Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Entre le temps, l’aurore et le chemin – à se bercer – encore – d’illusions sur ce que l’on appelle, à tort, la vérité…

Ni ensemble – ni séparés – dans cet entre-deux du monde et de la solitude. A œuvrer pour l’Amour malgré les résistances et les refus…

D’âme en âme – posé(s) au milieu de nulle part – à découvrir ce qu’aucun chemin ne peut révéler…

 

 

D’enfance et de sagesse – celui qui s’abreuve à la source – celui qui marche en silence au cœur du monde – celui qui jamais ne tourne le dos – celui qui frappe à toutes les portes – et que nul n’attend. L’âme, sans doute, trop humaine pour se résoudre à abandonner ses frères au milieu du désastre façonné de leurs propres mains

 

 

A l’écart – dans le plus simple – négligé par le monde. A mille lieues du grossier et du vulgaire – le plus ordinaire. La franchise exprimée – l’esprit de la sagesse, peut-être, infimement incarné. Entre la forme et l’infini. Entre le plus précieux et la nécessité. Debout au milieu de la chair. Quelque chose comme le seull’unique – dans ce qui nous semble si interchangeable – quelque chose comme l’éternitél’impérissable – dans ce qui nous semble si vulnérable et passager…

 

 

Une seule manière juste d’être au monde parmi des milliards – et toutes (pourtant) plus nécessaires les unes que les autres…

Humble, vierge et innocent dans l’incertitude et le non savoir…

 

 

Si souvent – à la même table – et pas même le pain – et pas même l’Amour – à partager. Une forme d’habitude – d’accoutumance peut-être – à cohabiter – à vivre ensemble – côte à côte…

La parole rare – et si prosaïque. La présence de l’Autre et son usage – nécessaire(s) pour assouvir ses désirs – ses fantasmes – conjurer ses peurs et échapper, peut-être, à la solitude. Simple accessoire d’une vie incomplète – essoufflée – asphyxiée et asphyxiante – presque invivable, en somme – et que vivent, pourtant, l’essentiel des hommes…

 

 

Jusqu’où faudrait-il écarter le langage pour dire l’inanité – et la supercherie – de toute parole…

Présence et gestes – attention et disponibilité – voilà, sans doute, comment se mesure (véritablement) l’Amour en ce monde…

 

 

Tout s’abandonne. Comme si nous étions seul(s) à espérer – et à essayer de comprendre – ce qui s’approche – ce qui vient à notre rencontre…

 

 

L’écart – et l’exil encore – jamais atteints – ni jamais interrompus. A contempler cette lumière qui brille sur tous les visages au nom inconnu – et sans importance…

 

 

Nous inventons des noms, des jeux et des histoires – mille noms, mille jeux et mille histoires – pour vivre moins seuls – et avoir l’air moins fous – moins perdus et ignorants – que nous le sommes (en réalité). Mais, en vérité, nous ne savons rien ; ni du monde, ni de l’âme, ni de nous-mêmes. Et nous ne sommes pas même certains d’exister…

Nous inventons mille choses – mille mondes – pour survivre à ce que nous prenons pour un néant – et qui, avec d’autres yeux – et un regard moins voilé (plus juste peut-être) – nous apparaîtrait comme un vide et une lumière – une présence attentive à toutes les inventions

 

 

Nul bagage, nulle douleur, nul exil n’est nécessaire. Tout s’aggrave dans notre refus et nos amassements. Le plus simple, en nous, existe déjà – qui que nous soyons – quoi que nous fassions – où que nous vivions. L’innocence du regard portée, depuis le commencement du premier monde, au fond de nos yeux – au fond de notre âme – par le ciel – l’invisible – et une myriade de Dieux malicieux…

 

 

L’Autre et le désert – en soi – suffisent. Le reste (tout le reste) n’est qu’agrément, plaisirs superflus (si souvent) et attelages encombrants que nous imaginons, en général, nécessaires à notre vie…

 

 

Tout nous porte – et nous convie. Et – au-dedans – tout existe déjà. La seule nécessité est celle de la convergence qui advient à mesure de la perte et de l’effacement – nécessaires pour faire vivre en soi l’ultime présence, le passage permanent, l’incertitude et l’abandon…

 

 

Comme une eau – le labeur imperceptible de l’âme, en nous, qui creuse nos rives – qui anéantit, peu à peu, nos échafaudages et nos constructions – qui assèche les idées, les images et toute forme d’espérance – et qui brûle, une à une, toutes nos certitudes – pour nous mener au centre d’elle-même – au centre de nous-mêmes – au centre de tout – muet(s) et innocent(s) – prêt(s) enfin à (tout) voir et à (tout) découvrir – à (tout) vivre et à (tout) aimer…

Cette longue et discrète tâche en soi œuvre pour vaincre toute forme de refus et d’adversité au profit de l’effacement, de l’acquiescement et de l’invisible. Et elle se montre bien plus réelle – et bien plus efficiente – que nos pauvres petits travaux extérieurs qui ne donnent que l’illusion d’une identité et d’une densité existentielles – et qui ne transforment que les apparences sans jamais réussir à métamorphoser radicalement – ni même profondément – le carcan du monde et de l’esprit où nous vivons – où nous croyons vivre – enfermés…

 

 

Tout s’éprend – saigne – puis se vide – pour atteindre le seuil possible du rassemblement – l’effacement nécessaire à l’accueil et à l’acquiescement des dérives, des excès et du silence…

 

 

Tout crépite entre les parois – immenses – de la nuit. Tout s’exacerbe – s’exaspère – et finit par périr dans les eaux tantôt dormantes, tantôt mouvementées du monde. Au pied de la même enfance introuvable…

 

 

Nous nous ouvrons la poitrine pour vivre cette brûlure permanente – et raviver la flamme du même désir. Et nous allons ainsi sur tous les chemins du monde – de pierre en pierre – de fontaine en fontaine – de feu en feu – jusqu’à la mort…

 

 

Comme un écho dans la marche – dans le pas. Une clarté déformée – trop piétinée, peut-être, pour nous apparaître plus réelle que le monde – et plus vivable que notre effroi, nos refuges et nos épouvantails…

 

 

Là – partout – à nos pieds – au-delà du regard – sur ces mille horizons pétrifiés – la folie et le silence. Et ces mains tendues vers la lumière – appuyées sur la misère, le mensonge et l’illusion…

 

 

Une terre d’oubli et de malversations – si rugueuse – presque infernale – où la mort est omniprésente – tutélaire, en quelque sorte, au milieu de l’Amour, de la beauté et du silence…

 

 

Séparés au cœur des bouleversements. Réunis après l’effacement – dans cette paix et cette intensité qui nous paraissaient si lointaines – si étrangères – de l’autre côté du monde – de l’autre côté des yeux…

 

 

Un visage – à moitié encore – presque enseveli – presque effacé – où brillent cette part du monde si dégradée – et ce ciel – mille fois célébré – que les hommes ont toujours confondu avec la promesse des Dieux. Avec une âme simple – pourtant – depuis le commencement du monde – depuis l’invention du poème – pour défier l’attente, l’illusion et la barbarie…

 

 

Ce qu’il reste du monde – et ce qu’il reste de l’homme. Et ces vents – et cette immensité – au-dedans qui nous invitent à chercher – et à creuser – partout – au-delà des perspectives humaines habituelles…

 

 

Entre le seuil, la fleur et l’innocence. Entre l’or, l’homme et le soleil. A s’offrir – et à se suspendre – au milieu des regards indifférents. A nager encore jusqu’aux rives premières – à contre-courant des rites et des rengaines – pour devenir l’ombre, la voix et la pente où tout glisse jusqu’à l’infini – jusqu’à l’effacement – inexorables…

 

 

La terre comme un ruban de supplices posé à même le ciel. Et le ciel comme une aire de partage. Et le monde – et l’homme – coincés quelque part – dans cet entre-deux où vivre consiste à enjamber la peur, le mensonge et l’illusion…

 

 

Notes graves – mots empesés – parfois sévères – parfois tragiques – qui dénoncent et murmurent. Mille poèmes en équilibre sur la laideur du monde et la paresse des visages. A petits pas – à la frontière du temps – entre le silence et la nécessité – à pointer derrière l’ignorance et les défaillances ce que nous avons de plus haut – de plus inespéré…

 

 

Obstacles à lever – champ immense à découvrir. Gestes et paroles à transformer en silence pour apaiser l’âme et sa quête harassante – et restituer ce que nous avons perdu en délaissant l’origine et la lumière…

 

 

Regard – encore – au-delà du temps. Mots – lettres – fragmentés dans l’attente d’un élan – d’un poème – du même silence – mille fois recommencé(s)…

 

 

Rencontres – toujours – au fil des pas – dans cette trame où se fourvoient – et se dérobent – l’Amour, l’enfance et les promesses. Nu – à présent – et le cœur délicat – l’âme affranchie des terreurs et de la matière noire. Libre des sortilèges humains – vivant avec plus d’audace qu’autrefois…

 

 

Un chant – et le même frisson – à vivre dans cet espace où l’homme – le presque homme – a disparu. Evincé du monde, des danses et de la barbarie. Posé, à présent, au cœur du silence – fragile et dérivant au milieu de ce qui résiste (encore) à l’apesanteur…

 

 

Avant de mourir qu’y a-t-il à vivre sinon l’effacement…

 

 

Entre le temps, l’aurore et le chemin – à se bercer – encore – d’illusions sur ce que l’on appelle, à tort, la vérité…

 

 

Mille – dix mille massacres – mille – dix mille offenses – mille – dix mille mains tendues – et plusieurs milliards peut-être – ne changeront (jamais) ni la vie – ni la mort. Toutes ces danses et ces simagrées n’exalteront que l’illusion – et la rage de s’y être égaré – et inviteront l’âme à la dérive à rechercher une autre terre – un autre lieu – qui reconnaîtrait l’Absolu – et lui ferait (enfin) la part belle…

 

*

 

Ce qui s’offre – et se distille peut-être – dans la poésie – au-delà de la justesse – au-delà de la beauté ou de la vérité (qui parfois, s’expose partiellement) – c’est une énergie propre à la pensée et au langage – fixée dans la matière – entre la page et le silence – capable de soulever toutes les montagnes du monde – avec mille autres sources et mille autres souffles – à travers les gestes de ceux qui la lisent ou l’entendent…

Au-delà de la clarté – de ce peu de clarté – que les poètes peuvent faire émerger – ou révéler – chez leurs lecteurs (et c’est déjà beaucoup…), voilà, peut-être, le rôle essentiel de ceux qui écrivent et travaillent « en poésie » ; donner la force nécessaire à ceux qui la lisent aujourd’hui – demain – plus tard – et, peut-être, pour l’éternité – de transformer le monde et le cœur humain – et d’accompagner, de façon singulière et indirecte, le vivant et l’œuvre commune dans leur marche vers l’Amour, la lumière et le silence…

Faire revenir chacun – et le monde – au pays natal – retrouver pleinement, en quelque sorte, l’origine – notre envergure vide et consciente – attentive…

Tâche noble et ambitieuse entre toutes – en dépit des apparences…

 

*

 

Entre faiblesse et incertitude – caché – enfoncé dans les replis de l’âme et les rides creusées par les soucis des jours – ce que les siècles – tous ces siècles ignobles – ont tenté d’anéantir…

 

 

Main digne – incomparable – qui laisse s’échapper, parmi les vents et les bruits du monde, des sons incompréhensibles et une myriade de couleurs – offerts à l’Amour et à la solitude de chacun…

 

 

Ni ensemble – ni séparés – dans cet entre-deux du monde et de la solitude. A œuvrer pour l’Amour malgré les résistances et les refus…

 

 

Ni hasard, ni exigence. Souple comme l’eau qui trace – implacablement – sa route vers l’océan – vers le ciel – vers la source – à travers toutes les rivières du monde…

 

 

D’âme en âme – posé(s) au milieu de nulle part – à découvrir ce qu’aucun chemin ne peut révéler…

 

 

Rien ne pèse – et tout est vain – bien sûr. Mais l’affliction et la résignation ne peuvent être ni l’issue, ni le refuge. La joie doit se porter – comme l’âme – haute et discrète – humble sous la couronne du silence et de la vérité…

 

 

Entre Dieu et la terre – cet interstice où tout sombre. Les pierres, les bêtes, les hommes. La vie, le temps, les chemins. L’illusion d’exister, les désirs et les voyages. Les noms et la mort. Et jusqu’à l’effroyable destin des âmes – prisonnières du monde et des contingences matérielles – et appelées, pourtant, à retrouver le vide – ce ciel moins terrestre – bien moins terrestre – que nous ne l’imaginons…

 

 

Une pierre, un cri, un éclat. Mille sanglots – et autant de pas infimes vers ce que nous ne pouvons rejoindre…

L’unique issue – toujours – viendra de l’abandon…

 

 

Le désert, le froid et la tendresse des paupières. Et cette porte ouverte sur la nuit, le feu et la vérité – au centre de tout – malgré l’aveuglement et cette passion si terrestre – si humaine – pour l’ombre et le sommeil…

 

 

Nous vivons – nous édifions – nous combattons – nous nous débattons et gesticulons, en somme – sans même nous rendre compte que nous glissons – subrepticement – vers le noir et le sommeil alors que la lumière – partout – se révèle aux âmes défaites et vaincues…

 

 

La pensée allonge – toujours – le chemin de la découverte. Plus on pense, plus il (nous) faudra marcher longtemps…

Il suffirait, pourtant, de tout suspendre ; les idées, les images, les représentations – pour voir le jour – et le laisser s’approcher…

 

 

Nous vivons le même rêve – les pieds englués dans l’illusion de la liberté. Mais rien n’est certain – rien n’a valeur de certitude – ni le monde, ni ce que nous appelons l’existence. Et pas même, bien sûr, ce vacarme et cette fébrilité terrestres autour du bonheur et de la quête de vérité…

Mieux vaudrait vivre – passer sa vie – assis près de la fenêtre à regarder aller et venir – le sourire aux lèvres – toutes les expériences – comme ces vaches placides dans leur pré qui regardent passer les trains. Se poser – l’âme sereine – pour attendre que tout, au-dedans, se vide et s’efface – et que la nuit et le sommeil se transforment, peu à peu, en présence et en lumière. Le jour alors pourrait resplendir partout – dans toutes les vanités – au milieu du monde et du noir – au milieu du bruit et de l’effervescence – et jusqu’au cœur de tous les élans et de toutes les tentatives…

 

 

A marcher – toujours – à tourner en rond – comme si l’on pouvait ainsi attraper le silence…

 

 

Le temps fini – imparti – qui se renouvelle pour que le voyage continue – et que recommence la traversée…

Qui sommes-nous sinon ces pas – et cet espace que, sans cesse, nous foulons…

Entre vie et mort – lumière et sommeil – noir et clarté – à jeter nos rêves devant nous – à convertir la vie en errance – et à s’acharner jusqu’à l’épuisement – pour effleurer, à peine, la paix et le silence…

 

 

Que faire aujourd’hui de tous ces mots – de tous ces livres – accumulés au fil des années ? Rien – un grand feu de joie peut-être – et repartir à neuf – repartir à zéro – au milieu des cendres pour convertir (enfin) la parole en présence et en gestes…

 

 

Ni rêve, ni corps. Pas même un étendard. Et moins encore une identité. Nu comme cet espace à travers lequel tout s’écoule…

 

 

Tout s’insère – tout s’accueille – dans les mains ouvertes

 

 

Des mots comme les jours – où tout s’enlise – où derrière l’apparence de l’ordre règnent l’effervescence et le chaos. Le feu du temps et de l’esprit attisé par mille pensées – par mille saisons – qui viennent, sans cesse, défier et contredire le silence…

 

 

Autant de rives – et autant de rêves – traversés par le même chemin. Des sourires et des disgrâces plein les poches. Et un peu de neige sur l’âme pour continuer à garder la tête froide

 

 

Un rire – immense – un trouble de l’âme. Un reflet de lune sur l’horizon noir et la chair grise. Un miroir comme une eau frémissante. Et des paupières encore envoûtées par la beauté de l’écume…

 

 

Une pierre, un oasis, un peu de chair pour résister à la tentation et à la prière. La gorge nouée et l’Amour déchiré sur nos lèvres – trop lourdes – trop chargées de rêves et de souvenirs. Et l’aube au fond des yeux qui n’attend que l’inversion des perspectives et le soulèvement du regard au-dessus du monde et des abîmes…

 

 

A nous courber trop volontairement, nous en devenons orgueilleux. Il serait plus sage de délaisser le désir et l’ambition de l’humilité – et être soi-même en se laissant griffer par le monde, la vie, les visages et les ornières des chemins afin d’apprendre, peu à peu, à s’effacer – à s’abandonner aveuglément à la virginité impersonnelle – et à se laisser aller aux miracles de la transformation – du passage de l’âme au silence – pour être capable(s), un jour, de maintenir ses deux mains ouvertes – fragiles – prêtes (enfin) à tout accueillir…

 

 

Tout – en définitive – converge vers le même visage – vers le même silence – celui qui donne sens – et profondeur – à notre si vive (et si vaillante) ardeur…

 

 

Rien n’existe – peut-être – sinon le sentiment de la douleur et l’illusion du manque et de l’incomplétude qui façonnent l’âme, le monde et le cœur et nous donnent l’allant indispensable pour retrouver ce que nous croyons avoir perdu…

Rien n’arrive sinon le jour – la persistance du jour – que nous imaginons impossible – trop lointain – ou trop intermittent peut-être…

Tout se révèle – ce qui n’a jamais disparu…

Et l’ardeur du sang n’est que le souffle nécessaire au voyage vers ces retrouvailles. Et le monde et les visages ne sont que des chaînes et des miroirs pour immobiliser le pas – inverser les yeux – et les retourner vers le dedans – vers ce qui demeure et ne peut disparaître…

Tous les chemins, en somme, n’ont d’autre fonction que celle de faire naître un regard suffisamment tranquille pour contempler, sans effort, tous les élans – toutes ces marches fébriles et inépuisables…

 

 

Entre l’homme, le monde et la solitude. Un visage à peine – pas même certain d’exister – ni même d’avoir besoin de vivre son humanité

 

 

Un cercle de feu – l’ultime recours de la nuit, peut-être, pour égayer ce restant de tristesse – incorruptible. Au milieu de mille étoiles déjà mortes – éteintes depuis si longtemps…

 

 

Un semblant d’Amour. Un Dieu minuscule. Quelques lois – comme des dogmes infranchissables. Le gris, le noir et la blessure. Et mille yeux fermés qui rêvent de ciel et de liberté. Rien qu’un corps – un peu de chair – pour défier les interdits et partir à l’aventure – avec l’âme qui nous rejoint en chemin pour découvrir mille plaines – mille pluies – mille soleils – et, un jour, ce silence tant espéré – ce silence si attendu…

 

 

Lignes encore – pour ne rien dire de plus qu’autrefois – sinon, peut-être, notre effroi grandissant face à tout ce qui nous arrache au silence – et l’évidence de la paix au milieu du monde et des tourbillons…

 

 

Nous nous penchons – à tous les départs – nous nous voûtons (toujours) davantage – comme écrasés par le poids d’un vide de plus en plus insupportable…

 

 

Autour de nous – l’Autre – le monde – l’ignorance – tout ce que nous n’avons encore su apprivoiser. Le regard en-dessous du seuil – à la frontière entre l’ombre et le silence…

 

 

On s’élève – et l’on devient – malgré soi – toujours plus divisé. Fragment perdu – fragment isolé – d’un corps – d’une rive sans limite – inconscient de l’unicité du regard et de l’envergure de l’ensemble…

 

*

 

Il y a toujours la vérité – un peu de vérité – au milieu des visages – sous la fatigue et la déchéance – au cœur de chaque défaite – au cœur de chaque destin. Le signe que l’Absolu se cache, depuis la naissance du monde, derrière tous les élans – derrière toutes les tentatives – derrière tous les désespoirs. En filigrane, en quelque sorte, de tout ce que nous faisons, inventons et croyons être…

 

 

Tout – à chaque instant – s’écroule. Mais nos têtes et nos mains s’acharnent tant à (tout) reconstruire que nous imaginons le monde réel et durable. L’illusion se tient au cœur même de l’esprit – dans cette impression de ne pouvoir survivre au vide et à la destruction. Le rêve, le récit et le mensonge plutôt que l’effondrement et l’apparence du néant. Ainsi se perpétuent la croyance et l’acharnement. Mille jours – mille siècles – et des millénaires peut-être – à édifier mille choses et mille mondes qui nous voilent, avec l’essentiel, la vérité…

 

*

 

Tendu – au-dehors – vers ce qui nous porte – et nous habite – au-dedans. Ainsi débute le voyage – que vient clore – après mille traversées – après mille impasses – la présence immobile qui, peu à peu, transforme la quête, les pas et les contingences du monde en gestes – en mains ouvertes aux nécessités du réel et à l’accompagnement (circonstanciel) des marches préliminaires

 

 

A vivre – et à devenir – dans l’éparpillement et le chaos. Fragmentés et incomplets jusqu’à la fin de l’illusion…

 

 

A œuvrer sur les hommes comme sur la pierre – jusqu’au fracassement – jusqu’à l’anéantissement – jusqu’à tout réduire en poussière – pour découvrir, derrière le voile et l’illusion, la blancheur du ciel – l’infini où les gestes et la voix se perdent sans miroir – sans écho…

 

 

Tout se craquelle – jusqu’aux idées (si épaisses) des hommes – jusqu’aux plus belles certitudes. Voilà comment prend forme le réel… Voilà comment le jour peut naître au monde – et le monde naître au jour…

 

 

Sentier de l’âme – sentier des astres – au cœur de chaque être – au cœur de chaque chose – si mal définis dans cette nuit où tout se transforme sous l’emprise du désir…

 

 

Au centre – multipliés – en avance sur le temps – en avance sur la fin du monde – le silence, les visages et le poème qui ont su affronter la souffrance – et se replier au cœur de l’âme – affranchis, à présent, de l’écume et des danses macabres – de cette folie qui emporte tout avec les hommes…

 

 

Dieu et le visage de l’inhumain – ni désirables, ni réfutés – présents partout – au cœur du monde – au cœur des veines – au cœur du temps. Côte à côte – au milieu des circonstances. Au corps-à-corps – dans une lutte perpétuelle. Provisoirement immobilisés par nos doutes et nos atermoiements. Attendant des hommes – un geste – un écart – un clin d’œil. Prêts à se livrer à ceux qui choisirontleur dévouement

 

 

Tout brille – brûle – et se referme – comme la fièvre qui porte nos pas vers le silence…

 

 

D’une terre à l’autre – sous un ciel planté au fond des yeux. A marcher – hagards – à errer au milieu des tempêtes et des étoiles. A se demander comment nous pourrions vivre – et échapper à la nuit qui rôde – infernale – dans nos gestes sans âme…

 

 

Libre sous le ciel – sans miroir – à regarder ce qui s’éparpille sans fin…

 

 

Un séjour – une fenêtre pour que se dessinent le ciel du dedans et l’allant nécessaire pour s’éloigner du monde. Une manière d’encourager l’émancipation de ce qui a toujours tremblé devant la domination du pire…

 

 

Tout bascule – toujours – fait pencher la balance des deux côtés – alourdit, en quelque sorte, la charge existante jusqu’à ce que le ciel et les circonstances rééquilibrent le monde et les existences en réduisant l’illusion et en donnant à l’esprit – et à nos vies – un peu plus de légèreté

 

 

Tout se gonfle – et feint l’importance – en attendant la débâcle…

 

 

Tout est l’expression du silence – bien sûr. Danses, paroles et défilés – brûlés jusqu’à l’incandescence – avant de rejoindre les vertus premières de toute existence…

L’effacement et le feu (éternellement) recommencés…

 

 

A se pencher si bas que tout est inversé ; l’enlisement dans la fange et la solitude des nuées. Mains jointes face aux siècles – face aux monstres – face au cœur – face aux hommes. Et la lumière et le silence – de passage – qui illuminent tout de leur présence…

 

 

Il n’est de geste – il n’est de mot – qui ne soient Amour – dissimulé parfois, il est vrai, sous les pires oripeaux et les masques les plus affreux…

 

 

Il faudrait se taire, à présent – et laisser le silence décider de l’ampleur du poème. Devenir l’âme et la main fidèles au seul langage…

 

 

Des murs – partout – et notre bredouillement permanent face à l’infranchissable…

 

 

Des livres – des silences – et mille acquiescements à tout ce qui s’invite. Réduit, en quelque sorte, à la lente inclinaison du front face aux circonstances – face à l’inexorable…

 

 

Existence droite et sauvage – marquée comme l’éclair par la persistance du feu – humble mais éblouissante. Hostile à toute forme d’obscurité. Rieuse dans le ciel autant qu’elle apparaît austère dans les livres. Légère – en équilibre – et dense (si dense – à en faire froncer les sourcils). Jamais avare d’un clin d’œil aux vents, aux tourbillons et à l’effacement. Docile face aux circonstances – mais jamais soumise. Libre et florissante sous les affronts et les pluies les plus terrifiantes. Elogieuse et rapprochante malgré sa hâte et son ardeur. Solitaire et joyeuse – plongée, sans cesse, au cœur de mille prouesses invisibles…

 

 

A vivre sans nom – à vivre cent jours – des années – immergé dans les feuillages et le silence – à fréquenter les arbres et les bêtes – à côtoyer les pierres et le ciel. Avec tous les soleils rassemblés sur l’épaule – et la main, à jamais trempée dans l’encre, qui jette, chaque jour, sur ses pages l’aveu et le secret…

 

 

Allongé – partout – là où il faudrait se redresser – et vivre. L’homme soumis au temps – soumis aux siècles – soumis au monde – et la révolte toujours brûlante – toujours frémissante – au bord de l’âme…

 

 

Et nous autres – persévérants – cherchant l’éternité au fond de l’éphémère – la beauté au milieu de la laideur – le cœur du monde et le cœur de l’âme dans les gestes de l’homme – la source et le silence dans nos mains défaites – et la certitude du bleu dans ce gris et cette nuit qui semblent impérissables…

 

 

Tout s’avance – tout se suit – et s’enchaîne – à l’ombre de notre attente. Tout envahit le monde – la terre – le sol – les bêtes et les fleurs – et jusqu’à la nuit qui s’enroule autour des hommes – autour de tout ce qui espère (encore) au milieu de la douleur et de la mort…

 

 

Tout est assoiffé du même désir – et le jouet (si crédule) de cette candeur à revenir. Mille fois contrarié, pourtant, par la faiblesse des destins…

 

 

Tout tremble – encore – sans oser défier le malheur – et les mille malédictions des naissances terrestres…

 

 

Ensemble – toujours – aujourd’hui comme hier – demain comme dans mille siècles – à tourner en rond au fond de la même solitude…

 

 

Et le manque – toujours – et le ciel librement consenti. En suspension. Dans le passage – à chaque nouvelle étape. Et le cœur qui cogne. Et l’âme qui résiste. Et le regard déjà ailleurs. Comme si l’Amour était déjà parti – envolé, peut-être, vers des terres moins folles – vers des terres moins pétries de doutes…

 

 

Captifs – au cœur du même voyage. Les joues rouges – en colère – et l’âme obstinée. A geindre – à crier – à se plaindre de l’éloignement du monde, du harcèlement initié par le désir et du manque éprouvé par les hommes. A vivre à l’ombre – toujours – d’une main gigantesque – inconnue – étrangère – indéchiffrable – qui s’aventure au milieu de toutes les circonstances et de tous les destins. A tourner dans la poussière au fond de cette nuit que l’on aimerait perfectible. A édifier – et à poursuivre l’œuvre de nos aînés. A mourir inlassablement à intervalles réguliers. A nous croire encore invincibles. A espérer – toujours – l’impossible…

 

 

Ailleurs – la même étoile – qui infatigablement se transforme – tantôt en jour, tantôt en nuit – au gré des rêves et des désirs. Entre brûlure et errance – et le même désarroi à vivre…

 

 

Tout existe déjà – en cachette – dans le voyage – comme au cœur du silence ; les eaux dormantes – les mêmes chemins – l’ombre et la peur – les grandes étendues de sable qui offrent cette ivresse – et tant d’espoir – à ceux qui s’imaginent bâtir des jours et des mondes nouveaux. Mille siècles – mille départs – mille adieux – et autant de recommencements – qui ne conduiront jamais à un autre lieu que celui où nous sommes déjà…