Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Tout est bleu – étoile écorchée – nature morte – chair sanglotante – âme perdue. Et pas même une pierre sur le chemin où poser sa fatigue. Rien que le va-et-vient du cœur qui, avec ses dernières illusions (peut-être), a perdu son ardeur – son allant – le goût d’aller plus loin…

Aujourd’hui, tout est abîmé. L’âme s’essouffle. Le cœur halète. Le front est en sueur. Et la parole prend le pouls de la vie – de la terre – et du cosmos entier peut-être…

Portrait battu en brèche. Chair dépecée – en lambeaux. Et la peur envahissante – comme si elle était devenue la seule amie – le seul témoin de cette chute – de ce déclin…

 

 

Ce que fut l’heure – ce que fut la grâce – ce que fut la mort. Un temps infini – un temps miraculé. Un temps poussé jusqu’à son extrémité. La dilatation, peut-être, d’un désir. La fulgurance d’un destin où l’éveil de l’âme ne fut qu’un fossé supplémentaire…

 

 

D’enfance et de fleurs – ce que nous n’osons encore déshabiller. Comme une matrice cherchant à tâtons le secret caché au milieu de ses enfantements – au cœur de sa progéniture…

 

 

Le rire et la couleur – comme une autre manière d’aller parmi les épines et les jurons. L’ultime chance, peut-être, d’incarner une humanité libre et repentie…

 

 

Tout monte – passe – se prête à tout – à tous – aux mille jeux et aux mille épreuves – comme si le soleil se tenait au bout des doigts…

 

 

Terre d’enfance et de labeur où l’existence consiste à enfanter – et à déployer – ce qui, en nous, s’abrite en rêve. La récurrence et l’expansion à l’œuvre partout…

 

 

Entre ciel et étoiles – tout pourrait refleurir – et recommencer à vivre – comme la graine et le pétale oubliés au fond du jardin. Humus d’un Autre. Réaffirmation du rêve et de la continuité du sang et du sol…

 

 

Abîmes – presque toujours – horizontaux – et pyramidaux – presque malgré eux – selon la manière dont s’exercent les têtes pour se combiner en couches successives et superposées. Côte à côte – et les unes sur les autres – avec suffisamment d’ombre entre elles pour qu’elles puissent s’imaginer seules et séparées…

Des murs énormes – colossaux. Et mille chemins étroits qui serpentent entre les briques et les barbelés. Des frontières, des barrières, des obstacles. Et ces cris qui montent du sol – et des sous-sols – envahis – piétinés – par des âmes trop frileuses pour affronter les pièges labyrinthiques…

La nuit plus grande – et plus féroce – que le désir de lumière. Détention encore – détention toujours – jusqu’à l’éclosion du soleil intérieur

 

 

Nous resterons quel que soit le temps – accrochés au souffle et à l’attente – morts déjà mille fois avant de revenir toujours. Comme la nuit et les cathédrales – à nous fondre dans le bruit des vagues…

 

 

Au creux des mots – de la main – au creux de l’âme – ce langage silencieux – enivré par sa propre voix – discret comme le vent et la rosée sur les chemins du monde. A dire mille choses – graves et légères – avec cette fébrilité des impatients – cet empressement des passionnés – qui rêvent de voir la lumière et l’ardeur envahir ces terres – et ces visages – trop sombres et endormis…

 

 

Rien qu’un nom supplémentaire dans la liste – presque exhaustive – des choses constituées. Rien qu’un visage – quelques traits à peine – une âme peut-être – dans la longue série des figures qui se sont succédé…

Vitrines où l’ombre et la lumière – où les fragments et les commentaires – n’ont jamais cessé de s’entremêler…

Agglomérat monstrueux où rien n’a de véritable valeur

Ah ! Que le retrait, la solitude et l’anonymat sont nécessaires pour toucher au silence – à la gloire méconnue – à l’essentiel…

 

*

 

[Reprise de la dérive ; rupture – tristesse – solitude et retour en soi]

 

Ne jamais considérer le monde et l’existence comme des terrains conquis – acquis – certains – au risque de devenir autoritaire et tyrannique – outrageusement exigeant…

 

 

Survivant(s) permanent(s) – sans cesse confronté(s) à l’épreuve – et se réassurant toujours…

S’encombrant de mille choses – de mille idées – et de quelques visages – pour tenter de donner sens et consistance au monde et à l’existence…

Un peu de poudre aux yeux – agglomérée et transformée en briques, en édifice, en forteresse bâtis sur la poussière, le manque et la peur…

Risible et tragique destin que celui de l’homme…

 

 

La vie – toujours – finit par rattraper les mots pour combler le fossé entre la parole et la réalité. Pour détruire ce qui doit l’être – et pouvoir ainsi avancer vers soi (à petits pas) – vers ce que l’on porte dans la plus haute nudité – et découvrirce qui reste lorsquene reste plus rien – pas même Dieu – pas même l’espoir d’une issue…

 

 

Tout est bleu – étoile écorchée – nature morte – chair sanglotante – âme perdue. Et pas même une pierre sur le chemin où poser sa fatigue. Rien que le va-et-vient du cœur qui, avec ses dernières illusions (peut-être), a perdu son ardeur – son allant – le goût d’aller plus loin…

 

 

Aujourd’hui, tout est abîmé. L’âme s’essouffle. Le cœur halète. Le front est en sueur. Et la parole prend le pouls de la vie – de la terre – et du cosmos entier peut-être…

Portrait battu en brèche. Chair dépecée – en lambeaux. Et la peur envahissante – comme si elle était devenue la seule amie – le seul témoin de cette chute – de ce déclin…

 

 

Un tour de clé – et, en un clin d’œil, les dés sont jetés – et le destin – presque aussitôt – s’effondre…

Et l’âme – dans sa crainte (terrifiante) de souffrir – plonge – tout entière – dans le sommeil – sans pouvoir goûter aux délices du rêve tant est grand – et puissant – le vertige de l’effondrement…

 

 

Mille joies – mille peines – mille espérances – mille désillusions. Ah ! Que le chemin vers le dénuement est âpre – rude – impossible presque – jamais acquis – à renouveler toujours – à chaque instant…

 

 

Que le sommeil soit ensemencé là où la souffrance nous épie – nous empale – nous écrase la joue contre le sol. Et, pourtant, nous avons veillé longtemps dans la chambre – seul face à soi – seul face aux circonstances. Et ce repli n’a suffi à atténuer la douleur…

 

 

Jamais l’on n’assassine l’Amour – on épingle seulement ses empêchements…

 

 

Souvenir d’une voix – d’une ville – d’un amour perdu – dans les traits que la main dessine. Mémoire à genoux – autant que l’âme est prête à s’enfouir quelque part sous la terre – dans un trou – un abîme – inconsolable…

 

 

L’enfant que nous sommes ne grandira jamais – malgré les années, l’introspection, le silence – malgré Dieu, en nous, parfois plus vivant que l’enfance…

 

 

A la lisière du jour, de la peur et du hasard – devenus nécessité – là où demeurent le sourire et la main effarés – et l’âme presque entièrement dissoute. Avec le cœur du monde en soi qui s’est, peut-être, arrêté…

 

 

La solitude à grands pas qui regagne la maisonnée – et la petite chambre où nous nous tenons – noir – anxieux – taciturne – la tête pleine de larmes et de bonheur fissuré…

 

 

Nous sommes ici – tout entiers – dans ce vieux mur qui nous sépare. L’âme encore vive – presque impatiente – qui cherche partout la source parmi les ruines que nos mains, malgré elles, ont façonnées en vivant…

 

 

Eclat d’un amour ancien dans la main posée entre hier et le néant – à la lisière de tous les mondes possibles…

Et cet étrange chemin de fleurs que fera naître ce déluge de larmes…

 

 

Portés mille fois – depuis toujours – et pour l’éternité sans doute – par des courants mystérieux – entre nécessité et épreuves – qui nous éprouvent – nous habillent – nous emplissent – et nous dénudent – pour nous découvrir peut-être…

 

 

Tous ces édifices – ces monuments et ces assemblages – dans nos têtes – qui nous structurent et nous entravent en nous donnant l’illusion d’une construction stable et consistante – libératrice – indestructible. Chimère tragique, bien sûr…

 

 

De tentatives et d’erreurs – cette carcasse sommaire – trop brute – trop grossière, sans doute – malgré la complexité de la tête

 

 

Pendant des siècles – le même visage et les mêmes larmes. Avec cette usure croissante à mesure des pas qui pénètrent l’immensité du désert – intérieur et extérieur – jusqu’à la rupture – jusqu’à l’évidence du désarroi et de la beauté – jusqu’à l’évidence de la solitude première…

 

 

Tremblements jusqu’à la dernière heure. Vibrations, frissons et sursauts de crainte jusqu’à la fin des jours – jusqu’à la fin des temps peut-être…

 

 

Le jour gagne – peu à peu – en grandeur et en beauté – comme si nos yeux s’ouvraient progressivement à la faille, au regard, à la sensibilité – avant de plonger dans l’inévitable (et terrifiante) permanence de l’incertitude…

 

 

A sortir – à devenir – à s’extérioriser – pour, peut-être (simplement), vérifier la présence – et la solidité – du monde – et chercher en lui une part – un élément – de sa propre résolution…

Et cet infini en soi – si dense – si mystérieux – toujours aussi inconnu – toujours aussi inexploré…

 

 

On découvre – toujours – la pierre, les visages, le manque, la faim, l’âme et la mort. Dans tous les ordres possibles. Et l’Amour – et le silence – bien plus rarement…

 

 

L’existence et la mémoire se déchirent et s’ouvrent. Le monde se retire. Le silence appelle et s’insinue. L’âme, peut-être, pourra bientôt exulter…

Qui sait ce que dessineront les jours…

 

 

Sombre – secret – nocturne – comme le sommeil, le monde et le temps. Et cette sensibilité posée à la pointe de la gravité – sur ce socle massif – indestructible peut-être – au fond duquel tout s’enfonce et disparaît – avalé par le noir et la densité…

 

 

Courbée sur le sol – parmi les visages et les pierres – l’âme cherchant sa part – son mystère – sa résolution – comme si la réponse pouvait émerger du monde et de la marche – de cette fouille frénétique hors de soi…

 

 

Socle inébranlable voué à la répétition – à la stabilité du monde et du foyer – de cet entourage de soi élargi – pendant que les Autres – tous les Autres – courent la vie et le monde – en quête de réponses. L’âme esclave peut-être – l’âme esclave sans doute – des élans inépuisables du corps, du cœur et de l’esprit – incertains du temps et des résolutions – incertains des yeux et de la fouille – arpentant fébrilement – désespérément – tous les chemins possibles jusqu’à la mort…

 

 

Ecrire – décrire peut-être – ce grand Amour qui ne nous aura (sans doute) qu’à peine effleuré…

 

 

Et tout ce blanc – à présent – à la place du mystère. Comme un drap sur trop de pertes et de tentations…

Forces et défaillances échangées contre un repli – un retrait – une légère absence…

Temps initiatique, peut-être, où la rencontre ne pourra plus se faire qu’avec soi…

 

 

Ni rênes, ni ambition – qu’un allant vers l’inconnu. Fidèle à ce qui nous porte et surgit. Sans arrière-pensée. A défiler ce que le temps ne pourra jamais transformer…

A cloche-pied parmi les malheurs et les circonstances. Poésie de petits pas où l’obscur, l’ordinaire et la grâce sont contés…

 

 

Au-dedans du dedans – au centre du plus profond – notre premier souvenir – avant même la naissance du souffle. Ce qui se reniflait déjà sur notre dernier cadavre – et tous les autres avant lui…

Cet élan – ce désir de vie, de multitude, de silence et d’unité. Ce qui concède – façonne – et reprend, un jour – d’une main tendre ou violente – ce qui a été enfanté…

 

 

L’effondrement – toujours proche – de la solitude insatisfaite

Là où la clarté des yeux – et la parole de l’Autre – cisaillent et déchiquettent…

Là où tout se réfugie dans le noir, le sommeil ou l’ardeur…

Là où vivre continue de faire mal – et d’éprouver les faiblesses de notre destin – de notre silence – de nos misérables tentatives…

 

 

Personne – entre nous et notre peine. Rien qu’un néant qui tangue et nous fait chavirer. Pas la moindre main – ni la moindre lueur d’un Autre…

Soi entre fatigue et silence – entre agonie et découragement – si peu présent à nous-même(s) – cachés peut-être, l’un et l’autre, là où le refuge et l’accueil sont impossibles…

Comme une absence aux lèvres muettes – aux gestes impuissants – témoin seulement du désastre à l’œuvre…

 

 

Nul vitrail à travers nos murs – gris – hauts – infranchissables. Tristes à pleurer. Seuls édifices dans le paysage. Et ce ciel sombre – noir – épais – opaque – partout où les yeux se posent…

Comme si la solitude était notre destin – et la tristesse, notre malédiction. Comme si l’érosion et l’effondrement étaient impossibles – et le passage obstrué – impraticable. Comme si notre visage était condamné à errer – toujours – sur le même versant de la désespérance…

 

 

Abandonné de tous – abandonné des Dieux – et de soi-même d’abord…

 

 

Et par dépit – par impuissance – on se livre à cette vieille habitude de répéter les mêmes gestes rassurants pour confectionner n’importe quoi – une écharpe ou une couverture de laine – pour recouvrir sa peine, sa peur, ses larmes et le délitement inexorable du miracle et du silence – pour se protéger de l’épuisement et de la lassitude – pour s’éloigner de ce qui gronde dans les profondeurs – pour oublier ce qui appelle et ce qui crie – pour ne pas répondre à ce qui réclame l’éclosion

 

 

Traits qui vont et viennent. Ombres et objets au coude-à-coude. Et le monde – âpre – rude – et l’âme meurtrie – depuis le premier jour – depuis toujours peut-être…

Comme un enlisement perpétuel. L’expression d’une déchirure permanente – inguérissable…

 

 

Tournants de pacotille – voyage de peu de joie. Lente dérive – seulement – vers les eaux ternes du sommeil. Ce que ni les traits, ni la voix ne peuvent ouvrir – et moins encore sauver du naufrage…

 

 

L’obscur entre le possible – insupportable – et l’impossible – inaccessible. Pris dans cet étau de songes qui se resserre sur la chair – sur les os – et sur l’âme – toute tremblante – atrocement effrayée et démunie…

 

 

Rien que l’âme, la peur et l’ardeur pour traverser la vie, le monde, soi, l’Autre et les saisons. Ce qui, en nous, est encore (si faiblement) vivant…

 

 

Combien de siècles devrais-je attendre avant que ma voix puisse (re)trouver le silence…

Isolé comme ces fontaines privées de leur source – et taries par la soif du monde. Moribondes – presque (entièrement) asséchées…

 

 

Son lot de mots, de jours et de possible. Comme une longue errance. Seul et apeuré dans cette grande forêt de visages…

Et le déferlement du monde en soi – tête en avant et l’âme sagement en retrait…

 

 

Tout tourne – toujours. Comme un immense tourbillon – bruyant et épais – qui se transforme – tantôt en pas, tantôt en pages…

Vies, visages et leçons jaunis par le temps – par ce défilé inepte de jours – comme si les saisons pouvaient nous restituer ce que l’esprit nous avait ôté – en réduisant la perspective à ses habitudes…

 

 

Pas d’ami – trop sombre – trop seul sans doute…

Trop profondément plongé dans cette (effrayante) solitude…

N’importe quoi pourrait nous arriver ; sans doute serions-nous seul à pouvoir en témoigner…

 

 

Qui pourrait donc voir (ou même deviner) ce que nous avons posé – si inintentionnellement – sous la langue – au milieu des mots – derrière ces cris et ce souffle parfois trop péremptoire ; un peu de silence sous les bruits – une profonde simplicité sous le verbiage et les circonvolutions langagières – l’Amour irréductible sous la colère (presque) permanente – mille vertus et mille respects, en somme, sous l’offense et la rudesse apparente…

Et, sans doute plus profondément encore, le fond même de notre vie – et toutes nos vaines exigences à l’égard de l’homme et du monde…

 

 

Survivance quotidienne – plongé(s) malgré soi dans les mille tracasseries et les mille contingences de l’existence terrestre où l’enfant et l’innocence cherchent – vainement – leur place. Trop tendres – et trop désarmés – sans doute – pour faire face à la ruse et à la faim…

 

 

Ce sont des larmes – et un peu de sang – que mon feutre trace sur la page. L’aveu d’un échec – l’aveu d’une impuissance – l’aveu d’une longue (et pitoyable) défaite. L’accouchement inexorable du destin de l’homme – voué (presque toujours) à mourir de son vivant

 

 

Sans foyer – sans sommeil. Cent jours – cent siècles – à jeter le même cri – à lancer la même encre – tantôt sur le monde, tantôt sur l’Autre – selon les connivences quotidiennes…

Comme un enfant-vieillard auquel on aurait (toujours) refusé l’âge adulte…

Comme une pierre – rude – noire – fragile – posée au milieu de nulle part – sous des étoiles et des yeux indifférents…

 

 

Un pays de désolation et de solitude – sans compromis – sans consolation. Souillé jusque dans ses profondeurs par cette incapacité à vivre, à accueillir et à s’émerveiller – et par cette inaptitude croissante à être au monde…

Mal – inadapté – partout. Inapte à presque tout, en quelque sorte…

 

 

Vie de supplices et de parenthèses. Vie intranquille et sans permission. Comme le prolongement d’une peur – la permanence d’un effroi au cœur du même abîme – parcouru de long en large…

 

 

Quatre murs – quatre points cardinaux – quatre horizons. Partout – les mêmes grilles et le même sortilège. Le rêve, le désir, le sommeil et l’illusion – mille obstacles, mille empêchements et mille restrictions plantés au fond des yeux…

 

 

Le même chant – le même désir – le même ennui – sous l’arbre, le soleil et la pluie.

Mille siècles de souffrance. L’envergure et les profondeurs (en partie) explorées sans que n’advienne, en vérité, le moindre retournement – la moindre certitude…

La même nuance – toujours – au fond des yeux (presque clos). A mâcher – et à remâcher – vainement la même parole fétide…

 

 

Lieu – passage sans doute – de l’émotion et de la pensée. Comme un orifice – une béance – dans le néant. Comme une lueur – un éclair provisoire – dans la pénombre. Comme une vie – une parenthèse récurrente (et, peut-être, éternelle) – dans l’obscurité – sans la moindre aumône – sans la moindre main tendue – au milieu de la peur et des menaces – au milieu de la ruse et de la barbarie – au milieu de la faim, du mensonge et de la tromperie – au milieu de l’illusion qui semble, en cet instant, si réelle…

Abandonné au vide – à soi – à ce que l’on croit être comme à ce que l’on est sans même le savoir…

 

 

Léger scintillement dans la main ouverte – qui laisse toutes les manifestations du monde libres d’aller et venir…

 

 

Cœur mouillé – détrempé – qui ne sait plus voir – qui ne sait plus écouter – qui ne sait plus ni donner, ni recevoir… Comme un enfant banni du monde – exclu de toute forme de communauté – rejeté derrière ses propres voiles – en cette terre où l’Amour semble perdu – introuvable…

Empêtré dans cette odeur de pluie qui le fera, peut-être, frissonner jusqu’à la mort…

 

 

Du côté de l’ombre – sans doute. Entre ce mur immense – ténébreux – infranchissable – et cette vague idée du ciel que l’âme aurait espéré plus clément ; et qui se montre – de ce côté du monde – de ce côté du cœur – profondément – trop profondément – silencieux ; un silence qui passe pour une indifférence – un manque d’Amour tant le retournement et l’acquiescement sont (devenus) impossibles…

Enfant inconsolé et inconsolable – tant que le cœur ne saura se retourner vers lui-même – vers cet espace, en lui, profondément aimant et lumineux…

Quelque chose d’inimaginable, bien sûr, en cet instant…

 

 

Existence simple et modeste – qui contemple le soleil – toujours trop lointain – voilé par toutes les exigences de l’âme…

 

 

Invité du monde. En ce lieu – à présent – à rogner la perspective idéale sans renoncer aux élans et aux impératifs singuliers – ni aux nécessités naturelles du corps, du cœur et de l’âme. Mais moins prompt, peut-être, à assassiner tous les obstacles – et toutes les causes apparentes de la frustration…

 

 

Âme – jamais – assez tendre – insatisfaite – toujours – du feu et de la cendre. De tout ce qui brûle – du monde sans yeux – du monde sans cœur – et de cette existence sans saveur. Plongée aveuglément au fond de cette impossible issue à son chagrin…

 

 

Chacun – comme tous – comme nous tous – identique(s) – dispersé(s) – à chercher ce qui pourrait nous satisfaire – nous sauver – et nous prolonger jusqu’à l’extase permanente…

Et tous tombés mort – mille fois déjà – avant de pouvoir réaliser le moindre pas…

 

 

Innocence dispersée – encore – entre le soleil et la cendre. Comme un enfant qui court la main ouverte pour attraper un peu de vent…

Mille étoiles sur l’asphalte noir. Mille allées interdites dans l’âme privée de monde et de chemin…

 

 

A goûter la moitié de la vie – la moitié du monde – la moitié de l’âme. Encore trop prisonnier du désir de grandir et d’aimer sans jamais haïr ni disparaître. A l’écoute de ce vivant en nous qui cherche à croître sans jamais accepter les empêchements de l’ombre – son autre part – qu’il a involontairement oubliée tant elle lui semble étrangère…

 

 

Invisible comme le silence – l’écoute – et l’ardeur manifestée (puis consumée). Cette vie portée par le regard. Comme une marche interminable autour – et au cœur – de soi – essayant de se goûter à travers tout ce qui l’effleure et la traverse…

 

 

Âme nue – dépouillée – tremblante – éplorée et implorante – à peine debout – sur toutes les rives où les vents et l’océan se reflètent et emportent ce que nous avons cru être – ce que nous avons cru construire – ce qui nous semblait le plus précieux – et qui, sans doute, nous rassurait seulement…

 

 

A veiller, peut-être, vainement. A attendre ce qui ne viendra, sans doute, jamais. Comme plongé dans une présence et un labeur inutiles – jusqu’à la dernière heure…

 

 

Nous avons retenu le possible jusqu’à nos dernières forces. Et ne reste plus – à présent – la moindre ardeur. A peine le courage de rester là dans la douleur, la tristesse et l’inconfort. En ce lieu qui, à cet instant, ressemble à l’enfer – au néant sans issue, sans appui, sans échappatoire…

 

 

Chemins partagés qui se séparent. Rupture de destins. Et cette main désespérée qui s’agite dans les vagues…

Bout de chair fracassé sur les rochers – âme engloutie au fond des abysses – emportée vers un lieu plus insupportable que la mort…

 

 

Comme un oiseau sans aile sous l’orage. Perdu en plein ciel. A la dérive. Ecrasé par l’Autre – par la vie, la mémoire, la peur et l’inconnu. Comme si les vents étaient un souffle inévitable – un souffle obstiné – jouant (et jouissant de son jeu) avec tous les visages du monde – les faisant tantôt monter et se rapprocher, tantôt chuter et s’éloigner…

Et dans la multitude de ces états, la poursuite, peut-être, de la même unité et du même partage…

La joie unifiée et sereine et la joie fragmentée et errante. L’unité et l’éclat se cherchant l’un dans l’autre…

 

 

Exilé de tout ce qui demeure accroché au loin. Exilé toujours – exilé sans cesse – de la communauté des hommes, de l’Autre, de soi. Ecrasé et soulevé par la puissance du désastre permanent. Seul au monde – et seul en soi – abandonné par le plus précieux que nous portons…

 

 

Jouet des tourmentes et du néant qui brisent et éparpillent l’âme en mille fragments tranchants – en mille fragments infimes – à peine visibles. Aspiré dans ce tourbillon féroce – vorace – où la nuit est présente partout – à toute heure – sur terre comme au fond de l’âme – au ciel comme au fond des yeux. Le noir brutal – affamé – acharné – dont on demeure – à jamais – la proie impuissante…

 

 

Vie et temps sans soleil – aux saisons éternellement tristes. Et cette prière, en nous, jamais entendue – jamais rejointe – irejoignable peut-être. Comme un cri permanent – comme un cri supplémentaire – lancé, à chaque instant, dans l’espace vide du monde et de l’âme…

 

 

De crise en crise – de rupture en rupture – d’effondrement en effondrement – à espérer encore… comme s’il pouvait rester quelque chose à la fin…

 

 

Une âme à terre – un cœur brisé – un semblant de vie – et cette tristesse insondable comme seule couronne…

 

 

Rester l’âme nue sous les pierres et sur la braise. Fragile comme un enfant – comme un nouveau-né – qui sent son cœur blessé – brisé – mutilé jusqu’au fond de sa chair – et ce besoin d’Amour – inassouvi – si puissant encore – prêt à rejoindre – et à embrasser – le premier visage – le premier soleil – à sa portée…

 

 

Si craintif – comme le sang dans nos veines et nos rêves de ciel…

 

 

Embuscades à chaque croisement où guette le néant. Peur au ventre. Avec ce goût amer dans la bouche comme si la mort était déjà, en nous, présente – et prête à nous livrer à l’inconnu. Porte, fente, défaillance. Et pas la moindre issue, en vérité – ni ici, ni ailleurs – et cet espace en soi toujours aussi introuvable…

 

 

Entre déviance et errance – entre déni et méfiance – la peur qui, en nous, fait obstacle – et qui creuse son fief pour interrompre la marche – rendre le chemin plus difficile encore – et l’issue hors d’elle introuvable…

Ainsi, peut-être, se perpétuent le monde, la quête et le désastre…

 

 

Un feu – et une âme, peut-être, brûlée pour rien. Cœur en chute – en cendres – porteur d’une nuit infiniment tragique. Entre délires trompeurs et délices mensongers. Comme le renforcement d’une illusion – d’un écran de fumée entre le réel et ce que nous sommes – entre le rêve et notre désir – intarissable – inguérissable – d’infini…

 

*

 

Devenir son propre Amour et sa propre lumière… Commencer par devenir son propre Amour et sa propre lumière… Puis, voir si l’on peut devenir un infime soleil pour l’Autre, pour les Autres, pour le monde et ce qui nous entoure. Et laisser enfin émerger, de façon naturelle, notre manière spécifique de contribuer à cet au-delà de soi…

Et à l’aune de cette perspective, voici ce qui nous apparaît (pour notre propre cas) : offrir sans attente – ni exigence d’écho – de façon gratuite, invisible et anonyme (lorsque cela nous est permis) – une présence, des gestes ou des paroles (aussi tendres et éclairants que possible) – selon la nécessité des circonstances – en parvenant à s’en réjouir pleinement – à la manière (peut-être) des ermites et des moines plongés dans la solitude et la réclusion – et protégeant leur âme derrière leur clôture – mais dont l’essentiel des prières et des actes – si discrets – si insaisissables – sont tendrement et profondément – tournés vers le monde…

 

 

L’éloignement et la distance sont parfois les plus justes garants de l’Amour vivant – de l’Amour humblement incarné…

 

 

La vie sans limite – et sans limitation possible. A être là – tout tremblant – ému jusqu’aux grandes eaux qui submergent. Dans l’ardeur et la tendresse entremêlées. Couché, en quelque sorte, dans la tristesse et la douceur du cœur ouvert et brisé…

A glisser sans cesse entre le Divin et l’humanité – et d’une extrémité à l’autre parfois – sur cette étrange échelle intérieure…

La vie humble. La vie simple. La vie pure. La vie la plus précieuse, sans doute…

 

 

Ouvert et limité. Offert et repris. Seul – éminemment seul – et complet. Boucle infime et infinie sur elle-même. Unifiée et démultipliée. Sans pareille…

Perdu et retrouvé. Fragmenté et indissocié…

Genèse d’une naissance. Testament d’un ravage et d’une dévastation…

Exil et retrouvailles. Voyage long et difficile – parfois tortueux – souvent douloureux – et évidence fulgurante – sans le moindre détour…

 

 

Tout s’effondre et bruisse de certitudes…

Bras ouverts à l’horizontale – presque en croix. Chevilles liées – engluées dans la matière. Tête attentive – peut-être ailleurs déjà (ou, du moins, en partie). Et l’âme presque à la verticale – vide – posée entre ces vieilles cendres, ces amas de pierres noires et la lumière – sous cette voûte sans témoin – sans horizon…

 

 

Présence patiente aux marges de la page – aux marges de l’écriture – dans la défection du poème – au seuil de cette vie invitante

 

 

Enfant de la nudité et de la désespérance. L’origine du masque et des danses. Le visage de Dieu et de la folie. Ce qui tourne encore – et s’avance, si vaillamment, dans l’immobilité. La joie et la part tremblante. Ce qui défie et ce qui acquiesce. Le monde et la solitude. Ce qui meurt en vivant – et ce qui est vivant au-delà de toute finitude. La vérité et le mensonge. La grâce et l’abandon. Et toutes ces peurs qui emprisonnent. Et l’âme glacée – grelottante – pétrie de froid et de solitude. La foule et la déraison. Le temps et l’instant. Le feu qui veille. Les saisons qui passent. Et la mort qui s’approche…

Tout est goûté – et vécu. Et, pourtant, rien n’est dit. Rien n’existe peut-être… Les mots sont – toujours – impuissants – à témoigner ; chiffon de soie parfumé, en quelque sorte, à glisser dans sa poche – et à sortir de temps à autre pour sentir – respirer – et éprouver peut-être – cette joie – cette tristesse – cette tendresse – et ce silence – inscrits entre les lignes – entre les mots – pour remplacer le bras tendre et aimant d’un-e ami-e – mais qu’il faut ensuite – aussitôt le parfum inhalé – laisser choir sur le sol – ou poser sur un banc – pour qu’un Autre, un jour, le ramasse à son tour et en fasse usage le moment venu…