Au bord du vide – à attendre la mort – et derrière nous, on sent les mains des hommes pousser – pousser. Et parmi eux, pourtant, aucun assassin…

 

 

Tout se mélange – la terre – le ciel – le silence – la tête – le devant et le derrière – les pitreries – la misère – les rires et les cris des mères qui enfantent…

Rien qui ne puisse rester debout. Tout virevolte et fait tournoyer les destins qui s’emmêlent – se chevauchent – se séparent – et que la mort, un jour, viendra chercher…

 

 

Un désert – et, au loin, l’horizon – et, au centre, les portes de l’âme. L’œil alors s’éclaire. Le cœur alors s’enflamme. Partout, la promesse de devenir vivant…

 

 

Le sol et les vagues – féroces – fragiles – qui avalent les têtes sans distinction. Les chutes, les larmes, les souvenirs. Les lois et les crimes – ensemble – réunis. Les lèvres muettes qui ont oublié la langue de leurs ancêtres. Les yeux qui questionnent. Les âmes et les mains qui tremblent. La mort – l’amour – tout ce qui nous rend tristes et fous (et, parfois fous de tristesse). Le cœur aussi aveugle que les yeux – qui implorent le monde – Dieu – les mères – les océans – impuissants devant la blancheur de leur sommeil et le poids de leurs vieux bagages…

La joie qu’en rêve…

 

 

Il se fait tard – à présent – des siècles ont passé – rien n’arrivera plus…

Il faut se résigner à vivre – et marcher encore – vaillants et dignes – jusqu’à l’aube – jusqu’à la tombe…

 

 

Dépossédé(s) – en déshérence – sans maître – sans filiation. Abandonné(s) en quelque sorte – sans une seule âme pour réclamer notre présence…

 

 

Tout un royaume – en nous – qui murmure – et dont nous feignons d’ignorer les larmes…

Ecume – vent – illusion – ce qu’il nous faudra encore affronter…

 

 

Adossés à nos fausses rectitudes alors que l’hiver et la fatigue ne vont plus tarder. Et la mort à leur suite…

 

 

Loi d’un Autre sur le bout des lèvres…

Espoir pas même éprouvé au fond des eaux noires…

Trou de misère. Gouffre d’indigence. Rives à gauche – soleil à droite. Et menaces – immenses – imminentes – partout…

A décliner ce que le fil du hasard nous réserve…

Titubant – et bientôt – et déjà – sous la terre…

 

 

Fous, princes et mendiants mourront tous. Mais qu’auront-ils vécu si leur âme était absente…

 

 

Dans notre chambre – l’errance encore…

Les jours pareils au reste – exigus…

 

 

Là où les Dieux nous poussent – là où les Dieux nous toisent – un pied sur chaque continent…

 

 

L’Amour qui se cache derrière les traits les plus arides…

 

 

Paroles d’explosion et de rupture là où le geste, peut-être, réconcilierait…

 

 

L’œil s’enlise là où le cœur pourrait éclaircir…

 

 

Soleil brouillon sur les oiseaux du malheur – les chutes – la nuit – l’infertilité du désir. Le feu et la tristesse sur les pierres. La vie qui serpente – et qui circule parfois – entre nous. Les plus beaux visages de la mort…

Partout – le sens de la plus haute tragédie…

Mille éclairages qui donnent le tournis – et leur ivresse aux hommes…

 

 

Nos gestes – reflet de notre âme si changeante…

 

 

Ciel abyssal sur la route grise. La fortune incertaine et le mépris – toujours possible – des Dieux…

Nudité permise – au-dessus de tout soupçon de péché…

Quelque chose comme un morceau d’infini – un bout d’éternité – un intervalle où tout pourrait arriver…

 

 

Agonie plus vivante que ceux qui ont assassiné. Eclat d’un autre monde – d’une perspective moins étriquée que celle qui a guidé la main cruelle…

Malheur à ceux qui dorment – immobiles. Ils périront à genoux – éplorés – implorant je ne sais quel Dieu inutile…

 

 

Aussi belles et tendres que l’herbe – l’âme et la main qui s’ouvrent et se tendent – embarrassées et tremblantes devant le malheur des autres…

 

 

L’amour horizontal avec ses misérables partages de pain, de couche et de substances…

 

 

Ce qui nous quitte – s’attarde avec délice – et nourrit le souvenir d’un jour moins triste. Mais nous serons seul(s), bien sûr, pour affronter la mort…

Ensemble – toujours – en dépit de la solitude et des retrouvailles…

 

 

Pays sans autres habitants que les voyageurs – les âmes sensibles – la neige – le silence. Rien qui ne blesse – rien qui ne meurtrisse…

Et en chemin – l’autre versant du monde ; des pierres – du brouillard – la fatigue – et le noir qui gagne les esprits…

 

 

Que l’âme est frêle devant Dieu – devant le monde…

 

 

Nous marchons sans remède – et nous allons sans même y penser. Mais que savons-nous réellement du voyage…

 

 

Nous désespérons parfois de ne trouver que des pierres…

 

 

Un sol tapissé de fleurs – et des bêtes qui se cachent au milieu des forêts. Des sentiers, parfois, où l’on devine la lumière…

Nous nous taisons. Nous écoutons le cœur qui sait

 

 

Âme trop penchée – en déséquilibre vers la mort…

 

 

Trop éphémères, sans doute, pour être autre chose que des passagers – des voyageurs dans le meilleur des cas…

 

 

A se cramponner là où il faudrait avoir les mains libres et ouvertes…

 

 

La grâce, peut-être, n’est qu’une affaire de solitude et de solitaire. On ne peut la partager – au mieux la laisser rayonner…

 

 

Nous allons – comme la vie et la mort – jusqu’au jour où nous embrasserons la terre…

 

 

Nous passons – discrets – anonymes – sans que nul ne nous connaisse – sans que nul ne nous salue. Vagabond de la dernière pluie – sans nom – sans visage – et qui ira seul pour l’éternité…

 

 

Les mains du silence nous hissent au faîte de la joie – le ciel parmi les pierres – qui donne à l’âme l’envie de rester encore un peu parmi les hommes…

 

 

Rien de grave au fond de l’âme. Quelque chose proche du rire – du jeu – de la farce – malgré la tendresse des mains et la profondeur (un peu triste) du regard…

De la douceur et de la dérision – une joie espiègle et un peu mélancolique…

Une alcôve aux dimensions infinies…

 

 

A demi éteint – comme couché sur la mort – avec la sensation de deux mains froides plaquées contre le dos…

 

 

Si loin du cercle des Dieux – des luttes vaillantes – du soleil enfourné dans la bouche – du monde – des hommes – de la poésie. A guetter les adieux – les derniers jours de connivence. La mort tapie déjà au fond du corps…

A pourrir comme un fruit trop mûr que l’on a jeté sur le fumier – et qui rêve de vent et de pluie pour disparaître plus vite…

 

 

Pollen dispersé dans l’espace – que les vents portent vers l’inconnu…

Légère poussière aux allures de soleil…

 

 

Ce que nous vivons avec tendresse – le cœur ouvert et l’âme tremblante ; instants où nous devenons la chair du monde, l’esprit des Dieux et le souffle des vivants. Toutes les larmes de la terre. Et la main lente qui se tend et apaise…

 

 

Circonstances aux allures de hache et de pointes acérées. Dents fines – aiguisées – carnassières – qui transpercent, pénètrent et arrachent la chair, le sang et l’âme jusqu’à nous rendre fous, désespérés ou implorants…

 

 

Rares sont ceux qui se libèrent de la fable du monde et des identités…

 

 

Toutes ces ombres qui cherchent un peu de lumière pour tenter d’échapper à leur histoire…

Haute voltige sur le fil de l’illusion…

Oiseaux de la folie – guetteurs de la mort – tous ces personnages de la commune déraison…

 

 

A vivre comme si la vie avait encore quelque importance. Tout sera bientôt fini – ne sentez-vous donc pas la mort qui, déjà, plane sur nous…

 

 

Des cris – des pierres – des tombes – un peu de terre – quelques prières. Funérailles de personne auxquelles n’assisteront que l’ombre et le vent…

La terre vide au-dessus et au-dedans…

 

 

Et si Dieu avait caché la joie au milieu des malheurs…

 

 

Loin des hommes – loin des routes – près du centre où l’ombre et la lumière ne forment qu’un seul visage…

Gestes fidèles au mouvement – gestes qui consolent d’un silence trop lointain…

On chemine ainsi sur la feuille et les chemins. On marche aveuglément – sans rien savoir du pas précédent – sans rien connaître du pas suivant…

 

 

Parmi ceux qui tremblent et trébuchent – nos souliers – nos lignes – notre âme…

 

 

Un pied parmi ceux qui s’acharnent – et l’autre parmi ceux qui s’abandonnent. Le cœur – toujours – au-dessus de l’abîme…

 

 

Nos lignes peuvent-elles consoler – peuvent-elles guérir – du poids de vivre…

 

 

A la rescousse de soi – en soi…

 

 

Espace de ronces, de pierres et de livres – où l’âme demeure – et peut enfin sourire du déclin – du destin en faillite – sans regret – sans amertume – la fleur aux lèvres…

 

 

Tout se tourmente sur la terre – s’emberlificote dans mille histoires – erre – fait les cent pas – autour du même mystère…

 

 

A demi-mot comme manière de vivre – et d’occuper le monde avec discrétion – de laisser l’espace vide – d’offrir au silence la place qui lui revient…

 

 

Persévérer sans s’acharner. Devenir le ciel et le soleil. Et si la mesure est trop haute, être la lampe qui éclaire et le doigt qui montre. Et si cela est encore trop ambitieux – s’abandonner avec humilité…

S’inspirer de la fleur – de son anonymat – de sa fragilité – car qui peut ignorer que l’insignifiance offre sagesse et beauté à celui qui la revêt – ce que nous nous éreintons à découvrir en essayant de devenir un Autre et de nous élever sur l’illusoire (et mensongère) échelle des hommes (ou des saints)…

 

 

Rien ne pèse plus – tout a le poids du jour…

 

 

Un silence au-dedans des choses – comme notre portrait le plus fidèle…

 

 

Dieu sous nos pas – piétiné – le plus souvent. Parfois sur notre épaule pour encourager – et, de ses murmures, orienter la marche. Et plus rarement sur nos lèvres – à rire avec nous – et à attendrir la dureté de nos paroles. Et plus exceptionnellement encore dans notre main qui, depuis toujours, cherche le geste juste…

 

 

Comment pourrions-nous porter le monde avec une âme si faible – et l’affronter avec tant de fragilité… Mais qui a dit – et nous a donc convaincu – qu’il fallait assister et combattre…

 

 

L’Absolu au bout des doigts comme un papillon insaisissable…

 

 

Pourrait-on devenir ce que nous ignorons encore…

 

 

Ressembler au soleil alors que dans l’âme ruissellent toutes les pluies du monde…

 

 

Un jour – des pas – des gestes – des lignes. Et pas davantage. Si, peut-être… la joie et le silence de l’âme…

 

 

A vivre comme si nous pouvions transformer la rage en grâce – la nuit en jour – les malheurs en sourire…

Prestidigitation d’un autre monde – où l’élan est sans intention…

 

 

Encerclé(s) par presque rien – nos propres visages en reflet – si ingrats – si sévères – si étrangers – qu’ils nous intimident et nous paralysent. Comme un affreux – et effrayant – prolongement de soi…

 

 

Je rêve du premier élan d’innocence de l’humanité. Mais, sans doute, serons-nous tous morts avant que naisse le geste inaugural…

 

 

Humilité – respect – silence – sobriété joyeuse. Combien de visages s’y livrent avec profondeur et sincérité – de toute leur âme…

Partout – on ne voit qu’accumulation – orgueil – déni de l’Autre – saccage du vivant – et tapage stérile…

 

 

Grands prêtres des idoles qui, sous le nez de la foule, agitent leurs images…

 

 

Du sang versé comme de l’or – et le cœur des hommes se réjouit. Ivresse, orgie et festin – comme de piètres consolations à vivre. Délices d’une humanité qui s’imagine raffinée – humaine. Pauvres diables velus et décérébrés – indignes de n’avoir que deux pattes…

 

 

Entre ailleurs et chimères – que l’Amour et le réel semblent lointains – à moins qu’ils ne se soient déguisés sous ces traits étranges et inattendus…

Quelle mouche les a donc piqués pour orienter ainsi leur jeu vers ce qui ressemble au pire…

 

 

Le monde a épuisé tous mes élans. A présent – je reste immobile – à l’écart. Ni sage, ni indifférent. Trop conscient seulement de notre impuissance…

Je contemple le désastre avec tristesse – en l’alimentant, malgré moi, à regret (et le moins possible, naturellement)…

 

 

Chaque geste compte – chaque geste est une aile – un souffle – un possible devenir – autant qu’il semble insignifiant – dérisoire – inutile…

Dilemme de chaque cellule du grand corps – dilemme de chaque rouage de la monstrueuse machine ; agir ou ne pas agir – en être ou ne pas en être…

Faire selon sa nature et ses inclinations – selon ses prédispositions et ses nécessités – ce à quoi, d’ailleurs, chacun se résout ou se résigne…

Et l’addition des gestes devra être conséquente tant l’inertie est grande ; il faudrait un sursaut collectif massif pour avancer d’un pas…

 

 

Nous sommes – personne…

 

 

En soi – ce que d’autres ont prescrit – bien davantage que ce que nous y mettons…

 

 

Porte au fond de l’âme – au fond du noir – qui ouvre sur la lumière et la fin des saisons – le ciel sans couleur…

Et derrière la fenêtre des grisailles – tous les orages qu’il nous faudra traverser encore…

 

 

Au loin – au plus proche – l’Amour. Et notre accablement – ce que nous traînons comme un poids ; tout ce que nous ne lui avons encore concédé…

 

 

De la fatigue encore – comme si la vie et le monde nous épuisaient…

 

 

Tant de choses – et si peu d’espace…

Tant d’espace – et si peu de chose(s)…

Comme un infini brouillon – envahi de matière virevoltante…

Comme un point infime concentrant le vide…

Rien de très clair, en somme, pour l’esprit commun – absent – inattentif…

Le foisonnement et la vacuité mélangés ensemble – et de mille manières – partout…

 

 

De quelle substance sommes-nous donc constitué(s) pour enfanter des mots-soleil – des mots-tristesse – mille paroles arc-en-ciel qui n’émerveillent pas même les yeux des enfants…

Que l’âme doit être seule, belle et misérable – pleinement humaine – pour transformer le sang, les larmes et la sueur en langage…

 

 

Un nom – rien qu’un nom – sur la longue liste des choses – parmi la vie, l’âme, le ciel, la mort – un infime visage…

 

 

De quoi sommes-nous composés ; un étrange assortiment de sang, de chair, d’images et d’idées – comme des vêtements qui recouvrent l’âme ; certains indispensables, bien sûr, à la survie de la forme et d’autres de simples ornements – lourds – superflus – inutiles – de simples illusions pour habiller cette nudité – ce vide – et ces quelques substances – indignes – si misérables à nos yeux – auxquels nous refusons d’être réduits…

Se réduire à l’élémentaire – au strict nécessaire – et ressentir la vastitude du regard et de l’espace que confère cette vacuité – cette absence d’embarras…

 

 

Rien n’abrite – ni n’expose – davantage que le silence…

 

 

Les forêts de l’âme sont denses – noires et profondes. Et nous avons oublié le chemin de la maison. Le retour sera, sans doute, long et périlleux. Il nous faudra visiter mille lieux – errer mille siècles – passer et repasser des milliards de fois devant le même espace – le même visage – et le traverser plus encore en croyant s’enfoncer dans une impasse pour découvrir ce que nous sommes ; la seule demeure pourtant…

 

 

Comme si un Autre – mille Autres – nous habitaient – vivaient à notre place – imposaient leurs désirs – leurs refus – leurs préférences – leurs choix – et expérimentaient à notre place ce que nous croyons vivre…

Et nous avons la folie de croire que notre existence est l’œuvre d’un seul homme…

Nous sommes – mille Autres – un peuple tout entier – personne…

Quelque chose d’inimaginable – littéralement…

 

 

Crépuscule d’une vie – crépuscule d’un monde. Rien sur les pages de l’histoire ; pas même un chapitre – pas même une ligne – ni l’ombre d’une épitaphe sur la tombe. Feuilles vierges et vents. Un infime tourbillon d’air évanoui…

 

 

Tant de questions dans la tête d’un homme dont l’âme se moque – et qui, à l’instar du monde, ne réclame qu’une présence et des gestes justes…

 

 

Mille jours en un seul – mille vies en une seule – pour comprendre, au dernier souffle, que nous n’avons (presque) rien vécu…

 

 

Monde – visages – identités – mirages – dont la réalité, pourtant, nous hante jusqu’à la mort…

 

 

Et ce regard mélancolique qui offre au monde sa grisaille, son manque d’espérance et sa lourdeur trop sérieuse. Emouvant, à certains égards, par sa sincérité et son authentique noirceur…

 

 

Que dire que nous n’avons jamais dit… Il faudrait faire exploser la tête pour trouver des mots nouveaux – un langage nouveau – une autre manière d’exprimer le silence…

 

 

Presque un vieil homme – à présent – dont les pauvres pas n’ont suivi que les vents. Et qui regarde toujours le monde de sa fenêtre. D’un néant à l’autre – après avoir exploré toute la palette de l’espérance…

 

 

A demeurer seul – de plus en plus seul – sans avoir rien vécu – sans avoir rien bâti – sans avoir rien compris. Mais, peut-être, l’essentiel était-il ailleurs…

Qui sait… Qui peut savoir…

 

 

Une âme au bord des larmes – près des ronces – à dormir presque dans les fossés – à boire presque l’eau des rivières. A parler seulement aux arbres et aux pierres – et, parfois, au ciel, lorsque l’envergure l’emporte…

 

 

A vivre si près des hommes – jusqu’à l’insupportable…

A vivre si loin du monde – jusqu’à la désespérance…

A vivre en sa compagnie – comme n’importe qui…

Et à vivre en soi – lorsque cela est possible…

 

 

Nous allons mourir. Et nous feignons de l’ignorer. Mais, en vérité, une chose – en nous – refuse cette évidence – cette effrayante fatalité. Au fond, nous nous croyons immortels. Mais l’éternité revêt, bien sûr, d’autres visages que celui que nous espérons. Nous sommes si crédules que nous imaginons pouvoir revivre indéfiniment – et presque à l’identique – le plus favorable de cette existence. Naïfs – comme ces enfants qui tiennent leurs jeux et leurs rêves pour plus vrais que la réalité…

Pour goûter l’éternité, il nous faudra tout vivre – tout expérimenter – tout revivre – et tout réexpérimenter – maintes et maintes fois – en boucle – jusqu’à l’écœurement – jusqu’à l’ultime chimère – jusqu’à l’ultime déchirure – devenir les mille visages du monde – les mille mondes possibles – jusqu’à comprendre que nous sommes tout – que nous ne sommes rien – la même chose – depuis toujours – au-delà des apparences et des identités…

 

 

Marcheur d’un autre âge – venu, malgré lui, d’une époque sans nom – sans visage – d’une ère hors du temps – et qui, jamais, n’appartiendra à l’histoire du monde et des hommes…

 

 

En fin de compte, nous aurons utilisé le monde autant que nous l’aurons servi – nous lui aurons pris autant que nous lui aurons offert. Bilan nul – équilibré – comme si nous n’avions jamais existé…

 

 

Le ciel paraît lointain mais, en vérité, il nous enveloppe déjà. Les yeux et le cœur ne savent voir ce qui est proche. Tout est là, pourtant, sous notre nez – au plus près de l’âme. Et étrangement, les étoiles les plus lointaines nous semblent plus réelles – plus accessibles – et plus faciles à apprivoiser…

 

 

Accueillir les circonstances et les visages comme ils viennent – sans savoir…

 

 

L’obscurité et la lumière semblent éternelles. Aussi, au jour dernier, nous ne mourrons qu’à moitié ; nous irons, sans doute, indéfiniment avec cet étrange mélange dans l’âme – dont seules les proportions varieront…

 

 

Qu’aurons-nous fait en cette vie sinon essayer de comprendre – et de vivre un peu – à l’inverse, sans doute, de la plupart des hommes…

 

 

Il fait si froid dans la nuit solitaire – ni main – ni âme – pour vous réchauffer. Seulement la petite lampe au-dessus des livres et du visage…

 

 

Un jour comme un rêve. Et mille siècles – pareil…

 

 

Qu’un grand couteau dans l’âme – et dans les mains – pour trancher d’un geste lent – interminable – ce qui fait mal – puis, ce qu’il reste… Et nous savons, pourtant, qu’une fois cette tâche accomplie, la douleur sera toujours aussi vive – plus forte même peut-être…

 

 

Qu’un Autre pour nous prendre dans ses bras – et nous consoler de n’avoir pas su…

Que deux yeux pour nous regarder et nous montrer ce qu’est l’Amour – le partage – le pardon – la douceur d’un chant qui monte entre les lèvres…

Que s’incline légèrement le soleil – et que l’on nous embrasse sans nous dévorer…

Un monde – un feu – rien que pour nous – rien qu’un instant…

 

 

Garant de rien ni de personne – la devise de chacun…

 

 

Des boucles d’or et de servitude – enchaînés aux pieds de l’Autre qui ne nous regarde plus…

 

 

Marcher encore comme ces mendiants de papier qui se dirigent vers le point final…

Un jeu – rien qu’un jeu – pour se croire vivant…

Des adieux – rien que des adieux – avant de se retrouver dans le grand ciel suivant…