28 octobre 2018

Carnet n°167 Alternance et continuité - entre l’homme et le silence

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Poursuivre sa route jusqu’à ce que la mendicité et les prières nous quittent – jusqu’à ce que les Dieux nous abandonnent. Avancer jusqu’à ce que tout se referme – et que la nuit – soudain – se transforme…

Ne rien choisir. Ne rien décider. Aimer et accueillir ce qui vient – ce qui s’avance – tout ce qui frappe à notre porte…

 

 

A servir de seuil – de passage peut-être – à la verticale des dérives. Main tendue – solitaire – initiée par le regard – à distance du temps, des tentatives et des exercices vains de la mémoire…

 

 

Tout s’est effacé – fouille et chemin disparus. Regard et solitude praticables sans l’aide de quiconque. Comme un phare discret – invisible – anonyme – au milieu des vents qui continuent de faire tournoyer le monde et les âmes. Bouche au sec – à l’abri sur la page – pour décrire les mille aventures – les mille errances – les mille impasses – nécessaires à la cessation du voyage…

 

 

Le visage face au monde – et le poème jeté haut – par-dessus – pour apprendre à aimer la solitude et l’hiver – et tous les vents qui déferlent sur la terre – sur les bêtes et les hommes sans idéaux

A se demander encore ce qu’est la vie – et à qui sont destinées ces pages…

 

 

Dans l’anxiété de la langue, cette ressemblance avec le destin – ce qui court – ce qui part – ce qui reste. Et la soif inassouvie – et la fin jamais trouvée. A mendier au ciel ce qui se refuse à la main et à l’espoir…

 

 

Le temps – coûte que coûte – comme une rumeur presque indomptable – comme un passage creusé à même l’âme et la chair – censé nous mener jusqu’à la rive où les difficultés, les questions et les énigmes – et le mystère même peut-être – pourraient rencontrer leur résolution. Une chimère de plus, sans doute, pour tenter de naviguer entre les épaves du vivre et les hauts-fonds du monde…

L’espérance d’une passerelle qui, un jour, bien sûr, s’effondrera – comme tout le reste…

 

 

Tout s’use – et par-delà les contraires, les Dieux et les rêves s’invitent pour rendre la vie plus belle – et les fêtes (un peu) moins tristes…

 

 

Des nuits entières à s’exercer à l’attente et à la folie pour donner aux jours une allure moins terne – et aimer la chair, la solitude et l’inconnu. Et la marche triste des rêves qui – partout – s’introduisent avec constance…

 

 

A vivre pour rien – et à écrire (et à espérer) pour moins encore peut-être…

Comme une danse inutile parmi les vivants. Comme une manière – si peu coutumière – de transformer l’ardeur et la colère en exigences – en conditions propices au jaillissement de l’Amour…

Quelque chose, en somme, qui ressemblerait à un possible…

 

 

A nous serrer tous ensemble – les uns contre les autres – comme si la solitude n’existait pas. A mettre le nez dans les choses comme si le monde était une galerie marchande – un musée – un ensemble de collections (à s’approprier). A vivre pour durer – durer encore un peu – comme si le temps pouvait nous aider à apprivoiser l’idée (et l’imminence) de la mort. Et à mourir sans rien laisser en héritage sinon cette ignorance – et cette inclination à inscrire sa vie dans l’illusion et l’aveuglement…

 

 

Tout sera perdu à la fin ; les chemins, les choses, les visages, les prières. Tout ce que nous aurons accumulé en vain. Il serait plus sage de vivre aujourd’hui – maintenant – avant l’obsolescence du monde et des âmes qui viendra suffisamment tôt – dès que l’esprit – trop angoissé par l’incertitude du lendemain – substituera la durée à l’instant…

 

 

La nudité, l’innocence et l’infini n’ont rien à défendre – ni rien à demander. Ils s’offrent – simplement – à ceux qui ont quitté toute forme de croyance et d’exigence…

 

 

Regarder Dieu dans les yeux et toutes les faces noires qui nous toisent sans mesure – sans Amour – comme si nous étions un bout de chair à éliminer ou à dévorer…

 

 

Inutiles toutes les tentatives pour occuper les mains et l’esprit – et oublier la mort. C’est à l’âme qu’il faut se soumettre pour lui laisser l’envergure d’être et la possibilité d’agir conformément au silence et aux circonstances…

 

 

La réalité – avant d’être métaphysique – est intensément physique – corporelle – infiniment sensorielle – presque sensuelle. Mais l’esprit – dans son ignorance – prend (et fait) les choses à l’envers ; il élabore, conjecture et analyse au lieu de sentir – au lieu de laisser l’âme et l’intuition le guider vers ce que nous portons (tous) comme un secret ; l’invisible et le silence – l’infini et l’éternité…

 

 

Dans l’intimité des êtres et des choses – sans plus se soucier ni des apparences, ni des conquêtes. Au plus près du regard et de l’invisible qui habitent l’âme et le monde…

 

 

Suspendu(s) – depuis toujours – au milieu du monde et du temps – à cet espace que nous prenons tantôt pour le vide, tantôt pour le ciel. Au cœur même de l’être (et de l’âme) – entre la lumière et les murs érigés par les hommes. Sans mot dire. Sans la nécessité de la parole et de la persuasion. A contempler simplement – à contempler sereinement – ce qui parade et s’efface dans la crainte…

 

 

Et le monde tout emmêlé devant nos yeux et sous nos paupières – comme si les Dieux nous avaient offert un signe – la preuve que nous sommes – et regardons à la fois – cet étrange mélange plongé tantôt dans la joie et la lumière, tantôt dans l’ignorance et la misère – au gré des naissances et des fenêtres qui s’ouvrent et se referment…

 

 

Passager(s) aux mille rêves – aux mains jointes en prière pour réclamer protection et abondance alors qu’il suffirait de dénuder l’œil et la main pour offrir à l’âme le sentiment de complétude qu’elle espère depuis si longtemps…

 

 

A s’interroger sans cesse au lieu de s’émouvoir. A vouloir comprendre alors qu’il suffirait de regarder et de ressentir…

 

 

Vivre n’a, pour nous, d’autre dessein que le regard et le silence – l’acquiescement à ce qui arrive – et une main secourable – prête à aider ce qui lance vers nous des yeux implorants et désespérés…

 

 

Vivre à côté de soi – à espérer que rien ne nous blesse – à courir partout – et à chercher plus encore une issue – dans la poussière de notre chambre. Est-ce donc cela l’existence de l’homme…

 

 

Sans un mot – mais le regard clair, l’esprit attentif et la main fraternelle – toujours prêts à accompagner ce qui nécessite – provisoirement – soutien et assistance…

 

 

La nudité à l’intérieur de la tête – jusqu’au fond de l’âme – indemne – intacte. Dans le silence et la blancheur de l’espace qui acquiesce et ouvre les bras à ceux qui rêvent d’échapper – non sans peine – non sans effort – au sommeil…

 

 

Du silence – partout – comme l’écrin qui accueille tous les bruits

 

 

Courbe – humble – ensemencé – à présent – moins dispersé qu’autrefois lorsque la faim nous morcelait. Oubliée aussi cette douleur de la jeunesse lorsque les lendemains n’étaient bâtis qu’à force d’espérance…

 

 

Nuit fracassée – mer d’étoiles désinvoltes – étendues sur l’immensité – cet espace sans appétit à l’âme tendre et aux mains ouvertes…

 

 

Empalés les danses et les fronts bondissants – les rêves et les ritournelles – pour laisser la place aux déchirures et au silence qui s’infiltre entre les ombres…

 

 

Ni jeu, ni chant. Une flèche dans l’air vicié du monde. Une étape vers la plénitude. Une résonance au fond de l’âme. Ainsi s’enfante et s’expose le poème…

De l’honnêteté et de l’humilité. Ainsi s’arrachent les masques sur le visage – et le nom collé sur la couverture des livres…

 

 

D’âme en âme – sans l’intermédiaire des marchands du langage. De crépuscules en portes – de fenêtres en aubes sans tristesse. Du noir qui s’entrouvre pour laisser passer un peu de lumière à la raison la moins folle qui offre son éclairage et son silence à l’horizon, à l’infini – à tout ce qui angoisse et agonise la main tendue vers le ciel et la liberté…

 

 

Prières et neige soumises au même chemin. Etincelantes dans notre nuit et nos existences fantomatiques. Comme un ruban de soie et de lumière sur nos rives si primitives – et nos âmes si grossières…

 

 

Entre le pardon et la révolte – la liberté et la parole du poète – celui qui résiste avec sa voix et son âme aux abominations du monde. Le cœur rouge – le cœur intact – le cœur vivant – contre la violence et la barbarie – contre l’indifférence et l’impunité des assassins

 

 

Une question – en soi – devant soi – partout où l’âme regarde et s’interroge…

 

 

Une humanité près de soi – prête à conquérir et à meurtrir le monde pour quelques grammes d’or…

Poussière vive – vigoureuse – détachée de toute réalité – insensible à toute fraternité – vouée seulement à la fureur et à l’assouvissement de sa faim…

 

 

En rang – en file indienne – partout – ces visages sans âme – alignés en bataillons – qui marchent d’un même pas sur la terre – bien décidés à tout massacrer – à tout conquérir – à tout réquisitionner – pour satisfaire leur appétit et leurs ambitions – et faire valoir ce qu’ils imaginent être les privilèges de leur naissance…

Vains triomphes, orgueil et ignorance. Existences sans respect – sans tendresse – sans égard – livrées aux instincts et à l’inconscience – à l’aveuglement et à l’abomination…

 

 

Au monde qui persécute ceux qui vivent à la marge – les sans-voix – les sans-langage – les sans-résistance – et dont l’existence et les agissements sont – presque toujours – condamnés, j’offre ce qui, en nous, pourrait éveiller – et exalter – nos vieux restes d’humanité

 

 

Le chemin – parfois – nous mène là où tout est ouvert – dans ce fond d’humanité éventré – lacéré par tant d’horreurs et d’indifférence – en cet espace où la vie ressemble à la candeur de l’enfance – aux premiers jours du printemps…

 

 

Des yeux – à peine un visage – une vague silhouette dont l’âme n’a jamais su frémir au passage du jour…

Comme une sentinelle – un éclaireur parfois – posté(e) à peine plus loin que le bout de son nez – bien en deçà de l’infini – pas même à l’avant-garde de sa plus apparente identité

 

 

A trop vivre, on en oublie ce qui nous fit naître – ce qui nous donna le goût de vivre et d’aimer – et ce carrefour en soi – immense – invisible – au centre de toutes les routes…

 

 

A exalter toutes les blessures sans jamais y poser un œil – sans jamais y poser un peu d’âme ; dur(s) – intransigeant(s) – voué(s) seulement à l’expérience du manque et de la torture. Insensible(s) aux plaintes, aux courbes et aux gémissements – et à l’infime variation des habitudes dans le jour naissant…

 

 

Née du silence et du poème – cette parole inentendue…

 

 

Mille usages du monde sans jamais offrir ses mains aux nécessités du vivant – ni son âme aux exigences du silence et de la beauté…

Une manière triviale, en somme, de se tenir entre l’eau et le sable pour étancher sa soif et répondre à ses (misérables) ambitions de bâtisseur…

 

 

Des vibrations, une course – quelque chose qui s’avance pour traverser l’espoir et les malheurs – et répondre à cette irrésistible attirance pour le bleu, le silence et ce feu – si intense – au fond de l’âme…

 

 

D’âme et de pierres – cette chair haletante – vivante – toujours – dans l’ombre du silence…

 

 

Verticale révélée à l’ultime instant de l’attente – lorsque les rêves quittent l’âme et la main obéissante – lorsque l’abandon peut enfin célébrer l’abondance, la perte et l’impossible…

 

 

Poursuivre sa route jusqu’à ce que la mendicité et les prières nous quittent – jusqu’à ce que les Dieux nous abandonnent. Avancer jusqu’à ce que tout se referme – et que la nuit – soudain – se transforme…

Ne rien choisir. Ne rien décider. Aimer et accueillir ce qui vient – ce qui s’avance – tout ce qui frappe à notre porte…

 

 

Presque mort – avant l’apocalypse – à demi effacé déjà – voilà, peut-être, ce qui pourra nous sauver lorsque sonnera l’heure de la fin du monde…

 

 

Aux quatre coins de la nuit, n’entendez-vous donc pas la marche folle – lourde – effroyable – des hommes qui précipitent le monde vers le centre de l’obscurité…

A demander aux ténèbres un soleil qu’elles ne peuvent offrir. A rêver encore – à rêver toujours – comme si les rêves suffisaient à vivre – et à dormir – sans inquiétude. A désirer tout ce qui brille – tout ce qui a l’éclat de l’or et de la puissance. A s’assoupir au milieu du gué comme si le sommeil était un chemin de délivrance. A attendre (en vain) une lumière qui pourrait ne jamais venir…

 

 

A contempler – en silence – tous ces Sisyphe heureux de rejoindre leur destination – boule de glaise entre les mains – montant et descendant sans cesse – entre rêve et réalité – entre peine et espoir d’arriver, un jour, au lieu final…

 

 

Tout devient cru – à vif – après la métamorphose. Tout se transforme ; le vent, les danses, l’arche et le sommeil. Tout prend des airs d’aube grincheuse et mal réveillée. Tout s’étend et se déverse ; les sources, les rêves et les chagrins. Et le secret se retourne comme s’il nous fallait tout recommencer…

Le sommeil revient comme si nous n’avions rien vécu – jamais franchi le moindre passage. Comme un pays natal où s’achèveraient tous les voyages. Le retour en ce lieu où tout a commencé. Le sable et les funérailles permanentes – et l’opacité du mystère qui semble vouloir conserver son secret…

Mort et feu invisible. Âme et fables en pagaille. Visage en fuite – toujours en errance. Comme une présence hantée par le souvenir qui endosse le rôle de gardien du temple – et qui confine tout franchissement à une veille interminable. Comme s’il nous fallait encore danser et nous faufiler entre l’ombre et l’aube irréprochable…

 

 

On salue le jour – les mains dans les poches – comme si le silence s’avançait – intrépide – sans concession – pour célébrer les restes du monde – le visage encore baigné de larmes et de lumière – et la tête rehaussée pour prédire ce qui – sans doute – n’arrivera jamais…

 

 

Il n’y aura – bientôt – plus de récoltes – ni de saisons heureuses. Il n’y aura plus que la boue et la nuit – et ce sourire léger – presque enfantin – offert aux joues appuyées contre la vitre – à tous ces visages qui attendent – impatients – frémissants – et le sang déjà trempé dans la mort – les premiers signes de l’aube…

 

 

Le froid à notre porte – comme cet enfant abandonné de l’autre côté du monde. L’épée dans son fourreau – et l’écho si lointain du jour qui vint, un soir, frapper de son sceau notre âme nue et implorante…

 

 

Tout est verrouillé – à présent – et le sommeil est devenu trop lourd. Nous ne reviendrons pas en ces lieux où tout s’est abrité derrière le rêve et le mensonge. Le monde n’a su se réinventer ni à travers les livres, ni à travers les peines. Tout a glissé sans que rien ne mûrisse. Et la fin – et la mort – sont déjà là – prêtes à avaler les cris et les restes des survivants soumis au naufrage et à l’angoisse…

 

 

L’inquiétude et la solitude frapperont toujours à notre porte – comme la joie dans notre âme – et sur nos pages – essaiera toujours d’encourager les visages et les destins à se dévêtir – à se dépouiller jusqu’au plus complet dénuement…

 

 

Tout est centre ; sinon nous ne pourrions deviner – ni découvrir – le silence et le secret du passage – dissimulés partout où les cœurs s’invitent – s’enlacent et tournoient – trop rapidement…

 

 

Entre le tumulte et la mort – l’innocence et la solitude marchent côte à côte – main dans la main – au recommencement de tous les chemins…

 

 

Vivre l’innocence et la solitude au milieu du monde et des visages. Vivre la beauté et le silence au milieu de la laideur et du tumulte – le regard – quelque part – en retrait – en surplomb de cette terre sauvage et surpeuplée…

 

 

Il y a une grande innocence au cœur du secret – où ni la nuit, ni la terre ne sont tenues pour responsables de l’ignorance et de la barbarie – où tout est calme, silence et solitude – où la vie et la joie n’ont davantage de valeur que la mort et la tristesse – où tout est – et s’habite – à sa juste mesure

 

 

De rares baisers – une solitude (un peu) sauvage. La nuit effacée derrière les cils humbles et baissés. Ni piège, ni épreuve, ni récompense. Ni monde, ni folie. Le regard acquiesçant – hautement compréhensif (sans doute) – et les gestes (presque toujours) justes…

 

 

Ni monde, ni vent, ni visage. Un peu de lumière sur ces pierres où l’âme s’est réfugiée. Une forêt, une rivière. Quelques bêtes en guise d’amis. Le silence. Et des milliers de pages à écrire…

 

 

Soif éteinte – et le jour étalé – à présent – de tout son long – dans les yeux qui, à l’approche du silence, sont devenus plus ouverts – moins singuliers…

Sourire aux lèvres – à l’abri du tumulte et des regards – à jouir d’un ciel descendu dans l’âme et sur la page. Seul au milieu d’une lumière dessinée à la craie par la main des Dieux…

 

 

D’un jour à l’autre – et pas davantage. A vivre la source comme si elle était le seul lieu réel – le seul lieu vivant – le seul lieu (réellement) habitable…

 

 

Entre ciel et perte – l’enfance éternelle – à vivre sur ces pierres où persiste toute l’ardeur des vents…

 

 

Entre neige et livres – chiens et collines – là où chantent les oiseaux et l’eau des rivières – là où brillent les pierres et le silence – en cet espace où tout jouit du jour malgré la nuit ancienne – malgré la nuit alentour…

 

 

Simple – profond – sans vertu particulière. Intime – seulement – du silence et de l’Amour. Proche du secret et du vertige. Loin de l’ivresse et du mensonge. En ce lieu imprécis où les Dieux somment les poètes de décrire le réel et la vérité pour inviter les yeux et les âmes à franchir toutes les frontières – et à percer l’illusion du monde…

Ni propagandiste, ni passeur de rêve. Et moins encore idéologue. Voix et regard. Mains ouvertes et âme sans certitude. A peine un visage – avec, peut-être, un peu moins de masques et de secrets – et un peu plus de sensibilité – que les Autres…

 

 

Tout nous porte – non vers le ciel mais vers ce trou – au fond – au plus bas – qui s’ouvre sur la lumière du dedans – dont la clarté rappelle étrangement celle du soleil entouré par le noir du cosmos…

 

 

Terre et ciel d’une seule parole – d’un même silence – convertis – provisoirement – en mots – en ondes discrètes et lumineuses…

 

 

Intacts – l’orgueil et l’âpreté du monde comme l’innocence et la soumission de l’âme – parmi les foules et les profondeurs obscures…

Et ces lignes arrachées à l’oubli pour déjouer la colère et franchir les mille frontières qu’il (nous) faut traverser pour vivre au-delà de la honte – au-delà de la rage – au-delà de la peur – au-delà des mille limitations terrestres et humaines…

 

 

A ouvrir les paupières sur ce que les Autres enterrent. A délaisser ce que les Autres amassent. A célébrer ce que les Autres méprisent. A vivre – l’âme solitaire – dans la pauvreté et l’innocence sans prière…

 

 

On se recueille – une main sur le livre (une main sur la page) – et l’autre à demi ouverte sur le monde – (presque) entièrement attentive aux âmes, aux visages et aux chemins…

 

 

Tout naît d’un ailleurs, en soi, retrouvé – dans cette manière d’être au monde – hors du temps et du mensonge. L’âme étrangère au jour et à la nuit – l’âme familière de tous les visages et de tous les langages…

 

 

Tout s’interdit – et se dessèche – à ne plus être soi-même – le mensonge auréolé d’une gloire impossible…

Et quel désastre pour l’âme – pour l’homme et le monde – que tous ces masques trompeurs qui limitent – presque toujours – le destin et l’envergure…

 

 

Des chemins de méfiance et de plainte où la perte n’est qu’une sève déficiente – lacunaire – à récupérer – ou à régénérer – pour accroître ses forces – et tenter de vaincre le monde, le temps et la mort…

 

 

Dire – dire encore – dire toujours – avec l’impossible collé derrière les lèvres et l’ardeur de l’âme à vouloir témoigner. Pris en tenaille, en quelque sorte, entre deux utopies ; le silence et l’exhaustivité…

 

 

Cime de lumière et de neige – si majestueuse – si inaccessible – depuis ces rives où le regard est obscurci – et où les foulées s’exercent dans la crasse et la boue – presque toujours – infranchissables…

 

 

Debout – l’âme silencieuse – presque en prière – dissimulé derrière les monstres du monde et du dedans. Maintenu vivant par ce feu sans demande et cet espace mystérieux qui donnent aux gestes et au langage une justesse – une ardeur – et un goût de ciel infini…

 

 

Seul(s) – dans cette chambre – où nous avons vu éclore mille printemps. Tempe contre la fenêtre à espérer l’émergence de l’Amour et de l’innocence dans ce monde de chasseurs et de mendiants…

 

 

A franchir mille frontières dessinées sur le sable entre les rêves et la promesse de tous les Dieux. Souffrance écarlate. Veines gonflées par l’ardeur et la tentation du secret. Visage penché sur les liens et l’espace commun – invisibles par les yeux crédules et les âmes ordinaires…

A s’effacer sans vraiment respecter la primauté de l’Amour, ni les étapes (supposées) de la sagesse…

A pencher vers le rien plutôt que vers le tout. A fréquenter la folie et la solitude plutôt que la somnolence des foules et les figures provisoirement rassurées. A côtoyer l’obscur et le plus humble plutôt que les faux soleils du monde…

A vivre entre l’homme, Dieu et la pierre – entre l’herbe, les bêtes et le silence – sans rien imaginer – ni le pire, ni le meilleur – ni même autre chose que ce qui est donné à voir (et à découvrir). Regard tourné ni vers l’ailleurs, ni vers une quelconque étoile. Et la chevelure (presque) toujours sereine malgré la persistance des vents, des périls et des rencontres…

 

 

Une lueur de lune – mal accrochée au ciel. Un climat erratique qui souffle tantôt le chaud, tantôt le froid – à l’image, peut-être, de l’homme qui cherche l’Amour hors de lui-même – parfois découragé, parfois exalté – au seuil toujours du plus scandaleux à vivre

 

 

Celui qui vit le poème – celui qui œuvre en poésie – ne peut séparer la main de l’âme – ni la page des lois du monde. Il doit être tout entier dans ses lignes et son existence. Et familier – toujours – du plus grand silence…

 

 

Ni pente, ni sommet. Le chemin le plus ordinaire – le plus quotidien…

 

 

Inutile d’exalter l’ailleurs – la beauté – la mémoire. Inutile d’arpenter les terres de l’étrangeté. Inutile de se plier aux exigences des foules. Il suffit – simplement – d’être fidèle à ce qui nous porte et nous soulève…

 

 

Monstre asphyxiant – de la même matière que les étoiles – le souffle et l’allant peut-être un peu plus courts – à assouvir sa faim – à défendre son règne – comme tous les corps dénués des vertus de l’époque première – lorsque le silence était la seule loi – et le seul matériau – du monde…

 

 

Ce qui mène vers l’inconnu – l’impossible selon la raison. Et qui constitue, pourtant, ce que nous sommes – fondamentalement – une fois la chair et l’identité mêlées au ciel et au reste du monde – une fois le secret révélé à nos yeux trop timides – trop crédules – trop férus de savoirs – pour faire confiance à l’âme et aux intuitions…

 

 

Solitude encore – solitude toujours – face au monde et aux visages – face à la vie qui, en nous, peu à peu, se retire – et face à la mort à l’affût qui guette sous la chair…

 

 

Nous renaîtrons peut-être – à parts égales – entre le ciel et une autre terre – l’âme encore trop faible – et trop indécise – pour vivre sans espoir – pour vivre sans horizon…

 

 

Tout nous traverse – le sang, l’ardeur, les ancêtres – les luttes, les désirs, la mémoire – et l’avenir peut-être – éveillant à leur passage l’angoisse première – la peur la plus primitive…

Bout de chair fragile – morceau de monde soufflé par la nécessité des vents – impuissant – à la dérive – au buste penché sur le sable – et à l’œil perdu au milieu des foules et de l’immensité – à s’interroger sans cesse face au désastre prévisible – face aux visages et à la violence qui suinte à travers tous les gestes – à travers tous les pas…

 

 

Craintif – craintif encore – craintif toujours – malgré l’invention du monde et du langage…

Seul – seul encore – seul toujours – malgré la foule et les civilisations successives…

Ecrasé par le temps et les tentatives. Animal mortel à l’identité multiple – mystérieuse – à la recherche de l’origine et de l’appartenance fondatrices…

 

 

Hors de soi – au cœur même de l’existence. Ce que ni le monde, ni la raison n’ont encore découvert. Cet espace hors du temps – au cœur du silence – où le souffle n’est que prétexte au recommencement – et condition de la récurrence…

 

 

A tâtons entre les lignes et la possibilité de vivre. Entre silence et instants décisifs. A narguer le monde et la mort en prononçant leur nom – et en pointant leurs limites et leurs frontières. Libre déjà – sans même le savoir. A vivre en dehors de tout – sans repère – sans certitude – à attendre que tout recommence – avec l’ardeur (presque) entièrement dévouée au silence et à la contemplation…

 

 

Comme un diable à la bouche ouverte – au regard vitreux – et aux mains viles – couleur de nuit – qui sème mille cailloux entre le désir et la peur pour nous retrouver – et nous accompagner sur tous les chemins que nous empruntons (presque à notre insu) pour défier le temps et la mort…

 

 

Nous vivons comme si nous avions l’âme ensorcelée – et les deux mains coupées – à survivre à même le monde – à s’essouffler à même l’effort – comme si tous les gestes étaient vains face au vide et à la puissance des rêves…

 

 

De la même matière que l’Amour – cette terre si instinctive. De la même matière que les blés – cette parole ardente – vaillante – qui exalte le silence et la défaite – et l’ordinaire quotidien face aux forces mercantiles. De la même matière que les rêves – cette âme insensée qui s’égare, si souvent, sur tous les chemins qui longent les gouffres et le ciel…

Identiques à nous-mêmes, en somme, tant que nous vivrons entre le vide et la mémoire…

 

 

Composés du monde, des Autres, du ciel et de la terre – et de cet Amour prêt à affronter l’absence et le sommeil – tous les aléas et toutes les aventures offertes à ceux qui errent au milieu de l’infortune – entre la peur et l’innocence…

 

 

Pages et lumière noircies par trop de paroles. Terres de poésie – insubordonnées au monde et à l’ordre établi – rétives aux temples et aux vérités trop dogmatiques – trop religieuses. Voix pure – originale – étrangère aux chapelles, aux apprentissages et aux doctrines du passé. Libre dans ses convictions et sa folie. Et universelle dans son message. Affranchie du sceau des Dieux et des hommes. Humble et sage, peut-être. Empruntée à nul autre. Rude et solitaire. Farouche et intensément sauvage. Fidèle, en somme, au ciel et au silence…

 

 

Ni chant, ni singerie – ce qui surgit naturellement de la réalité de vivre – dans la proximité de l’ignorance et de la peur – au milieu de l’indifférence et du sommeil. Debout – agenouillé parfois – devant l’imminence (permanente) de la mort et la sauvagerie originelle (et constitutive) du monde…

 

 

Ni victoire, ni sagesse. Le plus simple à vivre face à l’angoisse et à l’inconnu. Ce qui ne s’apprend ni dans les livres, ni sur les bancs des églises. Ce qui s’arrache à toute forme de promesse. Ce qui se révèle en vivant au cœur du monde – au plus près des visages – dans l’intimité des choses. Le silence découvert au fond de l’âme – et (presque) apprivoisé à présent…

 

 

Solitude – encore – dans le mouvement du vivre et l’apparente immobilité de la mort. L’infini rencontré au-delà des idées et des prières. Dieu, peut-être, nous attendant au bas de l’escalier. Avec mille débris du langage amassés – inutilement – sur les pages. Avec l’âme (toujours) tourmentée par les parures, les postures et tous les signes de la civilisation. Et le corps marqué dans sa chair – jusqu’au sang parfois. Et l’esprit à se demander encore ce que signifie être un homme en ce monde…

 

 

Ce qui nous pousse dans le monde d’abord, puis dans le retrait et l’attente – pour tenter d’apaiser la folle ardeur du sang et confirmer ce qu’avait déjà découvert l’âme dans ses multiples tâtonnements…

 

 

Un espace, un trou, des possibles. Mille voyages. Et un seul passage – toujours – et une seule frontière à franchir – pour retrouver le monde et l’état antérieurs à toutes les naissances…

 

 

Ni libre(s), ni emprisonné(s). Bourreau(x) et victime(s) de la même illusion où la certitude fait loi. Entre mort et recommencement. Au cœur – déjà – depuis toujours – du même silence que rien – jamais – ne pourra ternir…

Ni parti(s), ni arrivé(s) – présent(s) éternellement – et continuellement de passage…

 


16 octobre 2018

Carnet n°166 A regarder le monde

Paroles confluentes* / 2018 / L'intégration à la présence

* Fragments du dedans et du dehors – de l’homme et du silence – qui se combinent simultanément dans l’âme, sur le visage et la page…

Au bord du vide – au bord du blanc – toujours…

Un œil – seul – au milieu de la neige…

Si distrait devant ce qui bouge – devant ce qui respire – comme si nous étions encore amputés de l’essentiel…

Ni pose, ni présage. Pas même un récit. Le plus nu. Et le plus essentiel. Le mystère et la fulgurance de ce qui se découvre et se révèle…

 

 

Tout s’apprivoise – jusqu’à la violence des plus absents…

 

 

Et ce vieux rêve de verticalité qui nous fait croire que le monde vit à l’horizontale et tourne en rond dans la fosse aux lions en s’enfonçant, toujours plus profondément, dans le néant…

Suspendu aux mêmes chimères que les yeux des Autres – à imaginer, à espérer, à commenter…

Ignorant parmi les ignorants – voilà la vérité – réduit à se représenter et à conjecturer pour défier la peur et l’incertitude…

 

 

Fragments de presque rien – d’un peu de vie – d’un peu de monde – d’un peu de ciel. Et l’Absolu, sans cesse, broyé entre nos mains. Et cette tendresse blottie – presque inrejoignable – sous le feu de l’âme qui donne à nos gestes et à nos pas cette ardeur si impatiente…

 

 

A se tenir prêt(s) – toujours – comme si la mort précédait la naissance – comme si le noir était le centre de la lumière – comme si la terre était le lieu de la fortune. A maintenir vivant le plus solitaire pour faire naître, sous la cendre et la tristesse, la possibilité du regard…

 

 

Plus haut que le pardon – et plus haut que la douleur – l’Amour – cette main, si frémissante, du silence…

 

 

Même terre – même temps – même silence. Et la mort – si vorace – insatiable – qui absorbe tout ; les corps, les âmes, l’espoir et la poussière – comme pour nous livrer à encore plus d’absence et de néant…

 

 

Tout est parti – à présent. Et demeure ce noir – tout ce noir – qui obstrue la source. Comme un sommeil épais que ne réussiront peut-être jamais à disperser les vents…

 

 

Un souffle – mille souffles. Un passage – mille passages. Une trace – mille traces. L’éphémère et le silence. Et ce regard immense – démesuré – si dense – sur ce qui n’a que peu de poids et d’envergure…

 

 

Arpenter l’esprit et la page comme les seuls lieux de la découverte pour offrir à l’âme, aux gestes et aux pas – plongés dans le manque et la privation – le dénuement nécessaire à la liberté…

 

 

A se tenir debout – plus nomade que sédentaire – face à l’indifférence et aux appels incessants du monde. Ne rien exiger. Se tenir sans possession au milieu des choses. Avec sur le visage, les traits du silence – et sur les lèvres, le chant de l’incertitude…

 

 

Au cœur de l’instant – surpris par le réenchantement et la transparence des visages posés au bord de l’impénétrable. A avancer les paumes vers la neige oubliée par les fronts penchés sur leur besogne – l’esprit (tout entier) occupé à essayer de percer le secret de la mort et à défroisser les destins pour qu’ils aient l’air moins graves – et moins engoncés dans leurs malheurs…

 

 

Les mots – la terre – le monde – ont la même joie et la même tristesse que le visage. Ce qui est vu et ce qui jaillit de l’âme ont – toujours – la même couleur que ce qui regarde

 

 

Le monde – le ciel – l’univers – aux allures immenses – aux airs si puissants – à la densité si palpable (et si évidente) – ne sont, pourtant, qu’un souffle – qu’un trait dans l’infini et l’éternité – presque rien, en somme…

Un peu d’énergie dans l’espace – un peu de bruit dans le silence – quelque chose d’infime – et d’infiniment passager…

 

 

Rien n’existe – peut-être – sinon ce qui regarde

 

 

Les noms ne donnent aux choses et aux visages qu’un poids incertain – immensément fragile. Un repère – mille repères – pour se donner l’illusion de se frayer un chemin à travers le monde – de construire un itinéraire – et de voyager d’un point à un autre. De vivre une existence, en somme, sans jamais rien remettre en question – ni explorer la possibilité de l’inexistence de tout

 

 

Entre le jour et la nuit – notre front, si peu sage, qui s’avance – apeuré – vers sa fin…

 

 

Tout s’enracine – vainement – dans nos vieilles sphères – capables seulement de nous faire tournoyer dans l’éphémère et l’illusion…

 

 

Et nous voilà – depuis toujours – congestionnés – les pieds lourds et l’âme fragile – si indécis – dans l’apparence du monde – dans cette forme de songe où la boue entrave (semble entraver) – et s’oppose (semble s’opposer) au ciel et à la légèreté…

Liberté incomprise sur cette terre incapable de métamorphose – où le dehors n’est que le prolongement du dedans – et où ce qui semble exister nous fait perdre haleine et patience jusqu’au dernier souffle…

 

 

Rien – moins que rien peut-être – un petit quelque chose dans la certitude du tout – et un fragment, si essentiel, du regard…

Elément du monde et du vide – à parts égales sans doute…

 

 

Un sentier – des signes – pour découvrir l’invisible et l’ineffable – et révéler, peut-être, le destin de l’homme – le destin du monde – et la présence du silence où tout s’enracine…

 

 

L’angle – le point de vue – n’est qu’une aire circonscrite de l’espace qui tente – en vain (bien sûr) – de percevoir le tout…

Il faudrait plutôt (et à la fois) – plonger et s’élever – devenir le réel et s’en extraire – pour être capable de voir pleinement…

 

 

Tout vient, à la fois, retarder le regard et lui offrir sa pleine mesure…

Ainsi avance l’homme de son pas pesant – et le poète à travers ses lignes si chargées – si inutiles – pour aborder le plus simple enfoui – depuis toujours – au-dedans…

 

 

Chants, temps, tombes – précipices, voyages et chimères – les mêmes ombres qui (nous) voilent l’envergure parfaite du bleu – de cet infini que nous croyons connaître et pouvoir approcher – et inapprochable, pourtant, tant que la distance avec le monde et notre visage n’aura été franchie…

 

 

Des survivants timides à l’ombre passagère qui piétinent – fidèles à leur inaptitude. Et qui tournent – et qui tournent – en imaginant pouvoir creuser un passage – une ouverture – un chemin – dans leur sillon. Voyage vers la mort – simplement – inexorable…

 

 

Pierres, tombes et champs du jour. Quelques pas – et quelques miettes – éparses – tombées après notre passage. Errances, gouffres et souffrances. Et la petite ritournelle des pas – et la petite ritournelle des mains – et l’espoir (si vain) de l’esprit – rampants – tremblants – au milieu des piétinements et des souffles qui ne font que froisser un peu d’air…

 

 

Comme un vol autour du jour – au-dessus des visages et des tombes couverts de ciel – les yeux ravis et l’âme silencieuse. Ainsi recommencent – chaque matin – la joie et l’incertitude…

 

 

Sous la lampe – cette soif angoissée qui se jette sur la page. Ecrire comme si l’on offrait sa vie au silence. A noter, chaque jour, mille fragments du monde – mille fragments du réel – mille fragments du voyage – qui traversent – en un éclair – nos gouffres intérieurs

 

 

Tout se déplace – se superpose et s’emmêle. Et nos jours – progressivement – ressemblent aux murs – à la nuit – à l’eau qui coule – à tous les visages – aux failles où se glissent (presque) toutes les âmes en attendant la fin des hostilités. Et à cette lumière à la verticale des carrefours qui illumine, peu à peu, nos pages…

 

 

Aux côtés du soleil – à l’ombre de l’expérience humaine – sous les passions et les étreintes frelatées – dénaturées par trop d’images – ce qui crisse sous les pas – les paumes écorchées par les chutes successives. Et l’Amour qui, un jour, offre aux âmes leur alphabet et un peu de silence pour transformer le désir en ardeur sans finalité

 

 

A courir – à monter – là où les yeux ne sont plus que larmes et rêves brisés. Là où la mort – toujours active – a amputé tout élan vers le moindre passage – vers le moindre salut. A vivre sans croire. A patauger dans la boue. A se laisser dévorer par ce qui, en nous, cherche à s’inscrire. Abandonné là par tous les hommes – abandonné là par tous les Dieux – comme si le silence suffisait à nous rejoindre…

 

 

Quelle est la source des rêves et des élans qui nous portent à vivre et à croire – à traverser les tourments du monde et les troubles de l’âme… Quel est le visage de cette aube qui nous offre le courage et l’obstination de persévérer malgré les tempêtes et les mutilations – malgré les déchirures et le poids des Autres qui confinent nos gestes au mimétisme et à la servitude…

 

 

Rien – que le prolongement de l’errance et de cette ardeur au milieu de tout – au milieu de ces amoncellements apparents – et si fantomatiques pourtant. Des âmes et des visages couchés sur le sable – tremblants – rampant au milieu d’un désert où le désir et le sang ne sont qu’un prétexte à la poursuite du voyage…

 

 

A devenir moins que la métamorphose – à peine un chemin – à peine un visage – un tournant – une infime inflexion dans le destin…

 

 

Ni plus haut, ni plus droit, ni meilleur. Une disparition sous l’aire de l’angoisse et de la soif…

 

 

Le noir – et une nostalgie – à convertir en parenthèse – en interruption peut-être…

Et au creux de l’écho – déjà – tout le silence à venir…

 

 

Tout s’épaissit sur la terre comme tout s’écoule au-dedans. Ne rien figer – laisser l’âme gémir et le silence arriver…

 

 

En écho – le chant à travers les vents, la source et le sommeil. Dans ce qui donne au sang son ardeur et au silence sa plénitude…

 

 

Tout se perd – et, néanmoins, tout demeure. Il suffit d’un regard attentif qui sache percer l’apparence des départs…

 

 

A prédire – parfois – le pire – pour laisser au meilleur une chance – infime – éventuelle – de se réaliser…

 

 

Ce fut la marche – puis l’abîme et l’hiver. Ce fut la faim et la soif – (médiocrement) assouvies par les mains et les yeux des hommes. Ce fut l’errance et la fouille obstinée. Ce fut la tristesse et le froid. La défaite et la solitude implacable. A endurer la nuit pendant mille jours – pendant mille siècles – avant de pouvoir goûter à l’avènement du jour – et au silence arraché à la mort et à l’infortune…

 

 

A rire – si souvent – des jeux et des songes – et de ce si grand sérieux des hommes à ignorer le plus essentiel…

 

 

Léger – immense et fulgurant – ce bleu – autant que fut pesante – longue et harassante – la marche…

 

 

A héberger depuis si longtemps ce que le cœur a toujours évincé… Mais pourquoi l’ombre nous semble-t-elle – aujourd’hui – plus réelle et plus vaste qu’autrefois…

 

 

Quelque chose bat encore dans notre poitrine en perdition. Est-ce de la rage, de l’impuissance ou de l’espoir ? Un parfum éternel peut-être… Une odeur de défaite aux relents d’autrefois… Un monde sans âme – sans nom – sans visage – où toutes les frontières demeureront – à jamais – ouvertes et franchissables…

 

 

A revenir – toujours – avec ce pas si maladroit – comme si l’oubli était la marque – et la première certitude – des revenants…

 

 

Tout vibre – quelques instants – lève les yeux au ciel ou scrute l’horizon – en traînant les pieds sur la terre. Et tout se courbe bientôt pour retomber dans le trou qui l’a vu naître. Ainsi passent les vies – ainsi passent les âmes – qui, parfois, parviennent à se retrouver – d’impasse en porte apparente – de perte en repos – jusqu’à tout arracher – jusqu’aux mille petits riens auxquels nous sommes (encore) attachés…

 

 

Vivre jusqu’à l’usure – et, parfois, jusqu’à l’effacement – au milieu de tous ces ravages – au milieu de tous ces désastres – qui peinent – presque toujours – l’âme – et immobilisent – si souvent – les pas. En nous confinant pendant mille ans – pendant mille siècles – à une attente vague – imprécise – indéterminée – où l’on ignore la suite offerte au destin – et s’il nous sera possible, un jour, de franchir ces frontières pour échapper à toutes ces abominations…

 

 

A défier le temps comme un soleil – comme une ligne de démarcation – inutiles. A saisir ce qui traverse cette faim si fébrile. Des bruits, des visages et des bouts de ciel. A amasser mille petites choses – si funestes – si futiles. A jouer et à chercher dans la poussière. A récolter – toujours – plus que nécessaire. A marcher ainsi – tout au long de son existence – ivre et hagard – la démarche si pesante et malhabile – vers la mort…

Une existence entière à brasser de l’air – à essayer de jouir de ce bref passage – et à faire durer ou revenir ce qui – toujours – ce qui – sans cesse – s’efface et recommence…

 

 

Une fenêtre dans la fenêtre pour découvrir ce qui se cache au cœur du réel – et cet infini derrière – imperceptible par les yeux…

 

 

A tourner – comme les bêtes – dans notre cercle de poussière – à attendre – à rêver – et à assouvir sa faim – sans jamais pouvoir déjouer – ni défaire – les fils (si emmêlés) des destins…

 

 

A s’endurcir – comme si les plaies pouvaient disparaître. Et tous ces bourrelets de chair – à présent – fortifiés – comme cuirassés – dont nous ne savons plus nous défaire…

 

 

L’heure semble si grave en ce dernier lieu – en ces terres de pauvre répit. A s’attarder (encore un peu) pour vérifier – de nos propres yeux – ce que l’âme avait deviné depuis si longtemps…

 

 

A s’enfoncer dans le doute – dans l’indécision et les conjectures. A gravir la pente, les pierres et les éboulis sur lesquels aucune trace ne peut subsister…

Ivre – agissant et achevé. Et cette zone à franchir où l’herbe et le ciel ne forment plus qu’une seule terre à arpenter – et où l’âme est la seule lumière pour échapper à la nuit…

 

 

A rire – si incertain – sur le sable où les visages se sont réunis pour oublier la mort – et résister à la solitude et à l’ennui…

 

 

Tant de chemins dont la fin – toujours – fait franchir le même abîme – pour découvrir – au-dedans – le seul lieu possible – le seul lieu habitable. Ce qui demeure – une fois percées l’illusion et toutes les chimères du voyage…

 

 

Pierres, rives et distance. Et le même élan – et la même hâte – à tout franchir pour rejoindre l’origine du monde et de la multitude – la source de tous les visages et de tous les destins – cette aire – si précieuse – où jaillit tout ce qui vibre et respire…

 

 

Fêtes journalières où la beauté est invitée – et où la liberté délivre nos mains ligotées – et nos âmes emmaillotées dans les jeux et la terreur…

Fêtes et adieux – fêtes et abandons. Ce qui s’entrouvre au-delà des limites humaines. Ce qui grandit quel que soit l’âge. A moitié enseveli encore sous les rêves. Tout ce qui résiste – tout ce qui s’acharne et s’obstine – malgré – partout – la prépondérance du sommeil…

 

 

Des cercles, des yeux, des ailes. A califourchon sur l’ivresse des vivants. Et la main haut – déjà – à la limite du ciel qui traverse le gué où les Autres s’attardent, sans doute, trop longtemps…

 

 

A veiller sans raison comme d’autres s’assoupissent en attendant la mort – les doigts et l’âme – nus – tendus vers le silence comme d’autres se recroquevillent sur les mille petits trésors volés au monde et à la terre…

 

 

A voir le jour là où la nuit est, peut-être, la plus profonde…

 

 

A graver, chaque jour, quelques signes dans la poussière pour inviter les pas à franchir le rêve où le monde est endormi…

 

 

Des pas, des pages et des chemins. Un peu de silence – un peu de jour et de lumière – pour ne pas (trop) désespérer de l’homme…

 

 

A contre-courant du mensonge – là où l’illusion n’est plus possible – ni vivable, ni recevable – sur cette rive que si peu parviennent à atteindre – faute de nécessité…

 

 

A vivre – et à rire – comme si la mort n’existait pas – comme si le questionnement et la gravité étaient réservés aux mal-lotis – aux âmes en déroute privées de circonstances heureuses…

 

 

Des êtres et des choses. Tout un monde de visages et de façades encerclés par les murs façonnés par le regard – prisonnier, lui-même, de son propre labyrinthe. A choisir le rêve, l’espoir, la magie et la prière pour trouver une issue au milieu de la chair, des ruines et des hostilités…

 

 

Une danse au milieu des étoiles pour rappeler à la lumière que nous avons besoin d’elle pour la rejoindre…

 

 

Ne pas imiter – respirer de son souffle singulier – en toute chose – à travers nos gestes – à travers notre parole – être celui que tout nous destine à être. Ni plus, ni moins qu’un autre – mais si juste – et toujours plus juste, en vérité – pourvu qu’on lui laisse assez d’air – et la liberté nécessaire – pour être (pleinement) lui-même face au monde, aux visages et aux circonstances…

 

 

Entre l’oubli et la métamorphose – au milieu de la poussière – cet enchaînement de gestes soumis au désir et à l’ambition. Insensibles au silence – insensibles au soleil. A l’égal de ces armées de visages sans âme qui marchent – impitoyablement – sur le monde…

 

 

Squelette déjà sous la peau bientôt pourrissante – aux gestes insensés – aux paroles inutiles – à l’attention restreinte – comme amputé par la faim – par cette avidité du vivant soumis à la chair – et presque entièrement orienté vers son assouvissement. Comme un monstre affamé – à l’insatiable appétit – mutilé et se mutilant sans cesse pour rassasier ses instincts de bête…

 

 

A passer la tête – le bras – toute son existence – dans le même trou. A tourner en rond dans la même anfractuosité par crainte de percer les murs – et de pousser l’investigation au-delà des limites et des interdits érigés par le monde…

 

 

Attente encore – attente toujours – comme si le temps avait vocation à nous libérer – et à nous aider à résoudre le mystère…

 

 

On écrit aisément dans la démesure – la parole (tout entière) vouée à l’illimité. A l’inverse de notre vie apparente – de notre espace quotidien et de nos gestes d’habitude – coincés, en quelque sorte, dans l’exiguïté et la récurrence…

Mais à y regarder de plus près, l’existence et l’écriture se ressemblent – et se rassemblent même – au cœur de ce feu et de ce silence – immenses – imperceptibles – incompris par la (très) grande majorité des yeux…

La page est l’espace où tout s’ouvre – à l’égal du silence dans notre vie – cette aire infinie où réside l’esprit en toutes circonstances…

 

 

Sans attente – sans servitude – et sans autre utilité que celle qui s’offre discrètement – circonstanciellement – presque en catimini – lorsque le regard et les gestes deviennent nécessaires à la survie de l’Autre – à la survie du monde…

 

 

Dans la rareté des rencontres – notre tête se redresse – s’embrase – s’affaisse – consent – malgré nos mains résolument instinctives – mêlées encore au sang, aux combats et aux épreuves – et malgré cet entrelacement du ciel et du feu au fond de notre âme – presque entièrement – consentante…

 

 

Ni fil, ni pont. La même rive où tombe la neige – où s’effacent les pas et les traces – et où l’encre n’est qu’une manière d’écarter – provisoirement – le temps et la mort – toute forme de menace…

 

 

Aucun artifice – aucune échappatoire possible – avec la vie – avec la mort – lorsque nous leur faisons face – avec honnêteté…

 

 

Tout change – les visages et les couleurs passent et se fanent. Et sous les traits demeurent la même espérance et la même âme apeurée…

Ni valise, ni récit. Le même voyage – presque toujours – initiatique…

 

 

A faire glisser mille mots sur la vie – sur le monde – et dans la tête des hommes peut-être – comme si le silence pouvait nous être ôté – comme si le silence ne pouvait tout résoudre – comme si le sentiment de complétude était perfectible…

 

 

Au bord du vide – au bord du blanc – toujours…

Un œil – seul – au milieu de la neige…

Si distrait devant ce qui bouge – devant ce qui respire – comme si nous étions encore amputés de l’essentiel…

 

 

Ni pose, ni présage. Pas même un récit. Le plus nu. Et le plus essentiel. Le mystère et la fulgurance de ce qui se découvre et se révèle…

 

 

Apparitions – incomplètes – imparfaites – croient-elles. A devenir – presque toujours – ce qu’offre (si chichement) le futur. Les années comme un passage où, un jour, tout s’arrête – où, un jour, tout prend fin au cœur de l’impasse. Un vol, un trait – mille traits – et une jonction pour imaginer possible l’extraction du trou. De l’ardeur et de la fureur – et toujours – ici et là – le déclin – l’état nécessaire au franchissement des frontières – au franchissement du limité. L’œuvre de l’Amour et de l’écartèlement qui s’achève avec les deux poings liés sur ce qui s’ouvre et s’efface. Et le silence à portée d’âme…

Et un jour – cette mince couche de neige qui recouvre le monde et les yeux…

 

 

On avance en dépit de tout ce qui s’annonce – en dépit de la boue – fermement attiré par ce bleu solitaire au centre de la violence – espérant toujours moins des mains et de la chance que du jour et du silence…

 

 

Attente et fatigue – et tout ce sable dans la main – et au fond de l’âme – dont il faut se défaire. Seau, pelle et doigts convoyeurs d’un autre âge – d’un autre temps – où l’immensité n’avait de rivale…

 

 

Tout s’empare, se défait et s’efface. Avec le rire et la joie rassemblés en ce lieu sans appui – sans dérive – où rien ne peut s’inventer – ni même jaillir – sans le consentement (total) du silence…

 

 

Il y a toujours une route plus proche ou plus éloignée que la nôtre qui mène vers ce lieu – quelque part – où l’indifférence et l’aveuglement sont sublimés pour un monde moins mensonger – et pour une fraternité plus vivante…

 

 

Tout est moite – et prêt à l’étreinte – jusqu’à la main du silence…

 

 

Au seuil du jour – le même appel et la même torture. Cette hésitation (permanente) entre le passé – cette forme de détention (douloureuse certes mais familière) – et l’incertitude et l’inconnu – les dimensions, sans doute, les plus effrayantes de notre existence

 

 

Un horizon replié entre le feu et l’infini. La démesure des vagues et l’étroitesse des destins qui filent à toute allure sur leur chemin de pierre – fragiles – si précaires – si dérisoires face à la puissance de la mort – face à l’envergure du monde et du silence…

 

 

Nu – à présent – comme l’était le corps à la naissance – et comme le sera l’âme à l’instant de la mort…

 

 

Des fragments de vies, de mains et de visages. L’être – dépossédé – dispersé en mille éclats – comme le regard, le rire et le langage – sur cette terre où tout se dissimule (et se dérobe) sous le noir et la confusion…

 

 

Tout – sans cesse – est remplacé. Et le jour viendra où nous serons nus – sans yeux – sans appui – sans témoin – au cœur de ce qui ne peut se substituer…

 

 

Un exil – certes – un exil peut-être – mais peuplé de livres, de bêtes, d’Amour et de silence. Et habité – comme il se doit – loin des foules, de l’ignorance et de l’hypocrisie. Laissant – toujours – l’ardeur des pas et de la parole s’exalter hors du mensonge…

 

 

A guetter – sans impatience – ce qui vient comme les larmes des hommes cernés par la misère et la multitude…

 

 

En définitive, rien n’est nécessaire dans ce grand cirque – dans ce fatras – au milieu de cet amas de chair et de paroles – excepté, peut-être, notre façon de nous y tenir ; présence – présence encore – présence toujours – partout – là où règnent le silence et les élans…

 

 

Tout – sans cesse – se balance au milieu de tout – au milieu de n’importe quoi. Et, au fil du temps, tout se cabre – s’étire – s’étend et s’efface à mesure des pas. Et ne restera bientôt que cet œil obstiné qu’il (nous) faudra transformer en perchoir – au-dessus des routes et des voyages – au-dessus des têtes et des déséquilibres apparents…

 

 

A vouer au sang et aux semences un culte millénaire – un culte imbécile – un culte inutile sauf pour survivre misérablement – sans se demander – jamais – où se dissimulent la vraie vie et l’esprit véritable – doués d’une ardeur et d’un silence incorruptibles – capables (simultanément) de célébrer et d’anéantir tout ce qui se fait, si naturellement, partiel, incomplet et provisoire…

 

 

Prison en tête – cette traversée triste des hémisphères – à se heurter – partout – aux vents comme si l’aube pouvait s’offrir à nos efforts et à nos résistances…

 

 

Le plus inassouvi de l’hiver. Ce qui reste là – sans bruit – au-dedans – comme une attente inexprimée – un repos – un retrait qui pourrait passer pour une somnolence mais qui est, en vérité, une attention assidue à tout ce qui respire et fleurit…

 

 

A trop vouloir dire, on en oublie la vie – et on en oublie l’être – ce qui compte infiniment plus que le langage, l’écriture et le poème…

 

 

Rien ne s’écarte véritablement. Tout nous revient – simplement – moins tremblant et plus assagi…

 

 

Un jour – peut-être – serons-nous cette lumière – écrite en lettres capitales – sur les vieux murs de l’âme. Le silence parfait au milieu du monde…

 

 

Tout ce qui nous arrive n’est que le signe des Dieux – de leur volonté posée entre le destin et l’imaginaire. Cette fureur insensée qui agrandit l’ombre autant que l’ouverture possible. L’inauguration du voyage. Les premiers pas, en quelque sorte, vers cet espace hors du monde et du temps – affranchi de toute splendeur et tout déclin – dont nos âmes sont les malhabiles balbutiements…

 

 

Tout a l’allure du passage. Entre soif et désarroi…

 

 

Cœur assoupi et âme sauvage que les miroirs encerclent et que l’indifférence écorche – pour révéler, au fond des blessures, l’Amour que rien ni personne ne peut entacher…

 

 

Ecriture de solitaire – qui prend sa source sous la surface du monde – au fond de l’âme peut-être – et qui cherche la lumière – la clarté qui illuminera les lignes, le monde et les visages…

 

 

Tout demeure – et reste indemne – la rive passée ; le souffle – la soif – l’âme blessée – la main des Autres – la solitude ; mais le désir et la mémoire se sont effacés – comme s’ils avaient perdu leur force et leur emprise. Ne reste plus que ce regard accompli par l’Amour – empli de joie et d’innocence…

 

 

Ce qui ronge au-dedans – comme une aire dévastée par le feu. Ce qui (nous) hante bien davantage que le monde et le temps – la présence, en nous, de l’invisible…

 

 

A trop devenir, on en oublie le silence et la cendre qui ont, peu à peu, recouvert le monde, les vivants et les restes des morts que nous avons enterrés. Les mains pleines de rêves – et l’âme encore si pleine d’espoir de retrouver les visages disparus – et cette contrée si libre – hors de toute convention – sous la langue – et cet Amour qui danse, en secret, dans tous nos pas fébriles…

 

 

Convoqué(s) par le monde sur ce rivage où le sommeil et la nuit seront – à jamais – les seuls hôtes – et les seuls invités. Bout(s) d’eux-mêmes – fragment(s) de cette obscurité – partout – prépondérante et triomphale…

 

 

L’intime vécu transposé, peu à peu, en expérience universelle. En lignes denses – nerveuses – chargées de matière et de silence – comme un cri tantôt de joie, tantôt de révolte contre ce qui nous a ensemencés – presque aveuglément – dans le noir…

Leurre et ligne de fuite pour qu’éclate, un jour, le dénuement le plus complet…

 

05 octobre 2018

Carnet n°165 Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Le cœur décidé – et l’ardeur de l’âme sans visée – à essayer de réunir dans le même œil les ombres et le secret…

Tout est livre, ciel, essai – chant de l’âme dans les yeux libres. Et poésie sur les visages tremblants…

Vivre – partout – aussi obstinément que la clarté. Ici – près de la fenêtre – et là-bas – de l’autre côté du monde – à tourner les pages – en silence – au milieu du sable et des visages…

 

 

Des vents, des ravages – ce qui arrive – inexorablement – poussé par l’Amour…

D’une rive à l’autre – en ce lieu où tout recommence…

 

 

Mains chastes – herbes hautes – à laver le sang laissé par les épreuves. Les yeux défaits par ce petit bout de ciel retrouvé – à s’émerveiller des songes et des chants. Et la voix – presque muette – à présent – pas certaine de vouloir répéter les paroles d’autrefois…

 

 

L’eau, le feu, la terre, les vents. Ultimes compagnons des derniers jours – avant le grand saut dans l’inconnu…

 

 

Mille paroles – comme un miroir où, à travers le sommeil, se reflète la lumière. L’âme mise à nu – et les pierres rouges sur lesquelles traînent encore quelques rêves. Comme mille soleils au fond de l’abîme – au chevet des vivants à l’agonie…

 

 

Le réel et le langage – comme les deux faces abstraites – immatures – d’un même visage – d’un même silence – introuvables par les voies ordinaires. Accessibles – seulement – depuis la jetée – presque fantomatique – qui surplombe le monde et le plus simple…

 

 

Achevé – une fois pour toutes – pour remplacer l’encre par le recueillement – et donner vie à l’impossible prière. Illusion encore – de la même veine que tous les manques…

 

 

Défaillance – dans le noir – autant que dans la clarté nouvelle. Mais acceptée – aujourd’hui – comme toutes les faiblesses…

 

 

Des rêves de jour, d’intimité et de soleil sur fond d’ignorance. A chercher dans la prière et la candeur une sorte de nouvelle enfance. L’envergure d’une réponse prodigieuse – définitive – impossible, en somme, en ce monde imparfait…

Mieux vaudrait rire – rire et se retirer – se retirer et disparaître – pour laisser au vide une chance de se révéler…

 

 

L’aube et la solitude comme seules ambitions. La main et l’âme prêtes à accueillir ce que les chemins leur feront découvrir…

 

 

Poussé – encore – comme la fin de l’été dans les bras de la saison suivante – entre détours et ténèbres – le ciel dans la tête – et les pieds en équilibre sur le fil invisible qui relie le monde et les naissances – le jour et le néant – la nuit et la joie – en une seule traversée…

 

 

Tout naît – monte – se dresse – timide et malhabile – malgré l’issue devinée – certaine – inexorable. Comme une ardeur inépuisable – incontrôlable – déployée malgré les ombres – malgré la tombe et les futurs drapeaux en berne…

 

 

Tout en traces – tout en pas. Reflets et dispersions. Chambre et porte dans la pénombre. Pénétré par un souffle – un arrachement – des imprévus. Quelque chose d’infime – quelque chose d’immense – mystérieux comme un envol prématuré – inexplicable. Comme l’enchaînement inexorable des saisons…

 

 

Une source, une soif, un appel. Le commencement du voyage – au bord du rêve. Le long périple – la lente traversée d’un ciel à notre image – couleur de sang…

 

 

Habiter l’inexplicable plutôt que le monde. Devenir ce grand silence au cœur du geste – au cœur de la parole. La main – la voix – l’une des mains – l’une des voix – singulière(s) de l’impersonnel dans l’obscurité – encore – du passage…

 

 

Toujours errant – au milieu de l’appel et du néant – entier – en lambeaux – sur le sable – à marcher entre le ciel et le langage – parmi les bêtes et les cris – dans cette poussière à l’odeur de brûlé…

 

 

Des chemins et de la poussière – partout – toujours – ici – ailleurs – là-bas. Le même voyage – la même illusion du voyage – et les mêmes visages fébriles – ivres de rêves et d’aventures – qui croient avancer – poursuivre leur périple – et faire mille pas décisifs (ou salutaires) – pour découvrir ce qui ne se révèle que dans l’immobilité…

 

 

Rien ne traversera l’orage et les tempêtes – ni ne fera taire les croyances et l’espoir d’une issue. Mais qui sait que la mort est déjà là – à l’ombre de chaque prière – toutes griffes dehors et la chevelure menaçante…

Encerclés – les visages reclus entre leurs murs – et les âmes apeurées.

Et tout continuera – à jamais – à errer (et à tourner en rond) dans la même terreur et le même chaos…

 

 

Tout est aride – et hérissé de peur. Tout semble jaillir du premier élan – de l’avidité de la première bouche. Et, à présent, le vent se déverse – partout – recouvre les yeux de sable – et creuse le désert – toujours plus vif – et toujours plus large – des âmes…

Ainsi s’écoule le temps. Ainsi passe la vie – entre le chaos et la lumière – entre l’angoisse et la beauté des choses – au cœur de cet adieu perpétuel du monde…

 

 

A serrer si fort l’instant que nous en avons les mains pleines de silence…

Fleurs de la passion éteinte – fanées – dans notre sang. Veines propres – à présent. Au plus proche du moins scandaleux à vivre sur cette terre si affamée…

 

 

Envoûté par la beauté d’une langue inconnue – le poète – mi-homme, mi-sage – mi-bête, mi-dieu – délaisse le langage ordinaire, l’ambition et la nostalgie communes pour s’agenouiller parmi les fleurs – en silence – sans ardeur – défait par une main ivre de ses conquêtes – ivre de sa propre extase – amoureuse du blanc – et prête à le semer partout – sur toutes les paroles et tous les visages…

 

 

L’homme – au même titre que l’humus – peut devenir le gage du possible. En couches et en séjours successifs. La clarté à venir – peut-être. La main du monde délivrée des fantômes…

 

 

On rend grâce aux reflets – aux étages inférieurs – aux fenêtres – aux appels incessants de l’innocence. On se joue des haleines et des menaces. On s’enquiert très sérieusement auprès des Dieux. On s’abandonne – et se livre comme le ferait un enfant qui – lentement – glisse dans le sommeil. On chante après avoir tant ruminé. On est ivre de ce qui brûle et de ce qui s’efface. Et l’on attend – patiemment – que le jour se lève…

 

 

Mille tours – mille chants – au milieu des voix – au milieu des tombes – à danser et à tournoyer – sans que rien – jamais – ne tombe du ciel – sans que rien – jamais – ne soit donné. Un peu d’espoir, peut-être, comme le reliquat inutile des Dieux et de quelques croyances obsolètes. A humer par ici – à chercher par là – à tendre l’oreille à tout ce qui pourrait nous répondre – nous offrir un fragment de vérité. Mais rien…

Le temps passe. Les jours succèdent aux jours. Les années succèdent aux années. Les saisons viennent blanchir nos tempes. Et nous savons que nous mourrons sans rien découvrir. Passagers – toujours – plongés dans la même ignorance…

 

 

Tout vient nous dire la fin et la continuité – la permanence et l’éphémère – l’incertitude et la nécessité de l’effacement. Et le règne – partout – du silence malgré nos ambitions et notre affairement…

 

 

Tout mourra encore – bien sûr – tant que dureront la certitude du monde et l’ignorance – tant que demeureront l’espoir et la peur. Mais il est une lumière et un silence qui échapperont toujours au passage et aux ténèbres de la mort…

 

 

Devenir ce qui ne peut se dire. Oublier les oracles, le salut, les dérives et l’âme en déroute. S’éclipser – et se résoudre au noir et à l’œil lointain. Echapper au vivre et au monde malgré le sang dans nos veines – malgré ce cœur immense qui bat (encore) dans notre poitrine…

 

 

L’Amour à notre porte. L’Amour au creux des reins. L’Amour pour nous extraire du doute et du manque. L’Amour au détriment du désir – au détriment des étoiles. L’Amour au lieu de la mort. L’Amour pour mille raisons – et découvrir (enfin) ce que signifie être au monde

 

 

Effacer tout – tout effacer – jusqu’au moindre mirage pour qu’il ne reste rien – pas même une ombre – pas même une lumière – qu’un long baiser surces rives inexistantes– et qu’une main tendue vers la souffrance à transformer

 

 

Nous écrivons à ce qui – en chacun – ne sait lire et ignore le langage – non pour convaincre mais pour inviter – et offrir, au milieu des mots, le silence nécessaire au monde, à la joie et aux retrouvailles…

 

 

Le cœur décidé – et l’ardeur de l’âme sans visée – à essayer de réunir dans le même œil les ombres et le secret…

 

 

Tout est livre, ciel, essai – chant de l’âme dans les yeux libres. Et poésie sur les visages tremblants…

 

 

Vivre – partout – aussi obstinément que la clarté. Ici – près de la fenêtre – et là-bas – de l’autre côté du monde – à tourner les pages – en silence – au milieu du sable et des visages…

 

 

Ni charge – ni témoin. Ce que nous portons comme une croix – un bagage – un fardeau inutile – inutilisable face aux circonstances, sans cesse, changeantes.

Mieux vaudrait renoncer au voyage – à la traversée – aux découvertes – et plonger dans l’abîme et la réclusion. Resserrer la peau et le passage – réduire l’air et l’espace jusqu’à en étouffer. Devenir le sol et les grilles de notre cachot jusqu’à faire exploser les murs et l’horizon. Et laisser la lucarne se transformer, peu à peu, pour se voir inonder de lumière – et se convertir en regard…

 

 

Le vertige de l’inconnu sur la cendre. Et la joie de vivre dans l’incertitude. Comme un soleil dans le noir – un espace de clarté au milieu des rêves et des étoiles…

 

 

Entre le passage et la chute – à se demander encore comment s’achèvera cette histoire faite de rêves et de soif. A reconstruire – toujours – ce qui, un jour, inexorablement s’effondrera…

 

 

Comme un visage au milieu des visages – une âme dans la foule qui semble habiter loin de tout. A contourner la glace pour rejoindre partout – partout où l’on peut – ce modeste chemin de fleurs – et continuer à poser la tête hors des nuages – hors de la grisaille – hors du trouble et des promesses trop faibles pour nous extraire de ce trou…

 

 

Debout – ensemble – dans la peur – à écouter ces voix qui nous appellent pour nous rejoindre – et nous retrouver seul(s) de l’autre côté du monde – de l’autre côté du visage…

 

 

A dormir – partout – comme la neige du plein midi qui attend l’hiver – le retour du silence après ces trop exubérantes saisons…

 

 

En diagonale – à absorber ce qui flotte sur les eaux du jour. A décocher mille flèches – inutiles – sur ce qui s’avance et nous effraye. A grimper sur l’absence comme l’on se hisserait sur un phare ou une falaise pour échapper aux bourrasques et aux tempêtes qui menacent la côte…

 

 

Une âme, une forêt et une poitrine en flammes qui désire et frissonne au milieu du silence…

 

 

Toutes ces mains et tous ces visages – à chercher partout un peu de tout – à creuser n’importe où – n’importe quoi – pour déjouer la peur et la solitude – et découvrir quelque chose au milieu du néant…

 

 

Face au ciel – toujours – qui nous toise en silence…

 

 

San fin – bien sûr – autant qu’éphémère. Mais le rêve – et le désir – si vivaces encore…

 

 

A aimer ce qui vient – à la verticale – et ces murmures à l’horizon qui – jamais – ne nous sauveront du désastre…

 

 

Que tout recommence avant sa fin – et que tout continue – comme l’aube succède à la nuit – comme le crépuscule remplace le jour – pour que mourir devienne (déjà) un peu de ciel – et le renouveau futur en ce monde où la vie n’est que le rêve d’un ailleurs…

 

 

Quelques balbutiements supplémentaires dans la rumination. Des pieds, des têtes et des mains qui s’agitent vainement sur l’étendue – dans l’infini silence qui baigne le monde et tous les au-delà…

 

 

Des îlots à découvrir par grand froid – lorsque les vents auront fait fuir les oiseaux de passage – et qu’il ne restera que notre âme – seule et grelottante – dans le noir…

 

 

Devant l’aube – avec encore un peu d’impatience sur l’épaule – à parcourir – pieds nus – toutes les inventions du monde qui retiennent prisonniers les hommes…

 

 

Il ne faut – jamais – se presser ; ni pour vivre, ni pour exprimer l’inexprimable. Il faut se recueillir – patiemment – au fond des choses – et se prêter au (lent) labeur de l’âme pour espérer trouver le silence au milieu du rire comme au milieu de l’aridité et de la désespérance…

 

 

Tout se disloque – et s’éparpille – sans jamais s’interrompre – jusqu’au seuil où la poussière finit par devenir le socle de l’envol – l’aire (presque) inespérée de la conversion de l’espoir en lumière…

 

 

Isolé(s) jusqu’au supplice – malgré cette solitude lumineuse – au-dedans – que notre visage ne sait révéler – et que nos mains ne savent accueillir. Une existence – et mille peines (presque) perdues, en somme…

 

 

Tout est noir – le jour – l’espoir – et la réponse des hommes à tous les pourquoi…

Nul n’a appris à aimer – à fouiller derrière la buée – et à marcher au milieu des visages…

Tout est noir – et quelque chose, pourtant, au fond de notre gorge – appelle – et espère encore trouver le silence et la lumière…

 

 

A petits pas – du néant vers ce qui, en nous, tremble de joie. A petits pas vers ce qui se jette et que l’âme ne peut rattraper. A petits pas – comme une tristesse lasse de marcher obstinément vers l’Amour…

A petits pas jusqu’à l’effacement. A petits pas jusqu’aux confins du dernier silence…

 

 

Tout semble fermé – de prime abord. Tout semble étroit et incompréhensible. Puis, l’âme s’ouvre et les routes s’éclaircissent – et l’existence se fait plus belle. La douceur apparaît, peu à peu, dans la nécessité des actes. Tout frémit dans la continuité du silence. Tout s’émeut – et se partage. Vivre devient alors le lieu du secret et de la réponse. Et il nous est (enfin) possible de convertir notre grimace angoissée (et légèrement hautaine) en hospitalité…

 

 

Nous continuons – qui peut donc nous interrompre ? – malgré la fatigue – malgré l’effacement et le silence. Vivant – toujours – comme si exister nous importait encore. A être là – sans rien dire. A écouter le monde et les visages aller et venir. A nous emporter parfois face aux circonstances. A rester bouche bée devant le frôlement – presque imperceptible – du ciel. A contempler les danses derrière les barreaux de ces cages terrifiantes. A poursuivre notre tâche en griffonnant quelques signes sur la page dans cet écart – cet exil – cette douce solitude…

 

 

Tombé – à présent – au plus bas – là où la source s’offre à toutes les bouches tordues – rompues – abandonnées aux cris et à la douleur…

Et apaisé – à présent – au fond de cette somnolence déchirée. A consoler ce qui s’approche – si maladroitement – vers nous…

 

 

Ni dehors, ni dedans. Dans cet entre-deux aligné au monde et au silence. A regarder ce qui s’avance au cœur – et hors – de toute perspective. Comme le point d’appui, peut-être, de l’infini qui se cache partout – et qui se révèle à l’infime qui découvre ce qui l’habite…

 

 

La joie d’être là encore – à contempler la vie et le vivant – la pluie – les nuages et le cours des rivières. La bouche silencieuse – ravie de ce qui jaillit – et de ce qui passe, si souvent, comme un mirage – entre deux rêves – entre la certitude et la modestie de ne rien savoir. A s’aventurer jusqu’au coin de la fenêtre où le monde semble plus beau – et plus conciliant peut-être. A jouir – encore un peu – du silence et des spectacles avant de rejoindre la nuit…

 

 

Tout est achevé – à présent – et, pourtant, la nuit et le monde demeurent – comme notre surprise à être là encore – à contempler l’inépuisable labeur de l’inachevé…

 

 

Quelque chose, en soi, existe – profondément – qui vient relayer l’absence et la fragmentation – la lumière et l’innocence de l’esprit…

 

 

Tout le jour – dans un fragment de vie – dans les lignes d’un poème. Un chant – une parcelle d’âme – et l’esprit encore, si souvent, en déroute…

 

 

Rien ne s’effondre – rien ne s’efface. Tout disparaît – et se rassemble dans l’espace du tout appartenir

Ainsi le jour – et tout ce qui lui appartient – jamais – ne peuvent – mourir…

 

 

Comme une souffrance – impalpable – et une curiosité affamée – présentes – scellées dans la grandeur de l’homme – à l’arrière de tous les fronts – à découvrir – sans cesse – et à frémir – toujours – de leur partage…

 

 

Essentielle – la mort – comme la crainte de vivre – imputables aux rêves et aux excès du langage. Comme un corps retenu – trop longtemps – par l’horizon – condamné à construire une identité à fleur de mur – là où la faille est (encore) obturée…

 

 

Le lieu de la parole – toujours – s’atteint hors du langage. Comme un silence résolu – indemne des questionnements et de la pensée – au-delà du dialogue – au-delà même de la poésie. Là où règne la lenteur – au-dedans de cet espace posé au fond de l’esprit. Là où les jeux du monde résonnent sans bruit – et se perdent en écho. Dans l’extrême simplicité du regard – nu – presque enfantin – virginal – transparent malgré l’opacité des âmes et des visages…

 

 

A répéter – inlassablement – ce qui rassemble dans ce dépeuplement. Un peu de ciel – presque rien – dans cette solitude au cœur de laquelle chacun chemine…

 

 

D’une mort à l’autre – l’âme – toujours aussi vivante – cherche son assise dans ce qui demeure – au-delà des tombes et des étoiles…

 

 

A trop se courber – toujours – la lumière nous pénètre – et nous prend par la main – pour traverser l’âme – tout entière – de part en part – sans jamais nous faire la morale – ni nous reprocher notre frilosité et nos craintes. Elle s’agenouille à nos côtés – et nous emplit de ce dont nous avons toujours manqué…

 

 

Assise – dans la simplicité des mots – dans la nudité du jour – à griffonner la page comme on lancerait une pierre (minuscule) – quelques graviers peut-être – sur l’une des vitres du monde – pour essayer d’éveiller ce qui – à l’intérieur – est encore assoupi…

 

 

Tout vient du silence que nous avons – toujours – confondu avec le néant – avec le noir antérieur aux naissances. Ce que nous avons – toujours – considéré comme le sommeil et la mort – la grande nuit du monde – l’obscurité des ténèbres où sont plongées les âmes…

 

 

A parts égales entre ce qui reste et ce qui s’en va. Comme un cri – un murmure – posé entre la page et le silence. Le temps d’un livre – le temps d’un émoi – quelque chose comme une larme déguisée en rire – et un supplice – l’histoire d’une chute sur ces pierres noires où se succèdent toutes les générations du monde…

 

 

Comment renaître – remonter à la surface – revenir aux chemins qui ravivent – et traversent – les peines… Et comment imaginer l’Amour au milieu de la mort…

Se perdre encore – se perdre toujours – au-delà du monde et des promesses. Demeurer dans ce qui glace et répugne. Et franchir le gué pour rejoindre la rive où chaque souffle appartient au silence…

 

 

A dire – encore – ce qui se propage à travers la parole – à travers le silence. Les étoiles et les paupières au crépuscule enivrées par leur propre lumière. Et ce qui passe par la fenêtre entrebâillée – avec, partout, ce rire qui glisse au fond des âmes…

 

 

A courir aussi loin que nous le pouvons. A enjamber les lieux et les jours anciens – sans même un regard – ni même un geste – pour saluer les visages – pour rejoindre – au-delà des promesses d’abondance – quelque chose posé discrètement en nous – et à nos côtés ; l’esprit autonome, peut-être, loin des bannières et des dynasties, qui préside – appuyé contre l’autel des Dieux – une forme de cérémonie secrète sans rituel (ni participant) en récitant à notre intention quelques prières païennes et silencieuses pour nous plonger dans la solitude et l’humilité – et libérer le regard de tous les règnes du monde…

 

 

Ni adage, ni sagesse – à contre-courant du commun – le plus simplement du monde – à laisser mûrir les petites ritournelles et les pentes naturelles pour s’inscrire dans la perspective du sol et du ciel…

Ni crainte, ni terme – comme les adieux les plus fidèles au monde. Le repos assidu sans gouvernance locale. Les yeux au ciel et le dévouement de l’âme – prête à abandonner les offrandes et les peines transportées à dos d’homme. Comme le jour – comme une nuit claire sans le scintillement des étoiles – comme un baiser immense – intense – sans avoir recours ni aux gestes, ni à la parole…

 

 

A califourchon sur l’aire des contraires où tout s’accumule et s’oppose – la contrariété en tête – et ce désir de l’âme qui voudrait tout – et, pour commencer, se débarrasser de tout antagonisme. Comme une sorte de mirage inoffensif – candide – où le puzzle n’aurait qu’une seule face – ni envers, ni profondeur – ni même entre-monde ; une surface – simple – à deux plans – où chaque élément serait dépourvu d’abîme, d’ambivalence et de contraire. Une sorte d’image naïve qui ressemblerait (à s’y méprendre) à l’apparence du monde – et où vivre consisterait à rêver à la manière des simples

 

 

Tout bouillonne – s’empile et s’empale – dans l’esprit. Tout porte – et se déporte – comme si vivre consistait à dériver parmi les vagues, les cohortes et quelques récifs – et à tout franchir à la nage ou en sautillant d’île en île – de port en port – pour rejoindre la mer – lentement – en se laissant glisser vers le seul passage possible, tantôt le monde, tantôt la page…

Ainsi – sans doute – voyagent les hommes – et, peut-être, les poèmes…

 

 

Tout est naissance – monde jaillissant – et restes de ténèbres – dans ces âmes trop proches des rives humaines…

Il faudrait soutenir la courbure du bleu – cette voûte sous la voûte – qui offre aux étoiles leur lumière – et aux hommes ce regard plissé – presque effrayé – devant le jour…

Et rassembler nos bras tendus – des deux côtés – en une seule main toujours encline à offrir – et à partager…

L’Amour face au refus – face à la riposte – comme le seul geste nécessaire…

 

 

Une âme – un espace – où glisser le temps – quelques jamais et mille toujours. L’horizon et la lumière dans le même regard familier des yeux, du monde et de la terre. Amoureux, parfois, de ces rives sans raison où l’on allume mille rêves et mille soleils en guise de lampions…

 

 

Ni chant, ni cercueil – et avec toute l’éternité au-delà. Mille rêves – mille pourquoi – et ce lointain – déjà – qui s’approche pour convertir l’inconnu en regard et en gestes familiers. Et mille feux dans l’âme dévouée à son emprise – livrant sa joie à ce qui s’émeut de toute forme de rapprochement…

 

 

A trop devenir, nous en oublions de nous rejoindre…

 

 

Des visages, des choses, des miroirs. Un peu de ciel et d’espace où poser les yeux. Et le recul nécessaire pour donner à nos gestes la même candeur et la même ardeur que celles des vents…

 

 

A dormir dans la trop grande solidité des jours. A compter les saisons jusqu’à la dernière heure. A défier les vents, les Dieux et la mort. A s’empaler vivant – et l’âme si fébrile – sur ce qui nous écartèle – comme si vivre consistait à oublier l’essentiel et la nécessité du silence…

 

 

Oublié – l’essentiel – comme le plus nécessaire à vivre. Inscrits dans le monde célébré comme l’espace. A retarder la mort – à combler la faim – et à trop courber l’échine devant les visages et les habitudes. Le pas perdu et le sang qui pousse les pieds vers d’autres lieux – vers d’autres infortunes…

Comme un écho à tout ce qui nous fait – et nous fera toujours – renaître…

 

 

Qu’est donc vive la marche – aussi vive qu’est lent l’œil à se transformer. Et ça chante ! Et ça prie ! Partout – l’âme ensommeillée – comme si le miracle pouvait nous être donné – comme si le désert et la solitude pouvaient disparaître. Et dans tous les yeux – cette mélancolie pour exhorter l’Amour à revenir…

 

 

A la pointe de tout ce qui s’émerveille – à la lisière du jour – malgré mille terreurs encore – et, sans doute, autant d’espoirs à vivre…

 

 

A trop se désunir – à vivre dans cet excès et ce vertige – nous refusons le plus simple – la clarté qui court d’une âme à l’autre – l’enfance tombée en disgrâce dans nos aventures. Tous les soleils cachés – et le ciel avalé par toutes les bouches affamées. L’origine du monde – la source des pentes et des chemins – l’aire où l’espace se multiplie à l’envi – tous ces lieux où errent – sans retenue – toutes les foules ivres d’oisiveté et de folie…

 

 

De fausses identités – et cette (pauvre) croyance en l’éternité alors que tout est simple – unique – au cœur du monde – visité comme un rêve – comme un désir multiple censé nous faire survivre à tous les manques…

 

 

Nous voyageons – en figures hagardes – parmi les pierres, les arbres, les visages et le mystère – à la recherche de ce qui nous unit – dans le désir, un peu fou, de nous rejoindre…

 

 

Tout se tient, malgré lui, au centre de tous les cercles. Et nous autres – pauvres humains – pauvres imbéciles – si fiers de rester à la porte – sur le seuil – au cœur des rêves où nous imaginons tous les possibles – le recul du désert et la commodité des routes pour nous conduire de l’autre côté du monde – sur l’autre versant de la vie – en des lieux où tout pourrait jaillir avec aisance – la joie, l’éternité et le plus facile à vivre – dans cette croyance aveugle – et si désespérée – qu’un jour, tout pourrait être franchi – et réuni – d’un claquement de doigts…

 

 

D’un jour à l’autre – d’une saison à l’autre – à défigurer ces journées de paresse et de morne satisfaction – où sous les masques du sommeil suintent (encore) mille désirs et mille refus – et le plus grand désespoir – mille frustrations (résignées) à l’égard de cette existence si indigente – si famélique…

 

 

A ne reculer devant rien – et à s’effacer comme l’exigent – presque toujours – les circonstances. A être plutôt qu’à devenir. A contempler plutôt qu’à questionner le temps et à rafistoler les mille déchirures laissées par la fréquentation des visages. A offrir sans exigence ni prêter le flanc aux commentaires et aux désaccords…

 

 

Blanc comme la neige qui recouvre le monde en hiver. Bleu comme l’océan et le ciel immense dont on ignore l’envergure et les frontières. Rouge comme le sang, le désir qui monte du fond des veines et les feuilles des arbres à l’automne. Jaune comme l’or, la joie et le soleil. Gris comme la boue, la cendre et la tristesse des âmes. Noir comme la nuit et l’ignorance…

A deviner – partout – l’innocence – derrière toutes les couleurs – derrière toutes les figuresdu petit peuple du silence et de la terre

 

 

Dans le rêve du vivant – la plus infime trace de silence – et l’étreinte de l’entente qui, avec les Dieux, nous exhorte à nous rejoindre…

 

 

Ni gain, ni temps, ni poignée. Le plus sauvage – attaché (depuis toujours) au désert et à la solitude – et qu’il faut convertir en figure exigée – familière – naturelle, en somme – malgré les lois, les grimaces et les résistances. Se désinvestir entièrement des rêves – et s’éloigner du plus grisant pour laisser arriver l’inexorable. S’écarter des chemins tout tracés pour laisser s’approcher la lumière et s’édifier le rassemblement afin de devenir un homme au cœur libre, à la main pleine et à l’âme (joyeusement) soumise…

 

 

Déjouer les règles imposées par le monde – puis s’en défaire. Aller là où la pente s’incline – dans l’ordre naturel exigé par le silence. Ne résister ni à l’écrasement ni à la tentation de devenir davantage qu’une figure mendiante. S’exclamer en un murmure – et dire notre surprise (et notre joie) devant l’inéluctable. Faire pencher la balance – de l’autre côté de l’abondance – vers la simplicité joyeuse et les usages mesurés…

Ecrire encore quelques lignes – quelques poèmes – pour clore la quête, célébrer le règne de la vérité – et inviter les hommes à l’humilité – toujours plus juste et active que toutes les formes de contrainte et de conquête…

Sortir enfin de la rêverie – de cette folie aveugle et collective – pour faire émerger les conditions propices à la mutation nécessaire…

Ni dogme, ni fuite, ni cachot. L’exercice le plus salutaire pour ce qui n’a cessé de naviguer dans l’illusion et de fréquenter les pollutions les plus mortifères…

 

 

Plus déchirés que vivants – au cœur de ces tentatives et de ces errances. Chargés d’un temps et d’un gonflement identitaire poussés jusqu’à la dérive – jusqu’à l’impasse – jusqu’à la chute (inévitable) – hautement nécessaires, sans doute, pour transcender les conventions – et aller au-delà des certitudes et de l’idée (si ancienne) de finitude…

Ni destin, ni route nouvelle. Quelque chose à l’image de deux mains nues – tendues vers chaque visage – inoffensives – bienveillantes – silencieuses – à la fois au-dedans du monde et posées sur le rebord d’une fenêtre immense pour offrir à (tous) ceux qui se présentent la blancheur requise et la possibilité de la rencontre et du rassemblement…

 

02 octobre 2018

Carnet n°164 Le monde et le poète - peut-être…

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Tout nous est si familier ; la peau – le soleil – l’ombre et l’éclat – l’exubérance et la sagesse – la vie – la mort – et l’esprit écartelé entre ce qui reste et ce qui s’en va…

Tout nous est si familier ; les danses – l’orage – la vaillance et la volonté – l’abandon et la paresse – le désir et ce que l’on murmure dans les prières – Dieu – les arbres et le silence – l’attente des hommes et ce regard posé à la source – sur toutes les choses du monde…

 

 

Un lieu, un corps, une âme. La place où s’écrit le poème – où se dessine le voyage – et où demeure, en secret, le silence…

 

 

Ombres piétinées – et piétinantes – qui naviguent inlassablement sur les eaux de l’absence. Avec un peu de rêve – et un peu de nuit – au cœur de cette ivresse à vivre. Ce que les Dieux ont, sans doute, façonné avec ce qu’ils avaient sous la main ; une folle ardeur aux yeux fermés…

 

 

Nous défions le sommeil et la léthargie des voyageurs – ces vies soumises à la paresse et aux habitudes – ce qui s’accorde si bien à l’attente et au néant – pourvu qu’ils demeurent confortables…

 

 

Quelques notes sur un bout de papier – comme exigence et impératif quotidiens – comme habitude et antidote à la torpeur – pour témoigner de la rencontre avec l’essentiel – avec la présence – qui se porte discrètement – presque secrètement – au milieu de la foule. Ce que révèle l’œil solitaire dans la compagnie de tous les infinis. L’ordinaire et le plus simple – vissés au front – vissés à l’âme – affranchis de l’ostensible et de la prétention…

Ce qui fait, sans doute, du poète, un familier d’une sagesse et d’une folie – depuis trop longtemps oubliées par le monde…

 

 

Monde, visages et carnets. Ce qui est nécessaire – ni plus, ni moins – au poème – pour inviter l’homme – et les âmes – à découvrir, en eux, la lumière…

 

 

Si bavard est le voyageur – autant qu’est silencieux le sage – avec le manque foudroyé au fil des pas…

Au terme de la marche, ne subsistent que la lumière et l’invitation à dévaler toutes les pentes jusqu’à la confusion du monde et des visages – jusqu’au centre où tout se rassemble et s’efface – jusqu’à la disparition des noms et des Autres au profit d’un seul baiser – immense – permanent – et de l’émergence de nos deux mains indéfiniment ouvertes…

 

 

Aussi seul aujourd’hui qu’autrefois – mais le cœur éclairci et l’âme docile – infiniment plus flexible – devenu, en quelque sorte, l’instrument du silence et des circonstances…

 

 

Ici – sans limite. Et jamais ailleurs – qui n’est qu’un souvenir ou une attente…

 

 

Une rive – mille rives – et l’eau qui passe – en parole – en campement – jusqu’au bout de l’énigme. Seul – sans alliance ni compagnon – à faire émerger, en soi, la halte nécessaire à la fin de toute emprise…

 

 

Celui qui chante – celui qui danse – et se tient silencieux a, ne l’oublions pas, mille fois pleuré – et mille fois cherché – autrefois. D’excès en surprise – de rencontre en désillusion – en proie, depuis mille siècles, aux luttes, aux doutes et aux adieux – et au faîte, aujourd’hui, de ce qui ruisselle sans jamais s’attarder – sans jamais revenir. L’horizon, à présent, happé dans la distance la plus familière. Au centre des miroirs – en ce lieu qui semble (encore) si mystérieux pour les hommes…

 

 

Une enclume – et le matériau des alliages converti en plomb – en boue – pour transformer la poussière et l’existence – en or – en silence – en lumière – sous le marteau de l’acquiescement tenu par cette folle ardeur…

 

 

Un gisement, un feu et l’érosion progressive. L’exploration à la hache et la roche fendue à la hâte – sur ce versant du monde qui ressemble tant à la nuit. Mille fables – et autant de mythes – à polir sous la lampe des voyageurs – et à dépecer au milieu des braises – pour s’avouer – finalement – vaincu(s) au terme de l’exercice – et prêt(s) (enfin) à s’ouvrir à l’ultime élan qui porte vers le vide et le silence – et à la solitude qui redonne au monde et aux visages une allure plus réelle – une allure plus vivante…

 

 

Tout se délite et s’efface – et rien – jamais – n’apaise, ni ne console. Et il (nous) faut apprendre – continuellement – à vivre dans cet inconfortable entre-deux…

 

 

En définitive, nous ne cherchons que le silence – que les hommes nomment de mille manières différentes…

 

 

Nous n’avons que quelques jours pour creuser – pour découvrir et comprendre – et demeurer au centre de tous les imprévus – ce que les hommes appellent hasard – existence – destin – rencontre. Au cœur même du silence que tout traverse…

 

 

Un trou dans le monde pour percer tous les secrets…

 

 

Ce qui s’invite à l’échelle de l’homme n’est que la part perceptible d’une envergure démesurée – d’un infini – essentiellement – invisible…

 

 

Les jours passent – entouré(s) toujours des mêmes visages qui s’usent aussi lentement que notre ennui. A dire ceci – à faire cela – à commenter mille circonstances dérisoires. A aimer – et à haïr – alternativement (et parfois même simultanément) – le monde et tous les événements de notre vie…

 

 

L’humanité ne se distingue du monde. Comme lui, elle n’est mue que par les habitudes et la transmission de la mémoire – et est contrainte, face aux événements et à la souffrance, de s’adapter, d’inventer et d’explorer. Adepte, malgré elle, de la survie et de l’expansion. Et participant, à son insu, à l’illusion et au mensonge – quasi originel – de l’esprit…

 

 

Tout, en réalité, ressemble à l’aube – naît d’elle et la rejoint – après quelques tours inéluctables (et, si souvent, malheureux) parmi nous…

 

 

Discret – profond – les gestes justes et lents. Une vie et une parole libres – façonnées par un ailleurs – un espace intérieur mystérieux – l’infini peut-être. Et les pas nécessaires au quotidien. Une existence hors du monde et du sommeil. Plus proche du ciel et de la vérité que des sages et des essais savants. A l’égal, sans doute, des bêtes et des fleurs – des montagnes et des rivières – des herbes sauvages et des arbres. Anonyme – solitaire – intensément joyeux – au milieu de la tristesse et de la mort – au cœur de l’illusion – sous tous ces faux soleils imaginés par les hommes qui rêvent (depuis toujours) d’échapper à la solitude et au néant…

 

 

Les adieux comme les retrouvailles seront toujours – éternels…

 

 

Le chemin, souvent, précède les signes – puis, un jour, ils finissent par se rejoindre – et se confondre. Ensemble – ils peuvent alors explorer et relater le même espace – ce lieu au cœur – et en surplomb, du monde…

 

 

Ecrire – comme des doigts qui dessineraient dans l’air – sur le ciel invisible – vierge – sans trace – la nécessité d’un soleil pour offrir à la souffrance – à toute la souffrance du monde – un peu de chaleur et de lumière – pour rendre l’attente plus supportable – et réussir – pourquoi pas ? – un jour, à transformer l’existence en silence – en regard clair sur le manque et l’insuffisance…

 

 

La main – proche du jour – voisine du monde – et résidente du sang – sur la chair, sur la page et le ciel – livre son encre, sa semence et sa folie – comme une invitation – et une menace à l’ordre du monde. Et elle parvient, parfois, à plonger les visages et les âmes dans les flammes – au cœur d’un espace hors de contrôle – à ramener les dissemblances au dialogue et la solitude aux rencontres – et à devenir l’air, l’eau et le feu – toutes les circonstances – et non une forme d’éloquence sèche et hautaine – pour accompagner les destins (tous les destins) dans leur long voyage vers l’infini…

 

 

Tout apparaît – et s’insinue dans ce qui rythme la vie et la marche. Et tout glisse au fond du cœur pour rejoindre en amont le cri des âmes inquiètes face à la folie du monde – et faire naître des larmes dans les yeux lucides – encourager la main sur la page – et les pas dans le monde – et défier (enfin) la certitude et la mémoire – toutes ces traditions qui confinent à l’aveuglement et à la répétition…

 

 

Invisible – ce destin – comme la trame sous-jacente qui nous relie…

Espace où tout se rapproche et se rassemble – où tout s’unit en un seul visage – où la vie et la mort se tiennent par la main pour danser ensemble – et où le présent est la seule possibilité d’hier et de demain…

En ce lieu où nous pouvons (enfin) devenir ce que nous avons délaissé depuis si longtemps…

 

 

Encore un peu de suie et d’encre noire pour saturer l’air – et la page – trop tristes de voir, partout, la mort régner comme la seule loi du monde…

L’homme et l’innocence – la joie et les tourments – pour faire table rase du passé – libérer les âmes soumises à la mémoire et les têtes engorgées de temps – pour devenir la feuille blanche – l’esprit vierge – l’espace vide. Ce qui demeure après la chute, l’échec et la défaite – ce qui subsiste une fois le trop plein effacé…

 

 

Regard et chants – bruits et plaintes – ici et ailleurs – fruits du silence et du monde. Cadre de l’évidence et de la sauvagerie où règnent pêle-mêle (et sans partage) – l’ignorance, l’irrespect et l’incertitude – le sommeil profond (et si insensible) des âmes – l’intelligence et le silence – l’émotion, les destins et les gestes les plus justes…

 

 

Et tous ces mots gorgés d’ombre et de lumière pour essayer d’éveiller, en nous, le plus sensible

 

 

Une vie à l’ombre du monde – aux pentes abandonnées – où le rire coule comme l’eau des rivières en serpentant, avec aisance, entre les pierres lisses et noires…

 

 

Tout, à présent, devient silence – espace de mille effacements – ciel et page blanche – où tout vient se blottir – se plaindre et s’exercer aux mille usages du monde. Entre pluie, neige et soleil – entre désert, foule et solitude – parmi l’indifférence des visages et la surprise de quelques âmes émerveillées par la démesure de cet accueil…

 

 

L’existence – un fleuve – un bref passage – une fuite brutale – avec quelques souvenirs empilés – et affadis – par le temps – et un désir sans inflexion – pour poursuivre sa route entre les mille frontières qui séparent le monde de notre visage.

Passé le premier choc – passés le premier gouffre et le premier émoi – nous voilà contraints de vivre, tout au long de cette existence, au cœur de l’illusion – renforcée par cette hargne insensée de l’identité et de l’appartenance…

 

 

Du dehors au dedans – le temps d’une vie – de quelques années – et de mille pages griffonnées. Le temps de se débarrasser des signes et des privilèges de la naissance – et d’éliminer toute prétention et les trop grandes particularités du visage humain. Le temps, à peine, d’un soupir et d’écrire mille poèmes (de plus en plus anonymes). Le temps de découvrir le silence et de s’effacer…

 

 

Tout vacille – et est incertain. Tout semble noir et blanc – fier et recroquevillé – résistant et craquelé par la faiblesse et l’ardeur du sang. Tout s’invite – et se dessine ; le monde, l’âme et l’enfance dans les têtes et sur les chemins. Mille pages – mille paysages. Les noms gravés dans la poussière – et le sable des édifices érigés pour célébrer les victoires et les conquêtes. Le bois des cercueils et le marbre des tombes. Ce que nous entonnons au printemps et après la saison des récoltes. La nuit – le jour – et l’humanité implorante – ignorante toujours – incapable (encore) de comprendre le fondement des destins et de répondre, de manière juste et sensée, aux mille questions qui taraudent les hommes depuis leur naissance…

 

 

Des traces et des limites – à effacer et à franchir – pour rapprocher le sang et le langage – la vie et notre visage. Et offrir au monde le silence qu’il espère – et quelques gestes pour apaiser (provisoirement) le manque des hommes…

 

 

Il n’y a nul ailleurs – nul avant – nul après – nul toujours et nul jamais – mais l’impératif de l’abandon – et l’urgence de l’effacement – pour déjouer la gravité et les périls qui pèsent sur le jour et l’innocence…

 

 

Tout vient – et se déroule – le temps d’un soupir – le temps d’un baiser – le temps d’une larme – le temps d’un regret. Puis, tout nous abandonne. Et après mille passages, nous avons encore la faiblesse – ou la bêtise – d’espérer un retour – le recommencement ou le prolongement de la même histoire…

Le temps est l’aveu d’une impossible fixité – et le signe que quelque chose demeure en dépit de son écoulement apparent…

 

 

Le poids des pierres – le poids des livres – sur notre vie. Toute cette noirceur et cette gravité qui nous éloignent de l’innocence et de la blancheur du monde et du silence. A passer son existence à déchiffrer mille signes sur le sable alors que l’aube s’offre – presque sans raison – à ceux qui vivent, marchent et agissent virginalement après s’être posés mille – dix mille – questions peut-être – et qui ont, peu à peu, appris à transformer l’incertitude et l’effacement en alliés du regard. Et qui voyagent, à présent, en se laissant guider non, comme autrefois, par la chance et la volonté – mais par l’Amour, la clarté et les circonstances…

 

 

On a beau essayer de s’insensibiliser – d’offrir à l’indifférence une place de choix dans notre vie – de s’absorber dans mille pensées et mille activités – de feindre le désintérêt – subsisteront toujours en nous cette terreur et ce questionnement (si essentiel) face à la mort – et le besoin d’un sens – d’une explication – affranchis de toute forme de croyance…

 

 

Au bord de nous-mêmes – autant qu’au fond de l’abîme – ce précipice aggravé par le monde et les hommes au fil de l’histoire…

 

 

Nous marchons sur des traces déjà anciennes – explorons les interstices de la langue – et franchissons les limites imposées par le monde – pour goûter, à travers la précarité des existences, ce qui tremble et frémit sous les blessures laissées par les visages et les chemins…

 

 

L’écriture semble grave (si grave) dans cet air du temps si frivole – si léger. Comme un pieu – ou une épine – dans le cœur des hommes (selon les jours et la sensibilité de ceux qui la reçoivent). Comme une question lourde – austère – lancinante – immergée au fond des croyances et des vies désinvoltes – et le besoin, si récurrent, de l’âme dans ces siècles où seuls le corps et l’apparence de l’esprit son célébrés…

 

 

L’interrogation et le doute sont gravés à l’envers du silence. Et la mort règne toujours au dos de la lumière. Ni échelle, ni barrage – une simple question de perspective pour vivre soit comme les bêtes et les pierres, soit au plus proche de l’âme – au plus proche de l’homme…

 

 

Auprès de ceux qui ne savent ni vivre ni mourir – les deux poings serrés – tantôt dans la révolte, tantôt dans l’amertume. A l’ombre de cette indigence et de cette tristesse qui étouffent – si sournoisement – les hommes…

 

 

Être – être là – sans rien dire – sans rien faire. Présent – simplement – auprès de ceux qui souffrent et s’interrogent. A offrir ni croyance, ni promesse – et, bien davantage que le témoignage d’une traversée – une perspective et une manière de faire face aux circonstances autant qu’une façon d’écouter ce qui nous hante pour retrouver – ou raviver peut-être – un espace au fond de l’âme – cette capacité originelle de l’esprit à défier l’illusion – et à s’en défaire – et cette inclination à privilégier la sensibilité face à l’indifférence pour restituer un peu d’innocence et de beauté au milieu de la violence et de la barbarie…

 

 

Tout arrive – et s’inverse. Tout peut arriver – et s’inverser – d’un instant à l’autre – malgré la routine des jours, la torpeur de l’esprit et l’inquiétude de l’âme. Nous vivons – fragiles et instables – prémunis contre rien – protégés ni du meilleur, ni du pire – plongés dans cette oscillation permanente entre la douleur et l’agrément – entre la laideur et la beauté – entre le miracle et le malheur…

 

 

Tout fléchit sous l’ardeur du temps. Comme enfoncé(s) au fond de l’impossible – entre le triomphe – quelques victoires – et la débâcle – mille défaites inéluctables – sans jamais savoir sur quoi appuyer notre regard et notre pas…

 

 

Défaits par mille attentes – par mille fatigues – et l’implacable besogne de la lumière. Contraints d’accepter notre ignorance et notre impuissance – et de nous abandonner aux forces du monde et aux circonstances…

 

 

Nous vivons comme des sacs gorgés de peurs, de luttes et d’espoirs – à la merci du possible et du probable. Soumis à la nécessité (que certains préfèrent appeler hasard) et à l’acharnement de la lumière – si désireuse de nous faire émerger du sommeil. Voués, un jour, à exploser pour éliminer toutes les frontières qui nous séparent du reste du monde – de tout ce à quoi nous pensons être étrangers

 

 

Vivre simultanément la conscience éternelle et le corps en sursis – la permanence et l’éphémère de la forme – sans cesse en péril – sans cesse compromise – sans cesse recommencée. Voilà peut-être, entre mille autres choses, l’un des enjeux majeurs de l’existence humaine…

 

 

Bariolés – encore – cette étoffe et ces rires revêtus pour les circonstances. Ni vraiment clairs – ni franchement sombres – entre le jaune des étoiles et le gris du monde. Et qui s’endossent comme si la tristesse et la nudité pouvaient être recouvertes…

 

 

A découvert – vivant – comme le souffle sur ces pages. Mille fois ascendant – mille fois agrippé à la pente pour éviter la chute (inévitable pourtant) – et autant de fois recommencé. Comme une manière d’éradiquer cette terreur devant le vide et la folie du monde – et d’apaiser cette attente angoissée du point final. Comme une manière de troubler les sens et de surprendre l’âme dans sa tanière…

 

 

Nous semons – avec l’inconnu – l’innocence – la nécessité du recueillement – et l’aptitude à s’émerveiller devant ce qui passe – et devant ce qui s’aventure au-delà du connu – au-delà des frontières rassurantes…

Avec (encore) un peu de sang sur les mains et ce déploiement de la chevelure dans les flammes. Vivant (presque) à la manière des bêtes et de la lumière – ivre – libre – joyeux – mais jamais certain d’arriver sain et sauf jusqu’au soir…

 

 

A cueillir mille fleurs – et autant d’épines – dans le ciel à notre portée. Imaginant un monde – mille mondes – derrière l’horizon. A tordre le cou au désespoir pour survivre (de façon si malhabile) sur cette corde qui borde l’abîme. A prier – l’âme inquiète – sur le petit parapet de l’angoisse. A vivre, en somme, au milieu des reflets – avec le désir d’une lune moins sauvage – plus familière – plus encline à nous éloigner des malheurs…

 

 

Nous quittons le gouffre et les écritures maudites pour un lieu où le silence est la seule voix

 

 

A s’enquérir du monde pour honorer une vieille tradition. Enrôlés de force dans l’armée des ombres – en rêvant d’un ciel traversé de secrets faciles et de hasard conciliant et réparateur. Le destin adossé, en quelque sorte, au mur sans voir le crépuscule arriver. Riant aux éclats dans un silence toujours plus angoissant et mystérieux. Pleurant, chaque jour, au milieu des visages indifférents – avec le tragique galvanisé par les encouragements de mille têtes invisibles. A vivre – et à trembler – à genoux – parmi les tombes et les âmes en sursis – parmi les hommes et les existences sans espoir et sans profondeur…

 

 

Tout se dévoile au cœur du regard. Mille choses – mille visages – mille frontières. Et autant d’interdits et d’obstacles qui nous empêchaient de nous découvrir

 

 

Bercés par l’ombre des ressemblances et des ingratitudes. En déroute – comme le jour qui se lève au milieu de la brume. Âme et corps transis dans l’aube et la solitude – pourtant irréprochables…

 

 

Ici – ailleurs – partout – le même centre – ce lieu où nous demeurons – immobile(s) – sans espoir et sans emprise – présent(s) – au seuil des pas et des visages – à regarder et à sourire – et à aimer le voyage et les voyageurs – la poussière soulevée par les pas – toutes les errances, toutes les impasses et tous les dévoiements de l’Amour. Silencieux – aussi muet(s) dans l’herbe rouge que face au ciel – sur nos pages…

 

 

Nous sommes l’encre et le chemin emprunté – le rire et l’abandon – les jours mal célébrés – et la joie d’être et de courir partout…

Et, sans doute, devrons-nous suspendre ce voyage

A tire-d’aile – déjà – dans tous les passages ouverts – le monde recroquevillé – presque inexistant – au fond de la mémoire. Gonflé – tout entier – de lumière et de légèreté…

 

 

Patience et temps arrachés par les années – indemne – au milieu de la confusion – entre les graines, les tombes, les désirs et les ossements – à goûter à la rondeur des yeux et de l’âme parvenus au-delà de l’illusion – au seuil, peut-être, de ce bleu infini que nous imaginions si vide – et si effrayant – autrefois…

 

 

De l’ombre au silence – du bruit à l’effacement – voilà la seule trajectoire possible pour l’homme. Les autres voies ne sont qu’un prélude – un passage – le temps de l’enfance, en quelque sorte, passée devant un miroir et à fouiller le sable – pour y examiner son visage – et y dénicher quelques pièces d’or inutiles…

 

 

Déjà – une voix en nous – se rétracte. S’affaisse devant les couleurs de l’automne. Sur les pierres éraflées par tant de passages. Dans le vertige de l’absence et la clameur du temps…

L’hiver sera solitaire – joyeux, sans doute, malgré la pluie et les mille tombes qu’il nous faudra creuser pour y déposer la dépouille de ceux qui auront vécu parmi nous…

Vivre deviendra silence – présence – faîte de notre si longue (et si vieille) boiterie. Et nous ne pleurerons, sans doute, pas lorsque les cloches célébreront les morts…

 

 

A être – plus qu’à devenir – comme ces fleurs qui ne passeront pas l’hiver…

 

 

Visage sur lequel tout s’est effacé. Un reliquat de traits – encore vaguement humains – où l’on devine l’œuvre des jours – mille blessures aujourd’hui refermées – et le passage bouleversant de la lumière…

 

 

Tout se déverse dans l’obscurité fratricide. Et la mémoire ne parvient à compter ni les crimes ni les souffrances – ni même les faiblesses de l’âme – et moins encore les mille sommeils qu’il nous a fallu endurer pour traverser cette épreuve. Aujourd’hui, la torpeur s’est retirée. Restent cette main voluptueuse – rouge – lumineuse – secourable – et ce regard posé sur les êtres et les choses – réconcilié (en partie) avec le monde…

 

 

Braises et semences disparues – envolées sans doute. Debout – discret – devant le monde. Aux confins d’une éternité – immortalisée par quelques sages – à se demander encore d’où vient le poème – et à qui il est destiné…

 

 

Ni fuite, ni sommeil. Pas même un rêve – ni même une parole à offrir. Comme une fenêtre sur le monde – tantôt ouverte, tantôt barricadée – et comme un miroir abandonné à l’ignominie des hommes et à la laideur des usages – à travers lesquels surgit, de temps à autre, une paume tendue…

 

 

Ni mort à ensevelir, ni secret à révéler. Le plus simple. Et le plus tendre du langage. Comme un appui – une caresse – pour traverser les malheurs – et dessiner une porte discrète au fond des impasses…

 

 

Tout s’habite – jusqu’à l’éclatante droiture de l’âme – blessée, pourtant, mille fois par le monde et les mensonges…

 

 

Nous n’inventons rien – nous enfantons le possible – en instruments, si dissemblables, du même silence…

 

 

Tout nous porte à croire et à ruser – tout nous porte à lutter et à nous imposer – alors qu’il suffirait de s’effacer pour vivre (et agir) de manière juste – et être (véritablement) ce que nous sommes

 

 

Tout nous est si familier ; la peau – le soleil – l’ombre et l’éclat – l’exubérance et la sagesse – la vie – la mort – et l’esprit écartelé entre ce qui reste et ce qui s’en va…

Tout nous est si familier ; les danses – l’orage – la vaillance et la volonté – l’abandon et la paresse – le désir et ce que l’on murmure dans les prières – Dieu – les arbres et le silence – l’attente des hommes et ce regard posé à la source – sur toutes les choses du monde

 

 

Tout nous invite – et nous appelle. Tout nous caresse – et nous rejette. Tout arrive – et finit par se dérober. L’œil, les gestes et les foulées au milieu de l’espace…

Et, un jour, sans même nous en rendre compte, le monde et les visages s’effacent – et nous disparaissons – sans laisser la moindre trace…

 

 

Le corps – présent – tout entier – pour dire le monde. Et l’esprit pour révéler le secret de l’espace – l’étrange intimité du regard

 

 

Tant de vide et de chemins fréquentés. Tant de ciel et d’espoir. Tant de faiblesses et de beauté. Et cette infirmité exaltée par le désir, la volonté et nos mille tentatives maladroites. Un peu d’attente – et plus d’un voyage seront (sans doute) nécessaires pour nous mener au centre du regard – et être (enfin) capables de contempler, par la fenêtre entrouverte, la folle agitation du monde – et son rapprochement inéluctable…

 

 

Une fable, un délice, un Amour. Et la boucle est bouclée – presque achevée – jusqu’au retour suivant…

 

 

Plus rien ne nous étonne, à présent ; ni la mort, ni l’Amour, ni la précarité des destins. Pas même la résignation et la fausse importance que nous nous donnons pour défier – ou déjouer peut-être – les ténèbres sans espoir que nous fréquentons…

Le rire a remplacé la surprise. Et nous guettons – l’œil attentif – tous les signes silencieux de la seule révolution possible – de la seule révolution nécessaire ; le passage de la distraction au questionnement – puis la conversion du questionnement en silence – cette lente marche des esprits vers l’infini – à travers l’effacement* des singularités et des différences apparentes…

* l’effacement psychologique, bien sûr…

 

 

Aux nécessités du monde, nous répondons par un geste – par quelques gestes parfois – indispensables. Et, lorsque cela nous est possible, nous rétorquons par un sourire et un grand silence – qui ne sont, bien sûr, ni un acquiescement, ni un encouragement – mais une manière de ne pas alimenter la bête – de ne pas nourrir la bouche du monstre

 

 

Nous échouons tous – mais dans chaque geste demeure une grandeur – la possibilité d’une grandeur (si nécessaire face aux désastres du monde) – que quelques-uns (trop rares) parviennent à rendre vivante…

 

 

La poésie dure – et durera toujours. La parole gravée dans la roche – ou imprimée sur la page – restera vivante (quoi qu’il arrive) – disponible – et follement nécessaire – tant que le monde tournera autour du mystère – tant que vivre ne saura contenter les hommes – tant que subsistera la moindre question – tant que tous les secrets n’auront été percés – tant que le silence nous demeurera étranger…

La poésie est un instrument vital – essentiel pour le monde, l’être et les Dieux – sans lequel la vie se limiterait à une forme d’aliénation et à un jeu absurde (totalement insensé) que rien – ni le courage ni l’obstination – ne permettrait de transcender…

 

 

Tout – déjà – tient dans notre main – et dans l’âme suffisamment vide pour tout accueillir ; l’ombre, l’enfance, l’histoire – et jusqu’au silence gravé à l’envers des êtres et des choses…

 

 

Bleus – fragiles – ce lieu – cet espace – et ces chemins vers l’aube silencieuse. Routes, fils et passages. Vents et tourmentes. Silhouettes qui rôdent. Paroles graves. Etoiles, ciel et dérives en pagaille. Et l’âme si austère – et si sensible à la misère et au désarroi des bêtes et des hommes. Mains impuissantes et buste penché sur la page pour décrire le monde – et y revenir (un peu) peut-être…

A nous investir dans une affaire qui – sans doute – n’est pas la nôtre…

 

 

Faire entendre sa voix – une voix comme les autres – une voix parmi les autres – dans ce vacarme que chaque bruit supplémentaire amplifie et renforce. Parler – mais à quelle fin sinon celle de vouloir transformer sa parole en loi – en autorité… Toujours insuffisante, bien sûr – infirme – comme amputée – inappropriée – et paradoxale même – pour souligner la nécessité du silence…

Mieux vaudrait se taire – et attendre avec patience et courage. Apprendre à vivre à l’écart – loin des hommes – loin du cirque et des manèges – loin des promesses, des commentaires et des menaces. Et laisser mourir le brouhaha et les chants parallèles. Devenir l’espace – ce qui accueille – ce lieu que les hommes longent sans un regard – le cœur chagrin et l’âme si insatisfaite pourtant…

Se fondre, en somme, dans la matrice du monde – à l’abri des histoires, des passages et des discours. Là où l’être – le plus simple et le plus nu – ont élu domicile bien avant la naissance des spectacles…

 

 

Trop de tout – et pas assez de silence. Trop d’or – trop d’ardeur et d’attente. Et cette clarté qui fait défaut dans le regard. Trop d’étoiles – trop de gloire et de sommeil. Et cette brume qui a tout recouvert…

 

 

Distraits – comme tout ce qui s’avance – l’œil rivé au miroir – et, entre les mains, la faim, la demande et l’espoir. Le nom qui recouvre la tête – et une seule prière au fond de l’âme…

Et ça crie ! Et ça geint !

Et ça pleure ! Et ça rêve !

Et ça devient ce à quoi destine le désir – et ce dont le monde a (faussement) besoin !

Comme des enfants naïfs – si naïfs – qui tendent leurs mains vers les flammes – et les plongent (tout entières) dans le feu – pour essayer de saisir un peu de lumière…

 

 

A trop vivre sur terre – sous trop de poids – sous trop de peines – encerclés par trop d’images et de miroirs – l’œil est – irrésistiblement – attiré par la lucarne – à travers laquelle filtre un peu de lumière – à travers laquelle brillent – lointaines – la promesse d’un ciel infini et l’envergure d’une existence affranchie…

 

 

Tout s’en va – et, devant nous, ne restent que quelques cendres – et, en nous, cet immense chagrin…

 

 

Rien n’arrive vraiment – tout passe et se retire – presque aussitôt. La terre ne sera jamais le lieu de la découverte – le lieu de la traversée seulement. C’est dans l’âme que se trouve le plus vrai – l’espace de la rencontre – la demeure du plus durable – cette éternité sans raison

 

 

Seul(s) – bien sûr – autant que l’âme et le silence – autant que la lumière sur cette terre trop populeuse – si grouillante de voix et d’infimes différences…

Et nul chagrin dans le lointain – la même joie qu’au cœur du plus proche. L’inconnu familier – toujours – au plus près de soi…

 

 

Rien que pour nous – ces chants et ce silence qui n’inquiètent que le possible – l’envisageable – le « pensé » qui jamais ne demandent à s’approcher – ni à connaître le plus simple et le plus vrai. En concurrence, depuis le commencement du monde sans doute, avec l’impossible et l’impensable…

 

 

Il faudrait apprendre à devenir humble et silencieux face aux circonstances. L’histoire – toutes les histoires – perdraient alors leur importance – et n’auraient plus rien à (nous) révéler. Et nous pourrions alors demeurer ainsi – les yeux grands ouverts – et les lèvres muettes – à veiller sans fin au cœur de l’éternité…

 

 

Tout devient vague – creux – suspendu – malgré le poids du monde sur les destins – malgré la précision du temps et l’éternel mouvement des mains qui vaquent, de manière si automatique, à leurs affaires

 

 

Mille visages – et personne pourtant. Pas même un sourire – pas même une main – ni même un encouragement à vivre et à chercher. Et moins encore une approbation – un signe de tête – pour démêler le vrai du mensonge – et le meilleur du pire…

Quelque chose comme un désert – un lieu de profonde indifférence où l’aube n’est que le recommencement du jour précédent…

 

 

Ni rêve, ni orchestre. L’impression d’un nulle part – d’un déjà vu – où les masques ne servent qu’à feindre et à survivre au milieu du mensonge et de la sauvagerie – et où les visages n’ont besoin de personne – sauf, peut-être, pour rompre la solitude et agrémenter l’ennui…

Un monde de comédiens et de clins d’œil où les grimaces sont réservées aux tristes figures – aux pauvres âmes – qui cherchent la vérité – un peu de vérité – dans cette immense tragédie…

 

 

Tout – comme des vagues sur le sable – et comme une grève sur laquelle tout s’efface…

Et nous autres, tantôt goutte, tantôt grain, jetés ici et là – sans cesse ballottés entre ailleurs et un peu plus loin – entre le début et la fin – entre le haut et le bas – entre le possible et l’inimaginable – au milieu des tourmentes – au cœur du vertige – plongés dans cette envergure démesurée de la transformation et de la continuité…

D’une escale à l’autre – ainsi dérivons-nous sans nous arrêter jamais – oubliant l’île – oubliant l’âme – et cet espace – partout – au-dehors et au-dedans – où tous les voyages, un jour, prendront fin…