Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Rien qu’une joie – un effroi – un chant – un visage – une petite chose du monde – qui vous renverse l’âme…

 

 

L’âme – la vie – la terre – et le pouvoir d’aimer

 

 

Une discrète jouissance du monde…

 

 

Le cœur chapardé par la nuit. Et, à la place, un infime soleil

 

 

Ce qui nous somme de nous éveiller – voilà ce que mes lignes aimeraient faire éclore au fond de l’âme…

 

 

Poète du jour, peut-être, à travers quelques gestes. Voilà, sans doute, le plus beau métier du monde. Nul besoin de plume. Nul besoin de page. Il suffit d’être vivant – et pleinement présent à l’âme, au monde et au silence…

 

 

Visage en sursis – soif sans répit. Comment pourrions-nous être des hommes sans avoir au moins essayé d’apprivoiser le temps, le désir et la mort – ou mieux encore – en demeurant – aussi immobiles que possible – en leur cœur – à la source même de leur naissance…

 

 

Comment le plus grossier pourrait-il découvrir l’invisible – dire l’indicible – être effacement…

 

 

Nuit noire – complète – au fond du sable. A peine un trou par lequel respirer…

 

 

Vivant – un point c’est tout – avec cette sensibilité à fleur d’âme…

 

 

L’esprit – l’aventure et la mort. Et ces reliquats que nous traînons à travers les siècles…

 

 

A peine vivant – et miraculeux déjà. Comme les pierres, les arbres et les bêtes que nul ne voit en dehors de leur usage. Aussi précieux, pourtant, que les visages et les étoiles…

 

 

Noircir le monde et l’horizon de cette encre pâle. Arpenter inlassablement les labyrinthes du langage. Comment ce labeur pourrait-il enfanter dans le geste la moindre lumière…

 

 

Tout est prémices à la joie. Il manque seulement, parfois, le sourire – l’innocence nécessaire au sourire…

 

 

Toute existence est la matérialisation parfaite de l’infini. Et chaque instant, celle de l’éternité. Ainsi vivons-nous, en ce monde, le Divin – sans même nous en rendre compte…

 

 

Temps – mort – malheurs – quelque chose d’infiniment terrestre. Les grands fleuves, eux, ne connaissent que l’océan…

 

 

L’absence à convertir en plein silence. Et le monde à apprivoiser…

 

 

Une main – un signe – un adieu. Un peu de mort à chaque instant qui passe…

 

 

L’intensité de l’âme en disharmonie avec l’ardeur du vivant…

L’éternel conflit – l’éternel dilemme – de l’incarnation – coincée entre l’invisible – le silence – leur profondeur, leur densité, leur étendue – et l’irrépressible (et frivole) agitation des corps et des visages à la surface du monde…

 

 

Fuite et distraction autour du même centre – enfantant toutes les circonvolutions – toutes les absences – toutes les périphéries – toutes les turpitudes du voyage…

 

 

Et cette faim – chaque jour – qui traverse les banquets et les pénuries avec le même allant – la même ardeur – le même désir d’assouvissement – et découvrant – toujours – les limites de la satiété

Cycle sans fin né du manque – et du jeu d’incomplétude dans lequel nous a jetés ce qu’aucun ajout ne peut augmenter – ce qu’aucun retrait ne peut entamer…

 

 

Terrasse d’un jour nouveau – ni plus triste – ni moins beau – qu’un autre – celui qui arrive – succédant à tous les précédents – et précédant tous les suivants – aussi neutres les uns que les autres – toujours neufs – toujours égaux à eux-mêmes, en quelque sorte…

 

 

Pas et paroles inutiles. Chemin – à présent – obsolète. Un regard – simplement – et quelques gestes quotidiens…

 

 

A gravir – sans cesse – la même pente – interminable – qui – inlassablement – implacablement – nous refait glisser vers son extrémité la plus basse…

 

 

Gestes – encore – sans le moindre destin. Reflets miraculeux de la beauté d’être au monde – l’incarnation vivante, peut-être, du silence…

 

 

Des yeux à naître – et déjà apeurés. Et une bouche déjà affamée. Le règne – toujours – du manque et de la crainte…

 

 

Dans quelle étrange matière – et de quelle ingénieuse manière – le secret a-t-il été, en nous, façonné – et caché – pour demeurer si inaccessible – et continuer à être, à travers les siècles et les millénaires, la plus insoluble énigme du monde – l’éternel mystère…

 

 

Qu’éveille donc la vie, en nous, à chaque instant ? Et sommes-nous toujours réceptifs à ce qu’elle nous expose – toujours fidèles à ce qu’elle porte – toujours attentifs à ce qu’elle réussit à émouvoir et à ébranler…

 

 

Que cache donc cette fleur pour abriter en son cœur tant d’épines ? Un secret, sans doute, hors de prix – inaccessible à l’homme…

 

 

Un monde de chaînes et de rouages – une mécanique vivante – née de presque rien – d’un souffle peut-être…

 

 

Une rencontre avec soi – permanente – intense – profondément sensuelle et amoureuse. Le lieu, peut-être, où le Divin – inlassablement – s’enlace…

 

 

Temps apaisé – comme suspendu – malgré la danse infernale du monde et des aiguilles…

 

 

Comme délivré du superflu. Dégagé, en quelque sorte, des modus vivendi du monde et des compromissions communautaires et collectives. Plongé au cœur de l’intense et du geste prosaïque – éminemment précieux…

 

 

Vide habité – sans singer la moindre sagesse…

 

 

Plongé dans la mélasse fluide – dans la pâte sans malice – des choses – loin du mensonge des visages…

 

 

Des mots comme des caresses – sans message – sans intention. Comme une modeste contribution – un infime présent au monde. Et, peut-être, une humilité et un regard offerts aux hommes…

Nul récit – nulle histoire – pas même un témoignage. Quelque chose qui se donne pour (presque) rien ; un grand feu de joie au fond de l’âme…

 

 

Ni perte, ni naufrage, ni adieu. Une tendresse offerte. Un peu de compagnie. Une forme de présence au cœur du rêve. Pas même une résistance ou un geste de révolte. Les prémices, peut-être, de l’acquiescement. Les balbutiements d’une joie pure – sans raison…

 

 

Rivages – visages – chemins – peut-être le même mirage. Le reflet – le parfum – d’une aurore espiègle – d’un Dieu joyeux – d’un espace, en soi, sans masque – sans exigence – sans simagrée. L’incarnation mystérieuse de l’invisible…

 

 

De proche en proche – mille circonvolutions jusqu’au centre – là où le cœur et le silence se rejoignent – retrouvent leur place – la même joie qu’aux origines…

Comme si les fleurs avaient remplacé les pierres et le chagrin sur les chemins du monde. Comme si la vie et la mort s’offraient l’une à l’autre sans la moindre tragédie. Comme si Dieu insufflait aux hommes un peu d’âme. Comme si la terre n’avait jamais connu la haine…

 

 

Une étoile confondue avec le jour. Et mille traces de sang à la place du soleil. Quelque part, un monstre à l’âme corrompue – aux élans dévastateurs – piégé par son besoin, si maladroit, de tendresse. Et mille oiseaux qui s’envolent au loin – vers cet au-delà trop souvent rêvé peut-être… Le drame du monde – le drame des hommes – errant – malheureux – sur les mêmes pierres depuis la première nuit. Et Dieu introuvable, bien sûr, ici comme ailleurs…

 

 

Un lieu sous le ciel – un point sur la terre. Un homme peut-être…

 

 

Au-dedans du dehors – là où l’âme devient une aile – un élan – une étincelle – un reflet éblouissant de la lumière. Un modeste présent – une joie innocente offerte au monde…

 

 

Rien ne peut entraver le solitaire dans son exigence de solitude

 

 

La foule – la mort – et le silence à naître…

 

 

Loin des rois mendiants qui se pavanent dans l’herbe souillée – sur la terre saccagée par le règne des hommes. A même les pierres avec lesquelles se bâtissent les chemins. En compagnie des arbres, des bêtes et des étoiles. Dans la proximité des vents, du soleil et de l’innocence. Dans les bras de l’invisible qui nous a enfantés – appuyé sur cette tendre résistance à la barbarie…

 

 

Trop de sang dans ce royaume – trop de ventres et de mains – et si peu d’âmes pour réfréner les ardeurs dans l’arène…

 

 

Un chant – un matin malicieux. Et l’étonnement des fleurs face au soleil et aux gouttes de pluie. Ici – ailleurs – partout à l’œuvre – l’innocente tragédie du vivant…

 

 

L’âme nouée à mille soleils – et un sourire discret sur les défaillances, les manques et les déchirures. Prêt à aller plus tendrement sur les chemins qui traversent les rives rouges – trop violentes – du monde – où sommeillent encore trop de visages rêveurs…

 

 

Les abîmes et les versants du monde transfigurés – méconnaissables – comme s’ils n’avaient jamais été envahis – colonisés – dévastés. Partout des couleurs – des ailes – mille merveilles. Et l’infini enfin perceptible – presque tangible – dans les yeux et les gestes de ceux qui fréquentent les lieux. Et l’absence – surprenante – des spectres d’autrefois – de tous ces fantômes qui surgissaient sans fin – sans raison – au milieu des rêves – comme s’ils avaient été balayés par une vague mystérieuse…

Personne – mille âmes – et mille rencontres possibles. Des saluts – des passages – des accolades – une folle communion. Et, aux fenêtres, une myriade de signes et de sourires fraternels…

 

 

De la chair et des arbres sur les pierres grises. Et les âmes encore prisonnières de la nuit. Des bouches, des peines, des désirs. La rudesse du monde et des vivants. Et l’absence dans tous les yeux rageurs – dans tous les yeux indifférents. Mille soucis sur le front comme l’évidence d’un manque – d’un oubli. A peine un chemin – pas même un voyage. De la poussière, des vents, des cris. Des Dieux que l’on invoque et que l’on implore. Des prières et des murmures. Et ce grand silence inquiétant au-dessus du monde que ne parviendront jamais à déchiffrer les alphabets de la terre…

 

 

Rien qu’un nom pour distinguer les choses et les visages. Rien qu’un nom – et mille manières de nommer les âmes. Quelques lettres – simplement – pour honorer le silence – et son œuvre si bruyante – si tapageuse…

 

 

A feu et à sang – la terre – le monde – le cœur de l’homme. Tout ce qui est parvenu à corrompre la nudité des âmes. Et Dieu – entre désolation et hilarité – essayant, du fond de son silence, de nous faire quelques signes pour limiter le carnage…

 

 

A genoux contre les murs du temps – à prier en vain…

 

 

Rien – mille fois rien. Et vivre, pourtant, au cœur de ce néant que – seule – la sensibilité – peut rendre vivant et vivable…

 

 

Des hommes – des cités – vestiges décadents de la terre originelle où le silence était la seule loi – où l’Amour régnait en maître sur presque rien – les balbutiements d’un désir qui, peu à peu, créa le monde…

 

 

De rêve en délire – mains à l’épreuve. Et le monde – sans respect – sans raison particulière – alourdissant le pas – opacifiant les yeux – transformant toutes les merveilles en vaines trivialités. Des danses et un naufrage. Des existences et des visages à la dérive – avant le grand précipice…

 

 

La soif et la folie – les seuls jeux autorisés sous la pluie – sans l’Amour. La servitude et le néant. Et au cœur de l’absence – mille distractions pour tenter d’oublier…

 

 

Boue et crucifixion – dans les bras immenses de la nuit. Avec le soleil posé, peut-être, un peu trop haut – peut-être, un peu trop loin…

 

 

Et cette inertie de l’âme – comme si le cœur avait été amputé – comme si le souffle nous manquait pour suivre l’élan premier – retrouver le sourire originel – et faire écho au désir (au seul désir) de l’innocence…

 

 

Et ce cœur qui frappe à toutes les poitrines – pourquoi ne l’accueille-t-on pas avec plus de mansuétude et de tendresse…

 

 

L’invisible encore – toujours – seul amour du jour. Le plus grossier, lui, n’a d’yeux que pour l’obscurité – le rayonnement de la nuit…

 

 

Une sorte d’infortune où se mêlent les épreuves et la prouesse. La pente où nous nous tenons – pas même étonnés de nous trouver au bord – que dis-je ? – au cœur – du miracle…

 

 

Des élans – des remous – des souvenirs – un peu de nostalgie. Mille couches de mots – et un petit poignard que l’on porte à la ceinture. Pas même un sourire – ni même un peu d’espièglerie. Le refuge que nous avons créé – et que nous avons essayé de poser sous le soleil. Vents et poussière – et ce grand rire né du silence en voyant notre misère – notre désarroi – le tremblement de nos lèvres devant le moindre rayonnement de l’invisible…

 

 

Une pierre – une pente – un arbre. Et le souffle du temps qui amplifie le miracle. L’haleine au cœur du ciel comme si nous avions enjambé mille étoiles…

 

 

Le lieu des rencontres où la beauté des visages n’importe guère – où rien ne compte davantage que la clarté des âmes…

 

 

Simple – avec l’univers tantôt en pendentif, tantôt en bandoulière – mais, le plus souvent, jeté loin – très loin – derrière notre épaule…

 

 

Le feu – entre les tempes – au fond des tripes – délaissant la chair pour un peu de clarté – un peu de lumière – mille soleils en guise de festin…

 

 

Des yeux – mille paires d’yeux – inconscients de la terre – de sa beauté – de ses miracles. Des cris – des bourrasques – sans applaudissement. Mille coups – mille blessures – mille terreurs. Une immense colère sans visage. Une folle ardeur qui exploite, enlaidit et saccage…

Et, en soi, le rêve impuissant d’une rive plus singulière – moins marquée par la peur, le sang et les instincts…

 

 

Souffles épars – ficelles au bout des doigts tenues tantôt par l’orage, tantôt par la nuit – dessinant, malgré eux, un monde – un ciel – une âme indocile. Mille rêves, peut-être, cherchant derrière les rives l’océan…

 

 

Une main tendue – près du seuil – là où les âmes dérivent encore – d’une félicité à l’autre – entre pierres et ciel – de folie en déraison…

 

 

Les mendiants aux mains tendues vers le monde ne récolteront – au mieux – qu’un peu d’or – jamais ni la joie, ni la paix qui s’offrent à ceux – à tous ceux – qui s’abandonnent (corps et âme) à l’invisible et au silence…

 

 

Au carrefour de la hantise et de l’émerveillement – l’homme aux pas démesurés – celui que la marche obsède autant que le silence – celui qui ne peut choisir entre le monde et la joie…

 

 

Echelle – inespérée – au-delà du précipice…

 

 

Etendu – rassemblé – au centre de l’envol – là où l’air et la terre se rejoignent pour offrir leur chant au monde…

 

 

Un sourire – une étrange silhouette – l’âme aux confins du visage. Et le cœur obéissant – prêt à s’offrir à chaque rencontre…

 

 

Mur – étoile – influence – qu’importe ce qui vient… A chaque fois, le meilleur est proposé d’une main pleine et assurée…

 

 

Ce qu’un autre monde pourrait offrir – nous ne pouvons que l’imaginer. Et le rêve – bien sûr – n’assouvira jamais la faim…

 

 

De passage – les yeux levés vers cet ailleurs, en soi, promis par tous les prophètes. Poignard posé sur le sol – mains ouvertes – en offrande – l’âme docile – et le reste rassemblé en son giron. Prêt, en quelque sorte, pour le saut et le grand voyage – et à recevoir l’encouragement malicieux des anges qui offriront le poids de leur main pour amorcer le premier élan vers l’abîme…

 

 

Inutile d’en référer au monde ou aux étoiles – l’encre et la voix s’emmêlent dans la chevelure des Dieux – élargissent le passage à travers lequel, un jour, tout finira par glisser ; les choses, les âmes et les visages sans distinction…

 

 

Rien ne se réalise sans le tacite assentiment du silence ; les mondes, les meurtres, l’innocence, la beauté. Tout – avant de naître – doit recevoir le divin acquiescement

 

 

Je vois le bâton des sages danser et virevolter dans la nuit – sous le regard ébahi de l’herbe et des étoiles pendant que les hommes et les bêtes dorment (un peu trop) sagement dans leur tanière…

 

 

La beauté d’un chant lorsqu’il est offert au silence – et lorsque l’on sait qu’il sera le seul témoin de cette humble offrande…

Modeste élan qui côtoie Dieu pour un instant…

 

 

L’infini a déserté le monde. Voilà pourquoi j’aime les âmes humbles ; à travers elles, on perçoit le ciel…

 

 

Toujours moins d’épaisseur – toujours plus de transparence. Corps et âme (presque) exactement alignés – superposés. Comme si, d’un seul rai, l’invisible nous traversait…

 

 

L’âme, l’esprit et la main vides. Et cette encre – comme une forme grossière de sang céleste – qui vient rompre le silence – et tacher de quelques traits la blancheur de la page. Un acte de joie – un acte d’Amour – presque sacrilège – qui doit emprunter le canal commun – le pauvre et merveilleux langage des hommes – unique champ d’expression (potentiellement) compréhensible…

 

 

Tout en bas de l’échelle – trop hiérarchique – des hommes. Hors-champ – presque aux confins du monde. D’un âge sans âge – dans cet effleurement de l’éternel – hors-temps, bien sûr. Entre le plus vaste – l’inénarrable – et la poussière. Ce qu’il y a, peut-être, de plus beau – et de plus haut – en l’homme…

 

 

Dense – intense – transparent – extraordinairement vivant et sensible. L’émotion brute – l’émotion pure – de l’être et du vivant réunis – rassemblés. L’incarnation vibrante de l’espace infini…

Les mots nous manquent – trop pauvres – bien trop terrestres – pour exprimer l’inexprimable. Et la faculté même de dire – de tenter un imparfait partage pour décrire cette joie sans rivale – nous fait défaut…

Il faudrait être aussi silencieux que le silence pour témoigner de ce goût insensé d’infini. Il faudrait presque cesser d’être un homme. Un sourire vivant – à peine une âme – un acquiescement à tout – une proposition perpétuelle – un renouveau et une fraîcheur qui s’offriraient sans raison – au-delà de toute intention – au-delà de toute volonté de partage…

 

 

Au-delà du monde – le silence…

Au-delà de toute poésie – le même silence…

Le silence – partout – se goûtant (lui-même) à travers – et par-delà – les bruits du monde – à travers – et par-delà – toute forme de langage. Dieu, l’infini et l’éternité réunis, en quelque sorte – et qui, loin d’écraser l’homme et l’âme, les invitent à marcher vers leur incroyable réalité

 

 

Ni mot – ni langage – ni promesse. Et moins encore, bien sûr, prophétie. La réalité nue. Le cœur le plus élémentaire – au-delà des parures et des étaux – au-delà de toute exigence. L’élan et le désir purs – sans réserve – sans calcul – sans arrière-pensée. Le miracle du vivant lorsque l’incarnation retrouve – et reflète – sa matrice…

 

 

Trop intransigeamment tourné vers l’Absolu pour vivre auprès des hommes…

 

 

Jardin de présence et de solitude que viennent couronner la joie et le silence…

 

 

De plus en plus seul – de plus en plus nu – pris par cet allant inexorable vers l’origine – le silence – l’invisible…

Chemin d’épreuves et d’hécatombes au cours duquel l’homme et l’âme – inflexiblement – implacablement – s’allègent…

 

 

Intrinsèquement seul et vierge – au cœur de l’être – noyau de présence – espace de lumière – enveloppé seulement d’un peu de chair…

 

 

Des pierres – des désirs – des refus – partout – dans ce cercle où nous avons été jetés…

L’exil et l’abandon. Et l’étrange sentiment d’une chute – pas tout à fait innocente…

 

 

Il n’y a rien entre nous – seulement un peu d’incompréhension et de silence…

 

 

Mille sommeils et la solitude en commun – et surpris, de temps à autre, par le déferlement de la terre et du ciel…

 

 

Mille visages – du premier au dernier homme…

 

 

Du vent – des ondes – des vibrations – puis, le silence. Dieu et le soleil indifférents. Et la main de l’homme comme une patte sauvage – les restes de vieux instincts…

Tous les ventres égaux quel que soit le visage…

Partout – le tragique festin du monde…

 

 

L’absence célébrée – partout – comme la panacée de l’homme. L’innocence piétinée et traînée dans la boue…

Et ce rire au fond du regard comme s’il était impossible de nous tromper malgré la fange, les horreurs et la barbarie…

 

 

Et cette fièvre du lien – tendu comme un piège – nous plongeant dans l’impasse de la rencontre et de la parole…

Vanité des élans où la nuit est – toujours – trop présente – et où les masques sont – toujours – trop grossiers. Et le rire de l’Autre – le rire des Autres – pour exalter la blessure – et suspendre à notre cou le supplice de la séparation. Collier de cloches et de couteaux qui résonnent sur tous les chemins comme la crécelle des lépreux – peu à peu rongés et amputés par leurs tentatives maladroites d’Amour et de rapprochement…

Qu’y a-t-il entre nous sinon cette fièvre, ces cloches et ces couteaux que nous brandissons à la moindre peur – à la moindre joie – dès que nous pensons être plongés au cœur de l’Amour – dès que nous croyons en être exclus – rejetés hors de ses frontières – comme si l’Amour était soumis aux lois – si étroites – si invalidantes – des hommes…

 

 

La passion de l’Absolu – ce qui anime les âmes téméraires

 

 

Chair et âme – de tout son cœur – de tout son sang – à éprouver, peut-être, la grande vie de l’homme

 

 

Derrière les parures – quelques haillons. Derrière les haillons – la solitude. Et derrière la solitude – les mains du silence qui tiennent notre âme avec tendresse pour la porter au faîte de la joie…

 

 

Echeveau de ronces et de racines – de pétales et d’épines – qui invite aux compromissions – aux demi-mesures – aux voies inévitables de la tiédeur et de la tempérance…

Comment pourrions-nous naviguer autrement sur les eaux – si équivoques – si relatives – du monde…

 

 

Pas d’image – quelques mots – simplement – pour témoigner du ressenti – de l’émotion – de ce qui traverse l’âme – et de la joie et du silence qui nous submergent…

 

 

Avec la joie, tout devient si tendre – si aimable – si rieur

 

 

La sensation du vent dans l’esprit qui aurait préalablement jeté tous ses masques – tous ses encombrements. La vie vibrante – sans filet – sans précaution – brute et belle – incroyablement sauvage. Et l’incertitude venue, avec elle, enterrer tous les fantasmes…

 

 

Seul – comme si le monde n’était qu’un rêve – un songe resté réel bien trop longtemps…

 

 

L’âme libérée de ses verrous – libre enfin de communier avec les pierres, les arbres et les saisons – libre de communier avec les bêtes, le ciel et les visages. Avec les mille merveilles et les mille mirages de ce monde…

 

 

Les mains ouvertes sur la lumière et le printemps. Seul – mille – tous autant que nous sommes – dans la paume immense du même Amour

 

 

A tourner – toujours – à contre-sens des tourbillons humains – porté par les marées montantes et descendantes des saisons – guidé non par la raison – ni même par la prétendue intelligence de l’homme – mais par les courants les plus naturels…

 

 

Les mains tournées tantôt vers les hommes – tantôt vers le ciel – parfois en prière – parfois en désolation. Et d’autres fois – plus simplement – libres du monde et du silence – comme manière de vivre sans eux – à l’instar des bêtes sauvages – à l’instar des pierres et des étoiles – selon les seules exigences de l’âme…

 

 

A contre-jour – et mille rencontres possibles avec l’ombre et ses enseignements fertiles – nécessaires – toujours – pour distinguer les lampes de la lumière…

 

 

Errance de la route et du langage. Pages et paysages de la même envergure – celle qui – toujours – allie le rythme, le quotidien et l’infini – la seule capable de transformer le geste – tous les gestes – en émotion pure et en lumière…

 

 

Être Dieu pour soi-même – tout ce dont l’homme – tout ce dont le monde – a besoin…

 

 

Chaque ligne – chaque virage – parcourus avec la même ardeur – la même passion – avec cette fébrilité impérative qui nous fait, parfois, oublier la beauté de la page et du chemin – la beauté de l’écriture et du voyage – et l’infini posé – toujours – entre chaque lettre – entre chaque mètre – entre chaque souffle – sur toutes les routes empruntées…

 

 

Seul avec soi – avec Dieu – sans la nécessité du monde. Tête-à-tête au cœur du silence – là où l’âme – si elle s’y prête – peut embrasser l’infini et l’éternité – ce que les hommes, peut-être, appellent l’Absolu…

 

 

Le geste d’écrire plus essentiel que les mots. Et les traits esquissés sur la page, peut-être, plus importants que leur sens…

 

 

La paume toujours moite – et hésitante – comme si l’indécision et l’incertitude paralysaient (encore) la main…

 

 

La douce caresse des choses sur l’âme et la peau. Comme une étreinte permanente pour celui qui devient sensible au monde

 

 

[Modeste clin d’œil à Edmond Jabès]

La solitude des murs et de la poussière – du vent et des haleines – du phare et des algues – du rocher et de l’océan – de la fleur et de l’abeille – du fer et du forgeron – de l’arbre et du balai – de l’homme et de l’âme. Mille solitudes en une seule – et chacune embrassée par le même silence – seul, lui aussi, comme tous les autres…

 

 

Là où la terre fleurit comme le jour – dans ces pas qui, peu à peu, sont devenus nôtres. Dans ce sillage tracé malgré nous. Entre ambition et obéissance – entre nécessité et dérision – quelque chose comme une persévérance – un impératif – une exigence de vie pure et intense qu’aucune présence – qu’aucun visage – ne pourrait offrir…

 

 

Tout s’entrave – indéfiniment – et rue en vain pour échapper aux mille détentions terrestres. Pris jusqu’au cou – jusqu’au fond de l’âme – dans ce monstrueux magma de matière…

Tout se caresse – se frotte – se pique – se frappe – épaissit, en réalité, l’obscurité du labyrinthe – et prolonge les murs de sa geôle…

 

 

Assis depuis mille ans derrière la même vitre – tantôt à maudire le monde – tantôt à maudire le reflet de son visage – tantôt à contempler l’épaisseur de la nuit que les hommes ont répandue – partout – sur la terre – sans jamais s’interroger sur la versatilité du regard et le provisoire de tout ce qui nous entoure et nous traverse…

 

 

A recommencer, chaque jour, la même tâche – la même page – le même chemin – comme le soleil et ces rives où tout pourrait arriver…

Une nuit après l’autre – et, parfois, toutes ensemble réunies…

Couché dans le même sommeil – comme si le monde pouvait aller au diable – et, avec lui, toutes les promesses de jour. L’orgueil et l’ignorance en bandoulière pour affronter, avec courage – avec obstination – tous les avenirs et tous les destins possibles…