Paroles confluentes* / 2018 / L'intégration à la présence

* Fragments du dedans et du dehors – de l’homme et du silence – qui se combinent simultanément dans l’âme, sur le visage et la page…

Au bord du vide – au bord du blanc – toujours…

Un œil – seul – au milieu de la neige…

Si distrait devant ce qui bouge – devant ce qui respire – comme si nous étions encore amputés de l’essentiel…

Ni pose, ni présage. Pas même un récit. Le plus nu. Et le plus essentiel. Le mystère et la fulgurance de ce qui se découvre et se révèle…

 

 

Tout s’apprivoise – jusqu’à la violence des plus absents…

 

 

Et ce vieux rêve de verticalité qui nous fait croire que le monde vit à l’horizontale et tourne en rond dans la fosse aux lions en s’enfonçant, toujours plus profondément, dans le néant…

Suspendu aux mêmes chimères que les yeux des Autres – à imaginer, à espérer, à commenter…

Ignorant parmi les ignorants – voilà la vérité – réduit à se représenter et à conjecturer pour défier la peur et l’incertitude…

 

 

Fragments de presque rien – d’un peu de vie – d’un peu de monde – d’un peu de ciel. Et l’Absolu, sans cesse, broyé entre nos mains. Et cette tendresse blottie – presque inrejoignable – sous le feu de l’âme qui donne à nos gestes et à nos pas cette ardeur si impatiente…

 

 

A se tenir prêt(s) – toujours – comme si la mort précédait la naissance – comme si le noir était le centre de la lumière – comme si la terre était le lieu de la fortune. A maintenir vivant le plus solitaire pour faire naître, sous la cendre et la tristesse, la possibilité du regard…

 

 

Plus haut que le pardon – et plus haut que la douleur – l’Amour – cette main, si frémissante, du silence…

 

 

Même terre – même temps – même silence. Et la mort – si vorace – insatiable – qui absorbe tout ; les corps, les âmes, l’espoir et la poussière – comme pour nous livrer à encore plus d’absence et de néant…

 

 

Tout est parti – à présent. Et demeure ce noir – tout ce noir – qui obstrue la source. Comme un sommeil épais que ne réussiront peut-être jamais à disperser les vents…

 

 

Un souffle – mille souffles. Un passage – mille passages. Une trace – mille traces. L’éphémère et le silence. Et ce regard immense – démesuré – si dense – sur ce qui n’a que peu de poids et d’envergure…

 

 

Arpenter l’esprit et la page comme les seuls lieux de la découverte pour offrir à l’âme, aux gestes et aux pas – plongés dans le manque et la privation – le dénuement nécessaire à la liberté…

 

 

A se tenir debout – plus nomade que sédentaire – face à l’indifférence et aux appels incessants du monde. Ne rien exiger. Se tenir sans possession au milieu des choses. Avec sur le visage, les traits du silence – et sur les lèvres, le chant de l’incertitude…

 

 

Au cœur de l’instant – surpris par le réenchantement et la transparence des visages posés au bord de l’impénétrable. A avancer les paumes vers la neige oubliée par les fronts penchés sur leur besogne – l’esprit (tout entier) occupé à essayer de percer le secret de la mort et à défroisser les destins pour qu’ils aient l’air moins graves – et moins engoncés dans leurs malheurs…

 

 

Les mots – la terre – le monde – ont la même joie et la même tristesse que le visage. Ce qui est vu et ce qui jaillit de l’âme ont – toujours – la même couleur que ce qui regarde

 

 

Le monde – le ciel – l’univers – aux allures immenses – aux airs si puissants – à la densité si palpable (et si évidente) – ne sont, pourtant, qu’un souffle – qu’un trait dans l’infini et l’éternité – presque rien, en somme…

Un peu d’énergie dans l’espace – un peu de bruit dans le silence – quelque chose d’infime – et d’infiniment passager…

 

 

Rien n’existe – peut-être – sinon ce qui regarde

 

 

Les noms ne donnent aux choses et aux visages qu’un poids incertain – immensément fragile. Un repère – mille repères – pour se donner l’illusion de se frayer un chemin à travers le monde – de construire un itinéraire – et de voyager d’un point à un autre. De vivre une existence, en somme, sans jamais rien remettre en question – ni explorer la possibilité de l’inexistence de tout

 

 

Entre le jour et la nuit – notre front, si peu sage, qui s’avance – apeuré – vers sa fin…

 

 

Tout s’enracine – vainement – dans nos vieilles sphères – capables seulement de nous faire tournoyer dans l’éphémère et l’illusion…

 

 

Et nous voilà – depuis toujours – congestionnés – les pieds lourds et l’âme fragile – si indécis – dans l’apparence du monde – dans cette forme de songe où la boue entrave (semble entraver) – et s’oppose (semble s’opposer) au ciel et à la légèreté…

Liberté incomprise sur cette terre incapable de métamorphose – où le dehors n’est que le prolongement du dedans – et où ce qui semble exister nous fait perdre haleine et patience jusqu’au dernier souffle…

 

 

Rien – moins que rien peut-être – un petit quelque chose dans la certitude du tout – et un fragment, si essentiel, du regard…

Elément du monde et du vide – à parts égales sans doute…

 

 

Un sentier – des signes – pour découvrir l’invisible et l’ineffable – et révéler, peut-être, le destin de l’homme – le destin du monde – et la présence du silence où tout s’enracine…

 

 

L’angle – le point de vue – n’est qu’une aire circonscrite de l’espace qui tente – en vain (bien sûr) – de percevoir le tout…

Il faudrait plutôt (et à la fois) – plonger et s’élever – devenir le réel et s’en extraire – pour être capable de voir pleinement…

 

 

Tout vient, à la fois, retarder le regard et lui offrir sa pleine mesure…

Ainsi avance l’homme de son pas pesant – et le poète à travers ses lignes si chargées – si inutiles – pour aborder le plus simple enfoui – depuis toujours – au-dedans…

 

 

Chants, temps, tombes – précipices, voyages et chimères – les mêmes ombres qui (nous) voilent l’envergure parfaite du bleu – de cet infini que nous croyons connaître et pouvoir approcher – et inapprochable, pourtant, tant que la distance avec le monde et notre visage n’aura été franchie…

 

 

Des survivants timides à l’ombre passagère qui piétinent – fidèles à leur inaptitude. Et qui tournent – et qui tournent – en imaginant pouvoir creuser un passage – une ouverture – un chemin – dans leur sillon. Voyage vers la mort – simplement – inexorable…

 

 

Pierres, tombes et champs du jour. Quelques pas – et quelques miettes – éparses – tombées après notre passage. Errances, gouffres et souffrances. Et la petite ritournelle des pas – et la petite ritournelle des mains – et l’espoir (si vain) de l’esprit – rampants – tremblants – au milieu des piétinements et des souffles qui ne font que froisser un peu d’air…

 

 

Comme un vol autour du jour – au-dessus des visages et des tombes couverts de ciel – les yeux ravis et l’âme silencieuse. Ainsi recommencent – chaque matin – la joie et l’incertitude…

 

 

Sous la lampe – cette soif angoissée qui se jette sur la page. Ecrire comme si l’on offrait sa vie au silence. A noter, chaque jour, mille fragments du monde – mille fragments du réel – mille fragments du voyage – qui traversent – en un éclair – nos gouffres intérieurs

 

 

Tout se déplace – se superpose et s’emmêle. Et nos jours – progressivement – ressemblent aux murs – à la nuit – à l’eau qui coule – à tous les visages – aux failles où se glissent (presque) toutes les âmes en attendant la fin des hostilités. Et à cette lumière à la verticale des carrefours qui illumine, peu à peu, nos pages…

 

 

Aux côtés du soleil – à l’ombre de l’expérience humaine – sous les passions et les étreintes frelatées – dénaturées par trop d’images – ce qui crisse sous les pas – les paumes écorchées par les chutes successives. Et l’Amour qui, un jour, offre aux âmes leur alphabet et un peu de silence pour transformer le désir en ardeur sans finalité

 

 

A courir – à monter – là où les yeux ne sont plus que larmes et rêves brisés. Là où la mort – toujours active – a amputé tout élan vers le moindre passage – vers le moindre salut. A vivre sans croire. A patauger dans la boue. A se laisser dévorer par ce qui, en nous, cherche à s’inscrire. Abandonné là par tous les hommes – abandonné là par tous les Dieux – comme si le silence suffisait à nous rejoindre…

 

 

Quelle est la source des rêves et des élans qui nous portent à vivre et à croire – à traverser les tourments du monde et les troubles de l’âme… Quel est le visage de cette aube qui nous offre le courage et l’obstination de persévérer malgré les tempêtes et les mutilations – malgré les déchirures et le poids des Autres qui confinent nos gestes au mimétisme et à la servitude…

 

 

Rien – que le prolongement de l’errance et de cette ardeur au milieu de tout – au milieu de ces amoncellements apparents – et si fantomatiques pourtant. Des âmes et des visages couchés sur le sable – tremblants – rampant au milieu d’un désert où le désir et le sang ne sont qu’un prétexte à la poursuite du voyage…

 

 

A devenir moins que la métamorphose – à peine un chemin – à peine un visage – un tournant – une infime inflexion dans le destin…

 

 

Ni plus haut, ni plus droit, ni meilleur. Une disparition sous l’aire de l’angoisse et de la soif…

 

 

Le noir – et une nostalgie – à convertir en parenthèse – en interruption peut-être…

Et au creux de l’écho – déjà – tout le silence à venir…

 

 

Tout s’épaissit sur la terre comme tout s’écoule au-dedans. Ne rien figer – laisser l’âme gémir et le silence arriver…

 

 

En écho – le chant à travers les vents, la source et le sommeil. Dans ce qui donne au sang son ardeur et au silence sa plénitude…

 

 

Tout se perd – et, néanmoins, tout demeure. Il suffit d’un regard attentif qui sache percer l’apparence des départs…

 

 

A prédire – parfois – le pire – pour laisser au meilleur une chance – infime – éventuelle – de se réaliser…

 

 

Ce fut la marche – puis l’abîme et l’hiver. Ce fut la faim et la soif – (médiocrement) assouvies par les mains et les yeux des hommes. Ce fut l’errance et la fouille obstinée. Ce fut la tristesse et le froid. La défaite et la solitude implacable. A endurer la nuit pendant mille jours – pendant mille siècles – avant de pouvoir goûter à l’avènement du jour – et au silence arraché à la mort et à l’infortune…

 

 

A rire – si souvent – des jeux et des songes – et de ce si grand sérieux des hommes à ignorer le plus essentiel…

 

 

Léger – immense et fulgurant – ce bleu – autant que fut pesante – longue et harassante – la marche…

 

 

A héberger depuis si longtemps ce que le cœur a toujours évincé… Mais pourquoi l’ombre nous semble-t-elle – aujourd’hui – plus réelle et plus vaste qu’autrefois…

 

 

Quelque chose bat encore dans notre poitrine en perdition. Est-ce de la rage, de l’impuissance ou de l’espoir ? Un parfum éternel peut-être… Une odeur de défaite aux relents d’autrefois… Un monde sans âme – sans nom – sans visage – où toutes les frontières demeureront – à jamais – ouvertes et franchissables…

 

 

A revenir – toujours – avec ce pas si maladroit – comme si l’oubli était la marque – et la première certitude – des revenants…

 

 

Tout vibre – quelques instants – lève les yeux au ciel ou scrute l’horizon – en traînant les pieds sur la terre. Et tout se courbe bientôt pour retomber dans le trou qui l’a vu naître. Ainsi passent les vies – ainsi passent les âmes – qui, parfois, parviennent à se retrouver – d’impasse en porte apparente – de perte en repos – jusqu’à tout arracher – jusqu’aux mille petits riens auxquels nous sommes (encore) attachés…

 

 

Vivre jusqu’à l’usure – et, parfois, jusqu’à l’effacement – au milieu de tous ces ravages – au milieu de tous ces désastres – qui peinent – presque toujours – l’âme – et immobilisent – si souvent – les pas. En nous confinant pendant mille ans – pendant mille siècles – à une attente vague – imprécise – indéterminée – où l’on ignore la suite offerte au destin – et s’il nous sera possible, un jour, de franchir ces frontières pour échapper à toutes ces abominations…

 

 

A défier le temps comme un soleil – comme une ligne de démarcation – inutiles. A saisir ce qui traverse cette faim si fébrile. Des bruits, des visages et des bouts de ciel. A amasser mille petites choses – si funestes – si futiles. A jouer et à chercher dans la poussière. A récolter – toujours – plus que nécessaire. A marcher ainsi – tout au long de son existence – ivre et hagard – la démarche si pesante et malhabile – vers la mort…

Une existence entière à brasser de l’air – à essayer de jouir de ce bref passage – et à faire durer ou revenir ce qui – toujours – ce qui – sans cesse – s’efface et recommence…

 

 

Une fenêtre dans la fenêtre pour découvrir ce qui se cache au cœur du réel – et cet infini derrière – imperceptible par les yeux…

 

 

A tourner – comme les bêtes – dans notre cercle de poussière – à attendre – à rêver – et à assouvir sa faim – sans jamais pouvoir déjouer – ni défaire – les fils (si emmêlés) des destins…

 

 

A s’endurcir – comme si les plaies pouvaient disparaître. Et tous ces bourrelets de chair – à présent – fortifiés – comme cuirassés – dont nous ne savons plus nous défaire…

 

 

L’heure semble si grave en ce dernier lieu – en ces terres de pauvre répit. A s’attarder (encore un peu) pour vérifier – de nos propres yeux – ce que l’âme avait deviné depuis si longtemps…

 

 

A s’enfoncer dans le doute – dans l’indécision et les conjectures. A gravir la pente, les pierres et les éboulis sur lesquels aucune trace ne peut subsister…

Ivre – agissant et achevé. Et cette zone à franchir où l’herbe et le ciel ne forment plus qu’une seule terre à arpenter – et où l’âme est la seule lumière pour échapper à la nuit…

 

 

A rire – si incertain – sur le sable où les visages se sont réunis pour oublier la mort – et résister à la solitude et à l’ennui…

 

 

Tant de chemins dont la fin – toujours – fait franchir le même abîme – pour découvrir – au-dedans – le seul lieu possible – le seul lieu habitable. Ce qui demeure – une fois percées l’illusion et toutes les chimères du voyage…

 

 

Pierres, rives et distance. Et le même élan – et la même hâte – à tout franchir pour rejoindre l’origine du monde et de la multitude – la source de tous les visages et de tous les destins – cette aire – si précieuse – où jaillit tout ce qui vibre et respire…

 

 

Fêtes journalières où la beauté est invitée – et où la liberté délivre nos mains ligotées – et nos âmes emmaillotées dans les jeux et la terreur…

Fêtes et adieux – fêtes et abandons. Ce qui s’entrouvre au-delà des limites humaines. Ce qui grandit quel que soit l’âge. A moitié enseveli encore sous les rêves. Tout ce qui résiste – tout ce qui s’acharne et s’obstine – malgré – partout – la prépondérance du sommeil…

 

 

Des cercles, des yeux, des ailes. A califourchon sur l’ivresse des vivants. Et la main haut – déjà – à la limite du ciel qui traverse le gué où les Autres s’attardent, sans doute, trop longtemps…

 

 

A veiller sans raison comme d’autres s’assoupissent en attendant la mort – les doigts et l’âme – nus – tendus vers le silence comme d’autres se recroquevillent sur les mille petits trésors volés au monde et à la terre…

 

 

A voir le jour là où la nuit est, peut-être, la plus profonde…

 

 

A graver, chaque jour, quelques signes dans la poussière pour inviter les pas à franchir le rêve où le monde est endormi…

 

 

Des pas, des pages et des chemins. Un peu de silence – un peu de jour et de lumière – pour ne pas (trop) désespérer de l’homme…

 

 

A contre-courant du mensonge – là où l’illusion n’est plus possible – ni vivable, ni recevable – sur cette rive que si peu parviennent à atteindre – faute de nécessité…

 

 

A vivre – et à rire – comme si la mort n’existait pas – comme si le questionnement et la gravité étaient réservés aux mal-lotis – aux âmes en déroute privées de circonstances heureuses…

 

 

Des êtres et des choses. Tout un monde de visages et de façades encerclés par les murs façonnés par le regard – prisonnier, lui-même, de son propre labyrinthe. A choisir le rêve, l’espoir, la magie et la prière pour trouver une issue au milieu de la chair, des ruines et des hostilités…

 

 

Une danse au milieu des étoiles pour rappeler à la lumière que nous avons besoin d’elle pour la rejoindre…

 

 

Ne pas imiter – respirer de son souffle singulier – en toute chose – à travers nos gestes – à travers notre parole – être celui que tout nous destine à être. Ni plus, ni moins qu’un autre – mais si juste – et toujours plus juste, en vérité – pourvu qu’on lui laisse assez d’air – et la liberté nécessaire – pour être (pleinement) lui-même face au monde, aux visages et aux circonstances…

 

 

Entre l’oubli et la métamorphose – au milieu de la poussière – cet enchaînement de gestes soumis au désir et à l’ambition. Insensibles au silence – insensibles au soleil. A l’égal de ces armées de visages sans âme qui marchent – impitoyablement – sur le monde…

 

 

Squelette déjà sous la peau bientôt pourrissante – aux gestes insensés – aux paroles inutiles – à l’attention restreinte – comme amputé par la faim – par cette avidité du vivant soumis à la chair – et presque entièrement orienté vers son assouvissement. Comme un monstre affamé – à l’insatiable appétit – mutilé et se mutilant sans cesse pour rassasier ses instincts de bête…

 

 

A passer la tête – le bras – toute son existence – dans le même trou. A tourner en rond dans la même anfractuosité par crainte de percer les murs – et de pousser l’investigation au-delà des limites et des interdits érigés par le monde…

 

 

Attente encore – attente toujours – comme si le temps avait vocation à nous libérer – et à nous aider à résoudre le mystère…

 

 

On écrit aisément dans la démesure – la parole (tout entière) vouée à l’illimité. A l’inverse de notre vie apparente – de notre espace quotidien et de nos gestes d’habitude – coincés, en quelque sorte, dans l’exiguïté et la récurrence…

Mais à y regarder de plus près, l’existence et l’écriture se ressemblent – et se rassemblent même – au cœur de ce feu et de ce silence – immenses – imperceptibles – incompris par la (très) grande majorité des yeux…

La page est l’espace où tout s’ouvre – à l’égal du silence dans notre vie – cette aire infinie où réside l’esprit en toutes circonstances…

 

 

Sans attente – sans servitude – et sans autre utilité que celle qui s’offre discrètement – circonstanciellement – presque en catimini – lorsque le regard et les gestes deviennent nécessaires à la survie de l’Autre – à la survie du monde…

 

 

Dans la rareté des rencontres – notre tête se redresse – s’embrase – s’affaisse – consent – malgré nos mains résolument instinctives – mêlées encore au sang, aux combats et aux épreuves – et malgré cet entrelacement du ciel et du feu au fond de notre âme – presque entièrement – consentante…

 

 

Ni fil, ni pont. La même rive où tombe la neige – où s’effacent les pas et les traces – et où l’encre n’est qu’une manière d’écarter – provisoirement – le temps et la mort – toute forme de menace…

 

 

Aucun artifice – aucune échappatoire possible – avec la vie – avec la mort – lorsque nous leur faisons face – avec honnêteté…

 

 

Tout change – les visages et les couleurs passent et se fanent. Et sous les traits demeurent la même espérance et la même âme apeurée…

Ni valise, ni récit. Le même voyage – presque toujours – initiatique…

 

 

A faire glisser mille mots sur la vie – sur le monde – et dans la tête des hommes peut-être – comme si le silence pouvait nous être ôté – comme si le silence ne pouvait tout résoudre – comme si le sentiment de complétude était perfectible…

 

 

Au bord du vide – au bord du blanc – toujours…

Un œil – seul – au milieu de la neige…

Si distrait devant ce qui bouge – devant ce qui respire – comme si nous étions encore amputés de l’essentiel…

 

 

Ni pose, ni présage. Pas même un récit. Le plus nu. Et le plus essentiel. Le mystère et la fulgurance de ce qui se découvre et se révèle…

 

 

Apparitions – incomplètes – imparfaites – croient-elles. A devenir – presque toujours – ce qu’offre (si chichement) le futur. Les années comme un passage où, un jour, tout s’arrête – où, un jour, tout prend fin au cœur de l’impasse. Un vol, un trait – mille traits – et une jonction pour imaginer possible l’extraction du trou. De l’ardeur et de la fureur – et toujours – ici et là – le déclin – l’état nécessaire au franchissement des frontières – au franchissement du limité. L’œuvre de l’Amour et de l’écartèlement qui s’achève avec les deux poings liés sur ce qui s’ouvre et s’efface. Et le silence à portée d’âme…

Et un jour – cette mince couche de neige qui recouvre le monde et les yeux…

 

 

On avance en dépit de tout ce qui s’annonce – en dépit de la boue – fermement attiré par ce bleu solitaire au centre de la violence – espérant toujours moins des mains et de la chance que du jour et du silence…

 

 

Attente et fatigue – et tout ce sable dans la main – et au fond de l’âme – dont il faut se défaire. Seau, pelle et doigts convoyeurs d’un autre âge – d’un autre temps – où l’immensité n’avait de rivale…

 

 

Tout s’empare, se défait et s’efface. Avec le rire et la joie rassemblés en ce lieu sans appui – sans dérive – où rien ne peut s’inventer – ni même jaillir – sans le consentement (total) du silence…

 

 

Il y a toujours une route plus proche ou plus éloignée que la nôtre qui mène vers ce lieu – quelque part – où l’indifférence et l’aveuglement sont sublimés pour un monde moins mensonger – et pour une fraternité plus vivante…

 

 

Tout est moite – et prêt à l’étreinte – jusqu’à la main du silence…

 

 

Au seuil du jour – le même appel et la même torture. Cette hésitation (permanente) entre le passé – cette forme de détention (douloureuse certes mais familière) – et l’incertitude et l’inconnu – les dimensions, sans doute, les plus effrayantes de notre existence

 

 

Un horizon replié entre le feu et l’infini. La démesure des vagues et l’étroitesse des destins qui filent à toute allure sur leur chemin de pierre – fragiles – si précaires – si dérisoires face à la puissance de la mort – face à l’envergure du monde et du silence…

 

 

Nu – à présent – comme l’était le corps à la naissance – et comme le sera l’âme à l’instant de la mort…

 

 

Des fragments de vies, de mains et de visages. L’être – dépossédé – dispersé en mille éclats – comme le regard, le rire et le langage – sur cette terre où tout se dissimule (et se dérobe) sous le noir et la confusion…

 

 

Tout – sans cesse – est remplacé. Et le jour viendra où nous serons nus – sans yeux – sans appui – sans témoin – au cœur de ce qui ne peut se substituer…

 

 

Un exil – certes – un exil peut-être – mais peuplé de livres, de bêtes, d’Amour et de silence. Et habité – comme il se doit – loin des foules, de l’ignorance et de l’hypocrisie. Laissant – toujours – l’ardeur des pas et de la parole s’exalter hors du mensonge…

 

 

A guetter – sans impatience – ce qui vient comme les larmes des hommes cernés par la misère et la multitude…

 

 

En définitive, rien n’est nécessaire dans ce grand cirque – dans ce fatras – au milieu de cet amas de chair et de paroles – excepté, peut-être, notre façon de nous y tenir ; présence – présence encore – présence toujours – partout – là où règnent le silence et les élans…

 

 

Tout – sans cesse – se balance au milieu de tout – au milieu de n’importe quoi. Et, au fil du temps, tout se cabre – s’étire – s’étend et s’efface à mesure des pas. Et ne restera bientôt que cet œil obstiné qu’il (nous) faudra transformer en perchoir – au-dessus des routes et des voyages – au-dessus des têtes et des déséquilibres apparents…

 

 

A vouer au sang et aux semences un culte millénaire – un culte imbécile – un culte inutile sauf pour survivre misérablement – sans se demander – jamais – où se dissimulent la vraie vie et l’esprit véritable – doués d’une ardeur et d’un silence incorruptibles – capables (simultanément) de célébrer et d’anéantir tout ce qui se fait, si naturellement, partiel, incomplet et provisoire…

 

 

Prison en tête – cette traversée triste des hémisphères – à se heurter – partout – aux vents comme si l’aube pouvait s’offrir à nos efforts et à nos résistances…

 

 

Le plus inassouvi de l’hiver. Ce qui reste là – sans bruit – au-dedans – comme une attente inexprimée – un repos – un retrait qui pourrait passer pour une somnolence mais qui est, en vérité, une attention assidue à tout ce qui respire et fleurit…

 

 

A trop vouloir dire, on en oublie la vie – et on en oublie l’être – ce qui compte infiniment plus que le langage, l’écriture et le poème…

 

 

Rien ne s’écarte véritablement. Tout nous revient – simplement – moins tremblant et plus assagi…

 

 

Un jour – peut-être – serons-nous cette lumière – écrite en lettres capitales – sur les vieux murs de l’âme. Le silence parfait au milieu du monde…

 

 

Tout ce qui nous arrive n’est que le signe des Dieux – de leur volonté posée entre le destin et l’imaginaire. Cette fureur insensée qui agrandit l’ombre autant que l’ouverture possible. L’inauguration du voyage. Les premiers pas, en quelque sorte, vers cet espace hors du monde et du temps – affranchi de toute splendeur et tout déclin – dont nos âmes sont les malhabiles balbutiements…

 

 

Tout a l’allure du passage. Entre soif et désarroi…

 

 

Cœur assoupi et âme sauvage que les miroirs encerclent et que l’indifférence écorche – pour révéler, au fond des blessures, l’Amour que rien ni personne ne peut entacher…

 

 

Ecriture de solitaire – qui prend sa source sous la surface du monde – au fond de l’âme peut-être – et qui cherche la lumière – la clarté qui illuminera les lignes, le monde et les visages…

 

 

Tout demeure – et reste indemne – la rive passée ; le souffle – la soif – l’âme blessée – la main des Autres – la solitude ; mais le désir et la mémoire se sont effacés – comme s’ils avaient perdu leur force et leur emprise. Ne reste plus que ce regard accompli par l’Amour – empli de joie et d’innocence…

 

 

Ce qui ronge au-dedans – comme une aire dévastée par le feu. Ce qui (nous) hante bien davantage que le monde et le temps – la présence, en nous, de l’invisible…

 

 

A trop devenir, on en oublie le silence et la cendre qui ont, peu à peu, recouvert le monde, les vivants et les restes des morts que nous avons enterrés. Les mains pleines de rêves – et l’âme encore si pleine d’espoir de retrouver les visages disparus – et cette contrée si libre – hors de toute convention – sous la langue – et cet Amour qui danse, en secret, dans tous nos pas fébriles…

 

 

Convoqué(s) par le monde sur ce rivage où le sommeil et la nuit seront – à jamais – les seuls hôtes – et les seuls invités. Bout(s) d’eux-mêmes – fragment(s) de cette obscurité – partout – prépondérante et triomphale…

 

 

L’intime vécu transposé, peu à peu, en expérience universelle. En lignes denses – nerveuses – chargées de matière et de silence – comme un cri tantôt de joie, tantôt de révolte contre ce qui nous a ensemencés – presque aveuglément – dans le noir…

Leurre et ligne de fuite pour qu’éclate, un jour, le dénuement le plus complet…