Journal poétique / 2017 / L'intégration à la présence

De la pluie et du silence. Le jour, parfois, n'a rien d'autre à offrir... 

Il n'y a peut-être de paroles plus vraies que celles que l'on ne prononce. Qui restent tapies dans le secret de l'âme et du cœur. Et qui montent en silence vers les étoiles pour éclairer davantage celles qui brillent dans le ciel de chacun...

Le jour a plié sous la nuit. Et le sang à présent recouvre les étoiles. Et le cœur hurlant que l'on arrache à la possibilité de la lumière...

Peut-on avoir les yeux plus proches de la vérité que lorsque le cœur ignore tout – et qu'il sait être ce qui advient...

 

 

Jamais la nuit n'est sans rappeler le jour. Et jamais le jour sans rappeler la nuit. Tous les horizons nuancés du monde et de la vie...

 

 

Le courage infini – et qui force l'admiration – des minuscules papillons de nuit aux ailes blanches volant par centaines – par milliers peut-être... – dans la nuit glaciale de l'hiver. Mais pourquoi diable le destin les pousse-t-il ainsi à endurer pareille épreuve...

 

 

A l'aube monte des entrailles de la nuit – et de la veille – le parfum du jour. Et dans le cœur éveillé, une pluie de lumière...

 

 

Un seul visage pourrait nous offrir l'Amour. Et nous, nous le cherchons encore parmi ses ombres... Il suffirait (pourtant) de se pencher avec plus d'attention sur son propre visage... Et on l'apercevrait... Il s'y repose à peine dissimulé... Mais non ! Nous préférons rester aveugles – et sourds à ses consignes... Trop occupés encore à courir sur tous ses rivages lointains... Mais leurs bras jamais ne pourront nous y mener à moins, bien sûr, qu'ils nous abandonnent – et nous invitent à nous retourner sur nous-mêmes...

 

 

Et le silence, soudain, se mit à nous parler. Murmurant quelques tendres paroles. Et offrant une douce – et irrésistible – invitation à sa présence. Imperceptible aux oreilles communes. Mais si belle – et si puissante – que le cœur mûr ne put y résister. Et il s'en fut rejoindre l'admirable silence qui l'accueillit, l'embrassant de sa bouche éternelle et l'entourant de ses bras infinis...

 

 

De la pluie et du silence. Le jour, parfois, n'a rien d'autre à offrir...

 

 

Serions-nous donc tous ces visages qui nous habitent. Comment le cœur peut-il encore en douter ?

 

 

Le doux balancement des pas portés par les vents du hasard et de l'inconnu...

 

 

C'est le même visage qui offre et reçoit. Les deux faces du même visage qui pansent et meurtrissent. Et un souffle – un souffle ténu – les sépare. Comme un seul regard seulement peut nous faire pencher vers l'une ou vers l'autre...

 

 

La vétusté des jours malgré les décors – et l’environnement – luxueux et flamboyants. Et dont on aperçoit déjà les dégâts – et les premières ruines – dans les vies. Et sur les visages...

 

 

Une floraison d'étoiles avant la traversée. Voilà ce qu'emporte l'homme dans sa foulée. Et qu'il dilapide au fil des pas. Piètre cargaison que lui dérobent les jours, les chemins et l'obscur des heures.

L'abandon et l'innocence seront toujours la destination de toute marche. Le seuil – et l'aire d'invitation – de l'infini et du silence...

 

 

Si nos yeux, notre cœur, notre âme et notre main n'étaient présents, qui s'occuperait de nous ? Et qui veillerait sur ce monde malade ?

 

 

L'homme au regard triste dont la source des larmes est la lumière...

 

 

Dans la neige des jours, nous attendons, grelottant, le feu de l'âme. Le grand brasier du cœur. Qui embrasera la vie. Et réchauffera la solitude terrible du monde et des hommes qui gémissent et se morfondent sous la glace – et les congères – dont le dénuement et l'impuissance les ont laissés les recouvrir. Et qu'ils n'ont jamais réussi à percer de leur poing trop fragile...

La glace est l'enveloppe naturelle du cœur. Du cœur de l'homme ordinaire. Comment vivre autrement dans le grand froid du monde ? Il faut beaucoup d'audace et d'innocence pour laisser fondre cette carapace. Et offrir son cœur nu – et sans protection – aux vents glacés de la terre. Il faut même beaucoup de courage. Et un peu de folie...

Qui se déshabillerait ainsi pour aller nu dans la neige ? Le cœur doit être brûlant – immense et brûlant – pour traverser cette épreuve car lorsqu'il ôte ses horribles frusques, il sait qu'il ne pourra plus jamais revêtir le moindre haillon – et qu'il devra aller nu jusqu'à la fin des temps...

 

 

La fête est toujours triste parmi les hommes. Pourquoi seuls les herbes, les pierres et les étoiles, les arbres et le vent, le ciel, les bêtes et la rosée savent me réjouir – et enchanter mon âme ?

 

 

Il n'y a d'âme plus belle – et plus grande – que celle d'un brin d'herbe – si souvent misérable et insignifiant en apparence – mais qui accepte – et plonge tout entier dans – son destin. Dieu lui offre alors son humilité, sa force et sa beauté. Et il lui offre le silence. Et l'infini des jours... Voilà pourquoi son âme est si belle. Et si grande...

 

 

Il n'y a de jour plus beau que lorsque l'âme resplendit dans son écrin ; la vie. Et qu'elle s'offre à tous comme toutes les autres beautés innocentes de la terre...

 

 

Seul avec un recueil de poésies. Des notes aussi belles que le printemps. Et aussi tristes que la pluie. Et ce jour-là, baigné autant de rires que de larmes, est béni car peut-être sera-t-il le dernier – qui sait si nos yeux, demain, verront le jour...

 

 

Cette âme si douce qu'elle savait voir la sagesse des fleurs. Qu'elle pouvait leur parler – et les écouter... Quel homme se laisserait-il enseigner ainsi par la sagesse de l'éphémère et de la fragilité ?

 

 

Pourquoi attendre la fin de la nuit pour s'éveiller ? Nous serons déjà debout – et partis depuis bien longtemps – au réveil du monde...

 

 

Les plus belles chapelles – comme les plus hautes cathédrales – gisent, invisibles, au fond du cœur. Voilà pourquoi on voit l'âme si souvent s'y glisser. Et qu'on l'entend parfois chanter ses louanges. Dieu et les anges ne sont alors jamais très loin... Et les plus sensibles les écoutent pendant des heures célébrer l'office avec elle. Ce sont leurs murmures d'amoureux portés par les vents que nous entendons lorsque nous savons nous faire silencieux... et qui nous offrent leur Amour et leur beauté lorsque nous regardons la vie et le monde comme pour la première fois...

 

 

Au milieu des montagnes, le silence et la course lente des nuages. Et au loin, dans la plaine, l'agitation des cités et les cris des hommes.

Le poète marche, chaque jour, pour regagner son pays où les âmes sont rares et belles. Où les chants sont humbles et silencieux. Aussi humbles et silencieux que les arbres et les rochers. Où les étoiles brillent avec modestie dans la nuit. Et où la lune et le soleil sont vénérés pour leur lumière... Ô douce patrie du poète...

 

 

La compagnie des herbes et du ciel, des bêtes et des poètes me console de mon manque de goût pour le monde. Non que je n'aime les hommes... mais il m'est impossible de vivre à leur côté...

 

 

La vie est poétique. Ou elle est misérable. Elle ne peut être vécue que sur ces deux modes... Et toutes les manières de vivre n'en sont que des déclinaisons...

 

 

La joie toujours vient du cœur. Jamais des événements...

 

 

Une chose en nous abhorre le mensonge de l'opulence et de la fête collective. Elle y décèle avec trop d'évidence l'affreux masque qui voile la condition naturelle de l'être – et du vivant terrestre : la solitude et le dénuement. La misère qui, seule, ouvre à la sensibilité qui mène à la joie. Et à la richesse de l'Amour...

 

 

La poésie – la belle et grande poésie céleste – me semble parfois de la poudre d'or jetée aux pourceaux qui l'abandonnent sur un coin de table ou l'oublient parmi les volumes vulgaires qui encombrent les étagères poussiéreuses de la bibliothèque. Ou qu'ils remisent dans l'armoire aux trésors comme de vieilles reliques sacrées en n'osant à peine en parcourir les pages. Empêchant, dans un cas comme dans l'autre, de laisser courir la parole parmi les herbes et les étoiles. De la laisser pénétrer le cœur – la part impénétrable du cœur. Et de la laisser se hisser jusqu'à l'âme pour l'inviter au voyage – et découvrir d'autres terres et les rivages magnifiques et infréquentés du silence. Comme si l'on enterrait le sacré de la parole au lieu de lui offrir l'attention – et la présence – nécessaires pour qu'elle embrase l'être et le porte jusqu'au seuil de l'infini...

 

 

En matière poétique, il s'agit moins de dire que d'évoquer. Moins de révéler que d'encourager. Ainsi œuvre, je crois, la parole du poète. Comme un infime reflet dans la lumière. Un infime débris dans l'infini. Comme un mince souffle dans le silence...

 

 

Nous marcherons jusqu'à l'épuisement. Jusqu'à l'extinction et l'effacement. Pour atteindre le lieu de toutes les destinations. Et ce souffle inébranlable – qui nous anime – donnera son allure au pas. Et lui offrira le seul destin pour lequel il est né... Il n'y a d'autre voie pour l'âme, l'homme et l'être unis – toujours unis dans – et par – la même foulée...

 

 

L'anoblissement naîtra au fond du cœur que l'âme innocente aura investi. Pleinement investi. Le silence et l'infini deviendront alors la seule étendue. La seule présence. Et la seule foulée...

 

 

Il n'y a, en général, d'amour sincère. Mais le cœur peut apprendre à se faire honnête. L'Amour alors adviendra, clair et authentique. Infini et lumineux...

 

 

La demeure du vagabond n'est faite ni de paille, ni de bois, ni de briques. Elle gît, fragile, au milieu des vents. Elle est de la nature même du silence et de l'infini. Et aussi ouverte à l'herbe et au ciel que les plus hautes terrasses de la terre. La demeure du vagabond est inaltérable. Et inaccessible aux souffles du monde comme à la main avide et bestiale de l'homme.

 

 

Ne comprendrons-nous donc jamais ce qui nous habite – et nous anime ? N'accueillerons-nous donc jamais ce qui nous échoit ? Le cœur – et la main – de l'homme ne sont faits que de refus et de résistances... Un instinct d'autruche qui le confine, le plus souvent, à un destin de cloporte... alors que, partout, sous le désert apparent – et la rudesse de cette terre infertile –, éclosent – poussent et brillent – les fleurs de l'infini éclairées – et guidées – par la belle lumière du silence.

 

 

Il n'y aura jamais qu'un seul regard sur soi et sur le monde. Celui que l'on porte sur eux... Et tous les yeux – et le cœur – des êtres et des hommes n'en sont que les fragments – les infimes fragments – tantôt honnêtes, lucides et ouverts, tantôt clos, étroits et mensongers...

 

 

Être – et savoir être – en sa propre compagnie, voilà qui nous sauve de tous les désastres de la vie et du monde. Et qui leur seront, en dépit des apparences, toujours du plus grand secours...

 

 

Je ne connais rien de plus réjouissant en ce monde que d'être là, pleinement présent, à contempler les heures – et ce qui advient à chaque instant. Le cœur et le regard si vides. Et la vie si pleine quelles que soient les circonstances – que le tout ou le rien se présente à notre porte...

 

 

Il n'y a d'injustice. Jamais. Il y a seulement des événements douloureux et nécessaires. Et un immense gâchis. Si nous savions regarder – réellement regarder –, il y aurait la joie de l'accueil. Toujours il y aurait la joie de l'accueil. Et tant de merveilles à goûter...

 

 

L'homme sage ne sait pas. En vérité, il ne sait rien. Il n'a jamais rien su* et ne saura jamais rien. Il est vide de tout savoir et de toute connaissance. Il n'est que présence et contemplation. Il observe simplement ce qui arrive. Et l'accueille comme il se présente. Et de cette écoute pleine et totale, dépourvue de tout jugement, de toute arrière-pensée et de toute exigence naissent son geste et sa parole – lorsque les circonstances l'exigent. Et si elles ne réclament rien, il sait demeurer immobile et silencieux...

* Même si autrefois il a cru savoir beaucoup...

 

 

L'homme sage ne vaque qu'aux nécessités essentielles (et fondamentales) du corps, de l'esprit et de l'environnement. Et il n'obéit qu'aux exigences de la vie et du monde qui se présentent dans l'instant... Ses pas, ses gestes et sa parole y sont voués tout entiers... Et qu'il agisse, parle ou demeure silencieux et inactif, il est présence – présence dans le silence et l'infini du cœur et du regard...

 

 

Nous vivons – à peu près tous – comme d'infirmes indigents (maladroits et empotés) assis sur une mine d'or – la plus grande sans doute que nous puissions trouver en ce monde (et aussi ailleurs sans doute...). Et nous ne le voyons pas. Ne le sentons pas. Et n'en avons parfois pas même l'intuition... Et cet aveuglement – et cette ignorance – sont notre plus grand malheur. Le nôtre comme celui des êtres et du monde. Voilà pourquoi nous nous plaignons sans cesse – et que nous nous querellons continuellement pour quelques pauvres épluchures de pommes de terre...

Une vie dérisoire de larmes et de poings serrés – de blessures et de coups –, alors que la joie partout attend notre innocence pour se révéler...

 

 

Une présence et une attention disponibles, voilà ce que nous pouvons offrir de plus précieux...

 

 

Quels que soient les circonstances et notre degré de compréhension, nous ne serons jamais qu'en notre propre compagnie...

 

 

Combien d'êtres en ce monde offrent-ils un univers poétique, artistique et spirituel ? Très peu sans doute... Mais chacun n'offre-t-il pas ce qu'il peut... Quelques gestes d'attention – et quelques marques d'affection, en général...

 

 

Poussières d'étoiles traînées dans la boue. Puis, poussières d'or et de lumière. Voilà résumée, en quelques mots, toute l'histoire du monde. Et le déroulement complet de l'union de l'être avec la matière...

 

 

Une terre de roches, de soufre et de nausées. Et les contrées éternelles de la joie et du sourire. Indemnes (toujours) de toutes les laves et de toutes les explosions...

 

 

Dans les replis de la lumière, Dieu veille notre arrivée. Lorsque l'abandon aura fait son œuvre... Et que l'innocence aura remplacé les ambitions...

 

 

Vivre dans les replis de la grisaille dont aucun hôte ne pourra vous extirper. Et s'impatienter de l'abandon qui ne viendra pas. Y a-t-il plus grande misère que celle-ci ? Et dire que l'infini – sa joie et sa lumière – ne sont qu'à quelques pas...

 

 

Le monde ne peut offrir sa lumière. Mais le regard peut éclairer les yeux. Et tous les visages rencontrés. La clarté naîtra toujours du fond de l'obscurité...

 

 

Les falaises sont, sans doute, l'un des espaces les plus meurtris de cette terre. Pourtant elles resplendissent de beauté. Pour quelles raisons ? Parce qu'elles se laissent façonner par la mer et le vent. Voilà pourquoi l'on aime venir les contempler et admirer leur relief sauvage et torturé – admirable... Voilà pourquoi l'on aime venir s'y promener pour regarder, au loin, l'horizon – et le soleil se coucher. Cet abandon magnifique aux éléments fascine les hommes... Peu d'entre eux ont la beauté et la sagesse des falaises. Leur existence ressemble davantage à un tas de sable – minuscule et dérisoire – sur la plage construit par des mains malhabiles et laborieuses. Mais chaque grain de sable n'est-il pas né, lui aussi, de l’œuvre de la mer et du vent sur les plus hauts rivages de la terre ?

 

 

Un matin de neige invite l'âme taciturne à célébrer l'innocence. La mélancolie et la tristesse aussi seront accueillies dans la pureté du regard...

 

 

L'horizon souverain jamais n'aura raison de l'infini. Même si le mythe – et l'utopie – appartiennent, eux aussi, au réel...

 

 

Certains jours, le cœur – et les mots – sont gris. Comme un ciel d'hiver. Et sans que nul ne sache pourquoi... Mais les nuages n'ont-ils pas leur raison d'être autant que le soleil ? Et le décor et les ornements ont-ils quelque importance dans le regard de l'homme sage ? Rosée et brouillard n'épouvantent jamais son âme...

 

 

La folie jamais ne vient du vent. Mais du cœur malade de l'homme. Comment guérir l'inguérissable ? Il faudrait une lumière inconnue pour dissiper les ténèbres naturelles...

 

 

Aujourd'hui, le petit crayon danse sur le parquet des jours. Laissant quelques rayures sur le bois que le temps recouvrira de poussière – et effacera. Dans un siècle, ces minuscules empreintes seront gravées sur le plancher. Et peut-être aussi dans la chair du monde. Comme si elles leur appartenaient. Comme si elles en faisaient partie... Et dans mille siècles, nul ne se souviendra ni des entailles ni du sol vermoulu. Abandonnés, tous deux, aux vertiges du temps...

 

 

Dans nos yeux, le mur où viennent se cogner les plaintes et la colère. L'impuissance du cœur et des poings. Et l'imploration des larmes. Et de l'autre côté, la bouche hermétique du silence. Et les bras de Dieu, grands ouverts...

 

 

[Modeste hommage à l'herbe, ma tendre amie...]

Le roseau ne percera jamais le secret du grand chêne. Mais l'herbe, à ses pieds, connaît sa force et sa bravoure. Comme elle connaît l'intelligence du roseau. Et dans sa grande sagesse, elle sait vivre à l'ombre des deux...

Nul jamais ne voit l'herbe. Ni n'en parle. Comme nul jamais ne remarque sa beauté simple et naturelle. Et son âme admirable. Quel homme la foule avec précaution et s'y couche, le cœur palpitant, comme s'il s'agenouillait devant le plus humble et le plus parfait des souverains, toujours discret et accueillant ? Nul en ce monde sans doute... Non ! On l'arrache et on la coupe pour la soumettre à nos instincts et à nos caprices. Et elle, elle s'abandonne en silence à nos mains et au tranchant de la faucille. Ah ! Quelle noble sagesse...

 

 

La terre et le soleil vifs. Etincelants. Et la terre et le soleil noirs. Funèbres. La couleur toujours vient de l'âme. Mais d'où – de quel lieu secret – naît la lumière – cette présence éternelle et ineffable ? Et qui sait que lorsqu'elle prend sa source du plus profond du regard, elle apporte avec elle la réponse, l'effacement du doute et l'extinction de toutes les questions ?

 

 

Les pas posés sur l'horizon. Et le regard si loin. Si haut. Et le cœur si proche. Collé – uni – au monde et à la terre...

Et l'âme du vieil homme sage, si familière de l'origine, ne sait pas même jusqu'où s'étendent son geste et sa parole... Ils vont – et rayonnent – selon la nature du relief et la clarté dans l'esprit des hommes...

 

 

Et si l'écriture – la poésie – n'était qu'une offrande de la terre aux étoiles. A celles qui peuplent le ciel comme à celles qui gisent au fond de l'âme. Pour les inviter à briller plus fort dans la longue nuit qui les entoure...

Et si l'écriture – la poésie – n'était destinée aux lèvres et aux visages. Ni même au cœur assoupi. Mais à l'infini qui sommeille en chacun – et qui rêve en secret de revoir la lumière du jour...

 

 

Il n'y a peut-être de paroles plus vraies que celles que l'on ne prononce. Qui restent tapies dans le secret de l'âme et du cœur. Et qui montent en silence vers les étoiles pour éclairer davantage celles qui brillent dans le ciel de chacun...

 

 

L'océan glacé du monde traversé par les souffles du ciel. Aussi comment pourrait-on blâmer les petites coquilles de noix fabriquées par les hommes pour aller dans la furie des eaux de la terre... Et comment pourrait-on condamner leur naufrage...

 

 

Les lois n'existent que pour inhiber, réprimer et réprimander les abus, les excès et la corruption du cœur. Si l'innocence de l'âme gouvernait les hommes et le monde, toute loi deviendrait inutile. Et seules les règles naturelles – et fondamentales – inaliénables et irréductibles – de l'énergie et de la conscience auraient droit de cité : les mouvements et les cycles de la première et l'Amour de la seconde...

 

 

Ces notes ne sont parfois que des appels de détresse que je lance au ciel. Et des consignes que j'offre à ma propre confusion. A ma propre immaturité comme à ma propre incompréhension. Pour nous aider à traverser quelques épreuves liées, le plus souvent, à l'indifférence du monde et à notre solitude.

La joie – la joie de l'être – ne nous quitte pour autant dans ces instants plus sombres mais elle se montre insuffisante pour faire naître une écriture libre et joyeuse – une écriture née d'un surplus de joie... Ces notes d'encouragement et de réconfort viennent, sans doute, de ce reste de joie infrangible – inaltérable – comme une manière peut-être de se requinquer, de se ressourcer et de se régénérer pour retrouver un seuil plus satisfaisant et pouvoir à nouveau goûter sa pleine intensité – et son débordement – nécessaires à un cœur et à des notes plus libres et plus joyeux...

 

 

Nous ne sommes rien ni personne. Un regard – une présence – lorsqu'ils savent être habités. Quant à ce que nous avons toujours cru être – et à ce que nous croyons être encore parfois (de temps à autre) –, il ne s'agit que d'un amas instable, indéfini et informe d'émotions, de sentiments, de pensées, d'apprentissages, de conditionnements et de réactions reliés, connectés et interagissant continuellement avec les autres formes et amas alentour.

En définitive, nous sommes à la fois présence sensible et perceptive et ce qui est – la conscience et l'Existant de l'instant ici et maintenant – ce que les hommes ont coutume d'appeler Dieu, la vie, le monde, les êtres, les événements et les circonstances.

Nous sommes cette entité unie – et unifiée : la conscience-monde. La conscience et l'étant. L'être et ce qui est. Inséparables à jamais...

 

 

Le jour a plié sous la nuit. Et le sang à présent recouvre les étoiles. Et le cœur hurlant que l'on arrache à la possibilité de la lumière...

 

 

La vérité n'a de dogme. Pas davantage que la silhouette de l'homme avalée par la nuit. Derrière l'ombre, la lumière toujours préside à la destinée des circonstances. Le monde émerge ainsi de sa matrice. Voué tout entier à son plein retour vers son origine...

 

 

Le silence ne dissipe rien. Ni les cris, ni les larmes. Pas même la persistance des feuilles mortes. Et c'est lui, pourtant, qui éclaire tous les spectacles. Et qui impulse – et oriente – leur déroulement...

 

 

La lumière impénétrable du silence perce toute l'épaisseur du monde. Met à jour sa nudité. Et sa transparence. Révèle sa nature et son inconsistance : de la buée dans les rayons du soleil.

 

 

L'absence n'est qu'une présence qui se cherche. Qui se laisse absorber par l'épaisseur du monde – et s'enivre de ses vapeurs. Et qu'elle piétinera – et émiettera – pourtant, un jour, pour arriver à son seuil...

 

 

L'infini n'est jamais loin du monde. Le monde n'est peut-être même que l'infini déguisé qui s'amuse – et se joue de sa propre naïveté... Comme si la lumière s'était soudainement sentie obligée de s'accoutrer d'une folle façon en revêtant le sombre costume de la nuit avec quelques étoiles en guise de paillettes...

 

 

Nous pourrions passer mille ans sur la terre. Les mêmes cris – et les mêmes cloches – retentiraient toujours. Des millénaires pourraient passer... Et nous verrions les mêmes mains tournées vers le ciel, implorantes...

 

 

Et si les étoiles dans la nuit n'étaient que l'ombre percée de lumière...

 

 

La muraille des jours n'est composée que de nos cadavres. De vieux désirs satisfaits que nous avons entassés là pour nous distraire du silence. Et échapper à sa lumière éblouissante. Comme si nos yeux – trop immatures encore – préféraient l'aveuglement...

 

 

Nul – aucun bruit ni aucune obscurité – ne peut vaincre le silence et la lumière. Comment l'infime pourrait-il monter à l'assaut de l'infini qui le contient et lui donne vie – et qui, sans lui, n'existerait...

 

 

Le relatif est toujours dépendant du relatif. Et sous la tutelle de l'Absolu. Et bien qu'il ne puisse totalement se libérer, il peut apprendre à devenir libre. Mais cette liberté (relative) n'advient que lorsque l'Absolu est habité. Le relatif suit alors ses orientations naturelles sans être freiné ni poussé par quelques vaines ambitions...

 

 

Les marques indélébiles du temps sur les vies et les visages. Et qui s'effaceront, pourtant, en franchissant le mur de l'éternité...

 

 

L'indélicatesse et la curiosité imbécile des yeux soucieux du plus loin et de l'ailleurs – de l'au-delà. Incapables de se poser devant eux. Ni même, bien sûr, de se retourner en surplomb d'eux-mêmes. Si peu ouverts à la sagesse si proche...

 

 

Et si le faîte du monde était au plus bas. Juste au dessus du ciel qui nous attend... Mais comment blâmer les yeux des hommes tournés maladroitement – et si misérablement – vers l'espérance de l'en-haut...

 

 

La démesure du temps et des hommes embrassée par les lèvres délicates de l'instant. Puis, avalée par sa bouche invisible. Ne laissant que la lumière sur les pierres et les fleurs de la terre. Et un immense sourire sur les lèvres de celui qui sait voir le monde...

 

 

L'invisible est imperceptible aux yeux malades. Mais, comme toujours, le cœur est le grand remède. Qui d'autre saurait guérir cette profonde cécité ?

 

 

Les mains scellées à la terre transforment le sable et les pierres en bitume et en étroits carreaux que les hommes étalent sur le sol. Puis, passent les pieds – et les roues – qui les martèlent et les écrasent. Et les voilà, peu à peu, transformés en gravats et en poussière.

Les ruines de la terre seront toujours celles des hommes. Et malgré les chantiers, les hécatombes et les cimetières pousseront toujours sur la roche l'herbe et les fleurs. Ultimes survivants parmi les décombres...

 

 

Le plus brisé de cette vie est plus proche de l'unité que toutes les édifications. Et Dieu sait que nous aimons les construire prétentieuses... Quelques larmes d'abandon suffiraient, sans doute, à lui faire franchir le seuil...

 

 

Vie de misère. Et vie de lumière. Le regard toujours est la clé qui ouvre la porte aux précipices et aux sentiers aériens. A l’œil chagriné d'ombres et de grisaille et au cœur panoramique.

Et que la lumière se manifeste au point le plus dense de la misère est le lot du commun...

 

 

A chaque saison, sa parure. La terre toujours se couvre selon les circonstances ; d'herbe et de fleurs au printemps, de feuilles et de lumière en été, de feuilles mortes et de couleurs en automne, de froid et de dénuement en hiver.

Et l'homme, aveugle aux cycles (naturels), marche, les poches opulentes – et du même pas gris et cadencé – en toute saison. Voilà pourquoi la terre – ses merveilles et sa beauté – lui sont si étrangères...

Celui qui aspire à se libérer de ses chaînes (la terre pour les hommes) doit les respecter. Les accepter sans condition. Et se vouer tout entier – et l'âme enjouée – à son esclavage. Ses chaînes lui deviendront alors égales. Et les moins nécessaires s'effaceront. Ainsi toujours s’acquiert la liberté...

 

 

La lumière n'a besoin de nul trait pour briller. Eclairer. Et s'émanciper. Jamais l'ombre et l'obscurité ne sont nécessaires à son rayonnement. Pas davantage que le limité, les frontières et les bruits sont utiles à l'infini et au silence. Tous trois resplendissent indépendamment de ce qui les traverse. Ainsi est l'Absolu : lumière, silence et infini. Unique souverain de lui-même et de toute apparition en son sein...

 

 

Le sauvage inaliénable de la vie que l'homme tente de mettre en cage... Mais pourquoi donc n'en perçoit-il pas les dangers ? Pourquoi le monde ne comprend-il pas que ces postures anti-naturelles reviendront frapper, tel un énorme boomerang, leurs initiateurs ?

 

 

Un être – un homme – encore incapable de s'offrir l'Amour (à lui-même) ne pourra rien (vous) donner. Il sera si friand d'attention, d'encouragement et de réconfort qu'il en ramassera toutes les miettes à sa portée. Et s'en emparera avec avidité. Et il est fort probable qu'il ne vous fréquente, pour l'essentiel, que pour celles que vous pourriez lui accorder...

 

 

La figure du moine errant en Extrême-Orient soumis continuellement aux âpres exigences des chemins, obligé, chaque jour, de mendier sa nourriture et de dormir, chaque nuit, en un lieu différent (bas-côté de la route, grotte, clairière, cabane, petit ermitage...) est aux antipodes de celle du sédentaire repu, jouissant du confort, des agréments et de la sécurité (apparente, bien sûr...) de son existence encadrée et de son habitation.

Alors que le premier vit perpétuellement dans l'incertitude, le dépouillement (voire le dénuement), les aléas et la vulnérabilité, le second se repaît dans la certitude, l'abondance, l'assurance et le sentiment (mensonger, bien sûr...) de sécurité. Alors que l'un est vivant – et en alerte – se laissant pénétrer – et traverser – par tous les événements du monde, l'autre ronronne à l'abri des mésaventures et s'assoupit dans une existence éteinte et lisse – une existence si peu vivante.

Certes, l'environnement et le mode de vie importent peu pour l'homme sage. Sa quête s'étant totalement effacée, il vit selon sa nature et les circonstances sans rien vouloir ni chercher. Mais il en est autrement pour l'homme qui marche... Et au delà de ma préférence (personnelle) et de ma sympathie naturelle à l'égard du premier, le chemin du moine errant est bien plus propice – de par sa nature, ses exigences et ses caractéristiques – à découvrir – et à faire émerger – la grâce et la joie du silence et de l'infini que la léthargie du sédentaire repu et somnolent enfermé dans son petit trou doré...

 

 

Seul face au jour. Seul face à la nuit. Et les heures qui passent tantôt tranquilles, tantôt espiègles...

 

 

La main proche du rêve – comme collée à l'horizon – alourdit l'espoir. Encombre le cœur de ses chimères. Eloigne, une fois de plus, l'innocence et l'infini. Et retarde leur venue.

Combien de fois les doigts devront-ils saisir le sable – tous les sables – de la terre avant de s'ouvrir à l'heure présente – aux circonstances devant nos yeux, porteuses d'or et de lumière – et que nous avons (pourtant) toujours pris pour du plomb – et des événements sans importance... ? Pourquoi donc l'horizon, au loin, semble plus prometteur que la terre sous nos pieds ? Défaut de sensibilité et de vision, sans doute, opaque et aveuglant. Et ces mains étroites qui jamais ne sauront dénicher l'Absolu dans la poussière...

 

 

Sur les terres de l'aurore, la lumière diffuse ses secrets après nous avoir révélé les nôtres. Enveloppes rudes que nous n'avons su ouvrir pour saisir les dignes pépites. Le séant par dessus la tête posée sur tant de merveilles...

 

 

Sur la moquette jaunie par le temps et les taches, nous nous agenouillons les mains tournées vers le grand désarroi. Sans savoir où poser la tête. Aveugles à la fenêtre du ciel près de laquelle sommeille notre cœur assoupi. Sourd aux plaintes et aux poings de l'âme qui tambourinent à la porte. Hermétique à ses demandes – et à sa grande aspiration. Incapable d'élargir le chenal obturé et obscurci pour lui offrir les plus dignes retrouvailles avec la clairière immense et silencieuse de l'infini...

 

 

En ce monde, chacun œuvre à une tâche – et à une entreprise – bien plus hautes que lui-même. Comme agrippé et emporté par l'un des (innombrables) courants tantôt destructeur, tantôt édificateur qui participe à la construction et à l'évolution du vivre – et de l'être – ensemble aux effets infimes et dérisoires sur la totalité (au niveau individuel) mais qui, en s'additionnant, contribuent sur le plan collectif à des avancées magistrales et déterminantes...

 

 

La mort jamais n'est un maléfice. Elle mène à la renaissance. A la résurrection. Et donc porte au plus haut de la joie.

Sentir l'éphémère de chaque instant – et de chaque chose en ce monde infiniment fragile et périssable. Et, dans le même temps, le cœur éternel qui leur prête vie. Qui les enveloppe, les transforme et leur offre l'espace nécessaire pour se dérouler – et s'étendre jusqu'au silence et à l'infini.

 

 

Je vois dans les yeux de certains hommes, l'immense lassitude – la grande fatigue – de ceux qui offrent au delà de leurs forces. Et toujours, bien sûr, dans un au-delà d'eux-mêmes... comme s'ils étaient portés par un élan – et chargés d'une mission – bien trop vastes pour leurs bras trop faibles – incapables de venir à bout de l'immense désastre provoqué par les hommes – et les instincts de la terre. Et qui ont transformé les injonctions du cœur en devoirs – et en astreintes – auxquels ils ne sont plus à même de se soumettre. L'âme – et le corps – trop épuisés pour obéir à leurs impératifs démesurés... Et qui continuent pourtant – qui s'acharnent jusqu'à l'épuisement – jusqu'à l'effondrement – et jusqu'à la mort – à poursuivre leur belle et impossible besogne bien après que ne se soit éteinte la joie des pas et des gestes... Il y a chez eux un admirable courage, un entêtement un peu fou et une impossibilité au renoncement qui les maintiennent debout. Et qui les porteront jusqu'à leur dernier souffle...

 

 

Découvrir l'absence de vérité dans l'absence de savoirs et de certitudes. Et, dans l'instant même de cette découverte, vivre la vérité – la ressentir avec une telle force et une telle évidence dans le bref moment de son apparition – et de son écoulement toujours fugace – avant de retrouver son absence toute aussi évidente et criante...

 

 

Comme toutes les choses essentielles de ce monde, la vie, la joie, la tristesse, le silence, l'infini et tant d'autres merveilles, la vérité est fort heureusement insaisissable. Nul, bien sûr, ne peut s'en emparer et dire – proclamer d'un air triomphal – : Ca y est ! Je l'ai ! Je la tiens !

Et dans nos sociétés malades, vouées tout entières à la saisie, à l'appropriation et aux excès narcissiques, cette impossibilité est un grand soulagement. Autant qu'une chance offerte à chacun de le vivre – et de le sentir – par lui-même...

 

 

Dans la grande symphonie des jours – et des siècles – où l'on aime s'afficher et parader, je n'aime rien tant que ces heures – et ces instants – où il ne se passe rien. Où il n'y a personne. Aucun visage pour dire, se réjouir ou s'attrister. Des heures et des instants sans apparat ni trompette qui ont (pourtant) un parfum d'éternité. Où l'Absolu, le silence et l'infini règnent en maîtres incontestés sur une terre en friche – belle et fertile – où tout peut arriver. Où le rien – et le plus anodin – sont des lumières – les lampions magiques de la grande fête à laquelle Dieu et la vie nous ont conviés...

 

 

La vie n'est qu'une barque qui passe sur l'océan de l'éternité. Et l'homme, peut-être, qu'un sillon sur l'étendue infinie...

 

 

Peut-on avoir les yeux plus proches de la vérité que lorsque le cœur ignore tout – et qu'il sait être ce qui advient...

 

 

Ah ! Si vous saviez, hommes, qu'en abandonnant vos misérables délices, il vous serait (enfin) loisible de goûter l'inoubliable saveur du rien ! Le plus anodin vous semblerait alors plus admirable que les plus hautes de vos – si rares – (ré)jouissances...

 

 

Marcher du pas de l'ogre alors que la terre est silencieuse. Où vont donc les hommes de cette foulée gigantesque ? Le regard, sans doute, aveugle à la beauté pour courir ainsi vers l'ailleurs... Et derrière la foule pressée et impatiente, on aperçoit le sourire du vieux sage adossé, un peu à l'écart, à un arbre. Et dans ses yeux le reflet de tous les voyages...

 

 

La joie surgie de la béance que nous avons laissée grande ouverte. Et dans laquelle les vents ont tournoyé pour nous mener au point le plus dense de l'immobilité. Et les siècles, à présent, ne pourront jamais plus nous asservir...

 

 

La corruption est l'un des plus grands maux de l'humanité. Le cœur, si craintif, distille ses mensonges à la ronde. Et voilà l'homme si corrompu que son regard même le trahit...

 

 

L'éclat du noir sur la page blanche. Comme une griffure insensée – une offense à l'innocence. L'infini et le silence ont-ils (vraiment) besoin d'être contés ? Je crains que les bruits n'invitent que d'autres bruits. Et les commentaires, d'autres commentaires. Entaillant ainsi le silence. Et nous éloignant toujours plus de l'infini...

 

 

Dans la grande froideur des jours, l'âme s'éveille, ragaillardie. Plus vive face à la beauté déchirée – et déchirante – du monde. Et plus sensible aux infimes – et fragiles – élans de la vie.

 

 

Ombres qui passent dans la lumière. Comment pourraient-elles éclairer davantage le cœur qui les accueille ? Ce sont elles, pourtant, qui ont contribué à son éveil. Et elles encore qui aiguisent aujourd'hui sa sensibilité...

Que les ombres – toutes nos ombres – en soient remerciées. Et que la lumière les célèbre à jamais dans le jour grandissant...

 

 

Pourrait-on jamais devenir ce que nous sommes ? Tant de siècles ont déjà passé... Et la lumière patiente encore dans l'obscurité...

Un chemin de pluie. Et la foulée pressée et imprécise vers l'arc-en-ciel. Aveugles toujours aux mille clairières – et à la lumière qui inonde les pierres. Mais comment pourrait-on blâmer les hommes ?

Le monde n'en finira jamais de renaître... Et la lumière restera intacte bien après la fin des temps. Et sera là encore à la naissance des nouveaux mondes. Jusqu'au réveil magistral des yeux affamés... Présente pour toujours au plus dense de l'obscurité comme au plus haut de la clarté. Infiniment éternelle...

Et même les aubes sauvages ne pourront la dérober... Et malgré les malheurs qui jamais n'épargneront les âmes, les pas craintifs et intrépides arriveront, un jour, à destination...