Journal poétique / 2017 / L'intégration à la présence

Comme la vie qui va – qui vient – et la mort qui nous enlace...

Et rien jamais ne dira plus le désarroi que le silence. Et la beauté – et la joie d'être (au monde) aussi...

Comme un livre ouvert, immense, sur l'infini... Comme une page sans fin où s'écrit notre histoire – toute notre histoire. Avec ses songes et ses gribouillis – et ses ratures si belles – qui font de nous des hommes...

Et rien, jamais, ne pourra naître après la pluie... sinon peut-être le chant des jours – et les murmures du soleil à nos oreilles attendries – encore si impatientes de la lumière – et le silence sur nos lèvres...

 

 

L'enfant, là-bas, assis sous l'étoile, a-t-il encore ton visage... Ou la vie l'a-t-elle déjà transformé en figure d'os et de mort...

 

 

Comme un jour accompli par le grand Amour...

 

 

Et sur ses lèvres tristes s'effondra l'ombre des mots. Et la parole alors put naître. Et avec elle, le grand silence...

 

 

Les cloches sonnent, assourdissantes, dans les têtes. Les assomment de leurs bruits – et de leur écho sans fin – alimentés par les résonances. Et les étourdissent jusqu'au silence... Et, là-bas, plus loin, au fond des peurs, caché derrière l'amoncellement, le cœur abandonné. Livré en pâture aux injonctions et aux paroles indigentes du monde...

 

 

Un livre que l'on ouvre – une parole que l'on boit – comme une lumière qui déchire la nuit...

 

 

Après l'hiver viendra la nuit. Puis une autre nuit encore... Interminable peut-être... Et les déserts s'empliront d'un plein silence à la fin des temps...

 

 

Comme la vie qui va – qui vient – et la mort qui nous enlace...

 

 

Et rien jamais ne dira plus le désarroi que le silence. Et la beauté – et la joie d'être (au monde) aussi...

Comme un livre ouvert, immense, sur l'infini... Comme une page sans fin où s'écrit notre histoire – toute notre histoire. Avec ses songes et ses gribouillis – et ses ratures si belles – qui font de nous des hommes...

 

 

Et rien, jamais, ne pourra naître après la pluie... sinon peut-être le chant des jours – et les murmures du soleil à nos oreilles attendries – encore si impatientes de la lumière – et le silence sur nos lèvres...

 

 

Et si le silence pouvait accueillir la parole si frêle des ombres errantes, le soleil sur nos pages serait-il condamné à l'exil ? Ou brillerait-il plus fort sur nos lèvres – et verrait-on sa lumière resplendir, plus vive, entre nos lignes ?

 

 

La pluie révèle l'âme de la forêt – autant peut-être que l'âme du monde – comme les larmes – et les rires – révèlent le plus vrai d'un visage... Elle nous dévoile le soleil caché – ignoré sans doute – qu'ils portent, l'un et l'autre, dans leurs plis, si savamment enroulés sur eux-mêmes, trop timides – trop effarouchés peut-être – pour s'exposer à la lumière du jour...

 

 

Une lumière sombre parfois m'enlace – et m'enserre – comme si elle jaillissait du plus profond, noir, obscur, abyssal... Née peut-être de la nuit première – originelle. Comme une ombre dans la clarté, elle s'étend – se répand – sur mes jours et mes pages malgré la lueur intacte du regard dans l'âme et sur le visage...

 

 

Les vivants piliers du langage anéantis par la parole (poétique) et le silence. Arrachés à leurs règles – à leurs conventions – pour libérer la page. Et laisser éclater le soleil...

 

 

J'écris couché dans l'herbe. Ou sur les chemins boueux des collines. Au plus proche toujours de la terre. Et pas si éloigné, pourtant, des étoiles – et du grand soleil. A égale distance peut-être entre la lune et les oies sauvages...

 

 

Un cri. Un pont. Et une jetée où viennent s'enlacer les hommes pour conjurer le sort – et se protéger peut-être du désert qui partout avance – et éclabousse les âmes de son sable...

 

 

Un poète. Une lumière. Et partout les ombres qui guettent – et attendent la chute inévitable... Et la joie danse pourtant parmi les pleurs... Et la grande roue tournoie malgré les larmes... Et le monde s'en va, aspiré par les grandes vagues de l'horizon... Et un oiseau – une tache – toujours sauront raviver – et égayer – la main libre – lumineuse – du poète...

 

 

Encore les couleurs. Les mille couleurs du temps. Et la vie bigarrée. Et le monde taché de brun. Et les mains – et les visages – couverts de sang. Et les sols gorgés de sombre et de rouge. Et l'encre noire – et l'âme presque blanche – du poète. Et les rêves diaphanes du monde – des hommes. Et la lumière partout qui se reflète dans la transparence des heures...

 

 

La part si vivante des choses que les yeux ignorent... que les pas piétinent... que les mains lacèrent... et que les cœurs obscurcis – insincères – assassinent. Reniant jusqu'à la possibilité même de son existence. Détruisant – anéantissant – le plus beau – et le plus fragile – sous prétexte d'utilité. Ah ! Âmes imbéciles...

 

 

L'herbe qui tremble toujours sous la pluie... Et l'appétit animal... Et les souliers du marcheur... Et les frayeurs de la nuit sans lune... Avant que ne reviennent le soleil et les beaux jours. Avant que ne reviennent le soc et le labeur – la faux – du paysan qui la tranchera nette...

 

 

Une lumière. Un regard clair dans lequel les ombres passent... et où tout s'efface – jusqu'à nos plus infimes terreurs...

 

 

Le monde – les hommes – aiment le pouvoir de l'or. Jamais sa lumière. Peut-être, au fond, la lumière n'intéresse-t-elle que les âmes ? Et voilà sans doute pourquoi le monde – les hommes – ont l'air si sombres – si pauvres – si affamés...

 

 

Et si la bouche, affamée encore peut-être..., avalait le pain, les mots, la chair et buvait l'eau, le sang, la pisse... Jamais rassasiée, hurlant partout ses appétits d'ogre avide – si friand de délices...

 

 

Et tournent les vents. Et s'abattent les foudres. Et dure l'éternité le temps d'un soupir...

 

 

Et vivrait-on mille ans, la paresse toujours nous fermerait les yeux... Et l'horizon toujours serait noir d'ambitions... Et la convoitise toujours entaillerait les visages... Et jamais nous ne serions vivants...

 

 

Le signe d'une présence à travers les lignes – à travers les mots. Une lumière sur la page parmi les griffures – et les petits cercles d'encre noirs. Un cœur qui bat dans la proximité des étoiles, sensible à l'herbe, aux bêtes des prés et des forêts, à l'infini dans leur œil – à leur cri horrible et à leur silence au jour du départ. Un sourire face aux visages – et aux jeux des enfants sages et turbulents. Une accolade sur les épaules lasses. De petits coups de butoir sur les carapaces – et les âmes trop frileuses – et les cœurs trop ambitieux. Une humilité et une sagesse. Un poing levé et une main proche de la caresse. Un reflet de l'éternité. Voilà ce que j'attends du poète...

 

 

Le temps est précieux car il nous offre de vivre – de vivre mille choses, mille rencontres, mille expériences – et de comprendre (de comprendre peut-être qu'il n'y a rien à comprendre...). Et l'instant l'est peut-être plus encore car il nous offre d'être et d'aimer ce que nous vivons et ne comprenons guère...

 

 

La poésie naît du silence. Et après elle revient le silence. Et une parole plus sage et silencieuse. Une lumière claire – et sans éclat – qui dissipe les malentendus du langage...

 

 

Notes, opuscules et carnets constituent – et offrent – une œuvre modeste. Une lumière peut-être... Une présence humble – précieuse – délicate et savoureuse pour leur auteur... Et peut-être aussi pour celui qui, en les parcourant, y découvre son propre visage*...

* Et qui, nous l'espérons, en fera usage...

 

 

Et si l’accolade n'était qu'un prélude – qu'un prétexte – à la voie des étoiles. Et le baiser, un murmure attendri de la lumière... Et pourtant, un jour, le silence balaiera toutes nos prétentions à l'Amour...

 

 

Du sang. De la glace. Et nos dérives prépubères... Rien, jamais, ne pourra naître sous les étoiles... sinon quelques songes. Un mythe. Une légende insecourable...

Et là-bas, incertain, l'appel discret des nuages. Et le goût de l'Autre en soi – et celui de soi en l'Autre –, amer. Perdu peut-être à tout désir... Et la pluie encore qui revient comme une triste litanie...

La vie hors d'atteinte. A moins que l'âme ne s'ouvre au plus bas. Au plus humble. A la candeur du jour. Et au chant de l'oiseau dans le lointain...

Et si le désenchantement n'était qu'un voile d'amertume déguisant la lumière... Une coulée grise sur l'émerveillement... Un oubli peut-être du silence...

Et si le cri n'avait pour écho – pour réponse – que la beauté du silence... Et qu'en lui, tout se comprenait : les larmes, la colère, les questions et la faim même de vérité...

Et parmi les frôlements infimes du monde, reconnaissons ceux auxquels notre âme a su s'ouvrir... Ceux qui ont creusé les belles excavations de leur suintement – évidé le cœur de ses attaches – recoloré le gris de leur présence... Puis, oublions-les. Et recommençons jusqu'à ce que toutes les silhouettes se confondent – et ne forment plus qu'un seul visage : le nôtre souriant dans la lumière...

 

 

Un repos. Un silence. Une solitude. Et la joie innocente des jours.

Les heures blanches où le soleil ne rougit plus... Où le vent sème les graines à tout va... Où le gris, la tristesse, la mort s'assèchent faute de postulants... Où la présence discrète – victorieuse – a décimé tous les combattants... Et où, partout, elle pousse et recouvre le jour d'un océan d'étoiles...

 

 

La vie comme une rivière de lumière sans île – sans rivage – où les hommes seraient l'eau et le vent. Et le limon emporté jusqu'à l'océan...

 

 

Pressons les jours d'ouvrir notre vie à la grandeur que nous avons tant espérée...

 

 

Un chemin. Un silence. Et la mort – pas même sournoise – à la fin des pas. A la fin du jour. Et les arbres et les visages rencontrés... Et les pierres sur lesquelles on s'est assis... Et le vent qui a tout emporté... Et les ombres qu'il nous reste jusqu'à notre dernière foulée...

 

 

L'horizon dégagé n'en est pas moins chargé de rêves qui alourdissent le pas – le chemin – et le voyage vers la lumière...

 

 

Vers qui les vents emporteront la parole... Dans quelle bouche la déposeront-ils... Et si l'âme pouvait l'entendre... Ah ! Que se réjouirait alors le poète de son obscure besogne...

 

 

A la tombée de la nuit poussent, parfois, les plus belles fleurs... que les mains délicates n'osent cueillir... Et qu'elles laisseront mourir aux premières lumières du jour...

 

 

Et ces rêves pugnaces malgré la lumière. Et ces ombres féroces toujours tapies derrière le silence. Saurons-nous donc, un jour, embrasser le grand soleil – et laisser les rêves et les ombres à leurs soupirs...

 

 

C'est en parcourant les étoiles que l'on voit le plus sombre de la nuit. Et là-bas, au loin, la lumière qui s'avance...

 

 

Des rêves de lumière à foison. Mais combien prennent-ils leur source – et s'enracinent – dans le plus obscur – le plus insensé – du monde... Et y trouvent leur élan – le souffle – le rebond peut-être – nécessaires pour s'en extraire – et convertir les songes en pas – et en chemin de clarté...

 

 

On croit trouver alors qu'il n'y a, le plus souvent, que découverte – voire même parfois, de toute évidence, simplement redecouverte...

L'être est un puits où tout miroite... Un ciel où tout est donné – et qu'il faut escalader à la courte échelle, barreau après barreau, suspendu au vide...

Et l'infime n'est qu'un pas dans cette ascension. Un aspect – une dimension – de l'infini qui s'est oublié – et qui doit – et qui est amené progressivement, au gré des pentes, à se reconnaître – à se retrouver aussi intact – aussi plein qu'à son origine – bien avant la naissance de tout ce fatras : l'infime, l'échelle, le chemin, la montée et les retrouvailles...

 

 

On peut résister à tout. A la paresse des pas dans la montée. Aux vents de l'hiver. Au soleil des jours nouveaux. Aux promesses. A la pluie. Aux cris – et aux mains – qui nous appellent. A l'insistance de l'amour dans nos veines. Aux périls. Aux malheurs. Au venin des paroles – des persiflages. A la beauté d'un visage. A la mort qui avale. Aux trésors de la terre... Mais on ne peut résister au poids de l'innocence dans nos pas – et à la joie sur le chemin de la lumière...

 

 

Le noir toujours nous retrouve sous le halo de la lune. Au fond des chimères. Sous le froid des paupières. Près du jour que nous avons cru levé. Dans l'herbe rousse, brûlée de trop de soleil. Et sur notre âme toute froissée...

 

 

Un jour, les circonstances n'émietteront plus notre âme, assise dans le silence...

 

 

La parole poétique s'offre à l'âme inéclose – en devenir. Chrysalide aux ailes futures dans le vent de l'innocence... Les chenilles, vers amorphes, elles n'en perçoivent l'utilité. Quant aux papillons, ils n'en ont plus guère l'usage... Ils vivent déjà libres – et poétiquement – au dessus des cocons et des charniers – loin de la pourriture indigeste dont se nourrissent les larves...

 

 

Assoiffé de désirs, mais à quelle fin si tu ignores la faim réelle qui t'habite...

 

 

L'heure creuse – creuse son antre – son trou – pour désosser la mémoire. Ouvrir les ailes de l'instant. Redonner aux jours leur lumière – et aux siècles peut-être leur éclat...

 

 

Les heures passent. Et la mort, déjà, s'enroule sur nos jours. Asphyxie l'âme à petit feu. Creuse les visages. Et réunit bientôt la foule autour du défunt. Nous n'aurons décidément pas vu le temps passer...

 

 

Défricher le silence à coups de pelle alors qu'un battement d'ailes, sans doute, suffirait...

 

 

Que pourrait nous dire – nous apprendre – la mort sinon l'effacement. L'éternel retour aux fenêtres du temps. La grâce offerte de l'instant. Et le champ de l'éternité ouvert à nos fronts bas et querelleurs encore si avides d'espérance...

 

 

Une extase comme un feu peut-être nous consume. Laissant quelques cendres déjà ailleurs, portées par le vent. Et ce regard si loin des braises malgré le cœur enflammé... ailleurs, lui aussi... non, peut-être partout... dans les flammes, la cendre, la poussière et l'océan...

 

 

Cette fracture en nous que la joie recolle – efface. Comme si la chair n'avait jamais existé. Comme si l'âme se portait seule – libre et légère. Comme si le monde n'était plus ce tas d'os et de sang mêlés de désirs et de méfiance. Comme si la mort n'était plus cette épreuve – l'ennemie à redouter – mais la tendre amie de l'innocence...

 

 

Que pourrait nous dire – nous apprendre – la mort sinon le désir infini – le désir insensé – de vivre. Et les malheurs – et la misère – que nous épinglerons sur nos blouses blanches... Pauvres médailles en vérité. Mais les seules, sans doute, que trouveront les vivants...

 

 

Ivres de vie et d'espérance dans l'infime piétinement – le grand massacre – du monde, de l'heure, de l'instant, des visages, nous effleurons la terre, les corps, les indices et le mystère même de notre existence, les yeux plongés dans la brume et l'évidence de l'horizon...

 

 

Au cœur de l'intime, il y a le cri – et la faim – universels. Et derrière leurs voiles, l'innocence et la lumière impersonnelles. La tâche du poète est de parcourir ce chemin – et de l'offrir à travers sa parole – sa présence...

 

 

Il faut savoir être seul, nu et sensible pour vivre – goûter et savourer – le plus intense – et le plus profond – de la vie, de la terre, du monde et des visages. Et pour ouvrir un livre de poésie – l'ouvrage d'un homme – et sentir battre son cœur si vivant en soi...

 

 

Et parmi ces bruits fugaces, tant de voix inentendues...

 

 

Pour n'avoir su dire les mots – écouter – et confier les secrets... Pour n'avoir été qu'absence, je nous pardonne...

 

 

Et si nous nous retrouvions derrière le haut mur du silence pour écouter les pierres, les vagues, les visages. Et acquiescer enfin à leur fièvre – à leur folie. Et nous coucher parmi la foule – ses murmures et ses plaintes. Humble et présent à tous les désastres...

Peut-être n'y a-t-il d'autre voie pour être un homme – une figure infime dans l'immensité – parmi l'ivresse dévastatrice des mains... Pas même inquiet des silhouettes grises qui s'approchent de l'horizon – et enserrent notre cou de leurs désirs et de leur fureur...

 

 

Et si jamais les événements n'assassinent, qu'est-ce donc que cette blessure inguérissable – ce malaise sourd qui s'étend – et s'ébruite parfois à travers une porte impudique laissée entrouverte peut-être malgré nous... Et d'où vient ce sang – tout ce sang – qui coule sur notre vie, sur nos jours – et nos mains lasses de panser et de porter leur lame...

 

 

La solitude isole – et libère – cette part en nous qui rêve de liberté – et qui n'aspire qu'à rejoindre le monde en restant intacte malgré ses coups... Et elle la fait grandir jusqu'à ce que nous en soyons capables...

Mais peut-être existe-t-il d'autres chemins – et d'autres folies – par lesquels nous aimerions nous faire dépecer pour qu'arrive plus vite l'innocence...

 

 

Habillés de peau et de barrières... Et si nous nous trompions de guerre, d'adversaire, de frontière...

 

 

L'infini toujours sera plus présent – et plus vif – dans la main qui protège que dans celle qui égorge... Et la lumière plus proche des yeux qui pleurent que des lèvres qui sourient – et applaudissent – aux massacres...

 

 

Une larme dormante sous les paupières... mais qui inonderait le monde – la terre – les visages – si amers – si désespérés – non de tristesse mais d'amour et de lumière...

 

 

La vie et l'Amour – leur puissance et leurs élans – si forts en nous sortent pourtant en petits jets dérisoires – infimes – si minuscules. Comme freinés par notre étroitesse et notre obscurcissement...

 

 

Un jeu. Une tourmente. Des tempêtes dans l'eau dormante des jours. Et le cœur – et la plume – chavirés du poète qui, malgré lui, ensanglantent la lumière. Et assassinent le silence. Et qui jamais ainsi ne délogeront la furie de l'innocence – et libéreront la grande nuit de ses étoiles...

 

 

Et cet appel incessant du silence et de la lumière qui monte des plus hautes profondeurs de l'âme. Et qui se couche – se répand partout – à travers les mille choses du monde – et les mille voix des poètes – pour crier leur détention – leur besoin d'être reconnus pour pouvoir (enfin) embrasser le cœur – et la main – de l'homme...

 

 

A mille ombres pareilles – si minusculement différentes – répond le soleil singulièrement – et toujours d'une unique façon...

 

 

Ah ! Toutes ces beautés si diverses du monde ! Et tous ces élans si singuliers vers la lumière ! Quelle joie ils nous offrent ! Comme s'ils redonnaient à la terre – et à son peuple – leur intelligence – et la promesse de la grâce et du silence – de l'infini et de l'éternité – peut-être (enfin) accessibles – à portée de regard...

 

 

Le vent immuable. Les vagues de la terre. Et l'ondulation – si archaïque – des destins parmi la mort et l'éphémère...

 

 

Et dans le silence aussi, bien sûr, il y a une solitude inconnue. Merveilleuse...

 

 

Ne pas prêter l'oreille – jamais – aux mensonges. A la calomnie des jours, des bouches, du temps qui passe – et à l'incertain qui n'est qu'effroi, terreur, espoir...

Se taire – toujours – devant les cortèges. Tous les cortèges. Et voir – et écouter – là-bas, au loin, arriver amoureusement le silence qui dessine déjà sur nos lèvres sa fièvre sereine – sa lumière...

 

 

Vivre un peu. Aimer du bout des lèvres. Dormir beaucoup. Passionnément. Jusqu'à la folie. Rêver. Se couvrir de songes. S'y convertir jusqu'à y enfouir son âme. Raviver – et aller naïf – si naïf – vers – l'espoir. Maudire. Emietter les liens. Les raccommoder parfois avec au front cette si faible lumière... Et disparaître, un jour, dans les replis de la nuit... Homme – ombre – qui passe – simplement...

 

 

Le vent – la pluie – offerts aux plus humbles jours. Et la moue sur notre visage, espérant un autre ciel – plus vaste – plus lumineux peut-être... – moins triste sûrement – comme pour égayer notre âme en attente – et lui donner à espérer plus encore... Comme une pauvre rengaine. Une malheureuse litanie que la mort même ne pourra effacer. Et qui durera encore et encore jusqu'aux dernières heures de la nuit...

 

 

Pour corrompre le jour, il faut des yeux mensongers – recouverts de tous les songes – enfoncés dans les rêves – la nuit. Qui n'effaceront pourtant jamais la grande ambition de la lumière. Son règne manifeste déjà... Et son arrivée, éclatante, sous les paupières enfouies encore dans tous les recoins sombres de l'ailleurs...

 

 

La vie. Un lit de lumière où s'écoulent aussi les ombres. L’infamie. Et la terreur née d'être vivant...

 

 

Faiblesses. Fragilités devenues orifice béant... Se laisser pénétrer – traverser – chambouler jusqu'au tréfonds. Jusqu'à mettre tout sans dessus dessous. Jusqu'à écraser – évincer – les repères – les pensées. Jusqu'au grand désordre – la grande pagaille. Jusqu'à l'ivresse du grand départ. Jusqu'à l'effacement des frontières – leur explosion peut-être... Jusqu'au plus bas – et jusqu'au plus haut – de la lumière... Puis, vivre l'accueil dans la transparence la plus insensée... Devenir ce qui nous pénètre – nous traverse – jusqu'à la célébration – jusqu'au sommet de la plus haute unité... Puis, enfin, le silence... et la joie – et la lumière – qui partout s'invitent – s'infiltrent – pour nous faire vivre – goûter – ce que nous attendions – ce que nous espérions – depuis des siècles pour que demeurent, à jamais, l'éternité et l'infini – la béance lumineuse de notre visage – et le monde – et les figures – noirs, encore tremblants de terreur, qui s'y engouffrent...

 

 

[Modeste hommage à Alexandre Hollan]

Et ces traits noirs – immenses – tremblants – qui peignent la lumière. Où nos âmes sont absorbées – fascinées par le vide, l'infini, le blanc et la transparence des couleurs... Et la beauté de l'arbre – chêne centenaire – millénaire peut-être – sur le jour ouvert... Arbre et poète célébrant le ciel de leurs feuillages dansant à chaque heure du jour, unis dans la belle – et envoûtante – solitude des collines...

 

 

De fable en fable se créent les mythes. Les légendes. Bien en peine, toujours, d'éclairer – et de percer – le mystère de notre naissance. Et la vérité brûlante sur nos lèvres qui cherche leur délivrance...

 

 

Lorsque le Bien commun et le sens de l'Autre auront définitivement pris le pas sur les instincts de conservation, l'homme aura enfin réalisé un pas immense. Et franchi peut-être le seuil le plus décisif de l'histoire de la terre – et du vivant. A l'origine, sans doute, du plus prometteur avenir...

 

 

Poésie et spiritualité. Portes infimes – minuscules fenêtres – ouvertes sur l'infini par lesquelles s'infiltre la lumière. Et qui finira, un jour, bien sûr par jaillir sur notre vie...

 

 

Présent. Accueillant ce qui vient... Et laissant même le rien – lorsqu'il s'invite – régner sur nos jours... Et terroriser parfois même notre crainte de le retrouver...

 

 

Et cet Autre en nous qui ignore que nous l'avons délaissé – abandonné à l'espoir dans les jeux sanglants, la peur et les ambitions. Et qui agonisera bientôt sur les pentes de l'horizon... Et qui se cachera peut-être avant que nous le retrouvions... Qu'il nous pardonne...

 

 

Et cette quête – et ce cri éperdu – de l'âme que nous ne pouvons secourir. Et qui deviendra lasse peut-être à force d'abandon. Et qu'une main, sans doute née du ciel, hissera, le jour venu, jusqu'au soleil...

 

 

Un jour. Un silence. Une joie. Et l'éternité pourtant durera toujours dans ces fleuves de douleur... Et les malheurs et la terreur... Où l'heure et le sang s'écoulent entre les rives, invisibles, du silence... Et les barques fragiles des hommes. Et leurs visages en pleurs – en sueur – aveugles aux rivages. Inconnaissants du ciel – et de l'océan à venir où les cueilleront pourtant, un jour, la joie et le silence...

 

 

Dans le silence, une présence. Et en cette présence, le silence où nous pourrions tout vivre – tout éprouver et accueillir – jusqu'à la mort. Jusqu'aux larmes des vivants. Jusqu'à l'effroi – et au cri – des visages égarés dans le malheur. Jusqu'aux plus sombres jours de terreur. Et jusqu'à la nuit même qui nous avale...

 

 

Un mur. Une fenêtre. Et derrière la baie vitrée, les jours qui passent. Egaux ni en joie ni en soleil. Où le monde roule comme les pierres sur le lit de toutes les misères... Et dont le bruit égare les âmes – et émeut le poète...

 

 

Saupoudrée encore de nuit et d'étoiles, l'âme crie sa faim... et son goût inassouvi pour la lumière. Et le silence partout qui s'avance pour allumer les lanternes – et éclairer les petits pas sombres dans le noir interminable...

 

 

L'obstination si pugnace du silence à révéler notre visage...

 

 

Nos vies. Entre terre et ciel. Des éboulis sur la pente du silence...

 

 

Ce sont les draps de la nuit qui nous emporteront... vers les marées, les étoiles, l'horizon. Assoupis toujours. La tête enfouie dans l'oreiller, emplie de songes, qui ne côtoie la lumière qu'en rêves. Mais le cauchemar peut-être, un jour, prendra fin... Et nous nous éveillerons, émerveillés, dans la lumière – dans le jour naissant – avant peut-être la fin des temps...

 

 

La terre sombre. Le ciel gris. Immense. Opaque. Et au loin, là-bas, l'espérance du soleil qui jamais n'illuminera les jours...

 

 

Les jours quotidiens. Simples. Humbles. Austères. Magnifiques. Offrant leur joyeuse frugalité... Savourés dans le silence et la solitude.

Si proches de l'homme et pourtant si merveilleusement familiers du Divin...

Peut-être est-ce cela être sage : figure ordinaire et silencieuse parmi la foule des visages, baignée d'une joie lumineuse et invisible...

 

 

On ne s’enquiert jamais du monde... Des nouveaux horizons... Des nouveaux visages... Que des circonstances qui éprouvent notre vie – la déchirent, l'éventrent et la foudroient... Que des anciennes figures défaites, mal en point, qui s'effacent – et disparaissent... Que des nouvelles singulières – anodines – quasi anecdotiques – qui emplissent l'âme d'assurance – de réconfort – et qui enflamment la joie des portefeuilles... Des événements infimes – et minuscules – pour des vies – et des cœurs – qui ne le sont pas moins... Des existences obscures faites de petits pas dans la poussière...

 

 

Vent, feu, flamme et poussière. Seul décor de la terre... Et lueur amorphe – jamais éteinte pourtant – dans la lumière infranchissable. Visage de l'homme cherchant sa délivrance à tâtons...

 

 

Sur la terre, le soleil déjà... Et les songes, les visages, les papillons. Et le ciel noir – et bas – qui obstinément s'obscurcit... Et la lumière immobile, passagère pourtant, qui se dessine par intermittence...

 

 

On aura beau crier tout le jour, jamais la nuit ne s'effacera. On aura beau percer le mystère, les étoiles lui resteront fidèles... On aura beau éreinter le courage, l'innocence brillera toujours au fond de notre âme tapie dans le noir.

 

 

A l'orée des heures – et à leur lumière aussi peut-être – le silence attend notre pas. La fin des songes. Le cœur et les bras ouverts à la pluie, au soleil, aux saisons qui passent. Et à l'éternel défilé des visages...

 

 

L'univers immense – infini peut-être – n'est pourtant qu'un point infime dans l'esprit. L'esprit contient l'univers qui contient l'homme qui peut s'ouvrir à l'infini qui l'entoure – et qu'il contient... L'infini créant ainsi l'infime pour se retrouver infiniment démultiplié au dedans de lui-même...

 

 

Les arbres. Le vent. Et les songes qui n'en finissent jamais de tournoyer. Et les visages, pris dans la danse, s'élevant dans la tourmente, décollés de l'horizon avant même qu'il ne soit atteint... soulevés comme de la poussière. Et la lune – et le soleil –, au loin, attentifs – impassibles pourtant – qui lancent leurs rais pour déchirer – et déchiffrer – leurs ombres. Comme les plus sûrs garants de la lumière – de cette lumière si incomprise...

 

 

Le silence. Toujours plus majestueux – et intrépide – que la parole... Toujours plus profond que le langage... Toujours plus rieur et savoureux que nos vains murmures... Indéfinissable – et mystérieux – et pourtant si indispensable au monde et au poète...

 

 

Ah ! Ces amis de papier – poètes des jours et de la mort – poètes des grandes batailles et des horizons quotidiens – dont je m'entoure – et me nourris... Et qui allument en moi – ravivent peut-être – non l'espérance mais le souffle même – ardent – de la vie – et la fréquentation du silence – et les accointances avec la lumière et l'infini – le cœur vivant – si vibrant – de l'homme...

 

 

Couvert de salive et d'horizons, voilà l'homme qui avance à contre-pas vers la lumière... Vouant un culte au désastre avant même sa première danse. Et voilà qu'il marche à présent à tâtons dans l'obscur, à la chandelle de ses ambitions, sur la crête insensée des peurs où le monde l'a plongé... Et qu'adviendra-t-il à la prochaine foulée ? Ténèbres, ciel gris ou soleil ?

 

 

Peut-être espérons-nous davantage de l'amour – de ses baisers volages, volés sans doute à l'éternité : une présence – un visage – inaltérables. Insoumis aux rondes de l'éphémère. Eternels peut-être... qui nous ôteraient les larmes et le poignard – l'espoir et la désespérance – parmi toutes ces têtes si aveuglément amoureuses...

 

 

On voudrait donner au monde, un sourire. Une joie peut-être. Une raison d'espérer le meilleur. La possibilité de la lumière... Et lui, trop aveugle – aveuglé sûrement – ne devine – ne voit peut-être – que les larmes sur les visages – et notre visage. Et cette noirceur au fond des yeux qui n'invite qu'à la désespérance – aux cris – aux gémissements – et à la volonté malhabile d'y échapper... Reléguant l'offrande à l'oubli. Et à des jours moins sombres peut-être...

 

 

C'est insulter la soif que d'oublier – de refuser – d'abreuver les lèvres... De ne pas offrir à la bouche ce qu'elle réclame... Et que demande-t-elle sinon la joie et le silence. La vérité neuve – intacte – lézardée jusqu'à présent au fond des gorges. Et la lumière enfin qui sommeille dans les yeux – et au fond de l'âme assoupie sur les pierres du temps...

 

 

L'exil toujours se profile pour celui qui ne sait s'habiter... La lumière est – et sera toujours – un pays sans frontière et sans chemin. Ouvert à celui qui marche – et qui va, d'un pas difficile – douloureux parfois – de l'exil jusqu'à son centre. Pour qu'à la fin du jour s'éteignent (enfin) la nuit, les songes, les horizons, le marcheur et l'émiettement du territoire. Ainsi se découvre la vérité – notre nature infiniment unitaire...

 

 

Et parmi les oiseaux, là-bas, et les fronts posés contre la neige, derrière les ailes et les yeux hagards, se dessine déjà le nouveau monde avec ses arbres gonflés de lumière, ses charrues – sans mule et sans bœuf – qui fleuriront la terre et ces visages – tous ces visages – cernés de silence et de beauté...