quelques zones de conflit, les sociétés humaines tendent, en effet, à entretenir des rapports plus pacifiques sur l’ensemble de la planète. Les conflits ont d'ailleurs tendance à « se régler » de moins en moins par la violence et les armes et de plus en plus par le dialogue et la concertation ;

 

- un accroissement de la liberté chez les individus (liberté de « décider et de choisir », liberté d’agir, liberté de circuler, liberté de penser, liberté de croyances, liberté religieuse, liberté d'expression dans la mesure où elles respectent l’altérité et ne mettent pas à mal l’organisation et « le vivre ensemble » sociétaux…) ;

 

- une relative pacification et un accroissement du respect (apparent) entre les individus : bien qu’ils soient encore soumis à une certaine « loi du plus fort » (avec des résidus toujours assez prégnants des lois biologiques et animales), les rapports humains semblent s’être apaisés et tendent à devenir plus pacifiques avec l’éducation, les règles de bienséance et les codes comportementaux tolérés par les sociétés humaines. Rappelons, en aparté, que ces codes comportementaux ont permis une progressive prise en considération du respect de la personne et ont vu émerger très progressivement les notions de solidarité, d’équité et de respect à l’égard des minorités et des autres formes terrestres (respect essentiellement de type utilitariste et/ou « idéologique »…) ;

 

- un très relatif « essor de l’intelligence » chez les individus* : les Hommes, en effet, ont eu tendance, au fil des siècles, à être de plus en plus « éduqués » et à pouvoir accéder à un niveau minimal de savoirs (plus rarement de connaissance) avec une assez nette amélioration de la compréhension de l’Existant. Notons néanmoins qu’en matière de compréhension de l’existence et en matière de perception, aucune évolution majeure ne semble s’être dessinée… Certes, l’Homme s’est très progressivement affranchi du joug des croyances et de l’obscurantisme (en vigueur, à peu près partout, au Moyen Âge) avec l’avènement, puis la prédominance de la raison, de la pensée et de la rationalité scientifique mais il semble s’être (globalement) détourné des questions de sens et des interrogations métaphysiques en se consacrant quasi exclusivement à l’amélioration de ses conditions d’existence ;

* Avec (sans doute) une amélioration des capacités cognitives de l’Homme (au fil de l’évolution de l’espèce humaine…).

 

- une amélioration générale des conditions d’existence et de la qualité de vie : le confort et le bien-être matériels des individus n’ont cessé, en effet, de s’améliorer et de devenir des éléments toujours plus centraux dans les sociétés humaines en dépit de la persistance (voire de l’aggravation) des inégalités en matière de richesse, de conditions d’existence et de niveau de vie entre les individus au sein d’une même société et entre les sociétés, conséquences délétères, imputables (sans doute) en grande partie au modèle capitaliste… Notons que cette évolution est intimement liée à la transformation de l’Existant (transformation et amélioration que les individus imaginent à tort être les seules sources de satisfaction et « de bonheur » terrestres*…) ;

* Nous ne pouvons résister, ici, au plaisir de noter que cette perception « erronée » a toujours été à l’origine du progrès, de l’amélioration du confort et contribuera (sans doute) substantiellement à créer les conditions propices pour qu’une forme accède à terme aux caractéristiques de la Conscience (nous y reviendrons)...

 

- un partage des richesses et une redistribution très inégalitaires (comme nous l’avons souligné dans le paragraphe précédent). En effet, les « pays dominants » (économiquement parlant) continuent à se partager l’essentiel des richesses. Et notons que le système économique capitaliste mondialisé évince toujours du progrès et du partage « des bénéfices » toutes les sociétés (et les nations) qui ne s’y inscrivent — ou ne s’y conforment — pas… ;

 

- une tendance au rassemblement des sociétés humaines qui semblent aspirer à créer des entités géographiques plus vastes (l’Europe par exemple). Notons néanmoins qu’en dépit de cette tendance au regroupement des sociétés, il ne semble pas raisonnable d’imaginer, dans un futur proche, la disparition des nations ;

 

- l’émergence d’un double mouvement de régionalisation du monde (avec la revendication d’indépendance de territoires locaux qui provoque parfois une forme de morcellement des territoires nationaux) et de constitution de grands ensembles territoriaux composés de « petites » sociétés (ou nations). Ce double mouvement pourrait être le signe révélateur d’un besoin de liberté individuelle et locale et d’un besoin de sécurité (sécurité liée à l’appartenance à un ensemble plus vaste), véritables reflets du psychisme, qui préfigurera, sans doute, l’organisation des sociétés à venir*…

* Avec l’autonomisation progressive des régions et des communautés locales en matière de mode de gouvernance, d’organisation et d’orientation(1), regroupées et/ou fédérées en vaste ensemble territorial chargé de définir le cadre de cette autonomie, d’organiser les liens entre les différentes communautés et d’harmoniser l’ensemble.

(1) Cette constellation de communautés locales sera, sans doute, à l’image des grandes tendances psychiques : certaines seront probablement de type conservateur, d’autres de type progressiste et l’immense majorité sera vraisemblablement de type mixte… nous y reviendrons...

 

- une globalisation des échanges (mondialisation et interdépendance des économies) liée (en partie) au progrès technique dans les modes de communication, les modes de transport et les modes de paiement (devenus, dans les échanges commerciaux internationaux et au sein des places boursières, très majoritairement immatériels) ;

 

- l’émergence progressive d’un modèle sociétal majoritaire dominant : la « démocratie capitaliste » qui fonde son organisation sur l’individualisme, la favorisation de l’intérêt personnel, la liberté individuelle, le désir, la pensée « rationnelle », le productivisme et le consumérisme. Modèle sociétal qui semble être le prolongement direct du psychisme et/ou le reflet collectif des caractéristiques psychiques individuelles* ;

* Nous avons déjà abordé cette thématique importante… et il ne fait aucun doute que nous y reviendrons… et il se pourrait même que l’un de nos très prochains paragraphes y soit consacré…

 

- l’uniformisation du monde qui a, peu à peu, gagné l’ensemble du globe grâce (en partie) au (ou à cause du) développement des possibilités d’échanges et de communication à l’échelle planétaire ;

 

- la multiplication des organisations, des instances et des traités supranationaux et internationaux.

 

Tous ces éléments, toutes ces tendances et ces orientations semblent autant de signes révélateurs d’un lent et long processus « naturel » à l’œuvre au sein de l’humanité qui aspire sans doute (plus ou moins inconsciemment depuis la nuit des temps…) à l’intégration de l’ensemble des individus de l’espèce à la « grande communauté humaine (planétaire) » et à octroyer aux désirs, à la pensée (aux représentations mentales) et à l’intérêt personnel une place prépondérante et centrale dans l’existence et l’organisation humaines… et il est peu dire que cette aspiration (universelle ?) n’a cessé de « pousser » ou « d’inviter » les Hommes à créer une structure sociétale politique, judiciaire, économique et sociale qui soit non seulement l’exact reflet de leurs désirs mais le terreau (ou le terrain) possible de la matérialisation de leurs fantasmes (qui sont aussi, bien sûr, ceux du psychisme(1)) … et il est notable de souligner(2) que la période historique récente (en particulier le 19ème et, principalement, le 20ème siècles) a permis avec une surprenante aisance (et avec une déroutante rapidité) l’actualisation manifeste (et tangible) de ces très lointaines et ancestrales aspirations(3) 

(1) Psychisme, qui n’a cessé de guider et de gouverner les Hommes tout au long de l’histoire…

(2) Belle redondance, n'est-ce pas ?

(3) Toute société humaine est le reflet collectif des représentations et des désirs de ses membres. Et toutes aspirent (dans la mesure du possible… et des possibilités…) à « matérialiser » leurs fantasmes…

 

 

 

LE MONDE D'AUJOURD'HUI

 

Les sociétés contemporaines

 

Généralités

Aujourd’hui, chaque société dispose d’une envergure territoriale nationale et est constituée en nation souveraine (avec différents types d’organisation politique et de découpage territorial interne). Elle organise et encadre toutes les activités humaines, administre (via l'Etat) l’ensemble des populations sur son territoire et veille (en général) à ce que chaque citoyen bénéficie des mêmes services et soit soumis aux mêmes lois et aux mêmes règles.

 

Le monde humain est composé aujourd’hui d’environ deux cent pays et forme un ensemble disparate et hétérogène en matière d’organisation politique, de liberté, de conditions d’existence et de qualité de vie. En effet, il existe (encore de nos jours — en ce début de 21ème siècle) de profondes différences entre les sociétés dans la quasi-totalité des domaines : en matière d’alimentation, de santé, de logement, d’énergie, de transport, de reproduction, de richesses, d’éducation, de savoirs etc etc. En raison de l’histoire de l’humanité (et d’évènements historiques récents – la colonisation par exemple…) et de causes plus profondes (comme l’identification du psychisme à la forme), notons que les êtres humains sont très attachés à la notion de nation et sont très enclins à privilégier la leur...

 

En dépit des transformations récentes de certaines nations*, on peut néanmoins, à notre époque, catégoriser, de façon schématique, les sociétés humaines en plusieurs groupes :

* Et de leur perpétuelle évolution…

 

- les pays démocratiques (de type social-démocrate) capitalistes avec conditions d’existence « confortables* » et qualité de vie élevée* – Europe – Amérique du nord – Australie ;

* Relativement en fonction des autres sociétés…

 

- les pays démocratiques capitalistes avec conditions d’existence et qualité de vie moyennes qui œuvrent aujourd’hui, de façon forcenée, pour qu’elles deviennent aussi satisfaisantes que celles des pays du premier groupe – Inde – Asie — Brésil – Amérique de sud – Indonésie essentiellement ;

 

- les pays autocratiques capitalistes avec conditions d’existence et qualité de vie moyennes qui œuvrent également aujourd’hui, de façon forcenée, pour qu’elles deviennent aussi satisfaisantes que celles des pays du premier groupe – Chine et Russie essentiellement ;

 

- les pays autocratiques et/ou théocratiques avec conditions d’existence « confortables » et qualité de vie élevée – certains pays du Moyen-Orient (producteurs de pétrole) par exemple ;

 

- les pays démocratiques et autocratiques avec conditions d’existence « médiocres » et qualité de vie faible qui œuvrent aujourd’hui, eux aussi, de façon forcenée pour qu’elles deviennent aussi satisfaisantes que celles des pays du premier groupe – certains pays africains et Amérique centrale essentiellement ;

 

- et les pays démocratiques et autocratiques avec conditions d’existence « médiocres » et qualité de vie faible qui semblent rencontrer de grandes difficultés (internes et externes) pour les améliorer – Afrique essentiellement.

 

Notons qu’à de très rares exceptions près, toutes les sociétés (et l’ensemble des populations) aspirent, évidemment, à des conditions d’existence et à une qualité de vie meilleures…

 

Il convient également de souligner l’émergence (plus ou moins ancienne et plus ou moins réactive) de modèles sociétaux « alternatifs* », notamment en matière d’organisation politique, en matière d’organisation de la distribution des richesses et en matière d’orientation générale.

* Modèles sociétaux « alternatifs » au regard de la prédominance actuelle du modèle démocratique (de type social démocrate) et capitaliste...

 

Concernant les modèles sociétaux « alternatifs » (en matière d’organisation politique), il existe :

 

- des sociétés théocratiques conservatrices (essentiellement au Moyen-Orient – Arabie saoudite — Iran – et le Vatican en Europe) ;

 

- des sociétés théo-démocratiques (la Turquie par exemple).

 

Concernant les modèles sociétaux « alternatifs » (en matière d’organisation de la distribution des richesses), il existe :

 

- des sociétés qui s’appuient sur un Etat Providence puissant (héritage ou influence, plus ou moins direct(e), du communisme) : certains pays d’Amérique du sud (le Venezuela par exemple) ;

 

Concernant les modèles sociétaux « alternatifs » (en matière d’orientation générale), il existe :

 

- des sociétés tournées vers l’écologie (le Costa Rica par exemple) ;

 

- et des sociétés tournées vers « le bonheur* » (le Bhoutan par exemple).

* Avec le Bonheur National Brut (BNB)... qui s'appuie (essentiellement) sur la protection de l’environnement, la conservation et la promotion de la culture, la bonne gouvernance et le développement économique responsable et durable.

 

 

Notons également l’émergence de mouvements communautaires alternatifs dans de nombreux pays et à l’échelle planétaire :

 

- des mouvements alternatifs « progressistes » ;

- des mouvements alternatifs « sécuritaires » ;

- des mouvements alternatifs « idéologiques religieux » ;

- et des mouvements alternatifs « identitaires ethniques et/ou culturels ».

 

Notons enfin que subsistent, dans certains pays, des sociétés traditionnelles (globalement peu impactées par les autres sociétés malgré l’influence de « la modernité » contemporaine, la « contamination » des modes de vie et leur « intégration » progressive aux modèles sociétaux dominants...).

 

Aujourd’hui, il semble évident que tous les pays sont contraints « à l’ouverture », aux échanges avec les autres nations et au capitalisme sous peine d’être exclus de la marche du progrès... Ainsi, subsistent aujourd’hui quelques nations, plus ou moins, « coupées » du reste du monde (la Corée du nord par exemple) et quelques communautés (sociétés traditionnelles et communautés) qui refusent volontairement de s’y inscrire (certaines tribus de Namibie, de Nouvelle Guinée ou les Amish entre mille autres exemples…).

 

Essayons de récapituler :

 

Sur le plan international, la grande majorité des sociétés (les nations) aspire globalement à une organisation démocratique (synonyme de liberté pour les populations…) et à une amélioration des conditions d’existence et de la qualité de vie en intégrant (globalisation et uniformisation obligent…) le modèle sociétal dominant fondé sur l’individualisme, la favorisation de l’intérêt personnel, le capitalisme, le productivisme, le consumérisme, le confort et le bien-être matériels, certaines optant pour un Etat Providence minimal (sociétés très individualistes avec un Etat peu interventionniste sauf pour les questions régaliennes), d’autres optant pour un Etat Providence fort (sociétés héritières ou adeptes d’une forme de communisme revisité — mâtiné à l’air contemporain) avec une redistribution des richesses « la plus équitable possible » entre la population et la fourniture de prestations et de services (plus ou moins gratuits) dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’énergie et des transports etc etc) et les dernières (sans doute les plus nombreuses) optant pour un Etat Providence médian (de type social-démocrate) qui prend en charge les « exclus du système* » et favorise une forme modérée de redistribution.

* Les exclus de « toutes sortes » : exclus du monde du travail, du système de santé, du système éducatif etc etc.

 

Et une petite minorité de sociétés aspire globalement à une organisation théocratique et à une amélioration des conditions d’existence et de la qualité de vie en refusant (le plus souvent) le modèle sociétal dominant.

 

Sur le plan national (donc, au sein de chaque société), il existe également :

 

- des sociétés traditionnelles* qui aspirent à vivre selon leur idéologie ethnique et/ou culturelle en n’étant pas (ou peu) intégrées au monde, peu enclines à un mode de vie individualiste, capitaliste, productiviste et consumériste et qui n’ont d’autre souhait (le plus souvent) que de vivre tranquillement (« dans leur coin ») en privilégiant la simplicité, le contentement, la frugalité et l’harmonie communautaire ;

* Mouvement ultra-minoritaire composé de communautés (individus regroupés et organisés).

 

- des alternatifs « idéologiques ethniques et/ou culturels* » dont les revendications sont (en partie) réactives à leur non-intégration à la société dominante, qui réclament leur droit à la différence et aspirent (en général) à être intégrés au modèle sociétal dominant en conservant leur mode de vie ;

* Mouvement minoritaire composé d’individus plus ou moins isolés et de communautés (individus regroupés et organisés).

 

- des alternatifs « idéologiques religieux (relativement) pacifiques* » qui aspirent à vivre selon leur idéologie religieuse en n’étant pas (ou peu) intégrés au monde, peu enclins à un mode de vie individualiste, capitaliste, productiviste et consumériste et qui n’ont d’autre souhait (le plus souvent) que de vivre tranquillement (« dans leur coin » – à l’instar des sociétés traditionnelles) en privilégiant la simplicité, le contentement, la frugalité et l’harmonie communautaire ;

* Mouvement ultra-minoritaire composé d’individus plus ou moins isolés et de communautés (individus regroupés et organisés).

 

- des alternatifs « idéologiques religieux (relativement) agressifs* » qui aspirent à s’organiser en « modèle de société » et à convertir à leur idéologie, avec plus ou moins de violence, les individus et les autres communautés et sociétés, et qui disposent de ressources financières conséquentes octroyées par certaines sociétés ou structures « officielles » du « système théocratique » et/ou par de riches « sympathisants » ;

* Mouvement ultra-minoritaire hétérogène composé d’individus plus ou moins isolés et de communautés (individus regroupés et organisés).

 

- des alternatifs « idéologiques sécuritaires bonhommes* » de nature plutôt conservatrice, dotés (en général) de « solides » ressources financières qui aspirent à vivre selon leur idéologie ethnique et/ou culturelle en étant globalement intégrés au monde, adeptes d'un mode de vie individualiste, capitaliste, productiviste et consumériste, mais peu enclins à l’autonomie (sauf en matière relationnelle en cultivant « l’entre-soi ») et qui n’ont d’autre souhait, eux aussi, que de vivre tranquillement (« dans leur coin ») sans être confrontés à « la violence du monde » en demeurant néanmoins très dépendants du modèle sociétal dominant en matière de consommation et de progrès technologique (confort, loisir, surveillance…) ;

* Mouvement minoritaire — en pleine expansion — composé d’individus plus ou moins isolés et de communautés (individus regroupés et organisés).

 

- des alternatifs « idéologiques sécuritaires revendicatifs* » de nature plutôt conservatrice (voire « anti-étatique »), très enclins à l’autonomie, qui aspirent à vivre selon leur idéologie ethnique et/ou culturelle et à s’organiser parfois (pour un certain nombre d’entre eux) en « modèle de société » en n’étant pas (ou peu) intégrés au monde et en privilégiant (en général) un mode de vie ultra-individualiste ;

* Mouvement ultra-minoritaire hétérogène composé d’individus plus ou moins isolés et de communautés (individus regroupés et organisés).

 

- des alternatifs « progressistes(1) » (le plus souvent) non-violents(2), enclins à la « frugalité joyeuse », à la solidarité, à l’harmonie, à l’écologie, au respect de la différence et de la diversité et au respect révérenciel de la nature et de l’Existant qui aspirent à l’harmonie du monde et à un mode de vie libre, communautaire, citoyen et responsable, écologique et respectueux, qui rêvent de s’organiser en « modèle de société » mais qui disposent aujourd’hui (en général) de faibles ressources financières tout en étant fortement dépendants de la technologie du modèle sociétal dominant.

(1) Mouvement minoritaire hétérogène — en pleine expansion — composé d’individus plus ou moins isolés et de communautés (individus regroupés et organisés ou qui se regroupent ponctuellement...).

(2) Parmi l’ensemble (très hétérogène) des « altermondialistes » qui adoptent (en général) des attitudes pacifiques dans leur résistance à « la capitalisation » et à « la monétarisation » du monde, quelques mouvances (certains « black blocs » par exemple) peuvent se montrer plus radicales et plus « offensives »…

 

Parmi cette constellation de mouvements, il est raisonnable de penser que les communautés et les sociétés traditionnelles, les alternatifs « idéologiques ethniques et/ou culturels » et les alternatifs « idéologiques religieux (relativement) pacifiques » ne poseront guère « de problème » dans l’évolution des sociétés humaines. Certaines caractéristiques de leur mode de vie pourraient même (éventuellement) contribuer à inspirer l’avenir de l’humanité…

 

Bien qu’ultra-minoritaires, l’ambition et l’intolérance des alternatifs « idéologiques religieux (relativement) agressifs » et (dans une moindre mesure) des alternatifs « idéologiques sécuritaires revendicatifs » pourraient poser à l’avenir de « sérieux problèmes » dans l’organisation des sociétés humaines (nous y reviendrons).

 

Quant aux alternatifs « idéologiques sécuritaires bonhommes » et aux alternatifs « progressistes » (dont les signes d’expansion, aujourd’hui, ne sont plus à démontrer), ils constituent (et constitueront probablement à l’avenir) deux axes déterminants au point de réunir bientôt (puis de représenter sans doute) une part substantielle de la population. La raison principale tient au fait que ces deux courants synthétisent l’essentiel des aspirations psychiques et humaines. Les premiers privilégiant la sécurité (et le repli sur soi), l’individualisme, la favorisation de l’intérêt personnel (et le sentiment narcissique), le confort, le bien-être, l’ordre et l’autorité, la consommation, l’uniformisation, les loisirs et les distractions et les seconds, l’écologie, le respect de la nature et du Vivant, la frugalité, la solidarité, la diversité, le dialogue, la démocratie participative et la spiritualité. L’avenir de ces deux mouvements (comme des deux précédents d’ailleurs) dépendra essentiellement de leurs capacités d’autonomisation (à l’égard du modèle dominant) et de leurs capacités à se regrouper et à s’organiser, deux point essentiels (et nécessaires) pour être en mesure de se transformer en organisation structurée, voire à plus long terme en société (et en modèle sociétal) capable de mettre en place des activités consacrées à la recherche et une production industrielle*…

* Pour fabriquer les innovations issues de cette recherche…

 

Après ce panorama général des sociétés contemporaines, tâchons de dresser « un portrait type » de la société d’aujourd’hui (celle que l’on pourrait considérer comme la plus représentative de l’époque) à travers l’exposé de son organisation sociétale (politique, judiciaire, économique et en matière de « relations extérieures »).

 

 

L’organisation sociétale générale

Sur le plan de l’organisation politique (et du mode de gouvernance), il semble que le modèle démocratique tende à devenir le modèle dominant en dépit des écueils, des dérives et des dysfonctionnements qu’il n’a cessé de laisser entrevoir... Notons, ici, « en vrac » (et entre autres) la grossièreté des règles de représentativité, les « carrières politiques », les promesses électorales non tenues, « l’appropriation du pouvoir » par un grand nombre d’hommes politiques, les collusions, les connivences et les « magouilles » avec le monde économique, le désintérêt du peuple lassé et désappointé par les « affaires » ou la non viabilité des orientations instaurées par le pouvoir en place et leurs effets dérisoires sur la vie quotidienne des citoyens, la vision « court-termiste » et électoraliste des politiciens etc etc.

 

Sur le plan judiciaire, on assiste à une inflation galopante des lois, des décrets et des arrêtés de toutes sortes pour « protéger » les citoyens (en leur imposant, dans le même temps, une foultitude d’obligations en tous genres) et à une forme de judiciarisation du monde (les individus sont de plus en plus enclins à intenter des procès* pour un « oui » et pour un « non »). Notons également que le système judiciaire semble montrer des signes d’impuissance à maintenir « un vivre ensemble » harmonieux comme l’illustrent les limites (dissuasives et punitives) de l’arsenal diversifié des sanctions pénales.

* Signe contemporain révélateur (à bien des égards) d’une forme de déresponsabilisation (les individus cherchent coûte que coûte « un fautif » ou un « coupable » à leurs « mésaventures » et « déconvenues ») et de la monétarisation de toutes les sphères de l’existence (les individus cherchent coûte que coûte (si j’ose dire !) à être dédommagés financièrement dès qu’ils se sentent « malmenés », « bafoués » ou « outragés »)…

 

En matière d’organisation économique, l’époque est au développement des grandes entreprises multi-sectorielles, à l’expansion des services et des prestations (en particulier, avec les grands groupes commerciaux et les grandes chaînes commerciales) et à la multiplication des microentreprises et des autoentrepreneurs dans tous les services de proximité à la personne et aux entreprises. L’ère est également propice aux gigantesques entreprises de stockage et aux entreprises spécialisées dans la vente à distance (via internet) et la vente « clé en main » (hypermarché drive entre autres exemples) ainsi qu’au développement de nouveaux circuits de distribution (avec, toujours entre autres exemples, les AMAP(1) qui raccourcissent la chaîne de distribution pour – entre autres – les produits bio). Comme l’atteste la montée en puissance du commerce international, l’époque est à l’hyper mondialisation des échanges (dans beaucoup de secteurs, en particulier, pour les biens manufacturés) mais également à la timide émergence des « nouveaux » échanges locaux (dans les autres secteurs). Aujourd’hui, le système monétaire et financier (et les marchés spéculatifs) sont omnipotents et semblent orienter la marche du monde… Et notons que les instruments financiers et les modes de paiement tendent à devenir de plus en plus immatériels. Quant à l’organisation du travail, il semblerait que les sociétés contemporaines entrent dans une ère du « tout travail » et favorisent une exacerbation du « workfare », attribuant à l’activité professionnelle une place absolument centrale et prépondérante, reléguant les chômeurs à un statut « d’exclus(2) » et les obligeant (plus ou moins) à mendier auprès des Etats quelques pièces et/ou auprès des entreprises un quelconque « job » (même sous payé… même dans des conditions de travail « indignes » et précaires…).

(1) Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne.

(2) Tendance actuelle que l’on pourrait résumer en une formule un peu lapidaire (mais, semble-t-il, assez lucide) : un travail sinon rien… un travail sinon la mort (professionnelle, matérielle, sociale, organique…)… Triste époque...

 

Sur le plan international, les organismes supranationaux et internationaux voient s’étendre leurs prérogatives et leur « influence* » en matière économique et financière (FMI, OMC…), en matière diplomatique (ONU…) et en matière de « droits de l’Homme » (Tribunal Pénal International…) malgré les résistances des nations qui s'arc-boutent (souvent avec force) sur leur souveraineté. Il est indéniable que nous assistons, aujourd’hui, à une complexification de la situation géopolitique internationale avec, en particulier, la multipolarité du monde (plusieurs nations très influentes sur l’échiquier planétaire), la montée d’une nouvelle forme de terrorisme et l'émergence et/ou la pérennisation de certains conflits régionaux (au Moyen Orient par exemple) où chaque nation essaye de louvoyer en « eaux troubles » (dans les eaux troubles internationales) au gré des courants, des opportunités économiques, des discours et des changements politiques… Le monde, de plus en plus pacifié, n’en demeure pas moins un salmigondis opaque où les nations et les individus ne savent plus (vraiment) à quel saint se vouer, ni où poser les pieds… à l’image d’une girouette presque hors de contrôle où les double, triple, quadruple discours sont légions et viennent contredire les actes (et les interventions ici et là) des nations et où personne ne sait exactement qui gouverne et « possède » le pouvoir (ni comment fonctionne ce monde de plus en plus complexe)…

* Eux qui avaient toujours été (jusque-là), plus ou moins, relégués à un rôle de figuration(1) (et avec un pouvoir « fantoche(2) »)...

(1) Ce qui reste néanmoins, en partie, vrai aujourd'hui...

(2) A moins que les Etats, les nations et les institutions qui tirent les rênes de ces organismes internationaux imposent, aujourd'hui, leurs directives avec plus de force...

 

En matière d’organisation territoriale, on assiste aujourd’hui à des flux migratoires internationaux importants malgré le « repli national » des « pays riches » et à une réorganisation progressive des territoires nationaux avec une forte croissance urbaine (hyperurbanisation et développement des grandes mégalopoles) mais avec également le développement des zones péri urbaines et rurbaines et le repeuplement « homéopathique » des zones rurales (avec l’accroissement relatif des néo-ruraux).

 

Après ce panorama (un peu vague et « généraliste ») de l’organisation des sociétés contemporaines, nous ne pouvons omettre de donner un aperçu des progrès réalisés dans les différents secteurs économiques mis en place pour répondre aux besoins organiques, matériels et psychiques élémentaires des Hommes d’aujourd’hui.

 

 

L’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence

En matière agricole, les sociétés actuelles semblent s’orienter vers deux grandes voies : une agro-industrie avec une agriculture et un élevage intensifs (de type monoculture et de type hors sol) mécanisés, robotisés et informatisés et de petites cultures et de petits élevages bio (un peu « à l’ancienne » mais avec des moyens de production qui bénéficient des avancées technologiques). Deux grandes voies qui semblent correspondre aux deux grandes tendances alimentaires contemporaines : plats « prêt-à-l’emploi » rapides et pas chers (mais souvent « dégueulasses ») et repas bio avec préparation.

 

En matière de santé, la médecine devient de plus en plus performante (plus efficace, plus robotisée et plus informatisée), la pharmacopée devient toujours plus chimique et synthétique. Et on fait la place toujours plus belle aux prothèses synthétiques de remplacement. La médecine devient omniprésente et encadre l’existence humaine à tous les âges de la vie (en particulier, avec la médicalisation systématique de la période périnatale, du « grand âge » et des souffrances occasionnées par ce que les individus appellent aujourd’hui « les accidents de la vie » — dépressions, deuils, accidents etc). Au vu des dégradations et des pollutions engendrées par les activités humaines (toujours plus polluantes) et du gaspillage inhérent au système productiviste et consumériste des sociétés contemporaines, certaines mesures anti-pollution et de lutte contre le gaspillage sont instaurées (plutôt timidement) et sont (en général) sans grandes conséquences sur la qualité de l’air, de l’eau et des sols…

 

En matière vestimentaire, l’ère est à l’hyperpersonnalisation (avec un fort besoin de valorisation et de singularisation narcissiques) et aux vêtements intelligents (adaptables au corps et aux conditions climatiques). L’habitat tend à devenir très individuel — voire individualisé — (accession à la propriété, rêve et projet de vie central d’une grande majorité de couples et de familles) avec une petite note écologique. Aujourd’hui, le secteur du logement, totalement industrialisé, semble suivre trois tendances : avec d’une part, la folie des grandeurs (démesure, luxe et bien-être outranciers) sans compter l’émergence des grandes tours d’habitation (très hauts gratte-ciels, en général, très luxueux), avec d’autre part, la simplicité (petites maisons écologiques) et avec, enfin, la tendance majoritaire, le « moche passe-partout » au bas coût (avec la production à la chaîne de lotissements standards et uniformes). Le confort domestique s’est répandu et démocratisé. Tout foyer digne de ce nom possède son sèche-linge, son lave-vaisselle, son frigo américain, sa machine à expresso (et on en passe…)… Les appareils domestiques sont de plus en plus robotisés et de plus en plus informatisés (avec connexion et commande à distance via le smartphone et autres tablettes numériques).

 

En matière d’énergie, on assiste également, semble-t-il, à plusieurs tendances : le « tout électricité » (nucléaire), la surexploitation des énergies fossiles (avec le développement de nouvelles zones de forage – pétrole – ou de nouvelles techniques d’extraction – pour le gaz de schiste par exemple) et le développement des énergies propres et renouvelables (solaire, éolienne, hydrolienne) sans compter la manie (quelque peu apocryphe*) de saupoudrer, ici et là, dans tous les secteurs énergivores et/ou néfastes à l’environnement, de petites « touches » écologiques (renforcement de l’isolation thermique pour l’habitat, taxe « carbone » et on en passe…). En matière de transport, l’époque connaît l’émergence (timide elle aussi) des véhicules électriques et la totale généralisation des véhicules automobiles et des transports aériens sans compter les prémices des véhicules spatiaux (à caractère « touristique »).

* Faire semblant d’instituer l’écologie comme priorité sans prendre de mesures véritables…

 

Au vu de l’exacerbation du sentiment d’insécurité ressenti par les populations et de l’aspiration généralisée au « risque zéro », l’époque est à l’hyper sécurisation, au développement des armes d’auto défense personnelles (genre taser), aux alarmes « domestiques », à la généralisation de la vidéo surveillance dans tous les espaces publics et privés et aux alarmes anti-vol avec GPS sur les objets et les « possessions » les plus divers sans compter, évidemment, l’efflorescence des organismes de sécurité qui proposent (à peu près partout et à, à peu près, tout le monde…) leurs services de surveillance et de protection et l’édification (sur un grand nombre de territoires locaux et nationaux) de murs et d’enceintes de protection pour se claquemurer dans une forme « d’entre soi » identitaire, communautaire, géographique ou ethnique... autant de signes révélateurs d’une très forte tendance (plus ou moins généralisée) au repli sur soi…

 

Les progrès technologiques ne se cantonnent pas (fort heureusement) aux besoins sécuritaires et trouvent également de fort nombreuses applications (et débouchés) en matière de distraction, de communication, d’information et d’échanges. La virtualité connaît ainsi un formidable engouement : internet, jeux vidéo en réseaux, réseaux sociaux, smartphones et Cie, bref toute la clique des « ique », des « e » et des « i » (informatique, cybernétique, email, i pad, i phone…). Les loisirs connaissent un boom sans précédent. Les individus d’aujourd’hui aspirent à se divertir, à voyager, à jouer et à s’amuser, bref à « profiter de la vie » comme ils aiment à le dire… L’univers du divertissement est devenu accessible en permanence et à tout instant (films, jeux, musique, concerts, livres, distractions diverses). Et pour répondre à leurs attentes toujours plus exigeantes, des lieux dédiés aux loisirs se sont multipliés sur tous les coins du globe (parcs d’attraction à thème, SPA, centres de remise en forme et de bien-être, centres de vacances « paradisiaques », croisières sur « bateau usine » etc etc).

 

Notons également que les « nouvelles technologies » (telles qu’on les appelle aujourd’hui) multiplient d’une incroyable façon les possibilités en matière d’expression (avec la généralisation des blogs et des sites internet) et en matière d’accès aux savoirs (et même d'accès « à la connaissance ») avec « à boire et à manger » parmi la somme d’informations et de données totalement ahurissante sur tous les sujets possibles et imaginables (non traitées, non vérifiées, non hiérarchisées) mais qui peuvent offrir une formidable base de données à ceux qui aspirent, non seulement à trouver des recettes de cuisine pour préparer la prochaine « bouffe entre copains », à comprendre le monde actuel de plus en plus complexe et de plus en plus opaque malgré son apparente transparence et l’apparente simplicité avec laquelle (en général) on le présente…

 

Bref, une époque formidable où les Hommes pataugent avec effroi* dans une mélasse mortifère (et faussement joyeuse) de morosité, de pressurisations constantes et quasi esclavagistes liées aux exigences organisationnelles contemporaines, de recherche effrénée de plaisirs (en partie réactive), d’ouverture du « champ des possibles », d’engouement plus ou moins aveuglé ou plus ou moins « éclairé », de désarroi, de craintes et d’incompréhension face au monde actuel et aux « promesses » et perspectives qu’il semble pouvoir offrir…

* Un effroi qui se garde bien de se dévoiler et, encore moins, de s’exposer…

 

 

Le portrait de l’individu médian (représentatif de la société)

L’individu médian d’aujourd’hui consacre l’essentiel de son temps à travailler pour obtenir un revenu (salaire) qui lui permet d’assurer la satisfaction de ses besoins physiques, matériels et psychiques élémentaires (alimentation, logement, santé, mobilité, loisirs…). Ses principales autres activités consistent à dormir, à manger, à s’occuper des tâches domestiques (et, accessoirement, des diverses charges et obligations de la vie familiale et/ou sociale), à se reposer et à se distraire (augmentation du temps consacré aux loisirs et à la virtualité).

 

En dépit d’un savoir élémentaire (acquis au cours d’une scolarité plus ou moins longue), sa compréhension et sa perception sensible sont très grossières, apparentes et superficielles. Et il reste essentiellement soumis au psychisme, aux désirs et à la recherche (plus ou moins effrénée) de plaisirs.

 

En matière relationnelle, les comportements d’accaparement, de favorisation de l’intérêt personnel et de valorisation narcissique (bien qu’en partie régulés par la société) sont omnipotents (en raison de la diminution de la prégnance communautaire et de la montée de l’individualisme). Il entretient avec les autres individus (dans la sphère intime comme dans la sphère sociale) des rapports de domination et d’instrumentalisation de plus en plus édulcorés et déguisés et des rapports de domination et d’instrumentalisation de plus en plus puissants et de moins en moins respectueux à l’égard des autres formes (animales et végétales) et à l’égard de de l’environnement (au sens large) avec néanmoins l’émergence (pour une partie de la population) d’une inversion du processus d’instrumentalisation et la naissance progressive d’un respect (de nature principalement utilitariste) à l’égard de l’Existant.

 

 

Les rapports à l’Existant

Soulignons que l’ère anthropocène constitue un tournant décisif dans l’histoire terrestre et dans les relations que les Hommes entretiennent avec la Terre, avec les autres espèces et avec l’ensemble de l’Existant. Les répercussions des activités humaines sur les autres formes et sur la quasi-totalité des plans deviennent, en effet, très substantielles.

 

Voir ANNEXE 6 (l'organisation générale de l’Existant contemporain)

 

 

Les relations avec les congénères (relations sociales et relations intimes)

Favorisation de l’intérêt personnel et stratégies d’entente avec rapports de force, de domination et d’instrumentalisation le plus souvent déguisés en politesse, aménités et autres règles de civilité, avec un recul (apparent) de la violence et des agressions physiques dans les relations « sociales » et avec une tentative collective et sociétale de réduire la violence psychique (émergence de nombreuses lois sur les droits de l’enfant, la parité homme-femme, la discrimination « positive » concernant les minorités et le harcèlement sexuel entre autres exemples…) qui « imprègne » peu à peu « les esprits »... Les relations interindividuelles restent néanmoins fortement marquées par une profonde dichotomie entre les individus de la sphère personnelle et les autres individus (essentiellement indifférence excepté en cas d’émotion(s) forte(s) qui engendre(nt) (naturellement) un sentiment — souvent projectif — de proximité ponctuel).

 

Notons, ici*, qu’il existe encore une grande différence entre les comportements apparents des individus et leurs intentions et motivations réelles. Comme s’ils étaient amenés à revêtir un masque (de multiples masques) pour cacher leurs élans naturels et apparaître, à leurs yeux et aux yeux des autres, comme des individus irréprochables, aimables et dignes d’amour et de confiance…

* Nous aurions pu également aborder cette thématique dans les périodes historiques antérieures…

 

En dépit d’une plus grande civilité dans les rapports entre les individus et d’une tolérance de moins en moins forte à l’égard des comportements apparents irrespectueux (les individus sont plus exigeants en matière de sécurité...), notons également qu’il existe une exacerbation d’une certaine forme de violence que l’on peut attribuer, en partie, à l’amplification de la « volonté d’immédiateté » dans la satisfaction des besoins et des désirs mais également à l’augmentation des inégalités et à la récurrence des crises économiques contemporaines...

 

 

Les relations avec les animaux

Généralisation de la réification et de l’instrumentalisation des animaux. Destruction de nombreux territoires et habitats (liée à l’explosion urbaine et à la surexploitation agricole et forestière) avec néanmoins la très progressive (et timide) émergence des droits de l’animal, le développement (progressif et très timide, lui aussi) de la protection des espèces menacées d’extinction et de la sauvegarde de la biodiversité animale.

 

Le monde animal sauvage (terrestre et maritime) a subi et continue de subir de nombreuses disparitions irréversibles (pêche intensive qui, malgré l’existence de quotas plus ou moins respectés, peut, très souvent, s’assimiler à un « pillage » maritime, chasse et extermination de nombreuses espèces de façon directe et indirecte – par raréfaction des territoires – et emprisonnement de certains individus dans les zoos). Il est évident que les sociétés animales sauvages ont dû opérer de très profondes adaptations* à cette invasive et très destructrice omnipotence humaine…

* Parfois inefficaces et/ou problématiques (en particulier lorsque certains animaux sauvages ont été ou sont « contraints » d’investir des zones peuplées par les Hommes engendrant de nombreux problèmes de « cohabitation »)…

 

Quant au monde animal domestiqué, il a été globalement réifié (instrument à usage humain) et est toujours destiné à l’alimentation (animaux dits de rente), à « l’utilité » (animaux de travail et de laboratoire par exemple) et à l’agrément des Hommes (animaux de course et de compagnie par exemple*) avec d’innombrables sélections génétiques (et même parfois de — plus ou moins — nombreuses manipulations génétiques).

* Sans compter les animaux que les Hommes destinent et/ou « livrent » aux combats (et à leur barbarie...) : tauromachie, combats de coqs, de chiens...

 

 

Les relations avec les végétaux

Généralisation de la sélection génétique pour la végétation comestible (fruits et légumes) et d’agrément (fleurs et plantes diverses). Développement des modifications génétiques et forte augmentation de la destruction de la flore sauvage par la transformation des territoires en zones agricoles, en zones urbaines, en zones naturelles aménagées (parcs, chemins dans la nature) et en réseaux de transport (réseaux routier et ferroviaire) malgré l’émergence de la protection de la biodiversité végétale.

 

Soulignons que le monde végétal est soumis (et a été soumis ces dernières décennies) à de profondes modifications (avec la destruction des forêts primaires, la déforestation plus ou moins généralisée, les modifications génétiques, l’uniformisation des végétaux consommables par l’Homme (fruits et légumes), l’appropriation territoriale par l'espèce humaine et la transformation substantielle des paysages).

 

 

Les relations avec les minéraux

Extension systématique de la surexploitation des minerais (énergies fossiles, charbon, pétrole et métaux « rares » et précieux).

 

 

Les relations avec l’environnement (au sens large) eau, air, terre

Fortes altérations de l’environnement par les activités humaines : appauvrissement des sols par la surexploitation (agricole), pollution et raréfaction de l’eau, mers et océans pollués par les hydrocarbures et les résidus plastiques, air pollué par les particules de dioxine, « trou » dans la couche d’ozone, pollution des sols et des nappes phréatiques par les engrais agricoles, les déjections des animaux d’élevage industriel et/ou intensif, les activités et les déchets industriels, les déchets radioactifs, les déchets de la société de consommation et la généralisation du mode de vie urbain.

 

En outre, le plan synthétique n’a cessé de se développer et de se généraliser au point où la quasi-totalité des fabrications humaines et des objets utilisés par les Hommes appartient aujourd’hui à cette catégorie. Et leur « abandon » et/ou leur rejet (à la fin de leur « cycle de vie ») dans la nature*, fait non seulement « tache » parmi les « éléments naturels » mais est source de nombreuses pollutions…

* En dépit du développement (très progressif) du recyclage... et de l'essor du commerce des objets d'occasion et de « seconde main » (lié, en partie, aux différentes crises économiques et à la baisse du pouvoir d'achat des individus et des ménages)... Notons également, ici, que les objets pourraient à l'avenir faire l'objet (si j'ose dire! ) d'une « petite révolution » avec le recyclage et la réutilisation permanente des matériaux nécessaires à leur fabrication (à l'instar de la matière naturelle et de la matière organique qui, grâce aux lois et aux cycles physiques et biologiques, ne cessent d'être « réutilisées »...).

 

 

Les relations avec les agents pathogènes

Généralisation des soins, des antibiotiques, de la prophylaxie, de l’hygiène et de l’asepsie avec l’émergence de nouveaux virus, de bactéries résistantes et de nouvelles pathologies (ces dernières sont, en partie, liées au mode de vie : suralimentation, produits d’hygiène, produits ménagers et produits agroalimentaires artificiels néfastes à la santé, sédentarisation, absence d’activités physiques, pollutions diverses…).

 

 

Les relations avec l’espace

Stations orbitales, premières sondes spatiales, engins robotisés et sondes « expédiés » sur d’autres planètes et sur certains astéroïdes.

 

 

Les relations avec les formes extraterrestres (non terrestres)

Inexistantes.

 

 

Les relations avec les formes énergétiques immatérielles (les « morts » entre autres…)

Rites et croyances.

 

 

L’impact général sur l’organisation des territoires entre toutes les formes

Généralisation et très forte accentuation de l’omnipotence des sociétés humaines avec l’explosion de la croissance démographique, l’hyper croissance urbaine et l’accaparement des territoires terrestres par les êtres humains qui ont provoqué la destruction massive de nombreux habitats et la destruction de nombreuses espèces animales et végétales malgré l’émergence de zones « réservées » à la faune et à la flore sauvages (réserves naturelles terrestres et océaniques).

 

 

 

LE MONDE DE DEMAIN

 

Les sociétés de demain

 

Bien malin celui qui pourrait prédire, aujourd’hui, avec justesse et exactitude la façon dont le monde évoluera et s’organisera (se réorganisera)… Essayons néanmoins de dégager des tendances et des orientations possibles…

 

Il nous faut impérativement, ici, reprendre la situation des sociétés contemporaines (telle que nous l’avons exposée dans les paragraphes consacrés aux sociétés d’aujourd’hui) pour donner un aperçu « des pistes et des chemins » qu’elles pourraient suivre dans un avenir proche…

 

Dans cette rubrique, nous aborderons donc successivement l’évolution des deux principaux courants alternatifs (les « sécuritaires » et les « progressistes »), les aspirations majeures des individus et l’orientation générale des sociétés humaines en matière de mode de gouvernance et de mode d’organisation ainsi que les mesures et les directions que le modèle sociétal dominant pourrait être amené à prendre au regard des problématiques actuelles.

 

 

Généralités

 

L’évolution des deux grands courants alternatifs

Nous devons, ici, envisager plusieurs cas de figure concernant l’évolution de ces deux courants alternatifs majeurs (qui pourraient se manifester à la fois sur le plan national et le plan international*) :

* Si ces orientations se réalisent d’abord sur le plan national (car l’attachement des individus à la nation reste très prégnant), il est probable (avec quelques mesures et aménagements et l’évolution naturelle des sociétés humaines) qu’elles finissent par se manifester (tôt ou tard) sur le plan planétaire ou international.

 

Premier cas de figure :

- les alternatifs sécuritaires demeurent inorganisés (et morcelés) ;

- les alternatifs progressistes demeurent inorganisés (et morcelés).

 

Le modèle sociétal dominant* pourrait alors continuer à « tenir les rênes »…

* Rappelons, ici, que le modèle sociétal dominant est un mix entre les valeurs « conservatrices et sécuritaires » des premiers et les valeurs « progressistes et solidaires » des seconds.

 

Deuxième cas de figure :

- les alternatifs sécuritaires s’organisent ;

- les alternatifs progressistes demeurent inorganisés (et morcelés).

 

Le modèle sociétal dominant se verra alors (sans doute) contraint d’intégrer à son fonctionnement une orientation plus sécuritaire.

 

Troisième cas de figure :

- les alternatifs sécuritaires demeurent inorganisés (et morcelés) ;

- les alternatifs progressistes s’organisent.

 

Le modèle sociétal dominant se verra alors (sans doute) contraint d’intégrer à son fonctionnement une orientation plus solidaire, respectueuse et citoyenne.

 

Quatrième cas de figure :

- les alternatifs sécuritaires s’organisent ;

- les alternatifs progressistes s’organisent.

 

Le modèle sociétal dominant se verra alors (sans doute) contraint d’intégrer à son fonctionnement une orientation à la fois plus sécuritaire et plus individualiste et plus solidaire, respectueuse et citoyenne.

 

Cinquième cas de figure :

- les alternatifs sécuritaires s’organisent de façon massive, puissante et « efficace » ;

- les alternatifs progressistes s’organisent de façon massive, puissante et « efficace ».

 

Le modèle sociétal dominant, sous la pression de la population, pourrait alors connaître un clivage important et être amené à une forme de scission (en se divisant en deux courants) : les « sécuritaires individualistes » et les « progressistes solidaires » (ce qui permettrait aux deux modèles alternatifs de se structurer et de s’organiser plus rapidement).

 

 

Les aspirations majeures des individus et l’orientation générale des sociétés humaines

Afin de ne pas complexifier inutilement notre analyse, nous ne retiendrons que trois paramètres essentiels :

 

- le mode de gouvernance ;

- le mode d’organisation ;

- et l’orientation générale.

 

Concernant le mode de gouvernance, nous retiendrons trois orientations :

 

Gouvernance 1

- les individus et les sociétés humaines privilégient la liberté et l’autonomie. L’Etat pourrait alors désinvestir les domaines de l’Etat Providence et laisser les individus s’organiser de façon individuelle.

 

Gouvernance 2

- les individus et les sociétés humaines privilégient « l’assistanat* » et la surveillance. L’Etat pourrait alors renforcer l’Etat Providence et « prendre en charge » collectivement les existences individuelles.

* Ou, plus exactement, une forme « d’accompagnement »…

 

Gouvernance 3

- les individus et les sociétés humaines privilégient les deux directions (à la fois la liberté et l’autonomie et « l’assistanat » et la surveillance avec des points d’incompatibilité et des « seuils infranchissables » — que nous avons déjà abordés). L’Etat pourrait alors laisser les individus s’organiser de façon individuelle, assurer l’encadrement général et une certaine forme d’équité entre les citoyens et prendre en charge collectivement ceux qui seront dans l’incapacité de participer au fonctionnement sociétal (hypothèse la plus probable).

 

Concernant le mode d’organisation, nous retiendrons trois orientations :

 

Organisation 1

- les individus et les sociétés humaines privilégient l’individualisme. L’Etat pourrait alors laisser les individus s’organiser de façon individuelle et veiller, plus ou moins, à une certaine forme d’équité minimale.

 

Organisation 2

- les individus et les sociétés humaines privilégient la solidarité. L’Etat pourrait alors renforcer l’Etat Providence, prendre en charge collectivement les existences individuelles et assurer un mode d’organisation et de redistribution plus équitable et solidaire.

 

Organisation 3

- les individus et les sociétés humaines privilégient les deux directions (à la fois l’individualisme et la solidarité avec des points d’incompatibilité et des « seuils infranchissables » (que nous avons déjà abordés). L’Etat pourrait alors laisser les individus s’organiser de façon individuelle, prendre en charge collectivement les existences « défaillantes » et assurer un mode d’organisation et de redistribution plus équitable et solidaire (hypothèse la plus probable).

 

NOTE : il existe incontestablement un lien étroit entre le type de gouvernance et le type d’organisation.

- soit une gouvernance organisationnelle 1 fondée sur l’individualisme, la liberté et l’autonomie

- soit une gouvernance organisationnelle 2 fondée sur la solidarité, « l’assistanat* » et la surveillance

- soit une gouvernance organisationnelle 3 fondée à la fois sur l’individualisme, la liberté et l’autonomie individuelles et la solidarité, « l’assistanat » et la surveillance (hypothèse la plus probable).

* Ou, plus exactement, une forme « d’accompagnement »…

 

Concernant l’orientation générale, nous retiendrons trois options :

 

Orientation 1

- les individus et les sociétés humaines privilégient les aspirations liées au désir, au confort, à la sécurité et aux savoirs (la connaissance de l’Existant). Les sociétés pourraient alors développer les recherches, les innovations et les moyens de production (l’industrie) en mesure de satisfaire les désirs, le confort et la sécurité des individus.

 

Orientation 2

- les individus et les sociétés humaines privilégient les aspirations liées à la compréhension (la connaissance de l’existence) et la spiritualité (perception, ressentis, compréhension et intégration à l’Être). Les sociétés pourraient alors développer des lieux, des espaces et des domaines susceptibles de permettre aux individus de répondre à leurs besoins de compréhension et de spiritualité.

 

Orientation 3 (hypothèse la plus probable)

- les individus et les sociétés humaines privilégient les deux directions (à la fois les aspirations liées aux désirs, aux savoirs et à la connaissance – avec, sans doute, une priorité pour les premiers). Les sociétés pourraient alors développer les recherches, les innovations et les moyens de production (l’industrie) en mesure de satisfaire les désirs, le confort et la sécurité des individus et laisser les citoyens s’organiser en matière de spiritualité.

 

NOTE : il est probable que l’orientation générale prise soit un mix des différentes aspirations (avec une préférence – plus ou moins forte – pour les aspirations liées au désir, au confort, à la sécurité et aux savoirs). Nos catégories pourraient alors se résumer à :

 

- une gouvernance organisationnelle orientative 1 fondée sur l’individualisme, la liberté et l’autonomie, le désir, le confort, la sécurité et les savoirs ;

 

- une gouvernance organisationnelle orientative 2 fondée sur la solidarité, « l’assistanat » (et la surveillance), les savoirs, la connaissance et la spiritualité ;

 

- une gouvernance organisationnelle orientative 3 fondée à la fois sur l’individualisme, la liberté et l’autonomie individuelles et la solidarité, « l’assistanat » et la surveillance, le désir, le confort, la sécurité et les savoirs, la connaissance et la spiritualité (hypothèse la plus probable).

 

Il semble raisonnable de penser que les individus et les sociétés s’orienteront vers des voies médianes (essayant de ne rien exclure…) et que leurs orientations sociétales concilieront à la fois la liberté et l’autonomie individuelles mais également une forme « d’assistanat » et de surveillance, l’individualisme et une forme de solidarité, les aspirations au progrès, au confort, à la sécurité et aux savoirs et les aspirations à la connaissance et à la spiritualité (qui seront, sans doute, de plus en plus prégnantes chez les individus mais qui relèveront de la sphère individuelle*). A cet égard, il est probable qu’advienne, dans un grand nombre de sociétés, l’hypothèse de la gouvernance organisationnelle orientative 3.

* Les sociétés contemporaines (en particulier les démocraties) sont (en général) laïques avec une séparation officielle entre « l’église » et l’Etat.

 

 

Les orientations du modèle sociétal dominant (les mesures et les directions prises au regard des problématiques actuelles)

Au regard des éléments actuels, nous pouvons également envisager, de façon un peu simpliste, trois scénarios concernant l’évolution générale des sociétés les plus puissantes aujourd’hui (dont la très grande majorité a adopté le modèle sociétal dominant) :

 

Le scénario pessimiste :

- augmentation de la pollution sans mesures antipollution réelles sur les plans national et international ;

- aucune évolution significative dans l’organisation de la production, de la distribution et des échanges ;

- augmentation de l’asservissement des individus par le système (et son organisation générale) ;

- aucune avancée dans le respect de l’Existant (Hommes, animaux, végétaux, sol, air, eau, environnement…) ;

- aucun accroissement du besoin de compréhension et de spiritualité ;

- aucune tolérance à l’égard des mouvements sociétaux alternatifs (et leur expérimentation), aucune « place » ne leur est attribuée par le système dominant* (avec une absence totale de coopération) ;

* La société ne leur permet ni « d’accéder » aux progrès ni de bénéficier de ses « avantages »…

 

Ces éléments risqueraient de causer une destruction substantielle de l’environnement (avec des dégâts, plus ou moins, irréversibles à court et moyen termes) et pourraient engendrer une baisse de la qualité de vie. Ils pourraient également (et éventuellement) donner naissance à une forme de révolution (fomentée par des individus totalement « pris à la gorge » et écrasés par un système devenu totalement « monstrueux ») avec des zones de résistance où vivraient des communautés alternatives plus ou moins retranchées.

 

La suite des évènements est plus difficile à prévoir. On pourrait imaginer une désintégration du modèle sociétal dominant et l’avènement d’un monde éclaté, fragmenté, très disparate et fortement communautaire où les groupes entretiendraient des rapports de force et de méfiance (voire de défiance) et qu’il serait très difficile (voire impossible) de fédérer. Peut-être que certaines communautés se livreraient essentiellement à la violence, d’autres s’orienteraient principalement vers le « désir-plaisir », d’autres vers l’écologie et/ou la spiritualité. Mais, sans doute, que l’essentiel des communautés s’attacherait à survivre et à se réorganiser pour recomposer une société qui serait plus ou moins la réplique du modèle sociétal antérieur… bref, un scénario très propice à l'émergence de « sociétés chaotiques » (nous y reviendrons dans les paragraphes consacrés au monde d’après-demain)...

 

Le scénario optimiste :

- arrêt ou baisse drastique de la pollution (avec mesures antipollution réelles sur les plans national et international) ;

- réorganisation progressive de la société (en matière de production, de distribution et d’échanges), de plus en plus soucieuse de l’épanouissement individuel ;

- diminution progressive de l’asservissement des individus par le système (et son organisation générale) ;

- forte amélioration en matière de respect de l’Existant ;

- accroissement du besoin de compréhension et de spiritualité ;

- encouragement et favorisation des mouvements sociétaux alternatifs (et leur expérimentation) avec une large coopération* ;

* La société pourrait les laisser accéder librement au système dominant et les laisser bénéficier de tous ses « avantages »…

 

Ce scénario permettrait un passage progressif (relativement fluide et rapide) vers un nouveau modèle sociétal et (peut-être) vers une nouvelle ère terrestre avec l’émergence (elle aussi, progressive) de communautés de vie (à taille humaine) écologiques, citoyennes et solidaires qui pourraient se regrouper (à terme) en grands pôles géographiques, entretenir des rapports de coopération et d’émulation et s’orienter vers des domaines-phares : la recherche et l’innovation, la création d’une industrie entièrement robotisée et automatisée (pour produire les biens nécessaires au confort), des aires consacrées au plaisir, au bien-être et à la distraction mais également aux savoirs, à l’enseignement, à l’écologie et à la spiritualité (nous y reviendrons dans les paragraphes consacrés au monde à moyen et long termes).

 

Le scénario médian (scénario le plus probable) :

- faible baisse ou stabilisation de la pollution (avec mesures antipollution sur les plans national et international) ;

- réorganisation lente de la société (en matière de production, de distribution et d’échanges), soucieuse autant des performances du système (en matière économique) que de l’épanouissement individuel ;

- stabilisation ou léger recul de l’asservissement des individus par le système (et son organisation générale) ;

- faible et très progressive amélioration en matière de respect de l’Existant ;

- faible accroissement du besoin de compréhension et de spiritualité ;

- tolérance (plus ou moins contrainte) des mouvements sociétaux alternatifs (et leur expérimentation) par le modèle dominant (globalement) peu enclin à la coopération*.

* Qui pourrait, par exemple, les laisser bénéficier de certains « avantages » et leur permettre un accès partiel à « ses progrès »…

 

Ce scénario permettrait un passage assez laborieux et relativement lent vers une nouvelle société, avec des poches de pollution irrécupérables, des aires dévastées, une hausse substantielle (voire, peut-être même, une exacerbation paroxystique) des comportements délétères chez une partie importante de la population et (sans doute) des zones de résistance où vivraient des communautés alternatives plus ou moins autonomes… scénario qui pourrait progressivement (très progressivement) amener à une réorganisation du monde avec la création (à terme) de grands pôles géographiques mais qui seraient (contrairement au scénario optimiste) en compétition, voire en conflit, en matière d’appropriation des ressources naturelles et des territoires et où les nations et les vastes ensembles territoriaux se livreraient (sans doute) à une concurrence sans merci en matière de développement, de performances et d’innovations dans les domaines précités*. Un monde qui devra, sans doute, composer avec des sociétés et/ou des communautés alternatives peu ou pas intégrées au système, des zones entièrement détruites ou très fortement dégradées par la pollution, des zones résiduelles de conflits et de guerres locales, des microsociétés ultra-protégées repliées sur elles-mêmes sans contact (ou avec peu de contact) avec l’extérieur, des zones entièrement dédiées au plaisir, au divertissement et au bien-être. Bref, un monde très disparate et hétérogène…

* La recherche et l’innovation, l’industrie, les savoirs, l’enseignement, le bien-être et la distraction, l’écologie et la spiritualité.

 

Il serait fastidieux (et, sans doute, inutile) d’opérer un croisement systématique* entre tous ces scénarios et hypothèses d’autant que certains livreraient des modèles de société très proches. Il nous semble plus judicieux de souligner les directions possibles issues des croisements les plus probables. Il nous faut néanmoins effectuer, ici, une distinction entre trois grands types de société :

* Croisement des différents cas de figure de l’évolution des deux grands courants alternatifs, des différents types de gouvernance organisationnelle orientative adoptéspar les individus et les sociétés et des différents scénarios du modèle sociétal dominant.

 

- les sociétés démocratiques (ou quasi démocratiques) ;

- les sociétés autocratiques (ou quasi autocratiques) ;

- et les sociétés théocratiques (ou quasi théocratiques).

 

Concernant les sociétés démocratiques, nous pouvons imaginer qu’une minorité d’entre elles et une minorité d’individus en leur sein (regroupés et, plus ou moins, organisés en mouvements et/ou en communautés) s’orienteront activement d’une part vers la solidarité, l’écologie et/ou la spiritualité et d’autre part vers l’exacerbation de l’individualisme, le « tout sécuritaire » et la prédominance des aspirations liées au désir, au confort et aux loisirs. L’essentiel des sociétés démocratiques et des individus s’orientera probablement vers un modèle mixte (croisement du scénario médian 3 et de la gouvernance organisationnelle orientative mixte 3 avec cas de figure 1, 2, 3 ou 4).

 

Concernant les sociétés autocratiques, il est probable qu’elles suivent les mêmes orientations que les sociétés démocratiques et qu’elles soient amenées progressivement à opter pour une gouvernance moins oligarchique...

 

Quant aux sociétés théocratiques, l’absence ou le manque de liberté ne permet pas (ou peu) la création de mouvements contestataires ou alternatifs. Les individus seront donc contraints (la joie ou la mort dans l’âme) de se soumettre aux règles édictées par les autorités jusqu’à une éventuelle révolution populaire ou un coup d’état qui provoquerait le renversement du régime au profit d’une gouvernance moins « rigide » à moins qu’advienne un assouplissement (naturel) des régimes théocratiques qui permette aux populations à la fois d’entretenir des liens avec les populations des sociétés non théocratiques et de bénéficier des progrès à l’œuvre partout dans le monde.

 

Quels que soient les scénarios, les hypothèses et les cas de figure qui se manifesteront, il existera sans doute, à l’échelle planétaire, des sociétés et des grands ensembles territoriaux avec des populations d’origines ethnique, culturelle et géographique très différentes (forme de melting-pot), composés de communautés progressistes, écologiques, solidaires et (éventuellement) spirituelles, de communautés conservatrices, plus ou moins, repliées sur elles-mêmes, de communautés mixtes (probablement les plus majoritaires) et de communautés et de zones dédiées au plaisir, au confort et au bien-être avec la persistance (provisoire) probable de sociétés théocratiques et autocratiques tyranniques.

 

L’ensemble de ces sociétés, communautés et ensembles territoriaux entretiendront très probablement des relations de concurrence (plus ou moins vives et exacerbées) et des rapports plus ou moins pacifiques* (excepté, peut-être, avec les sociétés théocratiques, les communautés et les mouvements religieux « agressifs » selon leur degré de violence et d’intolérance). Ils connaîtront sans doute également un développement parallèle et seront contraints à une cohabitation plus ou moins organisée et plus ou moins coopérative, dessinant un plan terrestre quadrillé en zones (très probablement étendues et structurées soit — hypothèse peu probable mais possible — totalement éparses et morcelées) et plus ou moins protégées (selon le degré de violence ambiant). Bref, en cette ère de morcellement, il y aura sans doute :

 

- des sociétés (très majoritaires) avec un modèle sociétal de type « démocratie social-démocrate », tempérées et mixtes, aspirant au progrès, au confort, à la sécurité, au développement des savoirs, privilégiant à la fois l’individualisme et une forme de solidarité, la liberté et l’autonomie individuelles et la surveillance, adeptes (plus ou moins forcées) d’une écologie utilitariste… ;

 

- des zones (minoritaires ou ultra minoritaires) où règneront des sociétés théocratiques ainsi que des groupes et des mouvements religieux « agressifs » ;

 

- des zones, des sociétés, des communautés et des mouvements (minoritaires ou ultra minoritaires) activement solidaires, écologiques et/ou spirituels ;

 

- des zones, des sociétés, des communautés et des mouvements (minoritaires ou ultra minoritaires) aspirant, de façon prioritaire, au « tout sécuritaire » ;

 

- des zones, des sociétés, des communautés et des mouvements (minoritaires ou ultra minoritaires) aspirant, de façon prioritaire, au confort et aux loisirs ;

* Méfiance et conflits (et peut-être même seront-ils amenés à livrer des guerres…) en matière d’appropriation et de répartition du territoire et des richesses naturelles…

 

Bref, autant dire une planète et un monde morcelés avec des territoires peuplés de nature sauvage, d’animaux et d’individus « spirituels » et frugaux, ouverts et accueillants, adeptes de la diversité et de la démocratie participative, avec des territoires peuplés de nature aménagée, « dominée » et contrôlée (voire artificielle) et d’individus axés sur la sécurité, le confort, le bien-être et les loisirs, fermés et repliés sur eux-mêmes, adeptes de l’uniformité, de l’ordre établi et de l’autorité, avec des territoires peuplés d’individus religieux (fondamentalistes) bornés, obscurantistes et archaïques, plus ou moins tolérants et violents et avec, enfin, des territoires médians (sans doute très majoritaires), adeptes d’une gouvernance démocratique social-démocrate, peuplés d’individus partagés entre leurs aspirations à la liberté et à l’épanouissement personnel et leurs aspirations à la sécurité et à la paix , soucieux d’eux-mêmes et modérément des autres individus et des problématiques environnementales… En un mot, un monde très divers, éclaté et hétérogène qui va (sans doute) rendre très lent et très difficile une harmonisation générale et une uniformisation minimale…

 

Après ce panorama général (« éclaté » et, disons-le, assez laborieux…), essayons de dessiner le portrait de la société représentative de demain en matière d’organisation politique, judiciaire et économique ainsi qu’en matière de relations « extérieures » et d’organisation territoriale.

 

 

L’organisation sociétale générale

Sur le plan de l’organisation politique, il est probable que le modèle démocratique devienne la référence sur l’essentiel des territoires terrestres. Il pourrait se généraliser et devenir le seul modèle viable et approprié (avec, bien sûr, quelques poches de résistance). Sur le plan national, les dysfonctionnements démocratiques pourraient se faire toujours plus « criants » et engendreraient l’émergence et le développement d’une « décentralisation » démocratique. Les collectivités locales pourraient alors, peu à peu, devenir des « territoires majeurs et centraux » où s’exerceraient des règles démocratiques plus appropriées et plus transparentes. L’Etat central pourrait également être progressivement contraint (et réduit) à n’exercer qu’un rôle fédérateur et d’encadrement du « bon fonctionnement démocratique » des collectivités locales tout en voyant se renforcer ses pouvoirs régaliens. Les décisions et les orientations pourraient émaner toujours davantage des autorités supranationales (regroupement progressif des nations en « zones territoriales » plus larges et pouvoir accru des organismes internationaux qui « dicteraient » leurs directives).

 

Sur le plan judiciaire (et policier), on pourrait assister à la poursuite de l’envolée inflationniste des lois, des décrets et des arrêtés dans tous les domaines de l’existence et tous les secteurs de la société, avec le renforcement de l’arsenal policier et judiciaire et l’émergence d’une société de contrôle et d’hyper surveillance.

 

Sur le plan de l’organisation économique, on pourrait assister à plusieurs tendances : la généralisation des grands groupes industriels, des grands groupes prestataires de services ainsi que des microentreprises multi-cartes de proximité. Les énormes chaînes commerciales de stockage et les entreprises de vente à distance et de vente « clé en main » pourraient se généraliser et la vente directe dans certains secteurs (prestations de services divers, alimentaire et artisanat) pourrait connaître une forte expansion en offrant des produits toujours plus hyper personnalisés. En matière d’échanges économiques, on pourrait assister à deux tendances : à la fois, la totale généralisation des échanges mondiaux (dans certains secteurs, notamment les biens manufacturés) et la généralisation des échanges locaux (dans les autres secteurs). Les modes de paiement tendraient à devenir immatériels (avec support). Quant à l’organisation du travail, l’emploi pourrait bien devenir « roi tyrannique » avec une hyperspécialisation des tâches et le développement d’autres modes de travail (multi-cartes, « multi-jobs », à distance ou très flexibles par exemple) en dépit de l’émergence (timide) d’activités plus porteuses de sens pour l’individu et la société.

 

Sur le plan international, le commerce deviendrait hyper mondialisé avec une concurrence accrue entre les nations et les regroupements nationaux (les « grands pôles géographiques ») en matière commerciale (parts de marché) et en matière d’appropriation des territoires et des ressources naturelles. La Terre pourrait néanmoins connaître une progressive pacification avec la disparition des conflits armés entre les nations et les « grands pôles territoriaux » malgré quelques poches de résistance, liées aux revendications communautaires, identitaires et idéologiques de certains individus et de certaines sociétés. Les flux migratoires internationaux pourraient devenir massifs malgré le « repli territorial », de plus en plus manifeste et inflexible, des « pays riches » et l’accession progressive d’une partie des pays dits « en voie de développement » à des conditions matérielles d’existence plus décentes et à un niveau de vie plus élevé (qui inciteraient les individus à rester sur « leurs terres »).

 

Au sein des « espaces nationaux », on pourrait assister à une réorganisation progressive des territoires avec une forte croissance urbaine (poursuite de l’hyperurbanisation et expansion des mégalopoles), un développement des zones péri urbaines et rurbaines, un repeuplement des zones rurales (régénérescence et modernisation des villages) et l’essor progressif d’espaces et de « lieux de vie » communautaires organisés (regroupements d’habitats sécurisés et alternatifs).

 

De façon parallèle à leur incessante réorganisation, les sociétés de demain s’inscriront (comme toutes celles qui les ont précédées) dans une amélioration des conditions d’existence des individus en essayant de fournir des réponses toujours plus performantes à leurs besoins organiques, matériels et psychiques élémentaires. Tentons, ici, de donner les principales caractéristiques et les grandes orientations possibles des sociétés de demain en matière de conditions de vie.

 

 

L’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence

Il n’est pas exclu que les sociétés de demain voient émerger une industrie agroalimentaire de synthèse et se multiplier les petites cultures et les petits élevages bio.

 

En matière de santé, pourraient se développer les logiciels de diagnostics et se généraliser la médecine informatisée et robotisée (avec le développement de l’artificialisation, de la sécurisation, de la médicalisation systématique – détection des anomalies génétiques – et l’accroissement des possibilités curatives – élimination progressive des dysfonctionnements physiologiques et des pathologies) sans oublier un fort accroissement de la médication allopathique chimique et le développement d’une médication de confort (pour maintenir un degré de satisfaction minimal) ainsi que l’émergence de systèmes synthético-chimiques de neutralisation de la souffrance et d’un kit* de protection psychique.

* Nous vous invitons à vous reporter aux paragraphes consacrés aux kits et à leur évolution pour davantage de précisions…

 

Les progrès technologiques pourraient également permettre de sérieuses avancées dans le processus de désalinisation de l’eau de mer et créer un cycle vertueux et autonome de l’eau de récupération et d’assainissement au niveau local. L'époque pourrait poursuivre les mesures anti-pollution et de lutte contre le gaspillage et améliorer l’accès à l’eau des populations sur l’ensemble du globe (en dépit d’une concurrence impitoyable en matière d’appropriation des ressources naturelles). Les toilettes sèches et la dépollution des systèmes de tout à l’égout par filtrage écologique pourraient également se développer.

 

En matière vestimentaire, les vêtements intelligents pourraient se généraliser. L’habitat pourrait, lui aussi, connaître de sérieux progrès avec le développement des habitats fonctionnels « tout confort » et écologiques, de plus en plus autonomes en matière énergétique et de plus en plus intelligents en matière de gestion du confort domestique et de protection contre les intrusions. La robotique informatisée « télécommandable » à distance* s’occupant de la préparation des repas, du nettoyage du linge et de la maisonnée pourrait également se développer.

* La domotique.

 

En matière de transport, on pourrait assister à plusieurs tendances : le développement des véhicules électriques et des véhicules « propres et intelligents » (avec navigation plus ou moins entièrement automatisée), de plus en plus autonomes, sécurisés et rapides et l’émergence des véhicules solaires et spatiaux.

 

Sur le plan sécuritaire, il n’est pas exclu de voir se généraliser les armes d’auto défense (du genre successeurs plus sophistiqués du taser), la vidéosurveillance et l’hyper protection de plus en plus performante et sophistiquée avec le développement de systèmes de reconnaissance faciale, digitale et oculaire en presque tous lieux. Et l'on pourrait assister (comme nous l’avons déjà évoqué) à un fort accroissement du nombre de lois, de règlements, des polices d’assurance, des contrats formels et des assignements en justice dans tous les domaines. Comme il est possible que se développent également (de façon considérable) la surveillance individuelle et collective, les forces de l’ordre, les milices privées et les remparts et systèmes de protection contre tous les types d’agression personnelle.

 

Sur le plan de la communication, on pourrait voir émerger de nouveaux modes communicatifs qui donneraient la sensation d’un contact « direct et réel » (avec tous les sens) et qui permettraient d’être relié à tout instant avec un – toujours plus – grand nombre d’individus « réels » ou « virtuels », avec une connexion quasi simultanée et quasi permanente à toutes les informations planétaires.

 

Sur le plan distractif, il est probable que l’on assiste à une généralisation de la virtualité et des zones dédiées aux loisirs familiaux et individuels, au développement des activités et des sports sensationnels (à frissons), des divertissements virtuels, interactifs, relaxants et (eux aussi) sensationnels où le psychisme pourrait être de plus en plus intégré sans compter l’émergence d’un tourisme spatial et la création d’un kit distractif.

 

Les progrès pourraient également contribuer à l’amélioration des possibilités expressives instantanées et en réseaux, accessibles à tous et à tout moment, à la multiplication et à la généralisation des créations où chacun pourrait exprimer « ce qu’il souhaite » et au développement des modes expressifs artistiques (et non artistiques) interactifs qui permettraient à tous de « ressentir la beauté et l’intensité » sans oublier l’émergence d’un kit expressif, d’un kit de connaissance de l’Existant et la généralisation de l’accès immédiat et permanent à tous les savoirs et à toutes les connaissances ainsi que le développement et la généralisation des intelligences artificielles et des mises en réseaux permanentes des stocks de données et d’informations (actualisées en temps réel). Progrès qui (soit dit en passant…) pourraient engendrer une régression des capacités cérébrales d’une partie de la population (liée à l’inactivité cérébrale induite par l’usage permanent des intelligences artificielles).

 

Enfin, il est fort probable que les sociétés de demain voient émerger de nouveaux domaines et de nouvelles disciplines ainsi que pléthore de découvertes et d’inventions sans oublier l’essor (vraisemblable) des centres de « développement personnel » et des centres spirituels, lié à l’exacerbation progressive du besoin de compréhension et de spiritualité*chez une partie de la population.

* De plus en plus d’individus aspireront à trouver un sens (plus profond) à l’existence et seront amenés à se consacrer « aux choses de l’esprit »… parmi eux, beaucoup (sans doute) s’engageront dans une quête existentielle(1)

(1) Se référer aux paragraphes consacrés au PLAN REPRESENTATIF INTELLECTUEL.

 

 

Le portrait de l’individu médian (représentatif de la société)

L’individu médian de demain aura sans doute plus ou moins les mêmes caractéristiques (mais en plus marquées) que l’individu médian d’aujourd’hui. Il consacrera l’essentiel de son temps à travailler pour obtenir un revenu (salaire) qui lui permette d’assurer la satisfaction de ses besoins physiques, matériels et psychiques élémentaires (alimentation, logement, santé, mobilité, loisirs…). Ses principales autres activités consisteront à dormir, à manger, à se reposer et à se distraire (avec une très forte augmentation du temps consacré aux loisirs et à la virtualité).

 

En dépit d’un savoir élémentaire (acquis au cours d’une scolarité plus ou moins longue), sa compréhension et sa perception sensible resteront grossières, apparentes et superficielles. Et il demeurera essentiellement soumis au psychisme, aux désirs et à la recherche (de plus en plus effrénée) de plaisirs.

 

En matière relationnelle, les comportements d’accaparement, de favorisation de l’intérêt personnel et de valorisation narcissique (bien que de plus en plus encadrés et régulés par la société) seront paroxystiques. Il entretiendra avec les autres individus (dans la sphère intime comme dans la sphère sociale) des rapports de domination et d’instrumentalisation de plus en plus édulcorés et déguisés et des rapports de domination et d’instrumentalisation de plus en plus puissants et de moins en moins respectueux à l’égard des autres formes (animales et végétales) et à l’égard de l’environnement (au sens large) avec néanmoins le développement (pour une partie de la population) d’une inversion du processus d’instrumentalisation et la naissance progressive d’un respect à l’égard de l’Existant (de nature principalement utilitariste mais également de nature révérencielle).

 

 

Les rapports à l’Existant

 

Les relations avec les congénères (relations sociales et relations intimes)

Favorisation de l’intérêt personnel et stratégies d’entente avec rapports de force, de domination et d’instrumentalisation, toujours déguisés en politesse, aménités et autres règles de civilité, avec quasi absence de violence et d’agressions physiques et avec une réduction de la violence psychique malgré la persistance d’une profonde dichotomie entre les individus de la sphère personnelle et les autres individus (essentiellement indifférence).

 

 

Les relations avec les animaux

Généralisation de la destruction de nombreux territoires et habitats (liée à l’explosion urbaine et à la surexploitation agricole et forestière). Poursuite de la réification et de l’instrumentalisation de certaines espèces animales (élevage, animaux de laboratoire). Et progression des droits de l’animal et de la protection des espèces menacées (développement des réserves et parcs naturels pour la faune sauvage).

 

 

Les relations avec les végétaux

Amélioration de la sélection génétique pour la végétation comestible (fruits et légumes) et d’agrément (fleurs et plantes diverses) avec un fort développement des modifications génétiques et une explosion de la destruction de la flore sauvage par la transformation des espaces terrestres en zones agricoles, en zones urbaines, en zones naturelles aménagées (parcs, chemins dans la nature) et en réseaux de transport (réseaux routier et ferroviaire) malgré le développement de la protection de la biodiversité végétale (réserves et parcs naturels pour la flore sauvage).

 

 

Les relations avec les minéraux

Poursuite de la surexploitation en dépit de l’épuisement des énergies fossiles. Et exploitation de nouveaux gisements (métaux « rares » et précieux, nécessaires à l’industrie technologique).

 

 

Les relations avec l’environnement (au sens large) eau, air, terre

Aggravation des altérations et de la pollution de l’air, de l’eau, des sols et des sous-sols avec l’émergence de zones quasiment « irrécupérables »…

 

 

Les relations avec les agents pathogènes

Développement de nouveaux virus, de nouvelles bactéries et de nouvelles pathologies. Essor des modifications génétiques des agents pathogènes. Et développement de nouvelles formes de prophylaxie et de traitement curatif.

 

 

Les relations avec l’espace

Fort développement des recherches (avec amélioration de la connaissance astrophysique et astronomique). Et expansion de « la conquête spatiale » avec l’éventuelle émergence d’un tourisme (spatial) et d’un habitat « spatial minoritaire de masse » (dans des zones cosmiques relativement proches).

 

 

Les relations avec les formes extraterrestres (non terrestres)

Si découverte de formes non terrestres, émergence d’une relation avec forte défiance et méfiance (forme d’agressivité défensive selon leurs intentions et leurs degrés de violence et de « Conscience »).

 

 

Les relations avec les formes énergétiques immatérielles (les « morts » entre autres…)

Rites et croyances.

 

 

L’impact général sur l’organisation des territoires entre toutes les formes

Omnipotence et omniprésence des sociétés humaines (avec l’hyper croissance démographique, l’explosion urbaine et la généralisation de l’accaparement des territoires par les êtres humains), engendrant la destruction de nombreux habitats et de nombreuses espèces animales et végétales en dépit du développement de zones « réservées » à la faune, à la flore et à la vie sauvages.