Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Tout se délite – et s’effondre – les choses et la matière – et la substance même des visages. Sous le regard de ce qui n’appartient au monde – et qui contemple – presque ravi – l’inévitable accomplissement du désastre…

 

 

Rien n’intercède en notre faveur – pas même les Dieux. Mais, à l’origine, tout – avec le manque – nous a été offert…

 

 

Eclot ce qui a été englouti – oublié. Et s’inhume ce qui a été trop longtemps exposé. Ainsi tournent les mille choses du monde – et se poursuivent toutes les aventures…

 

 

La multitude des nuits démembrées – les choses réelles et les visages séduisants – si souvent – désincarnés. Le pays du silence – les rives et l’océan. Le soleil plus vaste que l’obscurité malgré la propension des foules à l’ignorance et à la trivialité – malgré l’engouement des hommes pour les jeux et l’agrément – cette forme de demi-sommeil où l’on plonge en apnée pendant des siècles…

 

 

De la cendre que le vent, un jour – très vite – disperse. Sable – plus loin – jusqu’au ciel. Et cette étrange échelle qui descend vers nos mystérieuses profondeurs. Quelques peines (suffisamment) – parfois, un pâle rayon de lune. Mille murs – et autant d’enceintes et de foyers. Des rêves à profusion – et plus encore de bavardages…

Un monde abandonné à l’enfance – à ce qu’elle a de plus puéril – de plus capricieux – de plus insupportable…

Des lampes, des livres et des paupières penchées sur des pages – trop sérieuses. Des nuits. Des nuits à la pelle. Un peu de tendresse et d’hospitalité offert, parfois, aux inconnus. Des genoux grossiers sur le sol aride. Du sang – mille mares de sang – sur les pierres et les morts. La routine du voyage, quelques souffles et un horizon terne – exigu. Des luttes, du temps et de la fatigue. Mille formes d’épuisement. De l’ignorance, des âmes en vrac. Des complicités et des malotrus à foison. Ce que peut nous révéler un seul instant de vie sur terre…

 

 

Le sommeil d’un monde en ruine – trop penché sur son reflet. Colonnes vivantes de couteaux – sosies des temps anciens – des époques barbares – arrachant tout sur leur passage ; le sol, les bêtes, les hommes – le droit de vivre, l’aspiration des âmes, la moindre espérance – exploitant – pillant – tout ce qui se vend ou s’échange contre un peu d’or…

Le vide, la beauté et l’invisible dévoyés pour raisons commerciales sans se soucier des débordements simoniaques. Le religieux et le sacré presque entièrement sécularisés – corrompus jusqu’aux dogmes pour de simples questions numéraires – la quantité des têtes à l’office – en prières trop ostensibles – accablantes. Partout – le règne des vitrines. Partout – l’apparence glorifiée. Et l’absence, l’obscur et le néant qui s’étendent – et se déploient derrière tous les sourires désolés – distraits – presque innocents…

 

*

 

Sur le plan relatif(1), tout est viscéralement – fondamentalement – ontologiquement – vibrations, mouvements, relations et échanges. Et sur le plan absolu(2), tout n’est que présence, silence, rayonnement et immobilité. Et entre les deux, nulle contradiction – peut-être, simplement, des âmes un peu déboussolées…

(1) sur le plan énergétique et phénoménal

(2) sur le plan nouménal

 

*

  

Rien de secret, ni d’impénétrable. Rien d’impossible – aux âmes sensibles…

La sensibilité – fourreau de toutes les vertus – terreau de toutes les découvertes…

 

 

L’hiver échangé contre le feu – l’agrément contre la passion – l’assurance et la routine contre l’incertitude. Toutes les distractions et les fausses évidences contre la vie intense

 

 

Tous les détails de la terre – et l’âme nue – plus seule encore qu’autrefois – mais étreinte – et embrassée – par les mille choses du monde – et le silence offert – à chaque instant…

Mille musiques – mille parfums – toutes les fantaisies du monde. Et le plus essentiel – toujours – dans l’âme vivante – respirante – à l’écoute…

 

 

Chants, légendes et continents. Tous les attraits d’une terre fertile où les possibles – tous les possibles – sont imaginables – imaginables seulement – pour notre plus grand malheur…

 

 

D’un temps à l’autre – sans la moindre passerelle entre les rives – où le passage à gué est impossible – interdit – où seul est autorisé le plongeon qui porte, en lui, la promesse de l’éternité…

 

 

Les hommes – la tête hors du monde – comme de petits seigneurs écervelés…

 

 

Au cœur du secret – là où, seule, règne la joie…

 

 

Rire au milieu de la chair – entre l’ombre et le silence – au cœur du sommeil et de la déraison…

 

 

Des bornes, une approche, des murailles. L’univers peuplé de possibles et d’interdits. Et l’âme perdue qui cherche – et s’égosille – en vain – au cœur de ce néant. Parabole de l’homme et du monde – parabole de tous les mythes terrestres…

 

 

Rareté des visages qui les rend précieux – et appréciables…

 

 

Echo d’un regard dans l’âme – lueur et attrait fantasmés – comme une part de l’Autre en soi rêvée, avant le retour au silence et à la solitude – au temps de l’écriture qui, parfois, se souvient…

 

 

Témoignage d’un Autre en soi qui a vécu et goûté ce que l’absence nous a empêché d’expérimenter – et dont la connaissance et la lucidité sont sans égales…

 

 

Tout s’accroche aux yeux amoureux. L’univers entier pourrait s’y attarder – et y batifoler – pendant des siècles – pendant des millénaires – pour l’éternité peut-être…

 

 

Rien n’est plus beau qu’une fleur – qu’une étoile – qu’un visage endormi. On y dépose quelques rêves – un désir – mille pensées – la réponse à toutes les énigmes – pour rendre l’âme heureuse – consoler nos frustrations – assouvir (illusoirement) tous nos fantasmes…

 

 

En marge d’une chaleur à naître – ce front retranché dans la fièvre…

 

 

Un peu de terre – et, au milieu, une âme perdue et innocente – apeurée et interrogative – encore tout étonnée de se retrouver là – au cœur de cette solitude et de ce chaos…

 

 

Un visage – quelques visages – quel poids ont-ils face à l’Absolu…

Bataille et rencontre inégales, bien sûr…

 

 

Plongé dans le vertige d’une blessure inguérissable…

 

 

L’ombre, la chair et le feu. Et mille gestes sournois – et mille gestes maladroits – entre les deux extrémités du monde et de l’existence. Des murailles, des sceaux et des lois. Et le petit peuple des âmes – dociles – obéissant à toutes les voix élues – à toutes les doctrines malfaisantes – à toutes les règles établies…

 

 

Visages disséminés autour du même mensonge – autour de la même ignorance – autour de la même illusion. Disciplinés – paresseux – incurieux du monde, des choses et des autres visages – trop faibles – trop veules, sans doute – pour embrasser le souffle de la résistance et chercher à tâtons la vérité…

 

 

Au fond de notre grotte aux parois de verre – à portée des rêves du monde – mais solidement arc-bouté contre la roche pour ne pas succomber aux tentations…

 

 

Au fond – le monde et soi ne sont pas si étrangers – pas si différents – de la même veine que le bois et les étoiles…

Un peu de vent, de poussière et de sable. Rien d’éternel. Quelques empreintes – vite effacées – sur la grève. Un peu de bruit dans le néant. Et, pourtant, que le vide, de ce côté du cœur, est lumineux – bienveillant – tendre et fraternel – autant que peuvent sembler glacées – hostiles – obscures et rudes – les âmes et les rives de la terre…

 

 

Nulle promesse sur l’échafaud – sur les rives de l’absence. Quelques secrets au cœur de la vie – au cœur de la mort. Quelques regrets aussi peut-être… Un désir de soleil et d’horizon. La maigre consolation d’un repas. Un peu de chaleur. Quelques caresses vite accordées – vite acceptées. Maladroites – absentes – sans âme – comme les mains qui les prodiguent et les visages qu’elles tentent de chérir. Un univers de silhouettes et de fantasmes. Des marionnettes mal ajustées qui se frottent sans parvenir à s’imbriquer – et moins encore à s’unir et à communier. Un univers de pâles partages et d’indigente tendresse. Morceaux de chair et de bois – fange et boue qui tentent de s’assembler en mariages pitoyables – en mariages impossibles – devant les yeux rieurs – et désolés – des âmes solitaires…

 

 

Des tourments et des couperets à chaque virage – jusqu’à l’ultime tournant qui angoisse davantage que le verdict du dernier coup de faux…

 

 

Enfant du ciel – fils du monde – et, pour l’essentiel, homme des ténèbres

 

 

Loin des abstractions humaines – mais empêtré encore dans celles que l’on a intériorisées – et fabriquées – à son insu…

De plus en plus intégré au cours naturel des choses – au déroulement inexorable des circonstances…

 

 

Le monde en soi – tel qu’il se présente…

 

 

A reculons – comme si nous marchions à l’envers…

Le sens apparent du progrès…

L’abîme où nous nous jetons. Et mille échelons supplémentaires à gravir…

 

 

Présent – là où nous sommes…

 

 

Le monde hors de la tête – ni à ses pieds – ni dans ses rêves. Un peu plus loin – là où nous sommes obligés de nous ignorer…

 

 

Sans témoin auquel quémander un regard – une approbation – un gage de complicité peut-être. Seul – sans visage – sans la nécessité de l’Autre…

 

 

Sans vitrine – transparent. Rien – à peu près rien. Qu’une apparence – où l’âme nous est étrangère – et où Dieu même n’a de place…

Du silence – de l’infini – et la liberté de la page. Un regard peut-être – pas même embarrassé par la chair qui l’entoure…

Une expérience hors du monde, des choses et des visages…

 

 

Tout se plie – se fond – s’empile – s’emmêle – sans exigence – au gré des nécessités et des circonstances…

Rive sans nom – histoire sans personnage – récit sans auteur. Au cœur du déroulement sans fin d’un fil infini créé par un Autre que nous. Une existence – des existences – sans motif – sans avenir – sans certitude…

Ce qui échappe, bien sûr, à la raison…

 

 

Un grand rire – la clarté de l’âme peut-être. Et le ciel qui n’en finit pas de nous absorber. Plongé, peut-être, dans une folie passagère ou dans une forme de sagesse qui ignore son nom…

 

 

Un monde sans parallèle – sans protocole – sans référence – où la liberté se cueille – s’offre sans doute – dans l’exactitude du geste – la sensibilité de l’âme – la concordance avec les circonstances – et le plein acquiescement à ce qui se déroule dans l’instant…

Une invitation – un hymne – peut-être – à la déraison universelle

 

 

Le plus haut degré de l’hiver – l’ultime barreau de l’échelle avant d’être happé par le silence – au cœur du vide. La dernière heure de l’homme, peut-être, avant ses mille renaissances…

 

 

Ces pages – un peu de poussière dans le chaos du monde – un peu de bruit dans la nuit des hommes – et qui rêvent, parfois, de devenir – de se faire (humblement) – lueur – brève étincelle dans le sommeil des âmes…

 

 

Revenir à la nature première de l’homme – de l’être – de l’esprit – divinement nus et joueurs – divinement innocents – et émerveillés par leur beauté virginale et la splendeur miraculeuse de leurs créations…

 

 

Exprimer l’indicible – dire la joie de l’âme par des mots compréhensibles par la tête. Voilà, bien sûr, tâche impossible…

 

 

Que tout semble, à la fois, vain et merveilleux – insipide et (potentiellement) intense et excitant. Partagé – écartelé – entre ce qui rend la vie simple et belle et ce qui la rend fade et triste. A quel changement de paradigme – à quel genre de perspective – faudrait-il s’ouvrir pour vivre (enfin) plus unifié…

 

 

Quelque chose – en moi – cherche à naître – à éclore – dont j’ignore la nature. Je pressens seulement que cette chose ne pourra émerger – et croître – qu’avec un changement de perspective – qu’avec une transformation radicale de la perception – un au-delà, peut-être, des références et du cadre humains…

 

 

Je sens, en moi, des forces puissantes – profondes – qui cherchent à percer la chair – à naître au monde. J’ai le sentiment d’être une terre – une croûte terrestre tiraillée par un magma invisible et indomptable. Comme une mère sur le point d’accoucher et qui ignore si l’événement sera heureux ou si elle enfantera une créature difforme et monstrueuse…

Une seule certitude : la délivrance se fera dans la solitude – sans anesthésie – et par voie naturelle – au rythme décidé par les Dieux et les circonstances…

 

 

Un cercle – et des paupières vertigineuses…

 

 

L’envol au-delà de l’épuisement – au-delà de la condamnation – au-delà de toute forme de convention. Quelque chose d’irrésistible et d’audacieux

 

 

Il y a dans l’esprit matière à parfaire le monde et à redonner aux hommes le goût de la lumière. Le travail des poètes et des sages peut-être – à travers la justesse de leurs mots – la justesse de leurs gestes…

 

 

Vivre pleinement – de toute son âme – avant la crucifixion. La résurrection, elle, s’offrira plus tard – et comme le reste – comme tout le reste – ne dépendra ni des prières, ni de la volonté – mais du bon vouloir des Dieux présents dans tous les fragments de l’esprit…

 

 

Je m’éloigne de l’homme – je le sais et le sens – mais j’ignore encore vers quelle contrée me mèneront les circonstances – vers quelle terre mon âme et mon existence seront conduites…

Le voyage – une fois de plus – s’entreprendra seul. Entre interrogation et excitation – je laisse les pas, la vie et le monde décider du rythme et de la direction. Et la traversée, bien sûr, se réalisera selon ma disposition à me laisser mener par les vents…

Pas d’île – ni d’épreuves. Une simple manière d’aller au-delà de l’homme – au-delà du connu – sans appui – sans référence – à travers l’incertitude ; le non savoir paroxystique, en quelque sorte…

Ni Dieu, ni âme – quelque chose d’indescriptible. Entre matière et esprit. Une manière, peut-être, de s’unifier. Un au-delà du silence – un au-delà de l’infini – rêvés. Hors du temps et du songe. Au cœur même du vivant – entre le tangible et l’invisible. Un saut en soi – un plongeon dans l’inexprimable – qu’aucun mot ne saurait décrire…

Ignorance totale – ignorance absolue – que ces lignes tentent d’appréhender (succinctement – et sans la moindre exigence de certitude) à travers quelques ressentis et intuitions – et le sentiment que quelque chose se joue – pousse – avance – se faufile – demande à naître – cherche un chemin à travers mon épaisseur – ma densité – mes encombrements…

Certitude que rien n’explosera mais qu’une faille va s’ouvrir – et devenir, peut-être, trouée – béance – vastitude…

Comme une naissance et un destin de jeunesse offerts aux heures automnales

 

 

Entre soi et soi – cette énigme à résoudre – et ces vieux chemins à abandonner. Et, déjà, ce goût d’unité et d’infini dans cette alliance secrète entre les mots, la matière et l’existence – entre l’âme et les circonstances – la vie pleine, peut-être, enfin vécue dans l’acquiescement…

 

 

Ni vraiment homme, ni vraiment Dieu. Le cœur divin de l’homme peut-être…

 

 

L’assentiment de l’âme – et sa pleine adhésion aux épreuves, aux visages et aux choses du monde…

 

 

Sans tabou – sans interdit. Sensible et authentiquement docile aux circonstances (malgré la persistance de quelques résistances parfois). Aussi libre, léger et puissant que les vents soumis aux conditions atmosphériques et aux reliefs de la terre…

 

 

Invisible et anonyme – comme, sans doute, le plus essentiel en ce monde. Rien qu’une apparence et un nom donné par les hommes. Presque rien, en somme…

 

 

Rien en dehors de soi – tantôt étriqué – tantôt proche du plus vaste – selon l’opacité de l’âme et l’amplitude de l’esprit…

 

 

L’écriture – simple sismographe des remous de l’âme – du mystérieux magma des profondeurs…

 

 

Le plus grand en soi – presque toujours détourné de son vrai visage – déguisé, le plus souvent, comme au carnaval…

 

 

La sensibilité presque aussi épaisse que le monde – quasiment impénétrable – peut-être trop ensommeillée…

 

 

Rien ne se froisse davantage que l’âme et la feuille – presque autant que les visages face à un embarras…

 

 

Un seul pas – un seul geste – à accomplir – mais de mille manières différentes…

Quelque chose, peut-être, qui ressemble au silence…

 

 

Murmure du jour derrière les visages taciturnes qui peine à percer l’épaisseur des âmes…

 

 

Devenir vivant – autant que le permettent l’âme et le mouvement…

 

 

Sous le chaos, l’ordre du silence et les nécessités du monde – bien davantage que la volonté des hommes…

 

 

Sur l’axe où la nuit a été posée – fixée sans doute – dans une sorte de quiproquo grotesque où seuls le noir et les apparences peuvent être perçus (par les yeux)…

 

 

Au-delà de la route et du sommeil – derrière le plus risible – et le plus tragique – du monde… Une forme de détour où le manque et la faim deviendront, peut-être, étrange soleil

 

 

Odyssée souterraine où le jour perce, déjà, à travers l’âme…

 

 

Des dessins au cœur du vide et du silence – voilà à quoi œuvrent les hommes. Des graffitis sur les murs de l’abîme. Quelques pigments – un peu de couleur – dans l’obscurité. Des arabesques – quelques pauvres gribouillis – qui ornent provisoirement le noir et le néant…

Mille expressions incapables de faire jaillir la lumière au-dedans…

 

 

L’espace vivant d’un Autre que nous continuons d’ignorer…

 

 

Un peu de sable et de poussière. Et mille vents – tantôt malicieux – tantôt rageurs – qui nous jettent parfois sur les pierres – parfois dans le sommeil…

 

 

Un peu d’âme et de poésie – et nous voilà heureux. Et pour peu que le jour nous offre un rien de proximité et de partage avec le monde – avec le moindre visage du monde – et notre joie est à son comble…

 

 

On ne choisit la solitude qu’après avoir fréquenté trop de visages sans âme – trop d’âmes sans sensibilité. On s’exile – on s’isole – alors pour échapper au plus tragique du monde…

 

 

Le poème contre la tragédie et l’indigence. L’Amour contre les instincts. Et l’esprit contre les mythes et les légendes. Non pour les combattre – non pour les condamner – mais pour offrir au monde et aux âmes un peu de lumière et de beauté. Comme une invitation à ouvrir les yeux sur ce qui semble si pauvre – si noir – et découvrir cette grâce plongée au cœur de la nuit…

 

 

Ce qui peuple le silence – la joie et la solitude. Ce surcroît d’âme et de beauté qui donne aux ténèbres des allures de royaume – et aux paupières un goût plus prononcé pour la vérité…

 

 

Tant de surprises derrière les limites – et sous les frontières. Et la lumière, déjà, à travers l’ombre déchirée…

 

 

Nul secret. Une simple manière de percer ce qui nous hante (presque) sans raison…

 

 

Une nuit pour chaque tabou. Un peu de sang à chaque déchirure. Et derrière les voiles – au cœur de l’obscurité – sous la glaise et les idées – au centre du monde éparpillé – débarrassé de ses images – de ses instincts – de ses secrets – le plus sensible ; le même visageun cœur immense et généreux – deux pupilles curieuses et émerveillées – deux mains gigantesques – une présence, en somme, infiniment douce et attentive…

 

 

Moins de chimères dans l’âme. Plus pauvre qu’autrefois – plus simple qu’au temps des grands édifices…

Un étrange mélange d’âme et de sueur. Mille finitudes au cœur du même infini…

 

 

A défaut d’ampleur – une vive ardeur horizontale…

 

 

Entre Dieu, la folie et la mort – la terre restreinte – l’angle étroit où survivre nécessite un peu d’or et de ruse…

 

 

Un grand pas de côté – là où la logique n’a plus de raison d’être…

 

 

Ce que nous devenons au risque de nous perdre. Mais l’errance nous mène-t-elle nécessairement à la perte ? Ne nous invite-t-elle pas plutôt à une forme d’égarement – à un détour indispensable pour que le monde et la vie ôtent nos surplus…

 

 

Un geste – un pas. Mille gestes – mille pas. Toute une vie à découvrir et à célébrer. Et mille paysages à parcourir. Et l’âme à dévêtir entièrement…

 

 

L’éternel secours du jour face aux dérives de l’âme et du temps – face à la mainmise et à l’épaisseur du sommeil – face à l’expansion, partout, de l’illusion…

 

 

Le dessein d’un Autre à travers nos vies – nos gestes – nos désirs. Et la nécessité sous-jacente aux instincts. Rien de personnel dans nos existences. Ni décision, ni liberté. Le déploiement du mystère à travers la souffrance et la joie…

 

 

La proximité des visages – l’entrelacement des corps – la rencontre des âmes – le simple déroulement des circonstances – comme si les histoires – toutes les histoires du monde – s’inscrivaient dans le cours naturel – dans le cours éternel – des choses

 

 

L’œil, la neige et la barbarie. Et, par-dessus, le ciel. Et, par-dessous, le langage qui tente d’inventorier le monde et de déchiffrer la multitude des liens…

 

 

Mots, gestes, quotidien et infini – inextricablement liés. Ce que réclame l’âme humaine – ce qu’offre le poète – et ce dont le monde a besoin pour s’affranchir de l’apparence du temps et des visages…

 

 

Le long de la nuit – nez sur l’horizon – paupières cousues à la route – comme si la seule perspective se trouvait devant soi…

 

 

A chercher partout le jour – et la lumière du monde – comme si, au-dedans, tout était triste et noir…

 

 

Chair fragile – mortelle – et l’âme absente. Le sang presque totalement instinctif. Et le ciel comme vague croyance…

A peine à la surface du monde. Entre rêve et sommeil…

 

 

A vivre comme si nous ne pouvions (tous) avoir le même visage…

 

 

Ce qui sépare le ciel du monde – l’homme de la bête – et Dieu de l’homme. Un interstice à peine plus large qu’un ongle où l’humanité a construit son royaume…

Et le même espace, bien sûr, entre la parole et la lumière…

 

 

Le temps sur le front creuse ses sillons. La chair flétrit. Et l’esprit dans sa veine innocente – puéril le plus souvent. Et Dieu et l’âme – toujours aussi étrangers – lointains – inaccessibles…

 

 

Monde de naufragés et de bouées lancées au hasard des dérives alors que la terre est là – à quelques encablures de l’âme. Archipel de silence – invisible depuis les rives et l’océan déchaîné…

Et l’espoir comme seul – et fragile – bastingage. Aveugles à cette lumière au fond des abîmes…

 

 

Sentiment océanique qui donne à l’âme cette irrépressible légèreté – cette noble insouciance…

Les circonstances, bien sûr, demeurent – et, parmi elles, surviennent, évidemment,quelques événements délétèresquelques situations inconfortables ou douloureuses – mais nul souci à vivre. Ni coïncidence parfaite, ni résistance systématique à ce qui est – la liberté de ce qui arrive – et la pleine obéissance – la pleine adhésion – à ce qui surgit dans l’âme – ce que certains, peut-être, appellent l’acquiescement…

 

 

Des miroirs et des visages, peu à peu, transformés en silence…

 

 

Un monde d’ombres, de lèvres et de silence où les gestes ont l’épaisseur de l’âme…

 

 

Les dérives – effrayantes – de la soif vers le sommeil…

 

 

Le monde itératif où mille choses inutiles sont réalisées – non pour la joie ni même pour la beauté du geste – mais pour emplir l’âme et contenter ses représentations et ses routines instinctives. Simples schémas comportementaux – impulsés par l’habitude – et, très largement, déconnectés du réel…

 

 

A espérer l’Amour là où il n’y a que le sang. A prévoir le pire là où il n’y a que l’infâme. A discerner le possible de la tragédie…

Les funestes enjambées de l’homme à travers les siècles…

 

 

Lignes nocturnes exemptes de larmes et de croyances. Ni détention, ni évasion. Une simple manière de relater ce que nul ne sait nommer…

 

 

Tout un monde jeté comme une plaie – une boursouflure brunâtre – une disgrâce – sans être, pour autant, une erreur – les prémices du possible – les chemins tortueux et mystérieux vers la délivrance où chacun serpente entre la faim, l’illusion et l’extinction du rêve…

 

 

Des poches et des pioches – à persévérer dans cette fouille ardente du monde. Richesses inutiles – inaptes à refermer la blessure du manque. Comme une manière fiévreuse et stérile de remplir ce que seul l’espace au fond de l’âme peut combler…

Comme deux ailes minuscules greffées sur un buste massif – un corps inerte. Comme une main essayant d’éteindre un incendie avec quelques brindilles – un peu de paille. Comme des ruines sur lesquelles on tenterait de bâtir un empire…

 

 

Des noms gravés sur le sable que balaiera la prochaine vague. Epitaphe, peut-être, du temps et de l’éternité dont l’homme ne vit – et ne perçoit – que l’échéance…

 

 

Pas d’ici, ni d’ailleurs. Ni au-delà – ni en deçà. Pas même entre les deux. Ni même en dehors de ce qui peut se nommer. Quelque part qui n’a pas de nom. Nulle part peut-être… Au fond – au bord – là où l’oubli et l’épuisement persistent. Là où les hommes n’ont plus de visage. Là où le monde n’est plus un sol à conquérir – plus une terre à féconder. Là où les Dieux ne sont plus nécessaires. Au cœur de tout – de chacun – là où l’invisible devient vivant – la seule réalité peut-être…