Journal poétique / 2017 / L'intégration à la présence

Entre le sang et la neige, nos ombres maladives. Et notre âme apeurée... Et entre les tenailles grises des jours, la lumière éclatante. Magistrale...

Un cœur quelque part nous attend, immense et lumineux. Et viendra le jour où nous troquerons nos peurs et notre recroquevillement contre ce feu – cet Amour infini – qui brûle, sans impatience, depuis si longtemps...

L'homme-soleil. L'homme-lumière. Et sa peau écarlate – brûlante – dans le froid des plaines – et parmi la haine des hommes. Et cette fleur en nous qui s'assèche malgré les larmes – et la rosée fraîche – toujours fraîche – des heures...

 

 

Des rires d'enfants dans le jour. Aussi pâles et légers que les larmes sur nos joues. Une gaieté – une tristesse – éphémères dans la lumière. Et le monde poursuivant ses élans – et les vents hurlants dans le souffle de l'infini...

 

 

Monde d'absents – et d'absence – auquel offrir une présence. Et redonner aux yeux, une lueur – le goût de la vérité... Une clarté – née de la lumière, si vive, du regard. Une écoute attentive. Et une caresse parfois sur l'âme peureuse et endormie...

 

 

Le dimanche, jour des retrouvailles, des fêtes impromptues et des rencontres sur des nappes tachées de vin – et parcourues de rires. Où l'insouciance et la gaieté rivalisent pour dissiper la misère – et la solitude – des hommes.

Et les solitaires, vigies d'une présence incarnée dans ce monde d'ombres et de fantômes, hilares peut-être – joyeux sans doute – mais voués, derrière les apparences, aux plus grandes tristesses, oubliant – et piétinant – le cri et la faim de l'âme...

 

 

Et si la nuit avait été enfantée par le jour pour que nous puissions regarder les étoiles – et faire grandir (en nous) l'espérance – et la possibilité – de la lumière...

 

 

Un jour. Une nuit. Et si c'était la même lumière qui les éclairait... La même promesse et la même espérance d'apercevoir la clarté parmi les ombres qui nous hantent...

 

 

La couleur de l'âme si sombre. Et, pourtant, déjà si pleine de lumière...

 

 

Aux heures du jour plus blêmes que la neige, nous pourrions nous endormir, le cœur assoupi parmi les âmes ensommeillées au bras des plus belles nuits où les cauchemars auraient des allures de rêves...

 

 

Est-ce que les âmes, aussi, rêvent de lumière... N'avez-vous jamais surpris leur cri dans notre silence... Et leurs mains jointes, en prière, derrière les barreaux de notre absence... Et nos cœurs qui, pour elles, ont dessiné l'espoir – et la promesse lointaine – d'un envol possible – et sur lesquels coulent leurs larmes inconsolables...

 

 

Et si le silence avait des ailes sous lesquelles nous nous tenions, accroupis, pas même sensibles aux vents plaintifs du ciel...

 

 

Et si nous étions, en définitive, plus attachés à l'ombre, au destin, au hasard qu'à l'espoir et au soleil... Et si nous étions, en définitive, plus sensibles au noir, à l'obscur de la terre qu'au bleu et à la blancheur transparente du ciel...

 

 

La couleur dominante de l'âme – plus forte que les larmes – et plus forte que les rires. Et qui s'imposera à travers les circonstances pour nous forger un destin...

 

 

Et cette fêlure en soi que les années auront transformée en faille – et qui, à présent, s'emplit de lumière...

 

 

Un cœur quelque part nous attend, immense et lumineux. Et viendra le jour où nous troquerons nos peurs et notre recroquevillement contre ce feu – cet Amour infini – qui brûle, sans impatience, depuis si longtemps...

 

 

Entre le sang et la neige, nos ombres maladives. Et notre âme apeurée... Et entre les tenailles grises des jours, la lumière éclatante. Magistrale...

 

 

Pour voir l'infini se révéler dans notre vie – et nos infimes grains de poussière, il faut attendre la lumière – et qu'elle efface les soleils anciens qui les recouvraient – et leur donnaient cet air si sombre – si minuscule...

 

 

Une ombre tapie au fond de la chair. Et si c'était l'invitation du soleil à la lumière... L'appel du long – et grand – chemin que devra emprunter l'âme pour retrouver le jour...

 

 

La cloche sombre de la nuit. Epouvantable... Et si le noir et l'obscur, aussi, s'offraient à notre émerveillement...

 

 

On ne désespère jamais assez de soi, du monde et des hommes pour que se dessinent – et puissent éclater – un jour l'innocence et la lumière dans nos esprits ombrageux...

 

 

Se débarrasser des ombres. Les laisser s'effacer et disparaître pour que ne subsiste que l'essentiel : le regard-présence – l'être nu ouvert au monde et à l'infini...

 

 

Le trou, la faille, la béance – cette absence laissée par la présence d'autrefois, aujourd'hui disparue, qui creuse l'âme, au fond des entrailles, pour se redécouvrir – et se retrouver. Et aller sereine – et à petits pas tranquilles – dans la folle fureur des jours et les rumeurs, si inoffensives, du monde...

 

 

L'homme, la vie, le monde. Un (même) front ravagé par les désastres – et encerclé par la lumière...

 

 

L'homme-soleil. L'homme-lumière. Et sa peau écarlate – brûlante – dans le froid des plaines – et parmi la haine des hommes. Et cette fleur en nous qui s'assèche malgré les larmes – et la rosée fraîche – toujours fraîche – des heures...

 

 

Après le temps des frissons, la grande peur s'est installée. Lovée entre l'espoir et les jouissances d'autrefois. Invincible peut-être... Indéracinable sans doute... à moins que l'innocence la bouscule – et l'enlace de ses bras tendres – effaçant jusqu'à son origine...

 

 

Parmi le brouillard, l'aube promise qui, elle aussi, peut-être s'envolera... Et avec elle, la promesse d'un ici plus réconfortant...

 

 

Nos doigts – et nos cœurs – piqués de rouge ne sortiront indemnes des luttes – des batailles. Leurs cris – leur appel – persisteront longtemps après la défaite. Et une âme libre – une âme simple – les entendra peut-être un jour – les prendra sous son aile – et les accompagnera parmi la poussière et les étoiles jusqu'aux chemins de l'innocence où les couleurs – toutes les couleurs – du monde brilleront – et se mélangeront – dans la lumière...

 

 

Le silence du ciel éclairé de soleil et parsemé d'étoiles. Et sur la terre, toujours, le bavardage des hommes – qui se querellent à propos du sexe des anges...

 

 

La victoire de la lumière, à portée de regard. Et pourtant, partout le sombre cri des ombres qui envahissent les territoires...

 

 

Que pourraient donc faire le poète et l'homme sage ? Déshonorer les mensonges et l'indolence des élites ? Décapiter les ombres ? Ecouter les cris jetés depuis la fausse commune ? Mais pourraient-ils seulement se boucher les oreilles... Chanter les louanges d'un autre monde – d'un rivage plus vivable où nous pourrions vivre (ensemble) – et se serrer les uns contre les autres sans étouffer ? Attendre et patienter avec innocence dans le silence la fin des renégats ? Oui, peut-être...

 

 

Saurons-nous aller plus loin que nos ombres... Franchir ce seuil où les souvenirs s'effacent... Passer la porte où les lieux et les noms perdent leur importance... Habiter cet espace – ce petit coin de ciel que les anges nous ont réservé – où l'identité n'est que question de lumière... où les âmes s'unissent aux vents, aux herbes et aux nuages – au feu, à la glace et au sang – et à tous les visages – sans jamais les blâmer... où les rires et les larmes dansent dans les mêmes bras réconciliés... où les cris et les ombres ont perdu leur attrait... Et où Dieu, les bêtes et les hommes peuvent (enfin) se reposer après leur long voyage...

 

 

La grandeur impartiale du monde se dresse devant soi. Avec ses mille têtes tendancieuses qui protègent leur territoire... A qui pourrions-nous donc adresser nos prières pour voir les murs s'effondrer...

 

 

Les poètes disent la vie qui s'effile. Le défilé triste des jours. Leur amour perdu. Leur espoir de le retrouver. Leur inquiétude de l'existence. Leur quête parfois... La vie intime des doigts et des souliers dans les rues des villes – et sur les chemins boueux des campagnes éclairés par un pâle soleil. Les merveilles des jours simples. Le bonheur de lire. Celui, plus complexe, d'écrire... Le goût de l'herbe et celui des bêtes. L'absurdité du monde. Et la folie des hommes. Ils disent tout cela – et bien d'autres choses encore – puis, ils s'en vont, aussi anonymes et sensibles que leurs pages qui resteront peut-être encore un peu parmi nous...

 

 

Un poème né des ombres de la terre que le soleil et le vent effeuilleront comme la pâquerette...

 

 

Il n'y a peut-être aucun feu sous les étoiles pour les allumer – et les maintenir vivantes... Mais une lueur née du fond de la nuit qui côtoyait autrefois le premier soleil... Et c'est cette étincelle originelle que les hommes à la fois saccagent et recherchent de leurs pas usés – la main levée, implorante, devant les étoiles...

 

 

Dans la chaleur grise des corps – et la sueur qui perle sur la peau, rien de nouveau... Un peu d'écume autour du soleil. Et le front des bêtes baissé sur le sol... Un monde de chair, oublieux des premières lumières, voué (tout entier) au labeur et aux kermesses...

 

 

Une voix plaintive – implorante – presque imperceptible parmi les cris. Et l'homme qui se redresse, soulève sa main, lourde de sang, pour désigner la première étoile – mensongère, bien sûr – et qui s'affaisse bientôt pour nettoyer les larmes de ses joues. Seule promesse peut-être de lumière...

 

 

Il n'y aura d'autres adieux. Les morts s'en sont déjà allés – et ressusciteront, sans doute, en d'autres terres. Et nos mains – et nos lèvres – ne les toucheront plus... Un seul espoir peut-être demeure avant la fin du jour : se souvenir de leur amour...

 

 

L'homme, traversé par le malheur et l'interrogation qu'il néglige (pourtant) comme un ouvrier insoucieux de ses outils... A quoi donc ses mains – et son cœur – sont-ils occupés pour les ignorer – et refuser de voir la belle œuvre qu'il pourrait façonner...

 

 

Et parmi les jours peut-être, un seul jet de lumière. Mais si puissant – si décisif – qu'il éclairerait toutes les ombres passées – et celles qui se montreront demain, ignorant encore que la clarté les fera fuir – ou les réduira en cendres – en poussières étincelantes...

 

 

On vit, on rit, on pleure sans même savoir que nous portons cette fêlure (inguérissable peut-être...) – Et qu'elle est notre plus grand trésor bien avant que n'arrive la lumière...

 

 

Parmi les rochers et les silhouettes de la nuit se lève le jour. Et se dresse l'herbe drue des montagnes. Et s'envole l'oiseau. Et, au loin, là-bas, les hommes qui sommeillent encore...

 

 

Et la peau encore pleine de soleil glisse parmi les ombres de la nuit. Et se joue de toute froideur. Insensible au regard des hommes – si glacé. Dessinant aux contours de sa joie une si vive clarté qu'elle illumine jusqu'à la danse triste des âmes qui la frôlent...

 

 

La lumière encore qui partout s'infiltre – et se repaît de sa joie d'aller libre parmi les humeurs sombres et les âmes grises...

Et cette roche fragile – si fragile entre nos doigts – dont nous aimons tant emplir – et combler – notre vie et nous entourer – et qui se transformera, bien sûr, un jour en sable...

 

 

La vie, le monde et les hommes. Des vagues et du sable. Des songes. Des tempêtes et des eaux calmes. Bleus, rouges, jaunes, noirs comme pour conjurer le mythe – peut-être mensonger – de l'origine incertaine... Et cette faim insatiable de lumière pour offrir aux ombres cette joie si particulière...

 

 

Seule l'âme profonde reçoit – peut recevoir – avec sensibilité. Et accueille – peut accueillir – le monde sans sélectionner ses élans. Les autres dansent, picorent ou s’apitoient sur la crête des circonstances noires, grises et blanches... gaies parfois mais malheureuses, au fond, de ne pouvoir déchirer le voile de l'apparence, percer le mystère des couleurs et déchiffrer – et parcourir – l'échelle des profondeurs...

 

 

Et si le jour n'avait que la nuit pour se reposer des couleurs... et pouvoir déposer, pour quelques instants, ses malheurs...

 

 

Du plus charnel des magmas, nous ne tirerons rien. Ni l'exil, ni la descente vers l'abîme, ni la fréquentation des sommets... Un surplus de joie peut-être – et une incision dans la vérité – lorsque dans la chair, ouverte, vibrera l'appel de la lumière...

 

 

Un temps libre pour l'être – et la joie. Un temps hors du temps pour que Dieu nous ouvre les bras. Un instant égaré parmi les heures où nos foulées nous éloignent – et écartent l'éternité. Un instant volé à la folie et à la fureur pour laisser entre nos dents – et au fond de notre âme – un éclat. Et dans notre main son parfum – et la possibilité de la lumière...

 

 

Sentez-vous cette absence en nous, implorante, qui crie – qui ne cesse de crier – son besoin (infini) de présence et de lumière...

 

 

L'instant toujours offrira davantage que ce que la vie et la mort nous prennent... La lumière et l'éternité n'était-ce donc pas cela que nous espérions...

 

 

Et si seul notre silence savait nous rendre victorieux... Et si seule la lumière sur nos apparentes défaites savait nous rendre humbles et sensés. Et sensibles au chaos du monde et à la misère des combattants...

 

 

Un pas après l'autre vers la mort. Un battement d'aile après l'autre vers la vie. Instant après instant dans la lumière. L'immuable et la course infinie vers l'éternel...

 

 

Ô poète ! Infatigable apôtre de la parole. Et chantre éternel du silence...

 

 

Un esprit – et un mode de vie – disruptifs. Et une existence (entière) vouée à la protention. L'homme n'est décidément pas un animal comme les autres, porteur à la fois de tous les dangers et de toutes les promesses... Comment le monde pourrait-il l'ignorer...

 

 

Ah ! La longue et funeste liste des songes dont jamais le cœur ne viendra à bout...

 

 

Nous ne sommes qu'un souffle parmi la foule – les visages et les lèvres tristes. Et nous aurions pourtant tant à dire – et tant à offrir aux âmes grises : un peu de joie, une promesse de réconciliation et la possibilité de la lumière...

 

 

Du sang et de la fureur. Et des âmes suppliantes protégeant leur visage en lançant leurs poings à la ronde. Et l'appel déchirant de Dieu posté en leurs rivages lointains que les hommes continuent d'ignorer...

 

 

Je n'aurai jamais tant dit – et même chanté – la misère de l'homme, la noirceur du monde, les instincts de la terre... Et le merveilleux, déjà présent, qui pourrait surgir de cette fange – de ce néant rose recouvert de cris, de grimaces et de mains suppliantes... Et la lumière, partout, qui s'éreinte à percer les âmes...

Et nous aurait-on dit qu'un autre âge serait possible – et que les visages toujours s'agiteraient dans l'éphémère – et que le monde (entier) serrerait sa détresse comme un enfant béni par l'orage – et la foudre des prunelles – et que la convoitise serait la fille de l'ignorance... Et nous aurait-on dit mille choses supplémentaires... aurait-on eu le courage d'être plus vivant... aurait-on vécu avec une rage moins stérile... et aurait-on pu s'approcher avec plus d'innocence de la lumière...

Nos (propres) découvertes toujours seront les plus nécessaires compagnons de nos pas – de notre longue marche vers nous-mêmes – pour rejoindre, incrédules, la lumière que nous sommes...

 

 

Un soir, il posa sa joue contre la vitre, au plus près de la grandeur naturelle de l'été. Et son visage, offert avec tant d'innocence, s'illumina. Reflet encore timide de cette lumière qu'il avait cherchée pendant des siècles sous les étoiles muettes d'un ciel hermétique – impénétrable – mais attentif toujours à sa foulée – et à ses élans maladroits – soutenant toujours sa silhouette dans les vents hilares de la terre – pressant ses pas d'arriver, à contre courant des foules et des visages, au plus proche de son seuil et lui ouvrant l'accès à ses horizons cachés, comme pliés entre la vitre et son regard. Alors il vit l'ineffable. Et le ciel l'invita à y demeurer. Ses jours devinrent légers – aussi frêles et pâles que ses nuits. Mais rassuré par l'ogre pacifique – et sa voix transparente – qui autorisèrent sa main, son cœur et ses pages à se laisser éclabousser par leurs paroles – et leur silence – et à devenir parmi les hommes, les ombres et les bêtes, le doigt pointé vers le soleil...

 

 

D'un baiser à l'autre, d'un sol rugueux à l'autre, l'âme en exil se faufile entre les ombres noires... Crie, appelle en vain. Se rétracte. Se recroqueville. Et là, au cœur des eaux sombres, à l'instant fatidique du repli embryonnaire – régressif entre tous (quasi originel) – survient par dessus les larmes de honte, d'espoir et de crainte, l'inespéré sans peur ni vergogne... Et avec lui la joie douce et le tendre Amour. Et la lumière irrétractable...

 

 

Un monde – une solitude – à franchir en laissant l'âme chahutée – malmenée – chavirée mille fois dans les eaux dormantes du soir pour s'approcher à pas lents, presque par mégarde, du rivage lointain – incertain – à portée d'ailes pourtant dès la naissance des flots, des rivières et des âmes – accessible à tout instant de la traversée...

 

 

Loin des parures et des lumières, le plus simple toujours resplendit, anonyme et solitaire...

 

 

A présent que la lumière resplendit – et s'étend dans tous les recoins de l'âme – et jusque dans nos plus sombres jours –, les songes peut-être nous serviront de couverture. Comme un voile léger pour recouvrir l'étincelance de nos étoiles encore si vivantes – criant parfois leur désarroi devant la paresse de nos mains à les soulever – et la mollesse de nos bras à les porter plus haut dans le ciel...

 

 

Entre cris de guerre et chants d'amour, l'homme – et l'âme – partagés. Eternellement partagés. Et qu'importe nos dévotions et nos lamentations – et la proximité du ciel et des orages – la lumière toujours fera pencher notre main – et notre voix – du côté de la beauté et de la nécessité... et qu'importe ce que nous ferons – et ce que nous dirons – pourvu que la grâce habite nos lèvres et notre geste...

 

 

Entre monstres rebelles et ogres assoupis, le désir et la promesse toujours se faufilent. Et au bout de leurs chaînes pourtant chante l'oiseau – et la lumière attend la sagesse de nos derniers pas...

 

 

Malgré la pâleur des étoiles, l'homme espère encore. Jamais rassasié des horizons illusoires...

 

 

Souillés de désirs et d'interdits, comment pourrions-nous apercevoir – et nous ouvrir à – l'innocence... Il faut avoir sali tous les chemins de ses affronts, avoir bousculé tous les visages (et à commencer par le sien...), dépouillé le pur de ses dorures et de ses images, nous être vautrés dans la boue et les immondices – la plus vile fange de la terre – et en être revenus pour nous asseoir, nus, au bord de l'abandon... L'innocence alors nous cueillera comme la main (sage) cueille la fraise rouge, mûre à point pour se laisser croquer – et disparaître dans le gouffre d'une bouche sauvage – mais nécessaire – éminemment salvatrice – et se laisser dévorer par les sucs gastriques d'un estomac qui ne l'est pas moins... Et de cet engloutissement – de cette dévoration – et de cette disparition – naîtront le goût de l'innocence et le retour vers l'infini et la lumière... Ou leur initiation peut-être...

 

 

Il en est des cœurs comme des hommes. La plupart aiment décorer leurs contours d'une encre belle et effaçable... D'autres, moins nombreux, sont prêts à tatouer leur peau de symboles indélébiles... Mais rares, bien rares, sont ceux qui exigent d'être marqués au fer rouge des circonstances afin de vivre au plus près de leur exigence – de leur ambition – mûrs sans aucun doute, un peu fous peut-être..., pour quitter les songes, les parures et les décorums et s'initier à la vérité brute des chemins... Et à ceux-là seuls, la vie, la joie et l'Absolu, un jour, ouvriront les bras...

 

 

Es-tu prêt à t'écorcher – à te dépecer de tes songes – pour te présenter nu, le cœur à vif et tremblant et passer le front humble et bassous la grande arche des élus – pour que l'innocence te désigne comme l'un de ses serviteurs... Oui ? Alors tu es mûr pour l'âpre voyage – et la découverte du Divin... La grande et belle vie modeste des sages et des saints anonymes... Mais ne te méprends pas cependant... Le chemin sera long et éprouvant – obscur et solitaire... Mais pour peu que ton souffle soit puissant, que les épreuves ne t'effraient pas et que tu ne manques point de courage, un jour, tu verras arriver – et se dessiner – la lumière...

 

 

Un joyau – une parole simple – dans l'emphase. Voilà ce que j'attends du poète... Un silence dans l'abondance – et l'enthousiasme – de ses cris... Un suspens dans ses pauvres consignes et ses inutiles injonctions...

 

 

Qu'as-tu donc fait du vivant des naufragés ? Et que feras-tu à leur mort ? A quoi donc ta révolte – et ta haine des tempêtes, des navires et des marins – auront-elles servi ? N'aurait-il pas été plus sage de t'allonger nu – et serein – sur la grève – et de contempler les barges, au loin, s'éloigner des rivages et disparaître à l'horizon... Ne finirons-nous pas tous, un jour, par sombrer dans l'abîme qui jouxte l'infini...

 

 

Et si nous n'avions que nos ailes et nos mains, aidées par un cœur vaillant, pour ignorer les couleurs du monde, fendre son épaisseur et l'inviter à la transparence... Alors peut-être, à force de patience et d'obstination, la lumière finira par le transpercer de part en part... Et ses créatures par resplendir comme jamais sur les chemins de la terre...

Mais le plus souvent, devant l'ampleur de la tâche, nous préférons attendre, recroquevillés sur la plage déserte, la sagesse d'un ciel moins noir...

 

 

Le funèbre du temps – et ses joies minuscules – éclairés, à jamais, par la lumière...

 

 

Un coin d'herbe. Un bout de ciel. Les sautillements – et les soubresauts – du monde jouant à cache-cache – à chat perché peut-être – avec les remous sombres des vagues terrestres. Et Dieu – ce grand inconnu des jours – ne désespérant jamais de revoir les âmes s'impatienter de son absence...

 

 

Et si ce monde – cette grande joute étoilée – qui vénère tant le poing levé – et l'amassement du sable dans les travées, n'aspirait, en réalité, qu'au grand repos de l'âme – et à la main ouverte...

 

 

Et si les mots n'apparaissaient que par petits bouts colorés dans le grand noir du monde, lancés – jetés peut-être – par l'ambition du silence et la main si vive de la lumière... Et s'ils ricochaient sur les cœurs comme les vagues sur les falaises... et finissaient leur course sur le sable blanc de la page désertée par les estivants – abandonnés là comme des rebuts – les ordures peut-être de l'infini – que nul jamais n'a pris soin de ramasser...

 

 

Un pas. Un visage. Une parole. Un silence. Quelques pas. Quelques visages. Quelques paroles. Et quelques silences. Et si c'était là les seules choses – infimes – que nous aurions vues – vécues – et découvertes peut-être – durant notre séjour. Au cours de notre brève traversée...

Un chemin. Des fenêtres et des portes par milliers. Restées closes peut-être. Recouvertes d'ombres et d'horizons – qui nous auraient obturé la vue. Et voilé la lumière qui nous attendait – et que notre âme s'impatientait de retrouver...

 

 

Ah ! Comme il est étrange que les songes – tous les songes – aient ainsi façonné la terre. L'aient dilatée. Et lui aient offert une sente si étroite pour l'éclairer – et lui permettre d'accéder à la lumière... Comme si le cœur, les yeux et les mains s'étaient emparés du plus vil versant – et s'y accrochaient désespérément, suspendus à une corde se balançant dans le vide, éloignant l'espoir de toute ascension et renvoyant les sommets – le rêve de la lumière – au plus sombre de l'espérance. Et jusqu'à l'impossibilité même de se révéler...

 

 

Un jour. Un pas. Une parole. Une joie. Et un soleil sauvage pour éclairer leur destin...

 

 

Ecrire, souvent, pour célébrer la joie. Et honorer la vie – et l'être joyeux. Pour leur offrir – leur redonner – le privilège de battre à nouveau au côté du monde. Ecrire, parfois, pour raviver les jours. Accompagner la marche triste des heures. Et leur restituer cette lumière que notre cœur sombre éloigne...

 

 

Et si nous étions, en réalité, les seuls détenteurs de la lumière et de la parole... Et les seuls responsables de la noirceur de la terre – et du mutisme – et de la cécité – de son peuple, aveugle au jour et au soleil – voué à la frénésie et à l'obscurité depuis ses origines... Et qu'il nous appartenait de lui offrir le silence. Et, à travers lui, la guérison et la clarté de l'âme...

 

 

Aux sombres indices des heures ne répond que la clarté du jour. Et le soleil chantant sur les toits et les collines harassés de lumière...

 

 

Et si les matins cachaient une autre rive, plus proche du soleil...

 

 

L'homme perdu peut-être – égaré sans doute dans le dédale des songes et de la mémoire. Le grand labyrinthe des images, des titres et des ambitions. Voué, malgré lui, au culte du rêve, des morts et du mensonge. Occupé (tout entier) à sa faim et à ses cris. Oublieux – si oublieux – de son premier désir et de sa soif, si ardente, de lumière...

 

 

Les fenêtres du temps. Vitre claire et volets grands ouverts où perce l'éternité à chaque instant...

 

 

Des lèvres. Un sourire. Un visage. Un oiseau qui s'envole. Et un arbre dressé dans la lumière. Et rien de plus. La joie n'a nul besoin de circonstance pour rayonner...

 

 

[Hommage mimétique à Pascal Commère]

Piéton métaphysique à la mélancolie rieuse traînant son sillage dans le crépuscule.

Comme un chat lové contre la vitre et le soleil. Comme une ombre passagère sur le front plissé d'un visage. Comme un chien qui attend, fidèle, la main de son maître. Comme une herbe caressée par le vent au bord d'une route. Comme un enfant aux mille caprices. Comme un rocher recouvert de neige. Comme une âme en quête de plus loin. Comme un cri qui jouxte le silence..., l'homme, un jour, reniera son sort, succombera aux déchirements et s'effacera dans la main – pas même suppliante – du destin. Ainsi ira le monde – et plongerons-nous, les traits ivres et hagards, dans le dessin infini de la lumière...

 

 

Et tous ces enfants de la lumière, inondés de larmes et de peurs, attendant la débâcle de l'ombre, les yeux rivés sur l'éphémère...

 

 

Une fleur. Un élan vers le ciel. Une larme. Une rivière. Et l'âme, impatiente, déjà tournée vers le silence...

 

 

Et parmi tous les chants silencieux de la terre, la lumière s'élance comme un cri – se jette sur les âmes comme une pierre lancée dans une marre oubliée – et encore ravagée d'écume... Et les pend aux crochets du ciel comme d'étranges cerfs-volants – chahutés – malmenés par l'incroyable furie des vents...

 

 

Une extase. Un oubli. Et voilà soudain l'innocence reléguée à un vulgaire promontoire surplombant l'océan de chairs piquées de blâmes et de peines, inconsolables... Voué aux vaines expositions comme un roc inutile où le regard, balayé par la fureur des vagues, ne peut trouver assise – où rien ne peut être bâti – et où les larmes coulent sans espérance malgré la lumière, au loin, qui s'avance...

 

 

Et si la lumière œuvrait malgré la nuit et la cécité des âmes... Et si nous nous en emplissions de quelques gouttes à chaque vie malgré nos refus et nos résistances... Mais combien nous faudrait-il de siècles – de millénaires peut-être – pour voir la coupe – et nos cœurs – déborder ?

 

 

Quelque chose gît là, abandonné... Et qu'il suffirait pourtant de recueillir pour voir la lumière arriver...

 

 

Au dedans. Au bord. Au fond. Partout sur – et dessous – la surface. Devant et derrière l'abîme où nous croyons avoir été abandonnés – et jusqu'à travers les miasmes de l'espérance – la lumière nous attend. Et il arrive même que nos visages parviennent à la refléter...

 

 

Et si sous la surface du monde vivaient les profondeurs – et mille autres mondes – et l'âme enjouée de cette reconnaissance – et tout un peuple que nous ne connaîtrions qu'à travers les mythes et les rêves... et qui seraient pourtant tellement plus vrais – tellement plus réels – que les silhouettes fantomatiques qui errent sur la terre sans autre but que leur perpétuation...

 

 

L'interminable chemin des délices, prison dont les barreaux nous sont encore inconnus – et où nous nous réveillerons pourtant, un jour, si endoloris que nos pas franchiront les grilles d'un seul souffle...

 

 

Des morts au milieu des vivants. Et des vivants au milieu des morts. Et la ronde inlassable des âmes...

 

 

Entendrions-nous les plus sages paroles – et les plus inspirants silences, la vie – le monde – la terre – resteraient inchangés... Il nous faudrait boire – et nous noyer – indéfiniment à la source des heures – à l'origine du temps – pour voir surgir la lumière et la couleur – et découvrir la grâce des premiers pas dans le silence. Et, à travers la gorge silencieuse, goûter la beauté – l'ineffable beauté – de l'instant...

 

 

Et cette voix en nous qui crie son amour – sa haine – sa fatigue – qui l'entend ? Et le goût de l'errance – et le refus des chefs et des cadres – et la faim si vive de lumière, qui y voue ses heures – et son courage ?

 

 

Et si le monde n'était qu'un rêve – qu'un chant, presque inaudible, dans le silence où nous enfoncent les dieux, les prières mensongères et la volonté des titans...

Et comment pourrions-nous voir la beauté, la grâce et l'intelligence dans l'ignoble entassement de la chair – et des choses – et à travers l'opaque épaisseur des songes – des mensonges – et les mains lestes qui s'abattent sur les visages et qui amassent l'or et le sable de la terre... Comment pourrions-nous voir la paix et le silence... Il faudrait nous percer les yeux peut-être pour que Dieu se révèle dans cette laideur...

 

 

Une fenêtre ouverte sur l'espérance – et l'homme qui se tient derrière ses barreaux... volant, en rêve, jusqu'au lieu de tous les envols – aux confins de la terre que Dieu lui a réservée – mais privé d'ailes – et bavant – et éructant – dans sa détention. Loin, très loin, encore de pouvoir faire naître l'innocence – la clé de sa geôle – et ainsi faire éclater sa délivrance...

 

 

Une étoile. Comme un songe, une promesse, un espoir de voir, un jour, briller un ciel moins noir...

 

 

Comment pourrions-nous franchir les grilles de ce mur absent... Comment pourrions-nous échapper au territoire... – et fuir notre présence... Comment pourrions-nous renier ce que nous sommes... et nous en extraire... Tout à la fois aire, espace, frontière, détention, élans et désirs d'ailleurs, barreaux, geôlier, prisonnier et liberté... Voués à jamais à l'impossible tâche de se voir – et de se reconnaître dans l'unité – et de vivre les mille liens de la solitude et de l'abandon – pour se retrouver identiques – aussi semblables et divers qu'aux premiers instants des origines – mais libres de ce que nous avons cru être et de ce qui semblait nous entraver...

 

 

Le regard est l'espace où l'âme et le monde se rencontrent. Et le lieu où ils s'unissent dans le silence si l'innocence les précède... Et de cette union naît la joie – la plus haute réjouissance de l'être...

 

 

A l'origine qu'avions-nous en tête sinon le silence et l'Amour, entravés, au fil des pas, par tant de bruits, de haine et d'ignorance qu'effaceront, peu à peu, l'innocence et la lumière...

 

 

Le monde. Un mythe ? Un songe ? Et si nous faisions de lui un lieu de lumière... éclatant d'innocence et de beauté où l'on deviendrait le miroir et les visages – l'infini miroir, la figure entière de son peuple et son reflet...