Regard* / 2019 / L'intégration à la présence

* Ni journal, ni recueil, ni poésie. Un curieux mélange. Comme une vision – une perception – impersonnelle, posée en amont de l’individualité subjective, qui relate quelques bribes de cette vie – de ce monde – de ces idées – de ce continuum qui nous traverse avant de s’effacer dans le silence…

Regard confiant au cœur de l’incertitude – comme si la vie était un chemin joyeux – un jeu – un exercice de découverte – une exploration du réel – un apprentissage de la joie et de la gratitude – et non une suite d’épreuves et de déconvenues – une longue série de peines et de malheurs…

 

 

Nécessités et jubilation silencieuse – sobre – éminemment solitaire – sans autre visage que celui des pierres, des arbres et des bêtes. Cellule au cœur de la forêt – entre terre et ciel – sans horizon ni regret…

 

 

A présent – l’espace et la lettre – et le rythme des pas. Sentier de cendres, peu à peu, transformé en or. Soleil journalier entre l’aube et la page. Le front ouvert au cœur du monde

 

 

Quelques foulées dans des lieux sans importance. L’âme habitée moins confusément. Un envol au-dessus des abîmes intérieurs – au-dessus d’un monde où sommeille encore la plèbe…

 

 

Le ciel recouvre la feuille – traits qui serpentent entre les pierres sur les plus hauts versants du monde. Roches et syllabes se chevauchant – et roulant ensemble sur la mousse – sur la page. Du soleil – de l’ombre – le juste équilibre de l’homme. Des gestes et des mots – soudés par la même substance. L’âme et le langage adossés au même silence. La joie incertaine – fragile peut-être – mais présente – loin des tribulations des siècles. Hors du temps – loin des hommes. Dans cet havre que les chemins ont, peu à peu, façonné…

 

 

Eloignement – à la suite du passé. Phrases et sentiers soutenus par la joie. L’encre et la sueur – issues du même creuset – coulant sur la même pente. Racines au ciel – là-haut – accessible à la verticale de tous les en-bas – après mille détours – mille impasses – mille bifurcations – où l’âme s’est cru perdue…

 

 

A contempler la vie dans le sillon des arbres – avec cette patience de la verticalité…

 

 

Entre le vide et les menaces – l’incertitude – une aubaine pour l’âme malgré l’œil fébrile – inquiet – et que rien n’apaise – pas même la continuité des jours…

 

 

A refaire le trajet à l’envers – jusqu’au puits où tout a commencé. Et sur le point, peut-être, de découvrir l’espace jubilatoire qui a enfanté l’abîme, le ciel et le voyage – cette terre qui nous a vu naître…

 

 

Nulle exigence – ni de solitude, ni de rencontre – ni de circonstances, ni d’extase. Seulement ce qu’offrent le jour et les provisoires penchants de l’âme…

Si loin de cette manière de vivre d’autrefois où chaque événement était un risque – une épreuve – un faix – un accablement…

 

 

Le tranchant du jour – à travers le visage – à travers la parole. La lumière comme un silex sur les masques du mensonge…

L’âpre sentier de la lucidité qui érafle – perce et pulvérise – qui déblaye l’espace nécessaire pour que s’établisse le moins pire de l’homme

 

 

Titubant au milieu de l’ombre – de gestes en syllabes maladroites – pour déterrer ce qui se cache derrière l’identité – sous les racines apparentes du monde – et découvrir la vie hors du temps et le premier visage qui enfanta les siècles…

 

 

Entre le vide et le monde – cette course inachevée…

 

 

Le vent, l’incertitude et la parole couchée sur ce blanc innocent et sans mémoire…

 

 

Pantin des forces noires qui nous gouvernent. D’impasse en bifurcation – de sol en ciel imaginé – vers ce langage sans verbe – vers ce geste au-delà de toute intention. Là où les mirages sont pulvérisés – là où l’illusion implose – abandonné à soi et à la possibilité de la rencontre. Murs qui se lézardent – qui s’effritent – qui s’effondrent sur toutes les ruines – et toutes les tombes – des siècles. Au commencement de tout, peut-être…

 

 

Entre les ombres et la transparence du noir. Architecture horizontale que viennent lécher les vagues et le brouhaha du monde avant de se fracasser contre les digues de l’âme…

Hauteur aux portes de la mort. Brasier où nous nous attardons, peut-être, trop longuement…

Nébuleuse asymétrie où se déversent la sueur et le sang de la désobéissance…

Un peu d’encre – quelques taches sur le lustre des lettres…

 

 

Mots emphatiques et inutiles – là où le moindre geste convoque – et réunit – tous les Dieux…

 

 

A vivre parmi les mythes et les reflets – cette ombre galopante qui traverse le monde – qui pénètre les esprits et s’entasse dans les têtes en strates de poussière légèrement argentée. Et la soif jamais tarie de l’âme qui cherche – accroupie – dans toutes les eaux stagnantes la source inaséchée…

Vertige de l’errance et de la dépossession…

 

 

L’ignorance pointée comme un tremplin – comme une possibilité de prolonger le rêve…

 

 

Chaque visage plongé dans les abîmes communs – dans le noir constitutif du monde – là où l’illusion tient lieu de repère – de loi – de vérité… Là où la certitude devient le seul étai pour échapper au néant…

 

 

La délicate attention de l’aube – agenouillée à nos côtés. L’œil au portique découvrant, à travers la fente, le terrifiant spectacle du monde…

 

 

A entendre partout le dedans appeler le dehors – et le dehors se perdre dans toutes les impasses du monde – et se cogner à la vitre du silence – toujours aussi ouvert – toujours aussi infranchissable – toujours aussi ignoré…

 

 

Une main et un front ouverts aux esprits qui cheminent – au silence tissé entre les mots – aux bêtes que la lumière réchauffe et rassure – à toutes les lueurs dans la nuit terrestre…

 

 

Alphabet de découverte pour percer le mystère dissimulé à l’origine du temps…

 

 

Le même monde – les mêmes choses – à l’envers – lorsque l’âme trouve son équilibre sur le fil tendu entre l’abîme et l’incertitude – lorsque l’âme se faufile entre les visages – lorsque l’âme plonge au cœur des circonstances…

 

 

Parler avec soi – et avec tous ceux qui sont vivants. Mais garder le silence face aux spectres mimétiques…

Cortèges inchangés de la répétition dont les pas et les heures pèsent aussi lourds que le plomb…

 

 

A tourner sur soi jusqu’à rompre le fil des incarnations. Métamorphoses jusqu’à la virginité de l’âme – à l’approche de la saison désertique où le ciel devient une perspective giratoire ouvrant sur des continents inconnus – invisibles – immatériels – au sein desquels la neige se transforme en flammes et le feu en océan de cimes déchaînées…

Bain de lumière au cœur de la nuit…

 

 

Dans l’intensité d’un regard soupesant la nécessité du monde. Dans cette faille qui annihile la mort et le temps…

 

 

Le dérisoire célébré pour échapper au néant qui – ainsi – gagne le monde avec plus d’ardeur…

 

 

Ce qui serpente entre les miracles – le doute irrévocable de l’exil. La crainte de vivre hors du cadre – hors du centre – trop loin du cercle des mystères et des résolutions…

 

 

Enfant parmi des visages masqués sur lesquels ont été gravées – à traits grossiers – des caricatures d’adulte – fat – indifférent – chargé de toutes les fausses prétentions du savoir…

 

 

Route où règnent les virages et l’incertain – et, de manière moins visible, le rapprochement inespéré de l’âme, du geste et du silence…

 

 

Existence sobre. Quotidien simple et joyeux – si amoureusement solitaire – où le langage importe autant que le silence – et le monde naturel autant que l’espace intérieur…

 

 

Visage de tous les vivants – rencontrés au hasard des chemins – celui des arbres, des pierres et des bêtes – et celui, plus rare, de quelques hommes…

 

 

Présence en soi d’un Autre qui contente l’âme – et offre au corps et à l’esprit le nécessaire. Le reste est glané dans le monde – ici ou là – au hasard des rencontres et des chemins…

 

 

Des rives solitaires où tout semble si étranger – les bruits, les rythmes, les visages – le sommeil des âmes qui rêvent, peut-être, d’éternité. L’automatisme des gestes, le prosaïsme des pensées. La pauvreté du langage et des rencontres. La violence qui répand l’opprobre et le sang. Les opinions et les jugements déguisés en fausse raison. L’ignorance et la barbarie qui – partout – piétinent l’innocence et la beauté. Et le mépris des marges où nous autres sommes exilés…

L’abstraction d’un monde où ne vivent que des inconnus…

 

 

Ouvrir à ce qui nous peuple l’espace nécessaire pour réclamer – être accueilli et honoré – et devenir davantage vivant que fantôme – davantage vivant que démon. Offrir à tous ces visages la tendresse et l’attention nécessaires sans leur imposer – par la ruse ou la force – le silence et la raison…

 

 

Nulle part est le seul lieu existant – le seul lieu où nous sommes – le seul lieu où demeurer. Les autres contrées sont trop certaines – trop circonscrites – trop étroitement liées à l’absence… On peut y vivre – s’y installer – et même y mourir – mais, où que nous soyons, nous sommes toujours un peu ailleurs – dans cet interstice variable sans coordonnées précises – là où nul ne sait s’il existe ou s’il n’est qu’un rêve…

 

 

Réduire l’abîme entre l’âme, la chair et l’esprit – devenir l’incarnation du verbe et du silence – pour que le geste devienne intelligence sensible – et que tout se réalise à partir du respect – et avec tendresse – même les plus virulentes réponses imposées par les circonstances et les inclinations du cœur…

 

 

Percées en soi du moins tangible – du plus éloigné du commun ; le plus simple et le plus ordinaire, en vérité, de l’existence et de l’homme…

 

 

Les yeux dans l’air invisible – à la source, peut-être, des choses – en deçà du sens commun (et du sens cherché) – au milieu des fantômes qui peuplent le monde…

 

 

Des âmes fascinantes derrière la faim tenace – féroce – récurrente – et le sommeil naturel. Lumière dissimulée – comme en retrait – entre deux bouchées – entre deux soupirs – entre deux bâillements – entre deux indigences, en somme…

 

 

Tissée d’ombre et de réponses – voix en fragments – entre le vide et l’œuvre inaccomplie – inachevable sans doute – mais cohérente de bout en bout – où s’esquisse, avec authenticité, le tracé d’une quête – d’un voyage…

 

 

Un jour comme un instant – une vie comme un jour. Et tous ces restes d’éternité abandonnés au temps et à l’oubli…

 

 

Jouer et mourir ensemble – de joute en combat – au cœur de l’âme. Forme de révolution sans empiétement, ni sang versé. Poussière, cris et nuages au-dedans, peu à peu, transformés en orage – en chute – puis, en silence…

Choses souffrantes et apparentes injustices délaissées pour une volonté plus grande – et sans intention – universelle peut-être – cosmique sans doute – sans verdict, ni châtiment – pour que l’épreuve imprègne l’âme, la poitrine et le visage – toutes les coulisses de nos histoires – tous les cercles de notre identité…

 

 

A la cime des jeux – au-dessus des enclos où croupissent toutes les créatures du monde – bouche et bras dressés les uns contre les autres – virulents – démunis – aveugles aux liens intangibles qui réunissent tous les fragments en un grand corps souffrant et jubilatoire – toujours innocent de nos mythes et de nos histoires…

 

 

Les pas les plus tendres de l’automne – entre écriture et soleil – sous la lumière qui a inspiré les vents. Assis sur les pierres où les rires – toujours – sont provisoires – près des grands arbres dont le faîte caresse la chevelure des Dieux. Pauvre et sans miroir – sans même un visage pour contempler son reflet. Fleurs et quiétude au soir couchant lorsque l’autre soleil détrône celui du jour. Le temps immobile – et qui, pourtant, semble s’écouler. Là où, sans doute, est notre demeure…

 

 

Pierre entre les murs mais la respiration ailleurs – au-delà du monde – au-delà des hommes et des Dieux – au-delà du temps…

 

 

L’écriture comme reflet d’un effacement progressif. L’âme de plus en plus vacante – et l’espace comme un soleil – une vaste prairie pour une seule fleur – à distance de ce qui passe – de ce qui crie et gesticule – loin de l’effervescence et de l’angoisse des vivants…

 

 

Les mots effacent peu à peu tous les noms – tous les traits – toutes les identités obsolètes. Langage de silence que tant associent aux forces destructrices qui, à leurs yeux, mènent toujours à la mort et au néant…

Simple déblaiement du superflu – des amas inutiles entassés là – partout – sur la terre et au fond des têtes – depuis des siècles…

 

 

Tout diverge – à présent. L’exil se précise – la solitude s’affine – le passage anonyme s’intensifie…

Un corps en mouvement – quelques gestes – et l’assise – toujours incertaine – ancrée au cœur de cette immobilité souveraine – avec, au fond de l’âme, le silence comme seule couronne…

 

 

Loin des hommes qui réfutent l’acquiescement permanent du Divin. Paupières fermées sur l’asymétrie grandissante. Mythes et sommeil – et mille routes dérisoires – extravagantes – et effrayantes à maints égards – qui éclipsent, de manière presque rédhibitoire, toute possibilité de clarté…

 

 

Monde et syllabes édifiés contre les vents – et sur le sable sous lequel sont enterrés tous les morts que la terre a connus. Poussières magnétiques qui, à travers nos gestes, existent et respirent encore…

 

 

Spirale invisible dans le poème – où les mots – tous les mots – somment de revenir au silence…

 

 

L’innommable aux mille noms rudimentaires – incomplets – balbutiants – que notre bavardage peine à reconstituer…

Pyramide aux visages et aux reflets changeants. Edifice d’ombre, de savoirs et de sable que les hommes et les vents bâtissent depuis des siècles – et qui, peu à peu, s’effrite – se désagrège – pour offrir l’espace et le silence nécessaires à la célébration de l’invisible – ce cœur magnétique et rayonnant – le seul centre de nos histoires – de toutes nos histoires – si partielles – si fragmentées – si dérisoires…

 

 

Sur le même versant que Dieu, les vents et la lumière obscurcie…

 

 

Entre parenthèses – nos vies en sursis. Entre des milliers de points de suspension. Et l’inconnu – le probable et l’évident – avant et après – et au milieu de ce que nous vivons et de ce que nous écrivons sur le dérisoire registre des vivants…

 

 

Des oiseaux au milieu des esprits – quelques idées aussi légères que l’air. Des bruits de feuillage et d’oies sauvages au-dessus de nos têtes. Les chants du monde épargnés par l’apocalypse – par la tragédie de la terre et la tyrannie humaine. Survivants provisoires – rescapés des canons qui prolongent les bras cruels des hommes…

Parmi les pierres – entre rire et soleil…

 

 

Rien ni personne derrière les noms – qu’un peu de terre – qu’un peu de vent. Et la présence espiègle et le silence anonyme qui supplantent l’identité et le langage…

 

 

Ni gouttière, ni escalier. Un toit de toile – une couverture pour la nuit. Et la terre pour royaume…

Ni faux, ni moisson. L’immensité pour seule récolte…

La solitude partout – au-dehors comme au-dedans. Et Dieu au milieu – entre dépit et extase – plongé dans la contemplation de ses mille visages…

 

 

L’ombre tournant autour d’elle-même à la vitesse de la lumière pour essayer de dépeupler l’obscurité…

 

 

Ivres de rêves et d’alcool – comme unique manière de décorer le néant – de donner un peu de couleur à l’obscurité de l’abîme. Fenêtre dans la grisaille – horizon dans la nuit – aussi tristes que tous ces visages titubants dans la poussière…

 

 

Seuls à veiller dans les ténèbres. Comme d’infimes lampes vivantes agrippées à toutes les possibilités du ciel. Temples précaires au sein desquels l’âme – attentive – guette la moindre opportunité – le moindre rai de lumière…

 

 

L’âme aimante – désengagée des turpitudes du monde – reflet d’un autre jour – simple – et moins fébrile qu’au commencement du voyage…

 

 

Suspendu au-dessus du paisible reflet…

Lumière et beauté en surplomb de la fange et de l’impatience – au-dessus de cette fébrilité sans poids et de cette angoisse marécageuse dans lesquelles sont plongés les hommes…

 

 

Yeux dessillés – heures de pleine présence – où le monde ressemble à un rêve – où les Autres ont la même consistance que les âmes – nuages – vapeur docile – tremblements parmi d’autres tremblements. Seule la respiration atteste notre existence. Le reste défaille aussi sûrement que la nuit paraît dense – épaisse – étrangement sombre…

 

 

Fleuve d’instants et de pierres – charriés comme du limon – où la clarté rehausse toute présence – où les heures sombrent faute d’intensité – où ce qui s’écoule – où ce qui s’étire – n’est ni le temps, ni les âmes – mais le reflet de nos yeux perdus cherchant Dieu parmi les algues et la boue des rivages…

 

 

Entre nous – cette absence qui maintient les âmes à distance – emmurées dans leurs plaintes et leurs tentatives…

 

 

Tragique – parfois – comme l’errance des esprits devenus fantômes cherchant un nom – un clan – une lignée – et une pierre où poser leur fatigue…

 

 

Des signes qu’aucun œil ne décryptera – appelés à danser furtivement dans l’âme de celui qui les a déposés sur la page – appelés à courir brièvement dans l’air parmi mille autres pensées – appelés, après quelques cabrioles, à retourner dans la faille – dans l’abîme murmurant tous les secrets du monde…

 

 

Vacillant dans la main des siècles. Noirci – presque consumé – par les feux du temps. Rien qu’une flèche décochée vers le moins pire – la seule possibilité…

 

 

Manteau d’écume sur le soir couchant. Lumière – comme un astre dans la main placée à hauteur de visage – paume ouverte sur la nuit – obscure – profonde – abyssale. Âme fraîche et palpitante – pétrie de rêves et de résurrection – planant comme un songe au-dessus des croix posées au carrefour des chemins…

 

 

De la boue, des fleuves – et cette rive mystérieuse – introuvable à partir des critères géographiques communs. Du silence – quelques signes pour guider la marche et orienter les pas – vers ce lieu où ne règnent que l’inconnu et l’incertain – là où les fronts se baissent et les lèvres s’embrassent – là où le feu devient ardeur sans intention – là où l’Amour se transforme en rayonnement discret et anonyme…

Dans les bras déjà de l’indestructible qui s’approche lentement…

 

 

A notre place – infime – dans cet immense inventaire où les noms ne sont que des flèches pointées vers le silence…

 

 

Les siècles – piliers des traditions labyrinthiques. Mille gestes – mille visages – identiques – célébrant les mêmes paupières closes. Eaux emportées par le même fleuve vers l’océan où les vents et la mort se côtoient – et conspirent ensemble contre l’acharnement des hommes – l’ignorance millénaire – la barbarie mise au faîte de toutes les pyramides…

 

 

Echo de la même vague qui caresse ces rives depuis des milliards d’années – qui sépare et disperse ce qui n’aspire qu’à se réunir…

 

 

Trésor brûlant du même jour qui s’éternise…

 

 

Quelque chose demeure – à chaque instant – que nous ne savons voir – nous qui passons toujours trop vite – d’une chose à l’autre – d’un visage à l’autre – d’un lieu à l’autre – d’espérance en promesse rarement tenue…

 

 

Heures lumineuses au soir couchant – entre le silence et le chant de la rivière. Le temps immobile – s’écoulant à peine – au milieu des arbres – sur ce sentier de terre fréquenté par les bêtes de la forêt. Quelques signes sur la page près de mes frères endormis. Quelques livres sur la table – une tasse de thé – un feutre. Et la joie de l’âme dans cette cellule dérivant sur les routes du monde – stable dans son assise – acquiesçante à ce qui vient – dispersant les restes du passé dans tous les fossés qui bordent les chemins…

Fidèle au voyage et à l’itinéraire intérieur…

 

 

Le monde se déplie comme un visage trop longtemps caché qui a enfoui son Amour comme un secret dans les replis de la terre. Place nue – âme noyée de larmes – bouche émue par ce qui s’enfante et les répudiations successives. L’exil des marges. La pauvreté du commun qui applaudit à chaque lynchage de la différence. Le front haut – immergé dans son délire – épaules voûtées par le poids du manque et les années ingrates – sans joie. Et ce rire qui résonne dans les tourmentes – dans les tempêtes – dans tous les déserts traversés. Ce qui vient de l’être et ce qui vient du ventre. La beauté et les discours inutiles. La vie, le soleil et la poésie. La présence lisible au creux de nos silences. Les étoiles et l’effacement de toutes nos histoires. Nos récits, nos batailles, nos résistances – toutes nos chimères – aussi minuscules qu’est grande et majestueuse la solitude. Et la mort qui vient clore nos dérisoires aventures. Jusqu’à la fin où, bien sûr, tout recommence…

 

 

Manteau d’hiver sur la plaine que le froid a recouvert. Seul(s) dans la forêt – loin de la ruche humaine – de ces cités couleur de soufre et de colère où les hommes étouffent et s’agglutinent…

Personne ici – qu’un soleil qui étreint l’âme. Et ce vent qui nous embrasse comme les héritiers du néant à la rage cannibale…

Rien que deux yeux ouverts sur cette faille immense dans le mur du monde. L’esprit qui chante pour la joie des pierres. Et ces grands arbres amoureux du silence. L’été au-dedans ne va, sans doute, plus tarder…

 

 

La langue et le pas oublieux des saisons – indifférents aux jours qui passent – griffonnant sur la page – sur le monde – leur humble arabesque – leur danse joyeuse…

Feutre à la bouche – fracassant toutes les portes – effaçant toutes les frontières – pour que la ronde dure encore – dure toujours…

 

 

Mouvement elliptique qui brise l’apparente linéarité de la marche du monde – de la course du temps – ouvrant l’âme au sang et au silence – brûlant la nuit et ses illusions – l’orgueil et ses prétentions – l’identité, les pierres et le soleil – allant là où tout se profane – où tout s’incendie dans la volonté joyeuse du silence pour que – partout – règne sa consécration anonyme – discrète – invisible…

 

 

Chemin de sueur et d’aube récurrente. Feu, poudre et lames métalliques ; terre profanée – plaines et forêts dévastées – collines défigurées – montagnes lézardées – par le sacre nocturne de l’homme – auréolé de sang et de béton…

Ne survivront, peut-être, que le silence et le lichen…

 

 

Petites choses dans les vents et l’infini. Des yeux – un cœur – un peu de chair – et cette âme tremblante qui rêve de jubilation…

 

 

Mains ouvrant toutes les portes – déchirant tous les voiles – éliminant toutes les limites – pour célébrer la nudité fragile de l’être, si souvent, happé par la force des éléments – dansant dans la tempête – au corps à corps avec le monde. L’âme prête à l’ultime sacrifice pour que la joie demeure – toujours – le plus haut de l’homme…

 

 

Le vent se lève – l’heure devient sombre. L’âme se redresse – parée contre tous les assauts. Les rivières débordent. La terre tremble. La pluie cingle. Tout s’agite – et se mêle à la beauté du monde. Les yeux regardent avec effroi la possibilité du sang et de la mort. Les fronts se font fébriles. Et quelque chose – en nous – veille à la justesse du geste et du langage. Les oiseaux et les hommes s’abritent. La fureur – bientôt – sera à son comble. Comme si les Dieux des torrents et de la fougue martyrisaient le petit peuple des vivants – prostrés – fragiles – effrayés par la force des éléments – retranchés dans leur impuissance et leur résignation…

Tous prient – sanglotent – remettent leur vie entre les mains d’un Autre – mystérieux – inconnu qu’ils perçoivent, sans doute, comme un patriarche bienveillant ou une madone angélique – comme une entité divine qui plongerait du ciel pour sauver les âmes du déluge…

 

 

Ce que le monde – et les paysages – nous disent du règne de l’homme – une seule bête – en un seul regard – nous résumerait toute la tragédie…

Sang au front – ensommeillé jusqu’à la mort. Un ventre – des bras – un sexe – d’instincts et de survie…

Une tête au ras du sol – analphabète – qui ne comprend ni le langage des pierres, ni le chant des rivières. Aveugle et insensible à la dignité des arbres, au courage des bêtes et à la beauté naturelle du monde – qui ne jure que par la facilité, le confort et le progrès – devenue plus sauvage et barbare que les dents de la faim…

 

 

Enlacé au jour et à la nuit. Pas tissés d’incertitude et d’inconnu qui abreuvent notre soif. Un jour, ici – un autre, là. Des lieux (presque) sans importance. Un périple où la manière de voyager importe davantage que l’itinéraire – que les paysages parcourus – que les visages rencontrés…

 

 

Récit d’une chute aux allures d’errance – longue – interminable – et qui ne s’achèvera, sans doute, qu’avec la fin de la nuit…

 

 

Terre incessante et ciel intermittent. Comme un œil affamé – fébrile – qu’apaiserait un battement de paupière – comme un intervalle – un repos – un sommeil – dans cette quête effrénée…

 

 

Divagation davantage que périple. De détour en détour jusqu’au centre…

 

 

Lignes boursouflées qui ne laissent que (trop) peu entrevoir la simplicité de vivre – l’effacement des exigences – la nudité de l’âme – la frugalité de l’être. Sans doute – pas assez innocentes encore…

 

 

Front d’écriture comme d’autres se portent volontaires dans les tranchées pour résister aux invasions barbares

Un peu d’encre à la place du sang. Et beaucoup moins de courage sans doute…

 

 

Journal du monde à venir – espérons-le…

Tout devient si tragique – à présent. Le moindre élan amplifie la guerre qui a trop duré… Il faut savoir battre en retraite et s’exiler – laisser les visages à la nuit qu’ils célèbrent – aux ombres qu’ils vénèrent…

Transformer l’ignorance et l’orgueil de l’homme – d’autres avant nous (et des biens plus doués) s’y sont cassé les dents…

 

 

La vie, l’amour, la mort. L’obscure évidence que l’homme et la nuit rendent si triste(s)…