Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Peintures : Nicole Blaustein

 

 

EMPREINTES

 

Corps écrits

 

p1

  

Un corps sans bruit

Aux frontières partagées

Aux sinuosités et aux ombrelles

Propices aux gestes

Aux trajets et aux traversées

Gît comme une sirène démaillotée

Qui défilerait le temps de ses prunelles

  

Des cavités dans la plaine

Et des cicatrices en pagaille

Quelques bourgeons coupés à la diable

Attendent l’heure propice des retrouvailles

 

Sous l’ocre de la peau

Le désir de gémissement

Etouffé entre les veines

Lance son cri au désert

 

Le miel sur la hanche

Et le mamelon accort

Accrochent la prunelle

Invitent (encore) à la paupière close

 

Il se souvient…

Au creux du territoire

Bordé d’étoiles

Au-delà de la chair

Où règnent la joie et l’égarement

Le souffle coupé

Où tout crépite

Par-dessus les flots saturniens

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p2

  

Des envies de fraises

Et de fureur endiablée

Arpentent la chair

 

Quelques gouttes sur la joue

 

Et sous les rêves de pétales

Les paupières en chamade

 

Et l’affolement des cils

En pareilles circonstances

 

 

 

 

p3

 

Le visage balafré de chimères

Il patiente

Efface le corps de sa peau

Et toute présence de sa mémoire

 

Relègue les cheveux hirsutes

Et les odeurs en pagaille

Aux circonstances lointaines

 

Le miroitement des lèvres

La foule des prunelles sourdes

Le grain vivace de la chair

Consumés par le souvenir

 

Le séant posé entre les rencontres passées

La largesse des épaules

Qui soulevait son rire

Sans réponse et sans espoir

A moitié effacé déjà

Par les rides et le poids des fleurs de pierre

Qui recouvriront son tombeau

  

Il patiente encore

Un don pur

Sans attente

Où le temps s’étiolera en images

Et les images en miettes

Pour qu’apparaisse enfin

Une silhouette sur la toile

 

Un filon de pierres émiettées

Suspendu entre les glaces

Et les congères amoncelées

Par les saisons froides

 

Au seuil des portiques vacants

L’éloignement et la transparence des horizons

L’empreinte de ses pas frêles

Sur la surface craquelée

 

 

 

 

p4

 

L’assise imparfaite 

Le déséquilibre étalé

En soubassements inconnus

 

Les courbures défaites

Et la nuque tendue

Au seuil de l’épreuve

Implorent le sol

De contempler l’infortune

La main ancienne offerte au râle

Les mugissements sauvages

Etouffés parfois

Le fauve en extinction

Et le buisson jadis si ardent

Recouverts aujourd’hui d’un rugueux tapis

Les pluies insomniaques qui l’agitaient 

 

La nostalgie des saisons chaudes

Qui s’écaillent sur le mur lézardé

L’éphémère de toute vie

 

Et le monstre qui guette aujourd’hui

De ses yeux avides

L’ensemence déjà de son pouls diaphane

 

 

 

 

p5

  

La nuque posée sur les draps d’argile

Il se souvient

Des baisers volés à la mort

Sur son cou exsangue

Et sa peau de cuir

 

Le renoncement aux étoiles

La demeure inenchanté

Le visage caché des replis

Le destin fragile des amours

Le front encore arqué de désirs

Et la candeur hésitante de la peau

 

Il songe au ciel

Quand reviendront les beaux jours ?

 

A l’ombre des hanches

Il s’endort

Couvert de déchirures

Par la nuit étoilée

 

Et ses épaules dévêtues

Perdues à l’azur

 

Son espérance

Il disparaîtra bientôt

Et sous sa peau marbrée

Intacts resteront

Le mystère et la virginité

 

 

 

 

p6

 

Arc-boutée en son sommeil

Elle court à travers ciel

 

Songes d’étoiles

Noyés d’innocence

Aux fers du réel

Déchaînent son lit

De glace et d’étoffe calcaire

 

Une main la frôle

Invisible

Libère le lit conjugal

De son coussin de clous

  

De ses lèvres

Tachées de poussière

L’abandon lointain

Au râle murmuré

 

L’étreinte du prince d’ébène

Qui buvait à la rosée

En ses lèvres ouvertes

Le soleil des tropiques

Laissant au creux de son cou

Un feu, un sable

Une ardeur de bois de santal

 

Bon sauvage

Qui éclairait ses gorges pleines

Ebranlant sous sa peau

Un continent bercé

Par le crépitement du feu

 

Un prolongement de sa chair

La hante et la secoue encore

D’un rire

 

Un souvenir d’extase

Où la chair oubliait ses horizons

Se mêlait aux larmes

Au vent

Et au souffle

Unissant la bouche des amants

 

Souvenir de la chair déployée

Du sacre et des unions

Coulant en leurs veines

Et débordant de leur lit trop sage

  

 

 

 

p7

  

Un cri étouffé dans l’ondée

La peau sous les flots

Et le feu qui assaille ses dérives

Les mains ouvertes aux vertus

Se rejoignent en prière

Sur le foyer des sentiments

 

Un collage impossible

Un égarement des tentations

Une tristesse qui reflue aux coins de la chair

 

La pagaille sous la peau

Tressée de soupirs et de mensonges

S’offre aux cendres de l’espérance

Au sable des rencontres improbables

  

Entre les brumes et les fumées

Le brasier s’épuise

S’abandonne à la rengaine

Des amours passés

 

 

 

 

p8

 

Main offerte à la tenaille

A l’aménagement des concessions

A la nudité du métal

Brûlant le pourpre de la chair

  

Tout rêve se consume

En songe d’Aphrodite

Tiraillée par la faim

Et le visage déjà ailleurs

Comme la pièce manquante

Dans le puzzle dérisoire des amours

 

Présent toujours

Entre le gris des fumées

Jusqu’à la disparition des sens

 

 

 

 

Effacements

 

p9

 

Au soleil de l’étreinte

Le firmament

Les mains contre la pierre

L’échelle invisible

Où poser le pas

Et les mille empreintes

Qui entaillent la roche

Au centre se dessine

La lumière

A ses bords la nuit de glace

Et ses remparts protecteurs

Où se jettent les hommes

L’inaccessible râle

Tapi dans la poussière

Comme un sursaut d’espérance

Vers Dieu

  

On dresse des cathédrales

De dérisoires édifices

Pour entrevoir au lointain

Ce qui nous éclaire déjà

D’une autre saveur

Qui brille, encore terne

Dans le regard triste des hommes

Qui contemplent le ciel

De leurs misérables murailles.

  

 

 

 

p10

 

Souffle d’abnégation

Efface la silhouette

Défigure le visage emmuré

Désagrège la chair

Ensemence l’ondée dévastatrice

De l’horizon en ses contours

Perce le mystère de toute existence

Déploie ses trésors

Eparpille les peines inutiles

  

A l’origine des saisons

Le labeur acharné des eaux

Agitées par les vents d’ailleurs

Poussées en leur centre

Par le rougeoiement de l'astre

Qui se déploie sur toute forme

Jusqu’à la confusion

Des frontières

Une tempête salvatrice

Que les hommes craignent

L’eschatologie des horizons (personnels)

En attente

Comme la preuve et la garantie

D’un au-delà de soi 

Saisissant et insaisissable

Qui poursuit sa course à travers

Et partout alentour

 

 

 

 

p11

  

Un bout de chair à l’aurore

Un amoncellement dans les veines

Et une coulure ocre

Vers l’obscur intérieur

Des ombres bleutées

Où se reflètent toutes les espérances

 

Des zébrures ternes où se lisent

Les servitudes

Et l’abnégation du corps

Le refus de jouissance

L’appel de l’extase

Au-delà des territoires

Et des horizons circonscrits

Un avant-goût d’éternité

En cette ornière de fange et de plèbe

Où s’entassent les espoirs et les craintes.

  

 

 

 

 

Failles

 

p12

 

Frotter sa chair

Aux murs des entrailles

Déchirer l’horizon des résistances

Ouvrir le ciel entre ses mains

Jusqu’au cœur de toute désespérance

 

Griffer la pierre de signes

Sans conséquences

Comme un cri jeté par-dessus les frontières

Un appel à l’horizon

Caché dans l’incrustation

Du ciel dans la matière

 

Dérisoire destin de l’homme

Humble tâche du poète

Rejoignant leurs œuvres

Aux pieds des murs

Au cœur de toutes séparations

 

Voilà l’unique espérance

Le seul labeur de l’homme