Journal / 2017 / L'intégration à la présence

Une pierre immobile. Un chemin fuyant. Une eau vive. Un ciel immense et secret – insaisissable. Des visages à foison. Et des cœurs impénétrables. Comment le poète pourrait-il renoncer à sa tâche ? Toute la matière du monde est là. Présente. Eminemment présente. Et les mots toujours les célébreront pour les inviter – et les initier – à leur nature infinie, silencieuse et éternelle...

 

 

Est-ce du bleu que le ciel descendra... Est-ce du vert que la terre s'élèvera... Où pourraient-ils donc se rejoindre si le cœur ne sait accueillir les couleurs... S'il ne sait transformer le rouge du sang et de la chair en jaune solaire – étincelant – et atténuer son éclat en blancheur innocente – presque transparente – pour s'ouvrir à tous les mariages et à toutes les unions...

 

 

Goûter à l'ineffable. A l'originelle vacuité – transparente et infinie – immobile et inchangée – où viennent se loger ses inévitables expressions. Furtifs phénomènes d'un monde infiniment précaire...

 

 

Clarté vive dans les taillis sombres de l'âme et du monde. Comme une étoile affranchie des naissances et des extinctions...

 

 

Et les hommes encore incapables d'ôter leurs mains – et leur cœur – des profondeurs de la terre. Et de s'empêcher de gesticuler à sa surface... Comme si le ciel de l'âme – invisible et pourtant si proche – leur était toujours inaccessible...

 

 

Le poète est un paysan du ciel et des horizons infréquentés. Et de l'autre rivage peut-être... Laboureur parfois. Infatigable sous la pluie. Et humble cueilleur de pensées sauvages. Fréquentant en toute saison les arbres et les nuages, la terre et l'azur, l'infini et la beauté comme l'obscur, la crasse et la laideur. Et croisant, de temps à autre, les hommes sur quelques chemins déserts... Allant à chaque instant du jour, de l'aurore au soleil couchant, dans l'innocence et la joie. A petits pas jusqu'à la mort dans tous les paysages...

 

 

Ce si peu de lumière dans le cœur de l'homme qui pourrait pourtant éclairer – commencer à éclairer – l'affolante cécité du monde, de ses gestes et de ses pas qui soulèvent la poussière noire de la terre...

 

 

Entre l'abîme du passé et l'horizon à venir, il y a – et il y aura toujours – l'instant et la foulée présente... Et le cri de l'âme parfois, encore incapable d'y demeurer...

 

 

La terre – ses climats et ses paysages – façonnent incontestablement le corps et le cœur des hommes. Sans doute que leur rudesse et leur noirceur naturelles, nées de cette origine, se renforcent aussi par cette assidue fréquentation...

A ce titre, il serait loisible de penser que les habitants des pays tempérés auraient tendance à se montrer moins âpres que les populations des contrées hostiles (à l'environnement et aux températures plus extrêmes). Mais, en vérité, « cette loi » s'avère peu pertinente – voire fausse car la dureté apparente d'une région ou d'un peuple peut être parfois largement compensée par un sens profond de l'accueil et de l'hospitalité...

Dans le même registre, on pourrait penser que les citadins, habitués à vivre dans un univers policé (bien que difficile et éprouvant) auraient tendance à avoir des mœurs plus délicates et « civilisées » que les populations rurales – et à se montrer plus agréables et amicaux... Ce qui s'avère juste à certains égards... Mais nous ne devons pour autant occulter les conséquences délétères (très fortement délétères) de la proximité et de la promiscuité (sans compter la surpopulation) engendrées par la vie urbaine qui crée un esprit de repli et de méfiance et une forme, à peine contenue, d'agressivité et de violence... Comme nous ne devons oublier la rage narcissique, distractive et virtuelle sans précédent née un peu partout (ici et ailleurs, en ville et à la campagne autant que dans la brousse, les savanes et tous les déserts de cette planète) avec l'ère technologique contemporaine qui a exacerbé les désirs et l'individualisme égotique – et standardisé les goûts et la consommation sur la totalité du globe...

Et bien que la rudesse de la terre façonne (en partie) le corps et le cœur des hommes –, nous ne pouvons nier que la brutalité, l'âpreté et les aspérités humaines naturelles demeurent partout – et jusqu'à aujourd'hui – aussi prégnantes quel que soit le lieu où les hommes résident... Comme l'attestent, avec évidence, les postures, les attitudes et les comportements si peu aimables de l'humanité...

 

 

L'eau* toujours suit sa pente naturelle. Inexorablement descendante. L'arbre*, lui, au contraire, est amené à croître vers la lumière. Soumis indubitablement à une lente et progressive ascension. Quant à l'homme, sans doute, se situe-t-il entre les deux... Autant irrésistiblement porté à la facilité qu'incontestablement voué aux efforts – et animé par un besoin d'élévation...

* Dans leur forme apparente... Il est évident que l'un et l'autre obéissent aussi à des cycles plus complexes dans lesquels se succèdent différentes phases, tantôt ascendantes, tantôt descendantes... Ainsi, par exemple, l'évaporation de l'eau dans l'atmosphère et la chute des feuilles de l'arbre et leur enfouissement dans le sol...

 

 

La sagesse sera toujours, quelle que soit l'époque, le plus précieux trésor du vivant (et de l'Existant). Et nul ne peut ignorer que l'évolution du monde (quel qu'il soit...) – et la paix et la joie de son peuple – toujours en dépendront...

 

 

Depuis sa sortie des cavernes et jusqu'à sa (sans doute) très lointaine révolution spirituelle, l'adage et la posture naturelle de l'homme (ordinaire) à l'égard de la terre, du monde, de la vie et des êtres (et à l'égard d'à peu près toute chose, à dire vrai...) pourraient se résumer ainsi : on s'empare, on se sert et on exploite jusqu'à l'épuisement – jusqu'à l'anéantissement...

Et comment pourrait-on mettre ainsi ses quelques vagues signes d'intelligence au service de ses instincts sans être encore une créature profondément animale...

 

 

Les hommes. Des yeux excentriques et borgnes sur le petit balcon des jours alors que sommeille dans les profondeurs – les abysses du cœur – le grand œil innocent. L'admirable regard...

La cécité la plus grande sera toujours celle de l'âme...

 

 

Sans énergie, aucun mouvement possible, bien sûr... Et aucun accès à la conscience*... Voilà peut-être l'une des clés de leur indissociable union. Et de leur permanente alliance...

* pour les formes (perceptives)...

 

 

Entre le souvenir, la distraction et l'attente. Ainsi est l'esprit humain. Jamais (quasiment jamais) présent à ce qui est... Vivant presque toujours dans une forme d'inconscience. Et, au mieux, dans une conscience éminemment partielle – et profondément sommeillante...

 

 

Sur notre lit de mort, avant notre ultime soupir, peut-être nous exclamerons-nous, avec un peu de tristesse et de soulagement dans la voix : « Ah ! Vivre n'était donc que cela... ». Et peut-être regretterons-nous alors notre assidue superficialité, nos vains et ridicules combats et nos incessantes mesquineries... Et peut-être regretterons-nous aussi nos bassesses, nos lâchetés et notre maladif orgueil... Et peut-être pleurerons-nous nos absences – notre absence à la vie – tous ces instants où nous n'avons su être présents à nous-mêmes, à l'Autre et au monde – tous ces instants où nous n'avons su être là pour ceux qui nous étaient chers... nous blâmant peut-être de n'avoir su incarner cette si indispensable présence...

 

 

La poésie est une sensibilité vive de l'âme. Une résonance profonde du cœur aux plus infimes vibrations du monde. Et qu'importe ce qui les traverse, peine, joie, grâce, souffrance... Et qu'importe les événements, leur nature et leur apparence, tout est vécu – et ressenti – avec force et intensité... Âme et cœur pénétrés jusqu'au cœur même de leur moelle. Et traversés de toutes parts... Secoués par les ondes et les tremblements qui leur enjoignent de trouver une issue – un exutoire ou un tremplin – pour l'exposer au monde et témoigner de l'épaisseur – et de la puissance – des événements sur l'être... et célébrer leurs profondeurs respectives et leur parfaite unité...

La poésie est une célébration. Tristesse, merveilles, désespoir, beauté, horreur... Et qu'importe ce qui surgit... Tout mérite d'être vécu, accueilli et porté aux nues pour honorer la vie, le monde, la mort et le vivant et réaffirmer notre gratitude à l'égard de l'âme et du cœur – de l'être et de la conscience – qui accueillent et reçoivent tout ce qui les traverse...

 

 

Au creux du temps s'est écrasé notre plus vieil amour. Le moins chaste et le plus versatile. Celui qui ne manquera à personne... Et de son cadavre en naîtra peut-être un plus neuf, plus constant et plus profond...

 

 

Nous n'épargnerons personne avec nos espoirs... Mais combien pourrons-nous en sauver ? Nul sans aucun doute...

 

 

L'impuissance est la clé de l'abandon. Et l'abandon, le seuil de l'infini où l'Amour devient l'unique puissance au plein pouvoir...

 

 

Et pourquoi ne pas simplement rire du grand désastre du monde et de notre vie...

 

 

Qu'abandonne-t-on en se fuyant ? L'essentiel sans doute... Et qu'abandonne-t-on en étant simplement présent – vide, vierge et pas même soucieux de fréquenter l'innocence ? L'accessoire et l'inutile – la futilité de notre vie née de la croyance en notre individualité...

 

 

Jamais nos constructions et nos œuvres ne nous survivront. Tout s'effacera presque aussitôt. Et les ruines seront emportées peu après notre dépouille. D'autres œuvres et d'autres constructions naîtront, bien sûr... Et seront, elles aussi, balayées à la mort de leurs initiateurs.

Monde toujours neuf où les élans – et les édifications – se succèdent – et se bâtissent sur un passé toujours vierge... Comme si chaque nouveauté portait déjà en elle toute l'antériorité de l'histoire... Comme si chaque nouveauté portait déjà à sa naissance l'origine – et l'ensemble de la continuité...

 

 

Et si l'accolade et l'étreinte n'étaient qu'un geste né d'un désir de soi où l'Autre n'est qu'un prétexte au rapprochement... Comme une présence aux mille bouches et aux mille bras simplement avide d'elle-même – et soucieuse d'éveiller chacune de ses parties à son intégralité...

 

 

Les poètes ont, me semble-t-il, (à peu près) tout dit sur le monde, sur la terre et sur les hommes. A peu près tout dit sur la vie, sur la mort et sur l'amour. Leur cœur – et leurs lignes – ont exploré toutes les émotions et tous les sentiments suscités par la nature, l'âme, les bêtes, le ciel, Dieu et l'infini. Que reste-t-il donc à dire ? L'infinie présence du silence peut-être... Et comment pourrait-on l'exprimer sinon en prenant soin d'être – et de se taire...

Le silence toujours sera plus beau – et plus juste – que toute parole...

 

 

Rien ne peut être gravé durablement. Ni sur le bois, ni sur la pierre, ni sur le marbre. Ni dans le cœur, ni dans l'esprit des hommes. Mais dans le silence peut-être... Comme le sceau invisible de l'éternité sur l'éphémère...

 

 

Tant de beaux et magnifiques inconnus en ce monde meurent sans funéraille. Et sans même avoir entendu quelques louanges de leur vivant... Herbes, fleurs, arbres, bêtes, hommes, nuages, rosée aux élans anonymes – et parfois merveilleux – œuvrant humblement à leurs tâches l'espace d'un instant ou pendant des siècles sans la moindre attention ni le moindre regard...

Mon âme voudrait leur témoigner, ici, son amour et sa gratitude d'avoir existé. Et rendre hommage – et célébrer même – leur départ. Leur effacement dans le grand silence qui saura (enfin) les accueillir comme des rois et des reines – et les remercier pour leur présence, leurs actes et leur beauté magnifique et inconnue...

 

 

Le désarroi est l'invitation de l'astre à sa venue. L'invitation à abandonner l'espoir de toute rencontre. Et à s'en remettre à l'effacement – au grand effacement – nécessaire au scintillement et au rayonnement de l'étoile qui offre la joie...

 

 

Tout est si lié – et si étroitement relié – en ce monde que le regard doit quitter l'étroite partie à laquelle il croit être uni pour apercevoir l'ensemble – la totalité. Et que le cœur doit creuser – et s'immerger – en ses mystérieuses profondeurs pour ressentir – et vivre – l'ensemble – la totalité – des liens de l'unité...

Le monde, la vie et la conscience n'ont, je crois, de plus essentiels secrets à livrer... Et les percer – les goûter et les laisser nous habiter – nous offrira une paix et une joie profondes. Et fera de nous des âmes sages en ce monde...

 

 

Qui sait – et qui a conscience de – ce que nous sommes ? Qui connaît notre existence ? Qui est sensible et s'intéresse (réellement) à notre travail, à notre œuvre et à notre plus profonde intimité ? Qui partage ou aimerait partager le plus essentiel et le plus fondamental de notre vie ? Nul sans doute...

Et, au fond, que partagent les hommes entre eux ? Une table, une couche, un écran et quelques tâches quotidiennes de façon approximative... Et qu'échangent-ils ? Quelques paroles futiles et de bons procédés... Et que s'offrent-ils ? D'infimes marques d'attention et d'affection – et une présence partielle et malhabile – et infiniment superficielle...

En définitive, les hommes ne connaissent, ne partagent, n'échangent et n'offrent à peu près rien...

Il n'y a, le plus souvent, entre eux, que gênes, réclamations, plaintes, mensonges, stratégies, désirs et d'infinies frustrations qui finissent par faire naître la colère et la haine, ou l'indifférence, et une absence encore plus criante et désespérante...

 

 

Nulle réponse ne pourra émerger du monde. La seule issue (à toute situation jugée problématique) naîtra de notre inconditionnel accueil...

 

 

On ne fréquente le monde (humain) que par incapacité. Par carence d'autonomie. Par impossibilité de pouvoir soi-même subvenir à ses élans et à ses désirs... Sinon il n'y a aucune raison de fréquenter le monde... Et ceux qui seraient enclins à avancer d'autres arguments se méprennent. Ni la fraternité, ni la convivialité ou tout autre noble sentiment n'existent sans qu'ils soient corrompus par un désir de satisfaction égotique...

On peut néanmoins, bien sûr, aimer le monde, les êtres et les hommes mais l'Amour (l'Amour vrai) s'offre sans raison selon l'exigence spontanée des situations. Jamais il n'est intentionnel. Et moins encore il n'use et ne fait commerce de concepts, de bons sentiments, de représentations, de calculs ou d'arrière-pensées...

 

 

Le pathétique et l’orgueil de toute expression – de tout ce qui s'expose. A la fois comme un cri désespéré et un vain appel...

 

 

Plus on s'offre, plus on invite l'Autre à donner – et lui donne l'envie, à son tour, d'offrir... Mais il y a des êtres – et des hommes – qui, quoi qu'ils reçoivent, n'accordent et ne concèdent jamais rien...

 

 

Et si le monde n'était qu'une fable – un songe dont nous serions les rêveurs...

 

 

La vie. Montagne indéchiffrée – indéchiffrable peut-être... – que le sage a pourtant escaladée de l'intérieur. Habitant désormais ses sommets et ses profondeurs... Et qui a réussi à faire la jonction entre la vie, le monde et la conscience devenus aujourd'hui inséparables...

 

 

Hormis quelques spécialistes, qui s'est déjà interrogé sur la nature fondamentale des fonctions régaliennes (de l'Etat) ? Et comment ne pas rire ou désespérer de cette amère nécessité ? Police, justice, armée (et, accessoirement, la monnaie) constituent les piliers essentiels de toute société humaine. Et sans elles – et leurs impératives régulations des actes et des comportements aussi naturellement qu'essentiellement irrespectueux et voués (presque tout entiers) aux conflits, aux agressions et aux litiges (et accessoirement aux échanges et au commerce), nul regroupement humain ne saurait exister – et perdurer... Et comment ne pas déceler dans cette triste nécessité la dimension encore très fortement animale de l'homme...

 

 

A la frontière de l'infime, l'infini. Et à leur jonction, l'intime universel. Grandiose et magistral...

 

 

Et que cherchons-nous ainsi arc-boutés contre les vents, le nez sur nos souliers et le cœur déjà derrière l'horizon ? Y aurait-il là-bas quelques attirantes et mensongères promesses ? Comment peut-on, à ce point, oublier l'envergure de la foulée présente – et l'incroyable tremplin de l'instant, seul espace en mesure de nous propulser sur l'aire infinie et éternelle à laquelle notre cœur aspire depuis sa naissance – et bien avant même peut-être son incarnation...

 

 

Le grincement des dents naîtrait-il de la peur de l'horizon – et de son inévitable rapprochement ? Ne serions-nous pas plus sereins assis dans la quiétude de l'instant...

 

 

Porterions-nous l'espoir d'une terre inaccessible – d'un pays de cocagne où les vents seraient joyeux – et porteurs de joie pour les âmes libres – libérées de la lourdeur des mondes...

 

 

Que le monde invite davantage – et soit plus attractif – que les mots, le poète peut le comprendre... Mais que l'infini silencieux qui sourd entre ses lignes – et l'incessante invitation à la vie pleine (à la vie pure) ne soient perçus, il ne peut s'y résoudre... Et l'admettre serait pour lui reconnaître la cuisante défaite de l'esprit et du langage... Et comment pourrait-il accepter l'inutilité de sa tâche auprès des hommes ? Que les étoiles, les bêtes, les arbres et le ciel l'entendent, il le sait... Mais comment pourrait-il renoncer à ce que l'âme – et le cœur – des hommes y deviennent plus sensibles...

 

 

Une page blanche. Aussi pure et silencieuse que le ciel immense – infini. Et quelques notes griffonnées dans l'impérative nécessité de le révéler – et de le célébrer dans la danse honorante du langage... Ainsi œuvre, chaque jour, le poète... Dans l'espoir (parfois trop confiant) que la terre – et les hommes – entendront son divin message en sachant pourtant que les yeux – et les mains applaudissantes – des foules jamais ne pourront l'écarter de sa solitude ni de son, si féroce, désir de vivre, à travers les mots – et plus essentiellement encore à travers les gestes et les pas – dans la pureté silencieuse de l'immensité et les rivages infinis de l'éternité et de la solitude... Être est à ce prix... Et jamais la parole, les foules et le silence ne pourront l'en dissuader...

 

 

Une pierre immobile. Un chemin fuyant. Une eau vive. Un ciel immense et secret – insaisissable. Des visages à foison. Et des cœurs impénétrables. Comment le poète pourrait-il renoncer à sa tâche ? Toute la matière du monde est là. Présente. Eminemment présente. Et les mots toujours les célébreront pour les inviter – et les initier – à leur nature infinie, silencieuse et éternelle...

 

 

Trop de poésie tue l'éternel. Trop de poésie recouvre le silence. Trop de poésie rend inaccessible l'infini. Aussi le poète doit-il parfois se taire... Et le penseur jeter ses feuillets – et les laisser brûler dans l'impatience des jours. Pour attendre indéfiniment – et sans fébrilité – dans l'être et la solitude de voir la foule le rejoindre... Qui est-il, après tout, sinon un messager de l'aurore... Un frêle rouge-gorge dans la plaine rouge et tachée de sombre où s'éreintent en vain tant de troupeaux, de torrents et de rapaces... Qui est-il après tout ? A peine un espoir... Pas même une promesse. Une issue incertaine – et si infréquentée – à l'effacement des crépuscules...

 

 

Dans son antre sombre et étroit, à quoi rêve donc le poète ? Et qui sait que son âme fréquente l'infini, le silence et l'éternité ? Et combien se pressent sur ses lignes pour le rejoindre ? Sa vie peut-être semble trop sombre – trop étroite – ou trop austère peut-être... Et bien que ses mots parfois respirent la lumière, sans doute sa joie est-elle encore trop fragile pour inviter la foule sur son chemin...

 

 

Le monde n'est qu'un prétexte pour la foule qui ne sait pas... Et la terre, une aire d'expérience pour les novices... Et le sage, lui, n'a plus même le désir – et l'exigence – de s'y montrer. Comme si le monde et la terre n'étaient plus nécessaires à l'être en joie...

 

 

Monde de papier que les hommes chiffonnent... Monde de papier sur lequel ils s’essuient les pieds – et nettoient leurs mains rouges – couvertes de sang... Monde de papier qu'ils brûlent pour nourrir leur infâme feu de joie... Monde de papier qu'ils transformeront bientôt en cendres et en sombres confettis... Sans entendre la terre pleurer – et s'attrister du destin qu'ils lui façonnent. Sans entendre la peur et les hurlements de ses créatures à l'agonie, salies, chiffonnées et noircies par leurs viles ambitions...

 

 

L'homme est encore trop profondément animal et immature pour abandonner son pragmatisme utilitariste et s'ouvrir à la métaphysique et aux questions fondamentales. Pour tenter de répondre (avec assiduité et opiniâtreté) aux mystères de sa nature et de sa condition...

 

 

S'affranchir de l'être et du monde ? Mais comment pourrait-on échapper à soi-même... Jamais nous ne pourrons nous défaire ni de l'être ni du monde...

 

 

D'un seul trait dessiner le monde. Et l'effacer... Comment oserait-on se substituer ainsi à Dieu ? Et pourtant, le sage et le poète ont eu l'audace de se jucher jusqu'à la place laissée vacante – et qui attendait leur venue... Et en ce faîte du monde, Dieu, le sage et le poète portent le même regard – et sans doute sont-ils ce même regard... – sur l'univers et l'infime peuple de la terre...

 

 

On s'émerveillerait de ne pas avoir l'âge de son visage... Il suffirait d'un peu d'innocence – et de goûter la fraîcheur neuve – toujours neuve – du regard pour vivre cette évidence. Mais nous nous croyons trop rusés – et sommes trop pleins d'habitudes, de savoirs et de certitudes pour nous loger au cœur de l'éternité...

Le temps ne passe que dans l'absence de regard. Dans l'esprit trop touffu – et trop peu mûr – pour lui substituer l'instant et l'éternité.

 

 

Aux ambitions de la bouche et de la couche, préfère celle de la fleur capable de vivre le silence et la beauté...

 

 

Ah ! Ces prosaïques soucis que le cœur délaisse aussitôt le regard arrivé à destination, emboîté en quelque sorte à la présence présente et à l'infini silence qui rendent les pas si légers – et le passé et l'avenir inexistants. Et où l'Amour fait naître une absolue confiance en chaque événement...

 

 

Jamais le sage ne s'alourdit d'inutiles fardeaux... Son chemin toujours est simple et lumineux... Et les visages et les paysages qu'il dessine à petits traits sur son carnet invitent les foules à défricher, elles-mêmes, leur sentier de lumière et de simplicité...

Mais qui serait assez fou pour troquer les jouissances du monde contre le dénuement et une vague promesse de joie...

 

 

La vie s'égraine à l'envers. De la mort à la naissance. Puis, saute les années et les siècles pour faire coïncider la destination avec l'origine. Et ainsi boucler la première boucle... avant de nous préparer à la suivante.... Et ainsi, de boucle en boucle, pour nous redécouvrir indéfiniment...

 

 

Comme une eau stagnante, la vie des hommes s'évapore. Et à la fin des mondes ne restera que traces et poussières. Les mêmes sans doute qu'aux origines...

 

 

Le poète. Une voix – une parole – anonymes qui s'élèvent dans la nuit. Un murmure peut-être... Comme un infime trait de lumière aux origines mystérieuses – profondes et impersonnelles (éminemment impersonnelles) – jeté dans la noirceur du monde par une main et des lèvres innocentes. Comme un bruit léger dans le silence. Comme un mince tremblement dans la matière lancé dans l'inconnu pour l'inconnu. Quelques mots – quelques lignes peut-être – comme une modeste correspondance sans expéditeur ni destinataire. Pour la simple joie de dire, d'exprimer et de célébrer l'existence – et le plus humble – dans l'immensité de l'univers – dans l'indicible vacuité. Pour dire aux peuples de tous les mondes qu'ils existent – et qu'ils sont être, Dieu et présence – et bien davantage peut-être... – dans un espace – une lumière vivante et invisible éclairant ce qu'ils ont toujours pris pour un néant...

 

 

Présence, nature et métaphysique. Une parole. Quelques mots. Pour essayer d'exprimer la même beauté que la mousse et la fleur parmi les rochers et les sols infertiles de la terre...

 

 

Le silence des débuts si angoissant demeurera. Et à la fin expliquera tout... Et nous comprendrons alors sa justesse et sa beauté. Et les nôtres que nous n'avons eu de cesse de vouloir retrouver. Et celles des bruits mêmes qui tentaient vainement de l'effacer...

 

 

Le cœur, le monde, le ciel, le regard. Voilà, en quatre mots, tout est dit... Et autorisons-nous à en ajouter deux supplémentaires pour les relier – et apprendre à les unir : l'âme et la vie...

 

 

Sur le lit de l'espérance naissent les pires cauchemars...

 

 

Jamais les enjambées sauvages n'atteindront l'horizon. Elles ne feront qu'enlaidir – et obscurcir – la terre déjà bien laide – et déjà bien sombre...

 

 

L'heure intime rapproche le cœur de la vie. L'âme du monde. L'être de l'Existant. Elle est notre plus sûr passeport pour les terres de la joie. Et ainsi seulement seront foulées les contrées de l'unité. Et deviendront libres nos pas...

 

 

Y a-t-il une passion plus dévorante que celle de l'Absolu ? Inépuisable jusqu'au contentement de l'ultime faim – jusqu'à l'effacement de tout appétit...

 

 

Une poudrière noire au fond de l'âme. Et un feu, soudain, s'embrase. Et tout explose. Flammes rouges et dansantes. Dévastatrices. Et bientôt les cendres. Et, plus tard, sous les cendres, la naissance de la première fleur. Comme le jaillissement inespéré du printemps après des siècles d'hiver et de terreur...

 

 

Plus loin que la lumière, l'infini. Et plus loin que l'infini, le silence. Voilà... Tout est dit... Et voilà ce que l'on espère... Et voilà ce qui nous attend...

 

 

Oui à tout. Même à l'horreur et au refus. Et la vie, plus dansante, nous emportera... plus libres – tellement plus libres...

 

 

Les songes sont dangereux. Bien plus dangereux que la vérité. Et bien qu'elle soit âpre et abrupte, sa morsure sera toujours moins douloureuse que le sourire mensonger des rêves...

 

 

La faux et l'écume. Et les vents hilares... Et le silence derrière qui veille à la danse et aux effacements...

 

 

Goutte dans l'océan, consciente à présent de sa nature, se laissera mener, lucide et consentante – et éminemment joyeuse – à travers tous les cycles de l'eau...

 

 

Les jours défilent comme les paysages à la fenêtre des trains. Emportés dans un voyage dont nous ne savons rien. Ni la gare d'origine ni la destination. Emportés peut-être – emportés sans doute – pour l'éternité dans une course sans fin... Mais les yeux – et le cœur – pourraient faire halte – et rejoindre l'instant et le regard, et nous nous laisserions mener l'âme plus sereine et plus joyeuse. Plus sensible aux visages et aux paysages du voyage. Et insoucieux – si insoucieux – des routes et des escales...

 

 

L'âme emportée vers ses chimères par les vents complices. Et la liberté du voyage à portée du cœur... Un seul pas suffirait pour aller partout unis aux vents – pour nous en affranchir et libérer notre foulée de leur souffle. Et devenir âme joyeuse et sereine dans les bourrasques et les tourmentes...

 

 

La poésie trop explicative – et trop soucieuse d'exhaustivité – se fait indigne et médiocre philosophie. Et nul ne la lit. Trop lourde pour le cœur. Et trop faible pour l'esprit...

Mais, en vérité, je ne saurais dire qui, du monde ou de l'esprit, est le plus lourd... Seul sans doute le cœur peut les réunir – et révéler leur épaisseur comme leur profondeur... Et inviter ainsi l'âme et l'Amour à les rendre plus légers. Comme un fardeau – un inévitable fardeau – de plumes souriantes...

 

 

Grâce à la vie, l'âme peut se faire l'intermédiaire entre l'être et le monde. Être au regard lointain et au cœur uni...

 

 

Le regard et le cœur innocents. Vierges de tout contenu et de tout embarras. Au cœur de l'être nu. Ainsi devrions-nous vivre – et aller sur les chemins du monde*...

* et de la vie...

 

 

La poésie. Quelques traces de doigts dans la poussière que les hommes ignorent – et que les vents effaceront...

Il n'y a pour la poésie (comme pour d'ailleurs toute chose en ce monde) d'autre destin. Aussi le poète devrait s'émerveiller des plus hautes réjouissances qui lui sont offertes avant d'écrire – et de les célébrer (si dérisoirement) sur ses pages...

 

 

Il est extraordinaire de constater que la vie et le monde œuvrent à un incessant réajustement pour maintenir (ou restaurer) un équilibre général minimal nécessaire à leur survie. Equilibre sans cesse défait – et menacé – par les perpétuels échanges et interactions qui recombinent de façon permanente leurs éléments...

 

 

La proximité des sages caresse l'âme. La pénètre et l'enveloppe. L'invite – et l'encourage – à chercher sa propre sagesse...

 

 

Es-tu présent ? Ou glisses-tu sur la vie comme sur un sol glacé – emporté par les tourbillons des pas et des vents ?

 

 

Les hommes. Des cœurs las. Et presque sans substance. Sans folle envie de vivre. Mais sans impatience, pour autant, de mourir. Des cœurs peut-être... Qui sait ? A moins, bien sûr, que les apparences ne nous aient trompés...

 

 

Dire – et crier – la solitude de l'homme est insuffisant... Comment le monde, murmurant ou hurlant cette même solitude pourrait-il l'entendre ? Il nous faut marcher jusqu'au plus sombre de ses profondeurs – et traverser ses eaux noires jusqu'au rivage de la lumière – pour la comprendre – et la vivre sans tristesse. Et pouvoir la célébrer dans la joie de l'inévitable...

 

 

Je ne connais de plus grande joie que l'amitié d'un livre. Et juste au dessus – et plus joyeux encore – la proximité et le parfum de l'herbe et des étoiles...

 

 

Les hommes convertissent l'or en amour. Mais l'Amour (l'Amour vrai) ne peut, bien sûr, se convertir en or...

 

 

Et s'il n'y avait, en cette vie, que la matière brute des jours et du monde. Et l'Amour...

 

 

Et si l'on instruisait l'âme de sa corruption... Et si l'on instruisait le cœur de ses crispations et de ses perversions, saurait-on enfin accueillir l'Amour – et devenir l'un de ses dignes serviteurs ? Le monde deviendrait-il plus clair – et plus libre de sa noirceur ? Quand saurons-nous donc être véritablement des hommes...

 

 

Mille pas plus éternels que la pierre. Mille baisers plus beaux que le cœur en chamade – et bientôt émietté. Et le silence toujours plus solide que toutes nos paroles...

 

 

Et si les poètes offraient avec leur cœur et les nuages, l'Amour, la lumière et le silence dans leur parole claire – et leurs lignes parfois trop sombres et trop touffues... Et si les poètes avaient raison... Les lecteurs pourraient-ils goûter la liberté, la joie et l'éternité ? S'ouvriraient-ils à la grâce des jours ? Existeraient-ils avant de vivre ? La gratitude aurait-elle plus de poids que les appétits ? Et l'Absolu plus d'épaisseur que les soucis ? Être deviendrait-il enfin plus essentiel que devenir ?

 

 

Ô sombres élans, vers quel obscur abîme nous plongerez-vous encore...

 

 

La bible. Un peu plus de deux mille pages. Bien en peine – toujours plus en peine – de remplir le vide laissé par un peu plus de deux mille ans d'histoire...

 

 

Le fil de l'écriture – comme le fil de l'histoire – rompus par mille silences incapables pourtant de nous faire goûter, à travers leur beauté et leur justesse, la vérité. Faudrait-il donc désespérer des livres et des années ? Ou est-ce l'aveuglement des hommes qu'il faudrait blâmer...

 

 

Et cette voix inconnue – et anonyme – dans les livres des poètes qui nous cherche – et nous révèle... Comment pourrait-on y être sourd – et refuser de l'entendre ? Comment pourrait-on la dédaigner – et lui intimer l'ordre de se taire – et préférer nous rassasier de bruits et de jeux si propices à son éloignement – à son effacement... L'homme serait-il donc plus animal que les bêtes si ouvertes à la beauté et au silence...

 

 

Présence, métaphysique et poésie. Voilà de quoi mon âme, chaque jour, se nourrit. Et avec la compagnie de l'herbe et des arbres – et les chemins que nous arpentons – la proximité et la fréquentation des hommes ne nous sont (presque) plus nécessaires...

 

 

Chemins de vie et d'écriture. Tant de foulées pour approcher le silence. Et faire du cœur et des pas son sanctuaire...

 

 

La vie pure – la vie pleine – et leurs secrets révélateurs sont – et seront – toujours en soi. Que faudrait-il donc pour se détourner des pistes du monde – et être enfin capable de tourner les yeux vers soi...

Qui saurait éclaircir et apaiser notre âme si nous ne savons nous-mêmes y pencher le regard...

 

 

En cette vie – et en ce monde – tout se mélange – avance et évolue. Tout semble se mélanger – avancer et évoluer. Et pourtant l’œil reste toujours neuf... Et ce qui était n'est plus. Et ce qui sera n'est pas encore... Et pourtant, malgré la métamorphose apparente, la nature du réel – et la lumière qui l'éclaire – demeurent inchangées. Energie et conscience à jamais unies malgré le remodelage incessant des combinaisons...

 

 

Après ces paysages, il y aura d'autres paysages. Après ce chemin, il y aura d'autres chemins. Après ce monde, il y aura d'autres mondes. Après cette vie, il y aura d'autres vies. Comme si l'après était partout – et permanent. Et pourtant le temps n'existe pas...

 

 

La vie paisible n'est pas celle que l'on croit. Elle ne naît – et ne peut naître – que du cœur silencieux...

 

 

Ah ! Ces inépuisables – et indociles – élans qui ne cherchent, en vérité, que leur extinction – et qui n'aspirent qu'à la grande liberté...

 

 

Il y a des êtres – et des âmes – trop sensibles et trop peu armés pour vivre en ce monde. Et fréquenter l'épaisseur si grossière de leurs congénères...

 

 

La société du travail(1) est un travers civilisationnel, né des nécessités organiques et animales – et renforcées par l'organisation collective des hommes devenue, au fil des siècles, toujours plus complexe, monstrueuse et dévastatrice. Ainsi, le temps voué au labeur (et au transport pour se rendre à son lieu de travail), l'énergie que les individus y consacrent et les préoccupations et les soucis engendrés(2) par toute activité professionnelle sont – et ont toujours été – éminemment aliénants.

(1) Le travail tel qu'il était appréhendé et effectué autrefois, tel qu'il est appréhendé et effectué aujourd'hui et tel qu'il risque d'être appréhendé et effectué demain – et il y a de grandes chances que l'activité professionnelle devienne dans les décennies à venir encore plus omnipotente, centrale et phagocytante dans l'existence des individus...

(2) Préoccupations et soucis durant les heures de travail mais aussi après la besogne journalière achevée...

Ils contraignent les hommes à y passer l'essentiel de leur journée – et de leur existence – et à s'y vouer corps et âme. Et ne leur laissent qu'un maigre répit (fin de journée, nuit, week-end et vacances) qu'ils consacrent, l'essentiel du temps, aux tâches et aux contingences quotidiennes (innombrables), au repos, au sommeil et (éventuellement) à quelques pauvres loisirs indigents et lénifiants à seule fin de récupérer quelques forces – et de retrouver quelque énergie – ou pour s'offrir quelques plaisirs et distractions médiocres afin de compenser l'incessante pressurisation professionnelle dont ils font l'objet et/ou pour tenter d'égayer leur existence si morne et affligeante – afin de trouver le courage et la force de poursuivre leur labeur le jour suivant...

Ainsi, entre le travail, les contingences matérielles quotidiennes, le repos et les loisirs, les hommes ne disposent plus de l'énergie, de l'espace et du temps nécessaires pour s'interroger et s'engager dans un cheminement intérieur et spirituel* afin de vivre – et ressentir – la vie pleine...

* Notons néanmoins que si les hommes disposaient de plus de temps, très peu seraient disposés à s'interroger et à s'engager dans une démarche de compréhension... On les verrait plutôt plonger dans la mollesse et l'inertie et se livrer à des activités strictement distractives et occupationnelles afin d'échapper au vide et à l'ennui...

 

 

Le regard vierge. Le cœur innocent. Et l'âme libre. Ainsi devrions-nous vivre – et aller sur les chemins du monde à chaque instant. Sans (même) nous soucier de la légèreté ou de la lourdeur du corps et de l'esprit...

 

 

Le ciel inchangé. Le passage et le vol, éternels, des nuages et des oiseaux sous la sereine quiétude du soleil et des étoiles... Et la terre, si changeante, soumise aux caprices de son peuple où rien, jamais, n'est certain... où la lave, les nuées de soufre et les océans peuvent tout recouvrir ou laisser provisoirement la place au règne des créatures qui ne sont pas même assurées de pouvoir façonner – ou garantir – leur destin...

 

 

Je ne suis – et n'ai jamais été – ni un penseur ni un poète. Et, sans doute, pas même un auteur... Simplement un homme qui s'interroge... qui écrit – et partage – ses intuitions, ses impressions, ses pensées, ses ressentis, ses explorations et ses découvertes. Mes notes n'ont rien – et n'ont jamais rien eu – à défendre... ni idées, ni postures, ni fonction, ni groupe, ni idéologie...Voilà peut-être pourquoi mes livres ne ressemblent à rien... ou, du moins, à pas grand chose... et qu'ils ont l'air si humbles – et même naïfs à certains égards...