23 mars 2019

Carnet n°180 Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Il y avait – autrefois – mille pourquoi – mille rêves – mille préférences – mille choses insensées. Puis le monde et le temps les ont, peu à peu, effacés…

Aujourd’hui, je ne suis plus très sûr de ce qu’il reste…

 

 

Autour de moi – je ne vois que des gens qui dorment – un immense sommeil qui a gagné le monde.

Et j’ignore toujours de quel côté du rêve je suis en train de vivre – et d’écrire…

Le réel – bien sûr – n’est, sans doute, qu’une forme de songe. Mais deux ou trois questions alors se posent ; qui est le rêveur ? Où se cache-t-il ? Et qu’attendons-nous pour le réveiller ?

 

 

Les années passent. Et avec elles, l’espoir que tout pourrait être différent…

 

 

Tout se répète d’une incroyable façon comme si le temps était – à sa manière – un vieux disque rayé…

 

 

Rien ne pèse – en définitive. Pas même notre manière d’être vivant. Un peu de vent – un peu de glaise – et le temps a vite fait de tout réduire en poussière – presque en néant. Demeurent – peut-être – le regard et l’instant à vivre – et la certitude (évidente) que tout s’efface – les plus incroyables circonstances comme les souvenirs les plus tenaces…

 

 

Toute nouveauté n’est que l’autre visage du passé – et peut-être même (qui sait ?) celui du premier souvenir

 

 

Tant de gestes et de paroles – et si peu d’Amour en vérité. Comme si nous passions notre vie à fuir – et à courir après – des fantômes…

 

 

Tout se perd – se dilue – se mélange – jusqu’à se confondre…

Un monde où le piège, le chasseur et le gibier finissent par ne former qu’un seul visage…

Nous sommes tous une hache, une flèche, une main tremblante et du sang à offrir – à couler – à répandre…

Rien n’arrive – en vérité – sinon la perte et la mort…

 

 

Tout s’insère – puis martèle au monde sa présence – sans que rien ne soit jamais concédé. Ainsi s’enracinent la souffrance et la frustration – puis, très vite, le malheur et la résignation…

Le pauvre sel de l’existence – la folle espérance de l’homme…

 

 

Quelle route faut-il donc emprunter pour se rejoindre – retrouver son vrai visage – et sa pleine envergure – celle qui ne rechigne jamais à participer aux jeux de toutes les finitudes…

 

 

Que restera-t-il de nous – s’il reste quelque chose – après la fin des temps – lorsque toujours deviendra la seule conjugaison possible…

 

 

Au-delà de l’horizon – très vite – naît le besoin d’un autre voyage que le sien – celui qui sait traverser le temps et la mort – l’âge de l’innocence peut-être…

 

 

Disciple du temps et des circonstances – jamais maître de rien. Novice – sans doute – en sagesse. Et – peut-être même – premiers pas seulement…

 

 

Les infimes poussières de la parole qui – selon les jours – cinglent ou caressent les visages du monde…

 

 

Debout sur tous les promontoires pour goûter à l’extrême du plongeon dans les eaux chaudes ou froides – qu’importe ! Une fois le saut effectué – le fond des abysses demeure inatteignable…

 

 

Ni maître, ni muselière – un simple passant

 

 

Vivre comme si l’Amour était le seul élan…

 

 

L’encre serait-elle le sang de l’âme… Il me plairait alors d’écrire, avec cette précieuse substance, quelques pages inoubliables – plus belles que le monde – plus naturelles que ses artifices – et plus puissantes que notre folle inclination à l’oubli…

 

 

Une lampe au seuil de toutes les portes – voilà ma seule espérance pour les hommes. Moins qu’une espérance – en vérité – une vague aspiration…

 

 

Assis au fond des heures – au sein du réel – au cœur de ce monde parallèle à la pensée. A vivre autant l’âme que la chair – avec toute la force de l’innocence…

 

 

Ce qui nous peuple pourrait-il nous abandonner… Qui – que – rencontrerions-nous donc alors…

 

 

Monde d’un Autre en soi – plus grand(s) que nous…

 

 

A les entendre, les Autres excellent à toutes sortes de choses et d’activités. Moi, j’apprends et je me tais. J’écris – simplement – ce qui semble me traverser…

 

 

Mot à mot – pas à pas – tel est mon rythme. D’un chemin à l’autre – d’une page à l’autre – de rupture en continuation. Et au fil du parcours (s’il en est un…) je sens ma vie s’effacer – et s’ouvrir mon âme…

 

 

Poésie du plus simple. Parole du plus familier. Quelque chose – comme un chant, peut-être, que l’on fredonnerait pour soi-même…

 

 

A marcher – le souffle – sans doute – plus irrégulier que l’âme…

 

 

Une langue souterraine expulsée des entrailles de la terre – des catacombes peut-être – où, sous les débris, on entend encore appeler quelques voix anciennes…

 

 

Odyssée quotidienne sans sirène ni Pénélope. Une aventure – pourtant – étrangement tendre et sensuelle…

 

 

Soleil au bord des lèvres. Et ce restant de pluie que j’entends au fond de l’âme…

 

 

Et cette faim qui – depuis toujours – ignore le malheur du sang…

 

 

Aux extrêmes du monde – le même malheur – et la même joie – qu’entre les marges…

 

 

Accumulations automnales – comme si – avec l’âge – le temps s’accélérait – et se creusait – inutilement – la mémoire…

Et la mort – persistante – permanente – tout au long du voyage…

 

 

Entre la solitude et la mort – toujours – en dépit du monde et des vivants…

 

 

L’innocence – ce qu’auront – toujours – dénié les siècles…

 

 

A s’inventer une vie – comme si vivre ne suffisait pas…

 

 

A se demander encore si derrière chaque étoile se cache la lumière des Dieux…

 

 

Je me sens parfois plus lourd que le monde. Et, pourtant, nous sommes – tous deux – un rêve – l’un peut-être un peu plus dense que l’autre…

 

 

Quelque chose hors du temps – toujours – à chaque instant…

 

 

Terre et pages labourées par les mêmes rêves – pour apaiser deux faims, au fond, pas si différentes…

Il y a toujours eu – en nous – tant de manque et d’inconfort…

 

 

Du bruit et du temps – un peu d’illusion. Et la vie passe ainsi – sans en avoir l’air…

Mais que resterait-il si l’on enlevait le bruit, le temps et l’illusion ? La vie serait-elle toujours la même ? Et si l’on (nous) ôtait la vie, serions-nous (encore) capables d’être – et de dire – ce que nous sommes…

 

 

Vie et mort – le même cirque – indéfiniment prolongé sans doute – comme un cycle – le Cycle – infaillible – aux alternances si mesurées…

 

 

Ne rien dire – ne rien faire. Pas même inscrire sa vie sur les pierres. Devenir le monde et la chevauchée – le vent et le cavalier fou du temps…

 

 

Rien que des mots échafaudés pour apprivoiser la peur…

 

 

Instincts de survie et de rébellion – de soumission et de découverte. A chercher les racines de l’homme et la source du monde derrière les semences du rêve et la fertilité du désir…

 

 

Ce qui exalte les viscères et les désirs issus du ventre. Ni le monde, ni les mots. Les instincts les plus profonds – et l’élan sous-jacent qui les anime ; l’Amour – le silence – et le feu, bien sûr – autant que le goût de soi à travers le jeu de la multitude…

 

 

Ce qui a le monopole du sang – le vivant et la mort…

 

 

Vivant – comme le souffle – au moment précis du trépas de chaque instant

 

 

Ce qui veille sur le chemin – en attendant notre rencontre. Ni le monde, ni les Autres. Le silence…

 

 

Parvenu jusqu’à l’autre âge de la raison – qui semble, depuis tous les autres, une naïveté – une aberration…

 

 

Comme un soleil oublié – trop lointain – inaccessible – dont la simplicité porte à l’explosion et à l’errance – à l’éclatement des galaxies…

 

 

Les secrets trop pénétrables du monde. Et ce joyau – en nous – si mystérieusement délaissé…

 

 

Peines et prières plaintives – comme si la vie n’était qu’une succession d’attentes et de douleurs…

 

 

A vivre comme si le temps n’avait plus sur nous la moindre emprise. L’esprit libre de toute pensée – de toute inquiétude…

 

 

Espoir et solitude de mille années terrestres. Dans le prolongement de la même misère – au cœur du règne si obsédant – si pénétrant – si omniprésent – de la matière…

 

 

A dormir – sans doute – trop présomptueusement sur l’oreiller des Dieux. Mais à devenir moins leur âme que leur rêve…

 

 

L’homme – à s’étonner, sans doute, comme le font tous les crapauds des fables devant l’ampleur de la tâche à accomplir. Ebahi – sidéré peut-être – mais réduit (tout de même) à survivre en copulant dans la mare…

 

 

Comme un infime grain de sable sur la grève – abandonné – à gesticuler sans rien comprendre jusqu’à la dernière heure…

 

 

Paroles de pierre et de sang – comme un étrange (et lointain) écho du ciel chantant…

 

 

A ressasser l’Amour comme une rengaine ininterprétable…

 

 

Pages incendiaires et impétueuses – comme mille feux – mille déferlements – dérisoires – sur les cendres du monde…

 

 

Bêtes pensantes de la finitude – soumises aux instincts et aux impératifs mystérieux de l’infini…

 

 

L’Amour collé à l’envers des destins qu’il faudrait réussir à retourner pour vivre selon ses lois…

 

 

Identités et illusions d’appartenance. Rien n’existe en deçà de l’Amour. Quelques visages – seulement – qui n’appartiennent à personne…

 

 

A même les ombres – à travers nos gestes – l’infini en sommeil – l’Amour endolori – et l’éternité en friche. Toute la finitude à l’œuvre et le règne des instincts…

 

 

Des vies comme des succédanés de joie et d’Amour. Une forme – simplement – de gaieté inconsciente et d’appropriation…

 

 

Le monde – l’ineffable dans son silence. Et les choses et les visages – plaintifs – braillards – toujours surpris d’être jetés là – si seuls au milieu des Autres…

 

 

L’ombre secrète des choses et des visages – dissimulée comme un nez au milieu de la figure – comme une parole dans le silence – comme un peu de sang sur la neige…

 

 

Rien ni personne. Ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. Quelques mots – simplement – sur la page. Une existence – presque – comme les autres…

Vie nomade d’incertitude et de silence…

 

 

Humble – comme ceux que nul ne remarque. Discret et silencieux – presque invisible – comme les pierres et les bêtes…

 

 

D’espoir en prière – une vie d’attente et de mendicité. A défaut de vivre – regarder plus loin et quémander…

 

 

Ces rumeurs du monde – ces bruits de la terre – dans quelles oreilles se perdent-ils avant de rejoindre le silence…

A quelle autre perspective pourrait-on confier ses pas et ses pensées…

 

 

Etabli là où perce le jour…

 

 

Sentiment de funambule sur le fil qu’est le sol – entre le ciel et le néant – entre l’abîme et l’infini…

 

 

Une terre brûlée – noircie par la répétition des pas et la récurrence (obstinée) de la marche…

 

 

Jour après jour – à marcher autant vers sa fin que vers l’infini – où demain sent déjà la mort…

 

 

Empreintes d’encre qui s’effaceront davantage qu’elles ne seront suivies…

 

 

Rester là où la fenêtre devient le seul horizon – là où l’horizon se confond avec les pas – puis avec la présence dont les confins ne seront jamais des frontières…

 

 

Cette solitude sans amant qui nous fait signe sur tous les rivages…

 

 

Le défi insensé de la mort qui – sans cesse – doit affronter les forces incroyables de la vie. Et inversement, bien sûr…

 

 

Là où la vitre cesse d’être une frontière – un reflet – un obstacle…

 

 

Tout finit par se taire – et pourrir. Et à ce terme inexorable, Dieu – au fond des âmes – au fond des tombes – acquiesce en silence…

 

 

A grandes enjambées vers le soir comme une manière illusoire d’échapper au temps. A grandes enjambées vers la nuit pour oublier les malheurs du jour. A grandes enjambées vers l’aube pour s’affranchir de la croyance d’exister

 

 

L’erreur serait de croire et d’imaginer – de vouer ses forces à l’espérance au lieu de vivre – et d’apprendre à mourir – l’âme tendre et acquiesçante…

 

 

Il n’y a rien entre l’homme et Dieu – ni abîme, ni ressemblance – moins qu’un pas – un infime espace à franchir – et une perspective infinie à apprivoiser peut-être…

 

 

L’identité d’un Autre qui nous vit – et nous a créés…

Aussi étranger(s) à tout – à tous qu’à soi-même…

 

 

Une seule route avec mille pas – mille marches – mille visages – identiques et différents…

 

 

A travers toute mort – le soleil – sur l’autre versant du monde…

 

 

Hostile par peur et aveuglement. A vivre dans cette crainte et cette ignorance permanentes de l’Autre et de soi-même…

 

 

Un cri – comme un autre nous-même(s) extériorisé…

 

 

Tout se poursuit sans même que nous y pensions – sans même que nous y participions…

 

 

La nécessité maintient le souffle du monde – le jeu des Dieux qui nous traverse…

 

 

Les lignes parallèles de l’esprit – issues du même centre – se rejoignent dans le silence. Identiques et unies de bout en bout en dépit des apparences…

 

 

Ce qui nous escorte – invisible – secret – mystérieux – a davantage de poids sur nos vies que le monde – que nous-mêmes…

 

 

Tout tourne sur le même axe que la mort – avec, parfois, le souffle et le langage en plus…

 

 

Aussi loin que nous pousseront les forces de vie – jusqu’à la bouche béante – attentive – affamée – de la mort. Passage des ténèbres vers d’autres ténèbres – toutes illuminées, bien sûr, par un feu – et, parfois, un soleil – intérieurs…

 

 

Celui qui ne vit qu’à travers ses pages n’expérimente – ni n’écrit – rien d’essentiel. Il faut pour bien écrire – c’est-à-dire pour témoigner avec justesse, profondeur et authenticité de l’existence – se pencher sur sa feuille avec ce qu’il y a de plus vivant en nous. Il faut mêler son sang, sa sueur et son encre – tremper son âme dans toutes les matières (et toutes les substances) du monde – et se frotter à toutes les aspérités des chemins et des rencontres qui nous sont offerts…

 

 

Chaque mot est une flamme – un silence – peut-être – trop longtemps contenu…

 

 

La tête posée à même le silence – là où le jour éclaire l’autre versant du monde – celui où les visages s’enflamment à force de s’embrasser – celui où la chair et la lumière ont la même couleur – celui où les âmes ne se lassent jamais d’être fraternelles…

 

 

Tout concourt à notre émergence – à notre (si dérisoire) existence – puis, une fois l’expression éclose, à notre disparition. Et les hommes s’en étonnent encore…

 

 

Entité d’instincts et de désirs. Créature de chair, de sueur et de semences – âme à peine balbutiante – si peu interrogative – si peu intéressée par le miracle de la matière et de l’existence – et moins encore par le mystère du souffle et de l’esprit – peut-être plus extraordinaires encore…

Combinaison d’atomes guère raisonnable…

 

 

De la première aurore à la mort – les mêmes ombres et le même crépuscule – jamais enflammés…

 

 

De miracle en miracle – et plongé, pourtant, dans la même misère. Entre Dieu et l’homme. Entre le monde et la solitude. Avec l’allant – et l’opiniâtreté – du pas et de la page…

 

 

La chair marquée par la terre – et enfoncée en elle. Et l’âme vouée – tout entière – au silence – à l’invisible – au mystère – qui, peu à peu, se dévoilent…

 

 

Seul face au pain et à la page. Seul comme nous l’imaginons trop confusément – à maudire une vérité si belle…

 

 

Seul avec un Autre qui est toujours davantage nous-même(s) – comme une autre manière de vivre avec soi – sans la nécessité du monde et des visages…

 

 

Sans le monde – sans les Autres – le manque se consume – la solitude devient incendie volontaire – feu de joie – espace (enfin) propice à l’Amour et à l’élan contributif…

 

 

Dans la compagnie d’un ciel hospitalier – en ce lieu où le silence s’offre – et accueille tous les élans…

 

 

Quelques souffles – quelques pas – puis, très vite, tout s’épuise et s’éteint…

 

 

Qu’un seul visage en héritage…

 

 

Un peu de bruit et – partout – le même silence…

 

 

Une épaisseur – une intensité – comme si la vie était miraculeuse et le quotidien un présent offert par le silence…

Proche des Dieux peut-être – mais avec humilité et gratitude – comme les seules couronnes autorisées par l’innocence…

 

 

Très haut perché – à quémander au ciel ce que seule la terre peut offrir…

Ciel encore – ciel toujours – dans la proximité des âmes aimantes…

 

 

Lieu infime au milieu du monde – fragment relié à tout (de mille manières) – et ouvert sur l’infini. Au fond, la seule véritable perspective de l’homme…

 

 

Gouttes de pluie et de sang – inextricablement liées – issues de la même source – et dont le ciel dirige le destin…

 

 

Orgie de mots sous la pudeur et le mutisme. Feu minuscule, en vérité, dans le silence et la nuit du monde…

 

 

Cris du premier homme pris en défaut d’incroyance…

 

 

A courir partout comme si nous avions la nuit à nos trousses. Et à tourner en rond comme si la vie était un abîme… C'est dire à quel point nous ignorons que le gouffre et l’obscurité sont au-dedans…

 

 

Dieu a pour nous tant d’Amour qu’il pardonne – non seulement – nos absences et nos infidélités – mais il y consent (si l’on peut dire) de toute son âme…

 

 

Tant de forces en soi qui nous font tourbillonner…

Vents, souffles et élans porteurs tantôt de création, tantôt de destruction – mais toujours humblement et admirablement contributifs…

Et cette intériorité immobile – inchangée – inaltérable – au milieu de toutes les tourmentes…

 

 

Le sauvage et l'apprivoisé – en nous – qui se disputent chaque événement – chaque circonstance – chaque destin. Et, à chaque instant, les mille traversées possibles…

 

 

A petits pas sur notre fil nocturne – si fragile(s) – sous la lumière de l'aube…

 

 

A tourner autour du même soleil en espérant pouvoir éclairer la nuit – comme s'il était impératif de changer le monde – et comme si l'homme était Dieu…

A se demander pourquoi la vie a été inventée…

 

 

Point infime dans l'univers à la rencontre de son Autre – de tous ses Autres – ces restes de nous-mêmes au-dehors et au-dedans…

 

 

D'où viennent donc les vents et la mort – et ce jeu – et ces drames – qu'ils offrent aux vivants…

 

 

Certains vivent sous la tutelle des Dieux – et, parfois, sous leurs bottes. D'autres se sont hissés sur leurs chevilles en arborant un sourire de fierté. Et d'autres encore – moins nombreux – jouent avec innocence dans leur chevelure…

 

 

C'est Dieu – en nous – qui frappe et caresse – apprivoise et rejette – honore et crucifie. Et nous avons la bêtise – le malheur et la prétention – de nous imaginer libres…

 


12 mars 2019

Carnet n°179 Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Prologue (fin de cycle et de saison)

 

Ce qui demeure – ce qui s’en va. Et le reste, en nous, réuni. Sang et larmes – les évidences d’une vie – ni meilleure, ni moins belle qu’une autre. Une parmi – et rien de plus…

 

 

Rien que ces mots – et cette bouche aux lèvres serrées – qui reste close par peur de mordre comme elle a été mordue…

 

 

Le silence et la rage. La solitude et la crainte de vivre. Le mutisme abyssal – ni refuge, ni tremplin. Une parenthèse – simplement – un retrait provisoire qui durera, peut-être, jusqu’au dernier jour…

L’errance d’une âme au bord de toutes les infortunes…

 

 

Ni ciel, ni abri – une illusion – une forme de mensonge. Et cet étrange espace qui nous réunit…

A demeure – là où ne reste plus rien. Seulement un peu de tristesse et de mélancolie…

 

 

A ceux qui nous ont quitté(s) – à ceux qui nous ont blessé(s) – parfois meurtri(s) – et d’autres fois plus encore – à ceux-là nous pardonnons… Mais les gardiens des blessures, eux, se souviennent – et se souviendront encore demain – comme au premier jour de la plaie…

Et ils continueront de protéger – corps et âme – ces parts, en nous, qui saigneront jusqu’à la mort…

Si fragiles – si sensibles – que nous sommes…

 

 

On ne peut recoudre ce que l’âme ignore. Dieu, en nous, doit être présent – tout entier – pour transformer les entailles en cicatrice – et initier le temps de la guérison…

 

 

A découdre le monde et la solitude – là où l’Amour est de passage – puis, de plus en plus présent. Comme la seule marque de ceux que tout a abandonnés…

A l’extrême des chemins – aux confins de ce monde – dans le prolongement de tous les désamours…

 

 

Dernier regard sur la brèche. L’étendard – à présent – timide – comme rentré au-dedans – presque muet – presque défait – au fond de l’abîme devenu aire d’accueil – réceptacle – surface où peuvent s’abriter, pour quelque temps, toutes les jointures (si imparfaites) de ce monde…

 

 

Illettré – à présent – comme un nouveau-né au regard émerveillé. Curieux – étonné de tous les effleurements – de tout ce qui passe à proximité de son âme. Sans mémoire – sans désir particulier – sans connaître la moindre chose – ni, bien sûr, le moindre langage. Les yeux et le cœur unis à chaque instant – à chaque secousse – à chaque percée du monde en lui…

 

 

Un jour, tout nous quitte – jusqu’à la peur de la mort…

 

 

Veille étrange où la lueur et la lumière demeurent ensemble – parfois accolées – parfois entremêlées – quels que soient la densité de l’obscurité et le degré d’absence alentour…

 

 

A nous barrer la route – comme si nous étions notre pire ennemi. A revenir – encore et encore – là où il faudrait faire confiance à l’errance. A vivre avec certitude là où il faudrait s’abandonner…

 

 

Présence en soi du plus sublime et du plus émouvant. Une âme – une tête – toute une trame, en vérité, à découvrir au cœur des jeux et des drames…

 

 

Des mots – rien que des mots. Un pauvre inventaire du réel apparent – intérieur et extérieur. Rien de profond – rien de caché – rien d’invisible. Un simulacre d’invention

 

 

Demeurer là où tout s’écarte – épaules et visages – chemins et promesses. Sur ce sentier invisible où les ronces sont plus nombreuses que les pas…

 

 

Lumière sur mille pentes escarpées – enfouie – égale – au même titre que le bleu et la nuit. Présente partout le long de nos intentions – à même nos gestes – au fond de l’âme – que les mains et la tête ont bien du mal à dénicher…

 

 

Rien qu’une forêt où s’abriter – rien qu’une pierre où demeurer quelques instants – l’espace provisoire d’une existence. Rien qu’une terre qui ne serait bâtie pour les hommes – mais pour les âmes curieuses et sans assurance…

 

 

A marcher de haut en bas – dans le même silence. A voir derrière les yeux les questions frémir, puis s’effacer. A écrire comme d’autres amassent l’or et les choses en espérant un peu moins d’inconfort…

 

 

Sous l’averse – les pas écartés – l’âme en pagaille. En constellations intérieures. Sur cet étroit sentier bordé d’abîmes et d’incertitudes. A être là – les yeux clos et le cœur vivant – et jamais ailleurs où vivre serait plus confortable. Dos courbé par l’effort et la gravité du monde. Comme une manière d’éveiller l’homme en soi – d’effleurer le mystère – et de dissiper la brume alentour. La lumière et l’échine au bord du temps – prêts à danser avec ce qui peuple nos blessures…

 

 

A noter tant de secrets invisibles – incompréhensibles, sans doute, pour la plupart des hommes. Comme des pierres – mille pierres quotidiennes supplémentaires – dans notre nuit – sur ce chemin imprécis – sur cette terre particulière où l’encre, la sève et le sang ne forment qu’une seule substance – l’essence de l’âme peut-être…

 

 

Ni pas, ni sente, ni élan – véritables. Une échappée hors du sommeil. Un éloignement – inévitable – hors du monde. Une solitude de l’âme grandissante…

 

 

Le repli – le retrait. L’effacement de toute forme d’épaisseur pour gagner en légèreté – et, peut-être, en liberté – et ouvrir un passage au-delà des mots – au-delà des livres et de la parole. Un ajour – comme un champ de lumière dans l’âme et le silence…

 

 

Où habitons-nous – d’où vient l’encre – et où se tient la page…

Et vers quel cercle nous mène le silence…

 

 

Et cette encre chuchotante qui tente – maladroitement – d’extirper du sommeil – comme si l’absence était évitable…

 

 

Quelque part – ces bouts de nous-mêmes – noirs – incendiaires – flamboyants qui rêvent de ciel les pieds et l’âme plongés dans l’abîme – englués dans la fange…

 

 

Il n’y a rien en deçà de la lumière – qu’un monde misérable accroché à de folles espérances…

 

 

Rives où l’errance est (semble être) le seul voyage – la seule aventure – possible. Ruines et visages de l’absence – univers où tout s’étiole mécaniquement – méthodiquement – inexorablement…

 

 

Tout désarticulé – comme un pantin aux ficelles folles – malmené par les souffles de la scène – et abandonné là par le marionnettiste…

 

 

Si près du monde – et, pourtant, que l’âme des hommes me semble lointaine…

 

 

Ardeur, gestes et paroles – comme si nos actes pouvaient faire pencher la balance…

Mieux vaudrait se taire et rester en retrait. N’agir qu’en fonction de ce qui nous habite – et mettre son âme au service des circonstances…

 

 

Le monde n’est qu’une idée qui effraye – une sorte d’exigence (superflue) qui pousse au sacrifice et aux compromissions…

Notre contribution est ailleurs – au-delà des masques et des costumes – au-delà du monde visible…

 

 

Tout se balance avec indolence ou frénésie. L’encre et les visages dans la nuit – profonde – complète – ancestrale. Et l’immensité, si souvent, rêvée – jamais atteinte – et parfois (trop rarement) célébrée. Trop d’ombres peut-être – trop d’insensibilité et de tiédeur dans nos gestes et notre âme accablés…

 

 

Ce rien d’étrangeté qui, à la longue, devient profond mystère. Et cet émerveillement initial transformé, peu à peu, en accablement. Comment la vie peut-elle – à ce point – nous éloigner de son centre…

 

 

Debout – apparemment. Adulte et responsable. Mais si faible – si enfantin – et si démuni au-dedans. Innocent – puéril en vérité. Agenouillé – la face éplorée contre le sol…

Comme un oiseau aux ailes déchirées. Une feuille jaunie abandonnée par les saisons. Un peu de glaise – à peine – survivante…

Paré de ce grand mensonge dont seuls les hommes savent s’envelopper pour tenter de rendre plus belle – plus haute – moins tragique et plus supportable – leur insignifiance – et se sentir – ainsi – capables d’échapper à leur condition naturelle…

 

 

Dimension terrestre si vive – si marquée – presque omniprésente que l’on habille – avec maladresse – de quelques dorures – mais qui, en vérité, étouffent le plus essentiel

 

 

Ici – relié (autant que possible) à soi – à l’âme – au monde – aux Autres – à tout ce qui nous constitue…

 

 

Funambule gourmand – affamé – malhabile – taciturne – presque immobile malgré le temps – malgré le manque et la faim. Jouant – seul – sur son fil – devant l’indifférence des Autres. Blessé – toujours – blessé mille fois – dix mille fois – des milliards de fois – depuis le premier pas. Cherchant à vivre et à guérir – à connaître et à aimer – presque toujours, en vain…

 

 

Premier et dernier jour de la saison. Le cœur sensible – sans échappée – sans manipulation. A se demander où se dissimulent le mystère – la vie intense et l’Absolu. Serait-ce dans l’âme – ce fantôme – cette étrange chimère… Serait-ce au fond de soi – au cœur de cet espace si étranger… Ou serait-ce au-delà – sur ce versant invisible qui surplombe les illusions…

Comment savoir – comment le découvrir avec cette insensibilité pathologique

Un jour de plus à se morfondre et à s’interroger…

 

 

Le vent – plus efficace – que nos tentatives pour trouver l’équilibre sur sa poutre – sur son fil. Un pas devant soi – un pas après l’autre – puis, les suivants qui s’enchaînent – jusqu’à la chute – ou l’immobilité parfois – jusqu’à ce que le vent – tout entier – nous happe – nous encercle – nous pénètre – avant de pouvoir rejoindre un autre monde – une autre poutre – un autre fil – et de continuer à avancer contre mille autres vents nouveaux…

 

 

Sur la route – nouveau départ

 

Là – peut-être – au bout de soi – quelque chose d’insensé…

Un jour manifeste – une nuit sérieuse – tout – sans doute, n’importe quoi – une autre vie au-dedans de l’ancienne…

 

 

Un retour – un chemin – un horizon moins encombré. Un mariage peut-être – au fil des instants. Rien de provisoire – ni de définitif. Des noces discrètes entre l’incertitude et le rythme journalier…

La joie des retrouvailles au cœur de l’espace avec cette figure manquante que nous avons (outrageusement) oubliée…

 

 

De part en part – foudroyé par cette incroyable gravité…

A croire et à espérer – bien plus qu’à vivre. Ainsi – peut-être – comme s’y résignent – inconsciemment – tous les hommes…

 

 

Ce qui nous sépare de nous-mêmes – éparpillé(s) – haché(s) menu – à peine survivant(s) – dans la mélasse terrestre – le marécage des vivants – que les hommes, pourtant, tiennent en si haute estime…

 

 

A mes côtés – mes compagnons les plus fidèles – loyaux jusqu’à la mort. En face de moi – quelques livres – mes amis de papier – mes amis d’autrefois – et ceux d’aujourd’hui. Et, en moi, cette solitude sauvage – incorruptible – et cette tristesse glacée qui aurait aimé partager davantage…

 

 

Une âme déplacée – à l’orée de l’inconnu – sur cet horizon invisible que les hommes considèrent comme une incertitude (trop) inconfortable…

 

 

A hauteur de plèbe – au milieu des étoiles – sur cette fameuse terre des hommes

 

 

Un âge au cœur de celui que l’identité affiche – ancestral – ineffable – éternel. Une folie ou une incongruité pour ce monde. Comme un diadème invisible au milieu de la boue…

 

 

Séparé – autant que peut l’être l’homme. Mais l’âme – toujours – aussi exigeante – qui soumet le moindre visage aux impératifs de la rencontre

 

 

Au cœur du jour – dans cette nuit déjà si ancienne – à se demander (encore) si le plongeon sera fatal – et l’immersion complète exigée…

 

 

A grandes enjambées – là où la corde et le filet ont disparu – abandonnés quelques années plus tôt. Face à la montagne – à présent – devant ce visage inconnu en soi – immobile depuis des siècles – qui n’a jamais gravi le moindre sommet. Né bien avant nous – et, sans doute, présent depuis toujours…

 

 

Se résoudre à atteindre ce qui est infranchissable. Plus proche que ce souffle – cet espace que nous imaginons lointain – placé, pourtant, au cœur de l’âme…

 

 

Chaleur dédoublée – celle d’autrefois qui persiste – et celle du dedans – bien plus vive aujourd’hui…

 

 

Demain – comme une bouée lancée toujours trop loin. Jamais serait plus juste – et plus ouvert. Il suffirait de recentrer le geste – et la tête – sur ce qui est devant soi sans jamais laisser approcher les instants suivants…

 

 

Ce qui s’étiole – ce qui jaillit et se renouvelle. La même aubaine de vie – la même espérance – le même désastre…

Une froideur – un intervalle – et la mort prochaine. La continuité des épreuves…

Le reflux du monde. Et l’espace en soi – tantôt ouvert – infini – tantôt saturé – incomplet – si étroitement terrestre…

 

 

Ce qui vient avec les visages – et à travers le langage – la même surprise – le même émerveillement – puis, un peu plus tard, la même tristesse – la même désillusion…

Ce qui nous terrasse – le sol en moins – comme l’espérance des ailes – et l’envol fauché à la racine…

L’épaisseur surgissante jusqu’à fendre l’âme – et caresser le ciel le plus bas. Une route, en quelque sorte, vers le plus improbable…

 

 

Pied à pied avec l’épreuve et le destin. Le plus tragique et la possibilité de la grâce…

 

 

Le livre, la parole, le silence. Et l’étincelle du temps. A répondre aux oracles et à l’appel des Dieux. Comme si vivre était un chant – une vocation…

 

 

Le réel à pleine main – et au cœur de l’âme – non comme un supplice – non comme une épreuve – mais comme un impératif de rééquilibrage…

 

 

A veiller – entre l’obscur et la possibilité d’une route – entre hier et l’incertitude des chemins. Comme si la boue et l’asphalte constituaient l’essentiel de notre destin…

 

 

Appuyé, peut-être, sur l’une des extrémités du monde – là où si peu vont – là où l’Autre a un étrange visage – là où la nuit se confond avec l’espérance. Au bord de l’âme. Tout entier présent à ce qui jaillit du jour et des chemins…

 

 

L’attention parallèle à la somnolence – dans l’axe des jours qui, un à un, nous font face. Présence souple – fine et détachée – là où, autrefois, la fuite et la crispation étaient naturelles…

 

 

La main et l’âme au cœur de la matière – soumises aux exigences du temps. Là où il n’y avait que peines et caprices – pensée et imaginaire superflus…

D’un jour à l’autre – comme les tâches qui se succèdent…

Et ces Autres apparemment si lointains – que le sol rend proches. Pas, têtes et substances reliés – presque collés aux nôtres par l’espace qui semble – illusoirement – nous séparer…

 

 

Parole et lumière unies à travers les âges – de livre en prière – de bouche en âme – jusqu’au cœur du réceptacle…

 

 

La parole comme reflet de l’union entre le souffle, la matière et l’infini. Et demeurer là – tout entier – dans ce jaillissement…

 

 

Ni porte, ni traversée. Un seul chemin qui soumet et (parfois) domine l’âme. Comme un prélude à l’allure, si souvent, âpre et cruelle. Comme les balbutiements d’un retour vers ce qui, un jour, nous a enfanté(s) avec innocence et ferveur…

 

 

Bifurcation des jours. L’entrée en matière du plus dense et du plus léger. Comme une ronde où le vent et l’âme se tiendraient par la main…

 

 

Du bleu, du noir, du jour. L’aventure de l’homme. Et le sacré – en soi – dont nous ignorons la présence…

 

 

Rien ne nous aura davantage creusé que la lumière…

Et à notre hampe – pas même un éclat ; les viscères du monde sur lesquels on aurait greffé un peu de cervelle – un soupçon de perspicacité…

 

 

Inventer – à travers la langue – une autre langue comme on rêverait un autre monde – plus vivable que celui dans lequel on a été jeté…

 

 

Rien de l’agir. Ni rien de la pensée. Seul un souffle – parfois un reflux – un retour – un élan. Une simple manière de vivre

 

 

Une dimension – une perspective – l’au-delà de la volonté – l’allégeance au destin et aux circonstances. La plus juste façon d’exister – peut-être…

 

 

Le désarroi d’un Autre où l’âme aurait plongé. Et la venue progressive de l’émerveillement…

 

 

Immobile comme l’âme et la pierre. Dans le prolongement du souffle. Au cœur du même chaos. Au cœur de la même discontinuité…

 

 

Eau et montagne. La solitude des pierres mal arrimées à leur versant. Et la vie comme un voyage – comme un long effritement vers le néant…

La fluidité de la matière – comme la lente évaporation de la neige. Comme la buée laissée sur la vitre par notre respiration…

L’évanescence des jours et l’impuissance de l’âme face à l’ordre du monde – face au cours naturel des choses…

 

 

A hauteur de sable. Et, pourtant, issus de la matrice qui enfanta les Dieux et le temps. Aussi réels que les étoiles les plus lointaines. Visages et dimensions multiples de la même perspective…

 

 

Espace autour de soi – et mille univers au-dedans – reliés à l’invisible…

 

 

Ce qui s’arrache – ce qui se détache – ce que l’on perd – lorsque la vie tourbillonne. Et cet esprit accroché aux parois de tous les abîmes…

 

 

L’espace prétendu auxiliaire (et, pourtant, central) où l’enfance demeure éternelle – et l’invisible, notre seul visage – l’unique permanence à travers les âges…

 

 

Ces pas sont-ils les nôtres ? Où sont donc passés les chemins…

Du monde à soi. Du dedans vers l’extérieur. Et ce visage – et cette terre – d’autrefois dans quel pli ont-ils disparu…

Rien n’a changé – mais rien n’est plus reconnaissable. Comme si l’innocence – la clarté de l’enfance – avait balayé toutes les certitudes de l’âme…

 

 

Dans quel (nouveau) gouffre nous précipitera donc la mort…

 

 

D’une aube à l’autre sans voir ni le vieillissement du corps, ni l’inertie de l’âme…

A peine posé au-dedans de soi…

 

 

Destin nocturne. Aussi dense que le noir – aussi anonyme que l’étoile…

 

 

A observer les défilés – le prolongement hébété du monde – et le désarroi partout – au-dedans et au-dehors – et l’effarante transparence – l’effarante perméabilité – des frontières apparentes…

 

 

Un regard immobile – un souffle intermittent – et la vie jaillissante – primesautière – expansive – et bientôt moribonde – et bientôt renaissante…

 

 

Vertige d’un Autre en soi – infiniment plus vivant et déluré – infiniment plus explorateur et aventurier – plongé au fond de tous les abîmes et surplombant tous les drames – curieux et émerveillé (depuis toujours) de ce qui jaillit – de ce qui passe – de ce qui nous effleure et nous traverse…

 

 

Plongé dans cette parole – plus épaisse que la terre – plus fragile que la chair – et aussi libre, peut-être, que l’oiseau et les feuilles de l’automne…

Comme si les mots contenaient davantage que l’âme et le monde réunis – l’incroyable densité de l’invisible…

 

 

Poésie du silence – porteuse d’encre, de joie et d’effacement. Matrice de tous les possibles qui laisse la feuille blanche – vierge – saupoudrée (seulement) d’un peu de neige et d’invisible…

 

 

L’homme – si prompt à s’inventer – à tout inventer – jusqu’au délire – jusqu’au néant – jusqu’à l’apothéose de la catastrophe – et jusqu’au seuil, parfois, du possible et de la grâce – livrant tout à l’hypostase…

 

 

Libre d’imaginer – contraint de vivre. Entre le rêve et la contingence – la fuite et le destin…

 

 

Devant le vide – devant l’autel – devant le monde – la même ardeur et le même silence – la joie, la solitude et le dénuement…

 

 

Entre soi et le monde – cet espace que l’on emplit si vainement. Murs de gestes et de croyances. Forteresses d’objets. Remparts d’idées et de paroles…

Tours et trônes instinctifs – naturels – absurdes et inutiles…

 

 

Géographie solitaire – comme une épopée pour soi – entre merveilles et soleil – entre démons, brûlures et tristesse. Quelque chose d’infiniment tendre et sauvage – comme un impératif – le prélude essentiel au vrai vivre, peut-être…

 

 

Sans visage, ni horloge – sans autre prochain que soi-même. A essayer de deviner ce que seraient les heures avec d’Autres en des lieux différents…

 

 

Jour après jour – le même rythme – les mêmes circonstances – avec d’infimes variations au gré des chemins – et une joie plus grande que celle qui serait offerte par la proximité du monde et des visages…

 

 

Voyage dans un autre temps que celui du monde – où l’âme et les aiguilles tournent – presque immobiles…

 

 

L’art festif – au-dedans – à l’abri des petites liesses du monde. En retrait, en quelque sorte. Infiniment solitaire – infiniment silencieux – célébrant, avec tendresse, cette joie – ce miracle – d’être en vie…

 

 

La grande ronde dans le désert de l’âme – au rythme des vents – parmi les arbres et les bêtes qui précèdent mes pas…

Sans autre présence que celle de Dieu et de l’homme – en soi. Et dans la compagnie de ce qui les entoure…

 

 

Un peu de nuit encore – comme le prolongement timide de ce que nous fûmes – et de ce qui nous fit chuter…

A l’exacte place où tout a été inversé…

 

 

Une autre joie par dessus l’ancienne – indéfiniment…

 

 

Loin – si loin – des rencontres aux visages masqués. Dans l’entre-deux des mondes – celui qui élève et celui qui broie…

Tout – sous des allures merveilleuses – jusqu’au plus abominable visage…

 

 

Aimer le moins poétique du monde. Tous les cris et toutes les peines de la terre. L’étroitesse, le tragique et la faim implorante. Le soubassement des destins – le socle des âmes – pour que puisse fleurir l’au-delà de l’homme

 

 

Eclats d’ailleurs – éclats d’autrefois – éclats de demain peut-être – et des mille jours suivants. Sur toutes ces pages où rien – ni personne – n’est présent…

 

 

Mille mondes au cœur de ce monde – séparés par mille schémas aux contours trop précis – trop déterminés – trop rigides – pour se rencontrer…

 

 

Tout est à sa place – dans le désordre apparent du monde. Et nous nous acharnons, pourtant, à transformer ce prétendu chaos pour le rendre plus vivable sans même comprendre que nos agissements amplifient la tragédie…

 

 

Consentir encore à vivre malgré les extinctions. Ce qui fit jaillir le souffle et les tempêtes dans cet assoupissement…

Un privilège – l’ultime prétention à l’Amour, peut-être…

 

 

Entre les ombres et les vivants – entre la fatalité et l’indécision – dans les pas obscurs de ceux qui nous ont précédés. Avec – au loin – la lumière consentante…

Seul(s) – comme si le monde s’y prêtait – et ne consentait même qu’à la solitude…

 

 

Au cours de chaque voyage – de chaque étape – arrive toujours cet instant où la grâce et l’intensité cèdent le pas à la gravité et à l’automatisme. Comme le franchissement du même seuil où la vie cesse d’être une aventure – où chaque foulée se transforme – inexorablement – en routine et en sommeil…

 

 

Et si la nuit avait été inventée par des yeux trop longtemps fermés…

Rien que des ombres – et au loin – et au-dedans – un peu de lumière – inaccessible…

 

 

Misère et désastre – et caché tout au fond – le merveilleux – le plus inespéré. Dieu et le paradis au cœur de la fange et de la tragédie…

Là où le ciel tombe et l’âme se redresse – au croisement précis de la terre et de l’infini – sur cette brèche creusée par le cœur ouvert…

 

 

La vie qui – à travers nous – s’amuse avec elle-même. Tout geste – toute parole – tout élan – est elle – aussi sûrement qu’est dérisoire notre nom…

La vie qui se poignarde et la vie qui se console – à travers nos certitudes et nos prétentions. Toujours innocemment intentionnelle

 

 

Ce qu’il faut tuer pour survivre. Et ce qu’il faut aimer pour apprendre àvivre le cœur blessé – le cœur ouvert…

 

 

Tout est là – criant – suffocant – à travers le silence. Au cœur de ce manque douloureux – presque toujours plaintif – dans l’esprit et le corps affamés…

 

 

Ce qui manque à la terre, le ciel en déborde. Et inversement. Et le vivant – cette étrange jointure – penche tantôt vers l’un, tantôt vers l’autre. Inégal et partagé en toutes choses…

 

 

Voir en chaque chose – en chaque visage – la figure même de la vie – tantôt blafarde – tantôt écarlate – tantôt bonhomme – tantôt violente – tantôt honnête – tantôt rusée – survivante – toujours – au milieu du chaos qu’elle a, elle-même, engendré…

 

 

Matière d’un seul tenant où tout se touche – se heurte – se frotte – s’enfante…

Ossature de papier où bruisse la chair du grand squelette…

De la même couleur que la terre – à quelques nuances près…

 

 

Bouts de terre et de ciel – agglutinés ensemble – les uns contre les autres. En attente de surprises et de nouveautés. Sur mille chemins balisés où chacun suit mécaniquement les pas précédents – les traces existantes – avec ce faux sentiment d’éternité inventé pour essayer d’échapper aux marges et au provisoire…

 

 

Rien qu’un songe – peut-être – comme demain l’était autrefois. Rien qu’un élan pour dissiper le pire et les malheurs d’aujourd’hui. Rien qu’un espoir d’embellie pour donner un peu de sens à la tragédie…

 

 

Avant le rêve – avant même le réel du monde – existait déjà l’autre dimension – celle qui a toujours su se passer des choses et des visages…

 

 

Ce que personne n’entend au fond – ce murmure – à peine – derrière les bruits du temps. Ce que personne ne voit au fond – cet invisible présent au milieu du monde – au cœur de chaque visage. Ce que personne ne vit en définitive – ce sacré dissimulé en chaque geste – au plus profond de l’âme…

 

 

Beauté et bonté manifestes de celui qui agit à partir du respect. Ce qu’il y a de plus sage en nous – cette innocence faite de tendresse et de lumière. Le plus noble du monde. Le plus haut de l’homme. Et le plus prometteur, sans doute, du vivant…

 

 

A imaginer ce qui pourrait être – à rêver de ce qui devrait être – au lieu de vivre – pleinement – ce qui est – là simplement…

L’esprit avec ses mille pensées – avec ses mille désirs et ses mille frustrations – nous emprisonne de telle manière qu’il lui est impossible de nous délivrer de la détention dans laquelle il nous a plongés…

 

 

En prise directe avec le monde et les choses – au cœur de cette matière qui s’insinue partout. Le corps et l’âme d’un seul tenant qui se frottent à tout. Fragiles – dépendants de mille manières – contraints d’offrir au séant ce que l’on offre habituellement à la tête – et inversement – livrés à tous – et réclamant, parfois, un peu d’aide à ceux qui passent et sont disposés à tendre la main…

 

 

L’âme errante – vêtue d’un long manteau sombre. Et le cœur si proche des mains à l’ouvrage – rougies par les sentiers nouveaux – rugueux – corrosifs – éminemment réels – si loin des gouffres imaginaires dans lesquels nous ne tombions – autrefois – qu’en rêve…

L’âme rougeoyante – réchauffée – et éclairée peut-être en partie – par les feux du monde – et ces faisceaux de lumière offerts par l’invisible…

L’âme comme un foyer – une chambre heureuse – une demeure infinie – où il fait bon vivre quels que soient les lieux et les circonstances…

 

 

Les chemins comme les jours – aussi nombreux que les rêves, les rives et les visages. La nature même du monde – la multitude de l’illusion…