Journal / 2016 / L'intégration à la présence

Seule présence dans le jour naissant, le silence de l'aube. Le silence partout. Dans la fureur du monde. Dans le cri des hommes et leurs mains qui frappent les enclumes et les visages. Le silence encore dans le chant des oiseaux et la caresse du vent sur les herbes des plaines et les arbres des forêts. Le silence toujours au sommet de l'Amour, dans l'agonie des pas et des murmures et dans le sable, la terre et la poussière où l'on inhume les corps. Et le silence toujours. Indéfiniment jusqu'au crépuscule des temps. Et le silence encore après sans doute...

Il y a des visages et des gestes précieux. Il y a des sourires, des paroles et des silences qui gravent leur lumière dans notre cœur. Et dans notre chair. Ils sont comme un soleil qui efface le plomb – et les ombres – de notre vie. Il n'y a de plus belles – et émouvantes – rencontres... De celles rares – trop rares – qui offrent l'Amour. Et qui vous invitent avec douceur – avec délicatesse – à prendre le maillet et le burin pour libérer le cœur de la gangue qui l’asphyxie. Ainsi éclosent – et se perpétuent – l'Amour et la lumière passant – et se transmettant – de cœur à cœur...

 

 

La rage née des petites frustrations accumulées – et se mêlant à la grande – et magistrale – insatisfaction* – se transforme bientôt en langueur qui recouvre les jours. Monotonie et fadeur de l'absence entrecoupée de maigres et dérisoires plaisirs. Si communes aux existences tièdes. Et aux âmes frileuses et terrées dans leur chagrin dévastateur. Bien au chaud – mais si mal à l'aise – entre ses griffes rassurantes et sournoises...

* Le sentiment d'incomplétude...

Et que de ravages et de saccages au-dedans... Et que de morsures et de griffures infligées à la ronde lorsque le cœur à bout de force – à bout de souffle – lui offre l'occasion de s'exprimer... Que de conflits et de guerres, de brimades et d'atermoiements avant qu'il ne soit prêt pour le grand voyage. Et qu'il ne parte sur les chemins inconnus en quête de la réponse à l'énigme de sa magistrale insatisfaction...

 

 

La seule incongruité en ce monde est de ne pas aimer. Et la seule extravagance de ne pas en ressentir l'impérative nécessité. Caractéristiques pourtant si communes – et si banales – parmi les hommes...

 

 

La terreur des yeux naïfs et la tranquillité des yeux innocents face à la puissance et à l'insoutenable violence du monde où les dominants et les prédateurs imposent leur pouvoir et leur hégémonie et infligent leurs brimades et leurs exactions sans tressaillir. Sans même qu'une voix s'élève pour s'opposer à la cruelle nécessité de la barbarie et de l'ignorance. Pour en stopper l'horreur et l'ignominie et en dénoncer les dérives et les excès... Pas même celle des yeux sages qui en comprennent les terribles exigences...

 

 

Celui qui est porté par le souffle métaphysique est – et sera toujours – irrésistiblement amené à cheminer vers – puis à côtoyer – l'être, le Divin et l'Absolu. Qu'importe son existence, son entourage et son environnement, il apprendra peu à peu à vivre – à penser et à agir – avec profondeur, consistance et vérité. Et finira immanquablement par fréquenter l'Amour et l'intelligence.

 

 

L'inépuisable – et illusoire – fantasme d'un monde (phénoménal) de silence et de paix. Quelle posture immature... Comment pourrait-on y accéder puisqu'il n'existe – et ne peut exister. Plus sage serait d'habiter le regard – et l'espace – de silence et de paix qui accueillent les bruits et l'agitation de ce monde inévitablement bruyant et effervescent...

 

 

On voit partout les êtres avancer leurs lèvres – et leurs mains – mendiantes avec leur manière sournoise ou franche. Et l'Amour – intègre – qui se donne. Qui se donne à tous sans compter...

 

 

Où s'échappent ces jours lointains que la mémoire blesse de ses oublis ? Et dont l'effacement pourtant nous délivre de leur poids...

Le déclin silencieux du soleil sur les collines effaçant les instants du jour. Comme remisés dans la pénombre de la mémoire et du crépuscule naissant...

 

 

Un jour mourront naturellement les exigences et les attentes qui accompagnent notre existence. Alors s'ouvrira spontanément en nous l'accueil inconditionnel du réel et du monde dont l'ignorance, la barbarie et les excès nous sembleront nécessaires. Comme des étapes incontournables d'un processus inexorable. Et il nous deviendra alors naturel de laisser libres leurs élans...

 

 

N'ayons crainte. Jamais l'essentiel ne nous quittera. Et toujours ce qui nous est nécessaire adviendra... Peu importe notre existence, notre mode de vie et nos fréquentations, ils se manifesteront sans l'ombre d'un doute pour nous faire découvrir – et vivre pleinement – ce que nous n'avons jamais cessé d'être. Ce que nous n'avons jamais cessé de chercher depuis l'aube des temps...

 

 

En ce monde où l'on se tient loin de chez soi, nous sommes encerclés par les paysages désertiques et les cités surpeuplées, par les longues routes interminables et les cœurs inhospitaliers qui nous réduisent à l'exil. Et à la poursuite de notre longue marche. Avec parfois, il est vrai, quelques mains tendues et quelques lèvres accueillantes qui adoucissent temporairement la rudesse des chemins. La solitude et l'adversité du voyage. Voilà sans doute pourquoi tant d'hommes renoncent à leurs recherches. Et à leur quête... Devant ses difficultés, ils se résignent à s'installer là où les mains et les lèvres se font les moins féroces...

 

 

La probité ne se laisse appâter ni par le gain ni par le plaisir. L'homme droit et honnête n'aspire qu'à la vérité. Qu'elle éclate – qu'elle puisse éclater – dans la tranquille clarté des jours...

 

 

Dieu – l'être présent en notre cœur –, les rares objets qui nous entourent (et dont nous avons l'usage...) et les quelques livres posés sur notre table solitaire nous donnent l'étrange sentiment d'être l'homme le mieux accompagné du monde...

 

 

Mes livres n'ont jamais vraiment intéressé les hommes. Maintes raisons pourraient être invoquées : écrits confidentiels très peu « grand public », contenus exigeants et fort peu distractifs, absence de visibilité etc etc. Mais deux d'entre elles me semblent réellement déterminantes. La première tient sans doute au fait qu'ils se sont toujours situés à la frontière de plusieurs genres littéraires ; journal, récit autobiographique, aphorismes, pensées et réflexions et de plusieurs domaines ou disciplines peu « apprécié(e)s » par les hommes : existence, philosophie, poésie et spiritualité. La seconde tient sûrement au fait qu'ils se sont toujours situés dans une sorte d'entre-deux en essayant d'abord de relater le passage de l'homme ordinaire vers les contrées de l'intériorité puis de décrire le passage de l'homme intérieur vers le Divin. Itinéraires – et processus – naturels si peu présents parmi les hommes* qu'ils ne peuvent revêtir à leurs yeux le moindre intérêt...

* Excepté, bien sûr, chez les êtres, très rares en ce monde, en quête d'Absolu et de vérité...

 

 

Le fol élan de l'accomplissement – et la folle exigence de l'achèvement – présents dans l'esprit des hommes orientent les pas vers le monde – le monde à l'achèvement et à l'accomplissement impossibles – au lieu de les inscrire dans le regard. Dans la juste et parfaite perspective du regard.

Toutes les formes, tous les phénomènes et tous les mouvements qui traversent l'espace donnent le tournis – encombrent et saturent les yeux, l'esprit et le cœur de l'homme (et des êtres de ce monde). Tant d'élans et de cabrioles ne peuvent être accueillis que dans le regard ayant pleinement investi l'ensemble de l'espace perceptif.

 

 

Le monde et les hommes – l'esprit et le cœur – sous l'emprise d'un mastodonte à la chair de papier gonflé par le souffle des désirs et de l'espoir. Et à la mécanique instinctive. Qui harcèle les hommes – et les êtres – de ses directives insensées. Il n'y a en ce monde de joug plus puissant...

 

 

Quoi de plus émouvant qu'une parole poétique abreuvée à la source silencieuse qui s'offre au monde – comme le parfum des fleurs et la beauté des paysages – pour (lui) redonner le goût du silence...

 

 

La récurrence du monde – et ses phénomènes cycliques – sont une danse célébrative toujours nouvelle que l'esprit a pourtant tendance à considérer soit comme un rituel immuable et rassurant soit comme une source de corvées dont il aimerait s'épargner la pénibilité...

 

 

Les hommes dévoilent rarement leur vrai visage. Ils craignent tant la solitude et ont tellement peur de passer pour de tristes grincheux, de fieffés malotrus ou des êtres sans grâce qu'ils revêtent le masque accort de la sociabilité – figure et sourire agréables et de circonstances pour paraître aimables et plaisants. Dignes d'être fréquentés et aimés... Costumes et carapaces impénétrables qui évincent l'authenticité et relèguent le lieu de la rencontre à de superficiels et insipides échanges sans dissimuler pour autant la tristesse, l'ennui, les failles, la peur, la morosité et l'incompréhension*...

* L'incompréhension d'être en vie et au monde...

 

 

Du vaste monde – et de l'infini du cœur – ils ne verront rien. Enfermés dans leurs circuits étroits. Hommes et bêtes rivés – et attachés – à la place et à la fonction auxquelles on les a assignés...

 

 

Il n'y a de firmament plus généreux que celui offert au croisement de la terre et du ciel...

Il n'y a de ciel plus boisé – et plus épais – que celui offert par les songes. Il n'y a en ce monde d'azur plus impénétrable...

 

 

La bouche – et la parole – bavardes. Intarissables malgré le silence des jours.

 

 

Des cris dans le silence. Les hommes s'égosillent en vain. Dieu n'attend d'eux ni plaintes ni explications. Mais un cœur habité – et silencieux – pour que jaillissent la présence et l'écoute. Alors cesseront les cris, les plaintes et les explications...

 

 

Il n'y a de lieu où habiter là où règnent le tragique et l'éphémère. Seul l'espace en surplomb peut accueillir le cœur et le regard. Voilà l'unique demeure. Ouverte et éternelle.

 

 

Des siècles de néant et de terreur ont recouvert l'Amour. Et l'ont empêché d'éclore. L'obligeant à pénétrer lentement les esprits pour voir le jour...

Se défaire de toutes les exigences – celles de l'esprit comme celles du monde – afin de retrouver l'innocence et la plénitude de l'effacement. Sa joie et son ravissement. Il n'y a de façon plus juste – et plus belle – d'être au monde. Et de porter nos yeux sur lui...

 

 

Il y a en ce monde peu – très peu – de lieux et d'êtres qui nous enthousiasment. Et qui nous donnent l'envie de nous arrêter pour les habiter ou les fréquenter. L'essentiel du temps, ils nous incitent à passer notre chemin. A poursuivre notre route et notre voyage...

 

 

L'esprit – et le cœur – des hommes si indifférents et si insensibles – si éloignés les uns des autres – que l'on en arrive parfois à se demander s'ils ne forment vraiment qu'une seule entité... Et pourtant... Et pourtant... En dépit des apparences, nous pouvons non seulement l'envisager mais le ressentir...

 

 

Rien que le silence et l'infini. Et le monde sans cesse renaissant...

Il n'y a d'heures plus radieuses que lorsque l'âme s'émerveille avec innocence...

Lorsque l’œil caresse le monde, sa tendresse lui est pleinement rendue. Et l'on voit bientôt l'un et l'autre s'unir en une incroyable volupté...

 

 

Seules les âmes crédules et immatures imaginent qu'il est nécessaire de s'armer pour traverser la vie et le monde. Les autres savent bien qu'il est préférable de se départir de ses armures et de ses boucliers. De ses lances et de ses épées...

 

 

Il n'y a d'horizon plus bas – et plus plat – que celui de l'espérance. Terres trompeuses où se cache un abîme immense. La chute en révèle le mensonge. Et ouvre à la magnificence du présent éternel.

 

 

Présence. Gestes quotidiens nécessaires accomplis avec lenteur et sagesse. Longsinstants silencieux et poétiques parsemés de quelques notes – et de quelques paroles – pour en témoigner. Rien ne saurait me combler davantage...

De longs espaces de solitude et d’harmonie savent guérir l'âme blessée par la folle – et exigeante – compagnie des hommes et l'inépuisable inhospitalité du monde...

 

 

Le monde – jungle sauvage – que les hommes ont transformé en créature monstrueuse dont la violence toujours éventre la terre. Et blesse – et éviscère – les êtres et les âmes...

 

 

Il n'y a d'artistes – et d'auteurs – plus malfaisants et qui éloignent davantage de la vérité que ceux qui s'évertuent à caresser l'esprit dans le sens du poil...

 

 

Créatures en sursis, oublieuses de l'échéance, menant une existence mécanique d'automate dont l'esprit nie la précarité et l'évanescence des corps – et du monde – tout en pressentant, malgré elles, l'éternité de l'esprit et du cœur...

Difficile de vivre l'esprit en paix avec la mort suspendue partout alentour. Et qui nous guette – et qui s'approche – en se moquant bien de nos lèvres blanches...

 

 

Jamais les pas silencieux dans la forêt n'épouvanteront l'âme des arbres et des bêtes. Au contraire, ils la rassurent sur l'innocence présente dans le cœur des hommes...

 

 

Que de cœurs, d'yeux et de mains insecourables sur cette terre ! Comment les hommes – et les êtres – peuvent-ils donc survivre à tant de solitude ?

Si l'on ne m'avait offert de ressentir l'être – la présence de Dieu – en mon cœur, je crois que j'aurais quitté ce monde depuis bien longtemps...

 

 

On voit les silhouettes courir sur l'horizon. S'affairer avec fureur et tapage à leur tranquille besogne. Et le ciel en surplomb qui reste silencieux...

Fureurs endiablées aux sourires enjôleurs et aux pas – et aux lèvres – frénétiques emplissant le monde de leurs danses futiles. Brassant l'air et occupant l'espace à seule fin de voir briller au fond des prunelles une jolie grimace singeant les traits de l'Amour... Amour pourtant qui les attend au creux de l'abîme solitaire qu'elles craignent tant de traverser...

 

 

Chairs frottantes – et esprits et cœurs accrocheurs – dissimulent fort mal leurs envies de plaisirs et de réconfort. Et le fief où, résignés, ils réfugient leur solitude inépuisable et désespérée...

 

 

L'odeur de la souffrance et de la misère qui suinte par tous les pores du monde. Et que seule efface la funeste fragrance de la mort...

 

 

L'odieuse appropriation des hommes. Non pour satisfaire l'essentiel et l'indispensable mais pour se parer des draps absurdes du pouvoir, de la richesse et du prestige...

 

 

Lorsque le monde ne se montre hostile et inhospitalier, il affiche son indifférence et son insensibilité. Combien de créatures vivent-elles, agonisent-elles et crèvent-elles sans un regard ni la moindre main levée ? Sans même pouvoir s'appuyer sur une épaule secourable ou réconfortante au cours de leur misérable existence et de leur affreuse agonie ?

 

 

Quelle sombre exaltation habite donc les yeux fous des hommes...

 

 

Si nous sommes nus – et savons le demeurer –, tout nous appartiendra. Et ainsi vêtus, il ne fait aucun doute que nous ferons usage du strict nécessaire...

L'esprit, le corps et le cœur se satisfont toujours de peu lorsqu'ils habitent l'innocence...

 

 

Arc-boutés contre les murs de leur fief indigent et dérisoire, les hommes – et leur absurde et risible prétention – me font sourire... Mais cette humeur légère ne se manifeste que parce que je retiens mes sanglots et mes hurlements... De toute façon, personne n'entendrait ni mes pleurs ni mes cris... Aussi avons-nous pris le parti d'en sourire...

 

 

Quoi qu'il arrive – et quoi qu'il se passe –, il s'agit toujours d'une affaire entre soi et soi. Il ne peut en être autrement en cette vie. Et en ce monde...

 

 

Passant éphémère et dérisoire certes... mais pas totalement étranger à l'essentiel...

 

 

Un pas en appelle toujours un autre. Après un pas toujours arrive le suivant... La mort même ne saurait (nous) en délivrer... Ainsi avance – tourne et s'édifie – le monde sous le regard silencieux de l'infini.

 

 

Une percée dans le ciel nuageux appelle une autre lumière à éclairer l'obscurité du monde. A laquelle les yeux des hommes resteront aveugles comme à leur habitude...

 

 

Les instants crasseux de la saisie, de la menace et de la discorde effrayés par les hauts murs de l'Amour. Craignant de s'y écraser. Et ignorant que celui-ci n'érige – ne peut ériger – ni frontière, ni rempart ni barricade. Que ses bras accueillent tout sans distinction. Et que cet accueil transforme aussitôt toute traversée en effacement...

Seule présence dans le jour naissant, le silence de l'aube. Le silence partout. Dans la fureur du monde. Dans le cri des hommes et leurs mains qui frappent les enclumes et les visages. Le silence encore dans le chant des oiseaux et la caresse du vent sur les herbes des plaines et les arbres des forêts. Le silence toujours au sommet de l'Amour, dans l'agonie des pas et des murmures et dans le sable, la terre et la poussière où l'on inhume les corps. Et le silence toujours. Indéfiniment jusqu'au crépuscule des temps. Et le silence encore après sans doute...

 

 

Infime créature au ciel infini que les vents poussent et font chavirer. Mais dont le regard pénètre – et accueille – le monde entier. Dérisoire pelote de glaise dont l'esprit fréquente – et habite – l'indicible. Le mystérieux espace où tout est enfanté...

 

 

Tant de sourires et de mensonges. Tant de cris et de murmures. Tant d'histoires, de gestes et de grimaces si inconvenants face à la mort. Face à la gravité – et à la brièveté – des jours. Et face à l'Amour...

Le silence sera toujours la plus belle réponse – et la plus belle parure – face au monde. Et à ses offenses...

Habiter le silence restera à jamais notre seule façon d'être au monde. La plus juste. Et la plus digne...

Dans le silence, le monde s'efface. On accueille simplement ce qui advient – et se manifeste – sans autre souci que de se maintenir dans cet accueil silencieux. Qu'importe les bruits, les cris, les agissements et les réactions, on s'en tient à ce silence. Et à ce qu'il dure tant que nous demeurerons...

 

 

Les êtres – et les hommes – ne nous apprécient – et ne nous aiment – jamais pour ce que nous sommes. Pour nos caractéristiques singulières à moins qu'ils n'en tirent profit ou avantage d'une quelconque façon ou qu'elles coïncident avec quelques-unes de leurs attentes et/ou correspondent avantageusement à quelques-unes de leurs représentations. En général, ils apprécient – et aiment – simplement que nous nous comportions à leur égard de façon plaisante, agréable, respectueuse et bienveillante et/ou que nous fassions valoir avantageusement leur individualité et/ou leur donnions un quelconque sentiment d'utilité... Et qu'importe que ces marques de gentillesse, de respect et de bienveillance ou que ces postures de séduction narcissique soient feintes pourvu qu'elles soient apparentes et ostensibles... Bien sûr, certains êtres, et en particulier certains hommes, aspirent à ce que ces attitudes se manifestent avec sincérité (et parfois même avec profondeur...), mais il est si aisé de les flouer – et de duper leur esprit – qu'une sincérité apparente, la plupart du temps, les contente...

Les hommes éprouvent déjà toutes les peines du monde à percer les mystères de leur propre individualité – et de leur propre intériorité –, comment pourraient-ils mettre à jour l'énigme que représente(nt) l'Autre – les autres ? Comment pourraient-ils connaître – et ressentir avec clarté – leurs intentions, leurs désirs et leurs arrière-pensées dissimulés, le plus souvent, dans les arcanes et les méandres parfois alambiqués du cœur et de la psyché ?

Pour les hommes, l'Autre et l'être sont – et resteront à jamais – d'inaccessibles inconnus...

 

 

Qu'ils en aient conscience ou non, l'être œuvre secrètement – et silencieusement – dans le cœur et l'esprit des êtres – et des hommes. Et oriente les vents du monde pour qu'ils leur façonnent des événements et des circonstances à leur mesure... Ainsi se réalise, ici-bas, la besogne – et la mission – de l'être : éclore – et s'épanouir – partout. Et en chacun...

Aussi inutile de vouloir précipiter la conscientisation de l'être et son processus d'actualisation. Ils adviendront en temps voulu lorsque l'esprit et le cœur seront suffisamment mûrs pour les recevoir...

 

 

L'interminable chemin de l'ombre parcourant tous les paysages de l'esprit, du cœur et du monde. Visitant indifféremment leurs méandres obscurs et leurs allées lumineuses...

 

 

Ce que l'on sait – et ce que l'on connaît –, inutile de l'exposer à travers des discussions, des débats, des enseignements ou même à travers quelques livres (que nous pourrions être tentés d'écrire...). On le porte en soi. A jamais. Et ce qui se perd – et s'oublie – ne mérite pas que l'on s'y attache.

L'essentiel – et le fondamental – jamais ne peuvent disparaître... Être. Être simplement. Et être se vit – et s'éprouve – ici et maintenant avec ce qui est dans la situation présente... Tout le reste n'a aucune importance...

 

 

L'inépuisable sourire silencieux que n'effaceront jamais ni les jours ni les nuits du monde...

 

 

La terre est dépeuplée. Personne sans le regard. Pas même l'ombre d'une présence fantomatique. Aussi est-il juste, l'essentiel du temps, d'appréhender – et de traverser – le monde et l'existence comme si tous les visages étaient aveugles(1). Comme si notre regard et notre présence – et l'être qui anime nos profondeurs – constituaient l'unique sujet(2) dans les paysages et les décors du monde... Et l'on verrait ainsi son cœur se défaire naturellement – et presque aussitôt – des peurs, des inhibitions, de la colère et des attentes – bref de tout le superflu qui l'encombre inutilement. Nous verrions aussi émerger – et fleurir – nos aptitudes et nos prédispositions naturelles. Et nous verrions enfin s'instaurer, presque à notre insu, le juste équilibre entre ce qui nous est essentiel et ce qui nous est nécessaire...

Ainsi notre vie, notre chemin d'existence et notre cheminement intérieur (vers la vérité et notre nature profonde) se réorganiseraient naturellement pour que jamais nous ne nous écartions de nous-mêmes – et de ce qui nous est fondamental et indispensable. Et nous sentirions alors s'effacer peu à peu notre individualité pour que l'être – l'être qui habite nos profondeurs – puisse éclore, s'épanouir et rayonner de façon de plus en plus pleine et magistrale...

(1) Ce qu'ils sont d'une façon ou d'une autre... totalement ou partiellement...

(2) Ce qu'ils sont lorsque l'identification égotique a été éradiquée...

 

 

Ah ! Qu'il est doux d'habiter à nouveau le regard vierge et innocent ! Comme si nous rentrions au bercail après des siècles de voyage, d'errance et de circonvolutions sur toutes les sentes de la terre. Et que nous retrouvions enfin notre fauteuil posé sur la terrasse originelle pour nous y installer en silence – et en paix – afin de contempler avec émerveillement toutes les danses étranges du monde – toutes les danses funestes et merveilleuses des êtres qui peuplent ce monde...

 

 

Vers quelles réjouissances te hâtes-tu ? Vers celles qui peuplent – et abreuvent – le monde et qui ensommeillent les esprits ? Ou vers celles qui fleurissent dans la solitude et le silence ? Dis-moi de quoi tu te réjouis, et je te dirais qui tu es...

 

 

Des pas, des paroles et de la poussière, n'est-ce pas là résumée toute notre vie...

 

 

L'eau, le feu et le vent (l'air) offrent leurs bienfaits à la terre lorsqu'ils se donnent avec mesure (et parcimonie). Mais lorsque la puissance les anime et qu'ils déferlent en quantité, ils dévastent, anéantissent et déblayent la terre – ils la purifient en quelque sorte – pour qu'elle se renouvelle. Et trouve un nouvel épanouissement...

 

 

La dureté du monde, l'insensibilité des êtres et l'indifférence des hommes. Quel âpre et rude destin pour les créatures de glaise qui s'éveillent à la conscience...

Qu'elles reçoivent donc nos plus vifs et nos plus sincères encouragements dans le lent et difficile cheminement qui les attend... Et quels sont les meilleurs encouragements – les plus justes et les plus puissants – que nous pourrions leur offrir sinon nous montrer bienveillants – aussi bienveillants que possible – à leur égard. Et présents et sensibles – autant que nous en sommes capables – à leurs appels, à leurs demandes et à leurs interrogations...

 

 

L'homme, créature impitoyable dans un monde impitoyable. Au sommet de la hiérarchie des instincts. Si réfractaire – si peu réceptif – à l'intelligence et à l'Amour qui le délivreraient pourtant de l'ignorance et de la barbarie...

 

 

On n'échappe à rien en ce monde. Tout nous agrippe – et nous façonne – avant de nous abandonner. Jusqu'à ce que nous comprenions ce que nous sommes : regard innocent dans le silence et l'infini...

 

 

Il y a à l'entrée du village, près de la maison (où nous avons emménagé depuis peu...), une vache solitaire dans un pré ceinturé de barbelés. Et quelle que soit l'heure à laquelle nous empruntons la petite route qui longe ses pâturages, on la voit paître ou ruminer – vaquer à ses tranquilles occupations – avec une apparente indifférence comme si elle ne se sentait guère concernée par les événements du monde alentour. Mais en dépit de cette indolence, il y a dans ses yeux – dans ses grands et beaux yeux de ruminant pacifique – un amour et une innocence mêlés de tristesse et de résignation – une flamme de la plus belle et plus profonde humanité qui ferait pâlir plus d'un homme en ce monde. A la fois mère tranquille et mère courage dont la présence, l'attitude et le regard m'émeuvent profondément. Et qui m'offre la joie, la sensibilité et le soutien nécessaires pour commencer ma journée dans le monde des hommes...

 

 

Un chant d'oiseau dans l'aube brumeuse. Comme le jaillissement de l'eau dans le désert. Comme le jaillissement de la joie – et de la couleur – dans la blancheur un peu terne des jours...

 

 

Des ruines émerge la mémoire que l'oubli efface. Et l'effacement ouvre à la splendeur du présent. En aiguisant les sens à l'émerveillement innocent...

 

 

Où s'en sont allés tous les visages croisés ? Et tous les visages aimés ? Etaient-ils seulement composés de chair et de sang ? Avaient-ils seulement quelque réalité ? Qui donc les habitait ? Découvrirais-je un jour celui qui animait leurs traits et faisait jaillir leurs rires et leurs pleurs ? Comment a-t-il pu quitter leur visage ? Et où s'en est-il allé ? Serais-je un jour capable de le retrouver ?

 

 

Etrange monde que celui où nous vivons à la bassesse aveugle si commune – si avérée. Et si prompte à se répandre comme une lave dévastatrice et empoisonnée...

Avec quelle indigence blesses-tu encore la vie ? Faut-il que tu sois profondément endormi ou meurtri pour te livrer ainsi à la barbarie – et ne pas trouver la force de jeter toute cette misère aux orties...

 

 

Le monde nous happe. Et nous nous laissons cueillir sans un bruit. Sans une main levée. Pour n'avoir bientôt que le monde pour souci. Comment pouvons-nous donc nous abandonner à ce point ? Pourquoi ne fuyons-nous pas ces lieux marchands où tout jusqu'au désespoir se négocie à prix d'or ? Pourquoi ne trouvons-nous pas la force d'échapper à cette vie où l'amour, la joie et la mort se vendent pour quelques pièces jetées ?

 

 

Le plus juste ne survient ni de l'Amour qui se cherche ni des bonnes intentions. Mais des noms qui s'effacent...

 

 

Lorsqu'il n'y a encore d'innocence, l'exigence est le maître mot – et le maître d’œuvre – de notre existence. Et nous restreignons alors l'espace en le soumettant à nos aspirations et à notre volonté.

L'innocence est le seul garant d'un espace vierge, ouvert et infini. Apte à recevoir – et à accueillir sans résistance – tout ce qui le traverse...

 

 

Ah ! La vanité de tout discours ! De tout propos ! De toute parole ! Et leur si peu d'incidence sur le cœur – et la vie – des hommes ! Tant de bruits inutiles et de fadaises... Comme il est vain de dire, de juger, de critiquer, d'analyser et d'expliquer. Mieux vaut demeurer silencieux. Et préférable – et bien plus fécond – de contempler et de s'émerveiller. D'être. En glissant de temps à autre une parole poétique – née du silence.

Et lorsque je songe à mes misérables notes, à toutes ces pages écrites depuis déjà tant d'années, je me dis qu'elles ne sont bonnes qu'à mettre au feu... Quelques brins de paille pour allumer un grandiose – et magnifique – feu de joie...

 

 

La solitude, bien sûr, est inégalable. Mais si l'on me demandait – ne sait-on jamais ? – de choisir mes fréquentations, j'opterais plus volontiers pour les morts que pour les vivants. Pourquoi ? Parce que leur compagnie me semble bien plus plaisante. Bien moins encombrante. Et bien moins dommageable et contrariante. Les morts sont source de beaucoup moins de soucis, de tracas, de dégâts et de désastres que les vivants...

 

 

Le savoir – la volonté de savoir et ses innombrables instruments – naissent de la peur. La connaissance – la connaissance de soi et l'aspiration à la vérité – naissent également de cette peur. Mais on ne s'y attelle que lorsque l'on comprend que le savoir est incapable d'éradiquer la peur... Nous ressentons alors intuitivement que seule la connaissance est en mesure de l'effacer. Et nous avons raison : lorsque nous comprenons réellement ce que nous sommes – et ce qu'est le monde –, la peur disparaît naturellement...

 

 

Lorsque l'aube se cache sous nos paupières sombres – à l'abri, tapie dans l'ombre – que l'innocence nous semble lointaine. Et inaccessible...

 

 

La vérité ne naît jamais de la parole. Elle jaillit du monde – de tous les êtres et de toutes les choses du monde – qui invitent – qui invitent toujours – le regard à retrouver son innocence...

Les livres sont vains. Bien plus vains que l'herbe et les fleurs des chemins. Les livres sont un détour – comme une récréation – vers le ciel. Et sous leurs airs anodins, l'herbe et les fleurs nous en disent toujours plus long sur l'infini et le silence que toutes les pages du monde...

 

 

Un minuscule carré d'herbe verte sous un coin de ciel bleu. Et tous les horizons alentour et au-dedans... Voilà qui est bien suffisant pour être au monde et habiter l'infini...

Mais l'homme pourra-t-il jamais découvrir – et connaître – le monde et l'infini ? Pourquoi se sent-il si peu concerné par eux – et par l'Absolu – l'Absolu qui habite toute chose ? Pourquoi se cantonne-t-il à cette existence misérable et étriquée ? Et pourquoi – lorsqu'il se met à les chercher – se croit-il obligé d'aller fouiller là-bas aux confins de l'ailleurs ?

 

 

Aux paroles indigentes du monde, à ses gestes sournois et furieux et à ses pas mécaniques et sans âme, acquiesce d'un sourire silencieux. Mais que jamais ton visage ne trahisse ton âme ! Qu'il lui demeure fidèle en toutes circonstances...

 

 

Notre vie. Un amas – et une succession – de petits riens que l'esprit (le psychisme) transforme, selon sa nature, en admirables merveilles ou en détritus dérisoires. En mont de merveilles un peu illusoire ou en monceau de détritus un peu exagéré... Mais pour Dieu – et le regard –, ces petits riens sont toujours d'infimes – et essentiels – grains de sable enchanteurs et miraculeux qu'il habite – et emporte avec lui dans le silence et l'infini...

 

 

Et dans cette longue nuit qui nous emporte, on voit les mains se lever, les bouches cracher leurs cris rauques de résistance, les pas s'agiter et les yeux – et les cœurs – s'affoler. Aucun être – aucun homme – n'est, bien sûr, épargné. Nous claudiquons tous, aussi apeurés, sur le fil fragile de l'existence qui mène inéluctablement à la mort. Et qui pourrait avoir la force de se livrer – corps et âme – à l'abandon et à l'effacement ? Celui qui en a ressenti l'impérative nécessité pour y avoir entrevu la seule issue possible à la peur et à la tristesse – à toute la misère d'être au monde. Et qui a épuisé toutes les duperies et les faux-semblants pour y échapper...

 

 

L'encombrement est source de soucis et de tristesse. Et l'innocence, source de joie et d'émerveillement. Pesanteur, crispation, malheurs et morosité d'un côté. Légèreté, tranquillité, profondeur et consistance de l'autre. Et passer des premiers aux seconds est la grande affaire de l'âme. Et nécessite, le plus souvent, un lent et long processus de dépouillement du cœur et de l'esprit. Avis donc aux amateurs... Mais qu'ils sachent que le souffle métaphysique qui les anime doit être puissant pour ne pas se décourager face aux innombrables obstacles et difficultés qu'ils rencontreront...

 

 

Il y a dans les pétales d'une fleur des champs, une pierre sur un chemin, un brin de paille, un visage triste ou un sourire innocent davantage de beauté et de vérité que dans toutes les pages – et toutes les paroles – du monde... même les plus belles et les plus émouvantes – même les plus admirables...

Qui serait assez idiot – et assez aveugle – pour penser ou croire le contraire ?

Quant aux autres fadaises humaines (toujours plus nombreuses...) et à toutes les billevesées commerciales et distractives (de plus en plus envahissantes...), il se serait absurde et vain d'espérer y trouver la moindre parcelle de beauté et de vérité... Elle ne recèlent que laideur et mensonge...

 

 

Le poète – et le philosophe – ne choisissent ni leur plume ni leur encre. Pas davantage qu'ils ne choisissent leur table et leurs paysages. Ils sont comme l'ouvrier et l'artisan qui manipulent les outils à leur disposition sur l'établi ou le chantier que la vie leur a offert. Une seule certitude peut-être : l’œil et le geste s'aiguisent à force de travail sans en n'avoir pourtant jamais fini avec leur besogne...

 

 

Un livre doit réconcilier et ouvrir. Profondément et authentiquement. Sinon il n'est qu'un amas de lettres mortes...

 

 

Nous avons déjà tant à faire avec nous-mêmes qu'il serait sage de laisser le monde prendre soin de lui – et s'occuper de ses affaires... L'innocence que nous arborerons constitue – et constituera toujours – l'aide la plus précieuse – et le meilleur secours – que nous pourrions lui offrir...

Œuvrer sans relâche – et dans un esprit d'abandon – à faire naître – et à nous maintenir dans – cette innocence est donc le meilleur service que nous puissions lui rendre...

 

 

Invisibles traces d'une âme sans éclat côtoyant pourtant l'essentiel, familière de l'infini et du silence, de la profondeur du regard et de l'épaisseur du monde, que nul n'aura vu passer. Et qui s'effacera comme elle a vécu : dans l'insondable solitude de l'anonymat. Et dans l'admirable – et merveilleuse – humilité de l'innocence...

 

 

Être. Être simplement là pour accueillir ce qui se présente à nous. C'est ainsi que nous prenons soin du monde. Et que nous veillons sur lui. Non avec idéalisme, ambition et prétention. Mais avec réalisme et humilité au fil des événements et des circonstancesqui se manifestent dans le regard...

 

 

L'infini et le silence – Dieu et l'Absolu – ne peuvent constituer une fin en soi. Et bien qu'ils représentent sans doute le saint Graal pour l'homme en quête, ils ne sont, en vérité, que des instruments – les plus simples, les plus vastes et les plus puissants – au service de la conscience et du monde dont se sert l'homme-regard pour être parmi les êtres et les hommes...

 

 

Dieu aime le simple et le fragile. Et on les trouve partout. A chaque instant. Dieu est dans les détails – dans tous les détails – de notre existence. Et le plus anodin en est la plus évidente vitrine (même si Dieu, bien sûr, ne tient boutique et n'a rien à vendre...). Toujours il est là qui se tient devant nous – et qui nous attend – avec ses bras ouverts immenses et tendres...

Le Diable, dit-on, est dans les détails. Mais rien n'est plus faux. Seul notre esprit démoniaque aime à critiquer, à se plaindre et à ergoter pour mille diaboliques raisons... C'est Dieu, en vérité, qui est dans les détails... dans le vent qui caresse les feuilles des arbres, dans une tasse de café posée sur un coin de table, dans la rosée du matin, dans la beauté d'un visage endormi sur l'oreiller, dans le soleil qui se lève à l'horizon. A chaque instant, mille détails nous rappellent sa présence. Et nous invitent à goûter à la tendresse de son Amour. Et il n'y a rien de plus délicieux pour l'âme envahie par son regard qui se pose sur le monde – sur tous les détails de ce monde – comme une longue caresse innocente sur un corps ensommeillé. Comme traversée par une douce et langoureuse extase...

 

 

L'homme-regard. L'innocence et l'Amour au service de l'être et du monde. Non de façon théorique, idéaliste et présomptueuse. Mais dans le plus simple, le plus ordinaire et le plus quotidien. Dans les plus infimes détails de cette existence...

 

 

La précieuse – et merveilleuse – présence d'un visage dont le nom s'est effacé. Gardien à la fois du plus simple et du plus sacré qu'il mêle en gestes lumineux – et en paroles éclairantes – dans le plus ordinaire des jours. Le plus grand réconfort à toute la misère du monde...

 

 

Il y a des visages et des gestes précieux. Il y a des sourires, des paroles et des silences qui gravent leur lumière dans notre cœur. Et dans notre chair. Ils sont comme un soleil qui efface le plomb – et les ombres – de notre vie. Il n'y a de plus belles – et émouvantes – rencontres... De celles rares – trop rares – qui offrent l'Amour. Et qui vous invitent avec douceur – avec délicatesse – à prendre le maillet et le burin pour libérer le cœur de la gangue qui l’asphyxie. Ainsi éclosent – et se perpétuent – l'Amour et la lumière passant – et se transmettant – de cœur à cœur...

 

 

Un jour, bien sûr, les innocents finiront par mourir. Comme les autres. Comme tous les autres. Comme les naïfs, les obscurs et les ténébreux. Mais l'innocence, elle, est éternelle. Quant à l'obscurité et aux ténèbres, elles sont, ne l'oublions pas, les premiers pas de la lumière. Et l'on peut voir partout l'innocence et la lumière aller sur les chemins – à travers tous les paysages – pour que l'Amour jamais ne s'éteigne...

 

 

L'Amour est comme une couronne de lumière posée de façon discrète – de façon presque invisible – sur les âmes simples et innocentes qui la portent avec humilité pour réconforter – et éclairer – toutes les ombres qui passent en ce monde...

 

 

En écrivant, on invite Dieu – et tous les anges – à venir se poser sur la page blanche. Et ce sont leurs paroles – et leur dialogue silencieux – qui s'inscrivent sur notre feuille. Nous, on se contente d'écrire sous leur dictée. Le plus gros du travail – de cette belle et inutile besogne – est de les écouter. De les écouter de la plus fine et de la plus juste des façons... Et l'on n'y parvient que lorsque l'on s'est effacé. Le silence alors révèle ses trésors que l'on note sans empressement sur notre petit carré de papier.

Et à travers chaque mot et à travers chaque phrase – et entre chacun d'eux – c'est le silence qui se confie... Et il a plus à dire que toutes les paroles – et tous les bavardages – du monde. C'est lui seul qu'il convient d'écouter. Il est partout. Sur toutes les pages et sur tous les visages. Il est dans le ciel comme dans les plus obscurs recoins de la terre. Il est en nous, partout, à chaque instant lorsque nous savons nous faire silencieux...

Et si nous pouvons le surprendre à travers nos lèvres, et toutes les lèvres et toutes les choses du monde, nous comprendrons alors qu'il ne s'entretient qu'avec lui-même – dans un étrange et merveilleux soliloque. Et il n'y a, en vérité, rien de plus facile pour l'entendre : il suffit simplement d'être à son écoute...

 

 

Porter le monde contre son cœur. Et lui offrir notre regard et nos gestes tendres et désintéressés...