Journal / 2017 / L'intégration à la présence

La nature chante la terre. Et le ciel. N'entendez-vous pas les louanges des forêts adressées au soleil ? Ne voyez-vous pas l'attente fébrile de l'herbe au passage des nuages ? Et qui peut être sourd aux grognements des hommes qui partout crient leur désir d'infini ? 

La lumière jamais ne se révèle comme nous l'avions imaginé. Elle apparaît – et se montre – toujours telle qu'elle est. Indemne de tous nos fantasmes. 

Il n'y a de souillures dans la lumière. Seulement des ombres éclairées dont bientôt les traces s'effaceront...

  

 

La douce tranquillité des heures – et des jours – qui passent. Et l'émotion toujours vive de l'instant...

  

  

L'écriture. Notes éparses. Bribes du ciel. Fragments de la parole. A l'image peut-être de la vie et de la terre qui s'offrent par petits bouts. Trop vastes. Trop infinis sans doute pour se livrer tout entiers en une seule fois...

 

 

L'assise inerte des années. Branlante et poussiéreuse face à la lumière, toujours neuve et fraîche, du soleil. Mais n'est-ce pas la même aurore, chaque jour, que nous apercevons ?

 

 

Après avoir marché tout l'après-midi dans le vent frais de l'hiver, notre âme – et notre corps –, chaque soir, se réfugient au coin du feu. Hypnotisés par la chaleur et la lumière des flammes qui dansent dans la cheminée. Se réchauffant – et se consolant peut-être parfois de la carence de l'astre intérieur...

 

 

Comme les astres, les corps et l'esprit tournent autour d'une orbite immuable. Soumis aux cycles incessants du haut et du bas, du proche et du lointain, du jour et de la nuit. Se déplaçant selon leurs exigences. Et au gré des activités afférentes... Comme tout ce qui existe en ce monde, nous ne sommes, en définitive, que les infimes corps célestes de l'univers...

Seuls le cœur et le regard – la présence sensible – échappent (peuvent échapper lorsqu'ils s'ouvrent pleinement au silence, à l'infini et à l'Amour) aux danses tournoyantes des formes et des élans d'énergie. Et avec les forces mécaniques des mouvements, il y a fort à parier qu'ils en sont les principaux chorégraphes...

 

 

La vie – et le monde – jamais ne se lassent de leur ronde incessante. Quant au cœur, il lui arrive (et il lui arrive d'ailleurs fréquemment) de se sentir saturé lorsqu'il se voit envahi (et parfois même submergé) par les vagues perpétuelles des événements. Voilà sans doute pourquoi il cherche sans cesse la paix et le repos avant de pouvoir accéder à l'infini – à l'aire céleste de l'accueil inépuisable et permanent...

 

 

Quel goût ont donc les lèvres de pierres ? Et comment franchir le grand mur des visages ? Et dire que nous ne sommes entourés que par des ombres et des silhouettes de sable...

 

 

La vie, les êtres et le monde sont un paysage qui nous invite à percer les mystères du décor...

 

 

Le gouffre s'est retiré. A la place trône l'assise instable des vents. L'Amour et la quiétude du cœur. Et un peu plus haut – en surplomb – la présence. Le regard sans trace. Le souverain inamovible régnant sur les siècles. Et qu'importe qu'ils soient d'ombre ou de lumière...

 

 

Les grandes enjambées du temps nous poussent vers le néant. Et au milieu de la course – et à chaque intervalle – et au cœur même des abysses, nous attend le petit tertre de l'instant qui ouvre sur l'éternité.

 

 

Il n'y a à la fois de plus sévère réprimande et de plus parfait acquiescement que le silence. Selon, bien sûr, la nature du cœur. Et, plus essentiellement encore, selon sa maturité...

 

 

Ne vous êtes-vous jamais demandé si les vivants enviaient peut-être parfois la quiétude des morts ? Et si les morts ne regrettaient pas, quant à eux, leurs élans d'autrefois et la grâce sensible du corps ? Et qui d'entre nous sait qu'existe une voie médiane : vivre la paix de l'âme dans les élans et les grâces de l'esprit et du corps – vivant avec le corps – et mort sans lui... Mais toujours présent...

 

 

La nuit anonymeLa nuit sans visage des jours fraternisant contre le sable et la lumière. Etoiles défigurant l'Amour...

 

 

Où va donc la vie lorsqu'elle se retire – lorsqu'elle quitte les visages ? Et où – et comment – réapparaît-elle ? Comment s'y prend-elle pour donner naissance à d'autre visages – pour leur donner souffle – et les animer ?

Pourquoi la vie – et le vivant – n'obéiraient-ils pas aux mêmes lois que les autres formes et mouvements d'énergie – apparaissant lorsque les conditions leur sont propices et s'éteignant lorsqu'elles disparaissent ?

D'où vient le souffle – et la respiration ?

Il aura fallu à la terre des milliards d'années pour voir émerger le vivant. Combien de temps faudra-t-il à l'homme pour créer une autre forme de vie – intelligente et autonome ? Et que penser de toutes ses gesticulations actuelles pour faire émerger la virtualité – les prémices peut-être (les prémices sans doute...) d'un nouveau monde. D'une ère nouvelle. Et d'une nouvelle forme de vie...

Et quand bien même l'homme réussirait ce défi incroyable, il ne poursuivrait, en réalité, qu'un très ancien processus qui chamboulerait, bien sûr, la vie et le monde comme tant d'autres révolutions terrestres par le passé – et qui complexifierait sans aucun doute les liens et les échanges entres les formes existantes – mais se rapprocherait-on pour autant de l'origine première – de la source de toute création – la conscience ? La ferions-nous advenir en ce monde avec plus d'aisance ? Avec plus de rapidité ? Et échapperait-on à la création expansive – à cette forme de déterminisme quasi mégalomaniaque qui règne dans le monde énergétique... ? Tant de questions, bien sûr, sans réponse...

 

 

Le monde est un agglomérat de matière qui court – qui s'agite et s'élance – partout dans le regard impassible. Si proche. Et si accessible aux êtres perceptifs. Et pourtant impénétrable (quasiment impénétrable) tant qu'ils demeureront prisonniers de leur vision étroite...

 

 

Nomade des jours sédentaires. En dépit des rites journaliers, le cœur demeure frais. Ouvert et disponible. Sans attache malgré les petites ritournelles. Mais comment les hommes enfermés dans leur vie étroite – si certains de la solidité de leur existence, de leur palais ou de leur taudis pourraient-ils le comprendre ? Esclaves de leurs pauvres biens, de l'espoir et des promesses que leur a chuchotées la vie, ils se cramponnent à l'horizon immuable des désirs. Vouant leur existence à satisfaire leur irrépressible envie d'un ailleurs – et d'ajouts – plus salutaires...

 

 

En ces jours d'hiver, un soupçon de mélancolie. Si douce – et si tendre – qu'elle ne pourrait entamer la joie qui nous porte...

 

 

La poésie peut se faire lumière. Mais parfois, elle fait ombre à la vérité qui se cache derrière la beauté des paroles. Aussi sachons, nous autres lecteurs, voir son rayonnement sans succomber à l'éblouissement des mots et des émotions suscitées...

 

 

L'époque encense les romans. Et les romanciers. Place la fiction au dessus de la poésie. Et la méprise. Signe révélateur de cette ère de mensonge où l'on croit que le déguisement révèle le vrai alors qu'il le fait disparaître. Qu'il l'évince et l'efface. Mais les yeux d'aujourd'hui rêvent tant d'un ailleurs plus vivable qu'ils s'imaginent que l'artifice pourra, l'espace d'un instant, les soustraire à la misérable réalité où ils croient être enfermés...

 

 

Les heures calmes du jour avant le grand départ sur les chemins où le visage de Dieu attend notre saine foulée. Et les horizons noirs où continuent de s'enfoncer les hommes. L'aurore – et les matins clairs – ne sont pas prêts de voir le jour. Nous succomberons tous avant la fin de la nuit...

 

 

La poésie – comme toute démarche artistique authentique – est d'abord le reflet de l'être qui se cherche. Puis, lorsque la rencontre a lieu, elle devient le reflet éblouissant de la lumière.

Si l’œuvre n'est sous l'emprise de la quête – et si elle ne sait restituer la réponse, pourquoi donc faire jaillir l'expression ? Ne serait-elle pas alors qu'une simple étoile décorative collée au plafond pour se donner l'illusion d'être en plein ciel, ou pire peut-être par dépit et résignation... pour se persuader qu'un ciel factice est capable de remplacer le vrai qui, lui, semble si inaccessible...

 

 

A quoi bon la lumière – la lumière du jour – la lumière des lèvres – la lumière des gestes – et la lumière des livres – si les yeux sont obturés ? La délivrance ne naîtra qu'avec la cessation de l'aveuglement. Et l'effacement de la cécité ne pourra se produire qu'au dedans même du regard...

 

 

Les jours assassins. Et la nuit souveraine de l'homme. Malédiction ou promesse pour le monde ?

 

 

Partout la terre est en feu et en cendres. Partout le béton recouvre les parcelles. Partout les murs et les barbelés fragmentent l'espace. Et défigurent les territoires. Partout la terre est dévastée par l'ambition de l'homme. Sa violence et son irrespect. Et le monde nous parle d'intelligence, d'humanité et d'humanisme ? Fieffés aveugles à la prétention – et aux mensonges – détestables...

En voyant la barbarie à l’œuvre dans le monde, il y a toujours (chez moi) une colère sourde mêlée de tristesse qui gronde sous la joie... Comme si se cachait – à peine dissimulé – derrière chaque note – et chaque mot – un petit marteau inutile pour frapper les esprits. Et tenter vainement d'en extirper l'horreur et l'aveuglement...

 

 

Les pas, les paysages et les paroles viennent – et se dévoilent – au jour le jour. Il n'y a d'autre façon de vivre et d'écrire. Ni d'autre manière de traverser l'existence et le monde.

 

 

Les chemins de l'automne et de l'hiver, voies de la tristesse et de la mélancolie. De l'abandon et de la solitude. Comme un juste retour des choses après l'effervescence, le foisonnement et la folle gaieté du printemps et de l'été.

 

 

Nous sommes à la fois les rayons et les canaux de la lumière (et de la vérité). Des passages obscurs et obturés ou des passages vides et dégagés qui laissent plus ou moins passer – se diffuser et rayonner – leur clarté...

 

 

Le cœur vide peut jouir de la luxuriance du monde. Et de toute l'abondance de la terre. Mais la sobriété, en général, a ses préférences. Le strict nécessaire contente habituellement ses exigences naturelles...

 

 

On reconnaît un homme sage à la sobriété de son pas. Et de son allure. Les gestes peuvent bien se faire lents ou vifs, la parole douce ou impétueuse, l'âme – et la mèche – consensuelles ou rebelles, si le cœur sait rester ouvert et innocent, le silence n'en est pas moins habité. Et malgré les particularités, la vacuité et l'effacement toujours demeurent...

 

 

Tout geste, toute action et toute activité portent en eux leurs limites. Et bien que nos efforts puissent les repousser, elles finiront tôt ou tard par être atteintes. Seuls le cœur et le regard – l'Amour et l'intelligence sensible – sont infinis en ce monde. Absolument sans limite...

 

 

Dieu – et le silence – obéissent à d'autres lois – à d'autres règles – que celles qui régissent la communication habituelle – et le besoin expressif (si souvent grossier) – des hommes. Les bavardages, les plaintes, les demandes d'explication aussi bien que les prières de supplication ou d'intercession seront toujours vains. Et inappropriés.

Le silence sera toujours la réponse. A toutes les demandes. A toutes les questions. Et il sera toujours inentendu. Et incompris. Seuls le cœur silencieux – et la parole, en particulier la parole poétique – qui sont les reflets du silence (du silence du Divin et du silence poétique qui, lorsqu'ils sont correctement habités, se confondent...) seront d'une quelconque utilité pour ressentir la présence éminemment vivante – et vibrante – de Dieu et du silence...

 

 

La nuit, croyez-moi, n'en a pas fini de nous éclairer...

 

 

La nature chante la terre. Et le ciel. N'entendez-vous pas les louanges des forêts adressées au soleil ? Ne voyez-vous pas l'attente fébrile de l'herbe au passage des nuages ? Et qui peut être sourd aux grognements des hommes qui partout crient leur désir d'infini ?

 

 

L'heure – et la vie – s'en sont allées au delà de l'horizon. Et à présent les hommes pleurent, agenouillés devant leurs ruines...

 

 

Le monde séjourne dans nos yeux l'espace d'un instant. L'espace d'un souffle ou d'un bâillement. Puis il tombe dans l'oubli. Et lui qui aimerait tant trouver refuge dans notre cœur. Si fermé. Ignorant toujours la clé qui pend tristement à ses côtés...

 

 

Le vent n'est que le frémissement du temps que nous n'avons su accueillir. Et qui ébouriffera notre vie pour ne pas avoir vu son précieux chargement...

 

 

J'aimerais parfois avoir l'âme aussi souple que l'herbe courbée par la rosée du matin.

 

 

Je ne suis qu'une âme accueillant la parole. Qu'une main ingrate noircissant la lumière qu'elle reçoit... Et toutes ces empreintes obscures – toutes ces griffures sur le papier – ne sauraient (même si j'en avais le plus ardent désir...) restituer la joie qui m'est donnée...

 

 

Il n'y a de souillures dans la lumière. Seulement des ombres éclairées dont bientôt les traces s'effaceront...

 

 

Ne défie l'Amour. Ni la vérité. N'aie pas cette folie ! Sois-y sensible. Et ton cœur s'ouvrira à leur présence. Et l'existence, crois-moi, deviendra grandiose...

 

 

Le feu gronde dans la vallée. Et les figurines – et le décor – sont de papier. De minuscules flammèches emporteront le monde. Et nous autres, nous nous tiendrons là, présents, à la fois tristes et heureux de l'autodafé où, sous la cendre, tous les palimpsestes se réécriront... Espérant seulement, cette fois-ci, que la lumière éclaire davantage les âmes et les mains. Et l'encre noire des destins.

 

 

Chaque jour est le grand voyage. Nul besoin d'ailleurs et de contrées exotiques. Le chemin des heures toujours montre la route. Et toujours mène vers le lieu mystérieux et sans mystère où naissent le temps et le monde pour contempler, l'âme et l’œil posés au cœur de l'infini, leurs rondes incessantes...

 

 

Il n'y a (pour moi) de plus grand pèlerinage que de marcher dans la forêt en compagnie des feuilles mortes...

 

 

Les étoiles sont minuscules dans le ciel. Et leur lumière est si faible. Peut-être – qui sait ? – ont-elles été autrefois des hommes...

 

 

Comme un rapace, la mort fend le ciel et s'abat sur la terre. Et lorsqu'elle nous agrippe – et nous tient dans ses serres – inutile de se débattre, nous serons emportés...

 

 

La ville est une forêt de visages. Et pas une seule âme vivante. Pas une seule main tendue. A l'inverse, dans le désert, la moindre pierre – la moindre herbe – vous accueille. Tout vient à votre rencontre. Vous salue et vous reçoit comme le plus noble prince de la terre...

 

 

Le regard jamais n'écarte de la vie. Au contraire, il nous y plonge au cœur... Et qu'importe si le monde – et ses contrées – sont peuplés ou déserts, le sensible – et ses vibrations – sont partout...

 

 

Dans le goût de l'herbe, des fleurs et des nuages, il y a toute la poésie du monde. La beauté n'est pas ailleurs. Elle est partout pour celui qui sait voir...

 

 

Les chemins, au bout du compte, ne nous auront accordé que leurs promesses. Et le vent souffle encore dans le ciel...

 

 

L’espérance est la voie des damnés et des immatures. Comment refuser le sourire des fleurs et la splendeur des arbres au printemps ? Faudrait-il attendre la fin des saisons ?

 

 

Il n'y a de plus haute joie que le ciel et les chemins. Et la poésie des jours qui s'offre partout où le cœur passe, désemmuré. Et les livres, parfois, peuvent y conduire...

 

 

La gourmandise voudrait que l'on s'empiffre. Et l'on voit partout le monde s'engorger de victuailles alors qu'une seule bouchée de silence nous rassasierait jusqu'à la fin des jours...

 

 

La terre se meurt sous le pas des hommes. Et nul n'entend le cri rauque de son agonie. Le seul souci est d'avancer... Et qu'importe que tout soit emporté vers l'abîme. Et l'on nous dit que l'homme est éclairé ? Oui, bien sûr. Partout sa lanterne sombre l'accompagne...

 

 

L'inépuisable secret des jours diffuse à chaque instant son parfum. Où pourrait-on trouver plus de saveur ?

 

 

Il y a, à chaque heure du jour – à chaque instant – un grand étonnement à marcher sur la terre, à fréquenter le monde, le ciel et les arbres, à côtoyer les herbes et les hommes, à déambuler partout sans savoir où vont les pas...

 

 

Le bruit n'effraye le silence. Mais il agace – peut agacer parfois – les esprits bruyants pour qui le silence n'est qu'une idée. Et non une réalité vivante...

 

 

Plus la haine et la barbarie du monde grandissent – avancent et progressent en nos cœurs et sur les contrées de la terre – plus le silence devient précieux. L'unique et ultime réponse – la seule réponse possible en réalité – à l'ignorance en marche...

 

 

La nuit n'a pas le même reflet dans les yeux. Mais toute la palette de l'obscur – et ses nuances – y sont présentes (et représentées). Et l’œil se doit d'être suffisamment clair pour les distinguer...

 

 

Le besoin d'Amour est proportionnel à son absence. Plus on l'offre, moins on le réclame jusqu'au jour où l'on comprend que nous n'avons que l'Amour à offrir. Et rien – absolument rien – à demander...

 

 

Qu'offre l'homme ? Qu'octroie-t-il entre le bref espace qui court de la naissance à la mort ? Un peu d'affection. Quelques marques de tendresse. Quelques gestes d'attention. Quelques regards émus. Ses biens et ses terres, parfois, à ses enfants. Un peu de temps à ceux qui lui sont chers... Quelques pièces – un peu d'or – en échange de quelques services, monnayés le plus souvent, pour remercier d'une présence, de soins, de conseils, d'une attention discrète et feutrée...

Tout au long de sa courte existence, l'homme offre peu de choses, en vérité. Mais nul n'est étonné de le voir, le plus souvent, les poches pleines – et le cœur fermé – chargés de pleines brassées de ce qu'il a réussi à amasser – et à dérober parfois – ici et là, au fil des rencontres. De maigres et pauvres trésors en réalité... Puis, l'homme meurt sans rien emporter dans sa tombe (comme le dit l'adage) excepté sa misère et son avidité. Sans avoir connu l'Amour. Et le partage. La saine présence du cœur qui accueille – et donne jusqu'au plus précieux de sa chair – et de ses fruits...

 

 

L'heure ingrate du jour arrive toujours dans un moment d'inattention. Lorsque l'on se surprend à redevenir quelqu'un. Un individu qui ne peut s'empêcher de se plaindre, de réclamer et d'exiger... écrasant toujours sous sa botte l'innocence, la candeur et l'émerveillement. Et marchant d'un pas bien trop grossier pour fouler le sol délicat de l'Amour et du silence et accéder au royaume de l'infini où Dieu sans cesse s'offre – à chaque instant – à travers les gestes et les événements les plus infimes et les plus anodins. Et nul, bien sûr, ne peut nous sauver de cette ingratitude. Il convient seulement de nous effacer après avoir reconnu – et parfois contenté – les caprices de l'individualité...

 

 

Chacun rêve d'un environnement sécure. Et d'une existence qui se plierait à la moindre de ses volontés. Même les moins capricieux. Même les plus instables et les plus déjantés... Et malgré nos efforts, ce rêve n'est qu'un fantasme sans réalité. Les événements, les voleurs, la souffrance, la maladie, la vieillesse et la mort sont là, bien sûr, pour nous le rappeler. Aussi devant cette impasse, il n'existe qu'un seul refuge : l'infini et le cœur silencieux. Mais quand donc les hommes le comprendront-ils ? La vie et le monde ont beau y œuvrer sans cesse, le travail est loin – très loin – d'être achevé... Et au vu du nombre (à peine croyable...) de caprices et d'exigences avec lequel nous continuons à traverser les jours – et l'existence –, la route, il va sans dire, est encore bien longue...

 

 

Le silence – la présence silencieuse et vivante – sera toujours le plus juste – et le plus bel – accompagnement. Et la réponse la plus appropriée et la plus généreuse à toute demande et à toute sollicitation. Mais face à la vie – et au vivant – il arrive qu'il ne puisse être perçu. Et compris. Et cette absence de compréhension est même assez fréquente et répandue... La parole et le geste alors s'avèrent nécessaires. Mais pour que l'un et l'autre se fassent l'exact reflet du silence – de la présence silencieuse et vivante –, ils doivent naître de ce silence – de cette présence silencieuse et vivante. Sinon ils ne sont que des bruits et des gesticulations réactives et impuissantes. De vaines tentatives de remplissage. Une maladroite et inopérante façon d'aider, de rassurer et de veiller sur ceux qui sollicitent ou réclament un soutien, un réconfort ou un éclairage...

 

 

La parole muette – la parole silencieuse – des anges. Comme un tendre murmure dans le cœur. Une longue caresse sur l'âme. Mais pourquoi Diable ne l'avons-nous pas entendue plus tôt ?

 

 

Il y a, en ce monde, autant de quoi pleurer que se réjouir ! Selon la pente du cœur jaillissent les larmes ou les rires. Ah ! Mon Dieu ! Que les jours colorent notre âme...

 

 

L'ombre, sans bruit, se délecte de l'obscur. Et derrière – et partout alentour – les grands éclats de rire du silence qui veille à la totale – et parfaite – dévoration. Pour qu'éclosent la joie et la lumière...

 

 

Nous ne choisissons de rêver. Ce sont les songes qui s'abattent sur nous – et nous foudroient – avant de nous dévorer. Et de songe en songe, il finira peut-être par ne plus y avoir personne sur cette terre... Ah ! Que le monde alors sera doux... Et qu'il sera bon d'aller, nu et innocent, dans la belle réalité...

 

 

La tumeur naît de l'ambition. Du désir jamais éteint des retrouvailles avec la puissance qui nous a quittés. Qui nous a abandonnés à la faiblesse et aux cris. A la révolte vaine qui transforme nos vies en désastre. Et nos cauchemars en songes d'amour qui ne pourront jamais voir le jour. Ah ! Quel supplice est-ce alors de vivre...

 

 

Ne succombe au monde. A ses attraits mensongers. Regarde-les, les yeux dans les yeux. Et démonte leur mécanique pour découvrir leur essence. Et goûter à leur réelle saveur...

 

 

Le chant de l'homme n'est qu'un cri. Un murmure dans le vent que le ciel recueille. Mais qu'il ne transformera en lumière que lorsque la parole se sera tue...

 

 

Ne partage tes songes avec les indigents. Offre-les aux fleurs et aux étoiles. Abandonne-les aux fossés des chemins. Donne-les au ciel et au silence. N'en conserve aucun. Oublie-les. Et ta vie deviendra réelle...

 

 

L'Amour est absent au creux des lèvres. Et dans les plis de la main. Mais lorsque le cœur parvient à transparaître derrière la parole et les gestes, il resplendit partout sur les visages silencieux.

 

 

Le monde, semble-t-il, n'a que faire de la poésie. Il n'aspire qu'aux jeux et au pain. Et nul ne sait qu'il se trompe. Pourquoi ne voit-il pas dans la bouche et la main des hommes le cri impuissant qui appelle – et réclame – l'infini ? Le chemin de la délivrance est-il donc si difficile à trouver ?

 

 

Que pèsent les os, l'âme et la chair face à la soif de l'or ? Les cœurs marchands ont gravé la réponse sur les plaques dorées qui ornent les devantures, les vitrines et les grands salons où le prix du sang se négocie. Le monde n'a qu'à bien se tenir – et en rangs serrés – devant les portes du grand cimetière qu'ils ont bâti derrière les murs des grandes tours du commerce et de la finance où l'argent coule à flot, sacré seule loi – et seul roi – de la terre. Les algorithmes ont beau avoir remplacé les tiroir-caisses, c'est le même sang toujours qui se déverse. L'argent a beau n'avoir d'odeur, celle de la mort pestilentielle flotte partout où règnent les contrats et le commerce de la chair. Et jusque, bien sûr, dans le sourire des dents carnassières...

 

 

Il n'y a de gloire plus douteuse – et plus désastreuse – que celle à laquelle le cœur aspire. Et que la main docile contente...

 

 

Derrière la blancheur des sourires et le teint frais ou hâlé qui voit le givre des visages – inaltérable – que ne pourront jamais effacer les soleils – tous les soleils – du monde ? L'astre intérieur – sa chaleur et son Amour – seront, comme toujours, l'unique remède...

 

 

Les yeux sages seraient-ils donc les seuls à voir la puissance des instincts qui traversent les êtres – et qui s'abattent sur le monde, écrasants et dévastateurs ?

 

 

Comment aider les êtres à se libérer d'une détention qu'ils ne ressentent pas ? Comment aider les êtres à se libérer d'une geôle qu'il reconnaissent parfois mais à laquelle ils pensent ne pouvoir échapper ? C'est là, bien sûr, tâche impossible. Même les plus grands éveillés ne pourraient y prétendre... Et nous n'avons, bien évidemment, pas la prétention d'en être... Nous, nous nous contentons d'offrir quelques humbles conseils à travers notre écriture, notre existence et notre présence... Mais comment nos pauvres consignes pourraient-elles leur être d'un quelconque secours si nul n'admet son emprisonnement ou si chacun refuse, de toute son âme, de faire face à son statut de détenu... Nul ne saurait s'acquitter à leur place du travail – et du face-à-face – qu'il leur faut accomplir par eux-mêmes. Comment nos pauvres consignes pourraient-elles seulement les intéresser... Ceux qui ne réclament rien, ceux qui croient ne pouvoir échapper à leur incarcération comme ceux qui s'imaginent libres doivent apprendre à marcher seuls vers leur libération. Et la vie – et le monde – les aideront, n'en doutons pas un instant, dans cette ingrate – et indispensable – besogne...

 

 

Il est amusant – et à la fois ahurissant – de voir le temps et l'énergie (la somme incroyable d'heures et d'efforts) que les hommes consacrent (et que l'on consacrait nous-mêmes autrefois...) à s'embellir, à montrer leur meilleur profil, à se présenter sous leur meilleur jour, à plaire et à séduire. Bref, à exposer les grandeurs et les splendeurs de leur existence, leurs minces prouesses et trouvailles et leurs admirables qualités (beauté, intelligence, amabilité, gentillesse, noblesse du cœur etc etc.) pour essayer de dérober un bref instant d'attention et un vague – et illusoire – sentiment d'admiration. Que d'enfantillages dans cette quête éperdue et désespérée d'amour ! Et quelle vanité puérile offrent donc les immatures tournés, tout au long de leur existence, vers le superflu au détriment toujours de l'essentiel ! Mais n'est-ce pas là, en définitive, le destin de l'Amour qui se cherche ?

Nul – hormis de rares individus – n'a conscience que ce temps et cette énergie pourraient s'orienter vers la quête de la vérité. Vers la compréhension et la connaissance. Et qu'ils se transformeraient, lorsque ces dernières s'accompliraient, en énergie pure et en disponibilité vouées à la seule affaire essentielle et primordiale en ce monde : l'Amour – l'Amour sensible et infini – lucide et clairvoyant – qui s'offre à tous à chaque instant, dévalant toutes les pentes et franchissant tous les obstacles pour se propager – et rayonner – partout où il passe... Et le processus, bien sûr, est déjà en marche... Qui peut douter que chacun, un jour – lorsque les enfantillages auront cessé –, accédera à l'Amour pour en devenir le digne et parfait représentant...

 

 

Construire une œuvre plutôt qu'être et vivre. Quelle ambition insensée ! Que Dieu nous en préserve ! Il est tellement plus juste – plus doux et savoureux – d'être et de vivre – d'aller, nu et innocent, sur les chemins du monde et de l'existence sans rien attendre du ciel, de la terre et des hommes que de s'éreinter à la besogne pour voir simplement les yeux et les lèvres du monde louer pendant quelques instants (et le plus souvent de façon hypocrite et superficielle), nos qualités et nos mérites – nos pitoyables qualités et nos misérables mérites – alors qu'en réalité, nous n'avons fait que suivre notre pente...

 

 

La poésie est une fenêtre – l'une des innombrables fenêtres – que Dieu a dessinées sur la terre pour éclairer les hommes. Et que certains ouvrent pour y boire la lumière à petites gorgées...

 

 

Le destin sombre des hommes éclairé parfois par un rire ou un visage. Par un peu de lumière. Comme un bol d'air frais – une minuscule bouffée d'Amour – qui ravive la faible lueur tapie au fond des yeux. Que faudrait-il donc au monde pour que rien n'efface jamais le grand sourire sur nos lèvres ?

 

 

La lumière s'offre à tous. Mais si peu savent la recevoir – et la laisser traverser l'âme – pour la restituer sans ombre...

 

 

Pour l'essentiel des hommes, demain ne sera qu'un jour de plus. Pour les mourants, il est la promesse (peut-être) de revoir le soleil – la lumière – et de sentir la tendre caresse de sa chaleur sur leur peau. Et pour les sages, demain n'est qu'un mot. Une incongruité qui invite à faire le pas suivant (et à continuer la marche) en détournant l'esprit de sa présence. Et qu'importe si la séduction opère, les sages ne s'en offusqueront pas... Toujours ils laisseront l'esprit et les pas libres d'aller selon les circonstances et la tournure des événements...

 

 

Jamais le sage ne se demande ce qu'il a fait – ou ce qu'il fera – de sa vie. Ni où sont passées les heures. Ni ce qu'elles seront à l'avenir. Il regarde toujours, en souriant, tous les effacements...

 

 

Les apparences dessinent tous les portraits du monde. Mais qui entend le cœur battre sous les visages ? Et qui sait voir Dieu derrière les clins d’œil et les grimaces ?

 

 

La vie, portée par son désir ardent d'elle-même, se propage. Se mord. S'avale. S'entraide. Et s'efface. Comme pour renaître plus forte encore – plus forte toujours – de son désir ardent d'elle-même...

 

 

Les beaux jours ne nous seront d'aucun secours si le cœur est encore noir au printemps. La lumière devra, comme toujours, venir de l'âme enjouée. Et généreuse dans son accueil – et dans son Amour – de l'ombre qui ronge les yeux et de l'obscur du monde et des saisons qui ravage la terre...

 

 

Le danger – et les plus grands périls – ne sont dans le monde que l'on aperçoit par la fenêtre de la chambre close. Ni sur les chemins de la terre pourtant parfois si hostile. Mais dans les yeux fermés – et rongés de tristesse. Voilà le grand bourreau des cœurs qu'on laisse s'avancer et qui fera dépérir l'âme à petit feu...

 

 

La joie et la lumière sont partout au dedans alors que le monde peine tant à sortir des ténèbres. Et qu'importe le goût des lèvres – et les paroles ! Qu'importe la puissance des bras – et des désirs ! Qu'importe les yeux hostiles et fermés ! Et qu'importe même le destin des arbres et des hommes ! Pourvu que la joie et la lumière demeurent, la terre toujours refleurira. Plus belle. Et plus saine. Et toujours moins gorgée de meurtres et de saccages car derrière la joie et la lumière – et toutes les ombres qui les recouvrent – toujours veilleront l'infini et le silence qui jamais n'abandonneront les silhouettes irresponsables à leur sort indigne...

 

 

Il n'y a de jours plus heureux que ceux que l'on oublie. Que l'on efface dans la présence vivante. Toujours neuve et vierge de toutes les histoires... Sans passé. Et sans avenir. Mais debout. Toujours ouverte et disponible à ce qui passe ici et maintenant...

 

 

Le tambourin des jours sur lequel frappe la vie non pour nous tanner le sort et la peau. Mais pour les adoucir. Et pour que s'ouvre en nous la résonance du ciel afin que la terre s'enivre de joie et danse indéfiniment dans les pas de Dieu et du silence.

 

 

Que chacun fasse donc ce qu'il a à faire ! Telle est, je le crains, l'implacable consigne de l'existence ! Et c'est ce que chacun, conscient ou non, fait en cette vie ! Jouet – et instrument – dociles et infaillibles des souffles et du grand désir qui poussent inexorablement le monde – et chacun de ce monde – vers son destin. Qu'on le veuille ou non, chacun selon sa place et sa fonction – selon sa nature, ses compétences et ses prédispositions – s'y résout. Participant, malgré lui, avec acquiescement ou résistance – avec lucidité ou illusion – à l'incroyable et effarant jeu des souffles et du grand désir...

 

 

Nul ne peut arrêter le monde – et sa marche folle – d'un hochement de tête ni d'une main levée. Pas davantage que l'on peut éliminer la poussière que les vents soulèvent – et déposent sur notre vie...

 

 

La lumière jamais ne se révèle comme nous l'avions imaginé. Elle apparaît – et se montre – toujours telle qu'elle est. Indemne de tous nos fantasmes.

 

 

Les jours pèsent parfois sur notre cœur. L'encombrent par mégarde si nous ne sommes attentifs à la force des retrouvailles avec nos ombres et nos vieux démons qui asservissaient autrefois notre existence. Et la transformaient en malheureux esclavage et en longue – et vaine – mendicité.

 

 

Il y a toujours de quoi se réjouir dans l'orage et la tempête. L'éclair peut-être nous foudroiera-t-il... Et les vents pourraient bien œuvrer – qui sait ? – au déblaiement...

 

 

Les fresques – toutes les fresques du monde – jamais ne pourront nous faire accéder à la beauté – et à la vérité – du silence. Toute œuvre – toute création – serait-elle donc vaine ? Non, bien évidemment. Mais tâchons de ne pas oublier, nous autres artistes, que seul l'élan créatif – la poussée de l'expression – peut nous en rapprocher. Et nous les faire goûter avant qu'elles puissent, un jour peut-être, investir entièrement notre âme. Le cœur, l’œil et la main s'en feraient alors les reflets. Et de ce silence – de cette virginité innocente – la beauté et la vérité jailliraient naturellement...

 

 

La grandeur du monde est sous-jacente à l'apparence. Ainsi en est-il également, bien sûr, du cœur et du ciel...

 

 

La joie et la lumière ne sont pas sans ombres. Mais elles aussi sont accueillies – et éclairées. Aussi que peut-on craindre lorsque l'Amour et le silence président aux destinées...

 

 

La main n'est jamais aussi puissante – et dévastatrice – que lorsqu'elle est soumise aux désirs et aux ambitions périphériques du cœur. Et jamais elle ne sait se faire aussi douce et aimante que lorsque l'innocence et le silence s'imposent pleinement dans l'âme...

 

 

On devrait tous aller nus et sans but sur les chemins. Marcher sans sac, sans bâton ni destination pour voir le jour apparaître. Le monde retrouverait alors un goût d'innocence et de douce aventure. Et le cœur brillerait partout de son Amour. La pluie et le soleil perdraient toute importance à nos yeux. Chaque visage rencontré deviendrait le nôtre. Et la joie et la lumière brilleraient jusque dans les plus obscures catacombes...

 

 

La vie, le monde et les événements font toujours de nous ce que nous sommes. Il nous appartient seulement d'apprendre à le découvrir. Et à le devenir.

 

 

En définitive, rien en ce monde – en ce monde de bruits, de bavardages et de petites tractations – ne vaut la compagnie – et la conversation – des arbres et des nuages.

 

 

Le courage – et le silence résigné – des êtres et des bêtes face à la barbarie des hommes. Rien, je crois, ne m'émeut davantage en cette vie.

 

 

J'attends avec impatience le jour où les hommes mettront fin à toute forme d'exploitation – et qu'ils arboreront avec fierté et ostentation leur abomination de la barbarie signant ainsi la fin de l'agriculture intensive, de l'élevage, de la chasse et de moult autres horreurs... En attendant, il convient de s'armer de patience et de sang-froid. Autant, bien sûr, que de douceur et de bienveillance...

 

 

La mort d'une fourmi ou d'un arbre représente peu de chose dans l'univers. Elle n'est rien. Presque rien. Pas davantage d'ailleurs que la mort d'un homme. Et pourtant... Et pourtant...

Malgré notre ignorance et notre aveuglement – nos représentations étriquées, subjectives et autocentrées –, tout ce qui nous entoure est précieux. Comment pouvons-nous ignorer que l'univers tout entier – et jusqu'à ses plus infimes visages – attend, depuis toujours, notre lumière – notre Amour et notre compréhension ?

 

 

Le ciel, la lune et quelques étoiles, n'est-ce pas là le plus beau soir du monde ? Pourrait-il seulement exister de plus merveilleuse soirée...

 

 

Inutile de se tuer à la vérité. Il convient seulement de laisser mourir le vieil homme qui la cherchait – et qui croyait pouvoir la trouver...

 

 

Le monde n'a que faire de nos paroles, de nos œuvres ou du parfum sous nos aisselles. Il se fout comme de la guigne de nos faiblesses, de nos vêtements ou de nos qualités. Et il se moque bien de savoir si nous sommes riches ou pauvres, éduqués ou illettrés. Le monde ne demande – il ne réclame – que l'Amour. La présence inconditionnelle de l'Amour. Voilà ce que chacun cherche en secret. Et tous les pas, tous les gestes et toutes les paroles du monde ne sont que des appels. Un cri unique suppliant son attention auquel toujours répondra le silence – avec, bien sûr, toujours plus de vérité...

 

 

L'Amour jamais ne se lasse. Mais le cœur parfois, hélas, se fatigue...

 

 

Tu ne trouveras nul abri contre les assauts du monde et des jours. Mais si ton cœur devient innocent, il saura les désarmer...

 

 

Nous appartenons tous à la lumière. Et c'est l'ombre pourtant, le plus souvent, qui nous tient...

 

 

La poésie – lorsqu'elle sait se faire parole – révèle la beauté, la vérité et le silence. Mais les hommes ne sont attachés qu'à la laideur, au mensonge et au bruit. Aussi toute poésie n'est qu'un cri silencieux que nul ne peut entendre. Excepté peut-être les âmes sourdes et aveugles au monde – dont la sensibilité a dépassé ses attraits...

 

 

Dans le désert, le vent s'élance à travers les dunes. Et l'horizon bruit – et tous les horizons bruissent – de son souffle. Comme si l'infini enfin était à portée de main – dans chaque grain de sable...

 

 

Les loups et les hommes. Ce sont leurs dents que l'on voit luire dans la nuit. Et le cri de la faim que l'on entendra jusqu'aux premières heures du jour...

 

 

Ne nous endormons pas sur nos lauriers. Echangeons notre sommeil contre l'épine des roses. Et nous serons surpris, au petit matin, de nous éveiller en plein jour...

 

 

L'âme toujours est prête pour le grand voyage. Seuls le cœur et l'esprit y rechignent. Résistent jusqu'à leurs dernières forces au vent frais qui nous appelle pour nous emporter vers la joie et la lumière qui transformeront le monde en contrées pacifiques – en terre bienheureuse de l'innocence. N'entendez-vous donc pas son invitation – et l'appel du grand large ?

 

 

Ah ! Que j'aimerais parfois que le silence recouvre le monde... La joie et la lumière inonderaient alors toutes les vallées. Et déchireraient la nuit où la vie toujours continue de donner la mort... Et les cœurs – et les mains – ensanglantés se lèveraient soudain pour remercier le ciel d'avoir exaucé leurs vœux les plus secrets... Et le monde alors n'aurait plus qu'un seul visage... Et nous pourrions enfin tous nous agenouiller avec gratitude devant l'Amour – et ses miracles...

 

 

Le silence sans cesse frappe à la porte des jours. Mais les sirènes des siècles – et leurs ombres grises – hurlent – hurlent toujours – à la mort. Recouvrant depuis les premières heures de la nuit son invitation silencieuse.

 

 

Un seul instant pourrait ôter le vil et sombre manteau de la nuit qui recouvre notre vieux corps – et notre vieux cœur – meurtris et frigorifiés. Et dénuder nos épaules pour les envelopper du drap clair de l’innocence. Ah ! Qu'il serait doux alors d'être vivant...

 

 

Laisser – laisser toujours – l'homme aller, à chaque instant, vers son destin sur les routes du monde et de l'existence sans que l'âme jamais ne quitte la joyeuse et tranquille demeure de l'innocence...