Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Le cœur décidé – et l’ardeur de l’âme sans visée – à essayer de réunir dans le même œil les ombres et le secret…

Tout est livre, ciel, essai – chant de l’âme dans les yeux libres. Et poésie sur les visages tremblants…

Vivre – partout – aussi obstinément que la clarté. Ici – près de la fenêtre – et là-bas – de l’autre côté du monde – à tourner les pages – en silence – au milieu du sable et des visages…

 

 

Des vents, des ravages – ce qui arrive – inexorablement – poussé par l’Amour…

D’une rive à l’autre – en ce lieu où tout recommence…

 

 

Mains chastes – herbes hautes – à laver le sang laissé par les épreuves. Les yeux défaits par ce petit bout de ciel retrouvé – à s’émerveiller des songes et des chants. Et la voix – presque muette – à présent – pas certaine de vouloir répéter les paroles d’autrefois…

 

 

L’eau, le feu, la terre, les vents. Ultimes compagnons des derniers jours – avant le grand saut dans l’inconnu…

 

 

Mille paroles – comme un miroir où, à travers le sommeil, se reflète la lumière. L’âme mise à nu – et les pierres rouges sur lesquelles traînent encore quelques rêves. Comme mille soleils au fond de l’abîme – au chevet des vivants à l’agonie…

 

 

Le réel et le langage – comme les deux faces abstraites – immatures – d’un même visage – d’un même silence – introuvables par les voies ordinaires. Accessibles – seulement – depuis la jetée – presque fantomatique – qui surplombe le monde et le plus simple…

 

 

Achevé – une fois pour toutes – pour remplacer l’encre par le recueillement – et donner vie à l’impossible prière. Illusion encore – de la même veine que tous les manques…

 

 

Défaillance – dans le noir – autant que dans la clarté nouvelle. Mais acceptée – aujourd’hui – comme toutes les faiblesses…

 

 

Des rêves de jour, d’intimité et de soleil sur fond d’ignorance. A chercher dans la prière et la candeur une sorte de nouvelle enfance. L’envergure d’une réponse prodigieuse – définitive – impossible, en somme, en ce monde imparfait…

Mieux vaudrait rire – rire et se retirer – se retirer et disparaître – pour laisser au vide une chance de se révéler…

 

 

L’aube et la solitude comme seules ambitions. La main et l’âme prêtes à accueillir ce que les chemins leur feront découvrir…

 

 

Poussé – encore – comme la fin de l’été dans les bras de la saison suivante – entre détours et ténèbres – le ciel dans la tête – et les pieds en équilibre sur le fil invisible qui relie le monde et les naissances – le jour et le néant – la nuit et la joie – en une seule traversée…

 

 

Tout naît – monte – se dresse – timide et malhabile – malgré l’issue devinée – certaine – inexorable. Comme une ardeur inépuisable – incontrôlable – déployée malgré les ombres – malgré la tombe et les futurs drapeaux en berne…

 

 

Tout en traces – tout en pas. Reflets et dispersions. Chambre et porte dans la pénombre. Pénétré par un souffle – un arrachement – des imprévus. Quelque chose d’infime – quelque chose d’immense – mystérieux comme un envol prématuré – inexplicable. Comme l’enchaînement inexorable des saisons…

 

 

Une source, une soif, un appel. Le commencement du voyage – au bord du rêve. Le long périple – la lente traversée d’un ciel à notre image – couleur de sang…

 

 

Habiter l’inexplicable plutôt que le monde. Devenir ce grand silence au cœur du geste – au cœur de la parole. La main – la voix – l’une des mains – l’une des voix – singulière(s) de l’impersonnel dans l’obscurité – encore – du passage…

 

 

Toujours errant – au milieu de l’appel et du néant – entier – en lambeaux – sur le sable – à marcher entre le ciel et le langage – parmi les bêtes et les cris – dans cette poussière à l’odeur de brûlé…

 

 

Des chemins et de la poussière – partout – toujours – ici – ailleurs – là-bas. Le même voyage – la même illusion du voyage – et les mêmes visages fébriles – ivres de rêves et d’aventures – qui croient avancer – poursuivre leur périple – et faire mille pas décisifs (ou salutaires) – pour découvrir ce qui ne se révèle que dans l’immobilité…

 

 

Rien ne traversera l’orage et les tempêtes – ni ne fera taire les croyances et l’espoir d’une issue. Mais qui sait que la mort est déjà là – à l’ombre de chaque prière – toutes griffes dehors et la chevelure menaçante…

Encerclés – les visages reclus entre leurs murs – et les âmes apeurées.

Et tout continuera – à jamais – à errer (et à tourner en rond) dans la même terreur et le même chaos…

 

 

Tout est aride – et hérissé de peur. Tout semble jaillir du premier élan – de l’avidité de la première bouche. Et, à présent, le vent se déverse – partout – recouvre les yeux de sable – et creuse le désert – toujours plus vif – et toujours plus large – des âmes…

Ainsi s’écoule le temps. Ainsi passe la vie – entre le chaos et la lumière – entre l’angoisse et la beauté des choses – au cœur de cet adieu perpétuel du monde…

 

 

A serrer si fort l’instant que nous en avons les mains pleines de silence…

Fleurs de la passion éteinte – fanées – dans notre sang. Veines propres – à présent. Au plus proche du moins scandaleux à vivre sur cette terre si affamée…

 

 

Envoûté par la beauté d’une langue inconnue – le poète – mi-homme, mi-sage – mi-bête, mi-dieu – délaisse le langage ordinaire, l’ambition et la nostalgie communes pour s’agenouiller parmi les fleurs – en silence – sans ardeur – défait par une main ivre de ses conquêtes – ivre de sa propre extase – amoureuse du blanc – et prête à le semer partout – sur toutes les paroles et tous les visages…

 

 

L’homme – au même titre que l’humus – peut devenir le gage du possible. En couches et en séjours successifs. La clarté à venir – peut-être. La main du monde délivrée des fantômes…

 

 

On rend grâce aux reflets – aux étages inférieurs – aux fenêtres – aux appels incessants de l’innocence. On se joue des haleines et des menaces. On s’enquiert très sérieusement auprès des Dieux. On s’abandonne – et se livre comme le ferait un enfant qui – lentement – glisse dans le sommeil. On chante après avoir tant ruminé. On est ivre de ce qui brûle et de ce qui s’efface. Et l’on attend – patiemment – que le jour se lève…

 

 

Mille tours – mille chants – au milieu des voix – au milieu des tombes – à danser et à tournoyer – sans que rien – jamais – ne tombe du ciel – sans que rien – jamais – ne soit donné. Un peu d’espoir, peut-être, comme le reliquat inutile des Dieux et de quelques croyances obsolètes. A humer par ici – à chercher par là – à tendre l’oreille à tout ce qui pourrait nous répondre – nous offrir un fragment de vérité. Mais rien…

Le temps passe. Les jours succèdent aux jours. Les années succèdent aux années. Les saisons viennent blanchir nos tempes. Et nous savons que nous mourrons sans rien découvrir. Passagers – toujours – plongés dans la même ignorance…

 

 

Tout vient nous dire la fin et la continuité – la permanence et l’éphémère – l’incertitude et la nécessité de l’effacement. Et le règne – partout – du silence malgré nos ambitions et notre affairement…

 

 

Tout mourra encore – bien sûr – tant que dureront la certitude du monde et l’ignorance – tant que demeureront l’espoir et la peur. Mais il est une lumière et un silence qui échapperont toujours au passage et aux ténèbres de la mort…

 

 

Devenir ce qui ne peut se dire. Oublier les oracles, le salut, les dérives et l’âme en déroute. S’éclipser – et se résoudre au noir et à l’œil lointain. Echapper au vivre et au monde malgré le sang dans nos veines – malgré ce cœur immense qui bat (encore) dans notre poitrine…

 

 

L’Amour à notre porte. L’Amour au creux des reins. L’Amour pour nous extraire du doute et du manque. L’Amour au détriment du désir – au détriment des étoiles. L’Amour au lieu de la mort. L’Amour pour mille raisons – et découvrir (enfin) ce que signifie être au monde

 

 

Effacer tout – tout effacer – jusqu’au moindre mirage pour qu’il ne reste rien – pas même une ombre – pas même une lumière – qu’un long baiser surces rives inexistantes– et qu’une main tendue vers la souffrance à transformer

 

 

Nous écrivons à ce qui – en chacun – ne sait lire et ignore le langage – non pour convaincre mais pour inviter – et offrir, au milieu des mots, le silence nécessaire au monde, à la joie et aux retrouvailles…

 

 

Le cœur décidé – et l’ardeur de l’âme sans visée – à essayer de réunir dans le même œil les ombres et le secret…

 

 

Tout est livre, ciel, essai – chant de l’âme dans les yeux libres. Et poésie sur les visages tremblants…

 

 

Vivre – partout – aussi obstinément que la clarté. Ici – près de la fenêtre – et là-bas – de l’autre côté du monde – à tourner les pages – en silence – au milieu du sable et des visages…

 

 

Ni charge – ni témoin. Ce que nous portons comme une croix – un bagage – un fardeau inutile – inutilisable face aux circonstances, sans cesse, changeantes.

Mieux vaudrait renoncer au voyage – à la traversée – aux découvertes – et plonger dans l’abîme et la réclusion. Resserrer la peau et le passage – réduire l’air et l’espace jusqu’à en étouffer. Devenir le sol et les grilles de notre cachot jusqu’à faire exploser les murs et l’horizon. Et laisser la lucarne se transformer, peu à peu, pour se voir inonder de lumière – et se convertir en regard…

 

 

Le vertige de l’inconnu sur la cendre. Et la joie de vivre dans l’incertitude. Comme un soleil dans le noir – un espace de clarté au milieu des rêves et des étoiles…

 

 

Entre le passage et la chute – à se demander encore comment s’achèvera cette histoire faite de rêves et de soif. A reconstruire – toujours – ce qui, un jour, inexorablement s’effondrera…

 

 

Comme un visage au milieu des visages – une âme dans la foule qui semble habiter loin de tout. A contourner la glace pour rejoindre partout – partout où l’on peut – ce modeste chemin de fleurs – et continuer à poser la tête hors des nuages – hors de la grisaille – hors du trouble et des promesses trop faibles pour nous extraire de ce trou…

 

 

Debout – ensemble – dans la peur – à écouter ces voix qui nous appellent pour nous rejoindre – et nous retrouver seul(s) de l’autre côté du monde – de l’autre côté du visage…

 

 

A dormir – partout – comme la neige du plein midi qui attend l’hiver – le retour du silence après ces trop exubérantes saisons…

 

 

En diagonale – à absorber ce qui flotte sur les eaux du jour. A décocher mille flèches – inutiles – sur ce qui s’avance et nous effraye. A grimper sur l’absence comme l’on se hisserait sur un phare ou une falaise pour échapper aux bourrasques et aux tempêtes qui menacent la côte…

 

 

Une âme, une forêt et une poitrine en flammes qui désire et frissonne au milieu du silence…

 

 

Toutes ces mains et tous ces visages – à chercher partout un peu de tout – à creuser n’importe où – n’importe quoi – pour déjouer la peur et la solitude – et découvrir quelque chose au milieu du néant…

 

 

Face au ciel – toujours – qui nous toise en silence…

 

 

San fin – bien sûr – autant qu’éphémère. Mais le rêve – et le désir – si vivaces encore…

 

 

A aimer ce qui vient – à la verticale – et ces murmures à l’horizon qui – jamais – ne nous sauveront du désastre…

 

 

Que tout recommence avant sa fin – et que tout continue – comme l’aube succède à la nuit – comme le crépuscule remplace le jour – pour que mourir devienne (déjà) un peu de ciel – et le renouveau futur en ce monde où la vie n’est que le rêve d’un ailleurs…

 

 

Quelques balbutiements supplémentaires dans la rumination. Des pieds, des têtes et des mains qui s’agitent vainement sur l’étendue – dans l’infini silence qui baigne le monde et tous les au-delà…

 

 

Des îlots à découvrir par grand froid – lorsque les vents auront fait fuir les oiseaux de passage – et qu’il ne restera que notre âme – seule et grelottante – dans le noir…

 

 

Devant l’aube – avec encore un peu d’impatience sur l’épaule – à parcourir – pieds nus – toutes les inventions du monde qui retiennent prisonniers les hommes…

 

 

Il ne faut – jamais – se presser ; ni pour vivre, ni pour exprimer l’inexprimable. Il faut se recueillir – patiemment – au fond des choses – et se prêter au (lent) labeur de l’âme pour espérer trouver le silence au milieu du rire comme au milieu de l’aridité et de la désespérance…

 

 

Tout se disloque – et s’éparpille – sans jamais s’interrompre – jusqu’au seuil où la poussière finit par devenir le socle de l’envol – l’aire (presque) inespérée de la conversion de l’espoir en lumière…

 

 

Isolé(s) jusqu’au supplice – malgré cette solitude lumineuse – au-dedans – que notre visage ne sait révéler – et que nos mains ne savent accueillir. Une existence – et mille peines (presque) perdues, en somme…

 

 

Tout est noir – le jour – l’espoir – et la réponse des hommes à tous les pourquoi…

Nul n’a appris à aimer – à fouiller derrière la buée – et à marcher au milieu des visages…

Tout est noir – et quelque chose, pourtant, au fond de notre gorge – appelle – et espère encore trouver le silence et la lumière…

 

 

A petits pas – du néant vers ce qui, en nous, tremble de joie. A petits pas vers ce qui se jette et que l’âme ne peut rattraper. A petits pas – comme une tristesse lasse de marcher obstinément vers l’Amour…

A petits pas jusqu’à l’effacement. A petits pas jusqu’aux confins du dernier silence…

 

 

Tout semble fermé – de prime abord. Tout semble étroit et incompréhensible. Puis, l’âme s’ouvre et les routes s’éclaircissent – et l’existence se fait plus belle. La douceur apparaît, peu à peu, dans la nécessité des actes. Tout frémit dans la continuité du silence. Tout s’émeut – et se partage. Vivre devient alors le lieu du secret et de la réponse. Et il nous est (enfin) possible de convertir notre grimace angoissée (et légèrement hautaine) en hospitalité…

 

 

Nous continuons – qui peut donc nous interrompre ? – malgré la fatigue – malgré l’effacement et le silence. Vivant – toujours – comme si exister nous importait encore. A être là – sans rien dire. A écouter le monde et les visages aller et venir. A nous emporter parfois face aux circonstances. A rester bouche bée devant le frôlement – presque imperceptible – du ciel. A contempler les danses derrière les barreaux de ces cages terrifiantes. A poursuivre notre tâche en griffonnant quelques signes sur la page dans cet écart – cet exil – cette douce solitude…

 

 

Tombé – à présent – au plus bas – là où la source s’offre à toutes les bouches tordues – rompues – abandonnées aux cris et à la douleur…

Et apaisé – à présent – au fond de cette somnolence déchirée. A consoler ce qui s’approche – si maladroitement – vers nous…

 

 

Ni dehors, ni dedans. Dans cet entre-deux aligné au monde et au silence. A regarder ce qui s’avance au cœur – et hors – de toute perspective. Comme le point d’appui, peut-être, de l’infini qui se cache partout – et qui se révèle à l’infime qui découvre ce qui l’habite…

 

 

La joie d’être là encore – à contempler la vie et le vivant – la pluie – les nuages et le cours des rivières. La bouche silencieuse – ravie de ce qui jaillit – et de ce qui passe, si souvent, comme un mirage – entre deux rêves – entre la certitude et la modestie de ne rien savoir. A s’aventurer jusqu’au coin de la fenêtre où le monde semble plus beau – et plus conciliant peut-être. A jouir – encore un peu – du silence et des spectacles avant de rejoindre la nuit…

 

 

Tout est achevé – à présent – et, pourtant, la nuit et le monde demeurent – comme notre surprise à être là encore – à contempler l’inépuisable labeur de l’inachevé…

 

 

Quelque chose, en soi, existe – profondément – qui vient relayer l’absence et la fragmentation – la lumière et l’innocence de l’esprit…

 

 

Tout le jour – dans un fragment de vie – dans les lignes d’un poème. Un chant – une parcelle d’âme – et l’esprit encore, si souvent, en déroute…

 

 

Rien ne s’effondre – rien ne s’efface. Tout disparaît – et se rassemble dans l’espace du tout appartenir

Ainsi le jour – et tout ce qui lui appartient – jamais – ne peuvent – mourir…

 

 

Comme une souffrance – impalpable – et une curiosité affamée – présentes – scellées dans la grandeur de l’homme – à l’arrière de tous les fronts – à découvrir – sans cesse – et à frémir – toujours – de leur partage…

 

 

Essentielle – la mort – comme la crainte de vivre – imputables aux rêves et aux excès du langage. Comme un corps retenu – trop longtemps – par l’horizon – condamné à construire une identité à fleur de mur – là où la faille est (encore) obturée…

 

 

Le lieu de la parole – toujours – s’atteint hors du langage. Comme un silence résolu – indemne des questionnements et de la pensée – au-delà du dialogue – au-delà même de la poésie. Là où règne la lenteur – au-dedans de cet espace posé au fond de l’esprit. Là où les jeux du monde résonnent sans bruit – et se perdent en écho. Dans l’extrême simplicité du regard – nu – presque enfantin – virginal – transparent malgré l’opacité des âmes et des visages…

 

 

A répéter – inlassablement – ce qui rassemble dans ce dépeuplement. Un peu de ciel – presque rien – dans cette solitude au cœur de laquelle chacun chemine…

 

 

D’une mort à l’autre – l’âme – toujours aussi vivante – cherche son assise dans ce qui demeure – au-delà des tombes et des étoiles…

 

 

A trop se courber – toujours – la lumière nous pénètre – et nous prend par la main – pour traverser l’âme – tout entière – de part en part – sans jamais nous faire la morale – ni nous reprocher notre frilosité et nos craintes. Elle s’agenouille à nos côtés – et nous emplit de ce dont nous avons toujours manqué…

 

 

Assise – dans la simplicité des mots – dans la nudité du jour – à griffonner la page comme on lancerait une pierre (minuscule) – quelques graviers peut-être – sur l’une des vitres du monde – pour essayer d’éveiller ce qui – à l’intérieur – est encore assoupi…

 

 

Tout vient du silence que nous avons – toujours – confondu avec le néant – avec le noir antérieur aux naissances. Ce que nous avons – toujours – considéré comme le sommeil et la mort – la grande nuit du monde – l’obscurité des ténèbres où sont plongées les âmes…

 

 

A parts égales entre ce qui reste et ce qui s’en va. Comme un cri – un murmure – posé entre la page et le silence. Le temps d’un livre – le temps d’un émoi – quelque chose comme une larme déguisée en rire – et un supplice – l’histoire d’une chute sur ces pierres noires où se succèdent toutes les générations du monde…

 

 

Comment renaître – remonter à la surface – revenir aux chemins qui ravivent – et traversent – les peines… Et comment imaginer l’Amour au milieu de la mort…

Se perdre encore – se perdre toujours – au-delà du monde et des promesses. Demeurer dans ce qui glace et répugne. Et franchir le gué pour rejoindre la rive où chaque souffle appartient au silence…

 

 

A dire – encore – ce qui se propage à travers la parole – à travers le silence. Les étoiles et les paupières au crépuscule enivrées par leur propre lumière. Et ce qui passe par la fenêtre entrebâillée – avec, partout, ce rire qui glisse au fond des âmes…

 

 

A courir aussi loin que nous le pouvons. A enjamber les lieux et les jours anciens – sans même un regard – ni même un geste – pour saluer les visages – pour rejoindre – au-delà des promesses d’abondance – quelque chose posé discrètement en nous – et à nos côtés ; l’esprit autonome, peut-être, loin des bannières et des dynasties, qui préside – appuyé contre l’autel des Dieux – une forme de cérémonie secrète sans rituel (ni participant) en récitant à notre intention quelques prières païennes et silencieuses pour nous plonger dans la solitude et l’humilité – et libérer le regard de tous les règnes du monde…

 

 

Ni adage, ni sagesse – à contre-courant du commun – le plus simplement du monde – à laisser mûrir les petites ritournelles et les pentes naturelles pour s’inscrire dans la perspective du sol et du ciel…

Ni crainte, ni terme – comme les adieux les plus fidèles au monde. Le repos assidu sans gouvernance locale. Les yeux au ciel et le dévouement de l’âme – prête à abandonner les offrandes et les peines transportées à dos d’homme. Comme le jour – comme une nuit claire sans le scintillement des étoiles – comme un baiser immense – intense – sans avoir recours ni aux gestes, ni à la parole…

 

 

A califourchon sur l’aire des contraires où tout s’accumule et s’oppose – la contrariété en tête – et ce désir de l’âme qui voudrait tout – et, pour commencer, se débarrasser de tout antagonisme. Comme une sorte de mirage inoffensif – candide – où le puzzle n’aurait qu’une seule face – ni envers, ni profondeur – ni même entre-monde ; une surface – simple – à deux plans – où chaque élément serait dépourvu d’abîme, d’ambivalence et de contraire. Une sorte d’image naïve qui ressemblerait (à s’y méprendre) à l’apparence du monde – et où vivre consisterait à rêver à la manière des simples

 

 

Tout bouillonne – s’empile et s’empale – dans l’esprit. Tout porte – et se déporte – comme si vivre consistait à dériver parmi les vagues, les cohortes et quelques récifs – et à tout franchir à la nage ou en sautillant d’île en île – de port en port – pour rejoindre la mer – lentement – en se laissant glisser vers le seul passage possible, tantôt le monde, tantôt la page…

Ainsi – sans doute – voyagent les hommes – et, peut-être, les poèmes…

 

 

Tout est naissance – monde jaillissant – et restes de ténèbres – dans ces âmes trop proches des rives humaines…

Il faudrait soutenir la courbure du bleu – cette voûte sous la voûte – qui offre aux étoiles leur lumière – et aux hommes ce regard plissé – presque effrayé – devant le jour…

Et rassembler nos bras tendus – des deux côtés – en une seule main toujours encline à offrir – et à partager…

L’Amour face au refus – face à la riposte – comme le seul geste nécessaire…

 

 

Une âme – un espace – où glisser le temps – quelques jamais et mille toujours. L’horizon et la lumière dans le même regard familier des yeux, du monde et de la terre. Amoureux, parfois, de ces rives sans raison où l’on allume mille rêves et mille soleils en guise de lampions…

 

 

Ni chant, ni cercueil – et avec toute l’éternité au-delà. Mille rêves – mille pourquoi – et ce lointain – déjà – qui s’approche pour convertir l’inconnu en regard et en gestes familiers. Et mille feux dans l’âme dévouée à son emprise – livrant sa joie à ce qui s’émeut de toute forme de rapprochement…

 

 

A trop devenir, nous en oublions de nous rejoindre…

 

 

Des visages, des choses, des miroirs. Un peu de ciel et d’espace où poser les yeux. Et le recul nécessaire pour donner à nos gestes la même candeur et la même ardeur que celles des vents…

 

 

A dormir dans la trop grande solidité des jours. A compter les saisons jusqu’à la dernière heure. A défier les vents, les Dieux et la mort. A s’empaler vivant – et l’âme si fébrile – sur ce qui nous écartèle – comme si vivre consistait à oublier l’essentiel et la nécessité du silence…

 

 

Oublié – l’essentiel – comme le plus nécessaire à vivre. Inscrits dans le monde célébré comme l’espace. A retarder la mort – à combler la faim – et à trop courber l’échine devant les visages et les habitudes. Le pas perdu et le sang qui pousse les pieds vers d’autres lieux – vers d’autres infortunes…

Comme un écho à tout ce qui nous fait – et nous fera toujours – renaître…

 

 

Qu’est donc vive la marche – aussi vive qu’est lent l’œil à se transformer. Et ça chante ! Et ça prie ! Partout – l’âme ensommeillée – comme si le miracle pouvait nous être donné – comme si le désert et la solitude pouvaient disparaître. Et dans tous les yeux – cette mélancolie pour exhorter l’Amour à revenir…

 

 

A la pointe de tout ce qui s’émerveille – à la lisière du jour – malgré mille terreurs encore – et, sans doute, autant d’espoirs à vivre…

 

 

A trop se désunir – à vivre dans cet excès et ce vertige – nous refusons le plus simple – la clarté qui court d’une âme à l’autre – l’enfance tombée en disgrâce dans nos aventures. Tous les soleils cachés – et le ciel avalé par toutes les bouches affamées. L’origine du monde – la source des pentes et des chemins – l’aire où l’espace se multiplie à l’envi – tous ces lieux où errent – sans retenue – toutes les foules ivres d’oisiveté et de folie…

 

 

De fausses identités – et cette (pauvre) croyance en l’éternité alors que tout est simple – unique – au cœur du monde – visité comme un rêve – comme un désir multiple censé nous faire survivre à tous les manques…

 

 

Nous voyageons – en figures hagardes – parmi les pierres, les arbres, les visages et le mystère – à la recherche de ce qui nous unit – dans le désir, un peu fou, de nous rejoindre…

 

 

Tout se tient, malgré lui, au centre de tous les cercles. Et nous autres – pauvres humains – pauvres imbéciles – si fiers de rester à la porte – sur le seuil – au cœur des rêves où nous imaginons tous les possibles – le recul du désert et la commodité des routes pour nous conduire de l’autre côté du monde – sur l’autre versant de la vie – en des lieux où tout pourrait jaillir avec aisance – la joie, l’éternité et le plus facile à vivre – dans cette croyance aveugle – et si désespérée – qu’un jour, tout pourrait être franchi – et réuni – d’un claquement de doigts…

 

 

D’un jour à l’autre – d’une saison à l’autre – à défigurer ces journées de paresse et de morne satisfaction – où sous les masques du sommeil suintent (encore) mille désirs et mille refus – et le plus grand désespoir – mille frustrations (résignées) à l’égard de cette existence si indigente – si famélique…

 

 

A ne reculer devant rien – et à s’effacer comme l’exigent – presque toujours – les circonstances. A être plutôt qu’à devenir. A contempler plutôt qu’à questionner le temps et à rafistoler les mille déchirures laissées par la fréquentation des visages. A offrir sans exigence ni prêter le flanc aux commentaires et aux désaccords…

 

 

Blanc comme la neige qui recouvre le monde en hiver. Bleu comme l’océan et le ciel immense dont on ignore l’envergure et les frontières. Rouge comme le sang, le désir qui monte du fond des veines et les feuilles des arbres à l’automne. Jaune comme l’or, la joie et le soleil. Gris comme la boue, la cendre et la tristesse des âmes. Noir comme la nuit et l’ignorance…

A deviner – partout – l’innocence – derrière toutes les couleurs – derrière toutes les figuresdu petit peuple du silence et de la terre

 

 

Dans le rêve du vivant – la plus infime trace de silence – et l’étreinte de l’entente qui, avec les Dieux, nous exhorte à nous rejoindre…

 

 

Ni gain, ni temps, ni poignée. Le plus sauvage – attaché (depuis toujours) au désert et à la solitude – et qu’il faut convertir en figure exigée – familière – naturelle, en somme – malgré les lois, les grimaces et les résistances. Se désinvestir entièrement des rêves – et s’éloigner du plus grisant pour laisser arriver l’inexorable. S’écarter des chemins tout tracés pour laisser s’approcher la lumière et s’édifier le rassemblement afin de devenir un homme au cœur libre, à la main pleine et à l’âme (joyeusement) soumise…

 

 

Déjouer les règles imposées par le monde – puis s’en défaire. Aller là où la pente s’incline – dans l’ordre naturel exigé par le silence. Ne résister ni à l’écrasement ni à la tentation de devenir davantage qu’une figure mendiante. S’exclamer en un murmure – et dire notre surprise (et notre joie) devant l’inéluctable. Faire pencher la balance – de l’autre côté de l’abondance – vers la simplicité joyeuse et les usages mesurés…

Ecrire encore quelques lignes – quelques poèmes – pour clore la quête, célébrer le règne de la vérité – et inviter les hommes à l’humilité – toujours plus juste et active que toutes les formes de contrainte et de conquête…

Sortir enfin de la rêverie – de cette folie aveugle et collective – pour faire émerger les conditions propices à la mutation nécessaire…

Ni dogme, ni fuite, ni cachot. L’exercice le plus salutaire pour ce qui n’a cessé de naviguer dans l’illusion et de fréquenter les pollutions les plus mortifères…

 

 

Plus déchirés que vivants – au cœur de ces tentatives et de ces errances. Chargés d’un temps et d’un gonflement identitaire poussés jusqu’à la dérive – jusqu’à l’impasse – jusqu’à la chute (inévitable) – hautement nécessaires, sans doute, pour transcender les conventions – et aller au-delà des certitudes et de l’idée (si ancienne) de finitude…

Ni destin, ni route nouvelle. Quelque chose à l’image de deux mains nues – tendues vers chaque visage – inoffensives – bienveillantes – silencieuses – à la fois au-dedans du monde et posées sur le rebord d’une fenêtre immense pour offrir à (tous) ceux qui se présentent la blancheur requise et la possibilité de la rencontre et du rassemblement…