Journal / 2019 / L'intégration à la présence

A rebours de toute mesure – là où la faux devient le seul maître du temps…

 

 

De long en large – comme la seule traversée admise – comme si toute pénétration était impossible…

 

 

Une voie au milieu des larmes – au milieu de la pluie – dans le décor désenchanté du monde…

 

 

Une terre – un trou immense – où se déversent tous les corps – la chair pas même putréfiée…

 

 

Entre les plaines solitaires et l'épaisseur du ciel – là où les vivants sont confinés – contraints d’éprouver la misère du monde – quel que soit le chemin emprunté…

 

 

Un visage – un souffle – à la vie, à la mort. Comme une ardeur irrépressible et un besoin de sagesse à venir. Et entre les deux, mille jeux – mille efforts – mille souffrances ; mille détours inévitables, en somme…

 

 

Du bruit – des cris – des plaintes – un peu de gaieté et d'effroi. Des coups – quelques caresses parfois. La vie dans sa plus simple expression – brute – abrupte – triviale. Et rien de plus – le plus souvent…

 

 

Un homme – un visage – un sourire. Et l'âme indemne des transformations du monde et des siècles. Comme une montagne inaltérable – née du premier jour – et si familière, pourtant, de toutes les nuits successives…

 

 

Mille démons dans l'existence qui – parfois – se transmutent sur le papier. A quand la coïncidence parfaite entre la vie, l'âme, le visage et la page…

 

 

Rien que soi au milieu de tout. Et rien que le tout au-dedans de soi. Et, à chaque fois, la vie qui va avec…

 

 

A petits pas – toujours – d'une blancheur à l'autre – avec, parfois, un peu de neige entre les deux…

 

 

Entre cellule et cabine – et – toujours – mille voyages possibles…

 

 

Vie du plus proche et du plus lointain – réunis sur la route – et si irréconciliables dans la sédentarité. Trop plongé, peut-être, dans la somnolence et l'automatisme. Au cœur de l’inertie et de l’effervescence quotidiennes…

 

 

Une âme face à son destin. Entre regard et silence. Peut-être le plus admirable de l'homme

 

 

A demi-mot – à demi-pas – mais dans sa pleine mesure

 

 

Comme une frontière – une porte noire – que l'on aurait transformée en passage – puis, en aire de joie…

 

 

La pierre et la montagne. La vague et l'océan. Une fleur – un astre – parmi leurs congénères. Quelque chose entre Dieu et la matière…

 

 

La pierre a enseveli la langue. Et Dieu, à présent, contraint au silence – après avoir créé le Verbe – et tant espéré de lui…

 

 

Tant de certitudes chez l'homme. Et cette vérité incertaine – protéiforme – insaisissable – que quelques-uns cherchent à tâtons…

 

 

Tout se construit – et se réinvente – sur le socle des siècles. En notre ère – des milliers d'années d'histoire…

 

 

Tout s'oppose à tout comme rien ne s'oppose à rien. Le monde joue – simplement. Et à travers nos jeux, Dieu offre sa grâce, sa puissance et son Amour que nous ne pouvons nous empêcher de convertir (à notre insu, bien sûr) en laideur, en violence et en désir…

 

 

Intensité, densité et profondeur de l'instant vécu – avec un regard simple – une présence nue – une attention alerte et désintéressée – sur toutes les nuances – toutes les subtilités – offertes par les mille mouvements simultanés du monde et de la vie…

 

 

Visage penché vers on ne sait quoi – un silence indéfinissable (en soi) peut-être – un espace incertain – porteur d’une sensibilité plus vive – et plus pénétrante – que la torpeur d'autrefois…

 

 

A jouir d'une présence (presque) impénétrable qui irradie – depuis son centre – vers la périphérie de l'âme – transperçant simultanément toutes les dimensions du réel…

Et à travers ce prisme – à travers ces lignes – la solitude qui magnifie le monde – et laisse le silence tout embraser

 

 

A creuser l'âme comme nous avons sillonné le monde. A demeurer là – immobile – comme nous avons arpenté la vie. Le silence éveillé – partout – au fond de l'esprit comme à la surface des pierres…

Le sacre, en quelque sorte, de l'invisible et de l'effacement…

 

 

Passage à gué sur l'autre rive posée au-dedans de celle où nous avons toujours vécu – éclairant d'une autre lumière toutes les perspectives…

 

 

Rêche – comme une peau endurcie par la route et les rencontres – par les mille chemins et les mille visages de la terre. Chair craquelée par tous les coups du sort. Mais l'âme tendre – si tendre au-dedans – amoureuse autant du monde que du silence…

 

 

Destin défait par les circonstances. L'air de rien – de moins que rien. L'allure d'un clochard – d'un vagabond aux ongles noirs et aux vêtements défraîchis. Mais le cœur ouvert – si ouvert que l'âme est visible du dehors…

 

 

La vie – le monde – et leurs ondulations magiques. Et cet élan de l'âme vers le tout – vers l’essentiel – ce presque rien au-dedans des choses et des visages…

 

 

Tout – très souvent – débute dans l'entrain et la joie. Et s'achève – presque toujours – dans la douleur et l'accablement. Le défi ne serait-il donc pas d'aller au-delà des humeurs et des circonstances…

 

 

Tournant d'un autre genre où le virage s'exécute au-dedans – et où la perspective jaillit de l'intérieur – pour éclairer toutes les routes (et tous les paysages) du monde…

 

 

Serrés les uns contre les autres – ces fragments de matière – ces combinaisons échangeantes – et incessamment transformées…

Rêve d'un seul corps unifié protecteur respectueux des mille vagues simultanées qui le traversent des élans de beauté et d'harmonie comme des élans de destruction et de folie enfantés gouvernés et accueillis – par le même silence…

Et ces yeux tous ces yeux toujours aussi étonnés d'être jetés là ensemble pêle-mêle dans cet effroyable (et douloureux) chaos…

 

 

Ordre et séparation – mille frontières – là où tout est mélange et entremêlement – juste et joyeux bordel. Voilà comment l'homme – et la raison humaine – s'opposent trivialement – et de mille manières – à la vie et au vivant…

 

 

D'où vient ce qui nous traverse – et ce que nous traversons… Quels liens invisibles n'avons-nous donc pas (encore) perçus pour – à ce point – ne rien comprendre à la structure (fondamentale) du réel

 

 

Lorsque l'élan naît de l'âme – le pas, le geste et la parole deviennent – profondément – et naturellement – justes…

 

 

Mille mouvements dans le vide. Le noir de tous les abîmes. Et le feu – et l'ardeur – de toutes les horizontalités…

Evanescences dans l'éternité. Crépitements dans le silence. Ondulations dérisoires dans l'immobilité…

 

 

Eclosion, expansion, mûrissement et disparition. Les grands cycles de l'Existant – que connaissent tous les élans – tous les phénomènes…

 

 

L'ombre toujours plus grande que notre silhouette et notre pas…

 

 

Ces élans du vivant que rien ne peut réprimer. Mouvements irrépressibles générés (presque) sans raison – comme mille jeux – mille instincts – mille désirs – mille appels – dans le silence – révélant simplement – la nature fondamentalement énergétique du monde…

 

 

Jeux de parure et de pouvoir. Postures sans conséquence verticale. Simples agissements de ceux qui donnent corps et substance à l'horizontalité des visages et des territoires…

Conduite inscrite dans les gènes presque jusqu’au fond des âmes perpétuée au nom des pères et des traditions pour entretenir le grand cirque – le vaste drame – l’incroyable comédie – du monde – au fil des générations…

 

 

Plus qu'un livre – plus que des mots et des pages. Une âme offerte – un fragment de tout et de l'esprit – précieux par ce qu'il éveille en nous ; un écho – une résonance peut-être – dans l’espace vertical des profondeurs…

Un modeste et inestimable présent. Une forme de spicilège où l'âme humaine et le monde nous sont contés sans pudeur, ni faux-semblant…

 

 

Tout n'est que vide et route – désespérance de l'âme – jusqu'au soleil révélé qui s'étend depuis l'origine jusqu'aux extrémités de l'espace…

 

 

L'attente et la chute – des visages et des âmes – et mille manières de remplir le vide et le temps jusqu'au dernier jour. Les petites liesses du monde. Le bonheur des simples – entre sommeil et engourdissement…

 

 

La matière et la proximité des visages. Les mains et la tête plongées au cœur… Comme manière imposée de vivre ce que nous avons toujours obstinément refusé – évité – détesté…

 

 

Il n'y a plus que le geste pour vivre – et offrir à l'être toute son envergure. Le reste – tout le reste – n'est qu'habitudes et nécessités contingentes. Et qu'importe le prosaïsme imposé – pourvu que la vie – la vie entière – soit vécue sans la moindre exigence de l'âme – avec la nudité et l'innocence requises – l'existence – la globalité de l'existence – peut alors se résumer, elle aussi, au geste – à chaque geste – aux mille gestes extraordinaires que réclame le quotidien humain…

 

 

Aussi vides que le silence et l'espace…

Et, comme eux, nous pouvons prendre toutes les formes et toutes les couleurs du monde pour quelques instants avant de retrouver notre vacuité naturelle – jusqu'aux prochains déguisements – jusqu'aux prochaines transformations – jusqu'aux prochaines circonstances…

 

 

Nous sommes – en vérité – comme mille portes – usinées dans le même bois. Mille seuils ouverts dans l'espace – et reliés entre eux par l’invisible…

 

 

Tout se rencontre – se retire ou s'éternise – sans raison – animé simplement par des souffles invisibles par des nécessités sous-jacentes

 

 

Jamais de posture au détriment de l'être. Jamais de superflu au détriment du nécessaire. Jamais de ruse au détriment de l'Amour…

 

 

Sans doute sommes-nous ce désert transparent – auquel s'offrent, de manière si provisoire, les mille couleurs du monde…

 

 

Ce qui nous refoule – ce qui nous rejette – ce qui nous blâme – ce qui nous abandonne – ne sont que l'invitation du silence à un autrement

 

 

Nous – immobiles – voués aux déchaînements d'un Autre – moins étranger à Dieu qu'à nous-mêmes. Comme une autre manière de vivre les instincts – les forces submergeantes de la terre…

 

 

La vie nous pousse – et, parfois même, nous jette – là où l'équilibre devient (pour nous) possible – à l'exacte place où nous devons être – à l'instant précis où nous sommes. Le reste – tout le reste – n'est que conjectures et commentaires inutiles…

 

 

Il nous faut vivre tout ce qu'il y a à vivre. Il n'y a d'autre secret pour se rejoindre entièrement

 

 

Le jour – immuable – jusqu'à l'extinction du souffle…

 

 

Certains s'aventurent là où d'autres – la plupart – refusent de s'engager par crainte de s’égarer – de se brûler – de disparaître. Et parmi eux, quelques-uns réussissent à franchir le seuil de l’inconnu – à rejoindre l’espace au-delà de l'errance et de la perte…

 

 

Vivre – simultanément – Dieu et l'homme – le ciel, la terre et l'étoile – l'Amour, la montagne et la poussière – le provisoire et l'éternel – le destin de l'homme et l'au-delà de la matière…

 

 

Nous geignons – nous prions et quémandons – alors que tout nous a été offert – depuis le premier jour…

 

 

La furie du monde et des hommes – bras aveugle de l'Amour, en quelque sorte – funestement maladroit…

 

 

Nous croyons traverser la vie et le monde – mais ce sont eux, bien sûr, qui nous traversent. Nous ne sommes que l'aire de tous les passages

Ressentir cet écoulement cette circulation et y consentir (de toute son âme), c'est, en quelque sorte, revenir à son destin originel c'est honorer son envergure véritable c'est devenir (enfin) pleinement ce que nous sommes

 

 

Tout s'achève sans jamais connaître de fin. En vérité, tout se renouvelle – se réinvente – se perpétue – identique et différent – au-delà de toute apparence…

 

 

Le monde – un asile – un refuge obscur. Une terre froide. Une rive fertile – printanière – chauffée et éclairée par une étoile précieuse – indispensable – vitale. De la glaise et des visages. Mille absences – mille perspectives – où l'on devine – trop aisément – l'horizon et les temps à venir…

 

 

Respiration saccadée – sauvage. Poitrine entre ses grilles. Souffle blanc sous la lumière. Entre quatre murs de pierres protégeant – un peu – des vents du dehors et des masques alentour – venus d'un monde lointain – trop étranger(s) pour se montrer hospitalier…

 

 

Une chambre – simple – nue – dépouillée – et l'air alentour. Un peu de terre sous les pieds et sur les mains occupées à leur tâche. Avec le feu et l'envergure d'un Autre dans l'âme et les yeux. Et cette pluie noire qui s'éloigne. Comme si aujourd’hui commençait la grande aventure

 

 

Des mots lancés comme des cailloux – qui tantôt tombent dans la boue – loin de toute habitation – qui tantôt s'écrasent contre les murs et quelques visages – sans distinction – qui tantôt font exploser les petites fenêtres de l'âme…

Mais que sait la main des intentions sous-jacentes… Impuissante toujours à œuvrer dans la même direction. Soumise comme le reste aux vents (intérieurs) nés des contreforts des origines et qui se jettent partout au cœur de tous les possibles

 

 

A voix haute – comme pour se persuader que la solitude est une illusion – un élan – un miracle – le seuil au-delà duquel l'âme n’est plus autorisée à mentir…

 

 

Des pages comme des miettes d'infini. Un fil de mots alignés sur l'invisible qui traverse le monde et les visages…

 

 

Un écheveau de fleurs et de mirages où l'Autre ne serait qu'un miroir – une âme – un visage à aimer…

 

 

Aller là où l'âme s'élance – là où le monde la convie… Aller là où l'âme répugne à s’aventurer – là où le monde l’accable – la violente – la répudie… Ne plus être maître – ne plus se croire maître – ni de sa marche, ni de ses pas…

 

 

Somnoler encore – somnoler parfois – comme une récréation joyeuse. S'octroyer le droit d'être un homme simple – ordinaire – tristement trivial. Et jouir – à la fois – de cette autorisation – de cette inconséquence – et de cette liberté consentie (et comprise). Ne plus décider. Se laisser mener – se laisser porter – par les forces multiples qui nous animent…

 

 

Artisan du gros œuvre de la verticalité – comme un ouvrier qui laisserait aux anges le soin du décor et des finitions…

 

 

Au rythme lent des eaux du jour – peu à peu déversées dans le silence – au cœur même du monde – au cœur même du chaos…

 

 

Comme un ciel – une averse – un sort jeté au trouble – un sourire – une caresse – une avalanche. Cela pourrait être n’importe quoi. Et c’est là qui vous assaille jusqu’à la reddition…

 

 

L’âme prise entre le ciel – l’envergure infinie du ciel – et la demi-mesure du monde, des choses et des visages – toujours limités – toujours indécis – toujours à moitié vides ou à moitié pleins…

 

 

Errances – toujours – autour du même lieu – ni proche – ni lointain – présent nulle part – présent partout…

 

 

Lavé par l’air aveuglant des jours. Au faîte de ce qui rebute. Et cette joie étonnamment grandissante qui l’accompagne…

 

 

Un peu d’air encore – le peu de souffle, peut-être, qu’il nous reste…

 

 

Comme une chapelle au dernier jour du monde. Ruine déjà – vestige peut-être – rescapée sans doute…

 

 

Notre mystère – plus dense que toutes les misérables énigmes du monde…

 

 

Debout – contre l’air ambiant et les farces qui ensorcellent l’esprit. Mais presque agenouillé au-dedans – non par soumission – mais par Amour de ce qui est. Comme ultime résistance à la bêtise et à la violence du monde…

 

 

Les extrémités ne sont que nos limites. Et même l’esprit errant – l’esprit libre – s’y cogne. Nous sommes – par nature – une œuvre restreinte créée par le plus vaste

Nulle issue – en ce monde – il nous faut vivre l’infini à travers la finitude et la restriction

 

 

Le possible et l’irréalisable – voilà peut-être la plus emblématique devise de l’humanité. Le désir et la frustration – le lot commun (et inévitable) de l’homme – de l’esprit humain…

 

 

Tout s’ébruite. Et à ces pauvres révélations, le silence acquiesce – silencieusement

 

 

Tout semble s’éloigner. Mais, en vérité, tout se rapproche dans la distance. L’air devient plus dense – l’âme plus aiguisée – et la solitude plus propice à toute forme de rencontre…

 

 

Aujourd’hui – comme les autres jours – il ne s’est rien passé. Absolument rien. Mais, en définitive, tout est arrivé ; le plus proche nous a été offert. Et c’est avec lui, bien sûr, que toute perspective s’habite – et se réalise…

Seul le plus proche est capable de rapprocher le lointain – et de tout convertir en centre. L’esprit, la vie et le monde deviennent alors une expérience sans limite

 

 

Rien ne peut être foulé – la terre est un rêve. Et le silence la seule rive que peut effleurer le pas…

A demeure où que nous soyons…

 

 

A l’heure du plus simple – où tout est perçu pour ce qu’il est – ni plus – ni moins. L’Amour dans l’âme – l’Amour dans le regard. Et la main ouverte qui se tend ou se rétracte selon les visages et les circonstances…

 

 

Une fenêtre où tout peut basculer – le pire et le meilleur – appréhendés (presque) d’une égale manière…

Rien de décisif – le plus ordinaire. Et pourtant…

Toute l’épaisseur de la terre – soudain – transpercée. Et le ciel si vaste – infiniment ouvert…

 

 

Tout – très haut – comme si l’âme et les jambes avaient subitement grandi…

 

 

L’air et le souffle – ensemble – aussi inséparables que l’âme et l’espace – le monde et le silence. Seul(s) témoin(s) des circonstances…

 

 

Toute distance resserrée jusqu’au point le plus dense. L’univers et ses alentours réduits à une tête d’épingle…

L’éparpillement recentré – comme si les vents rejoignaient l’air – et les vagues l’océan…

Et le vivant chahuté – et chahutant – sur un fil tendu entre les deux extrémités de l’infini…

 

 

Le monde – vacarme vacant – bruit sans conséquence – onde, à peine, dans le silence…

 

 

Tout s’étend sur nous – âmes, choses et visages – tenus par la main d’un Dieu tendre et attentif…

 

 

Nu – à même les pierres – aux pieds de tous les hommes. Et ce regard si tendre sur les arbres et les bêtes. A genoux – les yeux baignés de larmes – face au ciel qui a anéanti tous les horizons…

Les murs remplacés par l’infini. Les instincts par l’âme. Et les yeux par le regard…

 

 

Tant d’angoisse et de déchirures. Tant de siècles et de chemins explorés – mille fois arpentés – pour parvenir à cette déconcertante simplicité

 

 

Tout commence par l’inachèvement. La suite est offerte en vivant… avec, parfois, l’offrande du plus précieux ; le goût de la complétude malgré l’impossibilité de la fin et la succession des nuits…

 

 

Une âme nue – une feuille blanche. L’infini et toutes les possibilités du monde. Comme une manière – presque inespérée – de renaître à la vie après ces longs siècles d’agonie…

 

 

A rayonner en silence – pour soi – et quelques yeux de passage. L’âme chaleureuse sur ces pierres froides…

 

 

La chaleur et le froid – du monde – de l’âme – de la main – qui tantôt s’agrippent – qui tantôt rejettent. L’essentiel sera toujours la distance – la juste distance à trouver – dans cet univers où tout est régi par la relation et l’échange…

 

 

Qui peut dire ce que nous sommes – d’où nous venons – où nous allons – fondamentalement… Peut-être n’y a-t-il, au fond, qu’à ressentir ce qu’il y a à faire – et laisser les gestes s’imposer…

Le geste est l’un des reflets essentiels du silence. Infiniment plus révélateur que la parole – magistralement supérieur au langage qui cherche toujours la vérité de manière illusoire…

 

 

A essayer de se hisser – partout – alors que tout est en bas – du côté du sol et dans les profondeurs de l’âme. Erreur humaine commune et naturelle – mais si risible lorsque l’on vit – et voit le monde – la tête à l’envers

 

 

Ce qui revient au monde n’est que la part sombre – opaque – boursouflée – de l’homme ; l’autre – la blanche – la simple – la lumineuse – n’a d’yeux que pour le ciel – et ne vit qu’à travers l’âme…

 

 

Nous n’aurons cessé de dire – et de quémander – avant d’être happé par cette étrange perspective silencieuse qui penche davantage du côté de ce qui s’offre que du côté de ce qui demande. Et lorsque l’on est contraint de faire appel à l’Autre, on s’y résout – à présent – de façon naturelle et spontanée – avec innocence et gratitude. Et cette manière de recevoir a, sans doute, autant de valeur que ce qui est reçu…

 

 

Moins à dire qu’à vivre. Plus de gestes que de mots à offrir – en fin de compte…

Une parole – de temps à autre – comme un baume passager sur l’âme – comme un acte – une caresse tissée maladroitement par le langage…

 

 

Murmures – à peine – à partager avec soi – seul dans sa chambre close – loin du monde et des visages – lorsque l’on se sent comme le premier homme

 

 

A marche lente – le feu contenu au fond de l’âme – pour le pas suivant – les prochaines circonstances – et toutes les rencontres possibles…

La terre, le ciel et le vent au fond des tripes – prêts à s’offrir au premier visage…

Comme une église – un clocher – dressés dans la nuit – qui percent la brume qui surplombe le monde…

 

 

Nous ne sommes qu’un lieu – un carrefour – un passage – où s’invitent tous les déguisements du monde – comme autant de reflets du silence qui, à travers ses jeux, ses travestissements et ses corruptions, dévoile tout son pouvoir – et toute sa magie

 

 

Tout se prête au jeu du monde. Mais à quelles forces obéissent donc les hommes pour le réinventer – et l’accélérer – sans cesse…

 

 

Tout prend place dans une forme d’entre-deux – entre l’en deçà et l’au-delà d’une chose – d’un monde – eux-mêmes parties dérisoires – infimes points – d’un cadre plus large. Et ainsi de suite à l’infini. C’est dire la relativité de la vie, de la mort et du monde – la relativité de toute choseen vérité…

 

 

On parle (souvent) de ce que l’on ne connaît pas – et que l’on croit, pourtant, connaître (un peu). Il vaudrait mieux se taire – et conserver intacts la curiosité et l’étonnement devant ce que l’on ignore….

 

 

Toute idée – toute pensée – est un obstacle à voir – à se laisser émouvoir – à vivre…

Rien ne vaut l’innocence et le silence. On conserve ainsi inaltérés le regard et le monde – la naïveté originelle et la beauté première des circonstances…

 

 

Souvent, le monde s’écarte à notre passage lorsque nous marchons la tête basse – avec un sourire discret sur les lèvres – et une lueur – presque invisible – de gratitude au fond des yeux. La plupart n’y voient qu’une forme de faiblesse – une forme de mièvrerie ou de timidité – et ils se détournent avec mépris (ou avec pitié parfois). D’autres – plus rares (et plus avisés) – y décèlent le reflet de l’humilité – de la grande innocence nécessaire pour traverser – avec justesse – la vie et le monde. Et ceux-là, en général, nous laissent passer avec révérence – et un peu d’admiration dans le regard…

 

 

Vacance et soleil silencieux. L’ombre au fond des têtes ou à mille pas derrière soi. Eclipse passagère. La nuit est encore là – partout où nous l’avons refusée – refoulée – oubliée – plus forte que jamais – prête à ressurgir, à chaque instant, de sa tanière nourricière…

 

 

Comment naît le désir ? Qu’est-ce que la pensée ? Comment l’émotion nous envahit-elle ? Comment s’élabore un sentiment ? Et – surtout – que sommes-nous face à cela – et quelle position adoptons-nous lorsque ces phénomènes nous traversent ?

N’est-ce pas là le genre d’interrogation que l’homme est amené à se poser lorsqu’il aspire – un tant soit peu – à découvrir son intimité – même s’il existe, bien sûr, mille autres questions sur la vie et le monde, mille autres sujets sur les choses et l’âme – mille thématiques à éclaircir pour comprendre notre nature fondamentalement silencieuse et relationnelle…

 

 

L’homme est un enfant curieux et angoissé – qui consacre son existence à survivre, à jouer et à explorer mais dont la quête effrénée de confort* a fini par étouffer – de manière tragique – son goût naturel pour la recherche, la découverte, la compréhension et la connaissance…

* née, bien sûr, de son besoin instinctif de survie…

 

 

Tout prend souffle – s’ouvre – se maintient en déséquilibre – et disparaît par lambeaux entiers. Tout se transforme – de dégrade – se régénère – et renaît. A l’image de la terre – de la matière – de l’énergie – qui se nourrissent – s’effacent – et se renouvellent – d’elles-mêmes– et dont chaque forme de l’Existant (terrestre) est, bien sûr, constituée…

 

 

Il y a moins à devenir qu’à s’abandonner – moins à vivre qu’à apprendre à disparaître

S’effacer – mourir un peu – à chaque respiration. Tendre vers cet espace – cet infini – cette éternité mystérieuse – au cœur du souffle…

 

 

Ne plus être qu’une main ouverte – qui offre – propose – soigne ou caresse. A peine un silence – pas même un visage. Une ombre aux reflets discrètement lumineux. Un petit rien – une sorte d’astre infime et dérisoire – presque invisible – au cœur de la matière. Bien davantage, de toute évidence, que le désir et la parole des hommes et des Dieux…