Lorsque les pas s'en mêlent – 

Journal / 2016 / L'exploration de l'être

Ne te contente jamais de vivre à la surface des choses. A la surface de ton être. A la surface du monde. Vis en profondeur. Là se trouve le secret. Et la vérité. En ces profondeurs, la vie, le monde, l'infini, l'Amour et l'éternité se ressentent intensément. La vraie vie n'est pas ailleurs...

Ne crois pas à ces paroles avec légèreté. Eprouve-les. Vérifie leur authenticité. Même si la vie, le monde et Dieu conservent aujourd'hui leurs mystères, laisse-toi guider par tes aspirations et mener par les événements pour les comprendre – et les ressentir – profondément. Alors tu découvriras et goûteras ces vérités.

Une fois que Dieu t'aura montré son visage, des larmes couleront sur tes joues. Puis l'Amour, la paix et la joie jamais ne te quitteront. Quels que soient les chemins et les circonstances, tu arboreras un sourire inaltérable – un tendre et immense sourire – comme le parfait reflet de ton cœur sur tes lèvres. Je t'en prie, aie confiance en ce que tu portes et en ce que la vie t'offre. Au fil du cheminement, tu comprendras ce que tu n'as jamais cessé d'être – que tu ignores encore à cette heure et que tu es pourtant déjà...

 

 

Deux colombes s'envolent sous nos pas. Et de leurs ailes robustes nous hissent jusqu'au ciel où les anges et toutes les créatures du monde accueillent les nouveaux venus. Toutes les âmes légères et joyeuses libérées de leur gangue de glaise qui pourront, après la fête organisée en leur honneur, retourner sur la terre pour guider les hommes sur les chemins de l'innocence.

 

 

Dans les actes des hommes – et des autres créatures de l'Existant –, le ciel s'engage autant que la terre. Ce sont leurs œuvres qui peuplent le monde. Et toutes, bien sûr, prennent racine dans la terre. Et s'élèvent vers le ciel...

 

 

De terre désastreuse en terre désastreuse, les hommes cheminent vers le ciel. Et ce n'est qu'en accédant à l'espace céleste qu'ils perçoivent (pleinement) la beauté et les merveilles de la terre.

 

 

Le temps s'empare des beaux jours et fait naître la pluie pour que s'égaye le cœur des hommes.

 

 

La plupart des hommes aiment et mettent un point d'honneur, selon leur propre expression, à progresser. A « avancer » – comme ils le disent et le claironnent à tout-va. Tous aspirent à devenir. Et à faire advenir leurs rêves, leurs projets ou je-ne-sais-quels autres désirs...

Cet élan et cet attrait pour l'avenir sont sans doute impulsés par une forme de refus du présent et l'espoir que l'avenir leur offrira une existence plus douce et favorable. Mais ils tirent leur source plus fondamentalement encore dans la nature profondément terrestre et énergétique de l'être humain (et l'impératif besoin de mouvement qu'elle fait naître) et dans la nostalgie – très souvent inconsciente – de retrouver l'espace de perception sensible impersonnelle (la présence silencieuse et souveraine).

 

 

La vie défile. Et la solitude a tout recouvert. Et par dessus, l'Amour est arrivé. Et plus haut encore, Dieu qui sourit de notre étonnement. Et devant ces mystères – ces grands mystères – nous éclatons de rire. Comment ne pas éclater de rire ? N'est-ce pas là la seule réponse possible face à la vie et à la solitude ? Face à l'Amour et à Dieu ?

 

 

Deux corbeaux jouent dans le ciel sous le soleil timide qui commence à percer l'épaisse couche de nuages qui flotte sur la plaine depuis des jours. On les voit tantôt se poursuivre, tantôt entrecroiser leur vol dans une frénésie de battements d'ailes enjoués et malicieux. Comme un appel – une invitation – à la joie. Un prélude orchestré par deux anges aux allures d'oiseaux de bon augure pour que le ciel et la terre à nouveau s'ensoleillent.

 

 

Le vent parfois pose tendrement sa main sur mon épaule et me dit : « comme il est bon d'être ensemble ». Et nous voilà enchantés – et tout joyeux – de déambuler bras dessus bras dessous sous le regard attendri du ciel.

 

 

Que veux-tu être que tu ne sois déjà ? Tu es le monde – le tout de ce monde. Ce qu'il accueille et abrite comme ce qu'il chasse et répudie. Ce qu'il blesse et détruit comme ce qu'il relève et édifie. Pose ton regard un peu plus haut dans le ciel, et tu verras – et sentiras – que chaque chose est – et se déroule – en toi... Et tu t'inclineras – comment ne pas s'incliner ? – devant la majestuosité des phénomènes et des paysages du monde.

 

 

En d'incroyables rondes s'emmêlent la vie et le monde. Dans une danse interminable de joutes et de caresses. Terribles et somptueuses.

 

 

Sentir le souffle de Dieu, à travers notre main, coucher sa parole sur ce petit carnet. Comment ne pas s'en émouvoir ? Il est bien naturel que les larmes coulent sur nos joues...

 

 

La vie toujours est pluriel. Diversité. Chaos harmonieux. Apparente désorganisation très savamment orchestrée. En ce monde, seule la raison avec ses craintes insensées et ses folles aspirations à la sécurité, à la praticité et à l'ordonnancement uniformise. Lisse, égalise et gomme les différences. Anéantit la pluralité pour mettre le monde et ses créatures au pas de son pathologique besoin d'ordre, de cohérence et de standardisation.

Comme si la raison – à travers le psychisme qui agit envers elle comme un mentor tyrannique et un conseiller maladroit et qui, rappelons-le, n'a accès qu'à une infime part de la conscience et ne dispose que d'une compréhension et d'une perception partielles s'estimait en droit (ou de son devoir) d'usurper la place et d'agir au nom de la conscience impersonnelle qui, seule (et elle seule) – dispose de la capacité d'appréhender la totalité de l'Existant et d'orchestrer – avec et à travers lui – l’ensemble de son organisation. L'analogie avec un enfant s'avère sans doute ici judicieuse. On pourrait, en effet, affirmer que le psychisme est – et se comporte – comme un enfant. Tout le monde s’accorderaient à dire qu'un enfant n'est pas un adulte. Il n'est qu'un adulte potentiel ou – plus précisément – il porte en lui les graines qui pourront faire de lui un adulte. Et à l'instar de l'enfant, le psychisme n'est pas la conscience impersonnelle pleine et entière, il ne l'est que potentiellement. Et pour que ce potentiel s’actualise et devienne effectif, il lui faut accomplir un cheminement – que l'on apparente en général au cheminement spirituel... au même titre qu'un enfant qui pour devenir adulte doit grandir et mûrir...

 

 

Devant le soir qui s'avance, je m'incline. Et je salue la lune qui apparaît. Aujourd'hui, le ciel est silencieux. Et je n'ai aucune parole à lui offrir. Notre silence nous suffit. Ensemble nous regardons la terre qui achève sa journée. Et qui se prépare pour la nuit.

Et devant l'infini – l'infini du ciel – je m'agenouille. Devant tant de beauté, cette joie et cette paix qu'il vous offre, comment ne pas s'agenouiller ? Notre cœur se penche, vacille... Remercie le regard et le monde. Et pleure en silence.

 

 

Dans leur folie industrieuse, les hommes ont transformé la terre originelle – vierge et fertile – en aires aseptisées. Et en paysages de désolation. Comment peut-on convertir tant de beauté – et de grâce – en laideur ? Et faut-il être aveugle et idiot pour se persuader du contraire ?

 

 

Aujourd'hui, le froid a gagné la plaine. Et sur les collines, le vent glacial nous fouette le visage. Mais nos amis – tous nos amis – sont présents. Et nous accueillent comme à l'accoutumée en nous ouvrant le chemin comme les princes de la terre, nous, qui passons aux yeux du monde pour de crotteux et infortunés vagabonds. Et le ciel au dessus de nos têtes est ravi de ces retrouvailles quotidiennes et de cet accueil au bel et humble équipage d'heureux infortunés.

Comme à tous les sans-grades, il ouvre sa porte. Et ses bras. Nos amis les arbres et les nuages, les plantes et les insectes, la mousse des bois et les pierres des chemins connaissent sa mansuétude. Et tous, nous lui sommes reconnaissants de pouvoir cheminer sous son regard clément. Ne cessant de louer sa douce miséricorde. Et sa tendresse infinie.

 

 

L'heureux déroulement des saisons. Le ciel toujours pare la terre des habits de circonstances. L'habillant et la déshabillant avec la plus parfaite justesse.

 

 

A chaque nouvelle lune, nous regardons s'endormir la terre. Et ses créatures. Et à chaque nouveau soleil, nous saluons leur réveil. Les jours passent ainsi. Sous le regard tendre du ciel qui veille sur sa création.

 

 

L'immensité toujours accueille l'infime qui loge en lui. Et qui lui est possible d'habiter – même si en ce monde bien peu le savent ou y parviennent...

 

 

Après la longue nuit de ténèbres – de saison en enfer en saison en enfer –, au plus bas du monde, au plus vil du cœur, au plus immonde de l'esprit, la grâce soudain vous frappe. Eclaire le regard. Illumine l'âme. Et ensoleille le monde. Toutes les ombres alors s'effacent. Comme si la lumière ne s'était jamais éteinte. Ni dans le monde ni dans l'âme. Ni dans le regard, ni dans l'esprit, ni dans le cœur. Ni en enfer ni dans les ténèbres.

La lumière clairvoyante dissipe l'obscurité de l'infime et des apparences. Et l'obscur de l'infini et des profondeurs. Offrant son éclat, ses heures claires et sages – la vie glorieuse (pleinement glorieuse) à tous les yeux humbles et dessillés.

 

 

En ces terres de malheurs et d'ornières, les âmes humbles – après avoir traversé les monts et les vallées, les plaines populeuses et les déserts – chevauchent leurs montures ailées sans souci de la misère et des reliefs. Les anges – et les autres créatures du ciel – leur ont ouvert le chemin. Les murs et les portes ont disparu. Comme effacés. Ainsi cheminent les bienheureux qui se sont délestés de leurs charges – et de tous leurs bagages – durant la douloureuse et salvifique traversée des contrées terrestres.

Pas après pas. De situation en situation. Circonstance après circonstance. Ainsi cheminent les âmes humbles. Au fil de la marche, Dieu et le monde leur ont livré leurs secrets. Comment pourraient-ils à présent craindre les visages, les paysages et les chemins ? A leur passage, les bras s'ouvrent. Les esprits s'épanchent et se confient. Et les âmes toujours s'en trouvent allégées. Et il arrive même que certains cœurs aspirent à les rejoindre. A emprunter la voie du délestage qui mène sur les terres du dépouillement, de la simplicité et de l'essentiel, unique porte d'entrée vers les contrées célestes.

 

 

L'heure creuse en son réceptacle. Sonde ses racines. Jusqu'aux fondements de son origine. Les aiguilles d'abord s'affolent. Puis sont pulvérisées. Après l'effacement du temps, demeure l'instant. A jamais l'instant. Et ce qui est dans l'instant. L'âme alors devient libre. Et s'envole là où Dieu et le monde la réclament. En servante fidèle et dévouée, ne comptant ni ses heures ni sa peine. Obéissant aux injonctions divines de la terre et du ciel. Soumise, le cœur en joie et en fête, à l'ordre divin et à ses règles pour servir ses sœurs – toutes ses sœurs – et tous les êtres – toutes les créatures du monde – et les aider avec amour, patience et intelligence à se rapprocher du ciel*.

* A rapprocher leur regard du ciel...

 

 

Le cœur étroit sent sa dernière heure venir. Sa fin toute proche. Et durant son agonie, il pleure, geint et se plaint. Ne pouvant imaginer encore l'avenir. Et le destin qui l'attend. Et dans cet ultime repli sur soi, comment pourrait-il se douter du potentiel que ses tréfonds recèlent ? Comment serait-il capable d'entrevoir l'infini, la puissance et l'humilité que sa renaissance – si peu envisageable pour lui – lui offrira ? Comment pourrait-il deviner qu'émergera du fond de ses ténèbres une lumière – jamais éteinte – dont la qualité, l'intensité et l'étendue ne cesseront de croître pour briller, éclairer et rayonner de plus en plus fort. Et de plus en plus loin. Comme un phare céleste dans le monde guidant les naufragés des rivages – de tous les rivages – de la terre. Et toutes les âmes défaites en quête d'une terre d'Amour et de liberté.

 

 

Tu erres dans les marécages – dans les marécages brumeux – du monde. Surnages parmi les corps et les immondices. Te nourrissant des détritus de la terre et les abandonnant. En quête d'une île où régneraient la beauté et la sagesse. Où le soleil brillerait – intact.

Regarde donc en ton cœur. Et creuse. Libère-toi de ses oripeaux. Défais-toi de ses pauvres secours. Et de ses appuis de flottaison. Laisse-toi couler en ses profondeurs. Et au fatidique instant de la noyade, émergera la contrée sans pareille que tes rêves marécageux avaient tant espérée.

En tous lieux de la terre, le ciel est-il le même ? Est-il présent – vraiment présent – pour chacun ? Et équanime avec tous ? Oui, en dépit des apparences, comment en douter... Toujours il est là. Toujours. Il fait simplement vivre à chacun ce dont il a besoin pour s'éveiller à sa présence. La différence tient seulement dans le fait de l'habiter avec plus ou moins d'encombrements, de conscience et d'ampleur.

 

 

La terre connaît les conflits et les guerres. Et le ciel connaît la paix. Si tu veux vivre la mésentente, l'affrontement et les différends de façon tranquille et pacifiée, il te faudra d'abord regarder et comprendre la part farouche et craintive et la dimension combative et guerrière que tu recèles. Les accueillir et les accepter sans retenue. Lorsque tu seras en paix avec elles et que ton âme (ton cœur et ton esprit) se seront suffisamment dépouillée(s), tu pourras habiter – et parcourir – la terre avec le regard pacifique du ciel. Et s'il arrivait – selon les circonstances – que tes pas et tes gestes se fassent encore terrestres – trop lourdement terrestres (et comment pourraient-ils y échapper?) – demeure à l'écoute du ciel qui t'offrira le regard nu (ou t'aidera de nouveau à le dénuder) afin de guider leurs mouvements et leur direction. Et leur offrir toute leur justesse.

 

 

Un arbre penché par le vent. Et combien d'êtres – combien d'hommes – courbés ou pliés par le poids des circonstances ?

 

 

A quoi s'apparente le bonheur du monde ? A dire vrai, à peu de choses(1). Et la joie du ciel ? A toute chose(2), évidemment...

(1) liées aux exigences, aux représentations et à l'étroitesse du psychisme.

(2) liée au regard impersonnel global et enveloppant.

 

 

Le ciel et la terre se laissent parcourir – et explorer – selon leurs propres lois. L'une à travers les routes et les chemins qui parsèment la surface du globe. L'autre à travers le sentier du regard qui ouvre sur l'espace de clairvoyance où l'infini, l'Amour et l'intelligence dévoilent peu à peu leurs innombrables paysages (par les canaux de la perception, de la sensibilité et de la sensorialité). Ainsi le ciel comme la terre se laisse progressivement découvrir au fil de la marche et du cheminement*...

* le cheminement de la compréhension perceptive et sensible.

 

 

Au cœur de la forêt – parmi les arbres – on sent la respiration de la nature. Les rythmes de la terre. Et le souffle divin. On entend le vent dans les feuillages, les branches qui craquent et le chant des oiseaux. On chemine sur d'étroits et tortueux sentiers jonchés de feuilles mortes, de mousses et de lichens. Au plus proche des éléments et des représentants naturels des saisons et du climat.

Au cœur des villes – parmi la foule – on sent la transpiration et les haleines fétides. La crasse des rues et des hommes. On entend leurs bavardages et leurs paroles creuses, le vrombissement des moteurs et la cacophonie urbaine. On marche sur de larges trottoirs crasseux et rectilignes jonchés de papiers et de détritus. Au plus près des rebuts de leur terrifiant surnombre et de leur effarante promiscuité.

Les forêts – contrairement aux hommes – ont toujours obéi et respecté les lois et les rythmes naturels. Aussi n'ont-elles jamais produit d'immondices. De déchets polluants et irrécupérables. L'humus qu'elles créent est toujours un terreau propice à la vie. A son renouvellement. Et à sa célébration.

 

 

En d’intarissables jaillissements s'écoule la parole – la parole céleste. Et la main – trop pauvrement terrestre – est si menue et si lente qu'elle ne peut recevoir ce flot puissant et majestueux sans trahir sa parfaite justesse. Comme l'esprit du monde est trop étroit et encombré pour accueillir sa folle sagesse. Et pourtant sa force et sa beauté dévalent les pentes de la terre. Et couvrent la nature de leurs pépites. En une inexprimable perfection.

Ah ! Quelle aubaine pour les buveurs – tous les buveurs – de paroles sacrées ! La sagesse inonde leur cœur. Et leurs débordements – tels de minuscules ruisselets – rejoignent les torrents impétueux et les cascades puissantes du divin verbe céleste.

 

 

Le reflet de la lumière sur les feuillages. Et soudain l'esprit s'éclaire. Et le cœur s'illumine. L'âme, elle, reconnaît sa patrie. Et lui sait gré d'apparaître au monde. En ces lieux terrestres parfois – souvent ? – si hostiles et désolés. Si obscurs et misérables sans l'éclat et le rayonnement du soleil.

Quand l'âme du monde reconnaît le regard du ciel, elle s'envole parmi les anges et les nuages. Et perçoit avec plus d'acuité, d'intelligence et de justesse le charme des chemins et des paysages – toutes les merveilles – de la terre.

 

 

Un héron cendré au milieu d'un pré s'envole vers le ciel gris et nuageux. Il s'élance avec maladresse et majesté. Comme un ange exilé sur terre qui regagne son royaume.

 

 

Présent autant au ciel que nous habitons (et révérons) qu'à la terre que nous chérissons (et sur laquelle nous logeons). L'infinie tendresse du regard sur les merveilles de l'horizon. Comme la plus haute – et la plus parfaite – verticalité sur l'ensemble de l'horizontalité.

 

 

Les futaies régulières et les parcelles trop savamment organisées enlaidissent la forêt. On y sent avec trop d'évidence et d'ostentation la main ordonnatrice de l'homme. Et son esprit d'ordre et de méthode. Une offense à la flore – et à la vie – sauvages. A leur beauté brute et naturelle. A leur composition apparemment inorganisée mais, en vérité, harmonieusement et secrètement orchestrée.

Ce que la main de l'homme touche, crée ou invente* – hormis peut-être une part (une infime part) de l'art et de l'artisanat – se trouve enlaidi ou confine à la laideur. La main de l'homme devrait se faire plus légère. Il lui faudrait respecter les lois et les règles de la vie. Et du vivant. Et les laisser l'aider à construire un monde plus humain. Et plus vivable. Pour un jour, retrouver la grâce, la beauté et l'harmonie de la nature et – qui sait ? – peut-être l'enrichir en lui insufflant un surcroît de conscience...

* industrialisation, rationalisation, systématisation...

 

 

La pluie – lorsqu'elle se fait trop abondante – attriste les paysages. Les recouvre d'un voile – d'un épais voile – de désolation et de tristesse. Comme une immense toile qui emprisonne les yeux et l'esprit. Et dont ils ne peuvent se libérer qu'au sein du regard nu...

 

 

La solitude – la grande et vraie solitude – invite à la rencontre avec soi. Nécessaire et incontournable pour cheminer vers l'Être. De cette rencontre naît d'abord une connaissance approfondie de sa « propre personnalité », des mécanismes et du fonctionnement psychiques en général mais également – et surtout – lorsque les masques du personnage tombent et que les fausses évidences s'effacent, une connaissance sensible de l'infini, de l'Amour et de l'éternité. Un vécu ressenti et éprouvé de la présence impersonnelle que nous portons en nos profondeurs. Et que nous sommes fondamentalement. Et dont la force et le goût se révèlent et s'actualisent peu à peu au fil du cheminement vers la compréhension. Présence à laquelle tout être perceptif est en mesure d’accéder après s'être défait de ses encombrements perceptifs, idéatifs et émotionnels les plus grossiers. Une fois la nudité minimale requise pour goûter (et habiter) cet espace de présence, l'exploration se réalise alors de façon autonome. Sans la moindre volonté personnelle.

 

 

C'est dans le dépouillement et la nudité que se révèle la grandeur de l'être. Et le potentiel de l'homme. A la fois objet dérisoire et ordonnateur souverain.

 

 

Un bain de couleurs dans tes yeux transparents où se reflète le gris des nuages. Les visages tristes et ahuris. Le vent dans les feuillages. Le parfum des roses. Toutes les beautés de la terre. La détresse et la misère des hommes. Et le rire des enfants.

 

 

Dieu jette son dévolu sur les visages perdus dans la foule. Sur ceux que le chemin a égaré. Et dont les yeux désespérés contemplent le ciel en vain à la recherche du visage de Dieu. Ignorant encore qu'il se cache derrière toutes les choses – et toutes les créatures – du monde.

Dieu se tient tout proche – au plus proche – de ceux qui ont été engloutis par la désespérance et pour lesquels le ciel n'est même plus une promesse. Il leur enseignera ses lois. Leur apprendra l'Amour. Emplira leur cœur de bonté. Et invitera leur âme à se faire l'humble et dévouée servante de la sagesse et de la beauté.

Telle est l’œuvre – et la mission – de Dieu. Et tel est le travail de l'homme.

Ainsi le ciel façonne la terre. Réveille et ravive la lueur divine enfouie en ses profondeurs pour embraser l'étincelle d'Amour et d'Intelligence qui sommeille secrètement en son cœur. Afin de lui insuffler un surcroît de conscience.

Le ciel poursuivra ainsi sa tâche jusqu'à ce que le royaume céleste s'étende totalement – et de façon parfaite – sur la terre. Et l'ensemble de ses créatures.

 

 

Qu'y a-t-il donc dans le cœur d'un homme qui ne peut éclore ?

 

 

Ne te contente jamais de vivre à la surface des choses. A la surface de ton être. A la surface du monde. Vis en profondeur. Là se trouve le secret. Et la vérité. En ces profondeurs, la vie, le monde, l'infini, l'Amour et l'éternité se ressentent intensément. La vraie vie n'est pas ailleurs...

Ne crois pas à ces paroles avec légèreté. Eprouve-les. Vérifie leur authenticité. Même si la vie, le monde et Dieu conservent aujourd'hui leurs mystères, laisse-toi guider par tes aspirations et mener par les événements pour les comprendre – et les ressentir – profondément. Alors tu découvriras et goûteras ces vérités.

Une fois que Dieu t'aura montré son visage, des larmes couleront sur tes joues. Puis l'Amour, la paix et la joie jamais ne te quitteront. Quels que soient les chemins et les circonstances, tu arboreras un sourire inaltérable – un tendre et immense sourire – comme le parfait reflet de ton cœur sur tes lèvres. Je t'en prie, aie confiance en ce que tu portes et en ce que la vie t'offre. Au fil du cheminement, tu comprendras ce que tu n'as jamais cessé d'être – que tu ignores encore à cette heure et que tu es pourtant déjà...

 

 

Le miracle du ciel et du vent dont la patience érode les pierres. Lisse les aspérités de la terre pour qu'elles deviennent leurs exacts reflets. Leurs miroirs singuliers et sans ombre. Ainsi à travers elles, pourra parfaitement féconder le vent. Et rayonner le ciel.

 

 

Quelques lignes par jour. Voilà qui est suffisant... Habiter le ciel dans la simplicité des heures contente mon âme. L'écriture vient en surcroît. Comme une modeste offrande à la terre. Et un geste maladroit – une pauvre main tendue – vers les hommes.

 

 

Les poètes sans carnet, sans livre ni poèmes sont les plus prolixes. Et sans doute les plus sages et les plus heureux. Ils ne sont pas tributaires de leur main trop lente. Et trop terrestre. A chaque instant, le silence couche dans leurs yeux un poème. Mille – dix mille poèmes par jour qui apparaissent et s'effacent aussitôt. Et qui jamais ne tomberont dans des oreilles impies ou indifférentes...

 

 

En dépit de mon âme solitaire – foncièrement solitaire et sauvage – qui n'est sans doute qu'un trait idiosyncrasique, il me semble que ceux qui fréquentent – et aiment à fréquenter – le monde (humain) ne connaissent pas (pas encore ou avec insuffisamment de profondeur) les joies de la solitude et du silence. Rien pourtant n'est plus délicieux, épanouissant, exaltant et revigorant qu'une longue promenade solitaire au sein de la nature. Seul au cœur d'un espace désert, sauvage et isolé...

 

 

En définitive, peu de choses sont nécessaires au bonheur d'un homme. Un ancrage à la terre – un environnement et un mode de vie adaptés et respectueux de ses caractéristiques pour que son cœur se sente en harmonie – et un regard qui fréquente l'infini du ciel.

Ces deux éléments (que beaucoup – sinon tous – sont bien en peine de dénicher au cours de leur courte existence terrestre) suffisent pourtant à poser sur le monde et les vents qui tournoient – l'inévitable et indéfectible cours des choses – des yeux sages et aimants. Tantôt tendres et bienveillants tantôt rieurs et distants...

 

 

La présence. Le ciel et la terre. La vie. Les êtres et le monde. Les uns et les autres peuvent bien s'affairer ou gesticuler... changer et évoluer, détruire et exterminer, bâtir et inventer, il n'y a – et il n'y aura – en définitive, jamais rien de bien nouveau sous le soleil...

 

 

Le vent pousse d'abord les livres à s'ouvrir. Puis il entraîne les cœurs sur le même chemin. Lorsque les livres sont tombés – ou oubliés – et que tout est ouvert, Dieu peut y pénétrer. Alors plus rien n'est nécessaire...

 

 

Ah ! Le silence ! Le silence ! A l'écoute des mouvements et des changements. De tous les bruits du monde. De la vie et des créatures qui vont et qui viennent. Qui naissent et qui meurent, qui jouent, qui s'agitent et se promènent, qui vaquent à leurs affaires, qui créent, bâtissent et prospèrent, qui crient, agressent et se défendent, qui perdent, implorent et se plaignent, qui pleurent et qui rient, qui détruisent et disparaissent. Et qui recommencent. Dans tous les sens. Inlassablement... Ah ! Le silence ! Le silence !

 

 

Il nous est très difficile de vivre dans la proximité des hommes. D'être confronté de façon incessante à la pauvreté et à l'étroitesse du genre humain. A l'indigence et à l'exiguïté de sa perception, de ses représentations, de ses paroles et de ses comportements*. Mais surtout d'être contraint d'endurer, malgré nous, la bêtise et la médiocrité des lois, des règles et des règlements* qu'il impose – de façon inique, indue et tyrannique – à l'ensemble de la communauté terrestre... La fréquentation de l'humanité confine trop souvent à l'incarcération et à l'étouffement...

* Les hommes sont si aveugles et ignorants qu'ils n'ont conscience qu'ils emprisonnent la liberté, l'Amour et l'intelligence. Qu'ils les rétrécissent – et les réduisent à néant – pour les enfermer entre les 4 murs de leurs maisons, de leurs usines et de leurs bureaux. Entre les 4 rues de leurs villes et de leurs villages. Entre les clôtures et les grillages de leurs jardins. Entre les grilles de leurs parcs, de leurs forêts et de leurs bois. Entre les barbelés de leurs prés et de leurs champs. Ah ! Quelle misère ! Et quel manque d'ouverture ! Pauvres humains ! Comment pourrait-on décemment aspirer à les fréquenter ?!! Il est bien naturel que ceux qui vivent depuis l'espace impersonnel d'Amour, d'intelligence et de liberté se détournent de leur folie et/ou tentent de les faire sortir de leur marécage nauséabond en accompagnant leurs pas maladroits sur les chemins de la sagesse...

 

 

La beauté d'un texte – ou d'une phrase – laisse parfois s'échapper l'essentiel. Quant à sa puissance poétique, elle dépend – de façon substantielle – du degré de nudité et d'ouverture du scribe – et de l'humilité de sa main docile – qui note (avec fidélité) la parole que lui dicte le ciel...

 

 

Je deviendrais ce que je n'ai jamais su. Ce que j'ignore – et ai toujours ignoré. Ce qui toujours m'échappait. Et s'effaçait sous le poids de ma volonté trop vive...

 

 

Tu dissèques le monde. Et empiles les savoirs – une ribambelle de signes sans vie. Et sans substance. Qu'en feras-tu ? Crois-tu vraiment que la connaissance s'acquière ainsi ? Es-tu si naïf ? Au mieux tu deviendras un aveugle savant. Au pire un apprenti-sorcier maladroit ou un instrumentalisateur orgueilleux. Ainsi jamais tu ne connaîtras le goût de la vérité. Et de la sagesse. Pour les vivre – et les incarner –, elles doivent passer par le cœur et l'esprit vides et humbles – dépouillés de toute idée et de toute pensée, désencombrés de tout savoir, de toute volonté et de toute prétention. Il n'y a d'autre voie...

 

 

A l'instant où la misère te frappe, embrasse-la...

 

 

Que tu suives ta tête, ton cœur ou le ciel, tu trouveras Dieu derrière tes pas. Sur ton chemin. Et au bout de la route. Alors qu'attends-tu ? Va...

 

 

A l'angle de la rue se repose un chat.

Les hommes vaquent à leurs affaires.

Nous, nous ne faisons que passer.

 

Partout, nous ne ferons que passer

Tant que durera le regard

 

 

En un bond insolite, nous voilà (déjà) dans le ciel

Alors que nos pas traînent encore sur les chemins de poussière

 

Où as-tu mis ton cœur que la terre a recouvert ?

Un nuage l'a emporté au loin

Je le vois sourire de la moue qui me tord les lèvres.

 

 

Trop de pierres – et de cœurs – se reposent sur le chemin.

Jamais le ciel n'aura la force de les hisser jusqu'à lui.

Voilà pourquoi il fit naître le vent et la pluie – les chemins –

La marche et la souffrance

Pour qu'ils érodent l'excédent qui les maintient dans l'immobilité. Et la pesanteur.

 

 

Quel espace y a-t-il sur terre pour le ciel ? Je crains que toutes les places soient prises. Encombrées. Et surchargées. Contraignant Dieu à demeurer dans les nuées. Et les hautes sphères. En compagnie des anges peut-être...

 

 

Des cascades d'anges – des diablotins – s'amusent sur les toits. Ils y font mille cabrioles. Et autant de galipettes. Suis-je donc le seul à les voir ? Ah non ! Dieu aussi les regarde en ricanant.

 

 

Rares sont les hommes qui savent se donner tout entiers. L'essentiel des êtres humains ne s'offre qu'a minima, ne livrant que d'infimes bouts d'eux-mêmes – quantités infinitésimales – lorsqu'ils y sont contraints ou lorsque cela leur agrée – et que cela ne leur coûte que peu de choses en temps, en argent, en énergie, en effort, en écoute, en présence, en don d'eux-mêmes... Ils n'y cèdent – bien souvent – que pour donner le change. Exposer aux autres leur bienséance, leur normalité ou l'image fallacieuse de la générosité.

Et nous, nous n'aimons que ceux qui se dépècent jusqu'à l'os, donnant jusqu'à la dernière parcelle d'eux-mêmes. Outrepassant même leurs limites. Jusqu'à l'épuisement. Jusqu'à l'effondrement et la mort. Pour rien ou par esprit sacrificiel. Loin – très loin – de la perspective étroite, tiède, égotique et calculatrice des hommes qui n'aspirent – pour la plupart – qu'à s'économiser, à s'épargner et à protéger leur individualité et leur tranquillité, leurs acquis et leurs pauvres richesses. A durer le plus longtemps possible. Aaccroître le terme de leur frileuse et misérable existence.

 

 

En ces lieux d'absence, je ne me reconnais pas. J'aimerais marcher ailleurs. En des terres plus familières où les hommes seraient si proches de Dieu qu'on ne les reconnaîtrait pas.

 

 

Ne t'aventure jusqu'aux heures assassines. Elles te feraient chavirer. Ou te cloueraient sur place. Pour l'éternité.

 

 

Marche, homme ! Va où la foulée te mène. Que les décors changent, n'en doute pas ! Visages et paysages alterneront. Lorsque tu verras Dieu sur le chemin – en chaque foulée, en chaque visage, en chaque paysage, cessera ton périple. Mais tes pas continueront d'éprouver la route.

 

 

En l'honneur du rien, défais-toi de tout. En l'honneur de tout, ne sois rien. En l'honneur de rien, sois tout. En l'honneur de la terre, habite le ciel. En l'honneur du ciel, honore la terre. En l'honneur des êtres, fréquente le Divin. En l'honneur du Divin, sois présent aux êtres.

Jamais ne te restreins. Autorise-toi à être ce que tu es. Et ce que tu es à être...

 

 

Aux prémices du printemps dardent les bourgeons secrètement façonnés par l'hiver. Le monde semble renaître aux yeux naïfs. Mais l'apparent effacement n'est qu'une préparation à la manifestation – une préparation invisible au regard – trop grossier – des hommes. Une simple phase de l'éternel retour. Et de l'éternelle évolution. Ainsi en est-il de l'hiver et du printemps. Comme de la mort et de la vie.

 

 

De la terre s'envolent les oiseaux. Tous les oiseaux qui parcourent le ciel. Et du ciel s'envolent les anges. Tous les anges qui parcourent la terre. Et lorsqu'ils se rencontrent, de petites étoiles scintillent au dessus de l'horizon. Et dans les yeux des hommes brillent de petites flammèches de joie.

 

 

[Hommage à René Char]

Entailles de joie dans la souffrance. Voilà ce à quoi l'homme aspire. Et ce qu'il touche ordinairement. Qui sait que les blessures peuvent guérir ? Et les cicatrices s'effacer ? Une incessante pluie de joie sur une éternelle terre d'Amour. Voilà ce que Dieu peut offrir. Aux plus brûlants. Aux plus obstinés.

 

 

Se nourrir de poésie sans trait. Et d'un ciel sans nuage. Voilà ce que peut offrir le monde. Le reste n'est que dérisoires bagatelles. Et misérables contingences.

 

 

Volupté de chair. Etvolupté des profondeurs. La première donne faim. Et rend le cœur avide. La seconde nourrit le corps. Et apaise l'âme.

 

 

Les jours s'effacent. Et toujours tu t'ensommeilles. Tu crois regarder le monde. Et le comprendre. Mais le ciel n'a encore dessillé tes yeux. Comment pourrais-tu voir ?

Ne blâme pas ton regard. C'est ton cœur qui n'a pu s'ouvrir. Il ne peut y consentir que lorsqu'il s'est dénudé. Et défait de son surpoids. De ses charges qu'il a cru bon amasser pour se remplir. Et se protéger. S'éloignant ainsi de ce qui lui a toujours manqué – et qu'il n'a jamais cessé de chercher à travers toutes choses : la paix et la joie inconditionnées.

 

 

Présence. Nudité du regard. Disponibilité du cœur. Ouverture de l'esprit. Et liberté de l'âme. Il n'y a rien d'autre (à vivre) en ce monde. Tout le reste – toutes nos expériences et nos recherches – ne sont que des préalables.

 

 

L’archipel du temps où tu t'abrites. Et qui n'est qu'un sombre abîme. As-tu oublié le fugace des heures ? L’évanescence des jours ? La brièveté des années et des existences ? Et l'instant éternel ? Seule façon de vivre. Et seule manière d'être. Pleinement. Hors de toute temporalité*.

Plongés dans le gris – et le saumâtre – des jours, des semaines et des années. Soucieux et préoccupés, vaquant aux affaires du monde que nous avons fait nôtres. Et les instants et les heures clairs et ensoleillés, totalement vides et dépréoccupés. Entièrement ouverts et disponibles à ce qui est là – et surgit. Pleinement présents. Pourquoi donc ton cœur doute-t-il encore ? Et penche-t-il vers les sombres aiguilles de l'horloge ?

* La construction mentale du temps.

 

 

A l'instant où tu t'effaces, tu es. Et existes à ta pleine mesure. Pleinement. Jamais autant que ne pourra t'offrir la fugace satisfaction de tes pitoyables et tyranniques exigences...

 

 

L'espace hétéroclite que tu arpentes. En quête d’harmonie. Et d'unité.

Là où tu te reposes, le monde s'étire. Là où tu te rétractes, il se rétrécit.

 

 

Tu cours à grandes enjambées vers la sagesse. Prends garde à la folle foulée qui t'écartera de toutes les sentes. Confinant tes pas à l'étroite cour de la pensée ceinturée par les hauts murs de la déraison.

 

 

Le monde. Un lieu de nuages et de rêves que les hommes bétonnent. Et entre le béton qui se fissure poussent les fleurs. Renaissent les songes et la rosée. Le monde. Un lieu de nuages et de rêves. Et le béton bientôt disparaîtra sous les ronces. Et les songes et la rosée s'effaceront sous le soleil. Pour que la lumière apparaisse. Et puisse enfin éclairer le monde.

 

 

De l'incertain jaillissent les chimères(1). Et de ce qui est – la vérité de l'instant –, la justesse(2).

(1) Prévisions, projets et projections.

(2) Pourvu que le regard soit nu...

 

 

Le bagne lucratif où se jettent les hommes. Le vil labeur du monde (contemporain) n'a rien à envier aux geôles des esclaves. A leur travail de forçats. Et à leur misérable vie de fers et de chaînes...

 

 

Un phare céleste sur la terre. Pour quelques rares yeux curieux et avides de vérité. Les autres ne regardent que leurs pas. Comment pourraient-ils l'apercevoir ?

 

 

A mes oreilles sages s'agenouille la vérité. Pour me confier ses secrets. Heureuse d'ouvrir des yeux si humbles. Et de ce silence, mes lèvres restent muettes.

 

 

Pourquoi le goût de tes lèvres n'apaise pas ma faim de toi ? Ces mots, tant de poètes désemparés les ont écrits. Les offrant à tous les visages fallacieux rencontrés. Ignorant – ou pressentant peut-être... – que derrière chaque visage se cachait la face de Dieu. Sa bouche. Son sourire radieux. Et son cœur tendre et aimant. Prêt à accueillir l'amour – toutes les marques d'affection, de tendresse et de passion – que les hommes, à travers tous ces [ses] visages – et à leur insu – pouvaient lui offrir...

 

 

Dans l'espace rétréci du monde se reflète le silence. Et l'infini. Toutes les merveilles des hauteurs et des profondeurs. Mais les yeux des hommes, rivés sur leur marche – et leur allure – sont trop occupés pour les accueillir. Trop superficiels, trop chargés et trop étroitspour les goûter.

 

 

En ces cieux bas et en ces terres profondes, j'habite. Cathédrales de l'infime érigées en l'honneur de l'infini. Stèles du ciel parsemant la terre, je vous aime. Pousse vos portes ouvertes aux quatre vents. Me repose sur vos faîtes pour contempler votre visage. Et honorer vos promesses. Et vos merveilles. Me mêle à vos sabirs pour dialoguer avec la main de Dieu. Me convertis à toutes les fois pour libérer la glaise qui colle à mes pas. Marche enfin partout où vous poussez, sur vos passerelles, en vos interstices comme en vos déserts. Partout où vous apparaissez. Partout où vous vous effacez. Pour mieux accueillir le silence. Et le visage de Dieu. Et ses lèvres hilares qui appellent les hommes du fond de leurs secrets recouverts de leurs songes et de leurs désirs. Et qui s'entassent en poussière dans leurs yeux borgnes et maladifs. En ces cieux bas et en ces terres profondes, j'habite. Cathédrales de l'infime érigées en l'honneur de l'infini. Stèles du ciel parsemant la terre, je vous aime.

 

 

Ah ! Si vous pouviez imaginer, hommes, qu'ici le temps n'a plus cours. Et qu'avec lui, les espoirs et les désirs se sont effondrés. Et que nous dansons, joyeux, sur leurs cendres. Au rythme des vents qui balayent la plaine. Sous la pluie qu'abritent les montagnes. Et que notre ronde honore l'éternité qui s'est abattue sur nous. Et qu'aux suprêmes instants, la joie se déverse sur notre visage. Et de nos lèvres jaillit une paix insondable. Ah ! Si vous pouviez imaginer, hommes, qu'ici l'Amour a tout recouvert. A déposé ses baisers sur nos pieds crasseux et l'ordinaire des jours. Et toute la fange miséreuse de la terre resplendit à présent sous la lumière. Ah ! Si vous pouviez imaginer, hommes, notre rire à cet instant, vos pleurs cesseraient sur le champ. Comme votre désespoir et vos plaintes. Et vous jetteriez votre espérance par dessus vos murs. Au bas des falaises. Pour enfin voir la terre, le ciel et la mer avec les yeux émerveillés de l'innocence.

 

 

Et de nos yeux rougis par la joie, le soleil s'embrase. Et sur nos yeux ouverts se déverse la pluie. Et au dedans, le cœur cogne aux parois du vent. Et le voilà, tout léger, qui s'envole. Retrouver l'innocence du printemps.

 

 

De la clameur du monde et des foules – et des rumeurs qui grondent en leurs veines –, tu n'entends rien. Et aux arbres qui dansent et au vent qui rugit dans les montagnes, tu offres ton cœur que le ciel, un jour, a ramassé patiemment, recollant un à un les morceaux que le monde avait éparpillés, au cours de ton long assassinat, sur le sol hostile et rugueux de la plaine. Et qui a pris aujourd'hui la forme d'une main habile et secourable – une main gigantesque (presque indécente) – aux oreilles immenses et aiguisées qui sondent la misère du monde – et des foules – à la recherche de doigts tendus, d'yeux tristes et implorants et de cœurs déchirés qui appellent le ciel en silence. Que le monde, la foule et les rumeurs ignorent. Et que les pas aveugles des hommes et leurs souliers barbares effacent...

A présent nous ne sommes plus qu'une oreille informe – et presque infinie – munie d'un bras aimant et guérisseur. Qu'un œil immense et clair qui contemple le monde, ce cyclope borgne, ce monstre hideux bâti par de minuscules créatures aveugles et misérables dont la beauté, la bonté et la sagesse ne pourront éclore que sous le feu de ce visage titanesque. Sans lui, le monde demeurera à jamais un univers de rêves, obscurci par nos songes incandescents. Et lui seul, muni de son oreille et de son bras sauveur, pourra l'éclairer. Le faire naître au grand jour. Pour que le réel enfin le devienne pleinement.

 

 

Bouillonnants – débordants de vie et d'énergie –, pleutres, frileux, ignares et prétentieux. Et déjà agonisants. Ainsi vivent les hommes. Et à leurs funérailles les cloches sonneront. Comme elles sonnèrent au jour de leurs noces. Et pleuvront les louanges. Et s'entasseront les espoirs. Avant la disgrâce. Pour annoncer l'espérance de la vie prochaine. Et qui vient déjà. Si bouillonnante, si débordante de vie et d'énergie, si pleutre, si frileuse, si ignorante et prétentieuse. Et déjà agonisante. Ainsi est la vie – et la mort – des hommes. Et l'une et l'autre se renouvelleront indéfiniment. Et nous verrons à chaque occasion s’édifier de dérisoires monuments et de misérables célébrations de circonstances. Avec son lot habituel d'espoirs médiocres et inutiles...

 

 

Dans l'enceinte du cœur rue l'éternelle sauvagerie que l'Amour seul peut apprivoiser.

 

 

De disgrâce en disgrâce, tu mûris. A chaque malheur, tu as beau pleurer, ton cœur s'éveille – peu à peu – à la souffrance. Se défait de ses charges. Et de ses encombrements. Aiguise sa sensibilité. Jusqu'au jour où la joie recouvrira toutes les défaites. Et sur la déchéance – et le déshonneur –, la paix bâtira une chapelle où pourra se réfugier le monde. Tous les vaincus de cette terre. Et sur la disgrâce naîtra l'Amour. Pour réconforter les âmes défaites que la disgrâce anéantira encore. Ainsi naît – et se propage – l'Amour, la lumière bienveillante.

 

 

De chimère en chimère, la vérité naît au monde. Et voit le jour en l'esprit obscurci. Elle se révèle comme une sculpture déjà taillée dans une pièce de bois brut. Et elle apparaît – majestueuse et éternelle – tel un diamant émergeant de la gangue qui le retenait caché et prisonnier. Lorsqu'elle émerge, nous jetons au ciel les scories qui la voilaient. La sueur et les peines de notre labeur et de notre fouille. Puis lorsqu'elle s'inscrit en nos profondeurs, nous célébrons la vérité – et toutes ces chimères – d'une égale façon.

 

 

Dans l'effacement de ton individualité, l'Absolu(1) se manifestera à travers tes singularités(2). En leur offrant leur plus parfaite justesse(3).

(1) Le Divin

(2) Ta forme singulière, tes caractéristiques et particularités.

(3) Et en usera de la plus parfaite façon selon les circonstances et les situations.

 

 

[Hommage à Paul Verlaine et à Jules Laforgue]

Ô Silence, un surplus de candeur tu m'as octroyé. Pour que je regarde sans frémir le monde tournoyer. Ah ! Que la vie est quotidienne ! Et dans mon repli que tu avais fait saturnien, le rien a revêtu sa plus pure essence – et ses plus dignes parures – pour me faire apprécier, de mon cachot infini, la ronde sans sourciller.

 

 

La vie, le monde, l'Amour, la joie, la paix et la vérité se goûtent – ne peuvent se goûter (profondément) que – de l'intérieur. A moins que le rayonnement de l'Être soit si fort et irradie vers l’extérieur avec une grande puissance et sans la moindre trace égotique, tout signe trop ostentatoire – trop ostensiblement perceptible – n'est l’œuvre – ne peut être l’œuvre – que d'imposteurs. Fuyez donc ces fieffés menteurs vautrés dans le paraître et la mystification qui usurpent les habits et les délices des humbles et authentiques goûteurs !

 

 

Lorsqu'un poète vous accompagne – que vous le lisez chez vous ou en promenade –, il vous insuffle provisoirement sa sensibilité. Et son regard. Et si vous êtes vous-même sensible – et un peu poète –, c'est à travers eux que vous toucherez le monde pour quelques instants...

 

 

Une forme quintessenciée*. Toute forme ne devrait-elle pas l'être ? Voilà une bien naïve – et bien fallacieuse – question ! En effet, à y regarder de plus près, toute forme, bien sûr, ne peut éviter de l'être...

* Non au sens usuel mais au sens premier et extrapolé du terme – non usité – (essentiel)...

 

 

Les hommes vivent au ras du sol. Et à la surface d’eux-mêmes, des choses, du monde et de la vie. Peu savent que la vraie vie se cache, se révèle – et se déniche – à la fois dans les hauteurs(1). Et dans les profondeurs(2). Voilà sans doute pourquoi tous s'agitent et gesticulent ainsi sur la terre en explorant tous les recoins du monde – et de la vie – avec l'espoir immature de découvrir le saint Graal...

(1) Au sein du regard d'arrière-plan impersonnel que tout être perceptif peut ha-biter...

(2) A travers la sensibilité, la sensorialité et le sentiment d'unité entre le regard impersonnel d'arrière-plan et l'ensemble des phénomènes et des mouvements qui s'y manifestent...

 

 

Le ciel n'a pas la même envergure en ville, à la campagne et dans la nature sauvage. Plus l'espace est large, ouvert et dépouillé, moins les paysages obstruent son immensité, moins la main de l'homme se fait pesante, plus sa dimension infinie est accessible au regard...

 

 

Il y a un ciel que ne peuvent voir les yeux. Mais le cœur peut s'en approcher. Et l'habiter. Pour le découvrir, il suffit de fréquenter l'infime du monde. Et de partir du plus bas de la terre. Et de ce rien – et presque riens – le ciel pourra jaillir en votre cœur. Il n'y a d'autres chemins...

 

 

Le monde*. Terre de fleurs, d'épées et de dentelles où les chemins tantôt égayent tantôt égarent. Terre de malheurs et de joie pour quelques rares pèlerins de Compostelle. Terre de beuveries et d’infamie. Terre de guerres et d'idolâtrie. Le ciel sous ta coupe est encore noir. Et la brume dans les regards jamais ne fera de toi le paradis que réclament tes créatures. Ô Sol impie, qu'attends-tu de nous ? Que l'Amour naisse en votre cœur. Que poussent vos bras sauveurs. Et que vous chantiez nos louanges en votre esprit ouvert. Pour que le ciel et l'intelligence rayonnent sur notre terre.

* Le monde humain.

 

 

A pas lents dans l'ornière s'entassent les morts. Et les vivants ? Ils piétinent derrière les grilles du cimetière. Seul le sage se tient à l’écart, assis sur les hauts murs de la terre, rigolant du spectacle – du triste spectacle – des hommes. Guidant jusqu'au promontoire – et sans trop y croire – les quelques mains tendues et assoiffées de vérité. Et des autres, que peut-il faire ? Il les ignore* – il ne peut que les ignorer – comme ils ignorent* le ciel, les sages et la sagesse. Il se moque parfois d'eux tantôt avec tendresse tantôt avec rudesse. Et il lui arrive de leur lancer un sourire pour les inviter à lever les yeux. A quitter leur misérable foule – et leurs barges bondées – où ils patientent en trépignant devant les portes du cimetière.

* mais d'une autre façon...

 

 

Un jour, deux chérubins malicieux me demandent de leur expliquer l'existence humaine. L'existence des hommes ? Quelle drôle de question ! leur dis-je, c'est bien simple... A chaque jour, le même refrain. A chaque semaine, la même rengaine. A chaque année, les mêmes couplets. A chaque vie, la même chanson. Ah ! Que diable ! Quel pauvre répertoire ! s'exclament les deux amis en chœur, qu'on leur offre donc d'autres partitions ! Et soudain je vois Dieu en surplomb qui les toise avec dédain en continuant à jouer du clairon...

Quelques jours plus tard, mes deux chérubins – si soucieux de comprendre les hommes – s'avancent vers moi pour me poser une nouvelle question. Cette fois-ci, ils veulent savoir si l'on peut apprécier(1) le degré de conscience d'un homme. Son degré de conscience ? ai-je répété, un peu surpris. Vous voulez sans doute parler de son degré de compréhension et de maturité ? Les deux amis acquiescent. C'est simple ! Très simple ! dis-je (avec assurance), il suffit de les observer quelques instants ! Mais les deux diablotins font la grimace et m'invitent d'un hochement de tête à approfondir mon argumentation... Le mieux, ai-je repris, serait d'aller les voir et de leur poser cette simple question : que puis-je vous offrir ? Des bières, des femmes(2), de l'argent, un enseignement de sagesse ? Les deux chérubins se regardent et éclatent de rire. Et aujourd'hui, quelle serait leur réponse ? me demandent les deux acolytes. Aujourd'hui ? ai-je encore répété (un peu bêtement). Aujourd'hui, la plupart des hommes sont si avides de plaisirs et de satisfactions (narcissiques) qu'il est probable qu'ils optent pour l'une des trois premières propositions, signe évident de leur grande immaturité(3). Quelques-uns (de très rares esprits, avides de vérité) choisiraient la dernière option, gage d'une recherche(4) encore immature. Et quelques-uns – quelques rares spécimens du genre humain – déclineraient votre offre en souriant, preuve tangible d'une certaine maturité. Et voilà mes deux anges, satisfaits de mes réponses, qui s'envolent vers le ciel. Pour – peut-être – aller rapporter mes propos à Dieu (leur saint patron céleste). Pauvres anges ! ai-je dit en les regardant s'éloigner, comment peuvent-ils douter un instant que Dieu ne soit pas au courant ? Et lors-qu'ils disparurent, je me dis qu'avec les hommes et les anges, Dieu avait encore du pain – encore pas mal de pain – sur la planche...

(1) Avec plus ou moins d'exactitude...

(2) Désolé pour ces propos qui pourront paraître phallocratiques mais cette question s'adresse principalement aux hommes (aux mâles) et bon nombre d'entre eux – aujourd'hui comme hier – fait montre de peu de considération pour la gente féminine... En outre, si vous tenez à féminiser cette question, il serait loisible de remplacer les mots « bière » par « cocktail » et « femmes » par « amour » ou « prince charmant »... Non ! Je vous en prie ! Ne riez pas ! Et n'allez pas croire que mes propos soient désobligeants, réducteurs ou exagérés... Posez la question autour de vous, et vous verrez...

(3) Leur grande immaturité spirituelle sauf, bien sûr, s'ils ont vraiment soif... et qu'ils réclament une bière pour se désaltérer...

(4) Une recherche spirituelle encore immature...

 

 

Dans le ciel, les yeux de Dieu scrutent la terre – toute la surface de la terre. Il cherche ceux qu'il pourrait aider de sa faux, de son épée ou de sa main secourable. Et, croyez-le, le travail ne manque pas... Et pour l'aider, toute une armée de créatures qu'il a équipées d'une paire d'yeux, de faux, d'épées et de mains secourables...