Jours de pluie qui forcent à l’intériorité…

Ce que les circonstances nous font devenir…

 

 

Ni joie, ni tristesse, ni envergure supplémentaire. Le plus trivial – en soi – qui refuse la nécessité des miroirs…

 

 

Dans la compagnie des mots et des livres – qui accompagnent la solitude…

 

 

Une raison au-delà de la raison…

Une perspective au-delà des perspectives…

Quelque chose dont le sens échappe à l’esprit…

 

 

Tours et détours – simplement – chemin et cheminement sans autre raison qu’eux-mêmes – gratuité des gestes et des pas – d’un lieu à l’autre – d’un monde à l’autre – d’un état à l’autre – et qui se passent de toute explication…

Pris dans un cycle ni vertueux, ni infernal – qui existe simplement – comme tous les autres cycles…

Jouet(s) d’un élan né, peut-être, d’un excès de joie qui, soudain, s’est mis à danser – à tournoyer – et à emporter l’espace dans sa jubilation – faisant exploser le centre en mille périphéries – et enfantant mille mouvements dans l’immobilité…

Nous sommes cela ; cette joie, cet espace et cette matière virevoltante – pris dans le vertige de leur propre rythme – de leur propre réalité – amenés à tourner ensemble pendant des milliards d’années jusqu’à l’épuisement du souffle originel…

Et lorsque celui-ci s’éteindra (si puissant soit-il, un jour, il s’éteindra), nous retomberons et nous nous effacerons avec lui – nous enfonçant les uns dans les autres – nous réduisant en un point d’extrême densité – en restant là au cœur du centre – immobiles et silencieux jusqu’à ce qu’un autre élan naisse peut-être – et nous jette dans mille autres mondes – et nous fasse découvrir mille autres choses – et nous fasse vivre mille autres expériences – aussi surprenants (et peut-être même davantage) que ceux que nous aurons vécu en cette ère…

 

 

Jouer avec la matière visible et invisible – textures, gravité, forces, frottements, ruptures, emmêlements – tel est, sans doute, le (grand) défi du vivant terrestre…

 

 

Barreaux verticaux – détention peut-être – progressivement convertis en horizontalité – en échelle peut-être – comme un dispositif à moitié inversé – un changement de paradigme nécessaire pour transformer la perspective…

Peut-être est-ce là le premier pas vers l’issue que cherchent tant les hommes ; une presque inversion du regard qui ne fait disparaître ni le monde, ni les choses, ni les difficultés mais qui, en les percevant autrement, nous invite à les appréhender d’une manière différente – à abaisser ou à hisser les yeux sur ce qui, positionné initialement, constituait un obstacle infranchissable…

 

 

Monceaux de chair – victuailles à venir pour le festin de la terre…

 

 

Les pierres et les arbres parfaitement alignés – parallèles à l’horizon – comme les têtes humaines qui marchent d’un même élan – sans la moindre espérance ni de convergence, ni de rencontre…

 

 

Du vent sur des ailes déjà trop impatientes…

 

 

Quelle indigence abritons-nous pour être ainsi à l’affût du moindre frémissement de joie…

 

 

Silence équanime – seulement – dans les circonstances favorables. Cris, lamentations et tapage – le reste du temps…

 

 

Mouvements perpétuels qui ressemblent à des sursauts réactifs – impulsés davantage par le manque que par la joie…

 

 

Un pied dans l’illusion – et l’autre pas si éloigné de l’œil des Dieux. Entre terre et ciel – rêve et lucidité…

Excès de sérieux et de dérision. Dans l’entre-deux équivoque et inconfortable – éminemment relatif – de la condition humaine…

 

 

Des jeux moins sérieux qu’ils n’en ont l’air…

 

 

Souliers moins attachés à la sente qu’à la nécessité de la marche…

 

 

D’incident en incident jusqu’au coup d’éclat…

Gestes de nécessité sans témoin – comme pour obéir – et demeurer fidèle – à cette sincérité sans idéologie…

 

 

Entre le désert et la lutte incessante – nos pas ont fini par se résoudre à la solitude…

 

 

Des bornes et des barrières jusqu’au ciel – inutiles de bout en bout…

Limitations et frontières qui n’épargnent ni les chutes, ni les enlisements – si nécessaires au redressement du sol et à l’assisse terrestre de l’âme – pour apprendre à vivre dans une perspective moins horizontale…

 

 

Décuplement des forces vers une plus grande nudité de l’ossature…

 

 

Archipel des visages en jachère – comme manière d’éduquer au silence la foule manifeste de l’esprit dont les cris sont l’expression de la peur et de l’ignorance – de l’incapacité à voir au-delà du manque – des limitations – des apparences…

 

 

Gestuelle invisible pour que s’épuise le rêve. Danse de l’âme guidée par la flûte enchanteresse du silence. Serpents du dedans charmés par la mélodie quasi chamanique de celui qui chante – et qui se dressent, en longs mouvements ondulatoires, vers ce que le ciel porte avec grâce…

 

 

Ombres insensibles circulant sans rien voir – dans l’effleurement, à peine, de la surface du monde. Silhouettes et âmes fantomatiques glissant le long des murs – s’enfonçant dans la nuit profonde – inévitable…

 

 

Trop de carapaces – trop de peurs – trop de risque de larmes et de solitude. Sous le joug de cette crainte irrépressible de la douleur et de la souffrance…

L’anesthésie plutôt que le réel brut – abrupt – qui blesse, soustrait et arrache bien plus qu’il ne réconforte…

Rêve et sommeil plutôt que vie à vif – écorchée…

Insensibilité plutôt qu’émotion pure – envahissante – dévastatrice…

Somnambulisme plutôt que marche nue…

Habitudes plutôt qu’incertitude souveraine…

Demi-mesure plutôt que plongeon dans l’irréparable…

Confort, tiédeur et contrôle plutôt que feu et abandon – exploration des limites de l’homme – de l’âme – de l’esprit…

Chemin de refuges plutôt que voie de défrichement et de déblaiement…

Avide de ce qui protège – de ce qui habille – de ce qui console plutôt que de ce qui expose et dénude – de ce qui rapproche, peut-être, de la vérité vivante – d’une incarnation possible de notre envergure infinie – dépouillée – silencieuse – promise par la proximité (et les brûlures) de l’Absolu…

 

 

Partout – en exil – comme un étranger sans famille

 

 

Ni épaule, ni miroir – juste le noir de l’âme…

Ce visage – en soi – si pauvre – si seul – si démuni – si mal armé face au monde. Le plus sensible et le plus innocent des visages – comme un enfant – naïf – craintif – effrayé d’être livré à l’âpreté et à la rudesse du réel qui jamais ne s’embarrasse d’idéalisme et de bons sentiments…

 

 

Et se ravive cette grande tristesse d’avoir été jeté dans le monde – sans préavis – ni consentement préalable…

 

 

Faire face sans s’acharner, ni se complaire…

 

 

Me serais-je trop éloigné de l’homme pour ne trouver, en ce monde, le moindre visage ami…

 

 

Il y a toujours une émotion plus forte qui chasse la précédente…

Passage ininterrompu d’émotions qui se placent, toujours, au centre de l’âme – pour que nous nous sentions vivants peut-être…

 

 

Tout se vit à travers le même grillage…

 

 

Permanente oscillation de la distance avec le monde – entre l’abîme et le plus petit espace…

 

 

Se défaire de toutes les histoires – une à une. Se débarrasser de tous les mythes du monde – de l’homme – de soi…

 

 

Nous ne pouvons vivre que l’essentiel et le nécessaire – et ne pouvons offrir à l’Autre (aux Autres) que l’inconfort et l’incertitude – la soustraction et la remise en question permanente – le fil du rasoir quotidien – et un peu de tendresse lorsque le partage est consenti…

Voilà, sans doute, la raison pour laquelle le monde, si avide de superflu, de confort, de réconfort, de consolation, de distractions et d’habitudes, nous fuit comme la peste…

 

 

Ne rien refuser – jusqu’à ses dernières forces…

 

 

S’imaginer – naïvement – incontournable et irremplaçable. Et mettre des siècles à comprendre que le monde – très vite – ne cesse de vous contourner et de vous remplacer…

 

 

N’être qu’un maillon indigent – et la possibilité de l’absence…

L’équivoque de l’âme et du monde…

 

 

Réunir et réconcilier le fragment et la totalité – l’automatisme et la présence – la poussière et l’infini – le sommeil et la conscience – voilà, peut-être, le plus grand défi de l’homme…

 

 

Passage – ce qui passe – et, parfois, passeur…

 

 

On manœuvre dans l’indélicatesse du monde…

 

 

Heures de la grande désaventure où l’âme se recroqueville…

 

 

Stigmates d’un Autre que l’on porte tantôt comme une couronne, tantôt comme un lourd crucifix…

 

 

Chemins d’interstices et d’espace variable – petits pas de l’âme – petits pas de l’homme…

 

 

Cette rude pente sur laquelle les Dieux nous ont poussé(s) ; entre larmes et fureur – acquiescement et renonciation – le cœur balance – hésite – tergiverse – avant d’être emporté(s) par les vents fous du monde…

 

 

Le corps libère ce qui vit – en détention – dans la tête. Fixation en un point précis de la matière – de ce qui court – et tourne en rond – comme des fantômes dans l’esprit…

 

 

Cet amas de tristesse que l’on porte à genoux…

D’où vient donc cette douleur d’être au monde…

 

 

Nous avons balayé les distractions – les consolations – les compensations. Sans cesse, nous nous sommes dépouillés et avons fait face. Et, pourtant, c’est encore là qui vous ronge au-dedans. Ça vous grignote l’âme et la chair sans que rien ne puisse s’y opposer…

Vie d’arrachement et d’amputations…

Infirme – caché du regard des faux vivants – des faux bien-portants – qui vaquent à leurs distractions – qui s’affairent à leurs compensations – qui empilent toutes les consolations comme des remparts et des trophées…

Et ce spectacle est aussi navrant que notre agonie…

 

 

A devoir souscrire à des mirages auxquels nous n’avons jamais consenti…

 

 

Chemin de fouille et d’excavation. J’ai tant creusé que j’en ai les mains et l’âme rouges de sang…

Et pas encore déniché la moindre pépite au-dedans…

 

 

La vérité pénètre – traverse – arrache. Comme un scalpel sur le cœur incurable. Dans un geste ultime, peut-être, de guérison…

Il faudrait tout ôter ; réparer relèverait de l’impossible. Tout ôter – et repartir à neuf…

Qu’un grand vide à la place du cœur…

 

 

Qu’une blessure que l’on gratte encore et encore…

 

 

Témoin triste des appendices – monde – visages – fragments d’impasse – au détriment du regard et de la joie…

Jugements lancés depuis la même poutre qu’autrefois…

Inlassablement le mépris et les représailles…

La beauté – soudain – devenue inaccessible…

Devant soi – cet horizon de mélasse noire…

Rien que des passants et des yeux perdus…

 

 

Déferlement de l’angoisse – déchaînement de la colère. A défaillir comme si la vie se retirait – s’écoulait à travers tous nos orifices…

Punition – malédiction peut-être…

Réponse, sans doute, à cette ambition – trop grande – de fréquenter les Dieux et d’assister, en bonne place, à leur banquet…

 

 

Secousses interminables – éructation du trop-plein…

 

 

Cheminer sans précipitation – sans raccourci – sans franchissement partiel des obstacles. Demeurer là où ça bloque aussi longtemps que nécessaire ; se faire patient. Ôter les surplus – ce qui se désagrège. Nettoyer – balayer – libérer l’espace. Demeurer sincère – authentique – fidèle à ce que nous portons – à la pente naturelle que nous ont choisie les Dieux…

 

 

Retour au point zéro de l’être – le vide – le non-savoir – la non-espérance. Le socle à partir duquel tout se réalise ; les chutes – les ascensions – l’immobilité. Et cette dégringolade – inévitable – au fond de soi…

 

 

Arbres et ciel – la beauté vivante du monde – qui désarçonne l’obscénité de tout regard…

 

 

Pluies de mai aux airs insolents. Porte au fond du jardin. Le refuge de l’âme – l’élan de l’homme face au soleil trop timide…

 

 

Lampes – mille lampes – comme de minuscules étoiles sur le chemin des tentatives…

 

 

Vibrations – en soi – d’une cloche plus ancienne que le temps…

 

 

Sur la pierre où l’on demeure – sur les visages que nous rencontrons – je ne vois plus que la pluie – le noir – l’abandon – comme si la lumière n’avait été qu’un rêve – une parenthèse provisoire…

 

 

Rien qu’un peu de ciel pour croire encore à l’impossible…

 

 

Moyen-âge contemporain avec ses tours et ses donjons – ses remparts et ses églises – ses seigneurs et ses guerriers. Et le bon peuple – toujours – sous la botte – et la coupe – des puissants… Mille siècles de féodalité indétrônable…

 

 

Eloge de rien – quasi cécité – tant la nuit est sombre – tant l’âme semble se complaire dans son malheur…

Témoin impuissant de la dégradation…

 

 

Ça secoue comme si nous étions la secousse – la main qui agrippe l’étoffe – et la peau qui se déchire…

 

 

Fantômes qui nous hantent jusqu’au délire – jusqu’à l’hallucination qui, malheureusement, nous semble plus réelle que la réalité – comme une distorsion de l’esprit – une manière irrépressible de croire en l’illusion – de la consolider – et de la nourrir pour qu’elle croisse – et nous anéantisse plus encore…

Oui – nous sommes – cet incroyable bourreau…

 

 

Le centre névralgique du cœur anéanti par le prolongement du rêve qui nous rend, peu à peu, incapable de faire la différence entre le mythe et la réalité…

 

 

Du vent – mille mondes provisoires – ce qui existe ou feint d’y croire… Que sait-on exactement…

 

 

Bonimenteur – marchand de vent – fabricant de sa propre tragédie – qu’aucun miracle – qu’aucun mensonge – ne pourra sauver…

 

 

Faire face – enlacer ce qui tremble – ce qui a peur – ce qui est meurtri. Ne pas fuir – ne pas enfouir – ne pas mettre de côté. Devenir ce qui est effrayé et anéanti – ce qui terrorise et écrase – et le regard qui surplombe toutes les tentatives – tous les malheurs…

 

 

D’un jour à l’autre – sans que rien n’avance – sans que rien ne se décide…

Être là comme une jarre posée dans un coin – exposée au vent et à la pluie – presque morte – et qui, pourtant, espère encore…

Ah ! Cette maladie incurable de l’espérance enracinée jusqu’au fond de l’âme…

 

 

Vie sans tête – vie de présent et de joie – où le corps est le seul repère – et le ressenti, le seul canal entre l’âme, le monde et l’esprit…

 

 

Des souliers trop grands pour soi – des vêtements trop amples – des manières trop larges – une perspective trop vaste…

Sachons demeurer comme le ver et l’insecte – au cœur de l’infime et de la nudité – sans autre ambition que celle du jour…

 

 

L’âme qui tremble sous les vents du monde…

Noire – comme le manque et la terreur…

Et plus faible que le rêve de l’homme…

 

 

Terré comme un animal dans sa tanière – au fond de l’âme déchirée – privé de son seul refuge…

 

 

Nulle paix possible lorsque la bête qui vous traque habite vos profondeurs. Où que vous alliez – où que vous tourniez la tête – elle est là qui vous assaille…

 

 

Toute circonstance – toute expérience – toute rencontre – toute parole – est éminemment réelle lorsqu’elle est vécue – puis, aussitôt qu’elle s’achève (à l’instant suivant), elle perd toute réalité – devient vent – sable – poussière – à laquelle la mémoire tente de redonner une épaisseur – une consistance – pour la faire durer – durer – durer indéfiniment…

Erreur fatale, bien sûr…

Mais qu’il est difficile pour l’homme de ne pas céder à cette tentation naturelle – de ne pas être la proie de ce piège qui, une fois refermé, vous emprisonne dans le passé, l’illusion, la souffrance et le malheur…

 

 

D’une perspective à l’autre – être la créature infime et misérable – le tout – le jeu – la farce – le rire – la misère – l’illusion – la vérité – la nuit sans espérance – l’Amour et la lumière – tout ce qu’il est possible d’être – sans y croire le moins du monde…

La danse et les danseurs – les pas – les mouvements – la piste – la salle – la terre – ce qui regarde – ce qui s’ennuie – ce qui juge – ce qui exulte. Tout sans distinction au gré des pentes où glisse l’âme…

Être – et tout laisser être – sans la moindre certitude…

 

 

On ne sait vivre – et être avec l’Autre – sans s’engager corps et âme – sans se livrer jusqu’à la rupture ou à la mort…

 

 

L’argile du monde que l’imaginaire corrompt…

Boucle sans fin du langage…

Chimères qui, parfois, essoufflent l’âme…

 

 

Nudité admise – consentie – et pourtant, si souvent, recouverte par inadvertance…

 

 

Rien qu’une étendue lisse – sans bord – sans rive – sans profondeur…

 

 

Pensées d’un autre temps que celui du monde…

 

 

Gestes et visage plus guerriers que l’âme…

 

 

Entre deux démesures – celle de l’homme et celle de l’infini…

 

 

Le monde – reflet de notre propre perspective – de notre propre visage – de nos propres mains agissantes…

 

 

Course identique pour l’inerte et le cheminant. Immobilité ou sauts autour du même centre. Qu’importe le lieu et l’allure – la même distance à parcourir…

 

 

La déhiérarchisation des choses, des actes, des pensées et des circonstances offre au regard sa neutralité et son innocence originelles. Et le désencombrement de l’esprit et du monde, la vacuité nécessaire.

Et du vide et de la virginité naît la justesse du geste…

 

 

Rien ne peut être dit puisque le silence révèle déjà tout…

Rien ne peut être entrepris puisque tout existe – parfait tel qu’il est déjà

La contemplation – seulement. Et le geste et la parole – rares – économes – parcimonieux – en cas de nécessité seulement

 

 

Ces lignes – simple brouillon de soi – pour soi…

Habitude aussi de l’esprit explorant et de la main agissante…

Débroussaillage et déchiffrage (encore) indispensables…

Prémices du retour vers le centre – simple prélude au silence – au mutisme essentiel – nécessaire à l’être contemplatif – à l’être posé en actes…

 

 

Fenêtre – parfois – sur le jour. Intervalle de clarté – comme une ouverture au cœur de la géographie quotidienne…

 

 

Arbre dressé vers le plus favorable – légèrement supérieur à l’homme qui court – presque toujours – à l’horizontale pour satisfaire (de son mieux) ses nécessités…

 

 

Etendue herbeuse, eau et arbres. Et un peu plus loin, les collines. Et un peu plus haut, le ciel. Et ici – le regard absorbé par le vert et le bleu – partout. Le silence – le chant des oiseaux – le coassement des grenouilles. Les fleurs – pâquerettes et renoncules – comme de minuscules flocons et mille paillettes d’or éparpillés sur le sol…

L’espace vide – l’étrange (et savoureuse) absence des hommes. Le cœur en paix malgré l’obstination de quelques pensées – l’acharnement des souvenirs qui martèlent l’esprit ; rien – presque rien ; quelques images douloureuses – seulement – savamment (re)fabriquées – l’absurdité du passé qui cherche à revenir – à refaire l’histoire – et qui s’éreinte, en vain, à trouver une autre fin à l’aventure

 

 

Demeurer là où tout s’efface – l’identité – le savoir – les souvenirs – au cœur de ce regard qui voit toujours comme pour la première fois…

 

 

Mille manières d’être seul – des plus noires aux plus extatiques – que nous expérimentons une à une – et presque sans broncher…

 

 

Monde d’actes et de mouvements où les individualités s’affairent. Et regard immobile – contemplatif seulement. Séparés le plus souvent – s’ignorant magistralement. Et, parfois, réunis pour le meilleur du geste et la plus grande joie de l’âme…

 

 

Ce que nous ignorons est, peut-être, le pire. Et dissimulé en son cœur – le versant de la délivrance – la seule perspective possible ; la fin des circonstances vécues comme des malheurs – comme une punition – comme une malédiction orchestrée par les Dieux…

 

 

Demeurer là dans l’examen dépassionné du monde – sans geste – sans jugement – sans éclat de l’esprit…

 

 

Homme discret et solitaire – étranger au récit collectif – exclu de toute histoire individuelle – n’appartenant à rien – ne faisant partie d’aucune communauté – d’aucune collectivité…

Liberté et son versant triste et pathétique (pour l’individualité) ; le sentiment permanent de l’exil…

Pas même rebut ; inexistant…

 

 

Existence droite – sans rature – étrangère aux gestes brouillons et aux excuses des Autres – à l’effervescence superflue – à l’exubérance de ce qui voudrait être regardé – à cette espérance d’Amour que nous promet le monde…

 

 

Chaque souffle – chaque pas – chaque geste – porté, entouré et enveloppé par le monde – comme la parole l’est par le silence…

Toujours seul – jamais seul – finalement…

 

 

A l’écart du monde parce que, sans doute, rien d’essentiel ne s’y joue…

Des histoires – rien que des histoires. Pas l’ombre d’une autre possibilité…