Paroles confluentes* / 2018 / L'intégration à la présence

* Fragments du dedans et du dehors – de l’homme et du silence – qui se combinent simultanément dans l’âme, sur le visage et la page…

Il est un temps pour parcourir le monde et les saisons – les mille chemins exigés par les hommes. Et un autre pour se laisser traverser – presque immobile – par les heures et les visages (quelques visages). Et un autre encore – plus tardivement peut-être – pour rompre avec toute forme de présence et de temporalité…

Nu – sans même oser exprimer notre pudeur et notre joie à nous laisser dévêtir – à nous laisser dépouiller jusqu’au dernier souffle – jusqu’à la dernière pelure – jusqu’à l’ultime goutte de sang…

 

 

Ce que la main édifie – rangée après rangée – n’est que vent, poussière, illusion. Bruits arrachés à l’origine. Vibrations dans le silence. Peu de chose, en somme ; terre aride – inculte – d’où rien ne peut jaillir – ni le regard, ni l’élan nécessaire à la transformation…

La boue restera boue. Et l’or restera ce vieux rêve d’abondance – cette fausse promesse de fortune et de jouissance…

Chair et âme – toujours – enchaînées à cette nuit sans conscience…

 

 

Déracinés – et sans épaisseur. Yeux plongés au fond des ténèbres…

Et l’on voudrait nous faire croire que l’homme n’est pas soumis à la malédiction – et qu’il représente encore un possible – et même une issue – pour le monde…

Croyances aveuglées et aveuglantes. Postures et danses ridicules au milieu du bruit – au milieu des vents. Sillons dérisoires et mensongers dessinés sur le sable pour nous laisser espérer une histoire – et une fin – moins tragiques…

 

 

Il faudrait rejoindre le monde dans son impasse – et y vivre de toute son âme – pour se réjouir de l’activité des hommes…

 

 

Sur notre pierre – porte ouverte aux vents malicieux – à attendre une embellie – un présage – la simplicité d’un chemin – une main tendue vers le sommeil. Un regard immense au milieu des cris et des caprices. Le génie de l’Amour pour nous faire rejoindre ce que les Dieux (et les prophètes) nous répètent depuis des siècles ; le sacre du silence et l’avènement de l’innocence en nous…

 

 

Bout de ciel sur la page qui n’a plus rien à offrir sinon le silence – cette sagesse sans attente et sans espoir – qui se livre à ceux qui piétinent (encore) dans leurs marécages hivernaux – et toujours solitaires dans leur désarroi…

 

 

Creuser la profondeur – jusqu’à la béance – jusqu’au gouffre – jusqu’à la chute – jusqu’à la perte – pour découvrir l’unité et l’identité originelles – intactes – malgré la multitude et l’illusion édifiées par le monde – et élevées au rang de lois universelles…

 

 

Il faudrait – sans doute – transformer les édifices en espace – les tentatives en attente – et la parole en silence – pour commencer à découvrir ce que notre ardeur essayait vainement de dénicher dans sa conquête – intensément exploratoire et appropriatrice – du monde…

 

 

Dans la solitude se côtoient l’intime et l’infini – le monde et le silence. Et la seule gloire tient à l’humilité de l’être – et à la simplicité du vivre. Le reste est – simplement – offert à la main qui sait se tenir ouverte face à ce qui surgit…

L’intériorité et les territoires apprivoisés d’un geste – égal peut-être à celui des âmes défaites – piégées dans leurs efforts – et prêtes enfin au sacrifice et à la mort…

 

 

L’inexistence comme horizon. La faim retranchée du destin. A vivre et à mourir d’un seul tenant dans la solitude et le silence. La joie au cœur – et affranchi du manque – dans la fabuleuse plénitude de l’instant – au fil des jours – qui, mis bout à bout, forment un destin libre et sauvage – une existence simple – presque élémentaire – libérée du monde et de la folie des hommes…

 

 

Fausse altitude en ce monde qui célèbre les sommets. Fausse envergure en ce monde qui exalte l’expansion…

L’infini et les hauteurs se tiennent au-dedans – humbles – discrets – secrets – et ne s’offrent qu’aux innocents et aux âmes effacées qui ont su plonger au cœur de leur bassesse et de leurs restrictions

 

 

Mille manières de vivre – tremblants – dans l’inquiétude. Et une seule façon de rire au milieu de la misère – en regardant les jours et les visages défiler – sans pouvoir agir sur le moindre destin…

 

 

Nous ne sommes vivants – à peine survivants – sous les chants, les chapelets et les prières. Les yeux fermés sur les pierres, les sentiers et les dépouilles. A honorer ce coin d’ombre où la vie nous a poussés. A labourer le sol et à quémander au ciel et au reste du monde quelques privilèges – quelques compensations – avant d’être plongés dans la terre. Si terrestres – si humains – en somme – sur ces rivages peuplés de bêtes et d’instincts…

 

 

Tout est rire et illusion, en vérité, parmi la faim qui gronde et la mort qui rôde. Privilège des sages à l’écart des routes et des assemblées édifiées pour jouir d’une gloire grotesque et dérisoire…

 

 

Regard apprivoisé – serein – sur les jeux, les danses et les départs. Yeux en surplomb du monde, des rivages et des visages. Quelques mots pour se moquer des routes et des sillages tout tracés – et des voilures en partance amarrées aux grèves surpeuplées. Amour et lumière posés bien au-dessus des temples et des Dieux. Âme vide – harassée – presque moribonde – usée par tant de tentatives, d’espoirs et de recommencements. Mains ouvertes – à présent – et l’esprit enfin prêt à sortir de son affreux cachot pour vivre hors des grilles et apprécier l’envergure de la solitude et du silence…

 

 

Passions affaiblies à présent – avec, dans l’air, le parfum d’autrefois, quelques effluves d’ailleurs et de vilaines déchirures transformées en souffle. Et au-dedans, la porte ouverte. Ce qui se retranche à tous les ajouts. Ce qui sait se défaire de tous les amassements. L’oubli et l’essence du vivre. L’être et la respiration. Quelques pages encore à écrire. Un peu de joie et de silence. Et l’ardeur pour aller plus loin – ou pour tout recommencer peut-être…

 

 

Ce qui est unique – essentiel – fondamental – éternel. Et ce qui s’use et se défait jusqu’au plus complet dénuement…

 

 

Ardeur, poussière et vacance – voilà, peut-être, la plus simple manière de résumer le monde…

 

 

Séparés les uns des autres par l’oubli du plus commun. Fils distendus. Et les différences, si évidentes, des âmes et des visages. Tout en pagaille – en conflit – en aspérités – en interstices et en intervalles. Ce qui s’élève – et ce qui s’articule – dans l’opposition et l’emboîtement des ambitions. Et les désirs amassés qui ne forment, en vérité, qu’un seul espace où tout peut (enfin) jouir du rassemblement et du silence retrouvé…

 

 

Comme une voix qui s’assèche – comme une tenaille tenue par deux mains furieusement opposées – plongées (depuis toujours) dans le même affrontement. Ondes heurtant l’air. Innocence sur les foulées éblouies. Perdu – dispersé – et retrouvé enfin au plus bas du souffle – dans les profondeurs hivernales de l’âme – sur un peu de neige où la lumière a élu domicile. Le sol foulé – et l’étendue immobile enfin déplacée du dehors vers le dedans. Et le rire qui remplace la parole comme un pied de nez aux hommes et à la raison. La terre défracturée. Et le fond du jour qui, en nous, émerge pour saluer le monde à la dérive – et affermir les pas sur ce qui se décomposera toujours…

 

 

Ecrire comme le soleil qui, chaque jour, dévoile – à travers quelques traits de lumière – mille et un paysages. Des ombres dessinées avec un peu d’âme (etun peu d’encre aussi)…

 

 

Là où l’on se tient – dans la respiration la plus ordinaire…

Et cette porte derrière laquelle s’exténue l’éphémère – derrière laquelle s’acharne la raison – sans deviner l’espace que leur cachent leurs ambitions…

 

 

Quelque chose d’un peu sauvage – à l’abri sous la neige. Réfractaire au monde et aux visages agglutinés – trop paresseux et obstinés pour échapper au sommeil – en attente d’un souffle et d’un élan qui ne viendront – sans doute – jamais…

 

 

Âmes froides et visages sans grâce – trop éloignés du feu pour découvrir le ciel hors du rêve – hors de la pensée…

 

 

Heurtés par la descente du jour – les lèvres trop éblouies pour témoigner – et émettre même le moindre soupir…

 

 

Perdus – ici – ailleurs – comme sur cette étendue sans emprise – sans limite. Avec sur les joues, ces larmes qui ressemblent à la rosée. L’esprit absent – sans incidence ni sur le sol, ni sur les existences. A attendre le mûrissement de ce qui tremble (encore) sur la pierre…

 

 

Une traversée en boucle – de la source à l’achèvement – sous l’égide du temps et de l’éternité – pas encore réunis – ni dans l’âme, ni dans la main…

 

 

Le retranchement et la discrétion – l’effacement et la soustraction pour donner corps – et même chair – à cette âme sans illusion – à cette âme depuis trop longtemps en perdition…

 

 

Tout ce que l’on enlève – et que l’on doit encore ôter – pour que ne subsistent que l’Amour et le silence…

 

 

Chaque jour – à recommencer avec la même innocence – à écrire ce qui s’invite au-dedans pour rompre ou résoudre le rêve – et échapper (maladroitement) à cette terre humaine invivable – trop indolente – trop assoupie – pour défier l’horizon, les habitudes et le mystère…

 

 

Tout ce qui dure – et la joie de l’étreinte. A travers nos doigts – à travers notre âme – où tout glisse et s’enfuit…

 

 

Le cheminement – désordonné – elliptique – effarant – et effroyable si souvent – par-delà le souffle et les élans – pour nous mener là où l’innocence ruisselle comme l’eau des rivières – là où la terre n’a plus rien à réclamer (ni à envier ) au ciel – là où les vents font sonner les cloches des retrouvailles ; notre envergure et notre identité communes où se mêlent l’infini et tous les visages du monde…

 

 

A armes – et à distance – inégales face au mystère. A avancer tantôt vers le mythe, tantôt vers la vérité. Recouverts, peut-être, par trop de masques et de désirs – par trop de rêves et d’illusions – pour nous tenir, sans attente, près de la lampe sur ces rivages gorgés d’absence et d’espérance…

 

 

Trouées de vide, de blanc et de silence. A peine les vestiges de quelques mots – et la trace de quelques pas. Comme l’affirmation et l’infirmation de tout – et de son contraire. Comme un regard sur presque rien – sur si peu de chose(s), en somme ; nous, le monde et l’univers – vivants – au cœur de ce qui demeure imperceptible par les âmes (encore) si ingrates – (encore) si grossières…

 

 

Tout arrive – tout avance – jusqu’à son terme – sans que rien ne change – sans que l’immobilité ne soit jamais ni compromise ni corrompue…

 

 

Le vide comme espace tantôt glacé, tantôt brûlant – au gré des vents et des feux allumés aux fenêtres de l’âme…

 

 

Marche et regard – constants. Partout – la vacance et l’illusion du voyage…

 

 

Quelque chose au bord – prêt à tomber. Entre l’horizon et le silence. Et ces empreintes (maladroites) que le sable recouvrira bientôt. Vents encore. Et le ciel en face. Âpre – dénudée – cette figure à peine légitime – méticuleuse pourtant – au plus près de l’effacement – et sur les routes encore – fragmentée – écartelée par la certitude et l’incohérence – entre blancheur et découragement…

 

 

A bâtir – sans comprendre – dans le désir de jouir d’une envergure et d’une (fausse) liberté plutôt que laisser s’effilocher tous les gestes et toutes les œuvres inutiles…

 

 

L’illimité et l’hébétude des regards. L’infini en lui-même – effaré et perdu face à sa propre envergure…

 

 

Toutes ces terres – et ce souffle – et cette ardeur – utilisés pour le moins utile ; la satisfaction du ventre – et jamais celle de l’âme. Le front, sans doute, trop embarrassé pour s’engager dans une perspective plus large – qui s’avérerait, pourtant, infiniment plus salutaire…

 

 

Tout se fracture – et se dénude – et nous n’avons d’yeux que pour les parures et la chair corrompue…

 

 

Espace sans lumière – aux murs blêmes – au fond épais – opaque – couleur de bitume. Au pied des façades érigées pour tromper la soif et l’ambition. Les mains ligotées et la bouche muette à force de larmes. Le vent – encore – à travers les fenêtres entrouvertes – qui invite les âmes – et les fronts – à s’agenouiller et à embrasser la terre noire et la poussière pour honorer les actes et les cendres des ancêtres – toutes les traditions (mortifères) de la réclusion ordinaire et résignée…

 

 

A amasser plutôt qu’à soustraire – le geste et l’esprit enferrés dans le rêve et le désir d’abondance. Et l’âme docile – prête à froisser sa seule ambition

 

 

Sans pourtour – ni véritable limite – le silence retrouve enfin son espace – ses terres – le cadre antérieur à son rétrécissement historique. L’aire la plus vaste – le point le plus dense – que notre ardeur et notre sauvagerie firent – peu à peu – éclater en danses – en vagues – en foulées sautillantes. Autrefois désert – et aujourd’hui habité…

 

 

Plus rien – pas même un souvenir entre nos mains lasses. Ni même l’attente d’un visage ou d’un paradis. Et moins encore le désir d’un autre monde. A peine un regard sur la bestialité et la convoitise – inévitables…

Une âme silencieuse – enveloppée dans ses replis – sans contact avec le froid alentour…

 

 

La parole poétique est la seule à dire (ou à pouvoir dire) le silence – et à essayer de l’étoffer pour qu’il s’insinue au cœur du monde – au cœur du brouhaha ambiant – jusqu’au cœur du moindre bruit…

 

 

Ni consistance – ni destination. Un peu de rire – seulement – sur ce qui semble exister. Ni Dieu, ni raison – ni même vérité. Un regard et le silence. Un peu de neige – quelques traits de lumière – sur ce qui – inexorablement – s’enlise et disparaît…

A demeurer ainsi – dans cette blancheur sans contrariété. A aimer les cris, le ciel et la page. Ce qui respire – et ce qui s’offre, au même titre que l’Amour, à tout ce qui étouffe sous les plafonds du monde…

 

 

Tout n’est que phénomène et parenthèse – risibles – dérisoires – aussi précieux qu’inutiles…

 

 

Avec le vent – se renoueront, peut-être, la chevelure et la clé – la fontaine et ces terres brûlées (dérobées au silence) – le désert et le peu d’abondance nécessaire à la vie joyeuse – à l’existence sans impératif…

 

 

Avec le monde enfoui – recouvert à présent – réémergera, peut-être, le chant au-delà de l’homme – le silence gravé à l’envers de tout – présent partout – jusqu’au fond des âmes les plus absentes – jusqu’au fond des âmes les plus insensibles – jusqu’au fond des âmes les plus férues de savoirs et les plus gorgées de pourquoi…

 

 

Une lumière – pâle d’abord – presque tragique – inscrite au loin – derrière l’horizon – puis sur la page – prête à gravir, une nouvelle fois, toutes les pentes – à semer partout la déroute et la pagaille – et à offrir ce qu’elle a de plus mystérieux – de plus pur – de plus précieux ; le secret au fond duquel tout est né – le monde, les visages et les chemins – et la folle aventure des hommes…

 

 

Sans nom – à démonter (humblement) les mécanismes de la morale humaine pour faire émerger l’éthique la plus nue – la plus simple – et l’être au monde associé. Quelque chose de moins tragique – et de moins péremptoire – que les règles et les lois du monde…

 

 

Obéir au souffle indocile au sommeil – qui s’obstine jusqu’au seuil de l’Amour retrouvé – et qui laisse au-delà le silence régner sur le monde – et l’âme répondre aux nécessités des pas et des circonstances…

 

 

Quoi de neuf – quel substrat supplémentaire au fond de l’œil – dans l’antre du désir ?

Rien – la même chair à dépecer pour assouvir la faim – celle du ventre – et effacer tous les appétits – ceux de l’âme – pour tenter de se résoudre sans avoir à percer tous les mystères du monde

 

 

Qui s’intéresse donc à notre sort – sinon, en nous, cet espace nu – dépouillé – entouré par trop de bruits, par trop de nuit, par trop de visages…

 

 

Il faudrait vivre et témoigner comme si nous étions seul(s) à habiter ces rives. Et être – et agir – comme si tous les visages du monde étaient les nôtres…

 

 

Peut-on aller au-delà de l’innocence… Y a-t-il quelque chose derrière le silence… Qui sait ? Qui peut savoir ? Et comment poursuivre ce voyage pour apaiser (et, peut-être même pour guérir) l’âme et le monde – et être (enfin) capable d’acquiescer à toutes ces danses fébriles – inépuisables – désespérantes…

 

 

Des mots – comme des pierres jetées sur l’inutile…

Un besoin d’ancrage – simplement – pour échapper (provisoirement) à la folie du monde – et apaiser – adoucir peut-être – cette existence, parfois, un peu (trop) éprouvante…

 

 

Le tragique absolu de l’existence – aussi grotesque que dérisoire – aussi hilarante que ridicule. Ce que nous oublions (presque) tous – et (presque) toujours – en vivant…

 

 

A force de bégayer, peut-être parviendrons-nous, un jour, à nous taire – ou à faire de la parole le lieu du silence…

 

 

Du rêve au silence – de l’abstraction au silence – le chemin à parcourir pour les uns et les autres – selon l’attirance de l’esprit pour l’imaginaire ou la pensée…

 

 

Une parole dont il faudrait tarir la source. Une parole qui pourrait – peut-être (qui sait ?) – revenir à l’origine du silence

 

 

Avec le silence – avec la vérité – rien ne change ; ni le nom, ni le sang, ni l’ardeur, ni la faim, ni la mort. Mais tout se fait moins sombre – plus sobre et plus vivable. L’innocence devient, peu à peu, le centre de l’existence – le seul habit nécessaire, en quelque sorte – le seul lieu où il nous est possible d’écrire, de vivre et d’aimer…

 

 

D’un trait – d’un silence – à dire ce qui nous envahit – ce qui nous déborde – ce qui nous déchire – tout ce qui nous rend si fragiles – et si incohérents – face au monde. Désaccordés, en quelque sorte, à l’espace – à l’origine – et aux rythmes lents de l’âme. Au bord du gouffre et de la noyade – presque toujours…

 

 

Des paysages sans soleil – gorgés seulement d’espoir et d’absence. Des rives peuplées de ruses, de déchirures et de visages. Mains derrière le dos pour flâner les yeux en l’air – ou mains à la ceinture prêtes à saisir le poignard (et la faux du Diable) pour protéger leurs territoires – leurs récoltes – tous leurs maigres larcins…

 

 

Entre merveille et tragédie – à vouloir jouir du monde sans porter ni le poids, ni la responsabilité des drames. Plus lâches qu’innocents, sans doute. A mêler nos pas aux danses pour avoir l’air aussi humains – aussi inhumains – que les Autres…

 

 

Des jeux, des rires – des tombes, des larmes – presque toujours sans incidence sur le monde et les destins. Une manière, peut-être, de combler les heures – de passer le temps – avant d’être (à son tour) fauché par la mort…

 

 

Au cœur de l’enclos – avec, au centre, Dieu ou la mort – selon la sensibilité de l’âme. Quelque chose au goût d’ailleurs – presque toujours indétectable – et inaccessible – de son vivant…

 

 

L’anneau au doigt – l’anneau au cœur – pour sceller les alliances – et faire front ensemble face à l’adversité – face au hasard – face au destin…

Mains supplémentaires et Dieu – alliés de notre survie – alliés du partage et de la misère – alliés de notre fardeau – pour faire face au monde – pour faire face au ciel et à la solitude – pour faire face au silence et à la mort. Et mille rêves encore – et mille rêves toujours – dans le regard commun…

 

 

Un regard qui cherche entre la pierre et l’étoile – entre la nuit et la faim. Une âme plus seule – et plus égarée – que les autres. Un gué – un pont – un chemin à travers l’eau et les broussailles pour apaiser – et guérir peut-être – le cœur si rude – si aveugle – si incertain…

 

 

A la lisière – entre l’obscurité et la chair – à répéter ce que l’oreille distraite (presque toujours) a déjà entendu mille fois. Ce que nous sommes – ce que nous fûmes – et ce que nous serons – à jamais…

 

 

Immuable et instantané – ce que nous sommes – et ce que nous cherchons…

 

 

Champ où l’acte devient possible – espace et silence où tout naît, prend forme et s’enracine. Le provisoire au cœur de l’éternel – et le limité au cœur de l’infini…

Et ça s’emmêle – et ça se mélange – pour tout rendre opaque – jusqu’au monde – jusqu’aux âmes qui cherchent – jusqu’aux yeux qui regardent

 

 

S’écarter suffisamment de soi – s’effacer – et demeurer – concomitamment – au centre – au cœur de l’attention – pour laisser la place au monde et au silence – à ce qui accueille et à ce qui surgit… Voilà, peut-être, le secret que cherchent, depuis toujours, à percer les hommes…

 

 

Quelques éclats d’écriture pour descendre le secret de ses escarpements – pour témoigner – humblement – de ce que l’on apparente communément à l’indicible – de la simplicité du plus complexe et de l’accessibilité de ce qui semble (presque toujours) incompréhensible et impénétrable par l’esprit humain…

L’infini et l’éternité à portée de regard – à portée de souffle – à portée de main – pour que le geste et la parole deviennent profondément justes et respectueux – pour que le monde s’affranchisse (enfin) de sa bestialité et de ses instincts…

Toute notre ardeur, en somme, vouée à établir les conditions propices au jaillissement de l’Amour…

 

 

Hors du regard, il n’y a ni monde, ni lumière ; il n’y a que la nuit et le néant – et l’impossibilité de la délivrance…

 

 

Tout flotte – à présent – anéanti et intact. Et par-devers soi, tous les territoires, toutes les frontières et tous les drapeaux détruits – effacés. L’espace seul – grandiose – infini. Le silence, le souffle et l’ardeur. Et la joie des retrouvailles…

Visage à peine humain où se mêlent quelques restes d’autrefois, mille déchirures (presque entièrement) cicatrisées, le feu – et l’ivresse d’être là – vivant et mortel – dérisoire et précieux – joyeux et pathétique – au milieu du monde – au milieu des Autres – au milieu de toutes ces figures qui, un jour, se rejoindront pour devenir les nôtres…

 

 

Le monde – l’ensemble du monde – enfourné dans la bouche – dans les yeux et la tête – pour nourrir le corps et l’âme – ces infimes fragments de matière et d’esprit. Bouts de soi nourrissant – et se nourrissant – d’autres parts d’eux-mêmes…

 

 

Rien autour – le noir et la nuit – seulement – éclairés par le centre et la lumière…

 

 

Il est un temps pour parcourir le monde et les saisons – les mille chemins exigés par les hommes. Et un autre pour se laisser traverser – presque immobile – par les heures et les visages (quelques visages). Et un autre encore – plus tardivement peut-être – pour rompre avec toute forme de présence et de temporalité…

 

 

Nu – sans même oser exprimer notre pudeur et notre joie à nous laisser dévêtir – à nous laisser dépouiller jusqu’au dernier souffle – jusqu’à la dernière pelure – jusqu’à l’ultime goutte de sang…

 

 

L’âme vierge dans sa coquille qui, peu à peu, se transforme en écrin. Et qui s’ouvre, progressivement, au monde – à la nuit – aux visages et aux chemins – sans rien cacher aux mille démons qui s’impatientent dans leur sommeil – derrière les figures alignées qui défilent sous nos yeux…

 

 

Du sable mouillé par l’océan et les larmes de ceux qui regardent – impuissants – l’étendue et l’horizon…

 

 

La terre mêlée au vent – l’eau et le feu des sous-sols – à parts égales sans doute, avec l’espace au-dedans. Ni vraiment homme, ni vraiment Dieu. Quelque chose à la lisière des mondes – aux confins des possibles. Un curieux mélange de chair, de souffle et d’infini – presque ridicule pour l’œil confiné aux apparences – mais inégalable pour les yeux transformés en regard…

 

 

Ni fracture, ni stabilité. Ni étendue, ni immobilité. Un seuil sous le front – entre les tempes – à la surface tantôt claire, tantôt bleue (teintée de nuit). Le portrait d’une faim et d’une récolte dessiné à la craie sur le bitume des jours. Mille printemps – mille siècles – et l’éternité au-dedans. Et cette sagesse à l’intérieur – emmurée par mille croyances, par mille désirs, par mille espoirs. Et ce qui se précise – toujours – cahin-caha – au fil du passage – au fil des traversées successives – au bout de la raison – au bout de tous les pourquoi…

 

 

Sans doute existe-t-il un versant plus ample de l’existence que cette fumée qui monte du monde et des destins qui – toujours – se consument en allant ici et là – et qui – toujours – brûlent en marchant à reculons – sans voir ni la suie, ni les cendres qui s’amoncellent au fil des pas…

 

 

Une page – un espace – une étendue – où le blanc remplace le sommeil et les tentatives – et où le silence fait naître le rire sur ce qui s’essaye encore à laisser quelques traces

 

 

Lignes et livres humbles – presque anonymes – sur ces terres en feu – sur ces terres brûlées où les paupières sont scellées dans la pierre – où les dérives naissent à même la rive – à même le cours du voyage – et où les vents sèment au milieu du désordre les graines de la révolte – les balbutiements de l’insoumission face au destin si tragique – si pitoyable – de la chair…

 

 

Terres singulières et l’apprentissage (parfois laborieux) du rire. Et la surprise sans cesse renaissante lorsque dans les veines, la joie et l’incertitude remplacent le sang et les habitudes…

 

 

Ni jour, ni secret. Le plus simple et l’évidence. Ni lampe, ni neige. Dieu écarté de son trône – et descendu parmi nous. L’enfance et la poésie. Le ciel, le regard et le silence. Et tant de pages à écrire encore…

 

 

Entre la pierre et la brique. Entre les lèvres et le monde. Entre le sable et la neige – ces lignes qui roulent comme l’eau des rivières le long de ces berges mornes…

 

 

Saisons au lieu du jour. Echafaudages sur la terre. Ardeur pour dessiner quelques tours, quelques bruits et quelques danses sur ce que ni l’âme, ni la main ne pourront effacer…

 

 

Aujourd’hui, le rire et l’évidence. Si différent des saisons passées dans le doute et la tristesse. Et demain ? Nous ne savons pas. Peut-être – sans doute – n’y aura-t-il plus jamais de lendemain…

 

 

Etrange sommeil sur ces pierres alors que dans le sang gronde tant d’ardeur…

 

 

Entre innocence et rudesse – cette parole adressée à personne sinon (peut-être) à ceux qui la laisseront entrer, avec les vents, dans leur âme si fébrilement interrogative

 

 

Lumière en eaux profondes. Bouée lancée dans la houle pour que toutes les frontières, un jour, puissent être franchies…

 

 

Faces aveugles à étancher leur soif plutôt qu’à se pencher sur les mille blessures laissées par les visages et les chemins…

 

 

Être – infini et éternel – sans nom – au-delà de tous les qualificatifs – ni ceci, ni cela – nulle part – et partout à la fois…

 

 

Ce qui va du dehors vers le dedans – du centre vers la périphérie – du fardeau vers la liberté – de la nuit vers la lumière – du mythe et de l’illusion vers l’innocence et la virginité. Et inversement – bien sûr…

Le seul chemin véritable. Le seul chemin nécessaire. Ce à quoi il nous faudra tous, un jour, nous résoudre

 

 

Du livre aux lèvres – il y a un abîme – mille chemins – et mille frontières à traverser. Le même gouffre et la même marche qui existent entre la tête et la main…

Gestes et paroles des Autres – piochés ici et là dans le monde qu’il faut dénuder – dépouiller de toute forme de croyance et d’exigence – pour qu’ils puissent, un jour, devenir profondément nôtres – et jaillir naturellement (avec justesse et innocence) au gré des circonstances…

 

 

Chaque jour – pas à pas – syllabe après syllabe – dans le même désir de silence

Ainsi s’inventent – et s’exposent – l’existence et le langage qui coulent du regard vers le monde – vers la nuit…

Comme de jeunes pousses – un peu d’herbe – quelques fleurs – sous les étoiles – offertes à ceux qui les laisseront entrer dans leur âme…

 

 

Rien à déchiffrer – ni le temps, ni les livres, ni les cathédrales. Un peu de sang – quelques souffles. Et nos doigts et nos âmes si proches – toujours – de notre œuvre et de notre visage communs.

A tout parcourir de la terre aux étoiles – du sommeil au jour promis – l’ardeur scellée dans le pas où que l’on aille – partout où se pose le regard…

Ivre(s) de cette brûlure et de cet allant qui nous portent au-delà de l’homme – au-delà du souffle – au-delà de la mort – jusqu’au rassemblement de tous les lambeaux – jusqu’au rassemblement de toutes les parcelles du monde…